Chapitre 3 : le début de la fin...
Lorsque Mary Alice se réveilla le lendemain, elle avait un mal de tête épouvantable, sa cheville écorchée lui arrachait des gémissements, mais le pire était sans nul doute ses mains qui avaient gonflé pendant la nuit. La jeune femme se sentait nauséeuse.
Louis l'ausculta comme il put, nettoyant les plaies avec de l'eau claire, et lui pansant les mains et la cheville. Malheureusement, l'état de Mary Alice empira les jours suivants. Louis était face à un dilemme : il ne voulait pas prendre le risque de déplacer la jeune femme, par crainte de sa santé, mais il devait lui procurer des soins très rapidement. De plus, il était certain que le traqueur n'avait pas abandonné. Louis le savait mieux que quiconque : le sang de Mary Alice était incroyablement attirant pour ceux de son espèce.
Il ne lui restait qu'une seule solution, mais Louis ne pouvait se résoudre à laisser la jeune fille seule dans les bois. Le lendemain, il n'eut pas le choix, la fièvre de Mary Alice ayant encore augmentée, la plongeant dans un sommeil délirant. Elle marmonnait des paroles inintelligibles, même pour le vieux vampire qu'il était.
Alice, réveilles-toi, dit-il en la secouant un peu. Allez, réveilles-toi.
Elle ouvrit les yeux difficilement et tourna la tête vers lui.
Je dois aller chercher de quoi te soigner, plus j'attends, plus ton état s'aggrave. Tu vas devoir rester seule un moment. Non, ne t'inquiète pas, dit-il en la voyant s'affoler, je reviendrais le plus vite possible, je te le promets.
Louis parti dans un courant d'air, ne laissant pas à Alice le temps de lui demander de rester.
Elle rampa avec peine dans un coin sombre de la grotte, s'y blottit et finalement elle s'endormit, trop faible pour rester éveillée. Cependant, ce ne fut pas un rêve qui prit place dans son esprit mais une vision.
La grotte...
Un bruit étrange...
Une présence...
Un homme aux yeux écarlates...
Se relever... Fuir !
Mary Alice se réveilla soudainement, cette vision étant bien trop réaliste encore une fois. Elle s'appuya sur ses coudes, cherchant le docteur Bergevin du regard. Il n'était toujours pas là. Elle était seule.
Soudain, un bruit semblable à un coup de vent fit sursauter la jeune femme. Terrorisée, elle recula vers le mur le plus proche, reconnaissant les événements de sa toute nouvelle vision. Le bruit se répéta une seconde fois, sur sa gauche. Alors, rassemblant tout son courage et outrepassant sa terreur, Mary Alice se releva, sa cheville lui arrachant un cri de douleur. Elle fit un pas, puis un deuxième et finalement, après avoir entendu encore une fois l'étrange sifflement, elle s'élança dans les bois, de peur de croiser le terrifiant regard écarlate.
Fuir !
Mary Alice fuyait, elle courrait à en perdre haleine. Les branches des buissons qu'elle traversait lui griffaient le visage et les avant-bras, mais la terreur que la jeune femme éprouvait lui inhibait toute sensation qui pourraient entraver sa fuite.
Elle sentait que quelqu'un la poursuivait ou plutôt quelque chose qui se déplaçait bien trop vite : il lui semblait entendre des chuchotis autour d'elle... Y en avait-il plusieurs ?
Mais soudain, Mary Alice heurta quelque chose incroyablement dur, comme de la roche, qui l'assomma un court instant et la fit tomber. Lorsqu'elle releva les yeux devant elle, terrifiée, elle vit qu'elle avait heurté quelqu'un. Quelqu'un qui la regardait avec une paire d'iris écarlate.
Ahhh ! S'écria-t-elle avec un mouvement de recul.
Il l'observait de toute sa hauteur, respirant à plein poumons une odeur qu'elle ne saisissait pas. Puis alors qu'il se baissait vers elle, un rire au bord des lèvres, la jeune femme se rendit compte que ses iris devenaient progressivement noirs, comme un puits sans fond qu'il fallait combler au plus vite... Mary Alice était terrifiée, tétanisée, elle ne pouvait détacher son regard de cet abysse obscur, qui sembla un instant occuper tout son champ de vision. Comme un flash noir.
Le noir...
Le vide...
La mort...
Était-ce une vision qu'elle venait d'avoir ? Elle était si courte, mais si indubitable... Elle ne comprenait pas ce se passait, depuis qu'elle connaissait le Dr Bergevin, elle avait vu à de nombreuses reprises... Mary Alice reprit ses esprits, et alors qu'il tendait la main vers elle, elle se releva aussi vite qu'elle put et s'élança. Mais, c'était sans compter sur l'extrême rapidité de son poursuivant qui la rattrapa aussitôt par le bras et la tira violemment en arrière projetant la jeune femme sur un tronc d'arbre.
Sur le moment, Mary Alice ne sentit pas la douleur, mais celle-ci arriva avec une telle intensité que ça lui en coupa le souffle. Elle baissa la main vers son abdomen, effleurant au passage la branche qui en sortait... C'était comme si elle sentait toutes les minuscules brindilles de bois dans sa chair, toutes ces milliards d'échardes qui, rassemblées, lui transperçaient le corps.
Un grondement provenant de sa gauche parvint à peine à elle, tellement elle était obnubilée par cette douleur atroce qui envahissait tout son corps. Jamais elle n'avait ressentit pareille souffrance, même pendant les séances d'électrochocs. La douleur partait de sa blessure et se diffusait via tous ses nerfs, jusqu'au bout de ses doigts.
Mais, ce dont Mary Alice n'avait pas conscience, c'est que le vampire qui en avait après elle s'avançait vers elle, le regard avide et porté sur le sang chaud émanant de sa plaie abdominale. Il se tapit sur lui même, se préparant à bondir alors que le regard de la jeune femme se dirigeait vers lui. Tandis qu'il bondissait sur elle, un cri inhumain suivit d'un grondement incroyable retentirent dans la forêt.
Non !!!
Un bruit semblable à un coup de tonnerre résonna entre les arbres, tandis que Louis heurtait le prédateur. Emportés par leur élan, ils enfoncèrent un chêne de presque un mètre de diamètre, sous le regard ahuri de Mary Alice. Ils se faisaient face à présent, décrivant un cercle parfait dans une posture de combat, tels deux félins, observant le moindre mouvement de l'autre, cherchant la moindre faille. Un grondement jaillit de la gorge de Louis alors que le regard du prédateur mesurait la distance entre la jeune femme et son défenseur.
Tu ne la toucheras pas James ...
Apparemment, tu ne comptes pas profiter d'elle Louis, alors autant que je le fasse.
Je te l'interdis !
Ne me dis pas que ...tu l'aimes !? Ce n'est qu'une humaine Louis !
Tout comme nous tous avant notre transformation.
James se jeta sur Louis, si rapidement que Mary Alice ne le vit pas franchir l'espace les séparant. La suite ne fut qu'un enchainement de mouvements indistincts aux yeux de la jeune femme, accompagné de grognements et d'étranges bruits secs. Comme si quelqu'un claquait des dents.
Mary Alice essaya de se dégager de la branche mais en vain, la douleur était tellement violente lorsqu'elle bougeait...
Elle devait attendre pour que Louis la sauve, mais elle perdait tellement de sang...
Elle ne devait pas bouger...
Elle devait attendre...
Elle devait atten....
****
Alice, réveilles-toi ! Allez ma belle, regardes-moi, regardes-moi Alice !
Le médecin la soutenait d'une main contre le tronc de l'arbre et lui tapotait les joues de l'autre. Il avait brisé la branche qui lui traversait l'abdomen, la raccourcissant au maximum.
Alice, tu as perdu énormément de sang. Je dois te dégager de cette branche le plus rapidement possible.
Mais que...? Où est-il ? Et .. Et qui est-ce ?
Cela n'a pas d'importance pour le moment.
Je... Je crois que je ne sens plus mes jambes... Murmura-t-elle dans un souffle
Ce n'est rien, je vais te sortir de là... Ne t'inquiète pas, tout ira bien. Maintenant, accroches-toi à moi. Ça va faire mal Alice, tu es prête ?
N..Non, attendez... NON !
Louis la dégagea de la branche avec une vitesse hors du commun, et la rattrapa alors qu'elle se repliait sur elle, par réflexe. Prenant toutes les précautions, il la déposa par terre. Elle était couverte de sang alors qu'il ne s'était pas nourrit depuis plus d'une semaine. Cependant, il eut un geste tout à fait surprenant et incongru à cet instant : il sortit une boite de sa poche.
Je...Je t'ai acheté ça lorsque tu étais encore dans cet hôpital, et je souhaitais te l'offrir lors de notre promenade. Ce n'est pas forcément le bon moment mais je tenais à te l'offrir avant...avant qu'il ne se passe quelque chose.
Alors qu'il ouvrait l'écrin, la jeune femme découvrit une gourmette en argent sur laquelle était gravé le nom Alice. Louis sortit le bracelet et l'attacha autour du poignet de Mary Alice. Elle lui sourit faiblement pour le remercier, mais elle ne put retenir un gémissement de douleur et sombra de nouveau dans l'inconscience.
Lorsqu'elle se réveilla, à demi consciente, elle était de nouveau dans la grotte, sa tête reposant sur la blouse blanche du médecin roulée en boule. Elle eut à peine le temps de cligner des yeux que Louis fut auprès d'elle. Il l'aida à boire un peu d'eau d'un ruisseau voisin. Mary Alice savait qu'elle ne s'en sortirait pas, elle en était parfaitement consciente. Louis, quant à lui, avait arrêté sa décision. Il ne pouvait pas laisser la jeune femme mourir. Il ne s'était jamais autant senti vivant auprès d'elle, aussi humain...
Après s'être assuré que personne ne le surveillait, il revient à ses côtés et s'agenouilla.
Je suis désolé Alice, j'espère que tu me pardonneras ce que je vais faire...
Sur ce, il s'empara du poignet de la jeune femme, hésita une dernière fois, puis découvrit ses dents parfaites et mordit la chair. Il n'avait jamais gouté de sang aussi délicieux lorsqu'il suivait le régime propre à sa race. Si savoureux, si délicieux et empli de tant de saveurs que ça lui tourna légèrement la tête. Il dut lutter contre lui-même de toutes ses forces pour se contraindre à arrêter.
