Désolée d'avoir été si lente à poster ce chapitre (même s'il est vrai que le site ne m'a pas aidée) alors que j'avais promis d'essayer de faire vite (j'avais aussi prévenu que j'écrivais à une rythme de tortue, c'est vrai, mais bon… ^^') ! Désolée aussi pour sa qualité discutable (je n'en suis pas satisfaite, mais vous ne l'auriez jamais eu si j'avais attendu d'en être contente. ^^'), et d'avance désolée pour une troisième raison : vous allez probablement attendre le prochain chapitre deux ou trois mois, vu que j'entre en période d'examens intensifs (avec un peu de chance vous aussi ?) et que je doute avoir le temps d'écrire.

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Uruha contemplait le fond de son verre d'un air morose. Il se retrouvait à boire seul, accoudé à un comptoir de bar, et il sentait qu'il allait avoir l'alcool triste, ce soir. Boire pour oublier ses soucis, ça ne marchait qu'en groupe, avec des amis, sinon on ressassait sans fin… Il détestait la solitude et se sentait pitoyable à s'imbiber tout seul de la sorte, mais après la débâcle de la veille, Aoi avait énergiquement et catégoriquement refusé de l'accompagner, Reita avait préféré faire preuve de prudence (bien que lui non plus n'ait qu'un souvenir assez confus de la soirée) et Kai, comme toujours, s'était montré raisonnable et était demeuré chez lui - les soirées de ce type ne comportant de toute façon que peu d'intérêt à ses yeux, car il ne buvait pas d'alcool ou presque. Ruki, quant à lui, était toujours à l'hôpital, dans un état de santé incertain… Le guitariste serra les dents. Leur tournée avait dû être abruptement interrompue quand le chanteur avait perdu sa voix en plein concert, le planning pourtant surchargé se voyant brutalement mis en pause, et pire que tout , on ignorait si le plus jeune du groupe n'allait pas devoir subir une opération… Non, décidément, ce soir, Uruha se sentait moins que jamais d'humeur à affronter seul ses angoisses, et certainement pas sans l'aide d'un remontant quelconque.

Il regretta brièvement de ne pas avoir réussi à joindre un seul de ses contacts féminins, de ces femmes qui n'étaient pas des petites amies mais flirtaient volontiers et se trouvaient toujours disposées à passer la soirée en sa compagnie, bref étaient bien utiles quand il avait du temps libre et ne souhaitait pas finir sa nuit en solitaire… Il n'y avait que rarement recours, du reste, ne souhaitant pas que l'une d'elle s'imagine représenter quelqu'un de spécial à ses yeux - il estimait ne pas avoir le temps de s'investir dans ce genre de relations de toute façon.

Et voilà que soudain, du temps, il risquait d'en avoir à revendre…

Avec un profond soupir, il pivota légèrement sur son siège et balaya la salle du regard.

Pas de filles seules ou à l'air disponibles à l'horizon… Mais dans l'absolu, Uruha était plutôt, disons, ouvert d'esprit.

Il savait que même sans l'aide des artifices auxquels il avait recours sur scène pour renforcer cette image androgyne qui faisait la joie du public, il était plutôt élancé et loin d'être repoussant avec ses traits fins, et que son charme fonctionnait indifféremment sur les deux sexes… Et il lui était déjà arrivé d'avoir des aventures avec des hommes, même s'il évitait d'habitude de draguer ce type de cibles dans des bars, de peur d'être reconnu - le fan service avait beau être un passage quasi obligé, il savait parfaitement que quelque chose en dehors de la scène risquait de nuire énormément à sa carrière et probablement au groupe dans son ensemble.

Néanmoins, ce soir, il se sentait vraiment trop mal pour ne pas être tenté malgré les risques - d'ailleurs, qui disait que sa carrière n'allait pas prendre fin de toute façon ? Si Ruki devait se faire opérer des cordes vocales parce que les kystes qu'on avait décelés présentaient des risques de cancérisation, qui savait quand celui-ci pourrait retrouver l'usage de sa voix, et si ses capacités seraient jamais les mêmes qu'avant ? Et sans leur chanteur, qu'allait devenir le groupe ?

Enfin, il faut bien le dire, sans la présence moralisatrice d'un de ses camarades à ses côtés, Uruha était souvent enclin à accomplir des actes que n'importe qui doté d'un neurone aurait su qualifier de « crétins », « irresponsables » voire « d'une stupidité suicidaire »… Mais qui sur le coup promettaient aussi d'être excitants et amusants.

Bref, c'est dans cet état d'esprit qu'il entreprit de jauger des yeux les autres buveurs.

Sans se juger particulièrement difficile - après tout, pour un coup d'un soir, inutile d'être trop regardant - il lui était dur de trouver dans les personnes en face de lui quelqu'un qui fasse l'affaire.

Y a personne de baisable dans ce bar, ce soir ? Se lamenta-t-il intérieurement.

Déprimé par cette constatation, il allait reporter son attention sur son verre quand il distingua du coin de l'œil une silhouette masculine assez avenante : d'une taille raisonnable, svelte mais avec des épaules plutôt larges et qui semblaient musclées… Il distinguait mal le visage, voilé par des cheveux couleur de miel foncé qui caressaient la joue, et surtout à moitié dissimulé par de grandes lunettes de soleil.

Quelle idée, de porter ce genre d'accessoires la nuit, en intérieur en plus ? Il ne devait absolument rien y voir !

Même lui, qui était plutôt attentif à son look, n'aurait probablement pas poussé la coquetterie aussi loin.

Sa curiosité désormais piquée, il décida de se rapprocher de sa cible potentielle en passant devant sous prétexte de se rendre aux toilettes.

Il se leva donc de son tabouret et s'avança d'une démarche ondulante et féline - en tout cas, c'était l'effet qu'il essayait de produire… Il n'était pas certain de faire une panthère efficace, mais au moins il y mettait de la bonne volonté.

Vu de plus près l'homme paraissait déjà être dans la force de l'âge, il était même probablement plus âgé que le guitariste malgré un corps qui, pour ce qu'il en devinait sous ses vêtements assez ajustés, n'avait rien à envier à un plus jeune.

Il pouvait à présent apercevoir des joues assez pleines aux pommettes peu saillantes et un nez busqué qui conférait quelque chose de presque noble à ce visage…

L'inconnu dut se sentir observé, car il tourna la tête à ce moment précis. Gêné d'avoir été surpris en flagrant délit alors qu'il le dévisageait si ostensiblement, Uruha-« appelez-moi-Bagheera » lui dédia son sourire le plus charmeur et s'apprêtait à lui adresser la parole quand à sa profonde surprise l'autre eut un brusque mouvement de recul, heurtant au passage son propre verre avec une exclamation étouffée.

Le verre se renversa sans se briser, fort heureusement, mais son contenu se répandit en maculant la chemise de l'homme, qui grommela un juron.

Avisant des serviettes en papier sur une table à proximité, le guitariste s'en saisit et se pencha vers la chemise souillée avec l'intention d'éponger la tache qui s'y étendait (et pourquoi pas, au passage, vérifier discrètement si son compagnon était aussi musclé qu'il le paraissait…), mais il n'en eut pas l'occasion. L'homme lui arracha les serviettes des mains et entreprit, avec raideur, de se sécher lui-même.

Désarçonné par ces réactions qui le prenaient au dépourvu, le membre de Gazette ravala le « Vous n'êtes pas trop essoufflé, à force de courir dans mes rêves ? » qu'il s'apprêtait à lancer et préféra lui substituer un plus neutre :

« Euh… Vous allez bien ? »

L'autre suspendit une fraction de seconde son mouvement et le fixa avec une telle incrédulité qu'Uruha pouvait la percevoir clairement en dépit des lunettes et de la semi pénombre.

Une partie de son cerveau commençait à trouver franchement pénible le sentiment diffus que quelque chose lui échappait, et pédalait ferme pour rattraper son retard.

L'homme se pencha alors pour évaluer les dégâts sur sa chemise, et ce faisant souleva un bref instant ses lunettes, sans doute pour avoir un aperçu plus net…

Les neurones du guitariste se connectèrent soudain avec un « Ding ! » retentissant, tandis que lui venait une pensée d'une clarté limpide : OH ! MEEEEERDE !

Ok, il aurait sûrement dû le reconnaître avant. Mais aussi, il s'attendait si peu à le (re)croiser ! Tout de même, il fallait admettre que c'était troublant : tomber deux fois en deux jours sur une personne qu'on n'avait jusque là jamais eu l'occasion de rencontrer en près de trente années d'existence, et qui a priori ne résidait même pas dans le même pays en temps normal ! On aurait pu ajouter que le fait que lesdites rencontres se fassent systématiquement dans des circonstances où Uruha passait, au mieux, pour un parfait imbécile relevait d'un fâcheux hasard, mais à bien y réfléchir, les moments où ce dernier n'était ni sobre, ni, du même coup, à même de faire valoir la présence dans sa jolie tête d'un cerveau étaient statistiquement assez nombreux.

Bon, il avait récemment arrêté de fumer, on ne peut pas tout faire en même temps.

Au comble de l'embarras, il restait à fixer le batteur d'un air passablement bovin, tandis que lui revenaient en mémoire des souvenirs de la mat, non, de l'après-midi.

Il s'était réveillé la bouche pâteuse et avec la désagréable impression que quelqu'un avait par mégarde confondu son crâne avec une enclume. Reprenant péniblement ses esprits, il avait constaté qu'il était allongé sur un lit qui n'était pas le sien, dans une chambre qui n'était pas la sienne… Et que quelqu'un avait décidé de prendre son bras droit comme doudou.

Fort heureusement, il s'était vite avéré que la personne blottie contre lui à la façon d'un enfant de trois ans qui se pelotonne contre sa peluche préférée n'était autre que Reita, et il avait fini par reconnaître dans la chambre celle d'Aoi. Il n'avait toujours pas la moindre idée de ce qu'ils fabriquaient là, mais il avait décidé de ne pas s'en faire - tout finirait bien par s'expliquer. Et si l'explication pouvait venir après un litre ou deux de café, il était presque sûr de réussir à en comprendre l'essentiel.

Après s'être soustrait avec des ruses de sioux à l'étreinte du bassiste, qui avait des réflexes de préhension singulièrement développés pour une personne endormie, il avait titubé vers la cuisine, en essayant d'éviter ces foutus murs qui avaient le culot de se mettre au milieu du passage, toute sa volonté tendue vers un but unique : cafééééééé.

Il avait enfin atteint la pièce et découvert, trônant bien en vue au milieu de la table, le Saint Graal, plus communément appelé « cafetière » par le commun des mortels. Tout à sa joie, il avait tendu une main avide vers le récipient chéri, quand un grognement l'avait fait suspendre son geste.

Uruha n'était peut-être pas du matin (ni même de l'après-midi, visiblement), et encore moins après une bonne cuite, mais ça n'était rien comparé à Aoi. Ce dernier n'avait pas besoin d'une heure pour parvenir à émerger péniblement, non, ça n'était pas ça… Il se réveillait d'un coup, immédiatement d'une parfaite lucidité et en pleine possession de toutes ses facultés, ses batteries chargées à bloc - en fait, il était même capable de se lever tôt ! En revanche, il semblait également toujours être d'une humeur massacrante au saut du lit. A croire que son amabilité et son indulgence avaient besoin de plus de temps pour être opérationnelles que le reste de son organisme.

Ce jour-là n'avait visiblement pas fait exception. En fait, au vu de son expression franchement maussade et du regard noir qu'il adressait à son collègue, c'était même un jour plutôt pire que d'habitude. On aurait presque pu s'imaginer qu'il avait quelque chose à lui reprocher…

« - Je n'arrive pas à croire que tu te poses là comme une fleur et que tu sirotes ton café comme si de rien n'était ! » avait-il fini par lâcher d'un ton accusateur, après avoir fusillé du regard pendant quelques minutes l'autre guitariste qui s'était servi une grande tasse du breuvage revigorant avant d'y verser consciencieusement la moitié du sucrier. « Mais tu te rends compte de la situation dans laquelle vous nous avez mis hier, Ryô-kun et toi ? », avait-il interrogé presque avec rage (mais où trouvait-il cette énergie si tôt dans la journée ?) devant le regard rempli d'incompréhension de son ami.

Uruha s'était creusé la tête. La veille ? Qu'est-ce qu'ils avaient fait au juste, la veille ? Il se souvenait qu'ils étaient allés boire un coup, parce que cette interruption dans l'enchaînement des dates de concerts prévus les laissait tous désœuvrés et impuissants, et l'absence de visibilité dans leur avenir proche les désemparait complètement… C'était dans ces moments là qu'il fallait se serrer les coudes, être un groupe plus que jamais soudé… Et quel meilleur moyen de renforcer la camaraderie qu'autour d'un verre ou deux ? Bref. Ils étaient allés dans un bar et ensuite… Euh… Le reste de la soirée avait été assez gai, lui semblait-il… Il n'en gardait qu'un vague souvenir. Qu'est-ce qu'ils avaient bien pu faire pour justifier un tel courroux de la part d'Aoi ?

Il avait fini par demander au brun, parce que bon, tant qu'à se faire passer un savon, autant savoir pourquoi… et l'autre guitariste lui avait donc relaté ce qui s'était passé. En détail.

Et maintenant, mort de honte, il se retrouvait à nouveau face à Yoshiki, qui le prenait à coup sûr pour le dernier des crétins (et encore, il s'agissait de l'hypothèse optimiste).

« Ne regrette rien. » aimait-il à répéter à l'envie aux personnes qui lui demandaient quelle était sa philosophie de l'existence (quasiment personne, en fait. Mais ça ne l'empêchait pas de malgré tout faire généreusement profiter les autres de sa sagesse cosmique.)… « Si tu n'essaies pas, tu ne sauras jamais ce que tu vaux au juste. »* De toute évidence, il allait devoir préciser à l'avenir : « sauf dans certains cas où quand même, s'abstenir aurait été une plutôt riche idée. »

Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire pour rattraper le coup ? Si ne serait-ce que la moitié de ce que Aoi lui avait raconté était vraie, il était irrémédiablement grillé. Alors bien sûr, il avait la possibilité de faire métaphoriquement son deuil et de continuer sa route en évitant à l'avenir autant que possible de se remémorer cette anecdote peu glorieuse…

Sauf que… sauf que rester comme ça sur un échec, quand bien même il s'agissait d'un échec qu'on entendait reléguer tout au fond d'un tiroir de sa mémoire, lequel tiroir serait dûment verrouillé avant que la clef n'en soit jetée aux crocodiles (toujours métaphoriquement parlant, bien entendu), et bien, rester sur un échec, disions-nous, laissait un goût plutôt amer.

Et là, Uruha n'avait pas besoin de plus d'amertume. En fait, il avait besoin d'exactement l'inverse : d'un signe du destin qui lui indique qu'au moins une chose n'allait pas de travers en ce moment, de quelque chose qui soit porteur d'espoir et auquel il puisse se raccrocher désespérément… Malheureusement, le destin est peu prodigue de ce genre de signes… Sauf, bien sûr, si on lui donne un petit coup de pouce.

C'est pourquoi le guitariste prit finalement bel et bien la décision de faire comme si de rien n'était… mais pas de passer son chemin, non. Puisqu'il avait de toute façon adressé la parole au batteur et que les présentations pouvaient être plus ou moins considérées comme ayant été faites, et bien autant passer outre les circonstances assez, hum, exceptionnelles de leur rencontre et continuer dans cette voie avec naturel. Le ridicule ne tue pas, comme l'atteste la présence de nombreuses personnes hélas suffisamment en vie pour continuer à souffrir de l'humiliation qu'elles ont subie. « Freedom is just another word for nothing left to lose. », avait chanté Janis Joplin juste avant de mourir… Et bien voilà, il n'avait plus rien à perdre, alors autant se jeter à l'eau et voir où le courant allait le porter.

L'air aimable et le sourire radieux, il s'écria donc d'un ton enjoué : « Je n'aurais jamais pensé vous revoir si vite, que le monde est petit ! »

Uruha avait beau prendre à cœur son rôle de charmante évaporée, ni son enthousiasme un peu forcé ni son grand numéro de « It's a small small world » ne semblaient contribuer à détendre le leader de X-Japan - en fait, celui-ci recula autant qu'il était possible sans tomber de son siège.

Sans se départir de son sourire (toujours sourire pour mettre en avant votre bonne volonté et votre charme, dans la vie, très important), il ajouta, désireux de briser la glace toujours présente entre le batteur et lui, et qui semblait d'ailleurs s'épaissir de seconde en seconde : « D'un autre côté, c'est vrai qu'avec la canicule qu'on a en ce moment, c'est agréable de se poser comme ça le soir, pour se détendre et boire une bière bien fraîche… Ou du vin… » compléta-t-il en avisant le verre désormais vide de son interlocuteur. « … Ou même quelque chose sans alcool, hein ! Je ne voudrais pas que vous vous imaginiez que je suis incapable de… Enfin je veux dire, je n'ai rien contre un petit verre de temps à autre bien sûr, mais pas au point de ne pas pouvoir m'en passer… Non parce que je me rends compte qu'étant donnée notre rencontre précédente, vous pourriez vous imaginer des choses, hahaha, et… Hmmm. »

Son cerveau lui signala qu'il abordait un sujet dangereusement glissant et qu'il ferait mieux de détourner rapidement la conversation - si on pouvait qualifier son monologue décousu de conversation, du moins.

« En parlant de canicule, d'ailleurs, vous devez être content ! Pas à cause de cette chaleur étouffante, bien sûr, hahaha, mais vos concerts d'il y a quelques jours étaient en plein air, non ? Vous avez dû bien en baver… Mais on aurait pu craindre que ça n'affecte l'enthousiasme du public or d'après les échos que j'ai pu en avoir ça n'était absolument pas le cas, vous avez rencontré un succès aussi retentissant que d'habitude… Une performance magistrale, beaucoup d'émotion… J'avoue que j'y aurais moi-même volontiers assisté, » ajouta-t-il avec sincérité, « mais vous savez ce que c'est, on n'est pas toujours libre de son emploi du temps, et bon, en l'occurrence, nous étions nous même en tournée quand… » Sa voix mourut et il se rembrunit. Mauvaise idée, d'évoquer la tournée. Mauvaise idée même de parler du 14 août… En fait, il ne le réalisait que maintenant, mais alors que X Japan était en pleine représentation, eux aussi se tenaient sur scène ce jour là, se donnant à fond pour assurer le show, jusqu'au moment où… L'incident inattendu, le cauchemar que personne n'avait pu prévoir… Ruki craignait bien d'avoir pris froid (avec ces climatisations, sait-on jamais !) et se plaignait les jours précédents de légers maux de gorge, mais qui aurait cru que la situation dégénèrerait à ce point ?

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Sans le savoir, ce furent ses pensées lugubres qui évitèrent au guitariste d'essuyer un échec cuisant dans sa tentative de socialisation.

Vu l'historique de leur relation, Yoshiki était bien trop méfiant à son égard pour être particulièrement touché par ses vagues compliments, et la propension d'Uruha à disparaître derrière cet immense sourire que rien ne justifiait, comme s'il se prenait pour le chat de Cheshire, renforçait désagréablement son sentiment d'avoir affaire à un présentateur de télé-achat aux tendances psychopathes… Et puis… il y avait eu cette phrase laissée en suspens, cette ombre sur le visage du plus jeune, et pour la première fois, il lui avait trouvé l'air authentique.

Bien sûr, il avait l'habitude de voir des fans entrer en transe du seul effet de sa présence, et, soyons honnêtes, au point de faire carrément peur dans certains cas… Mais la sensation était subtilement différente. De même, il était souvent confronté à des personnes qui semblaient en permanence se donner en spectacle et interpréter leur propre personnage en guettant du coin de l'œil l'approbation d'un quelconque public, mais là encore, ce n'était pas vraiment l'impression que lui donnait le guitariste. Pourtant, sa gaité hors de propos, son babillage intempestif et son attitude générale résonnaient comme un faux accord, une note stridente qui irrite l'oreille, et lui conféraient une sorte d'aura de bizarrerie - et tant d'étrangeté chez une seule personne, c'était décidément beaucoup trop. C'était à se demander si ce type avait jamais l'air normal, mais franchement, le batteur n'avait pas la moindre envie de s'attarder pour creuser la question… jusque là.

Parce que contre toute attente, il venait d'obtenir sa réponse : oui, Uruha pouvait avoir l'air normal, et humain… Et aussi très las, tout à coup.

Il décida de lui accorder le bénéfice du doute pendant quelques minutes supplémentaires au lieu de s'enfuir le plus vite et le plus loin possible comme il en avait initialement l'intention.

* D'où on conclut que la sagesse cosmique consiste principalement en citations de chansons de Coldplay. :p