Chapitre 16: L'ombre de Christine
« - Est-ce un garçon ou une fille?
- C'est un garçon, répondit Meg en lisant l'invitation au baptême du fils de Chagny. Ils l'ont appelé Raoul Georges Gustave de Chagny.
- Pauvre arrogant! S'emporta Erik. Je reconnais bien là la suffisance du vicomte. Faire passer le nom de ses propres aïeuls avant ceux de son épouse! Il n'aura de cesse de se vanter de son héritier!
- Erik, calme-toi.
- Je n'ai pas d'ordres à recevoir de toi, Meg Giry! »
Cette dernière baissa les yeux. Elle connaissait Erik suffisamment pour savoir qu'on ne pouvait rien exiger de lui. En cinq ans, elle avait fini par apprécier l'homme derrière le masque mais le Fantôme réapparaissait parfois dans ses colères soudaines et brutales. Lors de ces moments, comme maintenant, elle préférait s'effacer et le laisser seul.
Erik avait beaucoup changé depuis l'emménagement de la chorégraphe et de sa fille. Il avait appris à cohabiter avec des gens qui étaient conscients de sa présence, de son existence et qui se souciaient de lui. Il avait tellement eu l'instinct et l'habitude de rester caché, de vivre sa vie à travers celles des autres, comme une ombre.
La socialisation s'était avérée délicate mais possible. Meg et sa mère lui avaient accordé de l'importance. Il existait grâce à elles. Marie Giry s'était rachetée de l'avoir abandonné après la mort de son mari.
La seule chose à déplorer était que Meg était retenue en otage par sa mère pour le surveiller, pour éviter qu'il ne revoie Christine. Toutes les lettres reçues de la vicomtesse de Chagny avaient été brûlées immédiatement à l'école de danse. Meg avait vu sa mère les détruire les unes après les autres. Elle ne s'était pas sentie le courage d'en informer Erik, tout comme elle ne s'était pas sentie le courage d'avouer à sa mère qu'il se rendait tous les dimanches au cimetière Saint-Germain. Tous les trois formaient une famille mais Meg sentait qu'elle pourrait voler en éclats à tout moment, si les non-dits étaient découverts.
Au mariage de Christine, Erik avait été choqué par la transformation de la jeune femme. Il ne comprenait pas. Elle avait tout pour être heureuse. Il avait été si intrigué qu'il n'avait pu s'empêcher d'épier ses faits et gestes, d'autant plus qu'elle était toujours aussi morose à son retour de voyages de noces.
Il observait de l'extérieur l'Hôtel de Chagny, la nuit. Mais il ne pouvait rien distinguer. A l'opéra, tout était tellement plus simple mais en terrain inconnu et avec les chambres à l'étage, il ne pouvait pas correctement la surveiller.
Aussi, tous les dimanches, se cachait-il dans le mausolée de Gustave Daaé et il l'écoutait prier à haute voix, comme il l'avait fait en janvier 1871. Ils avaient pourtant changé depuis ce temps. Christine n'avait plus chanté la moindre note en se recueillant et lui ne s'était pas montré ni fait entendre.
Christine était une drogue pour lui et il savait à présent qu'il ne pourrait jamais se désintoxiquer d'elle. Cet espionnage dominical était sa seule raison de laisser les jours se succéder. Toujours, il était résolu à se dévoiler, lorsqu'elle arrivait dans l'allée où reposait Gustave Daaé. Dissimulé à l'intérieur du mausolée, il restait les yeux fermés à l'écouter, les poings serrés, comme si ce simple geste l'empêcherait d'exécuter ses plans.
Combien de fois n'avait-il pas songé à l'enlever! Aucune personne ne l'accompagnait jamais. Pas même Raoul. La tentation était forte. Elle était si proche de lui; un mètre, peut-être deux... Il n'avait qu'à tendre sa main pour la toucher, pour ressentir à nouveau cette peau contre la sienne. Lorsqu'elle parlait, son coeur s'emballait. Il pouvait presque sentir son souffle. Mais toujours, il parvenait à se contrôler jusqu'à ce qu'elle s'en aille.
Il passait alors la semaine à réfléchir au meilleur moyen de la revoir.
Le plus difficile à supporter étaient ces trois longs mois où les de Chagny partaient en Normandie, pour l'été ou quand ils partaient en voyage. Il tournait dans ses appartements comme un lion en cage, lorsqu'elle quittait la capitale. Bien qu'au fil du temps, Christine n'accompagnait plus Raoul et restait à Paris la majeure partie de l'hiver.
Il n'attendait qu'un signe de sa part, un geste qui lui montrerait qu'il lui manquait. Mais les années avaient passées égales à elles-mêmes, jusqu'au jour où Christine confia à son père sa grossesse. Il avait vu son corps se déformer un peu plus chaque semaine. La boucle était bouclée. Elle allait devenir mère et allait chérir un nouvel être.
Quelle place avait Erik dans sa vie à présent? Alors que lui n'avait qu'elle...
Raoul avait tout emporté au fil des ans jusqu'à sa voix de soprano qui s'était éteinte. Tout. Sauf la bague qu'elle lui avait rendu et qui reposait sur son coeur.
A l'approche de l'accouchement, il avait redoublé sa surveillance de l'Hôtel. Il avait guetté l'arrivée du médecin et de la sage-femme.
Lorsqu'il avait su que le moment était venu, il avait attendu, espérant, implorant pour que Christine n'ait pas de complications, qu'elle soit sauve.
Puis, son fils était né et elle avait fondé une famille. Il en était écoeuré... Le vicomte avait détruit en à peine cinq ans la créature qu'il avait mis dix ans à façonner. Il aurait aimé tuer Raoul de mille façons possibles.
Un jour, oui, un jour, il trouverait bien une raison de le tuer...
Un petit chapitre, je dois l'avouer mais dans le prochain, je vous réserve de nombreuses surprises...
Un peu de patience, vous savez que j'essaie d'updater tous les jours! ;D
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