Chapitre 31: La fin de Christine

L'Hôtel de Chagny était désert, depuis que le jeune Raoul et Elissa n'y logeaient plus. La guerre qui s'était annoncée n'avait pas amélioré le moral de la vicomtesse et de son mari. Christine était constamment anxieuse pour son fils, parti au front et cela inquiétait son époux, vu sa santé fragile et déclinante.

Pour protéger sa fille, Raoul lui avait conseillé de partir aux États-Unis. La France, s'enlisant dans une guerre qu'elle avait pensé gagner en quelques jours, il n'y avait plus de place pour le spectacle et le divertissement. Elissa ne trouvait plus d'emploi et elle fut forcée de se résigner à s'exiler, en 1915, jusqu'à ce que la guerre prenne fin. Elle trouva là-bas des rôles à la hauteur de son talent.

Raoul aurait aimé que Christine l'accompagne mais le médecin lui avait déconseillé de s'atteler à un trop long voyage. De plus, celle-ci préférait rester en France pour avoir des nouvelles de son fils. Meg et elle passaient beaucoup de temps ensemble. Antoine avait été mobilisé et les deux femmes se soutenaient moralement. Ni le jeune Raoul, ni Antoine n'avaient encore fondé de famille. Le premier était trop occupé par sa carrière et le second ne souhaitait pas s'engager, préférant profiter de la vie et de tous ses plaisirs.

Le vicomte et Christine furent abasourdis, quand quelques mois à peine être partie à New-York, Elissa leur annonça par lettre son mariage avec un chef d'orchestre anglais. Raoul avait été outré, au départ, d'apprendre que sa fille avait profité d'être seule et sans surveillance pour s'unir si frivolement. Christine, quand à elle, ne put qu'échanger de longues lettres avec sa fille, pleines de conseils et de tendresse. Elissa avait enfin pris son envol et elle était heureuse pour elle.

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Un matin d'octobre 1916, Meg reçut une missive urgente lui étant adressée:

Madame Giry,

C'est avec regret et dans la douleur que la France vient de perdre Antoine James Giry, soldat du 5e régiment d'Infanterie du Colonel de Chagny, dans les tranchées de Verdun, ce 13 octobre 1916.

Votre fils s'est battu avec honneur et courage et la Patrie lui sera à jamais redevable de son sacrifice.

Veuillez recevoir, Madame, nos plus sincères condoléances.

Meg s'évanouit à la lecture de cette lettre.

A l'autre bout de Paris, Christine s'effondra de même, dans les bras de son époux, en recevant un pli similaire, annonçant la mort du Colonel Raoul de Chagny.

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La mort de leur fils plongea le vicomte et la vicomtesse dans un désarroi sans nom. Christine fut prise d'un malaise cardiaque et elle dut garder le lit sous la surveillance quotidienne des médecins. Elle ne pouvait plus se lever et Raoul, pris de rhumatismes, ne pouvait plus que se déplacer en chaise roulante. Une infirmière était constamment là pour les soigner et s'occuper d'eux.

Elissa, à la nouvelle du décès de son frère, voulut repartir pour la France mais l'imminence de son accouchement l'empêcha de voyager. Christine s'affaiblissait de jour en jour et Raoul savait que cette fois-ci, son fils ne serait plus là pour l'amener vers la voie de la guérison.

« - N'y a-t-il rien que je puisse faire pour toi? Lui demanda Raoul, tenant la main de sa femme.

- Non, c'est fini, Raoul. Tu sais, j'ai vécu déjà une longue vie, pleines de cadeaux. Dans ma famille, il est rare que nous atteignons un âge aussi avancé que le mien.

- Christine, tu n'as que 63 ans. Ne me laisse pas, j'ai encore besoin de toi. »

Des larmes roulèrent le long des joues de Raoul. Christine respirait avec difficulté. Après un long silence, elle lui déclara, alors:

« - Il y aurait bien une chose...

- Tout ce que tu voudras...

- Tu sais, la boîte à musique de l'opéra...

- Celle que j'ai cassé.

- Non, l'original. Si jamais un jour, quelqu'un la retrouve, achète-la et dépose-la sur ma tombe, veux-tu?

- Pourquoi ça?

- Cela compte énormément pour moi. En retour, tu recevras un objet auquel tu tenais. Garde-le près de toi.

- Que me racontes-tu, Christine?

- C'est entre lui et moi. Il sait ce qu'il doit faire... »

Raoul, pensait que sa femme délirait mais elle était tout à fait lucide.

« - Il y a toujours une rose sur la mausolée de mon père, même si maintenant, tu t'y rends à ma place?

- Toujours...

- Alors, il est encore vivant. J'aimerai tant le revoir une dernière fois...

- Tu ne l'as pas oublié, n'est-ce pas? »

Christine sourit avec difficulté.

« - Raoul, je dois t'avouer qu'Elissa est...

- Chut, je le sais...

- Et tu ne m'as rien dit? »

Raoul ne lui répondit pas. Christine ferma lentement les yeux.

« Erik... Erik... Erik.. Pourquoi n'es-tu pas là? »

Le vicomte ne pouvait retenir ses larmes.

« - Mais moi, je suis là, Christine. J'ai toujours été là pour toi... Ne l'as-tu jamais remarqué? Je t'aime, lui dit-il.

- Je t'aime aussi... murmura-t-elle. »

Son visage était blême, le voile de la mort se déposant lentement sur elle.

« Erik... » C'est sur ce dernier mot que la vicomtesse de Chagny s'éteignit au soir du 5 janvier 1917.

Raoul était inconsolable, pendant que l'on préparait sa femme, pour sa dernière toilette. Une fois celle-ci achevée, il demanda à ce que l'on laisse ouverte la fenêtre de la chambre de Christine, qui avait été installée au rez-de-chaussée, pour que le vicomte puisse rester près d'elle. Il insista et ce malgré les protestations de ses gens qui avaient peur que le vicomte prenne froid.

« Ouvrez cette fenêtre et laissez-moi, seul! Pleura-t-il. »

Une fois la pièce déserte, Raoul examina sa femme. Allongée sur le lit, deux cierges à ses pieds, elle semblait dormir. Son visage était serein et reposé et un léger sourire se dessinait sur ses lèvres.

« Vous pouvez entrer, finit par dire Raoul. »

La silhouette qui attendait, dans l'ombre, depuis toute la journée, entra par la fenêtre. Raoul fut surpris qu'à son âge avancé, cet homme était encore si leste. Il portait un masque cachant toute la partie supérieure de son visage mais le vicomte put déceler les larmes qui ruisselaient le long de ses joues.

« - Je vous remercie, lui dit Erik.

- Vous avez tenu votre promesse. Je tiens la mienne...

- Elle semble si paisible.

- Elle vous a demandé toute la journée.

- Je sais mais je vous avais donné ma parole que je n'interviendrai pas.

- Vous êtes quand même intervenu quand il s'agissait d'Elissa, lui dit Raoul avec un air de reproche.

- Lorsqu'Elissa a eu sept ans, je vous ai promis de ne plus interférer entre vous et Christine. Je ne vous avais rien promis en ce qui concernait Elissa et sa mère. Si c'est ce qui vous inquiète, je ne l'ai jamais revu, ni envoyé de lettres. Tout était pour Elissa.

- Je sais...

- Je vous ai laissé vivre avec Christine, jusqu'à son dernier souffle... La fille contre la mère... C'était bien ce que vous m'avez demandé, il y a 23 ans.

- Malheureusement, je pense que notre accord n'a servi à rien. Cela ne l'a pas empêchée de penser à vous tous les jours.

- Tout comme moi j'ai pensé à elle.

- J'ai beau avoir tout essayé, jamais elle ne m'aura aimé comme vous.

- Vous avez au moins la chance d'être lié à elle, jusque dans la mort. Votre mariage vous unit à jamais. Quand à moi, il ne reste plus rien.

- Je ne sais si vous avez raison...

- Elle va reposer dans le caveau des Daaé? C'est là qu'elle aurait aimé être...

- Non, près de son fils. Une stèle m'y attend aussi. Si nos âmes ne sont pas unis dans la mort, au moins nos corps le seront, soupira Raoul... Elle m'a reparlé de la boîte à musique, juste avant de mourir. Je ferai en sorte de vous la récupérer. C'est le moins que je puisse faire.

- Je vous remercie, Raoul. Pour tout.

- Je vous remercie aussi... Erik, c'est cela? »

Erik s'efforça de sourire au vicomte mais ses lèvres ne cessaient de trembler.

« Bien, finit par dire Raoul, je vais vous laisser seul avec elle. Personne ne vous dérangera. Adieu. »

Raoul s'en alla et referma la porte sur Erik.

Une fois, celui-ci seul, il s'installa au bord du lit de Christine. Il ne pouvait cesser de pleurer. Il ôta son masque. Il se sentait si vieux, tout à coup.

« Tu vois, je ne le porte pas, quand nous ne sommes que deux... Oh, Christine! »

Il lui prit la main, déjà froide et raide.

« Tu m'as dit que tu veillerais sur moi, jusqu'à ma mort mais je ne sais si je pourrais attendre, sans rien faire, qu'elle vienne me prendre! Tu m'as manqué, le sais-tu? Et tu me manques encore plus, maintenant. »

A ce moment-là une bourrasque de vent traversa la pièce, éteignit les cierges et caressa le visage nu d'Erik. Il déposa un dernier baiser sur les lèvres glacées de celle qu'il avait tant chéri.

« Mon Ange de la Musique... j'attendrai de te rejoindre, si c'est ce que tu veux. »

Quand Raoul revint dans la chambre, une heure plus tard, la pièce était vide. Le corps sans vie de Christine tenait dans ses mains une rose rouge.

Alors, est-ce que vous avez dû sortir vos mouchoirs? Je vous avoue que la mort de Christine n'a pas été évidente à écrire. Je m'excuse pour celles qui auraient aimé une dernière rencontre entre nos deux amants de leur vivant. Mais je suis un peu Shakespearienne dans l'âme. Je voulais enchaîner Erik et Raoul avec un serment qu'ils auraient fait et qui empêchait donc Erik de revoir Christine jusqu'à la fin.

Vous voulez tout savoir? Si vos mouchoirs sont prêts et bien garde-les lorsque vous lirez le prochain chapitre! Et n'oubliez les reviews. N'oubliez pas de reviewers non plus, ma nouvelle fic ''Apprendre à l'aimer''. Je veux vos avis, c'est impératif... ;D