Chapitre 26: Triste retour

« - Émilie! Quel bonheur d'enfin vous revoir! S'extasia Christine.

- Ma meilleure amie m'a terriblement manquée, vous savez? Répondit la comtesse. Correspondre par lettre est une chose mais vous voir aurait été tellement plus agréable!

- Votre présence et vos traits d'esprit m'ont également manquée.

- Alors, racontez-moi. Êtes-vous devenue une vraie américaine?

- Malgré deux années passées à New-York, j'ai fait peu de progrès en anglais je dois dire. La façon de vivre là-bas est si superficielle. J'ai préféré m'occuper de mon fils et rester chez moi à vous écrire!

- Ma chère, ne me dites pas que vous n'avez pas profité de votre vie là-bas, à cause de moi! Je me sentirai bien coupable...

- Je vous avais invitée à venir mais vous ne l'avez pas fait.

- J'ai eu assez d'occupations en France, je vous remercie. Comme mon fils s'est marié, il a été de mon devoir de rester ici pour l'aider dans les préparatifs du mariage. Cela prend du temps. De plus, vous savez très bien que je déteste les longs voyages en bateau. Rien que de penser à tout ce monde entassé sur une coquille de noix, j'en ai des frissons. La claustrophobie, sans doute...

- Comment se porte le jeune couple, alors?

- Ils sont partis en voyage de noces en Italie, quoi de plus romantique! Je me retrouve donc toute seule, mon mari étant toujours parti par monts et par vaux avec une maîtresse ou une autre. Il en a tellement que je finis par m'y perdre.

- Et vous, comment vous portez vous?

- Ma chère Christine, je songe à me prendre un amant! »

Christine et Émilie rirent de bon coeur. Raoul, qui était présent lors de leurs retrouvailles, se racla la gorge et ses lèvres pincées rétrécirent la moustache qu'il portait déjà depuis quelques années.

« - Mon cher vicomte, je suis désolée que vous ayez à endurer une conversation aussi féminine mais vous êtes en minorité, cet après-midi.

- Il est vrai que je ne peux lutter contre vous deux, Mesdames. Si vous le permettez, je vais me retirer dans mon bureau.

Raoul fit un baise-main à la comtesse, embrassa sa femme sur le front et se retira.

« - Comment va votre fils? demanda Émilie, une fois qu'elles étaient seules.

- Bien, il est en train de se reposer dans sa chambre.

- Mon filleul doit avoir bien grandi. Il m'a autant manqué que vous.

- Raoul va bientôt avoir dix ans. Vous verrez, il est très accompli pour son âge. Il parle anglais couramment maintenant.

- Dix ans! Comme le temps passe vite...

- Trop vite. »

Christine posa son regard dans le vague.

« - Qu'y a-t-il?

- Rien... simplement... Raoul veut que son fils parte en pensionnat en septembre et rien qu'à cette idée, je ne sais pas si j'arriverai à supporter d'être loin de lui.

- Je comprends ce que vous ressentez. J'ai vécu moi-même difficilement l'éloignement avec le mien. Mais il faut se faire une raison. Les enfants ne restent pas indéfiniment petits. Ils doivent un jour quitter le nid.

- Oui...

- Comment réagit-il à cette idée?

- Il, est très enthousiaste je dois dire. Le seul soucis est que je sois loin de lui.

- Vous l'avez toujours trop couvé.

- C'est mon rayon de soleil, Émilie, ma raison de vivre. C'est grâce à lui, si je me suis remise de ma maladie. S'il n'avait pas été là...

- Ne parlons plus de la frayeur que vous nous avait faite à cause de cette maladie... Votre fils vous écrira et je serai là pour vous tenir compagnie. Vous ne m'avez pas dit comment vous allez, Christine. Tout va bien avec le vicomte?

- Raoul s'occupe très bien de moi. Je n'ai pas à me plaindre. Il est attentionné. Il veille à mon bonheur.

- Et en ce qui concerne votre couple?

- Il prend soin de moi, même si nous ne pouvons avoir d'enfant. Je sais qu'il lui arrive toujours d'avoir quelques aventures de temps en temps mais rien de fâcheux.

- Ces hommes sont vraiment incorrigibles! »

Christine ne releva pas. Elle connaissait la façon de penser d'Émilie. Ce qu'elle laissait passer à son mari, elle ne l'acceptait pas de la part de Raoul.

« Mais cela reste des hommes, Émilie. Nous n'avons rien à leur commander. »

La comtesse haussa les épaules.

« - Le principal est que vous ayez meilleure mine qu'avant votre départ aux États-Unis, ma chère. Bien que vous soyez toujours très pâle...

- Les médecins m'ont dit que c'était normal. De toute façon, la peau blanche est toujours à la mode, lui répondit Christine.

- Comptez-vous aller à Deauville cet été?

- Je ne pense pas malheureusement. Mon petit Raoul doit préparer son départ. Et je crains d'être trop fatiguée pour repartir maintenant alors que nous avons passé tant de temps à traverser l'Atlantique. Nous nous y rendrons cet automne peut-être. La villa sur la plage m'a terriblement manquée, depuis deux ans. J'aime m'y rendre. Mais j'aime aussi Paris. J'ai besoin de reprendre mes marques à l'Hôtel.

- J'en suis heureuse. Nous pourrons nous voir plus souvent. »

Alors qu'elles continuaient leur discussion en buvant leur thé, le vicomte revint dans le salon de réception. Il avait l'air contrarié, comme s'il devait annoncer quelque chose qu'il redoutait. Christine avait tout de suite remarqué l'air soucieux de son mari et l'enveloppe qu'il tenait encore dans la main. Elle ne put s'empêcher de l'interroger.

« - Que se passe-t-il, Raoul? Une mauvaise nouvelle?

- Nous venons de recevoir un faire-part de décès, ce matin, déclara-t-il encore choqué par la nouvelle.

- Est-ce quelqu'un que je connais? S'inquiéta Christine.

- Oui... »

Raoul avait tellement hésité à révéler à sa femme ce qu'il venait d'apprendre. Lorsqu'il avait lu le faire-part dans son bureau, son premier instinct avait été de déchirer l'enveloppe. Mas il avait pris le temps de réfléchir. Christine devait savoir. Après tout, elle avait tant fait pour eux. Raoul avait si souvent caché des choses à Christine, autrefois, qu'il avait failli la perdre. Voilà l'état d'esprit dans lequel était le vicomte lorsqu'il annonça:

« Le faire-part vient de Meg. Marie Giry est morte avant-hier. »

OooOoOoOoOoO

Le cortège funèbre se rendait au cimetière Saint-Germain. L'église avait été pleine, pendant l'office. Comme Meg lors de son mariage, Christine s'était tenue en retrait, dans le fond de l'église. Raoul avait tenu à l'accompagner. Certes, il avait très peu connu Mme Giry mais elle avait toujours été bonne pour eux. Elle avait aidé Raoul à sauver Christine, lors de l'incendie de l'opéra et c'était elle qui avait ramené sa femme souffrante à l'Hôtel de Chagny, après sa fausse-couche, aux dires des domestiques. Il lui en serait à jamais reconnaissant.

Dans le cortège, Christine reconnut beaucoup de ses anciennes connaissances, d'anciennes danseuses ou de techniciens de l'ancien Opéra Populaire. Cela faisait quinze ans qu'elle ne les avait pas revus, cependant elle se souvenait encore des noms de chacun. Elle était émue par la perte de la seule femme qui avait représenté une figure maternelle pour elle. Mme Giry n'avait, certes, pas été très démonstrative dans son affection mais elle avait eu sa façon à elle de lui montrer qu'elle l'aimait.

Tous ces souvenirs affluèrent dans sa tête: son arrivée à l'Opéra Populaire, l'accueil de Mme Giry, sa sévérité, sa rigueur lorsqu'elle donnait cours. Une main de fer dans un gant de velours, pour les filles du corps de ballet. Elle se souvenait de la première rose rouge qu'elle lui avait donnée de la part d'un admirateur secret, son silence approbateur lors de sa liaison avec Erik, son soutien lors de son avortement... Les larmes coulèrent le long de ses joues.

Le cercueil était passé devant elle, lorsqu'il remontait l'église. Le coeur de Christine se serra, lorsqu'elle aperçut que, sur le dessus de celui-ci, reposait une unique rose blanche, entourée d'un ruban noir.

Le corps de Mme Giry fut déposé, dans le mausolée où l'attendait James Giry. Christine attendit la fin de la cérémonie pour voir Meg. Elle avait tant à lui dire. Meg, si joyeuse, si douce, si attentionnée avec elle, celle qui avait partagé ses joies et ses peines à l'opéra. Son amie qu'elle avait perdu, voilà cinq ans, alors qu'elle ne savait pourquoi. Christine aurait aimé lui parler, la soutenir dans cette épreuve. Lors de la cérémonie, elle ne l'avait aperçue que de loin. Elle était entourée par l'école de danse où travaillait sa mère.

Une fois que la foule se dispersa, Christine observa son ancienne amie, sa presque soeur. Meg lui tournait le dos. Elle se recueillait encore. Christine voulut s'approcher pour la consoler. Comme si la fille de Mme Giry l'avait sentie, elle se retourna pour faire face au couple de Chagny. Les larmes roulaient le long de ses joues, ses yeux étaient rouges d'avoir trop pleuré. Sa chevelure dorée était ramenée en une longue tresse le long de son dos. Elle ressemblait à sa mère, comme deux gouttes d'eau.

Depuis cinq ans, qu'elle ne l'avait vue, Christine trouva qu'elle avait changé. Mais ce qui la frappa le plus, c'était son ventre rebondi sous sa robe noire. Meg était enceinte...

Voilà pour ce chapitre! Je suis encore cruelle de vous laisser avec un cliffhanger mais je ne posterai pas avant la semaine prochaine! Bon week-end!

Surtout laissez-moi vos reviews. J'aimerai beaucoup savoir ce que vous pensez de la grossesse de Meg!