Salut à tous! Voici un chapitre décisif pour la suite de l'histoire. Je vous laisse le savourer!

Chapitre 23: Aux origines

La lumière des flammes de l'âtre dansaient sur la joue d'Erik. Chaque creux, chaque boursouflure prenaient une couleur différente. Les ombres se jouaient de sa difformité. Christine ne pouvait s'empêcher de parcourir de ses doigts cet espace qu'elle seule était autorisée à découvrir, à explorer. Elle était captivée par cette anomalie singulière. Erik était, à présent, habitué à ce qu'elle agisse de la sorte. Il la laissait faire. Il avait appris à ne plus avoir honte de son visage, lorsqu'ils n'étaient que deux.

Ils étaient étroitement enlacés dans une couverture, sur le tapis, faisant face à la cheminée. Le mois d'octobre était entamé et le froid de l'automne commençait à se ressentir.

« J'ai toujours été ainsi, commença Erik. »

Les doigts de Christine arrêtèrent leur course et elle le regarda, silencieuse.

« D'aussi loin que je m'en souvienne. J'ai passé ma petite enfance dans le sud de la France et j'avais des parents. Ou tout du moins, j'avais une mère. Elle vivait à l'écart du village et je me rappelle qu'elle n'était pas appréciée. On disait d'elle qu'elle était guérisseuse, sorcière, magicienne. Je crois que, si elle avait vécu à une autre époque, les villageois l'auraient brûlée vive.

Elle était tombée amoureuse d'un berger. C'est comme cela que je suis né. Malheureusement, ma difformité a détruit sa vie. Elle m'avait accepté, comme j'étais, mais mon géniteur ne l'a pas supporté. Ils étaient mariés, j'étais son fils mais je n'étais qu'un monstre pour lui.

Le village le montrait du doigt. Il ne l'acceptait pas. J'étais tout petit mais, lorsque ma mère s'absentait par obligation, il me frappait. Il me forçait à mettre un sac sur ma tête, dès que je sortais de la maison. Il criait que ma mère était le Diable, Lucifer réincarné en femme et que j'étais son fils, mi-humain, mi-démon. Il avait voulu faire annuler le mariage. Il criait qu'il avait été possédé et que jamais il ne se serait uni à une sorcière priant Satan. Mais le curé du village a refusé l'annulation du mariage. Ce dernier avait été pratiqué dans les règles de l'Église. Il a refusé aussi à mon père de pratiquer son exorcisme.

Le médecin, lui, s'est montré très curieux, au sujet de mon problème. Il s'agit d'une maladie, une simple maladie de peau que j'ai depuis ma naissance. Elle était présente autour de mon oeil, puis, jusqu'à la fin de ma petite enfance, elle s'est propagée sur tout le côté droit de mon visage. Aucun remède possible, juste une curiosité médicale.

Toujours est-il, qu'au jour de mes quatre ans, mon père, qui s'était mis à boire, depuis ma naissance, est entré dans une colère noire contre ma mère. Je n'en sais la raison. Il l'a étranglée sous mes yeux. L'air s'échappait de ses poumons et elle m'a supplié de prendre la fuite. Je n'ai pas réfléchi. J'ai couru, couru, du mieux que je pouvais, pour ne pas qu'il me rattrape, pour ne pas subir le même sort que ma mère. Dans ma fuite, j'ai été attrapé par une troupe de saltimbanque, de forain. J'ai été une véritable aubaine pour eux. Un cabinet de curiosité et de monstruosité, à moi seul.

J'ai vécu en cage, comme un animal sauvage. Exposé devant des gens avides de sensations fortes, comme un phénomène de foire. Les gens hurlaient, me crachaient au visage, me lançaient des pierres ou de la nourriture avariée. Au-fur-et-à mesure du temps, j'acceptais de moins en moins d'être exposé devant ces voyeurs sans scrupules. Alors, mon bourreau s'est mis à me frapper, à m'assommer pour dévoiler mon visage, à la vue de tous.

Je n'avais aucun ami, mis à part le petit singe de ce forain. C'était le seul contact affectueux que j'avais. Lorsque ce saltimbanque s'en est rendu compte, il m'a tellement battu que j'ai été laissé pour mort, pendant plusieurs jours. Après mon rétablissement, je n'eus plus le droit de voir mon ami. Je me suis fabriqué sa réplique avec ce que je trouvais: une petite poupée de singe qui jouait des cymbales. De simples morceaux de métal les constituaient mais leur tintement métallique m'a toujours apaisé et réconforté.

Je venais, alors, d'avoir huit ans. Nous étions de passage à Paris. Lors d'une représentation, mon tortionnaire m'a à nouveau maltraité, lorsqu'il a découvert la poupée que je venais de fabriquer. Je ne pouvais plus le supporter. Cette vie en cage me rendait fou, j'étais traité avec encore moins d'égard qu'un animal sauvage.

Lors d'un moment d'inattention de sa part, je me suis saisi d'une corde et je l'ai tué, comme mon père l'avait fait avec ma mère. Mais une jeune fille avait été témoin de la scène: Marie Giry. Elle ne m'a pas jugé, comme les autres le faisaient. Elle m'a sauvé, elle m'a soigné, comme ma mère l'avait fait avant elle. Je lui serai à jamais redevable. »

Christine l'écoutait avec attention. Jamais, il n'avait tant parlé, jamais il ne s'était livré ainsi.

« - Personne n'a jamais su d'où je venais. Je n'ai jamais expliqué à Marie ce que je viens de te dire cette nuit. C'est la première fois que j'en parle. Lorsqu'un jour, Marie m'a choisi un nom, je ne sais si cela a été pure coïncidence ou bien si cela a été le destin mais elle a deviné, comment je m'étais appelé. Toutes ces années de maltraitance m'avaient fait oublié que j'avais eu un nom.

- Erik? Chuchota Christine.

- Oui, c'est comme cela que ma vraie mère m'avait nommé. Marie a fait de son mieux pour m'aider à l'opéra. Mais j'étais prisonnier de ses murs. Il n'y a que lorsque j'ai entendu ta voix que je me suis senti libéré. Toi aussi, tu m'as sauvé, Christine, d'une certaine façon... »

Christine l'enlaça tendrement. Elle était touchée par ses confidences.

Comment avait-il réussi à survivre à toutes ces épreuves?

Comment n'était-il pas devenu fou?

A sa place, elle n'aurait pu supporter cela. Malgré sa vie jonchée de drames et de blessures, le temps semblait ne pas avoir d'emprise sur lui. Aucune ride sur son visage, ses cheveux d'un châtain clair sous sa perruque ne s'étaient pas éclaircis avec le temps. Des cicatrices marquaient, certes, son corps, elle en comprenait, à présent, la cause mais ses muscles étaient toujours aussi saillants que ceux d'un homme, dans la fleur de l'âge. Elle lui posa la question qui lui brûlait les lèvres, depuis un moment:

« Quel âge as-tu? »

Erik lui sourit, perdu dans ses pensées. Ses yeux, d'un bleu azur, étincelaient et réfléchissaient la lumière du feu. Il avait été ému de lui dévoiler sa vie. Il avait enfoui tous ses souvenirs dans un coin de sa mémoire, depuis si longtemps. Il la regarda alors intensément.

« - Un démon n'a pas d'âge, pas plus qu'un fantôme.

- Pareil pour les anges, répliqua-t-elle.

- Je vais bientôt avoir 39 ans, finit-il par lui avouer. »

Christine se mit à jouer avec son ancienne bague qu'il ne quittait jamais.

« - Je suis heureuse de te savoir mortel. Si ce n'avait pas été le cas, jamais nous ne serions réunis dans la mort.

- Pourquoi deviens-tu si mélancolique?

- Je le suis toujours plus ou moins. Ce n'est pas ta faute. Ce sont mes origines scandinaves, certainement. Père me parlait souvent de la vie après la mort, lorsqu'il sentait son trépas arriver. Il disait que l'âme était immortelle. Que les défunts protègent éternellement les êtres qui leur sont chers. Il m'expliquait qu'il ne fallait pas avoir peur des spectres ou des fantômes car ils sont là pour notre bien. Parce qu'ils nous aiment. C'est pourquoi je n'ai jamais été effrayée par toi à l'opéra, malgré toutes les fables horribles que j'entendais. Peux-tu me promettre une chose, Erik?

- Tout ce que tu veux.

- Le jour où je mourrai, sépare-toi de cette bague.

- Pourquoi?

- Parce qu'elle me lie à toi. Elle me représente, elle me remplace sur ton coeur, lorsque je ne suis pas physiquement près de toi. Lorsque je serai morte, sépare-toi d'elle, car, alors, aucune enveloppe charnelle ne m'empêchera d'être avec toi. Je serai à tes côtés et j'attendrai que tu me rejoignes.

- Je doutes sincèrement que je te survive. J'ai douze ans de plus que toi et comme je viens de te l'avouer, je ne suis pas immortel. »

Un silence s'installa entre eux. Erik finit par lui demander.

« Si je possède cette bague, jusqu'à ta mort, qu'aimerais-tu avoir de moi en retour? »

Christine réfléchit un moment.

« - Il y a bien une chose, dit-elle.

- Laquelle?

- Ta boîte à musique, celle surmontée du petit singe qui joue des cymbales...

- Je ne l'ai plus, depuis longtemps...

- Où est-elle?

- Je m'en suis séparé, lorsque j'ai quitté l'Opéra Populaire. J'aurais aimé la récupérer...

- Est-elle toujours là-bas?

- Oui, je ne l'ai pas prise avec moi. Un moment, j'ai cru pouvoir oublier ma vie passée, les forains, l'opéra, toi. Mais tout cela fait partie de moi et quand je l'ai réalisé, il était trop tard.

- Pourquoi ne pas avoir essayé de la récupérer?

- Je l'ai fait. Malheureusement, la plupart des entrées ont été murées pour éviter aux vagabonds de rentrer dans l'opéra et de piller ce qu'il en reste. Le dernier passage qui m'aurait permis d'y retourner s'est effondré, lors d'un éboulement, certainement. Mon ancien repaire est donc inaccessible. Même pour moi. J'essaierai de t'en faire une copie. Cependant, elle n'égalera pas l'original.

- Mais elle me fera sentir que tu es tujours près de moi.

- Pourquoi cet objet plutôt qu'un autre, Christine? J'aurais pensé que tu aurais préféré un de mes masques.

- Tes masques ne sont pas ce que tu es. Par contre, cette petite musique que la boîte jouait: c'est elle qui m'a réveillée la première fois que tu m'as emmenée dans ton Royaume de Musique, c'est elle que tu as gardé contre toi au moment où je t'ai remis cette bague. Il n'y a que cette boîte qui te réprésente correctement. Lorsque je mourrai, je ferai en sorte que tu la récupères.

- Tu ne mourras pas avant moi, affirma-t-il.

- Nous, les Daaé, mourrons jeunes, tu sais.

- Pouvons-nous arrêter de parler de cela, veux-tu? »

Erik se leva et s'habilla.

« Attends-moi, je vais nous chercher à manger. »

Depuis l'altercation avec Meg, Erik et Christine restaient confinés dans ses appartements. Lorsque Christine arrivait au début de la nuit, il était toujours présent pour attendre son arrivée, près de la porte dérobée et il la raccompagnait, de même, au petit matin. Meg restait la plus discrète possible et lorsqu'il leur arrivait de la croiser, elle ne leur adressait pas un regard et agissait, comme s'ils n'étaient pas là. Mme Giry, quand à elle, saluait brièvement Christine et partait vaquer à ses occupations. Heureusement, la majeure partie du temps, elles étaient toutes deux dans leurs chambres, lorsque le couple se retrouvait.

Christine, au fond d'elle-même, espérait que tout s'arrangerait avec le temps.

« - Erik, n'apporte rien d'autre pour moi que de l'eau, s'il te plaît. Je n'ai pas très faim.

- En ce moment, tu n'as jamais faim, répliqua-t-il.

- C'est que je n'ai besoin de rien d'autre que toi. »

Il l'embrassa sur le front et la lassa seule devant le feu.

OoOoOoOoOoO

Christine se réveilla en sursaut. Elle se trouvait dans sa chambre, à l'Hôtel de Chagny. Cela ne faisait pas si longtemps qu'elle était rentrée car le soleil n'était pas encore très haut dans le ciel. Elle crut d'abord que c'était ses habituelles nausées matinales qui l'avaient tirée du sommeil mais le malaise qu'elle ressentait était bien différent, cette fois. Elle se leva du mieux qu'elle put mais elle tomba par terre. La douleur dans son ventre la plia en deux. Sans même réfléchir, elle s'habilla le plus rapidement possible et demanda à un domestique que l'on fasse atteler les chevaux.

Les élancements dans son ventre continuaient de plus belle. Elle ne pouvait voir de médecin. Hors de question. Mais le mal était tel qu'elle n'arrivait pas à raisonner correctement. Il fallait qu'elle voit Erik. Lui seul pourrait l'aider. Personne ne devait savoir.

Dans le fiacre qui la conduisait rue Montigny, la douleur empira. Elle se mordit le poing pour ne pas hurler et que le cocher l'entende. Elle était blême, la sueur perlait de son front, des sueurs froides la faisaient claquer des dents.

Elle sortit de sa voiture, essayant de garder la meilleure contenance possible et attendit que la voiture des de Chagny s'en aille. Elle se dépêcha d'accéder au passage secret mais la porte dérobée était fermée de l'intérieur. Elle frappa avec toutes les forces qui lui restaient. Le sol tangua soudain sous ses pieds et elle sentit qu'un liquide chaud coulait le long de ses cuisses.

« Tout mais pas ça!s'écria-t-elle »

Elle frappa encore à la porte. Personne ne répondait. Elle fut prise d'un vertige si violent qu'elle tomba à terre, inanimée.

Ça énerve quand un chapitre se termine sur un cliffhanger, hein? ;D

En plus, je ne pourrai pas poster avant la semaine prochaine! Alors, en attendant, laissez-moi vos reviews. Peut-être que si j'en ai un nombre suffisant, je posterai la suite plus rapidement!

P.S: Je cherche quelqu'un qui voudrait traduire cette fic en anglais. Je trouve l'idée plutôt sympa, alors si vous êtes intéressé, contactez-moi sur mon profil!