Disclaimer: Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si!

Couple: Harry / Draco.

Evaluation: M.

Bonsoir à tous. A ma plus GRANDE HORREUR je viens de voir que je n'ai répondu à AUCUNE review du premier chapitre. Ou du moins pas à toutes. Je suis tout simplement outrée et horrifiée par cet oubli.

Lys : En fait, elle vient de ranger sa boite mail et ce constat la rend très triste :(.

Donc je m'excuse auprès de tout ceux qui n'ont jamais eu de réponse. J'étais en train de répondre aux review du deuxième chapitres, mais finalement, je ne réponds à aucune de plus, tellement je suis triste. Je vous présente mes excuses, aux concernés. S'ils acceptent de me laisser encore des petits mots, je les remercie beaucoup d'avance car je ne les mérite pas. A tous ceux qui me laisseront un petit quelque chose, je donnerai un passage du début du prochain chapitre (en espérant être pardonnée).

Bonne lecture !


Chapitre 3

Une semaine passa. Une semaine où il n'eut aucune nouvelle de lui. Il annula un rendez-vous par hibou, ayant quelque chose d'urgent à faire. En tout cas, d'assez urgent pour laisser de côté son interrogatoire plus poussé sur les hybrides. Il n'entendit pas parler non plus de Weasley, mais bien de Mr Pathos, qui hurla au scandale quand il apprit qu'un étranger au département de recherche avait donné une telle autorisation à une simple médicomage. Autant dire qu'elle en prit pour son grade et Mr Pathos fulmina pendant des jours.

Ce soir-là, après une énième tentative de sa mère de le marier avec une femme respectable et plus jeune que lui, Draco partit à la boîte de nuit. Dans le fond, Potter lui manquait. Son partenaire lui manquait. Au point que tous les autres hommes lui semblaient fades et sans intérêt.

Pourtant, il se trouva quelqu'un pour danser. Un brun aux yeux bleu clair qui le regardait depuis longtemps, l'effleurant quand il dansait avec Potter, et cela pour essayer d'attirer son attention. Draco l'avait remarqué mais n'avait porté aucun intérêt à sa personne, jusqu'à ce qu'il vienne se proposer pour remplacer son brun habituel. Draco l'accepta et dansa avec lui.

Mais ce n'était pas aussi amusant. Quand il touchait les fesses musclées de ce type, ce dernier gloussait et se rapprochait un peu plus de lui. Et quand il effleurait ses cheveux, il secouait ses boucles en riant. Et Draco n'aimait pas ça. Il n'aimait pas sa façon de se frotter contre lui, en une demandant implicite, ni sa façon de secouer la tête en souriant, car il voulait se donner un air joyeux et beau, alors que ça lui donnait plus un air puéril qu'autre chose.

Et puis… dans le fond, il avait pris goût à son partenaire habituel, à cet homme un peu maladroit mais qui engendrait son désir chaque soir. C'était son corps qu'il avait envie de toucher, sa bouche qu'il avait envie d'embrasser. Ce type qui se déhanchait près de lui n'était qu'une potiche. Une pâle copie de l'autre, une pâle copie d'homme.

Finalement, Draco quitta la piste. Il but un peu. Quand il eut marre de ce gamin qui le collait, espérant attiser son désir par des caresses sans équivoques, il quitta le bar, puis la boîte de nuit, et il rentra chez lui.

OoO

La dernière fois qu'il avait vu son père, c'était lors de son procès. Il se souviendrait toujours de son visage émacié, des cernes qui soulignaient ses yeux et de ses mains pâles, nerveuses et crispées sur les accoudoirs de son siège. Quand il avait appris qu'il passerait le restant de ses jours à Azkaban, Draco n'aurait su dire s'il avait ressentit de la résignation ou de l'angoisse. Résignation, car il était condamné pour ses crimes à une lourde peine qu'il purgerait à vie. Angoisse, car rien ni personne ne mettrait fin à ses jours, et les années passeraient, comme un fleuve coulant dans son lit, sans que rien ne puisse les interrompre, dans l'horreur que représentait la prison sorcière.

Draco avait assisté à la condamnation. Il pensait éprouver de la colère, de la peine, ou quelque chose s'apparentant à ces deux sentiments. Mais la seule chose qu'il avait ressentie était une sorte de soulagement. Il était comme libéré d'un poids.

Les premières années de sa vie, Lucius Malfoy se résuma à une ombre qui traversait un couloir, des bottes qui claquaient dans l'escalier, une voix qui appelait les elfes dans le hall d'entrée. Ce n'était que vers les sept ans de Draco que son père s'intéressa vraiment à son fils unique.

C'était un homme sévère, sec et peu tendre qui avait éduqué son fils avec fermeté, le frappant avec sa canne parfois quand il était désobéissant, ou l'enfermant dans un espace réduit quand il n'était pas sage. Il l'éduqua lui-même, avec l'aide de quelques professeurs, lui apprenant les bonnes manières et lui inculquant l'éducation propre aux Malfoy. Au début, Draco ressentit une profonde admiration pour cet homme, mais plus les années passèrent, et moins il éprouva de respect pour ce mangemort qui s'agenouillait volontiers devant un monstre, dans l'espoir de regagner sa confiance. Un mangemort qui n'hésita pas à impliquer son fils unique dans l'affaire.

Depuis qu'il était très jeune, Draco subit donc la présence de son père, un peu comme si les yeux glacials de son géniteur le suivaient de partout. C'était comme un poids qu'il avait sur les épaules : il avait un modèle qu'il devait respecter et contenter. La déception était mêlée à la colère et à l'ennui. Aux coups de bâton et aux endroits exigus.

Le voir disparaître ne pouvait que lui être bénéfique. Il se sentit plus libre, et cela lui permit de fouiller de fond en comble le Manoir, afin d'en déceler tous les secrets. Cela lui prit presque quatre ans, mais il finit par trouver tout ce qu'il y avait de louche dans cette maison de fous. Il apprit notamment que son arrière-grand-père s'était enfui de chez lui avec un homme dix fois trop jeune pour lui, à qui il donna toute la fortune qu'il possédait. Du moins, ce qu'il avait pu récupérer avant de s'enfuir, loin des foudres de sa femme. C'était pour cela que Lucius avait été aussi dur avec son fils, aussi dur que son père le fut avec lui : ils ne voulaient plus d'hommes indignes dans leur famille. Il avait compris aussi ce jour-là pourquoi son arrière-grand-mère était une femme aussi aigrie.

Quelle ironie. Lui-même à présent était un homosexuel, préférant les hommes aux femmes, d'un point de vue aussi bien sexuel que relationnel. Sauf qu'il était pire que son arrière-grand-père, car lui ne prévoyait pas de laisser un héritier de sang derrière lui. Ou peut-être. Un jour. Qui sait…

En tout cas, le fait était qu'il était à présent libre de faire ce qu'il voulait. S'il avait été là, son père l'aurait maudit, chassé de sa maison, brûlé tous les portraits de lui et se serait sûrement enterré dans une vie loin de la ville, dans la campagne perdue, là où personne ne pourrait jamais se moquer de lui et de ce fils déviant qu'il avait pourtant élevé avec soin.

Il aurait été écœuré, dégouté, horrifié par le comportement de son fils. Et ses sentiments. Son attirance pour le Survivant, celui qui les avait tous menés à leur perte…

OoO

Son grimoire progressait. Il en avait déjà rédigé la moitié, avec soin. Son écriture petite, simple et appliquée détaillait chaque potion, ses effets et ses dangers, et coulait sur de nombreuses pages qui expliquaient divers points, soulignait certaines interrogations et répondait à d'autres. Çà et là, des schémas illustraient les paragraphes, des dessins aussi, représentant les hybrides ou autres. Il avait toujours été doué en dessin et il savait que nombre de sorcier aimait ce genre d'illustrations : cela donnait un caractère moins formel aux écrits.

Il lui faudrait encore plusieurs mois pour le terminer. Draco était un homme méticuleux et patient, il ne voulait pas bâcler son travail, surtout qu'il était attendu de pied ferme par les plus grands experts ou ceux comme Weasley qui voulaient s'appuyer sur ses écrits pour défendre leurs idées. Qui, il l'espérait, ne seraient jamais approuvés par la communauté. Quand on voyait comment les enfants de moldus étaient regardés par leurs camarades sorciers, Draco ne voulait même pas imaginer comment les hybrides, plus complexes que les loups-garous, seraient perçus.

Dans la salle à côté, ses deux apprentis travaillaient sur leurs devoirs. La nuit était tombée et ils lui avaient demandé s'il était possible de travailler sur une longue rédaction qu'ils avaient à faire, au lieu de passer deux heures à touiller des potions dans des chaudrons. Draco avait hoché la tête : ils étaient en avance côté pratique, il pouvait bien les laisser travailler autre chose que les breuvages. Et puis, avant de pouvoir fabriquer des potions, il fallait avoir pas mal de connaissances.

Ainsi, le laboratoire étaient silencieux, mangé de minute en minute par l'obscurité de la nuit. Les aiguilles tournaient autour du cadran de façon régulière et impitoyable. Bientôt, la fatigue de Draco fut bien trop grande et il dut s'arrêter d'écrire, au risque de faire des fautes et de devoir recommencer ses pages, ce qu'il se refusait. Il travaillait déjà bien assez.

Il posa sa plume usée et se laissa aller en arrière. Il ferma ses yeux fatigués quelques instants avant de les rouvrir et se lever. Il était temps de quitter le laboratoire. Il sortit donc de son bureau et arriva dans le laboratoire où les deux apprentis travaillaient, un paquet de gâteaux entre eux.

« Paxton, Andros. La journée est finie. »

Ils hochèrent la tête et rangèrent le laboratoire alors que Draco fermait son bureau. Quand il se retourna, Andromaque leur faisait un signe tout en leur souhaitant une bonne soirée. Il lui rendit son geste et sortit avec Paxton du laboratoire. Tandis qu'il le fermait, le jeune homme regardait sa montre et fronçait les sourcils, l'air soucieux.

« Mince j'ai pas vu l'heure, je vais être en retard…

- Tu travailles encore ce soir ?

- Oui Monsieur. Ma sœur va bientôt accoucher vous savez et…

- Dans combien de temps ?

- Deux mois, je pense. Peut-être moins. »

Draco fouilla dans sa sacoche et en sortit son porte-monnaie. Il sortit dix galions de sa bourse et les tendit à Paxton qui sursauta en comprenant le geste de son supérieur. Il secoua énergiquement la tête, reculant d'un pas.

« Paxton, prends ces pièces et va te coucher. Tu as une mine affreuse. »

Draco prit la main de son apprenti et mit de force les pièces dans sa main. Il vit ses yeux bleus se remplir de larmes quand le métal doré toucha la paume de sa main. Draco détourna alors la tête et lui tapota l'épaule, avant de commencer à marcher afin de rentrer chez lui. Paxton le suivit, ému comme il l'était rarement. Ils se quittèrent aux cheminées, chacun rentrant chez soi.

Draco ne lui avait pas donné l'argent par bonté d'âme ou parce qu'il lui faisait pitié. Il se refusait à trouver une explication logique à son geste. Il lui avait donné ces pièces, point à la ligne. Juste pour qu'il se repose un peu, qu'il arrête de trimer comme un fou à cause d'une erreur de sa sœur, qui avait cru au grand amour au lieu de craindre le beau méchant loup.

Draco ne tarda pas à arriver chez lui. À peine eut-il mis les pieds dans son appartement qu'il fonça prendre une douche, afin de se laver de cette journée harassante à surveiller des chaudrons et écrire des pages et des pages de parchemin. Puis, il entra dans sa chambre et se changea, enfilant des vêtements d'un rouge éclatant, qui lui donnaient un aspect un peu plus jovial, s'accordant avec la couleur claire de sa peau et ses cheveux blonds.

Ce soir, c'était soirée « rouge ». Allez savoir pourquoi. C'était la patronne qui choisissait les thèmes des soirées à la guise de ses envies. Le pire était lors des fêtes particulières, comme Noël ou la St Valentin. A ces occasions, il n'était pas rare de voir des pères noël horriblement sexy se balader dans la foule, ou d'autres à moitié nu avec des ailes de Cupidon dans le dos se trémousser pour attiser le désir des autres clients. Et, ce soir, c'était soirée « rouge ».

Alors Draco sortit de son appartement, affublé de ces vêtements trop voyants à son goût, et transplana dans la rue menant à la boîte de nuit. Il s'arrêta quelques minutes devant l'édifice, en se demandant si Potter avait passé les portes noires et abîmées, s'il avait regardé le néon bancale dont la lumière tressautait par moment, s'il avait montré sa carte de membre avant de descendre en bas pour l'attendre.

Il entra rapidement dans l'établissement et montra sa carte de membre. Le vigile le laissa passer les portes menant à l'escalier en colimaçon. A mesure qu'il descendait les marches, la musique se faisait plus forte. Il ne la trouva pas violente ni agressive, comparée à certains jours. Peut-être était-ce le thème de la soirée qui faisait cela. Allez savoir.

Quand il entra, ses yeux furent presque blessés par la prédominance rouge de la salle, toute cette couleur chaude et lourde qui gêna son regard. Il y avait du blanc, aussi, mais il y avait tellement de rouge sur les murs, et même parfois sur le sol, de grands motifs écarlates étant posés par terre, écrasés par les clients qui entraient avec empressement, apparemment peu gêné par ce changement d'atmosphère.

En fait, Draco s'intéressa peu au décor. Il était en manque, en manque de brun aux yeux verts, de déhanché sensuel et de baisers voraces. Il était en manque de ça, de cette complicité entre eux, qui n'existait qu'entre ses murs. Alors il le chercha, ses yeux parcourant les clients agglutinées près du bar, certains rigolant comme des chiennes en chaleur tandis que d'autres exhibaient leurs muscles surdéveloppés. Draco plissait les yeux, cette marée rouge qui bougeait dans tous les sens l'exaspérait au plus haut point. Mais il les écarquilla quand il vit une masse de cheveux bruns près du bar, encadrant un visage plus que familier.

Draco s'arrêta net. L'homme brun était assis sur son siège, comme toujours, mais cette fois-ci, il discutait joyeusement avec deux hommes tout de rouge vêtu. Le sourire aux lèvres, il semblait prêt à se laisser charmer par ces deux apollons sortis d'il ne savait où, qui l'encadraient, comme pour être certains qu'il ne s'enfuirait pas.

Subitement, il vit rouge. Ce qu'on appelait généralement de la jalousie à l'état pur monta en lui et brouilla son visage. Les dents serrées, il s'avança à grandes enjambées vers le trio, la tête embrouillée par la musique trop forte. Il se posta juste à côté du brun posa sa main sur son épaule et jeta un regard noir aux deux prétendants qui reculèrent d'un pas devant l'agressivité du blond.

« Dégagez.

- Hey, il est pas à toi, à ce que je sache !

- Il…

- Ils ont raison. »

Draco stoppa net et baissa les yeux vers le brun. il ne souriait pas. Il était… indifférent. Neutre. Serein. Il jeta un regard à la main posée sur son épaule, puis leva les yeux vers Draco.

« Je ne suis pas à toi. Va te trouver quelqu'un d'autre, c'est pas difficile pour toi. »

Puis il fit un mouvement d'épaule, se dégageant de la main du blond. Il se leva, fit signe à l'un des hommes. Et il partit. Avec lui.

OoO

Une semaine passa. Puis deux. Deux semaines horribles que Draco vécut comme dans un demi-sommeil. Entre ses journées au laboratoire et ses nuits à la boîte de nuit.

Oh, il n'y allait pas tous les soirs, et il avait ses week-ends de repos. Mais les jours où il allait travailler, il devait supporter l'humeur de ses collègues, celle de son supérieur qui pestait encore contre le Dr Weasley et ces potions débiles qu'on demandait aux apprentis de fabriquer alors que leur usage était assez limité. Et les quelques nuits où il était allé s'amuser, il s'était ennuyé comme un rat mort, dansant avec un homme pris au hasard, les yeux rivés sur Potter qui demeurait trop loin de lui…

Potter et ses vêtements si près du corps… Potter et ses mains qui allaient sur lui… Potter et son sourire, son regard vert émeraude…

Un appel à la luxure… trop loin de lui, trop loin de ses propres mains…

C'était hallucinant. Draco avait envie de Potter, il avait envie de traverser la foule, jouant des coudes, pour l'atteindre et le prendre dans ses bras, entamer une danse sensuelle avec lui et l'embrasser, posséder sa bouche comme il ne l'avait jamais fait. Cette distance entre eux lui pesait.

En fait, Harry Potter lui manquait. Leur complicité, son corps contre le sien, son bras autour de sa taille… Tout cela lui manquait. Parce qu'il n'avait jamais connu ça avec qui que ce soit, il n'avait jamais été aussi proche d'un homme auparavant. Ni même aussi éloigné. Car, objectivement, rien ne les liait, tous les deux. On ne pouvait pas dire que leurs conversations hors de la boîte soient un signe d'amitié, ils se voyaient uniquement dans le cadre du travail. Si Potter n'avait pas eu besoin de lui… ils n'auraient jamais parlé.

Et pourtant, même s'il n'y avait rien entre eux, à part quelques nuits où ils se défoulaient sur le rythme de la musique, Draco ressentait un manque. Un manque horrible qui rendait ses jours épuisants, car il ne cessait de penser à Potter. Alors qu'il aurait dû le détester de le rendre ainsi dépendant de lui, d'en faire une chiffe molle incapable de s'envoyer en l'air avec le premier mec venu, comme il en était capable autrefois.

Envie de ce contact. De cette tranquillité. Complicité. Désir. Envie. Rien de compliqué. Juste… un peu de douceur. Tendresse. Quelque chose… d'un peu stable.

Draco se fichait pas mal d'être réduit ainsi à regarder de loin cet homme, ce fantasme. Mais ce qu'il avait du mal à supporter, c'était leurs rencontres. C'était ça le pire : ils se rencontraient. Pour déjeuner. Pour l'affaire en cours, pour que Draco éclaire la lanterne de l'auror qui prenait des notes comme un élève assidu. Ils se parlaient normalement. Comme si la nuit n'existait pas. C'était ainsi depuis le début, de toute façon, et là étaient les règles de l'établissement : la nuit, tout était permis.

Sauf que Draco avait du mal, à présent, à rester indifférent. Il avait envie de lui parler, de lui demander des explications pour ce rejet subite. Pourquoi l'avait-repoussé ? Pourquoi l'avait-il méprisé de la sorte, alors qu'il l'avait aidé, il avait été là pour lui quand il venait tout juste d'arriver, seul et pommé dans un coin. Il avait été si proche de lui, il l'avait protégé… mais tout cela était à sens unique.

Draco en avait conscience : il était en train de se faire prendre dans le plus vieux piège du monde, et dans le piège de cette boîte de nuit. Il était en train de se faire avoir, de se prendre le pied dans un trou, comme nombre de détraqués qui venaient oublier leurs peines ici, et qui en rencontraient d'autres : il s'attachait à Harry. Il croyait que quelque chose les liait. Alors que rien ne les rapprochait, rien ne signifiait que quelque chose pourrait être possible entre eux, ni leurs danses, ni leurs étreintes, ni leurs baisers.

Il était en train de se faire couillonner. Et il n'avait même pas l'envie de s'en tirer…

Il voulait plutôt comprendre. Chercher à savoir. Et ne pas rester dans l'indifférence de cet homme, dont il ne cessait de chercher le regard, le cœur broyé alors qu'il voyait son corps se faire tripoter par d'autres que lui…

OoO

Un quart d'heure qu'il était là. Un quart d'heure qu'il était là à regarder la foule se déhancher sur la piste de danse. A chercher un certain jeune homme brun des yeux et à repousser les avances de quelques clients un peu trop empressés.

Il était pathétique. Draco Malfoy était pathétique. Si un jour on lui avait dit qu'il se retrouverait là à regarder de loin un homme qu'il était censé détester, danser avec envie, jamais il ne l'aurait cru. Tout simplement parce que c'était impossible : jamais il n'aurait dû porter d'attention particulière à ce type. Et pourtant, le mal était fait : il était devenu dépendant de cet homme et de sa présence, pourtant assez silencieuse, sans qu'il ne puisse réellement se l'expliquer.

Cela en devenait même énervant. Ce jour-là, fatigué, il s'était disputé avec l'un de ses collègues qui ne cessait de se plaindre de sa petite amie un peu trop séductrice. La querelle s'était terminée sur le fait que le médicomage était cocu et que le blond était mal baisé. A cette idée, toute fatigue s'était envolée de Draco et il avait décidé de prouver le contraire, et non pas en cassant le nez de quelqu'un, comme il l'avait fait précédemment. Il voulait se trouver un mec, danser avec lui, s'enivrer puis passer à l'hôtel afin de se prouver qu'il était encore capable de s'envoyer en l'air avec un homme inconnu. Mine de rien, cela faisait bien… plus d'un mois qu'il n'avait pas eu de relations sexuelles… presque deux.

Quand il y pensait… et en même temps, quelqu'un d'autre avait su contenter son corps sans que cela soit par des relations sexuelles. Et c'était cela qui attirait Draco, qui le forçait à rester assis comme un idiot sur sa chaise au lieu d'aller danser avec les autres, au lieu de répondre à des avances qui passaient par là, saisir une occasion de prendre du bon temps et oublier cet homme qui lui faisait tourner la tête.

Pourtant, ses pensées demeuraient fixées sur lui, parce qu'il voulait savoir pourquoi il l'ignorait de cette façon. Depuis deux semaines, Draco n'avait jamais osé lui reparler, ni même l'approcher, l'effleurer. S'il était franc avec lui-même, il avouerait qu'il avait été blessé par son comportement, qui lui rappelait sensiblement la même scène d'il y avait quelques années, quand ils avaient onze ans. Mais l'homme blond était trop orgueilleux pour avouer que le rejet du brun le blessait.

Il avait envie de l'appeler. De crier son prénom, d'attirer son regard, et de retrouver son corps entre ses bras. Mais il n'osait pas. Il ne voulait pas se faire rejeter à nouveau, sentir son cœur se serrer douloureusement dans sa poitrine. Ce n'était pas son genre de ressentir de tels sentiments. Mais là… c'était différent…

« Alors jeune homme, on ne danse pas ? »

Draco haussa un sourcil et se retourna vers le bar. Mme Nightingale souriait de toutes ses dents, les coudes posés sur la surface du bar. Elle le regardait avec un drôle de regard, semblant clairement amusée.

« Bonsoir, Madame. C'est rare de vous voir ici.

- Je sais, mais j'avais envie de voir un peu à quoi ressemblait ma salle de danse. Un vrai dépotoir.

- Une dispute ?

- Deux types se battaient comme des chiffonniers dans un coin parce qu'ils voulaient le même homme. J'ai failli leur dire que, s'ils avaient envie, c'était possible de se le faire à deux. Mais bon, leur vie sexuelle ne me regarde pas.

- Vous avez tout à fait raison.

- Va le voir. »

Elle le regardait de ses yeux sombres, perçants. Draco sentit le léger sourire qui ornait ses lèvres disparaître. Il se sentait un peu comme un enfant, les jambes pliées et les pieds croisés, se balançant dans le vide. Partagé entre deux idées. Deux envies. Rester là ou aller le voir.

« Si c'est pas ce soir, ce ne sera jamais.

- Comment vous faites pour savoir ce genre de choses ? »

La patronne eut un léger sourire. Puis, elle lui fit un signe du menton, le poussant à aller là-bas. Sur la piste. Alors Draco se leva et entra dans la foule compacte, cherchant le brun des yeux.

Un long moment, il joua des coudes, repoussa des avances, des mains baladeuses, alors que ses yeux cherchaient frénétiquement une masse de cheveux noirs et des yeux verts. Et il finit par le trouver, dans les bras d'un homme. Un homme somme tout assez banal, qui effleurait son corps de façon terriblement sensuelle. Draco se rapprocha d'eux, les yeux rivés sur le dos du brun.

D'un coup, il posa les mains sur les hanches de l'homme qui sursauta. Se collant à lui, Draco l'attira dans une danse sensuelle, en totale opposition avec le rythme de la musique. Leurs regards se croisèrent et Draco s'attendit à le sentir le repousser, s'écarter de ses bras, ou faire une grimace exaspérée. Mais au contraire, le brun se laissa faire. Même quand son partenaire se mit à pester, gueulant à Draco qu'il n'avait pas le droit de lui prendre son mec.

A ces mots, le blonds détourna les yeux du visage du brun et jeta un regard noir au crétin qui avait osé lui adresser la parole de cette façon. Par pure provocation, ravi de voir ce type reculer devant la force de son regard, Draco posa ses lèvres dans le cou du brun, goutant sa peau légèrement salée par la transpiration, due à la chaleur de la pièce et aux mouvements qu'il avait faits. A nouveau, l'autre se laissa faire, coordonnant ses mouvements avec ceux du blond. Rien ne semblait pouvoir les décoller, et à présent que Draco le tenait au creux de ses bras, il ne le lâcherait plus.

Ensuite, tout sembla disparaître. La foule, l'homme, la piste sous leurs pieds. Il ne restait plus que la musique, et eux deux. Draco retourna le brun qui se laissa faire, et il entama une danse des plus sensuelles, l'attirant à lui comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Ses mains parcouraient son corps, tandis que son cœur battait la chamade. Il n'avait pas encore vraiment réalisé qu'il l'avait contre lui, que ses mains touchaient ses fesses, remontaient sur ses hanches et ses épaules, puis effleuraient son torse. Pas encore réalisé que leurs lèvres étaient si proches, que l'autre cherchait son contact, après l'avoir tant évité pendant deux longues semaines.

Alors Draco réalisa pleinement la situation quand les lèvres de son partenaire touchèrent les siennes, fusionnèrent avec les siennes… ce ne fut que quand leurs langues se touchèrent, que ses mains parcoururent sa nuque et ses cheveux blonds, qu'il réalisa qu'il l'avait récupéré.

Alors il s'arrêta de danser. Et le serra fort dans ses bras, lui offrant le baiser le plus passionné qu'il lui ait été donné d'accorder.

OoO

Les mains dans les poches de sa blouse blanche, Draco Malfoy entra dans la salle de repos. Il avait envie d'un café et il n'avait pas d'apprentis à envoyer lui en chercher un, vu qu'ils étaient en cours. Il fut à peine surpris quand il entendit deux harpies s'user les cordes vocales pour une raison qu'il ignorait, et qui l'indifférait.

Draco s'assit autour d'une table et se servit une tasse de café. Aussitôt, certains de ses collègues l'abordèrent, prenant de ses nouvelles et de l'avancée de ses recherches. Il faillit changer de table quand il vit les boulets qui se trouvaient à sa table, mais il changea rapidement d'avis quand il aperçut l'acide Théodore Nott pénétrer dans la pièce silencieusement, comme un serpent, serpentant entre les autres médicomages sans se faire remarquer. Draco le suivit du regard et attendit que son ancien camarade de classe s'assoie à côté de lui et se serve une tasse de café.

« Bonjour, Théodore. Alors, on a enfin décidé de sortir de son laboratoire ?

- Honnêtement, quand je vois les timbrés qu'ils m'ont collé, ça me donne pas envie de rester dans mon laboratoire.

- Tu n'as pas réussi à les faire déguerpir ?

- J'y suis presque. Le mec est au bord de la dépression nerveuse et la fille est devenue anorexique. Je ne leur donne pas deux jours pour déguerpir.

- Tu es atroce… »

Draco esquissa un léger sourire narquois alors que Nott buvait une gorgée de café. C'était un homme fin, brun, assez sombre de nature et taciturne, avec un humour cynique, voire même acide par moment. Un être peu sympathique, en somme, qui semblait incapable de nouer la moindre relation amicale avec qui que ce soit. Et pourtant, il avait su s'imposer dans le milieu et s'entendre avec les meilleurs chercheurs, pour la bonne et simple raison qu'il était brillant.

Théodore Nott, fils de mangemort, était quelqu'un de réaliste : il assumait ses origines, le passé de son géniteur, et toute cette sombre histoire ne semblait pas le gêner le moins du monde. Il agissait comme n'importe qui, crachait sur ceux qui lui manquaient de respect, ne craignant personne, pas même ceux qui auraient voulu lui refaire le portait. Ce n'était pas le genre de personne qui se laissait faire, et pour son intelligence, peu de personnes venaient lui chercher des noises.

Il avait intégré le département de recherche en même temps que Draco. Il avait l'esprit vif et travaillait beaucoup sur la magie noire. Actuellement, il tentait de déchiffrer un vieux livre trouvé dans la bibliothèque personnelle de Grindelwald, qui décrivait de façon enfantine des rituels extrêmement compliqués dont il était difficile d'en définir la portée. C'était un travail différent de celui de Draco et ce dernier ne pouvait qu'admirer la patience de cet homme.

« J'en veux pas de ces apprentis. Ils sont solides, mais je le suis plus encore.

- Avant que tu n'ais ces deux là, tu as presque poussé un de tes apprentis au suicide…

- Sans vouloir te vexer, Draco, le père de ce type était aussi riche que toi et ce n'est pas pour ses facultés mentales qu'il était là. Tu sais qu'il m'a même fait des avances ? On n'est pas là pour rigoler, on fait des recherches, ici. Alors la drague, le fric et la sieste, on met tout ça de côté et on bosse. On est pas payé pour glander. »

Théodore Nott était doté d'une capacité qui était à la fois une qualité et un défaut : il était travailleur. D'un côté, ça ne pouvait qu'être bénéfique au vue de son métier et de sa qualité de chercheur : rien ne pouvait le démonter. Cependant, il exécrait les gens qui ne travaillaient pas, et dont les apprentis que ses supérieurs lui donnaient de force et qu'il était obligé d'accepter, toujours des enfants bien nés dont les parents savaient secouer la bourse pour les faire passer plus facilement à l'étape supérieure. Sauf que Nott était loin d'être un saint, il avait tendance même à se montrer difficile, méchant et exaspérant auprès de ses apprentis, car la plupart qui lui était attribué étaient des gamins imbus d'eux-mêmes. Il ne voulait pas d'apprentis, il se contentait donc de renvoyer ceux qui ne lui plaisaient pas, à savoir tous, sans chercher à en trouver de meilleurs par lui-même.

« Qu'est-ce que tu voudrais comme apprentis ? Des enfants modèles ? Des rebelles ?

- Des gamins comme les tiens, qui ne sont pas prises de tête et qui apprennent. Je ne suis pas là pour jouer à la nounou moi. Bon sinon et ton grimoire ? Il avance ou pas ?

- J'en ai presque écrit la moitié.

- T'es un rapide, toi.

- Et ton livre ? Des progrès ?

- Plutôt, oui. Je suis sur un passage sur le sacrifice humain particulièrement fascinant qui traite des diverses propriétés d'un cœur arraché une nuit de pleine lune dans les marais de Cornouailles.

- Charmant.

- Je ne te le fais pas dire. Y'a des moments où je déteste mon métier.

- Vous parlez de quoi ?

- Des dix meilleurs façons de dépiauter un cadavre de dragon pour que toutes les parties de son corps soient utilisables en potion et sorcellerie. Tu veux participer ? »

La sorcière qui venait d'intervenir rentra sa tête dans ses épaules comme une tortue, écarlate, et riva son regard sur sa tasse de café. Théodore lui jeta un dernier regard sombre avant de reporter son attention sur Draco qui retenait un sourire.

« Sinon, j'ai entendu dire que Weasley s'est fait rembarrer par Pathos ? Quelle garce celle-là… Elle se croit vraiment tout permis.

- Meilleure amie du Survivant. Que veux-tu ? Les héros, ça se croit tout permis.

- Pas faux… mais Potter est pas un vantard. »

Draco haussa un sourcil, étonné. Théodore but une nouvelle gorgée de café et lui dit qu'il connaissait mal Potter, il le voyait peu, mais il lui avait révélé deux, trois choses sur la magie noire, pour une enquête, et Potter ne lui avait pas fait mauvaise impression. Il avait été professionnel jusqu'au bout et il ne semblait pas être du genre à jouer de sa notoriété. Sauf pour le bien de ses enquêtes, ce qui ne pouvait, en l'occurrence, être défavorable pour personne.

« Quand tu vois Weasley et son mari… Franchement, c'est à se poser des questions. Depuis qu'il a été recruté par les Canons de Chudley, la belette se prend pour le roi du monde. Affligeant. Tu sais combien ils sont classés cette année ?

- Dernier ?

- Avant dernier. Grâce à Weasley, ils ont gagné une place. Quelle progression. »

Draco pouffa, bien malgré lui. Mais il était vrai que les amis du héro avait pris la grosse tête depuis la fin de la guerre, ce qui n'était guère étonnant, mais terriblement affligeant, comme le disait si bien Nott. Tout en l'écoutant parler, sa langue de vipère claquant dans sa bouche, Draco se dit que c'était toute même rafraichissant de l'avoir près de lui dans le département de recherche…

OoO

Draco se regarda dans la glace. Il s'était à nouveau habillé tout en blanc.

Pantalon blanc. Débardeur blanc. Gants blancs. De quoi cacher sa marque et le reste de son corps maigre et peu attrayant, sauf dans la pénombre de la nuit, où la lune changeait les contours de son corps pour les rendre plus harmonieux et désirables.

Draco poussa un soupir à fendre l'âme. Il n'avait pas envie d'y aller, et en même temps, il avait faim de Potter. De sa bouche et de son corps dans ses bras. Il l'avait vu deux jours auparavant, après leur dernière soirée ensemble, et le brun avait émis quelques réserves. Pourtant, cette nuit où Draco était venu le chercher dans la foule de danseurs avait été comme la première, mais en mieux : ils avaient passé la soirée ensemble, sans échanger un mot, mais Draco avait pu l'embrasser, et l'autre s'était laissé faire.

Mais quelques jours plus tard, c'était différent, et le médicomage se doutait que, ce soir encore, ce serait différent. Il ne savait toujours pas pourquoi Potter l'avait repoussé puis ignoré, de façon aussi soudaine, et il sentait que le Survivant était quelque peu méfiant. Draco se demandait bien pourquoi il était ainsi, sans oser le lui demander. Pourtant, il avait pris sa décision : ce soir, il lui poserait la question.

Alors, une fois qu'il eut mis ses chaussures, Draco sortit de chez lui, verrouilla la porte, puis transplana jusqu'à la boîte de nuit. Il en passa les portes, montra sa carte au vigile, puis descendit dans la boîte. La musique lui parut plus douce qu'à l'accoutumée, mais il n'y fit guère attention, trop fixé sur un certain brun qu'il cherchait des yeux.

Un brun qu'il ne trouva pas. Il eut beau parcourir le bar des yeux, il ne le trouva pas. Le blond se demanda alors s'il n'était pas allé danser avec un autre et cette idée le fit froncer les sourcils. Et il ressentit un pincement au cœur, dont il ne parvint pas à déterminer l'origine. Peut-être la jalousie. Peut-être.

Alors Draco s'assit sur une chaise et commanda un verre, puis il attendit ce qui lui sembla être une éternité. Il regardait les gens danser, il regardait les prétendants s'aligner, il regardait son verre se vider. Draco ne voulait pas s'amuser. Ni se détendre. Ni oublier à quel point il était ridicule d'attendre ainsi qu'un homme pointe le bout de son nez.

Parce qu'il avait réfléchi. Longtemps. Et il avait compris que, une fois encore, ce qui le liait avec cet homme n'était pas quelque chose de normal et qui pouvait être expliqué. Comment pouvait-on devenir dépendant d'un homme qui ne vous adressait pas la parole, hormis dans un cadre professionnel ? Enfin, le mot était un peu fort, mais le sens était là : c'était avec lui qu'il voulait passer du temps, seulement quelques heures, car c'était avec lui qu'il parvenait à oublier vraiment qui il était. Oublier sa vie.

Oublier qu'il n'était qu'un fils de mangemort. Qu'une marque salissait sa peau. Et que rien ni personne ne pourrait jamais retirer cette souillure de son corps…

« Bonsoir. »

Draco leva lentement les yeux et ils rencontrèrent deux orbes émeraude qui le regardaient d'un air amusé. Il était en retard. Mais il était venu…

OoO

Les nuits se succédèrent, les unes après les autres. Draco ne vit pas le temps filer, et pourtant, deux semaines s'écoulèrent sans qu'il ne s'en rende vraiment compte. Le mois de mai se terminait, il faisait bon dans Londres, et aussi dans le cœur du médicomage.

Ses journées se passaient à St-Mangouste, où il poursuivait l'écriture de son grimoire, tandis que ses apprentis travaillaient à leurs devoirs ou à fabriquer des potions de plus en plus complexes, avec plus ou moins de succès. La sœur de Paxton était prête à accoucher, ce qui l'inquiétait grandement, et la mère d'Andromaque allait mieux, bien qu'étant toujours malade. Quant à Draco, il n'entendit quasiment plus parler d'Hermione Weasley, qui renonça à son projet, concernant l'enfant hybride. Enfin, le charmant William Pathos organisa une réception en l'honneur d'un brillant chercheur qui venait de terminer son grimoire sur les effets des différents venins de serpents dans les potions, de la simple couleuvre à collier au basilic.

Ses nuits se déroulaient soit dans sa chambre, où il prenait du repos, soit dans la boîte de nuit gay et sorcière la plus célèbre d'Angleterre : Allez en Enfer. Et, la plupart de ces soirées, il les passait avec Harry Potter. Le Survivant. Son pire ennemi du collège. Un homme qui avait fait une carrière d'auror, après celle de Sauveur du monde sorcier. Un homme qu'il était censé détester, haïr, mais qu'il désirait au plus haut point.

Et il y avait un « entre deux ». Entre le jour et la nuit. Cet « entre deux », c'était leurs déjeuners ensemble. Et ils en avaient eu, des déjeuners, pendant ces deux longues semaines. Parfois, c'était pour discuter de l'affaire en cours, de ces hybrides qui obsédaient tant Potter, sa seule motivation actuelle étant de faire cesser ce trafic d'être mi-homme, mi-bête. Mais souvent, il n'y avait rien d'officiel à leurs rencontres. Comme ce déjeuner qu'ils partageaient, en ce moment-même, dans un restaurant moldu de Londres.

L'avantage de manger dans ce genre d'établissement était que personne ne les connaissait, et l'époque où les moindres faits et gestes de Potter étaient pris en photo avait disparu. Il était moins suivi, pour la bonne et simple raison que son existence n'avait rien de passionnant : fiancé à la petite sœur de son meilleur ami. De plus, il était auror. Ce simple mot exigeait un minimum de discrétion, en particulier de la part des médias. Et puis, même s'ils étaient repérés, les affaires en cours de Potter seraient une excellente excuse. Et puis… ce n'était pas comme si Draco était une femme.

Contrairement à ce qu'il aurait pu penser, Draco aimait ces repas. En plus de lui vider un peu la tête, ils lui permettaient de connaître un peu plus cet homme qui partageait nombre de ses soirées et qui envahissait toutes ses pensées.

Ils ne parlaient pas de la boîte de nuit. De leur corps à corps et de leurs baisers fougueux. Tout ça, c'était la nuit, et leur importance était quasi nulle. Sauf quand ils vivaient l'instant. Mais dans la réalité, ils n'étaient plus deux hommes emplis de fougue. Ils étaient un auror et un médicomage. Les restes de cette nuit, c'étaient leurs pensées. Et leur envie de connaître mieux l'autre. Et c'était cela qu'ils faisaient pendant leurs rencontres : se connaître. Aller plus loin qu'une main refusée et d'un baiser langoureux. Qu'une rivalité au Quidditch et que des caresses appuyées.

Draco apprit entre autre que Harry Potter aimait le Quidditch et qu'il pratiquait régulièrement ce sport avec son filleul, Teddy Lupin, âgé de sept ans. Il semblait d'ailleurs très proche de lui, il avait même la photo de l'enfant dans son portefeuille, ainsi que celle de ses parents, de Sirius, et de son autre filleul, le fils des deux Weasley. Il s'impliquait aussi dans de bonnes œuvres, notamment celles concernant des enfants malades ou orphelins, mais ça, Draco était au courant. Néanmoins, il comprit à quel point le sort des enfants touchait Harry, ayant été lui-même séparé jeune de ses parents. Et, il le lui avoua un jour, Lord Voldemort était orphelin, et il ne se remit jamais de la mort de sa mère et de l'abandon de son père, et ce manque de repères et d'affection le conduisit à créer ses propres bases et à cracher aux visages des gens aimants. C'était ce que pensait Harry, et dans le fond, il n'avait peut-être pas tord.

D'ailleurs, ils parlèrent de ça, aussi. De Voldemort. Des effets de la guerre sur celui qu'on appelait le « Sauveur », le « Survivant ». De son enfance chez des gens qui rejetaient son être en bloc, les étoiles dans ses yeux quand il découvrit Poudlard, et ce rôle qu'on lui avait collé sur le front et dont il ne pouvait pas s'échapper. Tous ces corps qui tombaient devant ses yeux… Son parrain, Sirius, qui avait représenté l'espace d'un instant un avenir lumineux, un soleil au milieu des ténèbres. Et la fin. Ce vide, à la fin de tout ça. Ce vide, car Dumbledore n'était plus, Harry n'avait plus aucune famille, plus personne pour le guider. Il se retrouvait héro, riche, et sans famille. Juste des amis. Qui changèrent. Une petite amie. Qui l'oublia. Des gens qui cessèrent de le regarder vraiment.

Ce que Draco découvrit aussi, chez lui, c'était cette indifférence, cette lassitude qui teintait ses propos. Comme si tout cela était normal et que rien ni personne ne pourrait jamais changer tout cela. Et c'était peut-être pour cela qu'il s'était rendu dans cette boîte de nuit : oublier à quel point sa vie était insipide, tout son être étant en manque de repère, d'amour, de soutien. Les seuls moments où ils vivaient, c'était quand il était avec des enfants.

Et Ginny ne voulait pas d'enfants. Pas maintenant. Plus tard.

Ainsi, Draco découvrit un homme fatigué par la vie qui avançait parce que c'était comme ça et pas autrement. Il avait la santé et un entourage fidèle, il n'avait pas à se plaindre. Il avait tant de choses que les autres enviaient… des choses qu'il pourrait donner en échange de ce qu'il voulait vraiment. Mais ce n'était pas l'argent ni la notoriété qui pourrait combler le vide qui demeurait en lui.

Cette vision du Survivant plut à Draco. Pour être honnête, il fut séduit. Il avait l'impression de ne pas être le seul à ressentir ce besoin de se changer les idées pour ne pas sombrer. Certes, ils n'avaient pas le même passé, tous les deux, ni vécu les mêmes choses. Draco avait eu des parents. Et quels parents… Harry avait eu un destin. Et quel destin…

Draco aussi se révéla. En douceur. Il lui parla de lui-même, de ses envies, de ses rêves. Il lui parla d'enfants. Quelque chose qu'il avait toujours gardé pour lui. Et quand le blond vit des étoiles briller dans les yeux verts de son vis-à-vis, il poursuivit, lui avouant son désir caché d'élever un enfant et de lui apporter tout ce qu'il n'avait jamais pu avoir. Envie de faire quelque chose de bien. D'être utile.

Et Harry l'écoutait. Il ne semblait jamais las. Il l'écoutait, avec attention. Et chaque nuit qu'ils passaient ensemble, c'était un peu comme s'il était séduit toujours un peu plus.

Toujours plus proche, plus fougueux… plus amoureux.

Peut-être Draco se faisait-il des idées. Peut-être pensait-il que ce qu'il ressentait était réciproque. Peut-être avait-il tord de se faire des idées. Sans doute, même. Mais il ne pouvait s'empêcher d'entendre l'écho de ses propres pensées dans les propos de Harry Potter, quand il lui parlait d'enfant, de la vie, de l'amour ou quand il enserrait son cou avec ses bras, embrassant sa bouche, se blottissant contre lui quand la foule était trop dense.

Alors, pendant des moments comme celui-ci, où ils partageaient un repas, Draco se surprenait à espérer. Pour aussitôt revenir sur terre. Et se faire mal.

Harry ne parlait jamais de leurs nuits, et ne faisait aucune allusion. Et Draco non plus. Car tout cela n'existait pas.

Et l'avenir… ne changerait pas.

OoO

Le bar était bondé. Draco serrait son partenaire contre lui sous l'affluence de clients qui venaient s'hydrater le gosier de façon peu élégante. Il sentit le brun sursauter et Draco baissa les yeux vers lui. Il se mordillait la lèvre, écarlate. Fronçant les sourcils, Draco regarda le brun se retourner et jeter un regard noir à un type posté derrière lui.

« Lâche-moi !

- Je ne te tiens pas, beau gosse… »

Draco comprit aussitôt et il baissa le bras pour serrer le poignet du type qui osait poser la main sur les fesses de son partenaire. L'homme poussa un gémissement de douleur et recula sous la force du regard assassin du blond. Il y avait du monde derrière lui, mais cela ne l'empêcha pas de détaler comme un lapin.

« Merci.

- Y'a pas de quoi. Mais au lieu de lui dire de te lâcher, dégage-toi carrément.

- T'es gentil toi, je ne suis pas un professionnel du regard noir. Et puis c'est gênant…

- Tu n'es pas gêné quand, moi, je te tripote.

- Mais toi, ça ne me dérange pas. »

Le brun lui coula un regard innocent et, aussitôt, Draco fondit sur ses lèvres. Son partenaire resserra son étreinte autour de sa taille, posant son verre sur le bar, et la tête contre l'épaule du blond, il se laissa embarquer dans un baiser fusionnel où Draco éveilla ses sens, titillant le palais avant de caresser sa langue, mordiller et suçoter sa lèvre inférieure avant de replonger sa langue dans la bouche chaude et accueillante du brun. Une de ses mains était perdue dans ses cheveux d'ébène et l'autre caressait son dos, descendant peu à peu vers ses hanches et ses fesses. Quand ils brisèrent le baiser, le brun reprit son souffle, tandis que l'autre embrassait son cou.

Ils auraient pu être gênés. Gênés de partager un tel échange, entourés qu'ils étaient. Ils auraient pu, si une grande partie des clients ne jouaient pas aussi à ces jeux là, certains étant près de la rupture, dans des coins sombres, demeurant difficilement dans les limites imposées par la boîte de nuit.

« Dis, tu as déjà été dans les autres salles ?

- Non. Ça ne m'intéresse pas.

- Viens, on va voir !

- Non, je… »

Mais il était trop tard : le brun venait de lui prendre son verre pour le poser sur le bar et il lui prit la main pour le tirer de la foule compacte qui attendait un verre d'alcool. Draco eut beau grogner, l'autre n'en démordait pas. Ils arrivèrent devant deux grandes portes battantes, avec un écriteau au-dessus : salle aux amoureux. Le blond plissa le nez, ce qui fit pouffer son partenaire. Puis, ils entrèrent. Cinq minutes plus tard, ils en ressortirent, l'un écœuré à vie, l'autre hilare. Draco dut attendre que le brun ait terminé de se foutre de lui, parce qu'il n'avait pas su supporter la musique trop douce des slows envahir la pièce aux tons rouges et roses, et tous ces amoureux qui se bécotaient gentiment dans les coins. C'était trop… guimauve…

« Bon, tu as fini ? »

Mais l'autre n'en finissait plus de rire. C'était sûrement la grimace de Draco et sa précipitation à vouloir sortir, retenu tant bien que mal par son partenaire, qui le faisaient autant rire. Certes, il était beau quand il riait, quand les petites fossettes apparaissaient aux coins de sa bouche et quand ses yeux brillaient de joie. Il le tira dans la troisième salle, à savoir les deux portes battantes surmontées d'un écriteau : salle spéciale. Le brun cessa de rire quand ils furent devant et Draco haussa un sourcil : la patronne n'avait pas su qualifier cette pièce-là…

Ils entrèrent, mais aussitôt, ils durent se boucher les oreilles. La pièce était immense, toute noire, avec des éclairs blancs çà et là. Toute la décoration était d'un style assez glauque, morbide. Des crânes, des chaînes, des piques… Un endroit assez étrange, qui ne plut pas du tout à Draco. Ils sortirent de la pièce où des zombis semblaient danser sur une musique destroy et sans charme. Ils ressentirent comme uns soulagement quand ils furent dehors.

« Au moins, il y en a pour tous les goûts, ici.

- Tu crois qu'ils servent du sang, au bar ?

- J'en serai pas étonné. »

Ils échangèrent un regard complice, amusé, puis Draco le traîna sur la piste. Où ils dansèrent. Jusqu'au bout de la nuit.


Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu !