Lorsque Desmond s'assit sur le siège orange et moelleux de l'Animus, tous les regards se tournèrent vers lui, interrogatifs. Surtout ceux des deux filles en fait, dont Rebecca qui le regardait fixement depuis quelque minutes.
« J'ai un truc sur le nez ? » Lui lança Desmond, un peu tendu.
Et énervé aussi.
« Non non ! »
Rebecca battit en retraite derrière son écran au vu de la mauvaise humeur de l'Assassin qui s'agitait nerveusement sur le fauteuil, gigotant et jetant des regards à droite à gauche. Lucy posa une main rassurante sur son épaule, ce qui eut le don d'énerver encore plus Desmond qui se dégeaga d'un geste sec.
« Hey, c'est pas parce que t'as mal dormi qu'il faut être désagréable ! » Lui lança Shaun en pivotant sur son siège, ses lunettes s'illuminant soudain à cause d'un rayon de soleil.
Desmond ne répondit pas et s'allongea alors que Lucy souriait légèrement, bien qu'un peu crispée.
« Bon, allons-y. Rebecca ? »
La brune acquiesça, avant de commencer à pianoter. Appréhendant la suite, Desmond s'allongea, ses mains serrant nerveusement les accoudoirs.
« Tu veux qu'on avance un peu la séquence ? » Lui demanda-t-elle.
Desmond rit.
Ezio terminait de passer la lame secrète à son poignet lorsqu'il sentit sa capuche se rabattre d'elle-même sur ses cheveux encore en bataille. Il retint la main de Léonardo qui lâchait sa capuche et embrassa sa paume avant que le peintre ne retire vivement sa main, gêné. Ezio lui décrocha un sourire ravageur en se retournant alors que Léo tortillait nerveusement ses doigts, le regard posé sur une forme ô combien intéressante du tapis.
Bon, et après, on est censé dire quoi ?
« Euh… »
En un peu plus construit peut-être.
« Il est quelle heure ? »
Magnifique, songea Ezio en se disant qu'il avait une fois de plus fait une bêtise. Mais c'était pas que de sa faute, aussi ! Jamais il n'avait été plus loin que simplement faire l'amour et partir ensuite. Et d'accord, c'était pas très glamour, mais chacun des deux partis était d'accord : une nuit… Et puis la question se posait même pas, quoi ! Bon, d'accord, avec Cristina ça avait duré plusieurs nuits, mais c'était pas sérieux. Il était jeune. Et il ne connaissait pas Léonardo.
« Tard » Souffla ce dernier en s'approchant pour enlacer Ezio.
Toucher Léonardo à travers des pièces d'armure métalliques et froide n'est définitivement pas chaleureux, songea-t-il en passant ses mains sur les reins du peintre, qui n'avait pas remis sa cape rouge ou son béret, si bien qu'il put poser sa joue sur les cheveux blonds et doux de Léo.
« Reste » Murmura-t-il en le serrant un peu plus contre lui.
Ezio le serra à l'étouffer.
Non, c'était pas comme ces courtisanes dont il quittait le lit. Là, il reviendrait. Il en était sûr. C'était comme une drogue, pourtant, c'était la première fois qu'il y goûtait… Et plongerait dans la dépendance sans regrets s'il savait comment la gérer sans blesser personne. La silhouette frêle dans ses bras était fragile. Humaine. Elle n'était pas endurcie comme lui l'était, et il ne lui souhaitait pour rien au monde. Alors, plus que tout autre chose, Ezio ne voulait pas lui faire de mal, le blesser physiquement ou moralement avec ses histoires d'assassinat. Même s'il avait déjà un bon pied dedans.
« Je reste » Céda-t-il.
Mais dans quelques heures il lui faudrait repartir pour peut-être plusieurs jours de manœuvre, espérant tuer sa prochaine cible sans se faire repérer. Et le laisser, seul. Son cœur fit un bon. Non, jamais ça.
« Bien » Souffla Léonardo sans bouger.
Il ne perdrait plus personne. Ce serait l'horreur de trop, si Léonardo et tout le reste de ses amis et alliés venait à disparaître par vendetta contre lui. Alors rester avec lui malgré tout, ou partir, alors qu'il n'en éprouvait même pas l'envie ? Ses jambes n'auraient pas bougé. Léonardo aura pu lui demander n'importe quoi. Vraiment.
Ezio sourit.
« Tu veux qu'on dorme sur la table ? » Plaisanta-t-il.
« Ezio ! »
L'Assassin sourit de plus belle et éclata de rire.
« Je proposais juste ! » Se rattrapa-t-il en voyant l'air faussement en colère du peintre.
Léonardo soupira devant tant d'insouciance et de gamineries.
« Je me sers du premier étage pour entreposer mes projets en cours ou terminés, et le second me sert de chambre, alors je crois que nous pouvons laisser la table tranquille. » Déclara-t-il avec une légère gêne en se reculant d'Ezio.
Ce dernier bailla mais suivit le peintre qui grimpait les escaliers circulaires en bois avec un entrain assez suspect. Qui ne le serait pas, remarque ?
Effectivement, le premier étage était une longue et large pièce où reposait un fouillis d'objets, allant des meubles aux inventions de Léo accrochées au plafond, des plans et même des tableaux inachevés pour la plupart, le tout dans un joyeux bazard qui fit sourire Ezio. Il grimpa quelques marches, et arriva dans une pièce haute de plafond – il n'y avait sans doute pas la place pour faire un étage supplémentaire ou une mansarde – spacieuse, où un lit double aux draps blancs bien faits trônait, complètement au milieu de la chambre. La commode était juste en dessous d'une fenêtre tout en hauteur encadrée par des rideaux rouges alors que les murs de la pièce étaient d'un jaune orangé chaleureux. Le bois du plafond renforçait le côté avenant de l'endroit, et Ezio ne douta pas même instant qu'il s'agissait de la chambre de Léonardo, qui alla entrouvrir la fenêtre, désormais dos à lui.
« Je laisserais la fenêtre ouverte, comme ça, tu… »
Il laissa sa phrase en suspend. Ezio s'approcha et l'enlaça, reposant comme tout à l'heure sa joue contre les cheveux de Léonardo, ce qui le fit sursauter. Pourtant, que pouvait-il faire d'autre ? Il préférait les actes aux paroles, signifiant par là qu'il ne le quitterait pas et appréciait ce présent. Le droit d'entrer et sortir à sa guise. De presque vivre ici malgré le lit qu'il avait occupé à la guilde des voleurs puis plus récemment dans le Palais de la Soie.
« Je viendrai, Léo, ne t'inquiète pas… »
Il ne pourrait pas s'en empêcher, de toute façon. D'ailleurs, il trouvait cela assez étrange qu'on pense à lui comme quelqu'un d'insaisissable, un peu comme un animal jamais vraiment domestiqué… Un chat, je suis comme un chat, songea-t-il. Ils ont peur que je ne revienne pas, mais ils espèrent que oui et laissent toujours leurs portes ouvertes.
Même si j'ai plus tendance à utiliser la fenêtre.
Un silence confortable s'installa sans qu'Ezio ne se décide à lâcher Léonardo. Pourtant il devrait se lever tôt. Et logiquement, ça induisait de se coucher tôt. Non ? Non.
« Tu repars quand ? »
Ezio grogna, mécontent.
« Jamais » Ronchonna-t-il en enfonçant son nez dans les cheveux de Léonardo qui sourit.
Il referma lentement la fenêtre, un poids mort sur le dos, et se tenta de se diriger vers le lit qui trônait au milieu de la pièce. Ezio, le sentant bouger, recula, se saisissant de la taille du peintre qui émit un petit cri de surprise très féminin lorsque les bras de l'Assassin enserrèrent sa taille.
« Attends, tu ne veux quand même pas qu'on dorme entièrement habillés ? » S'étonna Léonardo alors qu'il était à moitié assis sur Ezio.
Ce dernier, affairé à retirer le gantelet de sa main droite doigt par doigt avec ses dents s'arrêta soudain pour lancer un regard très malicieux au peintre qui rosit immédiatement.
« Tu as remis tes vêtements. Assume » Lui lança-t-il avec un sourire taquin.
A cet instant précis, le peintre hésita entre le supplier de le déshabiller de nouveau ou se taire comme le grand timide qu'il était. Ezio posa son gantelet par terre et retira la seconde lame secrète de son bras de même que la première, et bailla.
« Laisse, je vais le faire. »
Etonné de sa propre assurance, Léonardo quitta la confortable étreinte d'Ezio qui ne broncha pas, le laissant défaire les pièces de son armure une par une avec minutie. Il le tira en avant pour le lever du bord du lit et s'occupa de défaire ses habits blancs et sa cape qui tombèrent au sol dans un bruit de froissement. Puis Léonardo tandis les bras autour du cou de l'Assassin pour aller détacher le ruban qui retenait ses cheveux sombres encore en désordre. Alors qu'il retirait vivement ses bras, gêné de leur proximité soudaine et du fait que l'autre soit à moitié nu, Ezio retint le peintre par les poignets et posa ses mains sur sa taille, avant de l'embrasser.
« A mon tour » Déclara-t-il ensuite d'un ton joueur.
Il défit de nouveau le haut de la tenue du peintre, avec une dextérité qui arracha un sourire triste à celui-ci. Les femmes, les femmes et leurs corsets, à côté de sa chemise un peu récalcitrante, c'était un sacré entraînement.
Ezio sembla le remarquer car il s'arrêta et attira Léonardo contre lui.
« Oublie ça. Je suis avec toi, maintenant » Lui dit-il avec tendresse.
Il sourit en sentant le peintre se serrer davantage contre lui, sa joue posée contre la peau de son épaule et son souffle chaud chatouillant doucement son cou. Ezio fit glisser le tissu de ses épaules qui rejoignit le sol après que Léo l'ait lâché pour s'en débarrasser. Puis il s'assit sur le bord du lit pour enlever ses bottes et le peintre fit de même.
Il bailla de nouveau et Léonardo le poussa timidement en arrière, afin qu'ils s'allongent et puissent dormir. Lourde en émotions, la soirée… Songea Ezio en ajustant un oreiller pour pouvoir dormir confortablement sur le dos le peu de temps que sa nuit durera. Léonardo sembla hésiter à le rejoindre de trop près… Décidant à la place de ce dernier, l'Assassin le tira vers lui et le colla à son flanc. Un léger rire le secoua alors que Léonardo hésitait à le toucher, finalement rompu par un grognement mécontent du peintre qui remonta la couverture sur eux.
« Dors bien » Lui lança Ezio alors que le peintre dormait déjà.
Il l'embrassa sur le front avant de tenter de dormir pour le peu qu'il lui restait à prendre.
Le lendemain, il finit par se réveiller trop tôt, évidemment. Lentement, il se leva, ôtant les bras de Léo qui enserraient sa taille et son bras, faisant son possible pour ne pas le réveiller. Il s'habilla, remit son armure et ses bottes, passa ses deux lames secrètes à ses avant-bras, puis se tourna vers Léonardo. Ce dernier dormait encore, allongé sur le côté. Ezio remonta les draps sur lui, et recula lentement jusqu'à le fenêtre.
Il pleuvait. Lorsqu'il l'ouvrit, quelques gouttes tombèrent sur la commode à cause du vent. Il grimpa sur le rebord et se tourna une dernière fois vers l'endormi, murmurant une dernière phrase.
« Je te promets que je reviendrai, Léo. »
Ezio ne revint pas.
Des mois passèrent. Il finit par être appelé à la villa Auditore de Toscane pour y décoder les dernières pages. Puis le groupe d'Assassins partit à Rome tandis que lui rentrait à Venise.
Et Ezio ne revint pas. D'autres mois passèrent.
Un après-midi, on frappa à sa porte. Fatigué, Léonardo alla ouvrir sans espoir de voir Ezio débarquer tout sourire – il entrait sans permission, et la fenêtre en haut était toujours ouverte, comme promis. Alors qui était-ce donc ?
La porte grinça affreusement.
Cesare Borgia et ses hommes étaient là. Borgia souriait comme un diable et lui demanda des armes à feu telles que le pistolet qu'il avait intégré dans le brassard de la lame secrète d'Ezio. Là, Léonardo comprit que cette fois toutes les promesses du monde ne marcheraient pas.
La prochaine fois qu'ils se reverraient, Ezio et lui seraient ennemis…
Terrible n'est-ce pas ?
Je viens de commencer Brotherhood - bon, là je suis plutôt vers les deux tiers, en fait - et disons que ça m'a frappée qu'Ezio ne soit pas en colère contre Léo... Et que l'idée grandissante de faire un Ezio plus sombre et une histoire plus sombre autour de lui et Léonardo a fleuri dans ma tête. Donc suite à cette fanfiction, je posterai sans doute une réécriture de Brotherhood racontant un peu tout ça. Restez à l'affut, quoi :)
Merci à tous sinon :D Et Zouzoupette, tu peux garder le bouquin, je te le redemanderai si j'en ai vraiment besoin ! (J'en doute, mais auquel cas, je te redirai...)
Goodbye !
