Chapitre 28: Révélations

La vie reprit son cours le lendemain mais une quiétude et une harmonie s'étaient installées dans le couple de Chagny. Ils n'avaient jamais connu cela. Christine venait de recevoir un billet de la part d'Émilie de Noailles, l'informant qu'elle était indisposée, suite à une indigestion, et qu'elle déclinait l'invitation de Christine à passer l'après-midi avec elle. S'inquiétant pour son amie, elle avait décidé de se rendre au Manoir de Noailles pour prendre des nouvelles.

Les chevaux étaient attelés et elle finissait de se préparer, lorsqu'on l'informa qu'elle avait une visite. Elle s'informa sur l'identité de celui ou celle qui désirait la voir. Mis à part Émilie, elle ne recevait pas de visite. Il n'y avait que Raoul qui recevait régulièrement. Quand on lui annonça qu'il s'agissait de Mademoiselle Marguerite Giry, son sang ne fit qu'un tour.

Que lui voulait-elle?

Elle ne l'avait pas revue de puis cinq ans et maintenant, elle allait se pavaner devant elle et afficher son bonheur futur?

Christine, malgré sa folle envie de mettre Meg à la porte, se fit violence et demanda qu'on la fasse attendre dans son salon de réception. Elle changea de robe, le temps de reprendre contenance, avant d'affronter Meg.

Car qu'est-ce que cette dernière cherchait d'autre, mis à part une confrontation?

Christine inspira profondément pour se calmer et entra dans le boudoir.

Meg était vêtue de sa robe noire de deuil. Elle avait les traits fatigués et le visage triste. Elle s'était assise dans un fauteuil et l'encombrant paquet qu'elle tenait sur les genoux masquait sa taille épaisse. Elle voulut se lever à l'entrée de Christine mais cette dernière l'arrêta d'un geste.

« - Bonjour, Meg. Ne te lève pas, je ne voudrais pas t'embarrasser, vu ton état.

- Bonjour, Christine, dit Meg, en se rasseyant. »

Le silence s'installa entre elles mais Christine n'avait pas l'intention de le rompre. Au contraire, elle dévisageait Meg, qui semblait être de plus en plus mal à l'aise, au fur-et-à-mesure que les secondes s'égrainaient.

« - Je suis contente que tu sois venue à l'enterrement de Mère, hier. Je suis désolée de ne pas avoir eu l'occasion de te parler.

- Je te renouvelle mes sincères condoléances, lui dit Christine, visiblement sur la défensive. Pourrai-je savoir quelle est la raison de ta visite? J'allais sortir et je n'ai pas trop de temps à t'accorder.

- Depuis quand es-tu rentrée d'Amérique? Demanda Meg, détournant la conversation.

- Il y a quelques jours. Nous étions à peine rentrés, lorsque nous avons reçu ton faire-part.

- Comptez-vous repartir bientôt?

- Pas dans l'immédiat. Mon époux a trouvé un associé qualifié pour mener ses affaires outre-atlantique. Je pense qu'il y retournera seul, par la suite, si le besoin l'exige.

- Le vicomte est-il ici?

- Non, il est à son club, comme tous les après-midis. Maintenant, excuse-moi, Meg, dit Christine en se levant pour s'en aller.

- Et comment se porte ton fils? »

Comment Meg osait demander cela?

« Il va très bien, merci. Il est avec son précepteur... Pendant que nous y sommes, je pourrai te poser la même question. Je suppose que le futur père et toi devaient être enchantés... »

Christine grinça des dents. Cette haine pour Meg, elle ne l'avait ressentie encore pour personne.

« - Christine, pardonne-moi. Je sais ce que je te fais endurer en me montrant dans cet état mais il fallait que je te voie.

- Que tu me voies? Explosa-t-elle. Comment oses-tu venir, dans ma maison, alors que tu portes son enfant! Comment oses-tu, alors que tu m'as traitée comme une moins que rien, il y a près de cinq ans? Quelle belle revanche tu tiens là, Meg Giry. Tout ce temps où tu étais pleine de jalousie... Ne le nie pas. Après avoir passé des jours à ressasser ce qui s'était passé et tes réactions, j'ai fini par comprendre que tu l'aimais. Comme tu dois être heureuse à présent!

- Attends, ce n'est pas ce que tu crois. Laisse-moi t'expliquer.

- Il n'y a rien à expliquer. Sors d'ici tout de suite, je ne veux plus jamais te revoir! »

Meg se leva péniblement et posa le paquet sur le fauteuil.

« - Tu vois, Christine, ce que j'ai vécu lorsque tu es revenue vers lui. Parce que je l'aimais. Oh oui, je l'aimais éperdument. J'étais jalouse à en mourir. Tu as toujours eu ce que tu voulais. De simple danseuse, tu es devenue prima-donna, grâce à Erik. Il t'a choisi. Pas moi. Alors que Mère le connaissait depuis si longtemps. Lorsque Raoul est devenu mécène de l'Opéra Populaire, il est tombé amoureux de toi. Quelle chance tu avais! Partie de rien, tu es devenue vicomtesse, tu as fondé une famille. Mais moi qu'avais-je vécu, durant tout ce temps? Je n'étais que l'ombre de ma mère, son prolongement. Une simple danseuse qui épousait la même carrière qu'elle. Constamment sous son giron. Personne n'osait me courtiser, aucun vicomte n'a levé les yeux sur moi, la fille de Mme Giry. Toute ta vie, deux hommes se sont battus pour ton amour et tu as pu avoir les deux! Alors qu'Erik... Je me suis tellement occupé de son confort, de surveiller s'il allait bien pour ma mère que j'ai fini par me rapprocher de lui, parce que j'étais prisonnière de ma vie, de mon travail, de ma mère et il n'y avait que lui qui pouvait donner un sens à mon existence. Il était libre. Ma mère ne l'effrayait pas et ne l'a jamais effrayé. Au contraire, c'était elle qui faisait tout ce qu'il demandait. C'était le seul qui aurait été capable de m'aimer...

- Eh bien, j'espère qu'il continuera à le faire et ne t'abandonnera pas de la même façon que moi, le jour où tu accoucheras de son enfant.

- Comment peux-tu imaginer, ne serait-ce qu'une seconde, que je porte son enfant? S'exclama Meg. »

Christine resta interdite.

« Tu... tu n'es pas enceinte de lui? Répéta Christine, voulant être certaine de ce qu'elle avait entendu.

- Non. Erik ne m'a jamais aimé en retour, Christine. Il n'aime et n'aimera que toi. A sa manière bien sûr mais tu es la seule qui compte à ses yeux. J'aurais dû m'en douter, depuis le début mais j'étais aveuglée par la haine. Pourras-tu un jour me pardonner pour le mal que je t'ai fait? »

Meg se mit à pleurer. Le coeur de Christine manqua un battement. Erik n'avait donc pas cessé de l'aimer! Elle ne savait plus que penser...

« - Je te comprends, Meg. Moi aussi en te voyant enceinte, j'étais folle de jalousie. Je devine ce que tu as pu ressentir de ne pas avoir que tu désires le plus au monde.

- Tout est ma faute, Christine. Il y a tellement de choses que je garde au fond de moi, depuis trop longtemps. Il y a des choses que tu dois savoir. Je sais qu'après cela tu ne voudras plus jamais me revoir.

- Je t'écoute, Meg. Je peux essayer de te pardonner. »

Meg inspira, essuya ses larmes et lança d'une traite:

« J'ai vite su que tu étais enceinte d'Erik. Je vous espionnais du mieux que je le pouvais. Je savais qu'Erik préparait une potion abortive. Il ne savait pas si tu voulais garder l'enfant ou non. Il voulait te laisser le choix. Il avait complètement changé, en ta présence. Il était devenu homme. Complètement. Il t'aimait et n'avait besoin de personne d'autre que toi. Il ne m'a jamais considéré autrement que comme une soeur. La haine m'a aveuglée. Je voulais te faire mal et blesser Erik par la même occasion... alors j'ai... alors j'ai... »

Meg fut secouée de sanglots. Christine, sous le choc de la révélation, s'asssit sur le premier fauteuil venu.

« C'est toi qui m'a fait perdre mon bébé? Souffla-t-elle. »

Meg hocha la tête.

« Je ne savais pas que la potion n'était qu'une ébauche et qu'elle n'était pas terminée. Je me suis sentie tellement coupable, en te voyant agoniser. Erik a tout de suite compris ce que j'avais fait. Je ne sais pourquoi il ne m'a pas tué sur place. Je n'ai pas voulu assumer les conséquences de mes actes, alors je me suis enfuie, comme une lâche, le soir où ma mère t'a ramenée ici. J'ai coupé les ponts avec eux. J'étais mortifiée, rongée par la culpabilité. J'ai essayé de vivre ma vie. J'ai trouvé un emploi de danseuse dans un opéra délabré aux confins de Paris. Je me suis vite aperçue que ce n'étaitent pas mes talents de danseuse que l'on appréciait le plus. Alors je suis partie et j'ai vécu de petits travails. Je dormais dans des auberges miteuses et mal famées. J'étais continuellement sans le sou mais j'étais trop orgueilleuse pour demander de l'aide à ma mère. Et puis, il y a deux ans, Erik a retrouvé ma trace. L'état de ma mère s'était dégradée en mon absence. Elle était malade, depuis quelques temps mais elle ne savait pas où j'étais et n'osait reprendre contact avec moi. Nous avons toujours été toutes les deux entêtées. Mère était atteinte d'une tumeur du sein. Elle a attendu trop longtemps pour voir un médecin. Je suis donc revenue vers elle. Erik a proposé de m'héberger à nouveau mais j'ai refusé. Même si les choses avaient été mises au clair, je ne pouvais supporter de vivre sous le même toit que lui, avec ses incessants regards de reproche. J'ai donc aménagé dans une petite chambre, pas très loin de l'école de danse. Je me suis rendue avec ma mère chez des spécialistes pour qu'elle soit auscultée. Le diagnostic n'a pas été bon. La tumeur n'était plus opérable et ils ne lui ont donnée qu'un ou deux ans à vivre. Si j'étais revenue plus tôt, elle aurait pu être sauvée... »

Christine gardait le silence et continuait d'observer Meg.

« - Mère m'a donnée peu à peu les rênes de l'école au fur-et-à mesure que son état déclinait. Elle a continué à vivre avec Erik. Je n'avais plus de contact avec lui, mis à part pour ma mère. Il ne m'a jamais pardonné mes fautes.

- Qui est donc le père de ton enfant?

- Il y a plus d'un an, je suis tombée amoureuse d'un couvreur. Il était très gentil et attentionné. Nous avons commencé à nous fréquenter. Quelques mois après, je suis tombée enceinte. J'étais heureuse. J'allais enfin pouvoir vivre ma propre vie mais... »

Meg se frotta le front.

« - Que s'est-il passé? Demanda Christine, visiblement curieuse.

- Mais il a refusé de m'épouser. Il m'a dit que j'étais gentille mais que je n'étais qu'une distraction. Il a refusé de m'aider... Nous nous sommes disputés fortement et je ne l'ai plus revu depuis.

- Comment a-t-il pu? Où est-il? Dit Christine en pensant tout haut.

- Quelques jours plus tard, j'ai appris qu'il était mort accidentellement en tombant d'un toit, révéla Meg. »

Toutes deux se turent. Meg n'osa pas avouer qu'en fait, Erik avait réagi violemment à l'annonce de sa grossesse. Mme Giry lui avait tout confié et il ne pouvait accepter que Meg puisse trouver le bonheur, après tout ce qu'elle lui avait fait subir. Elle avait appris de son amant qu'il avait reçu des lettres de menaces, l'obligeant à l'épouser et à quitter au plus vite la capitale. Il n'avait pas voulu obéir et Meg l'aimait assez pour qu'ils ne se marient pas. C'était sans compter sur le goût de la vengeance d'Erik. Meg, au fond d'elle-même, avait toujours su que la pendaison de celui qu'elle aimait, en tombant du toit emmêlé dans une corde, n'avait pas été accidentelle. Erik lui avait fait payé le prix fort pour ses erreurs passées.

« - J'ai aidé, Mère et suis restée avec elle jusqu'à la fin. Erik a été là aussi pour elle. Maintenant, je ne sais ce qu'il compte faire. J'ai eu le poste de directrice de l'école de danse, je peux être logée là-bas et je vais accoucher d'ici un mois et demi.

- Pourquoi viens-tu me voir maintenant? Pourquoi m'avouer tout cela?

- Parce que je ne voulais plus que tu vives dans le mensonge. J'ai guetté impatiemment que tu reviennes d'Amérique. Je voulais réparer le peu que je pouvais. Excuse-moi pour tout.

- Je t'excuse, Meg. Nous ne pourrons jamais revenir en arrière. Nous ne pourrons rien changer mais je te remercie pour ta franchise d'aujourd'hui.

- Je vais te laisser, maintenant.

- Attends, tu oublies ton paquet! Lui dit Christine.

- C'est pour toi... considère cela comme un cadeau.

- De ta part? Demanda Christine, interloquée.

- Non. Je ne suis que la messagère, dirons-nous. Inutile de te dire de qui vient ce présent... »

Meg s'en alla sans rien ajouter d'autre, laissant Christine perplexe et encore confuse par tout ce qu'elle venait d'apprendre et de comprendre en si peu de temps.

Une fois Meg partie, elle entreprit d'ouvrir le paquet. A l'intérieur de celui-ci se trouvait une boîte à musique surmontée d'un singe jouant des cymbales. Entre ses bras, se trouvait une rose rouge...

Alors, heureuses? Eh oui , kakashi je suis une de ces auteures qui aiment tourmenter ses lectrices mais il faut dire que le suspens permet de vous garder fidèles au suivi de ma fic et ça fait réagir tout le monde car vous m'envoyez des reviews, ce qui me plaît énormément ;D

Voilà donc pour vous soulager, Meg n'est pas enceinte d'Erik mais il est vrai qu'il aurait pu la mettre enceinte juste pour qu'elle élève un enfant difforme mais cela est une autre histoire ou le contexte d'une autre fic...

En parlant de fic, je suis occupée de terminer un petit one-shot qui s'intitulera ''Sous la protection d'un Ange'', je pense le poster d'ici la fin de la semaine voir le début de la semaine prochaine. C'est toujours un Erik/Christine mais je ne vous raconte pas le contexte, vous le saurez en le lisant! Eh oui, je continue d'être cruelle car j'aime vous tourmenter (peut-être ai-je un peu du Fantôme en moi!). A plus!