Disclaimer: Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si!

Couple: Harry / Draco.

Evaluation: M.

Bonjour à tous ! Et NON, je ne suis pas morte !

Lys : XD On dirait pourtant…

Bon déjà toutes mes excuses pour celles qui lisent Papillon mais le chapitre n'est pas fini parce que je n'arrive tout simplement pas à le clôturer (vous savez, le syndrome de la page blanche…) ! J'espère que je l'aurais fini d'ici les semaines à venir, mais j'ai pas mal d'examens…

Lys : Passons maintenant à Existence :-)

Voici donc un nouveau chapitre qui, je l'espère, vous plaira…

Lys : … Posté en partie grâce à Gogobook qui a commencé gentiment à faire du harcèlement moral à Didi pour qu'elle se bouge les fesses :D

Et qui accessoirement a relu une partie du chapitre, ainsi que Jojo Aquarius ! En passant, je fais une petite pub pour le forum Harry+Draco=love (en fait c'est un cœur… mais si je fais un cœur, il apparait pas ! T.T) : http : / harryplusdraco . forumactif . net

Lys : Pensez à retirer les espaces :-)

Je suis donc inscrite sur ce forum j'ai tendance à poster des avant-premières :-) Cela dit, si c'est juste ça qui vous intéresse et si vous ne comptez pas participer à la vie du forum, évitez, quoi :p

Bonne lecture !


Chapitre 5

Le lendemain, Draco alla travailler au laboratoire. Il tenta d'éviter William Pathos, qui voulait lui imposer un troisième apprenti. En fait, les élèves de Draco faisaient de bons progrès, ce qui les amenait à faire parti des meilleurs de la sélection d'étudiants. Ainsi, Pathos cherchait à lui coller un autre apprenti, vu que cela semblait plutôt bien marcher pour les deux autres. Tous les chercheurs ne remplissaient pas leur rôle, ne considérant les étudiants qui leurs étaient attachés que comme des boulets à traîner.

Cependant, il était hors de question pour Draco que d'autres apprentis viennent polluer son air. Il savait parfaitement que ce seraient des étudiants pistonnés qui arriveraient dans son laboratoire et il devrait encore se battre pour trouver un gamin correct à prendre sous son aile. Paxton et Andromaque lui convenaient très bien, il y avait quelque chose entre eux trois, une sorte de complicité. Cela lui suffisait bien. Et puis, il n'était écrit nulle part qu'il devait avoir plus de deux apprentis, c'était un nombre minimum.

Mais il eut beau essayer de l'éviter, son supérieur parvint à le chopper lors de la pause déjeuner, mais Draco ne céda pas, prétextant son travail sur son grimoire et les examens à la fin du mois des étudiants, donc il devait veiller à ce que ses deux apprentis soient bien prêts pour ces examens. Par chance, ou malchance selon les avis, Théodore Nott se trouvait dans la pièce, donc leur supérieur cessa de malmener Draco pour aller s'attaquer à l'autre chercheur qui fit la sourde oreille : ce n'était pas sa faute s'il donnait à ses apprentis des envies de suicide, c'était eux qui n'étaient pas assez solides pour affronter les horreurs qui se trouvaient dans ce livre de magie noire.

Draco admira donc la mauvaise foi et l'argumentation en béton de Théodore Nott, sa façon qu'il avait de présenter son avis et d'embobiner son interlocuteur de la même façon. Comme disait Andromaque, il serait capable de vendre des congélateurs aux esquimaux. Puis, il retourna au laboratoire, où il travailla un peu autour de ses potions avant de se concentrer sur son grimoire pendant deux bonnes heures.

Ses apprentis ne devaient pas venir ce jour-là, Draco leur avait donné une journée de repos. C'était du moins la raison officielle, car en fait, ils faisaient un déménagement : Andromaque avait décidé de laisser tomber ce ridicule studio dans un quartier mal famé de Londres pour emménager chez Paxton, afin de partager le loyer et garder le bébé quand il ne pouvait pas le faire. Andromaque adorait les enfants et être là pour cette petite fille semblait la ravir, tout autant que Paxton qui commençait déjà à être dépassé par les évènements.

En pensant à cet enfant, Draco en vint à penser à Harry. À cette matinée qu'ils avaient passée ensemble, deux jours auparavant. Dans le fond, ils n'avaient pas fait grand-chose : ils s'étaient changés puis couchés dans le lit. L'un contre l'autre, ils s'étaient endormis, sereins, sans vraiment penser au lendemain. Jusqu'à ce que le réveil sonne, un peu plus tôt qu'à l'accoutumée, et que deux lèvres viennent embrasser la bouche de Draco avant qu'un corps chaud ne quitte le sien. Ils avaient pris leur petit-déjeuner dans la cuisine, des toasts beurrés avec une tasse de café.

L'ambiance était agréable, complice, et Draco avait presque l'impression que c'était là la place de Harry. Puis, sans pouvoir se retenir, le médicomage lui avait posé une question qu'il n'avait pu retenir, et qui lui triturait l'esprit depuis quelques temps. Depuis le début, en fait…

« Pourquoi tu es venu dans cette boite de nuit ? »

Alors, Harry l'avait regardé, sa tasse au bord des lèvres. Il lui avait répondu qu'il se cherchait. Que cette vie toute tracée qu'il menait ne lui plaisait pas, que les femmes ne lui plaisaient plus. Draco avait haussé un sourcil : avait-il connu d'autres femmes que sa fiancée ? Harry avait légèrement hoché la tête, avant de préciser sa pensée : il avait couché avec deux femmes. Dans une boite de nuit similaire à celle qu'ils fréquentaient tous deux à présent. Sauf que cela ne lui avait rien procuré, à part un plaisir éphémère, et beaucoup de remords.

Puis, il avait décidé de changer. D'aller dans cette boite de nuit, au nom provocateur, dont le néon rouge sur la façade penchait sur le côté.

Allez en Enfer.

Une insulte. Et une invitation…

« Je voulais savoir ce que ça faisait que de fréquenter un homme. Être avec une femme, c'est naturel. Ça ne changeait pas grand-chose, le rapport devenait le même. La séduction, tout ça… »

C'était simple : il s'était posté à deux endroits et deux femmes, l'une après l'autre, étaient venues le rejoindre, et la nuit était passée. Mais rien n'avait changé. Et quand il avait rencontré Draco, quand il avait dansé avec lui, quand il l'avait embrassé, quand il lui avait fait l'amour, cela était complètement différent. Le blond lui fit remarquer que, en même temps, c'était Harry qui avait fait le passif, et le brun lui répondit que, s'il avait fait le passif, c'était qu'il en avait envie. Que Draco lui avait donné envie. Qu'il avait provoqué du désir en lui. Et… d'autres choses, aussi…

Et ce fut en entendant ces paroles que Draco comprit que cette phrase que Harry avait prononcée, des jours auparavant, n'était pas du vent. L'auror argumenta, ajoutant que Draco apportait quelque chose à sa vie, qu'il avait l'impression de s'épanouir à son contact, que tout lui semblait plus facile même si sa vie devenait plus complexe. Draco l'écoutait attentivement, son cœur s'emballant alors que Harry dévoilait ses pensées, ses sentiments.

Lui montrait que… Draco lui avait donné envie d'aller plus loin. De l'embrasser. De le toucher. De l'aimer. Avec son corps. Et avec son cœur.

C'était cela que Draco comprenait dans ses mots, et pourtant, Harry ne disait rien explicitement. Tout était dans les sous-entendus et ses regards. Un peu apeuré. Comme s'il s'attendait à un rejet. Alors que Draco prenait sa main sans dire un mot. Parce qu'il n'avait rien à dire.

Parce que ce n'était pas à lui de poursuivre. C'était à Harry de choisir…

Draco poussa un soupir à fendre l'âme. Harry occupait toutes ses pensées, son grimoire qui n'en finissait pas l'épuisait. Alors, il décida de s'aérer un peu la tête et de rendre visite à l'un de ses collègues qui occupait une chambre à Ste-Mangouste, à cause d'une explosion dans son laboratoire. Draco quitta donc son laboratoire qu'il verrouilla, puis s'en alla du département de recherche, se dirigeant vers le département réservé aux soins, plus particulièrement ceux réservés aux gens blessés par les explosions de chaudrons, et Merlin savait comme ils étaient nombreux.

Tout en marchant dans les couloirs, Draco rencontra des collègues, des personnes qu'il avait connu lors de ses études, qui l'avaient encadré ou avec lesquelles il avait simplement sympathisé. Il salua donc des médicomages, prit des nouvelles. Enfin, pour être franc, la vie de ces gens-là éveillait en lui un intérêt limité.

Soudain, il s'arrêta de marcher, alors qu'un vieux collègue lui parlait de sa femme et de ses enfants. A l'autre bout du couloir, il vit Ginevra Weasley, en compagnie de sa belle-sœur, qui semblait lui raconter quelque chose de passionnant.

Quelque chose proche du dégoût et de la colère le prit à la gorge. Les yeux rivés sur cette jolie femme qui riait avec insouciance, il maudit son existence même et le destin qui l'avait mise sur le chemin de Harry Potter. Les dents serrées, le corps crispé, il parvint à desserrer les dents pour prendre congé de son collègue. De façon lâche, il se réfugia dans les toilettes afin de se passer un coup d'eau sur le visage, puis de l'essuyer avec du papier. Enfin, il se regarda dans le miroir aux bords fissurés.

Un souvenir lui revint en mémoire. Lui-même, dans des toilettes. Les mains posées sur le lavabo, son regard perdu dans le miroir, qui reflétait la triste réalité : il n'était qu'un homme, une ordure, quelque chose qui ne méritait même pas qu'on lui porte de l'attention, et qui pourtant était chargé d'une mission capitale qui déterminerait aussi bien son avenir que celui du monde sorcier. Il sentait le froid courant d'air de cette pièce humide. Et un autre visage dans le miroir. Un autre visage, qui lui ferait du mal. Au cœur. Au corps. A jamais…

Qu'est-ce que c'était que ça… Qu'est-ce que c'était que ces larmes qui emplissaient ses yeux, qui brouillaient sa vue ?

Pourquoi Harry faisait-il ça… Pourquoi jouait-il un double jeu ? Pourquoi vivait-il avec cette jolie femme le jour pour ensuite rêver d'un homme la nuit ? Il se cherchait, peut-être… Il n'aimait pas sa vie, sûrement… Mais pourquoi faisait-il du mal… Pourquoi trompait-il sa future femme, pourquoi couchait-il avec son ennemi, pourquoi jouait-il avec le feu et la glace ? Pourquoi faisait-il tant de mal autour de lui, pourquoi détruisait-il tout sur son passage ?

Parce qu'il était blessé ? Parce qu'il rêvait d'autre chose ? Parce qu'il avait décidé que, pour une fois, ce serait lui qui dicterait les règles ?

« Draco ? »

Ou parce qu'il n'en avait tout simplement rien à faire des autres…

« Ça ne va pas ?

- Si.

- Non.

- Non… »

Draco se passa une main fatiguée sur le visage. Oui, il allait mieux depuis qu'il avait cette liaison avec Harry. Mais il y avait des moments noirs où il se demandait où tout cela les mènerait. Des moments où il avait envi de demander à Harry pourquoi il continuait tout ça, s'il prenait son pied à jouer un double jeu, et quand est-ce qu'il ferait un véritable choix. Car ce n'était pas à Draco de lui demander de quitter sa fiancée, c'était à Harry de le faire, et d'en assumer les conséquences. Pas le rôle de Draco de jouer l'amant en mal d'amour, qui voulait l'avoir pour lui tout seul…

« T'as une tête à faire peur. Viens, on va prendre un café. »

Théodore le prit par les épaules et l'entraîna hors des toilettes. Draco le suivit jusqu'à la cafétéria principale de Ste-Mangouste. Il s'assit à une table et attendit que son collègue revienne avec des cafés et s'assoit en face de lui. Draco était gêné que ce soit lui qui l'ait découvert ainsi dans les toilettes, mal dans sa peau, mais il préférait largement que ce soit lui plutôt qu'un autre. Théodore était une tombe, il le savait.

« Bon, dis-moi ce qui ne va pas.

- Je me sens mieux, ça va…

- Non, tu ne vas pas bien. Laisse-moi deviner : tu t'es disputé avec ta moitié ?

- Je n'ai pas de moitié.

- Tu ne serais pas aussi rayonnant si tu n'avais pas quelqu'un, Draco. Ne me prends pas pour un con.

- Il est fiancé. »

Théodore lui jeta au regard perplexe et Draco poursuivit.

« Il ne la quittera jamais.

- Pourquoi il ne la quittera jamais ?

- C'est comme ça… C'est… dans l'ordre des choses… »

Oui Draco allait mieux. Il se sentait mieux dans sa peau. Jusqu'à la voir. Elle. Cette femme, qu'il ne quittera jamais. Car on ne quitte pas sa vie. Et Ginevra Weasley représentait sa vie : ses amis, sa famille adoptive, son avenir…

Il ne pourrait jamais la quitter. Il ne pourrait jamais aller à l'encontre de son destin, renoncer à ses amis pour son ancien pire ennemi, un homme sans amis qui vivait parce qu'il fallait bien vivre, avec une tâche immonde sur l'avant-bras.

Théodore le regardait, le visage vide d'expression. Il était le seul ici à pouvoir le comprendre un peu. Juste un peu. Car lui aussi avait quelque chose sur l'avant-bras, et lui non plus, il n'arrivait pas à se créer une vie. Une vraie vie. Avec de l'amour, une personne à chérir, des enfants. Parce qu'il ne se sentait pas capable d'aller de l'avant, et personne ne voulait d'un homme marqué pour plus d'une nuit.

« Si ce mec te fréquente, c'est qu'il ne veut pas aller dans l'ordre des choses.

- Il ne restera pas longtemps avec moi. Pas quand on a une fiancée comme la sienne.

- S'il te fréquente, c'est qu'il n'est pas heureux. Et rester avec elle ne le rendra pas heureux. »

Draco leva les yeux vers Théodore, qui regardait pensivement sa tasse de café. Il n'était même pas surpris par le fait que Draco couche avec un homme. De toute façon, qu'est-ce que ça pouvait lui faire… Le blond savait que son collègue était arrivé à un stade où le sexe l'importait peu : s'il s'attachait à quelqu'un et que ses sentiments étaient réciproques, il ne chercherait pas à comprendre. Car Théodore Nott, malgré sa grande gueule, était un écorché vif. Qui souffrait en silence. Plus que Draco. Car lui, il avait fait plus de choses. Dans l'ombre. Des choses qu'il ne se pardonnerait jamais. Et qui lui avaient permis d'entrer à Ste-Mangouste, de faire partie des meilleurs chercheurs en magie noire.

« S'il est con, il restera avec elle. Sinon, il la quittera.

- S'il la quitte, il perd tout.

- Ça dépend. Les enfants qu'il aura le rendront heureux, mais il aura une vie de merde. Surtout quand ses gosses quitteront sa maison. Il regrettera un jour, et à ce moment-là, il sera trop tard. S'il s'en va, il aura une vraie vie, sans faux-semblants.

- Qui te dit qu'il aura une meilleure vie avec moi ?

- Parce que tu l'aimes. »

Draco sursauta tandis que, sa tête reposant dans ses deux mains, Théodore le regardait avec un sourire moqueur sur les lèvres.

« Et ça, c'est le plus important. Un couple sans amour, c'est comme une maison sans fondations. Ça peut te paraître niais dit comme ça. Mais ça marche comme ça, et pas autrement. »

Le médicomage prit sa tasse de café et la porta à sa bouche pour en boire une gorgée. Draco regarda sa propre tasse, indécis. Et, dans le fond, un peu rassuré.

OoO

Une semaine passa. Une semaine où les doutes et les craintes de Draco se confirmèrent, tout comme ses sentiments. Une semaine où il passa de nombreuses soirées avec Harry, qui dansait dans ses bras avant de valser sous son corps au rythme de la musique de leurs gémissements. Le matin, l'auror s'en allait, après avoir pris le petit-déjeuner avec lui.

D'une certaine façon Draco se rendit compte qu'il était réellement dépendant de Harry. Quand il se rendait à la boite de nuit, il attendait un peu avant de s'en aller si Harry n'était pas présent, et quand ce dernier était là, il n'y avait plus que son être qui comptait. Draco s'était fait dragué, pourtant, mais il n'avait jamais cédé à la moindre tentation, tout simplement parce que tout lui semblait bien fade à côté des yeux verts pétillants de Harry, son sourire lumineux et son visage. Un visage somme toute assez banal mais qui avait un charme particulier.

Draco se rendit compte aussi qu'il était amoureux. Il en avait déjà conscience avant que Théodore ne l'affirme, mais durant cette longue semaine, il comprit à quel point ses sentiments étaient encrés en lui.

Il aimait Harry Potter. Il aimait cet homme, qui l'embrassait sans pudeur, qui baisait la marque noire sur son avant-bras, qui dormait paisiblement dans ses bras.

En fait, au début, il pensait que c'était simplement du désir, une attirance, rien de bien profond. Mais au fur et à mesure du temps, tout avait changé : la nuit et le jour s'étaient mêlés en une éclipse magnifique où leur vie à tous les deux avait changé. Pour le meilleur ou pour le pire. Et ses sentiments avaient réellement changé, s'étaient fortifiés, car il avait appris à connaître Harry Potter et à aimer chez lui toutes sortes de facettes de sa personnalité.

Harry avait des comportements qui le touchaient personnellement, et il y avait une sorte de complicité entre eux. Quand il touchait du bout des doigts la Marque des ténèbres, quand il posait ses lèvres dessus, quand il passait une main tendre dans ses cheveux, entrelaçait leurs doigts… Quand il commandait le plat de Draco parce qu'il avait du retard, sachant parfaitement ce qui lui ferait plaisir, quand lui parlait d'enfants et de Quidditch…

Une chose l'avait particulièrement touché. Un matin, Draco s'était réveillé avec un mal de tête monstrueux, dont les prémices se faisaient déjà sentir la veille, alors il avait demandé à Harry de chercher dans le tiroir de la table de chevet une potion pour calmer la douleur. Le brun avait alors fouillé pour enfin lui donner son remède, et il avait sorti de son fourre-tout une gourmette argentée qui brillait doucement au soleil. Harry la trouva très belle et Draco lui raconta qu'elle avait été fabriquée par des gobelins et ses parents la lui avaient offerte quand il entra à Poudlard. Il la retira quand il devint… un homme. Quand on fit de lui un homme. Quand on lui imposa un choix… A présent, Draco n'en voulait plus. Il l'avait mise là, dans un coin. Un peu pour l'oublier.

D'abord silencieux, Harry lui demanda s'il pouvait la garder. Plus que surpris, Draco avait lentement hoché la tête, sans trop y croire. Harry lui tendit alors son poignet et la chaîne, lui demandant silencieusement de la lui mettre. Draco referma donc le fermoir sur une boucle et attira Harry contre lui.

Les jours suivants, Draco vit encore la chaîne finement ouvragée autour de son poignet. Il se demanda comment il avait pu faire passer ça à sa fiancée. Comment il justifiait toutes ses virées nocturnes. Car il arrivait un moment où il ne pourrait plus trouver d'excuses, un moment où il ne chercherait même plus à en trouver, et là ce serait la catastrophe. Et c'était cela qui était en train de se produire.

Harry ne le lui disait pas clairement, mais il lui faisait comprendre qu'il ne pourrait pas tenir comme ça très longtemps. A travers certains mots, certains sujets de conversations, il faisait passer un message que Draco percevait parfaitement, sans pour autant réagir.

Pour être honnête, Draco ne pensait à rien quand Harry était là. Ni à son travail, ni à leur situation, ni à ces paroles que Harry avait formulées de façon étrange. Il ne pensait qu'au brun qui se tenait près de lui, qui riait par moments et gardait toujours un sourire sur ses lèvres, tantôt triste, tantôt léger, tantôt joyeux. Il ne pensait pas à ses paroles, à leur signification, à tout ce qu'un choix pourrait impliquer.

Un choix. C'était ce que Harry lui demandait. Lui, ou sa vie. L'attaque des médias, la colère des Weasley, l'incompréhension générale et les regards de travers, ou, la tranquillité d'une vie sans saveur. Et Draco ne voulait pas choisir. Car ce n'était pas à lui de faire ce choix : si Harry le voulait, lui, il devait quitter sa fiancée. Et encore, cette idée paraissait impossible pour Draco, persuadé que Harry se moquait de lui. Qu'il ne faisait que jouer, comme on avait déjà joué avec lui.

Et en même temps… Draco se demandait s'il était vraiment sérieux. S'il la quitterait à sa simple demande. S'il… l'aimait assez pour renoncer à tout ce qui faisait de lui le Sauveur du monde sorcier.

Une part de lui-même lui disait que oui. Il le ferait.

Et une autre lui disait qu'il n'était qu'une ordure, qui ne méritait même pas de regarder un homme comme Harry Potter, qui avait mené une vie d'orphelin, d'enfant dans un monde d'adulte, et qui ne semblait se réveiller que maintenant.

Il n'était qu'un être répugnant que tous regarderaient de travers, responsable de ce mariage raté, de cette tromperie répétée. Au point que Harry finirait de se lasser, s'en aller, pour trouver une autre femme ou un autre homme, qui lui ferait honneur et qui ne subirait pas la rancune et la vengeance de ceux qui le haïssaient. Ça finirait mal.

Forcément.

Et Harry n'avait pas peur des conséquences. Ou peut-être que si. Mais Draco en doutait…

Car si Harry avait peur de ce qui pourrait arriver, il ne lui ferait pas comprendre qu'il attendait toujours. Dans ses yeux, dans ses mots, il ne lui ferait pas comprendre qu'il avait besoin d'un choix. Mais Draco ne voulait pas choisir. Ne pas passer pour le salaud qui détournerait Harry Potter du droit chemin. Ne pas s'engager dans une longue relation qui ne rimait à rien.

Parce que Draco était heureux maintenant, mais avec les jours à venir, il savait qu'il ne supporterait pas toute cette pression, et que peut-être, il quitterait Harry de lui-même.

OoO

Harry n'était pas venu. Cela faisait bien vingt minutes que Draco attendait, et il n'était toujours pas là. Quelqu'un de normal aurait pu penser que le brun était en retard. Sauf qu'il n'y avait pas de rendez-vous fixé. Il n'y en avait jamais. Ni d'heure, d'ailleurs. Et pourtant, ils parvenaient régulièrement à se rencontrer, sans jamais placer de rencontre. Tout était implicite. Et c'était peut-être ce qui faisait la spécificité de leur couple : ils n'avaient pas besoin de se parler pour se voir, et ils avaient la patience d'attendre l'autre sans broncher. Et le besoin de se voir, encore et encore…

Mais ce soir, Harry n'était pas venu. Draco, tout de blanc vêtu, repoussa la énième tentative d'un bel éphèbe et se leva de son siège, après avoir posé son verre sur le bar. Puis, il quitta la salle bruyante qui lui vrillait les tympans et martelait sa tête de façon peu agréable. Il passa la porte menant aux escaliers en colimaçon qu'il monta. Enfin, le médicomage arriva dans le hall d'entrée où les vigiles demeuraient devant leurs pupitres, raides et impassibles. A côté de l'un d'eux se trouvait la patronne de la boite de nuit, Mme Nightingale. Draco passa devant elle et esquissa un léger sourire, qu'elle lui rendit.

L'air extérieur était bon, frais, léger. Draco marcha tranquillement dans la rue noire éclairée par la lumière froide des lampadaires. Taciturne, le visage pâle et triste, l'homme regardait le sol, la tête légèrement baissée. Il était déçu. Car Harry n'était pas venu. Et il savait pourquoi : la fiancée de Harry fêtait son vingt-cinquième anniversaire. Harry allait sur ses vingt-six ans. Draco avait déjà fêté les siens. Enfin, fêté… Ils étaient plutôt passés en coup de vent, et quand Draco avait réalisé qu'il avait gagné une année, il était trop tard. De toute façon, ça faisait longtemps qu'il ne soufflait plus de bougies. Il avait passé l'âge. Et Harry n'était pas là ce jour-là.

Mais quand il réalisa que son anniversaire était passé, le lendemain matin, il s'échappa de l'appartement pour acheter deux pâtisseries et le lui souhaiter. C'était bête comme geste, niais même. Pourtant, Draco se sentit touché par ce genre d'attention, tellement dans le genre de Potter…

Sauf que ce soir, ce n'était pas son anniversaire qu'il fêtait, mais celui de sa fiancée. Il tiendrait ses épaules tandis qu'elle soufflerait ses bougies, puis embrasserait sa joue, peut-être même sa bouche. Enfin, ils passeraient la soirée à rire avec la famille, à danser et chanter peut-être. A rire. A s'amuser. Et la nuit venue, dans l'intimité de leur chambre à coucher, il lui ferait l'amour. Peut-être tomberait-elle enceinte. Peut-être se marieraient-ils. Peut-être…

« Monsieur, une pièce ? »

Draco s'arrêta de marcher. Il baissa les yeux et vit un enfant debout près de lui, à peine âgé de six ou sept ans, vêtu de haillons. Le petit garçon tendait un gobelet qui contenait quelques pièces de monnaies. Il était vingt-deux heures. Il ne rentrerait pas chez lui tant qu'il n'aurait pas un minimum d'argent dans son gobelet.

C'était un enfant que Draco voyait régulièrement dans le coin. Un petit garçon qui tenait toujours son gobelet dans ses petites mains, le menton enfoncé dans une écharpe décousue, les vêtements crasseux. Un enfant parmi tant d'autres, abandonné ou orphelin, qui ne finirait pas à Poudlard car personne ne se souciait de lui, car personne ne savait où il vivait. Un enfant qui n'irait jamais dans le monde moldu, car il ne saurait pas y survivre, et qui passerait sa vie sous l'aile d'un vieux bonhomme à voler pour vivre, ou mendier, à moins qu'il ne soit recueilli par un orphelinat. Ou, plutôt, qu'un orphelinat veuille bien de lui…

Draco fouilla dans sa poche à la recherche de quelques pièces. Ce soir-là, il avait réglé sa note mensuelle à la boite de nuit et il lui restait un peu de monnaie. Il fit glisser toutes les pièces dans le gobelet de l'enfant qui eut un sourire radieux. Ses yeux sombres pétillèrent et deux petites fossettes se creusèrent dans ses joues. Draco le trouva beau, son visage pâle à la lumière des lampadaires illuminé par cette joie simple et attendrissante. Draco aurait voulu avoir plus, lui donner plus.

Peut-être même glisser ses mains sous ses aisselles et le prendre contre lui. L'emmener loin de cette rue sombre où des hommes allaient et venaient, certains ivres et d'autres à jeun. Certains l'auraient frappé, d'autres ignoré.

Le prendre. L'emmener loin de cette rue froide. Lui arracher ces haillons et le glisser dans un bain chaud, dans un lit moelleux, où il s'endormirait avec l'innocence d'un enfant.

Mais il était lâche. Draco était un lâche. Il ne demanderait jamais à Harry de quitter sa fiancée, il ne prendrait jamais cet enfant dans ses bras. Il était juste bon à voler quelques heures à l'homme qu'il aimait et laisser tomber quelques pièces dans le gobelet de ce garçon.

Il ne valait rien. Il n'était rien. Juste bon à écrire sur du parchemin et à touiller des potions. Pas fait pour l'amour. Fait pour rien. À part tenir une plume.

Bien fait pour lui.

OoO

Salle froide. Avec des fenêtres à barreaux. Un peu de ciel bleu derrière. Un peu de lumière. Peu. Pas assez.

Draco était gelé. Son corps frissonnait de toute part, les petits cheveux de sa nuque se hérissaient de façon peu agréable. Il avait pourtant mis une cape bien chaude, mais de toute façon, qu'importe ce qu'il aurait mis sur son dos, le froid qui régnait sur ce lieu aurait pénétré ses vêtements. Car c'était un froid indomptable qui ne touchait pas que la peau, mais l'âme, aussi.

En face de lui, se tenait son père. Ou plutôt ce qu'il en restait. Un corps maigre, malade, le teint affreusement pâle et des yeux enfoncés dans leurs orbites. Ça ne faisait pas si longtemps qu'il était là, pourtant. A peine sept ans. Il lui restait encore pas mal d'années avant de mourir, et il était déjà dans un état de décomposition avancé. Tante Bellatrix était dans un meilleur état à l'époque. Peut-être parce qu'elle savait que le Seigneur des ténèbres viendrait la sortir de là, d'une manière ou d'une autre. Tandis que Lucius Malfoy n'avait absolument aucun espoir de sortir d'Azkaban.

Ce jour-là, Lucius Malfoy avait demandé à voir son fils. Sans broncher, Draco avait posé un jour de congé et s'était rendu à la prison. Son père n'avait pas reçu le baiser du détraqueur, contrairement à Bellatrix Lestrange, pour ne citer qu'elle, et il moisissait en prison depuis trop longtemps. Peut-être l'avait-il convoqué parce qu'il songeait à mettre fin à ses jours. Peut-être. Surement.

Cela faisait bien dix minutes que son père lui parlait, et Draco ne faisait que hocher la tête. Il lui parlait de tout, de la famille, du Manoir, de leurs comptes à Gringotts, de tout ce qu'il aurait à faire si jamais il mourrait. Ce n'était pas la première fois qu'il adoptait ce genre de comportement, Draco connaissait son discours par cœur pour l'avoir entendu des dizaines de fois, quand il était un adolescent tout juste marqué, quand il était devenu un homme avec diplôme en poche.

Des paroles froides, pour lui dénuées de sens, que Draco entendait encore et encore. Bien sûr, il gérait les affaires familiales, de loin, sans vraiment y porter de réelle attention. Cependant, contrairement à ce que pensait son père, Draco ne voyait que peu sa famille et ne se montrait pas aussi généreux que son Lucius le fut : pas de cadeaux pour les « courtisans », pas de présents pour les parents éloignés… Draco ne graissait la patte de personne, n'organisait aucune réception, oubliant chaque personne qu'il aurait pu rencontrer durant les galas de ses parents. Il ne restait que sa mère pour entretenir de vieilles amitiés, mais elle y avait perdu goût. Et puis… ce n'était pas comme si l'amitié était quelque chose que les gens cherchaient avec les Malfoy, à présent, c'était plutôt les galions qui les intéressaient.

Tout cela n'intéressait pas Draco. Le désintéressait, même. Cela n'avait aucune importance dans sa vie. L'argent, la renommée… il avait tiré un trait là-dessus depuis bien longtemps, car il savait que cette tâche qui ornait son avant-bras gâcherait sa vie à jamais.

Au lieu de s'appesantir dans des soirées où le luxe empestait à plein nez, Draco préférait ces nuits à oublier sur la piste de danse, déhanchant son corps avec passion au rythme de la musique endiablée, l'esprit embrumé par les hautes doses d'alcool qu'il ingurgitait.

« Papa… »

Il préférait les nuits débauches dans un hôtel miteux à oublier son nom contre le corps d'un homme, aux galas somptueux où les robes de dentelle foisonnaient contre ses jambes, où le parfum, la poudre et les rires bloquaient ses sens, les rendant inutiles.

« Tu sais… »

Il préférait rêver d'enfants, rêver de créer quelque chose de solide et de durable, pas quelque chose de superficiel qui s'effondrerait comme un château de cartes. Car sa vie était ainsi : un éternel jeu de cartes qui s'éparpillait, se montait en échelons avant de s'effondrer pitoyablement sur lui-même.

« Je suis pédé… »

Un jeu de cartes… Qui se montait, chaque jour, atteignant des sommets, avant de s'effondrer, chaque nuit…

OoO

Il faisait nuit noire, et à travers les fenêtres dont les rideaux n'étaient pas tirés, la lumière froide des lampadaires éclairaient faiblement la chambre, soulignant à peine le contour des meubles contre les murs.

Les yeux grands ouverts, Draco regardait la pénombre, ou plutôt tentait de percevoir ce qui se trouvait autour de lui, sans grande conviction. Il attendait plutôt que le sommeil vienne le prendre.

Son corps était tout engourdi, et ce n'était pas à cause de la danse diabolique qu'il avait menée pendant une bonne heure à la boite de nuit. C'était plutôt cette nuit magique qu'il avait passée à faire l'amour à Harry Potter qui l'avait ainsi épuisé. Car depuis qu'ils avaient commencé à se voir chez lui, son amant se faisait de plus en plus passionné, de plus en plus téméraire. Il participait activement lors de leurs ébats, et savait se montrer encore plus sensuel que pendant leur première fois.

En fait, à chaque fois qu'ils faisaient l'amour, c'était comme si c'était leur première fois. Draco avait l'impression de le redécouvrir encore et encore, dans le noir de la chambre ou à la lumière de la lampe de chevet qui dorait sa peau et donnait un éclat étrange à ses yeux verts assombris par le désir.

A présent, toute passion avait quitté leur corps. Harry reposait dans ses bras, à demi-allongé sur lui, sa tête sur son épaule et son souffle caressant son cou dénudé. Draco se sentait apaisé, plus encore qu'il ne l'avait jamais été. Il aurait voulu que cette nuit dure toujours, que Harry ne quitte jamais ses bras pour retourner dans ceux de sa fiancée.

Lavé de toute inquiétude, Draco ferma les yeux et se laissa embarquer dans le monde des rêves, une douce mélodie flottant à ses oreilles. Une mélodie qui venait de l'étage d'en dessous, mise un peu trop forte, qui avait quelque chose de tendre et de doux à l'oreille…

OoO

Quand il se réveilla le lendemain matin, Harry dormait profondément près de lui. Le regard embué et l'esprit embrumé, Draco passa un long moment sans bouger, regardant son amant endormi près de lui, allongé sur le ventre, leurs corps s'effleurant à peine. Dans la nuit, Harry avait dû bouger, comme d'habitude, s'écartant un peu de lui mais sans créer de frontière vide entre leurs corps, s'arrangeant toujours dans son sommeil pour toucher la personne couchée près de lui. Un peu comme si cela le rassurait.

Et cette proximité avec Harry attendrissait Draco, peu habitué à passer la nuit avec quelqu'un, encore moins avec une personne qui avait la bougeotte. Or, Harry avait beau passer sa nuit à se déplacer dans son lit, passant du côté droit de Draco à son côté gauche, il demeurait toujours près du blond, touchant son bras, son ventre, sa main…

A le voir si profondément endormi, paisible et beau comme le jour, Draco eut envie de lui murmurer quelques mots à l'oreille, qu'il n'entendrait sûrement pas. Alors il se retint, sachant que, de toute façon, ces trois mots ne feraient que lui apporter des ennuis. Surtout si Harry les entendait…

Draco se leva sans bruit et enfila son peignoir. Puis, il alla dans sa cuisine pour préparer le petit-déjeuner. Le temps que le café coule, le blond alla se laver dans la salle de bain, se nettoyant de toutes les traces laissées par la nuit passée. Il sortit avec un autre peignoir sur le dos et retourna dans la cuisine. Il y trouva Harry assis sur une chaise en train de regarder par la fenêtre, derrière lui. Pendant quelques instants, Draco détailla la masse de cheveux noirs qui partait en épis dans tous les sens, son cou pâle le haut de son torse qui apparaissait par l'échancrure de son peignoir vert d'eau, et ses mains solides, l'une posée sur le dossier de la chaise, l'autre perdue autour de sa taille.

A pas lents, ses chaussons effleurant le carrelage blanc du sol, Draco s'avança vers son rêve éveillé et il posa sa main sur son épaule, faisant sursauter le rêveur qui tourna la tête vers lui, un léger sourire un peu gêné sur les lèvres. Le blond se baissa pour les cueillir, avant de se retourner vers le plan de travail.

Ils prirent leur petit-déjeuner dans une ambiance tranquille, qui rappelait à Draco ce jour où Harry avait prononcé cette étrange phrase qui avait tout mis en doute chez Draco, et à la fois, qui avait donné une nouvelle importance à leur relation. Sauf que Harry ne dit aucune parole étrange, ne laissant que des sous-entendus planer dans la pièce. Des perches que Draco évita, ne saisit pas, buvant son café en écoutant sa voix réchauffer cette pièce si impersonnelle.

Quand ils eurent terminé, Draco mit toute la vaisselle dans l'évier et alla chercher sa baquette magique dans sa chambre afin de lancer un sortilège pour qu'elle se lave seule. Mais quand il revint dans la pièce, il la trouva vide de la présence de Harry, alors il se demanda où il pouvait bien être passé. Le blond n'entendait pas d'eau couler dans la salle de bain, il alla donc dans le salon, et Harry était installé dans le canapé, un verre de jus d'orange au bord des lèvres.

« Tu veux te doucher ?

- Dans cinq minutes. »

Draco s'assit près de lui et l'odeur masculine de Harry parvint à ses narines. Il sentait bon, une odeur un peu étrange, à la fois de sueur et de sexe. Cela aurait pu paraître répugnant, Draco détestait avoir ce genre d'odeur sur sa peau, mais cela avait quelque chose d'agréable chez Harry, toujours enveloppé dans son peignoir, ses cheveux plus décoiffés que jamais. Amusé, le blond y passa la main.

« Il t'arrive de te coiffer ?

- J'ai beau passer le peigne, ils ne s'aplatissent jamais, répondit Harry avec un sourire gêné.

- Et les couper ? Proposa le blond.

- Ils repoussent le lendemain. Quand j'étais petit, ma tante me rasait la tête tellement elle en avait marre de me voir décoiffé. J'avais une tête atroce… J'avais tellement peur que les autres, à l'école, me voient avec une tête pareille que je priais pour qu'ils repoussent. Et le lendemain matin, c'était comme si ma tante ne les avait jamais coupés. »

Il y avait quelque chose d'étrange quand Harry parlait de son enfance. C'était rare, Draco savait bien peu de choses sur lui, avant qu'il n'entre à Poudlard. Il savait juste qu'il avait été élevé par des moldus. Et les rares fois où Harry évoquait des souvenirs de cette époque-là, il avait un regard vague, un peu triste, et ce n'était jamais des souvenirs joyeux.

Un placard sous l'escalier. Les chats de Mrs Figg. Le toit de l'école. Les balançoires du square au bout de la rue…

« Faut croire que j'aime mes cheveux. Aucun ciseau ne peut les maîtriser, conclut-il avec un sourire.

- C'est presque ta marque de fabrique.

- Une marque de fabrique des Potter ! Mon père avait les mêmes cheveux. »

Draco avait toujours sa main dans ses cheveux, les trouvant doux au touché. Noirs, bouclés, décoiffés… Des cheveux qu'il avait exécrés à une époque, un nid d'oiseaux noir… Des cheveux qui lui donnaient un air un peu enfantin, comme ses lunettes rondes un peu abîmées qu'il ne quittait jamais et sans lesquelles il serait perdu.

Sa main dériva sur sa nuque qu'il massa doucement. Harry ferma les yeux et poussa un petit soupir de contentement. C'était étonnant comme il s'abandonnait à ses caresses de cette manière, sans la moindre peur. D'une autre manière, ils s'étaient réellement connus dans la boite de nuit et Draco n'avait jamais manifesté la moindre marque de rancune. Au contraire. Bien au contraire…

Ne pouvant résister à l'appel de ses lèvres, Draco se pencha vers lui et l'embrassa. Aussitôt, il sentit son amant répondre à son baiser, et quand le blond le poussa sur le canapé pour qu'il s'allonge, il se laissa faire, sans opposer aucune résistance.

Le médicomage écarta les pans de son peignoir, Harry rouvrit les yeux et en fit de même. Il caressa sa nuque et ses cheveux blonds alors que Draco embrassait son cou, défaisant le nœud de la ceinture du peignoir pour avoir un meilleur accès à son corps.

« Draco…

- Tu dois aller travailler ?

- Oui.

- Dans combien de temps ?

- Une petite heure.

- On a le temps, alors… »

Et Draco lui fit l'amour sur son canapé. C'était la première fois qu'ils s'étreignaient en plein jour et hors du lit, et pourtant, cela ne gêna ni l'un ni l'autre, et encore moins Draco qui allait et venait en lui avec passion, l'embrassant, le caressant, lui faisant ressentir mille sensations, à lui faire perdre la tête. Il donnait plus qu'il ne recevait, bien que son amant ne demeurât pas en reste. Draco voulait lui donner du plaisir, lui faire oublier la gêne et la petite douleur qu'il ne pouvait que ressentir à un moment donné, et lui faire toucher le soleil et les nuages qui flottaient au-dessus d'eux.

Harry gémissait sous lui, criait parfois, le visage perdu et écarlate. Il s'accrochait à ses épaules comme si sa vie en dépendait, ses ongles griffant sa peau, et ses jambes nouées autour de ses hanches. Il était beau à damner un saint, tellement sensuel et désirable, ses yeux verts brillants de mille feux et le regardant avec un sorte d'admiration et d'amour mêlés.

La jouissance vint sans surprise mais ils la vécurent avec une joie non feinte. Draco s'écroula sur lui, portant encore son peignoir, ses cheveux complètement désordonnés. L'odeur de la sueur et du sexe emplissait ses narines. Le nez contre le cou de Harry, il l'entendait respirer fort pour reprendre sa respiration, son cœur battant vite dans sa poitrine. Il sentait ses mains sur ses épaules les masser doucement, comme pour effacer les traces douloureuses qu'il y avait faites.

Une sorte de félicité s'était abattue sur Draco qui aurait pu passer des heures dans cette position, allongé confortablement sur le corps moite de Harry, respirant cette odeur typique de l'amour qui aurait pu le répugner si ce n'était pas la leur.

A contrecœur, Draco se redressa et planta un baiser sur les lèvres rougies de Harry, lui lançant un regard amusé.

« Tu devrais aller te laver ou tu vas être en retard.

- Vas-y, toi.

- J'en sors…

- Mais tu ne vas pas passer la journée comme ça. Laisse-moi le temps de m'en remettre. »

L'auror se redressa un peu pour l'embrasser sur la joue avant que Draco ne se lève et repasse à nouveau sous la douche, connaissant assez Harry maintenant pour savoir qu'il avait en effet besoin de temps pour se remettre. Il n'était pas vraiment habitué à faire l'amour avec un homme, ou plutôt, il n'était pas encore capable de se remettre rapidement de ce genre de jouissance, bien plus puissantes que celles qu'il avait déjà ressenties auparavant. Il lui avait déjà fait comprendre que faire l'amour avec Ginny n'avait absolument rien de comparable.

En un sens, c'était bien agréable d'entendre ce genre de paroles, et en même temps, cela signifiait surtout que Harry était homosexuel et que son seul problème était qu'il vivait avec une femme. Draco ne rentrait pas vraiment en ligne de compte là-dedans, il était plutôt un objet. C'était du moins ce qu'il pensait.

Quand il sortit de la douche, Harry attendait dehors, toujours enveloppé dans son peignoir froissé, si c'était possible pour ce vêtement éponge, ses cheveux partant dans tous les sens. Son air délicieusement débraillé donnait des envies à Draco mais il dut les réprimander : il se sentait fatigué et comblé, nul besoin de remettre le couvert.

Alors que quelque chose lui disait qu'il était en train de laisser passer quelque chose.

Mais il laissa Harry se laver, étant donné qu'il ne tarderait pas à aller au travail. Draco ne travaillait pas ce jour-là, il passerait sûrement la journée à lire ou travailler un peu son grimoire, car c'était sans doute la seule chose intéressante qu'il avait à faire pour le moment.

Après s'être habillé dans sa chambre et sorti quelques affaires pour son amant, l'homme retourna dans son salon et jeta un sortilège afin de nettoyer son canapé, qui par bonheur avait été quelque peu protégé par les peignoirs.

C'était une sensation curieuse. Draco avait l'impression que son appartement revivait depuis qu'il y avait emmené son amant pour la première fois. Harry n'avait laissé quasiment aucune de ses affaires, ici, les rares choses qu'il aurait pu amener étant des vêtements qui se trouvaient dans armoires, et encore, il ne pouvait les porter dehors étant donné qu'il les avait choisi pour aller danser. Cependant, le médicomage avait la sensation que son amant avait laissé sa trace dans ce logement, même si cela ne faisait pas longtemps qu'ils se fréquentaient.

Harry ne tarda pas à sortir de la salle de bain, enveloppé par une serviette. Draco l'entendit marcher pieds nus dans sur le parquet du couloir et rejoindre la chambre pour aller s'habiller. Pendant ce temps, Draco regardait l'heure avec une sorte de boule dans le ventre. Harry était resté suffisamment longtemps ici, il devait partir et retrouver sa vraie vie, celle où il était auror et fiancé.

Mais quelle excuse avait-il pu donner à Ginny la veille…

Harry sortit de la chambre et le rejoignit dans le salon. Il s'assit à ses côtés et regarda le canapé. Puis, il se mit à glousser bêtement et Draco soupira, devinant à juste titre que son amant devait penser à ce qui s'était passé quelques minutes auparavant. Ca n'avait pas l'air de le gêner plus que ça.

De façon plutôt soudaine, Harry engagea la conversation, partant sur ce commerce d'êtres hybrides sur lequel il enquêtait. Ils discutèrent un moment. Sans cesse, Draco regardait l'heure : il leur restait trente minutes. Il n'osa pas le dire à Harry, pas plus que quand il lui demanda de lui montrer certains ouvrages sur le sujet. Draco s'exécuta avec une sorte de professionnalisme. Puis, ils se resservirent un peu de café réchauffé, le buvant tout en regardant les ouvrages complexes que Draco expliquait tant bien que mal à l'auror, qui voulait tout saisir de l'affaire : qui pourrait ensorceler ces gens, qui pourrait faire ces expériences douteuses, où, quels ingrédients utiliser…

Les minutes passaient. Encore et encore. Elles s'écoulaient lentement, sonnant presque, cliquetant autour du cadran avec le bruit d'un gong. Draco était obsédé par ces minutes qui passaient et Harry qui ne se décidait pas à partir. Le blond avait presque envie de lui rappeler l'heure, mais il le fit pas. Bêtement, il voulait le garder encore un peu avec lui.

Harry ne regarda pas l'heure une seule fois de la matinée. Ni même de la journée. La seule fois où il daigna lever les yeux vers la pendule, ce fut pour se rassurer : oui, si son ventre gargouillait, c'était parce qu'il était midi.

Ils passèrent la journée ensemble, sans évoquer les heures qui passaient, le fait que Harry aurait dû aller au travail et qu'il devrait trouver une raison valable pour expliquer son absence. Peut-être que des aurors iraient chez lui, se demandant pourquoi donc leur collègue n'était pas venu travailler, et Ginny qui ne travaillait pas ce jour-là ne saurait pas leur répondre.

Une autre explication à donner. Des doutes concrétisés. Peut-être une dispute. Allez savoir.

Mais Draco décida de ne pas penser à tout ça et de profiter de la présence de son amant chez lui.

Le regarder utiliser ses instruments de cuisine et préparer le repas avec un savoir-faire particulier.

Le regarder se servir dans ses placards et toucher sa vaisselle pour mettre la table.

Le regarder somnoler dans son canapé, feuilleter un autre grimoire et sirotant du café tiède.

Et puis le tenir dans ses bras, le garder contre lui, lui parler comme si cela faisait des années qu'il se connaissait.

L'avoir à lui. Rien qu'à lui. Dans l'intimité de cet appartement perdu dans Londres où personne ne pourrait jamais les retrouver, car personne ne savait où Draco Malfoy vivait, et encore moins qu'il avait un amant appelé Harry Potter.

Pourtant, il se fit tard. Ils dînèrent en tête à tête dans la cuisine, parlant de choses et d'autres, se découvrant encore, et toujours. Draco parlait études, Harry d'enfants, le blond parlait de ses problèmes, Harry de ses aventures. Leur complicité se renforçait, et en même temps, Draco sentait son cœur si léger pendant la journée s'appesantir au fil des minutes : Harry allait partir et rentrer chez lui.

A huit heures, l'auror mit en effet ses chaussures afin de s'en aller. Draco s'apprêta à s'avancer vers lui pour l'embrasser et lui dire au revoir, mais quelque chose dans son expression le reteint. Soudain, Harry venait de perdre son sourire et il abordait un air hésitant, comme s'il s'apprêtait à dire une grosse bêtise.

Le même air que des semaines auparavant, quand il lui avait dit cette phrase bizarre, qui avait tant bouleversé le blond.

« Draco, ça ne peut plus durer. »

Jamais il n'aurait cru qu'une phrase aussi simple lui donnerait un tel coup au cœur. Il se sentit suffoquer, mais garda son air impassible.

« Je n'en peux plus, de cette situation. »

Alors pourquoi tu es resté toute la journée avec moi ? Se dit-t-il, serrant les dents, alors que la rupture était proche.

Cela devait bien arriver. Harry mettait fin à leur relation. C'était évident qu'ils en arriveraient là : Draco demeurait un être de la nuit, un fantasme que Harry suivait aveuglément, à la recherche de lui-même. A présent, il savait ce qu'il était, et il savait qui était Draco : un homme renfermé, blessé et pessimiste qui vivait sa vie comme une fatalité, niant son homosexualité et se laissant moisir dans son laboratoire comme un rat dans une cage.

Un homme sans grand intérêt qui se détestait.

« Ca doit changer.

- Tu veux me quitter ? »

Harry se tut quelques secondes. Draco aurait pu mourir sous son regard. Il se sentait se liquéfier devant ses yeux verts.

Il le quittait. Il voulait s'en aller, et sans doute en trouver un autre mieux. Ses idées allaient à toute allure dans son esprit en surchauffe, Draco l'imaginait invitant un autre homme, comme cette fois-là, et l'embrasser langoureusement avant de l'emmener quelque part et le laisser lui faire l'amour. Plus jamais Draco ne serait capable de retourner à cette boite de nuit, car il le verrait là-bas…

Et il aurait trop mal…

Mme Nightingale avait tord.

Quand on résiliait son abonnement, ce n'était pas seulement parce qu'on avait trouvé l'âme sœur, mais aussi parce qu'on ne pouvait supporter de la voir avec un autre.

« Je ne sais pas.

- Qu'est-ce qui te retient à moi ?

- Beaucoup de choses. Et tu le sais. Je tiens à toi. J'ai passé une bonne journée, et j'arrive à m'imaginer une vie avec toi quand je te vois ici, dans cet appartement, si loin de cet aspect sombre de toi-même que tu donnes au travail et cet autre aspect plus libertin et triste que tu donnes à la boite de nuit. J'ai l'impression de découvrir un autre Draco.

- Alors, pourquoi…

- Je n'en peux plus de cette vie. De travailler en sachant que je trouverai une femme que je n'aime plus chez moi et que la seule façon de lui échapper, de s'échapper de cette vie que je n'ai pas vraiment choisie, c'est d'aller dans une boite de nuit gay pour te retrouver. Je dois mentir, pour ça, et je n'en peux plus de mentir. Qu'importe qu'elle se doute de quelque chose ou que les autres pensent que je découche. Je m'en fiche de tout ça. Mais j'en peux plus. J'en peux plus de t'attendre, de…

- Ce n'est pas à moi de choisir. Je suis là, moi. Je suis là et je t'attends. C'est à toi de faire un choix, pas à moi. »

Harry fronça les sourcils, comme si ce qu'il venait d'entendre l'énervait. Draco avait du mal à comprendre sa logique, à comprendre pourquoi il ne quittait pas sa fiancée alors qu'il en avait le désir.

Un mot de Draco et il s'en irait…

Pourquoi ne le faisait-il pas, alors ? Il savait que son amant l'attendait, qu'il tenait à lui, alors pourquoi ne le faisait-il pas ?

« Si, Draco. La seule personne qui doit faire un choix, ici, c'est toi. Moi, je suis prêt à assumer mon homosexualité, à quitter Ginny et à partager ma vie avec toi. Mais pas toi. Toi, tu as peur des regards, tu as peur des autres, des remarques. Si je la quitte, qui me dit que tu subiras la pression des Weasley, des médias et de la société ? Qui me dit que tu resteras avec moi, quoique tu entendes ? Qui me dit qu'on aura une vraie vie, que tu ne me cacheras pas ? Hein, Draco ? Qui me dira qu'on sera un couple ? »

Personne.

« Tu vois, tu ne dis rien… C'est à toi de choisir, Draco. Soit moi, soit ta vie d'avant. Je vais t'apporter beaucoup de soucis, mais… on sera ensemble. Comme aujourd'hui. J'ai besoin de toi, tu sais… »

Ses yeux étaient presque suppliants. Ils lui disaient presque qu'il l'aimait.

« Alors choisis. Je pars en mission ce soir, pendant trois semaines. C'est une mission spéciale et je serai à l'autre bout du monde, alors je ne pourrai pas m'enfuir, ne serait-ce qu'une nuit.

- Tu es obligé ?

- J'ai accepté la mission. De mon plein gré. Ca te laisse presque un mois pour réfléchir. Si d'ici là, tu ne sais toujours pas… Considère que c'est terminé. Putain, Draco, mais parle ! Dis quelque chose ! »

Mais Draco ne disait rien. Il restait là, planté devant lui, comme une babiole, le regardant avec des yeux aussi neutres que son visage. Le blond lut une forme de désespoir dans ses yeux verts, mais il ne pouvait pas y répondre.

Ce qu'il lui disait, c'était peut-être pire qu'une rupture.

Il devait faire un choix.

Harry ou sa vie.

Les emmerdes ou la tranquillité.

« Je m'en vais… »

Harry paraissait à bout, ne sachant plus quoi dire. Il avait l'air un blessé, aussi, parce que Draco ne répondait pas.

« Porte-toi bien. »

Il avait envie de pleurer, aussi. Ce manque de réaction devait être terrible, pour lui. Alors il partit, les larmes aux yeux, claquant la porte derrière.


Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu !