Chapitre 30: L'Ascension d'un nouvel Ange

Le 1er mars 1887, la vicomtesse mit au monde une petite Elissa Eugénie Marguerite de Chagny. Le travail fut difficile mais elle fut assistée de deux médecins et de ses deux amies: Émilie de Noailles et Meg Giry. Cette dernière avait renoué avec Christine, depuis ses aveux.

Quelques mois auparavant, elle avait elle-même aidé la nouvelle chorégraphe de l'école de danse à mettre au monde un petit Antoine Giry. Les deux femmes étaient redevenues complices et Meg donnait régulièrement des nouvelles d'Erik. Celui-ci était revenu dans la capitale, à l'annonce de la grossesse de Christine. Il s'était remis à composer. Il avait même envoyé de façon anonyme des opérettes dont certaines furent jouées en semaine, dans de petits opéras de Paris.

Christine ne s'était jamais sentie aussi complète, depuis la mort de son père.

Raoul avait assisté son épouse tout au long de sa grossesse. Il fut comblé d'avoir une fille et que le départ de leur fils aîné en pension fut compensé par l'arrivée d'une petite princesse vigoureuse, belle et en pleine santé.

« D'un Ange, rectifia Christine. »

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« - Non, Elissa. Si tu veux tenir la note, il faut que tu te tiennes correctement. Reste droite. Nous devrons demander à Marraine Meg qu'elle te donne des cours de danse pour améliorer ta posture... Voilà, comme cela... Respire bien par le ventre et souffle lentement... Oui... c'est mieux. Ouvre bien la bouche et détends-toi.

- Eh bien, Christine, vous faites une parfaite professeur de chant, dit Émilie. Les progrès de votre fille sont vraiment impressionnants.

- Merci. Nous travaillons pour, lui répondit Christine, en souriant. »

La petite Elissa était âgée de sept ans et il était indéniable que la fillette vouait une véritable passion à la musique. Elle était l'exacte réplique de sa mère: le teint pâle et de longues boucles brunes encadrant son visage si délicat. Christine avait baigné sa fille dans la musique, dès son plus jeune âge. Elle chantait souvent pour elle, à tout moment de la journée et dès qu'Elissa avait réussi à parler, elle avait instinctivement commencé à chanter. Sa voix était fine et cristalline et Émilie ainsi que Raoul aimaient l'écouter, pendant les leçons que lui donnait Christine.

C'était aussi le cas cet après-midi-là. Christine était au piano à queue de leur salon de musique. La boîte à musique était posée devant le clavier. Elissa l'adorait et la considérait comme un porte-bonheur. Cette petite musique avait accompagné sa vie, depuis sa naissance.

La petite fille se tenait debout et était attentive aux conseils de sa mère. Elle finit la chanson qu'elle avait apprise, sous les applaudissements de son père et de la comtesse.

« - C'était tout simplement parfait, Elissa! Quelle grande chanteuse vous ferez! Dit Émilie.

- C'est parce que maman me donne beaucoup de conseils et aussi l'Ange!

- L'Ange? Interrogea la comtesse. Quel Ange?

- Christine! Cria Raoul, rouge de colère. Ne me dis pas que tu l'as laissé faire! Te quel Ange parles-tu, Elissa? »

La fillette était terrorisée par la fureur de son père. Jamais elle ne l'avait vu si fâché.

« L'Ange... l'Ange de la Musique... qui m'envoie des lettres...

- Depuis quand? Hurla Raoul, en se rapprochant du piano.

- Depuis mon dernier anniversaire... Il m'envoie des partitions et me donne des conseils...

- Pourquoi Christine? Dit le vicomte, en dévisageant sa femme.

- Elissa veut devenir cantatrice. Elle a le droit d'exaucer son rêve, Raoul. Je ferai tout pour qu'elle l'atteigne et il n'y a que lui qui peut l'aider.

- Non! Hurla-t-il »

Il frappa le rebord du piano.

« - Je t'ai bien laissé envoyer notre fils, dans une école militaire, répliqua Christine. Tu savais que je n'étais pas d'accord.

- Mais ce n'est pas la même chose! Notre Raoul le voulait. Je l'ai simplement appuyé pour qu'il entre dans cette école.

- Alors, laisse-moi épauler ma fille de la façon qui me semble la plus juste.

- Tu l'as revu, c'est cela!

- Non!

- Je ne veux qu'il l'approche, est-ce bien clair? »

Raoul fixa la boîte à musique. Il se rappelait, à présent, où il avait vu l'original. Depuis plusieurs années, il avait cherché en vain... les sous-sols de l'opéra, le soir de l'incendie...

« - C'est un cadeau de Mme Giry, hein? Ne me mens pas, Christine! Arrête de me tromper!

- Non, c'est un présent de sa part, lui répondit Christine, en l'affrontant du regard. »

Raoul, fou de rage devant l'aplomb de sa femme, prit la boîte et la jeta par terre. Elle se disloqua en mille morceaux.

« Papa! Cria Elissa. »

Les larmes coulèrent le long des joues de la fillette et elle disparut se réfugier dans sa chambre.

Christine garda son calme et s'approchant de Raoul, elle lui asséna une gifle magistrale.

« - Il fera ce qui est bon pour Elissa. Je t'interdis de te mêler de cela, m'entends-tu? Elle aura le destin qu'elle mérite. Celui auquel j'ai renoncé, en t'épousant.

- Regretterais-tu de m'avoir épousé, alors?

- Non, je regrette simplement que tu n'aies jamais pris en considération les désirs d'autrui. »

Raoul sortit du salon, en claquant la porte derrière lui. Christine se retourna vers la comtesse.

« - Je suis navrée que vous ayez assistée à cette scène, Émilie...

- Ce n'est rien, ma chère... Vous avez bien agi. Votre mari ne l'a pas volé. Je ne connais pas vos secrets à tous deux mais je suis contente que vous ayez enfin pris le dessus sur ses exigences. J'ai eu une bonne influence sur vous. J'espère seulement qu'il ne vous le fera pas payer.

- Ne vous inquiétez pas. Je suis sûre qu'il n'en fera rien, répondit sincèrement Christine. »

Celle-ci se sentit soulagée d'avoir pu tenir tête à Raoul. Le bonheur de sa fille en dépendait. Elle savait qu'elle avait le soutien d'Erik. Même si elle ne l'avait revu, depuis huit ans, toutes les semaines, une rose rouge venait fleurir le mausolée de Gustave Daaé. Lorsqu'Elissa avait reçu sa première lettre, Christine s'était sentie heureuse qu'il soit là pour l'aider à gravir les échelons vers la gloire. Il était là pour elles. Il n'y avait que cela qui comptait. Cela n'empêcha pas cependant Christine d'avoir un pincement au coeur, en voyant les fragments de la boîte à musique qui gisaient par terre.

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L'année 1900 annonça le début d'un nouveau siècle mais aussi le début d'Elissa au conservatoire de musique et de danse de Paris. Tout le monde s'accordait à dire qu'elle serait l'un des plus grands talents prometteurs de ce siècle. La jeune fille, âgée de treize ans, était la fierté de ses parents. Toute la famille la soutenait et même si elle avait eu peur quelquefois des réactions de son père, elle était heureuse que sa mère, la vicomtesse, soit là pour remettre les choses au clair avec celui-ci.

A présent, le vicomte de Chagny avait fini par accepter le destin qu'Elissa s'était choisie.

Cette année fut, malheureusement, marqué par le décès de le comtesse de Noailles à l'âge de 64 ans. Christine fut grandement affectée par le perte de son amie et Meg se fit le devoir de la soutenir, dans ce moment difficile. Elle était seule désormais, d'autant plus qu'Elissa logeait, à présent, au pensionnat du conservatoire et que le jeune Raoul, à 24 ans, s'était engagé définitivement dans l'armée. Le vicomte était fier de son fils. Les de Chagny avaient été nombreux à occuper des postes dans l'armée et il appréciait que son fils continue cette tradition, même si au fond de lui, il avait espéré qu'il reprenne les affaires familiales.

Le jeune lieutenant de Chagny eut la permission d'assister à l'enterrement de sa marraine et Elissa chanta l'oraison funèbre. Ce qui fit frissonné et pleuré toute l'assemblée de l'église.

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En 1906, Elissa décrocha son premier rôle de prima-donna à l'opéra de Deauville. Christine en pleura de joie. Raoul et elle assistèrent à la représentation d'une loge qu'ils avaient loué, le temps des représentations d'Elissa. Christine suivait, depuis le début, toutes les représentations de sa fille, même quand celle-ci n'avait décroché que des rôles mineurs. Elle vivait sa passion à travers elle. Il n'y avait que grâce à Elissa qu'elle avait trouvé une raison de remettre un pied dans un opéra.

Ce jour-là, en plus de l'habituelle lettre d'encouragement et de félicitations de l'Ange de la Musique, elle reçut, de sa part, une rose rouge, entourée d'un ruban noir. Lorsqu'elle demanda qui était vraiment cet ''Ange'', Christine lui répondit, comme à son habitude, que c'était son ancien professeur de chant, son mentor, qui était admiratif de son talent. Elissa lui avait déjà demandé pourquoi elle ne l'avait jamais vu et sa mère lui répondit mystérieusement qu'il n'y avait pas besoin de cela pour qu'il soit près d'elle.

Quand le couple de Chagny revint à Paris, cet automne-là,Meg vint rendre visite à Christine avec des nouvelles inattendues.

« - Sais-tu qu'il paraîtrait que les enfants de Firmin et d'André envisageraient enfin de vendre l'Opéra Populaire?

- Ah bon? Dit Christine, étonnée.

- Oui, depuis qu'ils sont décédés, leurs familles ne savent plus quoi en faire.

- Je doute qu'ils puissent le vendre à un bon prix. Beaucoup d'acheteurs potentiels s'y sont intéressés mais aucune offre ne leur convenait.

- Je sais mais il paraîtrait que l'opéra tombe en ruine et que la ville de Paris leur a demandé de presser le vente. L'Opéra Populaire n'est plus qu'un tas de pierre qui entache la beauté de la ville. Le maire a demandé que les acheteurs le restaurent complètement.

- Comment l'as-tu appris?

- C'est Antoine qui me l'a dit. L'entreprise de maçonnerie dans laquelle il travaille a été approchée pour calculer le montant des rénovations. »

Antoine Giry n'avait jamais été proche de sa mère. Il n'avait jamais compris la passion de la danse qui l'animait et ne partageait pas ses goûts. Il s'était vite révélé un garçon turbulent, avide d'indépendance et de liberté. Meg ne le côtoyait plus que rarement et elle en souffrait. Malgré tout l'amour qu'elle lui portait, Antoine s'était toujours considéré comme un enfant non-désiré. Le regard méprisant que certains portaient à sa mère, en raison qu'elle ait eu un fils sans se marier, n'avait pas arrangé les choses. Cependant, il ne semblait pas voir le talent de Meg, qui avait réussi à se faire un nom dans la danse encore plus important que Marie Giry avant elle.

« - J'espère qu'ils dégageront les passages menant aux sous-sols, finit par déclarer Christine. »

Meg et elle se regardèrent silencieusement, un léger sourire aux lèvres.

Salut à tous! Et oui, nous nous dirigeons tout doucement vers la fin de cette fic. Il ne me reste plus qu'à vous liver 2 chapitres et l'épilogue. J'espère que l'histoire vous plaît toujours autant...

Tu vois PiratePink nos esprits se sont rencontrés! Christine a bien une fille et elle chante. Maintenant quand à savoir qui est le vrai père d'Elissa, vous le saurez en lisant l'épilogue. Je ne vais tout de même tout vous dire... ;D

Comme cette fic s'achève bientôt, vous trouverez cette semaine sur fanfiction le début d'une nouvelle histoire! C'est toujours sur le Fantôme et je vous promets pleins de surprises! Il s'agit toujours d'un Erik/ Christine mais leur relation sera plus appronfondie et beaucoup plus présente que dans ''Une vie de mascarade''. Par contre, l'histoire sera plus sombre et leur relation plus torturée, je pense. Quand au titre, je pense que ce sera ''Apprendre à l'aimer''. En attendant, laissez-moi vos reviews. Un grand merci!