Chapitre 13: Le mariage

Bonjour à toutes et à tous (si il y a des hommes qui lisent cette histoire, je les en remercie!). Voilà peut-être un chapitre que vous attendez avec impatience. Et pour vous faire plaisir, nous allons d'abord retrouver notre cher et tendre Erik...

Erik tenait le morceau de journal entre ses mains. Il avait tellement lu et relu l'article concernant l'annonce du mariage de Christine et du vicomte qu'il le connaissait par coeur. Le papier était froissé après si souvent être passé entre ses doigts.

Le jour fatidique était arrivé. L'aube du samedi 30 avril 1871 avait pointé. Il ne savait s'il devait s'en réjouir ou en pleurer.

C'était uniquement grâce à lui si elle épousait Raoul. Il avait modelé son bonheur en annihilant le sien. Si il n'avait pas payé la dot, elle n'aurait rien pu faire d'autre que de revenir vers lui. Et il ne l'avait pas fait.

Lorsque Marie Giry était venue lui confier que les fiançailles de Christine étaient fortement compromises par Georges de Chagny, il avait agi impulsivement. Il avait envoyé Mme Giry avec l'argent nécessaire pour l'établissement de la jeune fille. Il voulait être soulagé de cette obsession qui le consumait. Il voulait vivre tranquille et ne plus jamais entendre parler d'elle. Cependant, il avait voulu qu'elle sache que son bonheur futur n'avait dépendu que de lui et non de la famille de Chagny. Il avait donné à la chorégraphe la robe de mariée qu'il avait jalousement choyé pendant tant d'années, ainsi qu'une lettre et un dernier souvenir de lui.

Inconsciemment, il avait espéré que Christine, en comprenant l'identité de son bienfaiteur, serait prise de remords et revienne vers lui. Ce soir-là, il avait eu cette folle espérance et il l'avait attendu près de l'Hôtel de Chagny.

Les manies du Fantôme de l'Opéra étaient difficiles à effacer et lorsqu'elle était sortie accompagnée d'une autre femme, il avait eu l'intention de suivre leur fiacre. Mais Erik Giry prit le chemin opposé et s'enfuit chez lui.

Cela faisait trois mois qu'il n'était pas ressorti. Il vivait cloîtré dans ses appartements. Il avait laissé les fenêtres condamnées par des planches en bois et gardé les rideaux tirés jour et nuit, vivant dans l'obscurité. Deux lampes à huile lui apportaient un peu de lumière. Il n'avait jamais vécu à la lumière du jour et il se sentait mieux ainsi.

Trois mois qu'il avait lutté pour se désintoxiquer de cette passion qui l'avait détruit. Il avait cru devenir fou, comme un alcoolique à qui on refuse un verre d'absinthe. Christine avait été une drogue pour lui pendant dix ans et le sevrage brutal avait été terrible.

Marie avait essayé de lui venir en aide. Mais il avait besoin de solitude. Il l'entendait derrière sa porte, l'appelant, lui demandant si tout allait bien. Il ne lui répondait pas. Même Meg avait tenté de se rapprocher de lui. Elle lui apportait son repas chaud tous les jours mais elle devait laisser le plateau devant la porte. Il ne lui ouvrait pas. Il attendait de l'entendre s'éloigner pour se nourrir, lorsqu'il mangeait...

Pourtant, il aurait aimé savoir si elles allaient bien mais il ne se sentait pas la force de leur parler.

La seule chose qu'il avait voulu, c'était tuer, tuer pour apaiser cette rage qui sourdait en lui. Puis, à force d'être resté allongé des heures sur son lit, dans le silence et le noir complet, à attendre que cette obsession sorte de son être, la rage, les regrets s'étaient envolés peu à peu.

Lorsqu'il s'en sentit la force, il sortit de sa chambre, après avoir repris une allure convenable. Il avait vécu plus de deux mois comme un animal sauvage. Il ne se rasait plus, ne portait plus son masque, ne s'occupait plus de lui. Il avait finalement repris soin de son apparence et avait porté son masque, son compagnon d'une vie, à nouveau.

Au moment où Meg arrivait avec son repas, il ouvrit la porte sur elle. Elle en fut tellement saisi qu'elle lâcha le plateau qui s'écrasa au sol. Elle resta pétrifiée. Non par la vision d'Erik en lui-même mais par le fait qu'il était sorti de sa léthargie si brusquement. Mme Giry, en entendant le fracas, avait accouru pour en connaître la cause. Elle avait été morte d'inquiétude en constatant l'attitude d'Erik. Elle avait peur qu'à tout moment il commette une bêtise. C'était mal le connaître. Certes, les idées noires l'avaient envahi, au début, mais il se savait incapable de les mettre à exécution. Il était passé par tellement d'épreuves tout au long de sa vie que, si il avait eu un esprit faible, il ne serait plus de ce monde depuis longtemps.

Il était peu à peu sort de sa coquille et s'était ouvert sur le monde extérieur. Il continuait à rester dans ses appartements mais acceptait, maintenant, que Meg lui apporte son repas dans son salon. La jeune fille était toujours intimidée par lui. Elle restait sur ses gardes. Il comprenait sa réaction mais, pour se faire pardonner sa faute, il prit l'effort de la convier à rester avec lui le temps qu'il déjeune. Ils avaient lié connaissance.

Le problème était que Meg n'était guère bavarde et Erik n'aimait pas se confier. Le résultat d'une vie sous l'emprise protectrice de Marie Giry lui avait répondu Meg, alors qu'il lui avait exposé leur problème de communication. Il en avait ri. C'était la première fois qu'il avait ri depuis bien longtemps, tellement longtemps qu'il n'aurait su dire quand. Meg fut surprise de sa réaction mais elle rit avec lui de bon coeur. Il était content de pouvoir réapprendre à vivre grâce à elle.

Mme Giry était absente toute la journée pour son nouveau travail à l'école de danse. Erik aurait préféré qu'elle arrête. Il avait placé une partie de son argent ce qui leur permettait de vivre convenablement sans le salaire de la chorégraphe. Mais elle avait refusé. L'argent gagné, elle s'en servait pour que Meg et elle soient indépendantes financièrement d'Erik. Elle ne voulait pas se sentir plus redevable encore que maintenant: il leur avait offert un toit.

Elle avait insisté pour que Meg ne travaille que quelques jours par semaine avec elle. Elle l'initiait à la mise en scène et aux leçons des jeunes élèves pour qu'elle puisse la remplacer le moment venu. Pendant son temps libre, Meg était chargée de veiller sur Erik.

Ce dernier lui avait demandé d'acheter le ''Journal de Paris'' quotidiennement. Il le lisait avec avidité pour trouver peut-être une note sur Christine et le vicomte.

Mme Giry et Meg n'avaient eu aucune nouvelle de Christine depuis ses fiançailles. Ce n'était pas pour déplaire à Marie car si elle avait gardé le contact avec elle, elle savait qu'Erik la rencontrerait à nouveau. Cela n'était pas possible: il avait tellement souffert et mis de temps à se remettre.

Un soir d'avril, Marie rentra à la maison, la mine soucieuse. Meg l'interrogea sur la cause de son tracas et sa mère lui tendit une enveloppe d'un rose pâle adressée à Mme Giry et à elle. Elle l'ouvrit et lut la lettre de même couleur.

« Vous êtes cordialement invité au mariage

de Mlle Christine Daté et Monsieur le Vicomte Raoul de Chagny

en l'église Saint-Germain le samedi 30 avril 1871. »

« - Un valet m'a apporté cette lettre à l'école de danse. Selon lui, elle vient personnellement de Christine, lui dit Marie.

- Allons-nous y aller ? Demanda Meg, curieuse de ce que sa mère en pensait.

- Je ne sais pas encore. Tout dépend d'Erik Il faut peut-être l'informer mais j'ai peur qu'il réagisse mal. Il a fait tant d'effort pour s'en sortir. Je ne voudrai, pas que tout soit réduit à néant.

- Il n'est pas stupide, Mère. Il sait très bien que Christine, fiancée, le mariage aura forcément lieu un jour ou l'autre. C'est tout de même lui qui a permis leur union... »

A ce moment-là, Erik entra dans le salon qu'occupaient les deux femmes. Il posa sur la petite table devant elles le morceau de journal consacré aux deux amants.

« Ne t'inquiète pas pour moi, Marie. Cela fait plusieurs jours que je le sais. Rien ni personne ne m'empêchera d'assister à ce mariage. J'ai besoin de m'assurer qu'elle va bien. »

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Mme Giry et Meg arrivèrent à l'église jouxtant le cimetière où Gustave Daaé reposait, à l'heure convenue. Elles avaient loué un fiacre pour s'y rendre. Erik y était allé par ses propres moyens. Marie n'était pas tranquille et avait demandé à Meg d'être vigilante tout au long de la cérémonie et de surveillait Erik: ce qu'il avait accordé à Christine , il pouvait aussi le lui reprendre.

Les invités étaient arrivés et se plaçaient déjà dans l'église. Mme Giry et sa fille s'aperçurent vite qu'elles étaient les seules connaissances de Christine à avoir été conviées. Tous appartenaient à la bonne société ou à la famille de Chagny. Elles se placèrent en retrait, au dernier rang.

La cérémonie commença. Raoul, richement vêtu, attendait au pied de l'autel. Il était au comble de la joie et ne le cachait pas. Les invités se turent lorsque l'orchestre entama la marche nuptiale.

Tous se tournèrent vers l'entrée de l'église. Au dehors, le soleil resplendissait. Christine apparut alors, magnifique dans sa robe brodée de dentelle qui soulignait sa taille fine et élancée. Elle tenait un somptueux bouquet de fleurs blanches dans ses mains. Son voile lui masquait le visage. Elle avançait à pas lent, cadencé au rythme de la musique. Personne n'était à son côté pour lui tenir le bras. Seule la comtesse de Noailles la suivait quelques mètres en retrait.

Mme Giry ne cessait de poser son regard tout partout: entre les piliers, vers la sacristie, vers le confessionnal... Elle serrait nerveusement les pans de sa robe entre ses mains. Meg savait qu'elle avait peur qu'Erik apparaisse en pleine cérémonie. Il était imprévisible et capable de tout, en dépit de sa promesse de ne pas intervenir. Christine arriva à hauteur de Raoul et le prêtre commença l'office.

Une heure plus tard, vint le moment de l'échange des voeux. Mme Giry se raidit. Elle appréhendait ce moment décisif. Meg le comprit. Elle avait entraperçu aux portes de l'église un escalier qui devait mener au clocher. Elle posa une main sur l'épaule de sa mère, l'intimant de sa calmer et se leva discrètement pour se diriger vers l'escalier. Ce dernier menait à un premier palier d'où une coursive longeait toute la largeur de l'église et passait sous une rosace. Le vitrail était si richement coloré et travaillé que les rayons du soleil qui le traversaient se transformaient en une myriade de couleur.

Là se tenait Erik, près de l'escalier, ses mains gantées posées sur la rambarde de pierre de la coursive.

« - Erik ? Chuchota Meg. »

Il ne lui répondit pas. Les voeux de Raoul venaient d'être prononcés. C'était au tour de Christine de parler. Erik était absorbé par la scène et Meg ne pouvait distinguer ses traits. Elle se tenait à sa droite et son masque cachait son visage.

Christine parla d'une voix lente et mesurée, répétant les mots du prêtre. Sa voix douce résonnait dans l'église. L'ecclésiastique demanda alors:

« Si quelqu'un s'oppose à cette union, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais. »

Les mains gantées d'Erik se resserrèrent sur la rambarde. Il aurait pu la briser tellement il y mettait de force. Meg sentit sa douleur et, doucement, elle posa une main sur la sienne. Erik, cependant, ne sembla pas s'en apercevoir.

« - Je ne vais pas m'interposer, je n'en avais pas l'intention. Ta mère et toi n'avaient pas à vous inquiéter.

- Je ne me soucie pas du bon déroulement du mariage. Je m'inquiète pour toi, c'est tout. Tu sais, Erik, tu n'es pas seul. Plus maintenant. Nous sommes là pour toi. »

« Je vous déclare mari et femme. Vous pouvez embrasser la mariée. »

Raoul souleva le voile de Christine. Celle-ci, le sourire aux lèvres, recueillit le baiser de Raoul.

Les larmes étaient difficiles à réprimer pour Erik. Si Meg ne s'était pas tenue près de lui, il ne sait s'il aurait réussi à rester immobile et stoïque face aux événements qui se déroulaient devant lui.

Quelle idée avait-il eu, pauvre fou!

Il s'en voulait d'être venu. La jalousie s'emparait de lui.

Que n'aurait-il donné pour être à la place du vicomte en cet instant!

Raoul, sans le savoir, lui était à jamais redevable et Erik regrettait amèrement de lui avoir offert son bien le plus précieux.

La cérémonie se termina.

« Nous allons rentrer à la maison. Nous t'attendrons, dit Meg. »

Erik acquiesça. Meg resserra sa prise sur sa main en signe d'encouragement et d'empathie. Elle s'en alla.

Les jeunes mariés redescendirent l'allée sous les yeux des invités et sous ceux d'Erik. Il ne pouvait détacher son regard de Christine. Il la connaissait bien depuis toutes ces années à l'observer dans l'ombre.

En trois mois, elle avait énormément changé, comme si l'étincelle qui brillait dans ses yeux s'était éteinte. Elle était pâle, aussi pâle que la statue qu'il avait modelé à son image et des cernes se dessinaient sous ses yeux. Même si elle souriait à tous, Erik en était sûr: Christine n'était pas heureuse et il ne comprenait pas pourquoi...

oOoOoOoOoOoO

Christine, Madame la Vicomtesse Raoul de Chagny, descendait l'allée principale de l'église avec son époux. Elle se forçait à sourire. Tout ce qu'elle avait souhaité, elle l'avait obtenu. Elle s'était battue pour sa liberté, pour être la femme de Raoul.

Pourquoi n'éprouvait-elle donc rien en ce jour qui aurait dû être le plus beau de toute sa vie?

Depuis le début de la cérémonie, elle s'était sentie observée. Elle ne connaissait que très bien cette sensation. Ses yeux se portèrent instinctivement sous la rosace. Là, leurs regards se croisèrent. Son coeur s'arrêta de battre dans sa poitrine et elle se raidit. Raoul la regarda amoureusement et lui serra la main plus fortement. Christine lui afficha une mine qu'elle voulait la plus réjouie possible et ils continuèrent d'avancer.

Elle reporta brièvement son regard là où Il s'était tenu quelques secondes auparavant. Il n'y avait plus personne. Elle se demanda si elle n'avait pas rêvé, si ce n'était pas une illusion ou son esprit qui lui jouait des tours.

Peut-être qu'à force de faire le même rêve chaque nuit devenait-elle folle?

Raoul et elle s'apprêtaient à sortir de l'église. Christine aperçut au dehors Meg et Mme Giry qui montaient dans un fiacre. Leurs présences, suite à son invitation, signifiait qu'Il avait été bien présent aussi.

Elle savait que son ancienne mère de substitution était liée à Lui. Il avait assisté au mariage qu'Il lui avait offert sur un plateau. Il ne l'avait pas totalement abandonné, malgré le choix qu'elle avait suivi. Elle ne se rendit pas compte qu'inconsciemment elle avait eu l'envie qu'il intervienne pendant la cérémonie.

S'était-elle fourvoyée?

Toujours est-il qu'à présent elle le sentait réellement à son annulaire gauche, le poids de son engagement envers Raoul.

Que pensez-vous de ce chapitre? Je l'avoue, il est très difficile d'écrire sur les sentiments et la façon de penser d'Erik. Il est très difficile à cerner. Donc si certains trouvent qu'il n'a plus rien avoir avec le caractère du Fantôme de l'Opéra, je leur répondrai que sa vision des choses a beaucoup changé suite au baiser de Christine. J'aime faire évoluer les personnages et je veux que l'on suive leurs changements psychologiques. Erik, comme Christine, continuera donc d'évoluer par rapport à ce qu'ils étaient à l'opéra. Voilà pourquoi il a laissé le mariage se faire.

Si ce chapitre était centré sur le mariage, le prochain sera centré sur ce qui se passe le soir du mariage! Je vous laisse réfléchir à ce qui va se passer... ;D

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