Quelques temps plus tôt

La surface de l'eau est plane, calme. Pas le moindre souffle de vent ne vient troubler l'étrange quiétude du lieu. Et pourtant le Hollandais Volant avance, sans s'en soucier. Will Turner en est devenu le capitaine. James Norrington ne savait pas comment, mais à vrai dire ca ne le souciait pas. La mort est un état étonnant. Il se plaça sur le pont et, s'accoudant au bastingage, regarda le soleil se lever. C'était aussi joli que son couché, spectacle que l'amiral avait toujours aimé contempler.

Turner avait été surpris de le voir. Par politesse, il n'avait pas dénoncé le père du nouveau capitaine comme responsable de sa mort. Il finirai bien par le savoir.

Il ne se rappelait pas comment il était arrivé ici. Il se souvenait juste du métal s'enfonçant dans son ventre, lui coupant le souffle et tous espoirs de survivre. De la douleur sourde, puis aigüe s'étendant dans ses muscles. Du froid et de la mort prenant possession de son âme. Les voix autour de lui s'assourdissaient doucement jusqu'à ne plus exister, jusqu'à ce que le noir se referme sur lui.

Il avait repris connaissance ici. Alors qu'ils approchaient enfin de leur destination, le ciel s'était chargé de lourds nuages noirs. Il ne plut pas, mais le vent se mis à souffler brutalement et la mer s'agita. Avant même que le capitaine ne put donner d'ordre, Calypso, la déesse des mers, se matérialisa sur le pont. Norrington l'avait dévisagée avec étonnement. Puis il se dit qu'elle venait peut-être voir comment se déroulait le premier voyage du Capitaine Turner. Mais non. C'était vers lui qu'elle se dirigeait. En tant normal, il aurait cherchait à se défendre ou du moins se mettre en garde. Mais il était complètement hypnotisé, incapable de faire le moindre geste.

« Dis-moi, James Norrington, voudrait-tu retarder l'heure de ta véritable mort et refaire ta vie ? susurra-t-elle d'une voix noire.

Il ne répondit pas, ne comprenant pas l'offre qu'elle lui proposait.

- Vois-tu, une personne m'a offert son sang de nombreuses fois pour que tu puisse rejoindre les vivants… Le seul ennui est que cette personne est morte, elle aussi. Alors, j'ai décidé de lui donner une seconde chance, puisque ses offrandes étaient particulièrement délicieuses. Alors tu as le choix : sois tu rejoins cette personne, sois tu continues le voyage et ton âme pourras enfin se reposer. Quant dis-tu ?

Elle s'était approché de lui et chuchota ses derniers mots.

Que devait-il choisir ? Son sens du devoir lui disait que, si cette personne avait donné de son sang pour qu'il revienne, elle devait tenir à lui et qu'il devait au moins la remercier. D'un autre côté, il voulait pouvoir oublier sa vie. Il hésita puis pris une décision.

- J'accepte. J'accepte de rejoindre cette personne.

- Très bien. Dans ce cas…

Elle s'approcha encore, obligeant Norrington à reculer jusqu'au bastingage. D'un mouvement si rapide et fluide qui l'aurait été impossible de le prévoir, elle le poussa. Il perdit l'équilibre et tomba par-dessus les rambardes de bois. Cependant, avec qu'il n'eut le temps de rentrer en contact avec l'eau redevenue paisible, il disparut, ne laissant derrière lui qu'un écran de fumée. L'équipage et les passagers du navire avaient suivis la scène avec attention et ne s'aperçurent pas de la disparition de Calypso.


« Ensuite je me suis ensuite réveillé ici, en votre compagnie.

- Vraiment précis pour un rêve…

- Mais, et vous… comment êtes-vous arrivée ici ?

Emy jeta un coup d'œil rapide à la paume de sa main, fendue d'une vilaine coupure en train de cicatriser. Il valait mieux qu'elle omette de lui dire que c'était elle qui avait demandé son retour. Du moins pour l'instant.

- Et bien, c'est un peu la même histoire, excepté le passage sur le Hollandais Volant. Avant ma mort, j'avais accepté d'épouser le Capitaine Alexander, capitaine de l'Invincible, navire sur lequel j'était lieutenant, comme je vous l'ai déjà dit. Quelques jours, plus tard, notre navire fut attaqué par des brigands très organisés. J'ai été tuée d'une balle… Je me suis retrouvé nageant sur les mers de l' « autre monde ». Je me suis échouée sur cette plage déserte. Trois semaines plus tard, je vous découvrais inconscient sur la sable.

Le commodore mit ses idées au clair et se décida à poser quelques questions au jeune lieutenant.

- Vous étiez seule ici ?

Elle opina d'un hochement de tête.

- Je vous l'ai dit. L'île était déserte. Je me suis réveillée comme vous, avec le sentiment que ma mort n'était qu'un rêve. Mon plus proche souvenir remonte à la proposition du capitaine, précisa-t-elle.

- Vous vivez où ? Je doute que vous viviez ici, en bord de plage.

- Effectivement, non. Il y a plus haut dans la forêt une vieille bâtisse abandonnée… Ce qu'elle contient est rudimentaire, mais c'est largement suffisant pour survivre… enfin, si je puis utiliser cette expression.

- Pourquoi ? Et puis pourquoi me dire que vous êtes désolée que je sois là ?

- Parce que si vous êtes ici, cela veut dire que vous ne pourrez plus jamais retournez chez les vivants…

- Sommes nous morts ? Je ne ressent pourtant pas une grande différence…

- C'est parce que vous venez d'arriver… Ici, manger n'est pas une obligation… nos besoins sont ralentis… Et puis, quitter l'île est rigoureusement impossible.

- Comment cela ?

Elle lui lança un regard navré. C'était de sa faute s'il était là désormais.

- J'ai déjà essayer de partir en nageant. Arriver à un certain point, j'avais beau me débattre, l'île ne s'éloigner pas de mon champ de vision. Il doit y avoir une sorte de barrière autour de l'île.

James acquiesça gravement. Il avait peut-être fait une erreur. En plus, la personne qui avait souhaité son retour n'était sûrement pas ici. Il doutait fort que ce soit Emy puisqu'ils ne se connaissaient pas.

Soudainement, elle bondit sur ses pieds.

- Commodore, suivez-moi, j'ai quelque chose à vous montrez. »

Il n'était pas sûr de pouvoir marcher. Cependant, il suivit la jeune femme et ils s'enfoncèrent progressivement dans la végétation étouffante. Ils passèrent devant une sorte de vieille grange. Norrington devina que c'était là que ce situerait son nouveau lieu de résidence. Il s'attendait à ce que son guide s'arrête mais celle-ci ne jeta même pas un regard à la bâtisse et poursuit son ascension. Arrivé en haut du plateau rocheux qui dominait l'île, le commodore avait le souffle court. Il remarqua avec étonnement que la jeune femme ne laissait transparaître aucun signe de fatigue. Elle s'accroupit près d'une source d'eau claire.

« De l'eau s'évacue des roches. Elle est potable, donc même si nous n'avons quasiment jamais besoin de boire, la source est notre principale point d'approvisionnement. »

James enleva précipitamment la lourde veste bleue de son uniforme et se pencha afin de se rafraîchir. Une fois remis de ses émotions, il se regarda dans la surface miroitante de l'eau. Ce qu'il y vit le stupéfia. Il crut rêver. Ce qu'il apercevait n'était pas le visage de l'amiral, n'y même celui de l'homme barbu qu'il avait été et auquel il aurait pu s'attendre puisque cela faisait plutôt longtemps qu'il n'avait pas toucher à un rasoir. Non. Son reflet était celui de l'homme de 33 ans qu'il était lorsqu'il avait été promu commodore. Le même visage que celui qu'il avait lorsqu'Elizabeth avait choisi Turner.

« Comment … est-ce possible ?

Emy sourit largement.

- Et bien, il semblerait que la déesse des mers ait choisi d'effacer notre vie à partir du moment où nous avons tout raté pour nous donner une seconde chance…, expliqua-t-elle reprenant les termes de la déesse.

- Une seconde vie, conclut-il, comprenant enfin l'offre de Calypso. »