Chapitre 14: Nuit de noces

Christine venait de terminer de s'habiller pour la nuit. Elle avait fini de brosser ses cheveux et ils reposaient en une cascade de boucles brunes le long de son dos. Elle se trouvait dans la chambre de Raoul à l'Hôtel de Chagny. Celle-ci avait été aménagée pour les jeunes époux: une coiffeuse avait pris place à côté d'un secrétaire. La décoration, comme les tentures et la tapisserie, avait été refaite pendant l'absence de Christine, pour accueillir le nouveau couple.

Elle se demandait ce qu'elle devait faire à présent.

Devait-elle attendre Raoul ainsi ou bien devait-elle se mettre au lit ?

Elle savait très bien ce qu'il attendrait d'elle ce soir et, à cette pensée, elle fut prise de tremblements d'anxiété. Elle était au courant de la manière dont cela se passait. Depuis le début de sa vie à l'opéra, elle avait été le témoin des agissements de certaines filles du corps de ballet. Nombre d'entre elles, après les représentations, fréquentait des hommes venus les admirer sur scène. Certaines se faisaient payer leurs services, d'autres devenaient les maîtresses d'hommes fortunés qui les entretenaient. A leur retour, elles n'hésitaient pas à parler sans pudeur de leurs aventures nocturnes et lors de certaines fêtes données les soirs de première, les couples ne se donnaient même pas la peine de sortir de l'opéra.

La comtesse de Noailles, la veille, s'était permise de l'entretenir au sujet de la nuit de noces. Émilie était devenue l'amie de Christine. Les trois mois passés ensemble les avaient rapprochées et elle se sentait le devoir d'informer la jeune fille de ce qu'il se passerait.

A présent, Christine allait devoir remplir son devoir conjugal et elle était plus effrayée qu'un soir de première.

Elle en était encore à tergiverser, quand on frappa à la porte.

« Entrez, dit-elle d'une voix étouffée. »

Lorsqu'elle vit son mari ouvrir la porte, elle essaya de respirer profondément pour se calmer. Raoul était en chemise de nuit, lui aussi. Il semblait également nerveux, ce qui la soulagea un peu.

Il n'avait jamais connu d'autres femmes, préférant se réserver pour son épouse plutôt que de fréquenter des filles de joie, au grand désarroi de son père.

Il restait debout contre la porte qu'il venait de refermer.

« Bonsoir, Christine. La chambre te plaît-elle? Devons-nous apporter des modifications? Comme nous partons demain en voyage de noces, nous pouvons demander de rectifier certains détails si tu le souhaites. »

Raoul essayait de meubler le silence qui s'installait et de dissiper la gêne que tous deux éprouvait.

« Tout est parfait, Raoul. Il n'y a rien à changer, lui répondit Christine. »

Pendant qu'ils parlaient ensemble, il était entré dans le lit. Christine prit son courage à deux mains, se leva et alla le rejoindre.

« - Dois-je éteindre les lumières ou veux-tu que je les laisse allumer? Lui demanda-t-il.

- Je ne sais pas. Fais comme tu le veux, lui dit-elle. »

Leur malaise tournait au ridicule.

Raoul éteignit alors la lumière qui brûlait du côté de son lit, puis il se pencha au-dessus d'elle pour éteindre celle qui se tenait du côté de son épouse. L'obscurité s'installa. Il resta pencher au-dessus d'elle et commença à lui embrasser le visage. Elle se laissa faire sans bouger.

Au fur-et-à-mesure, il devint plus entreprenant et entreprit d'explorer avec ses mains le reste de son corps. Puis, il retira sa propre chemise avec un peu de gaucherie. Christine se fit le devoir de retirer la sienne.

Elle sentait son coeur battre à tout rompre dans sa poitrine. Si fort qu'il aurait pu exploser. Cependant, les sensations de son corps n'étaient en accord avec ce qu'elles auraient dû être. Elle ne tremblait pas de désir mais de peur.

Sentant sa femme se crisper, Raoul s'arrêta et tenta de la rassurer.

« - Je ne te ferai aucun mal. Si tu le veux, nous pouvons attendre, si tu ne te sens pas prête...

- Tout va bien, lui dit-elle. »

Elle ne voulait pas blesser Raoul. Elle sentait qu'il la désirait et ne voulait pas gâcher cette nuit si importante. Les yeux de son mari brillaient d'une façon qu'elle ne lui avait encore jamais connu.

Il entreprit de nouveau l'exploration de ce corps qui lui appartenait, à présent, et l'embrassa avec plus de fougue. Christine lui rendit ses baisers.

Alors qu'elle devint sienne, une douleur aigüe lui déchira le bas-ventre et elle ne put réprimer un cri de souffrance. Elle s'agrippa aux épaules de Raoul, espérant que cela passerait.

La comtesse l'avait avertie de cette douleur sourde qui se manifestait la première fois. Elle lui avait conseillée de se détendre et lui avait assurée que le plaisir viendrait après. Mais le désir ne vint pas. Elle ne pouvait que se focaliser sur le mal qu'elle ressentait.

Quelques minutes après, Raoul se retira, haletant et visiblement satisfait de lui.

« - Est-ce que tu vas bien ?

- Oui, je vais bien, mon chéri.

- Je t'aime, ma petite Lotte.

- Moi aussi, Raoul. »

Celui-ci la prit dans ses bras et il finit par s'endormir contre elle.

Christine restait figée. Les pensées tournaient dans sa tête. Elle comprit soudain sa bêtise.

Quand Raoul l'embrassait, elle n'éprouvait pas de troubles mais juste de la tendresse à son égard. Comme une soeur aime un frère. Ils se connaissaient depuis si longtemps...

Elle en était restée à éprouver pour lui un amour de jeunesse candide, pur et innocent. Alors que l'amour que Raoul lui portait avait évolué naturellement avec les années écoulées.

Elle l'aimait, elle n'en doutait aucunement. Mais pas de manière charnelle comme lui.

Tout s'éclaircit dans son esprit. Elle n'aimait pas Raoul comme elle aurait dû. Elle chérissait celui qui hantait ses rêves depuis ces derniers mois. Voilà pourquoi elle n'avait réussi de cesser de penser à Lui. Voilà pourquoi elle se sentait mourir un peu plus chaque jour.

Le désir, elle l'avait connu à chaque étreinte qu'Il avait glissé contre sa peau, à chaque mot qu'Il avait prononcé pour elle. Il avait sur elle une telle emprise que dans son Royaume de Musique, elle se serait donnée à Lui sans la moindre retenue, sans la moindre pudeur, si Il le lui avait demandé.

Les chaînes qu'Il avait voulu faire sienne lui avaient paru trop lourdes à porter sur le moment mais elle comprenait, trop tard, que celles qui la liaient à Raoul étaient plus étouffantes encore. Elle ne voulait qu'être libre et, pourtant, elle s'était enchaînée dans ce mariage pas peur d'être seule, par peur de ne pas se sentir protégée.

La douleur qu'elle sentait en elle était toujours lancinante mais plus déchirante était celle qu'elle éprouvait en son coeur. Elle se mit à pleurer silencieusement, son mari endormi près d'elle.

Elle aimait follement un fantôme et elle l'avait toujours aimé. Depuis le début.

Elle devrait maintenant passer le reste de sa vie en acceptant cette évidence.

J'ai déjà lu beaucoup de fics sur le Fantôme et la plupart considère Raoul comme un macho et un ''salaud'' dès le mariage. Pour ma part, je préfère penser qu'il était aussi innocent que Christine au départ (on ne peut pas lui attribuer tous les maux de la terre, non plus. Sinon pourquoi, Christine qui le connaît depuis un moment, l'aurait épousé!). Mais je tiens à vous rassurer, ne vous inquiétez pas lui aussi va évoluer avec le temps...

Des reviews sont indispensables, cette fois!