Chapitre 11: Une future mariée
Christine se saisit lorsque l'on frappa à la porte. Cela faisait déjà plusieurs minutes qu'elle était assise sur le bord de son lit, la lettre dans une main, la rose dans l'autre. Elle n'avait pas vu le temps passé alors qu'on l'attendait en bas. Raoul était venu la chercher. Elle se sentait fautive même si elle n'était coupable de rien. N'étant pas chez elle, n'ayant aucun endroit où garder ces objets cachés, elle demanda à son fiancé de patienter quelques instants. Elle se dirigea vers la cheminée et jeta la rose, la lettre et l'enveloppe dans l'âtre. Un feu avait été allumé par un domestique lorsqu'on lui avait amenée la robe.
Les joues en feu, elle ouvrit la porte et se trouva face à Raoul. Un large sourire s'étirait sur son visage. Il ne pouvait cacher la joie qu'il avait de vivre l'un des plus beaux jours de sa vie. Christine referma vivement la porte derrière elle. Elle se sentait comme une enfant venant de faire une grosse bêtise. Elle se trouva stupide après coup d'avoir brûlé les derniers souvenirs qu'Il lui avait envoyé. Elle aurait dû se rappeler que Raoul, ne voulant pas découvrir la robe, ne serait pas entré dans sa chambre. Elle chassa ces pensées de son esprit, rendit à son fiancé son sourire, lui prit le bras qu'il lui tendait et ensemble, ils descendirent rejoindre la famille de Raoul.
Il la mena jusqu'au bureau de Georges de Chagny. Lorsqu'ils entrèrent, Christine fut frappée par le contraste entre l'homme froid d'il y avait quelques heures et le bonhomme jovial qui se tenait devant eux.
« - Alors, Mlle Daaé, mon fils vous a annoncé la grande nouvelle: je consens à vos épousailles. Votre père était un homme prévoyant et qui vous aimez encore plus profondément que je ne l'aurai cru.
- Je vous remercie pour votre bonté, Monsieur le Vicomte.
- C'est naturel. Maintenant, nous avons quelques détails à régler. Raoul m'a averti que vos fiançailles avaient eu lieu il y a trois mois mais la bonne société n'étant pas informé, il nous faut donc les réitérer. La semaine prochaine nous organiserons une réception pour les fêter dignement et vous présenter au beau monde. Votre mariage aura lieu fin avril donc après un petit délai de trois mois.
- Où logerais-je entre temps? Demanda Christine. Je sais que je ne peux rester sous le même toit que Raoul mais je n'ai nulle part où vivre. Il faudrait voir avec Mme Giry pour...
- Non, non, ma petite Lotte, tu ne logeras pas chez Mme Giry, la coupa gaiement Raoul.
- Vous avez fait une grande impression sur la Comtesse de Noailles, tout à l'heure, mon enfant, lui dit le vicomte. Étant seule jusqu'au début de l'été, la comtesse vous fait l'honneur de vivre chez elle. Pour votre bien, elle vous donnera des conseils sur les règles régissant la vie de notre société, telle que l'étiquette. Mais vous verrez cela plus avant avec elle plus tard.
- Que deviens Mme Giry? Insista Christine.
- Elle loge pour l'instant chez une connaissance avec sa fille et malheureusement elle m'a fait part qu'elle ne pouvait vous héberger, ne voulant abuser de l'hospitalité de son ami. Elle vous prie à son bon souvenir et vous souhaite d'être heureuse. De plus, je viens de lui trouver une place dans une école de danse à la périphérie de Paris. Elle aura fort à faire et ne pourra s'occuper de vous, je le crains. Étant bientôt vicomtesse, il est bien sûr hors de question pour vous de reprendre votre activité de ballerine. Vous n'aurez plus utilité de cela pour subvenir à vos besoins. »
La jeune femme comprit qu'elle ne pourrait revoir sa mère de substitution avant longtemps. Cela la chagrinait énormément. Elle ne répliqua pas, ne voulant gâter l'humeur du vicomte. Il avait bien fait comprendre au jeune couple que les décisions étaient prises uniquement par lui. Il ne fallait pas tenter le Diable. La providence était de leur côté, autant la garder.
« Si vous le permettez, Père, nous allons rejoindre la comtesse et Mère. Elles attendent Christine avec impatience. »
Ils saluèrent le vicomte et prirent congé de lui. Ils se rendirent main dans la main au salon de réception de la vicomtesse. Les choses avaient si vite changé en quelques minutes. La vicomtesse embrassa Christine chaleureusement. Elle lui confia son grand soulagement suite à la décision de son époux.
« Jamais je n'ai vu mon fils aussi heureux. Le bonheur que vous lui procurez vaut tout l'or du monde. Pour cela, vous faites déjà partie de la famille, mon enfant. »
La comtesse s'approcha à son tour et félicita le futur couple.
« Je ne regrette pas d'être venue vous rendre visite, ma chère Eugénie. Lorsque je suis arrivée, je me doutais que Mlle Daaé et vous me cachiez quelque chose. Un mariage d'amour, c'est tellement rare de nos jours! N'est-ce pas Eugénie? »
La vicomtesse acquiesça d'un sourire gêné. Malgré le rang social, la comtesse était une personne franche et extravertie et ses manières n'étaient pas toujours du goût de tous et notamment de Georges de Chagny. Mais sa bonne humeur et son intelligence subjuguaient le tout Paris et personne n'osait lui trouver à redire.
« Ma chère Mlle Daaé, dit Émilie de Noailles, je me fais une joie de vous accueillir chez moi. Nous allons pouvoir nous atteler aux préparatifs de votre mariage. Trois mois passent très vite, vous savez. Je suis sûre que nous allons devenir les meilleures amies du monde! »
Christine la remercia de tout son coeur.
« - Cela me fait plaisir. La vie à Paris est souvent monotone et un peu d'imprévu ne fait pas de mal. Nous allons rentrer chez moi nous remettre de toutes ces émotions, voulez-vous? D'un autre côté, je sais qu'Eugénie et votre fiancé ont fort à faire à présent.
- Je dois chercher mes affaires dans ma chambre, dit Christine.
- Un domestique va te descendre ta robe, lui répondit Raoul. »
En elle-même, la jeune femme se sentit soulagée d'avoir brûlé les traces du Fantôme. Elle ne voulait pas que Raoul le sache. Il était si tendre avec elle. Il était inutile de le contrarier et de gâcher ce moment qu'ils avaient tant attendu.
« - Quand nous reverrons-nous, Raoul?
- Certainement demain, petite Lotte. Je viendrai te rendre visite au Manoir de Noailles, si la comtesse me le permet, bien sûr.
- En tant que chaperon de Christine, vous avez mon accord. Mais vous ne devrez pas accaparer trop longtemps votre fiancée. Comme elle n'a aucune garde-robe, je songe déjà à l'emmener chez ma modiste demain, pour vous la rendre encore plus belle.
- Vous ne pourrez rien faire qui me la rendrait plus belle qu'elle ne l'est déjà, comtesse. »
Christine rougit sous les compliments. Raoul, convenance oblige, la salua d'un baise-main et elle prit congé des de Chagny, escortée de la comtesse.
OooOoOoOoOoO
La semaine précédant la réception fêtant leurs fiançailles passa à la rapidité de l'éclair pour Christine. La comtesse de Noailles la considérait comme sa protégée. Cette dernière s'inquiétait de l'aspect financier. Toutes ses nouvelles tenues étaient si coûteuse que jamais Raoul ne pourrait la rembourser. Émilie se moquait d'elle. Elle avait assez d'argent pour se permettre d'habiller Christine comme une vraie poupée et elle ne s'en privait pas. Elle aimait la jeune ballerine pour sa candeur et sa fraîcheur. Elle aurait aimé avoir une fille qui lui ressemble.
Les cours de maintien avaient été inutiles. La rigueur des exercices de Mme Giry avait conféré à la jeune fille un port majestueux. Christine se montrait une élève assidue lors de l'apprentissage de l'étiquette à table. La réception étant donnée en son honneur, tous les yeux seraient rivés sur elle et la vicomtesse de Chagny avait espéré qu'avec l'appui de son amie, aucune fausse note de la part de la nouvelle fiancée ne permettrait de faire jaser ni de faire regretter à son époux d'avoir accepté cette union. Émilie de Noailles ne se faisait aucun souci pour Christine car, dans Paris, son remplacement de la Carlotta quelques temps auparavant avait été fort remarqué. Et cela n'étonnait personne que le jeune vicomte de Chagny se soit épris de cette nouvelle cantatrice.
Le soir de la réception, Christine était très nerveuse. La comtesse vint la rejoindre dans sa chambre pendant qu'elle se faisait coiffer par une femme de chambre.
« Vous êtes un diamant brut, ma chère, que nous avons magnifiquement taillé en une seule semaine. C'est à faire mourir de jalousie le plus talentueux des orfèvres, la complimenta Émilie. »
Christine aussi se trouvait splendide dans sa robe d'un rose pâle. Ses cheveux étaient d'habitude relâchés du fait de ses boucles mais la domestique de la comtesse avait fait des prouesses à force d'épingles à cheveux. Un magnifique chignon s'élevait au-dessus de sa tête et quelques anglaises relâchées donnaient à sa coiffure un air noble sans sévérité. Raoul lui avait offert une parure de rubis, lorsqu'il était venu lui rendre visite le lendemain de son emménagement et Christine avait choisi sa robe pour qu'elle s'accorde avec ce précieux cadeau.
Malheureusement, Christine, qui avait eu l'espoir de voir Raoul tous les jours, avait été déçue. Ce dernier n'était pas revenu lui rendre visite mais il lui écrivait quotidiennement pour lui parler de l'avancée des préparatifs de la réception. La jeune femme était attristée de cet éloignement. Le Manoir de Noailles était sur la route de Versailles à l'écart de Paris. Les dizaines de kilomètres qui séparaient le jeune couple était un frein à leurs retrouvailles. Par chance, la comtesse avait tout fait pour occuper Christine, la menant dans les meilleures boutiques de Paris. Elle avait également veillé à ne pas passer par le quartier de l'opéra pour ne pas que la jeune fille devienne mélancolique. En fait, Émilie avait agi sur demande de Raoul. Ce dernier lui avait remis un pli lors de sa visite avec quelques demandes qu'il lui priait de bien vouloir exécuter pour lui. En autre, ne pas passer près de l'opéra, ni parler du passé de Christine là-bas. Le vicomte semblait vouloir protéger sa fiancée et Émilie espérait que cette surprotection affective n'étouffe pas Christine. Mais elle savait que l'amour de jeunesse est toujours extravagant. Elle préférait ne pas s'interposer face aux exigences de Raoul car cela ne la concernait pas.
Lorsqu'elles arrivèrent à l'Hôtel de Chagny, toute la façade était éclairée et les fiacres s'accumulaient devant l'entrée. La comtesse sourit à Christine.
« J'ai préféré attendre que la plupart des invités soit déjà arrivé. Votre entrée sera d'autant plus grandiose. Il est toujours bien d'arriver en retard dans ce genre d'occasion. Au moins, tout le monde se pressera pour vous saluer. Je vous ai épargné une attente interminable où les premiers arrivés restent là à vous dévisager des pieds à la tête. Entrons dans l'arène maintenant. »
Christine fut soulagée de la présence de la comtesse à ses côtés. Cette dernière avait raison. Les invités se précipitèrent pour la saluer une fois que Georges de Chagny fit les présentations officielles, sous un tonnerre d'applaudissement. Christine eut soudain une réminiscence de la première d' ''Hannibal'' où elle avait été le centre d'attention. Elle avait l'impression que c'était dans une autre vie. Raoul vint à sa rencontre en dernier. Ses yeux brillaient, il était subjugué par la beauté de sa promise.
Christine était enfin heureuse. La soirée se déroulait merveilleusement bien. Un petit bal était donné avant le dîner et le jeune couple ouvrit la danse par une valse.
« - Je t'aime, ma petite Lotte.
- Moi aussi, Raoul. Te souviens-tu, il y a des années de cela, Père jouait pour les soirées de réception...
- Nous nous cachions sous les tables et tu voulais être comme les grandes dames.
- Oui.
- Je crois que ton souhait s'est réalisé. La seule chose qui me chagrine c'est que ne n'est pas moi qui t'ai offert cette robe.
- Tu te rappelles de cela également? Fut étonné Christine.
- Ma chérie, même une seule seconde avec toi ne s'oublie pas. »
Lorsque le dîner fut servi, Christine suivit scrupuleusement les leçons de la comtesse. Elle prit exactement le bon verre, la bonne fourchette, le bon couteau, la bonne cuillère au bon moment. Tout cela sous l'oeil critique du père de Raoul et celui, amusé, d'Émilie. A la fin du repas, Raoul se leva et fit tinter son verre avec son couteau.
« Mesdames et Messieurs, je suis heureux de vous avoir eu parmi nous ce soir. Vous avez découvert celle qui fait battre mon coeur depuis ma plus tendre enfance et malgré tout l'amour que je lui porte, je ne croyais pas possible de pouvoir l'aimer de plus en plus chaque jour. »
Tout le monde soupira d'attendrissement.
« Aussi, aujourd'hui, nous fêtons nos fiançailles mais il manque une chose pour les concrétiser. »
Il sortit de table, longea les invités et se rapprocha de la place de Christine. Il s'agenouilla près d'elle et lui tendit un écrin. Elle l'ouvrit et découvrit une bague dorée sertie d'un superbe diamant étincelant.
« - Raoul, elle est magnifique.
- Cette bague est dans notre famille depuis plusieurs générations. Ma mère t'en fait le présent.
- Mais, vicomtesse, c'est trop d'honneur. Vous devriez la garder, dit Christine embarrassée.
- Cela me fait plaisir. Il est de mon devoir de la transmettre à mon tour à ma future belle-fille, répondit la vicomtesse de Chagny. »
Christine était touchée de ce geste. Raoul la lui passa à son annulaire gauche et lui fit un baise-main. Tout le monde applaudit. Cette bague était très différente de celle qu'ils avaient choisi chez Swarovski en octobre dernier. Elle ne l'avait jamais porté à son doigt mais autour de son cou pour que le secret reste entier. Cette bague avait été le symbole du triangle que le Fantôme, le vicomte et elle avaient formé; un signe de rivalité entre les deux hommes, comme si cette bague avait représenté le coeur de Christine.
A présent, la bague des de Chagny à son doigt, elle comprenait réellement l'engagement d'une vie qu'elle s'apprêtait à prendre. Elle en éprouvait de la joie mais aussi un peu d'appréhension. Toutes les futures mariées doivent ressentir cela, se dit-elle.
J'attends vos reviews! D'ailleurs un grand merci à PiratePink pour ses reviews. C'est toujours un plaisir de savoir ce que les lecteurs pensent de votre histoire...
