Chapitre 27: Jalousie

Christine ne s'attarda pas. Elle fit immédiatement demi-tour. D'un air hébété, elle revint vers Raoul.

« Rentrons, lui demanda-t-elle »

Le vicomte hocha la tête, prit le bras de sa femme et se retourna pour regarder Meg. Celle-ci n'avait pas bougé du mausolée. Elle était à nouveau occupée à se recueillir.

Le retour à l'Hôtel de Chagny fut silencieux. Christine avait ôté son chapeau à voilette noir, qui lui couvrait le visage. Elle regardait par la vitre de leur voiture, la tête posée contre le carreau. Raoul était face à elle et il fut frappé par son attitude si similaire à celle d'il y avait quinze ans, lorsqu'il avait ramené de l'Opéra Populaire, Christine Daaé, cantatrice de 17 ans, si naïve et si innocente.

Christine de Chagny était toujours la même, à ce point près que la joie semblait avoir déserté sa vie, depuis quinze ans.

Pourquoi donc n'avaient-ils pas réussi à être heureux, alors que chacun avait essayé d'y mettre du sien?

Le problème était que chacun avait tenté de faire des efforts mais ils n'avaient jamais réussi à être en phase l'un avec l'autre. Leur couple n'était qu'un instrument de musique désaccordé... Impossible de produire une mélodie correcte et harmonieuse.

Raoul se souvenait de leur rencontre, le soir de la première d' ''Hannibal''. Quand il était entré dans la loge de Christine, il avait vu ses yeux avaient pétillé de joie. Si tout n'avait été que de mal en pis par la suite, les souvenirs de cet instant où il s'était senti si important à ses yeux, où il avait cru être celui qui égayerait sa vie, resterait à tout jamais gravé dans sa mémoire.

Une fois rentrés, Christine s'excusa auprès de Raoul et monta dans sa chambre. Elle referma la porte derrière et, debout, le dos contre celle-ci, les sanglots jaillirent.

Pourquoi ne pouvait-elle s'empêcher de pleurer?

Pourquoi, tous les jours, versait-elle son lot de larmes?

Cependant, cette fois, ce n'était pas des larmes de peine mais des larmes de jalousie, d'envie. Meg était enceinte!

Malgré le couple beau et parfait que Raoul et elle formait, malgré la richesse, les voyages, malgré son fils dont elle était si fière, elle était bien jalouse de Meg Giry. Jalouse de cet enfant qui grandissait en elle, alors qu'elle-même ne pouvait plus enfanter. Elle n'avait pas cru les médecins, au départ, lorsqu'ils lui avaient dit que son utérus avait été mis à trop rude épreuve, par la violence de son avortement, pour avoir une autre grossesse. Son mari s'était rapproché d'elle, depuis cet incident et en Amérique, elle s'était soumise à sa demande. Elle avait cru pouvoir concevoir mais cela n'avait mené à rien. Elle commençait à se faire une raison. Le petit Raoul serait le seul enfant qu'elle aurait jamais, mis à part celui d'Erik qu'elle avait perdu.

A la pensée d'Erik, ses larmes s'intensifièrent.

Pourquoi Meg pouvait-elle lui donner ce qu'elle-même n'avait pas réussi à garder?

Pourquoi avoir laissé Meg avoir ce bébé, alors qu'il lui avait montré son refus de fonder une famille?

Car Erik ne pouvait qu'être le père de cet enfant. Elle n'en doutait pas un instant. Elle pleurait de rage maintenant. Elle avait failli perdre la vie, à l'idée d'avoir perdu leur enfant. Elle s'était sentie s'éteindre petit à petit, en dépit de l'attention de son mari. Son mari qui était revenu vers elle, qui lui avait pardonné, quand elle lui avait tout confessé.

Elle pleurait tous les jours, en silence, un homme qui l'avait abandonnée, après son avortement. Il n'avait pas montré signe de vie: aucune rose, aucune lettre... Il avait mis un point final à leur liaison, du jour au lendemain, comme si de rien n'était et, à présent, tout ce qu'il lui avait refusé, il l'offrait à Meg.

Qu'avait-elle de plus qu'elle pour qu'il s'engage ainsi?

Elle avait tout deviné: Meg était enceinte mais n'était pas mariée. Lorsque celle-ci lui avait fait face au cimetière, les mains effrontément posées sur son ventre, Christine n'avait vu aucune alliance à son doigt. Elle savait qu'Erik était présent, à l'enterrement. La rose en était la preuve. Meg et lui devaient vivre, ensemble, dans cette maison de la rue Montigny et ils allaient avoir une famille.

Que n'aurait-elle pas donné pour avoir de nouveau la clé du passage secret! Il fallait qu'elle la voit par elle-même cette évidence. Malheureusement, le soir où Mme Giry l'avait ramenée à l'Hôtel de Chagny, cette dernière lui avait repris la clé, qui se trouvait dans ses affaires. Christine ne savait même pas si elle avait la force nécessaire pour être face à cette réalité.

Elle se maudit intérieurement d'avoir aimé Erik, de l'aimer encore, alors qu'il l'avait si souvent trahie. Il l'avait offerte en mariage à Raoul, l'avait abandonnée, puis il avait voulu tuer son mari, avait mis sa vie sans dessus-dessous, il l'avait reprise, puis de nouveau abandonnée. Elle se maudit d'avoir aimé, pendant quinze ans, cet homme si instable, si abominable, de n'avoir été qu'un jouet entre ses mains qu'il avait pris plaisir à construire et à détruire un si grand nombre de fois.

Lorsqu'on l'appela pour le dîner, Christine fit prévenir son époux et son fils qu'elle était indisposée et qu'elle ne descendrait pas. Elle s'était habillée pour la nuit et se peignait les cheveux. L'image de Meg n'arrêtait pas de la hanter. Elle n'arrivait pas à penser à autre chose. Ses larmes s'étaient taries mais une rage sourde grondait dans ses veines. Sa mains tenant la brosse se mit à trembler et elle dut raffermir sa prise sur le manche pour pouvoir continuer à se coiffer. On frappa alors à la porte.

« Entrez, dit-elle »

Que ne fut-elle pas surprise en découvrant, non pas sa femme de chambre, mais Raoul qui se tenait dans l'entrebâillement de la porte, un plateau dans les mains!

« - Que fais-tu? Lui demanda-t-elle.

- Pardonne-moi de te déranger, ma chérie, mais je ne veux pas que tu t'endormes l'estomac vide. Ce n'est pas bon pour ta santé.

- Je le sais, Raoul. Excuse-moi de ne pas être descendue dîner avec vous. J'avais besoin de réfléchir.

- Tu ne vas pas bien, Christine. J'ai vu ton regard, lorsque tu t'es aperçue que Meg Giry est enceinte. Je sais que la vue d'une femme attendant un enfant ou d'un nourrisson te perturbe énormément. Je le comprends mais tout ce que tu penses ou regrettes ne pourra rien changer. Le destin en a décidé ainsi. Il faut continuer à vivre avec ce que le Ciel a bien voulu nous accorder. Notre fils est une bénédiction et de nombreuses femmes infécondes n'ont pas la chance d'avoir un garçon aussi exceptionnel.

- Arrête, Raoul. Tu me fais culpabiliser. Si tout pouvait être aussi simple que tes paroles, jamais...

- Les ''si'' n'ont jamais permis d'avancer dans la vie. Que faire pour que tu souris à nouveau? Que dois-je faire pour voir tes yeux s'illuminer, comme lorsque nous étions enfants? En t'épousant, j'ai promis de t'aider dans l'adversité. Laisse-moi t'aider, Christine.

- Tu ne peux rien pour moi, Raoul. J'ai cru être maîtresse de mon destin mais, encore une fois, je me suis trompée. Le pire est que, toujours, je t'entraîne dans ma chute. J'avais des certitudes si profondément ancrées dans ma tête et je m'aperçois que ce n'était que des illusions de mon esprit. Je suis désolée.

- Ne sois pas désolée. Des erreurs, j'en ai faites aussi. Mais nous sommes forts, nous sommes ensemble, malgré tous les obstacles et toutes les errances que nous avons vécues. Je ne veux pas te revoir agonisant dans mes bras. Oublie tous tes chagrins.

Laisse-moi être ta lumière, ton abri, ton havre,

Le mal ne peut plus t'atteindre,

Tes peurs sont loin derrière toi...

( Let me be your shelter

Let me be your light,

You're safe, no one will find you,

Your fears are far behind you...) »

Christine sourit enfin. Le souvenir de leur chant, sur les toits de l'opéra, réchauffa son âme. Ce soir-là, quand Raoul lui avait déclaré son amour, elle était si sûre de son choix si sûre que c'était son amour d'enfance retrouvé, son plus grand amour.

Pourquoi les choses avaient-elles étaient si compliquées?

Pourquoi n'avait-elle jamais réussi à trancher entre Erik et Raoul?

L'ombre ou la lumière? La musique ou le silence? La folie ou la normalité?

Son coeur avait été beaucoup trop grand pour aimer ces deux hommes en même temps. Mais aujourd'hui, au vu de la trahison d'Erik, il s'était fortement rétréci, rongé par la haine qui gonflait dans sa poitrine. Il ne restait plus qu'une place que Raoul devait occupé, qu'il aurait toujours dû occupé. Bien sûr, aucune passion ne consumait son être pour lui mais il l'aimait sincèrement, normalement.

Cela devrait lui suffire. Elle ferait de son mieux pour l'aimer, comme il aurait dû en être depuis le début, comme il le méritait.

« Si tu vas au bout du monde, j'irai.

Aime-moi, c'est tout ce que je veux, chantèrent-ils en duo.

(Anywhere you go, let me go too.

Love me, that's all I ask of you.) »

Jamais, depuis leurs fiançailles officielles, ils n'avaient rechanté ensemble. Le ténor de Raoul n'était pas aussi enivrant que celui d'Erik, il ne faisait pas battre son coeur à la chamade mais il la rassurait et c'était tout ce qui lui fallait.

Christine tomba dans les bras de son mari.

« - Oh, Raoul! Si nous pouvions remettre de la musique dans notre vie, je crois que je pourrai de nouveau être heureuse.

- Je te jure que la musique chantera dans ta tête, petit Lotte, pour toute l'éternité. Je t'ai privée de chant, de musique, pendant quinze ans mais je m'aperçois aujourd'hui que c'est pour cette raison que je t'ai perdu. Je n'aurais jamais dû te prendre cela. La musique, pour toi, est aussi importante que l'air que tu respires. Elle est vitale. »

Christine se sentait bien dans les bras de Raoul, comme jamais elle ne l'avait été, depuis leurs fiançailles. Ses paroles étaient si réconfortantes.

Que n'aurait-il dû les lui dire bien avant! Elle voulait le remercier. Elle l'embrassa, comme elle ne l'avait encore jamais embrassé, le plus amoureusement possible. Raoul, stupéfait, recueillit cette étreinte avec soulagement et bénédiction. Elle l'aida à retirer ses habits et ils se dirigèrent vers le lit. Jamais ils ne s'étaient unis de la sorte. Jamais Christine ne le lui avait permis.

Cette nuit-là, elle fut complètement sienne. Aucun spectre ne s'interposa entre eux. Elle ne laissa pas Erik envahir ses pensées. Elle aima Raoul, de tout son être, du mieux qu'elle put.

Voilà, voilà... Je sais que vous toutes (et tous peut-être?) attendez de savoir un peu plus sur ce qu'il en est réellement de Meg! Je sais, grâce à vos reviews, que vous voulez toutes des explications, n'est-ce pas?

Eh bien, il faudra attendre le prochain chapitre, le chapitre 28 qui s'intitule ''Révélations'' (eh oui, comme le 4e tome de twilight! c'est un petit clin d'oeil car je suis fan de Stephenie Meyer!). Vous aurez les réponses à vos questions et sur ce que s'est passé pendant les cinq années qui ont suivi l'avortement de Christine!

N'hésitez pas à m'envoyer vos reviews!

Merci à vous: kakashi , piratepink, katelleva, TMara et Mamie pour votre fidélité et vos encouragements!