Disclaimer: Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si!
Couple: Harry / Draco.
Evaluation: M.
Salut à tous !
Lys : Et oui, encore elle…
Voici un nouveau chapitre d'Existence où, enfin, les choses avancent ! XD
Lys : Nous vous informons qu'il ne reste qu'un seul chapitre après celui-ci :-)
Et concernant Papillon (parce que c'est ce que TOUT LE MONDE se demande…), le chapitre est en cours de traduction, il me manque deux pages à taper puis il est à vous ! :D
Bonne lecture !
Chapitre 6
Paxton avait réussi à trouver une nouvelle nourrice pour le bébé de sa sœur. L'ancienne n'était pas méchante mais il travaillait beaucoup et elle ne tarda pas à refuser de garder l'enfant chez lui jusque très tard dans la soirée. Paxton parvint à trouver une nourrice d'âge mûr non mariée qui s'était spécialisée dans la garde d'enfants à son domicile, les horaires ne la dérangeant pas. Elle était même prête à garder les enfants chez elle pour dormir, à condition bien sûr d'y mettre le prix. Ses services étaient d'ailleurs assez onéreux et Paxton expliqua tout cela à Draco Malfoy la tête basse et le dos vouté.
Cela le gênait beaucoup que son supérieur lui paye les frais de nourrice, mais c'était la seule solution pour qu'il parvienne à joindre les deux bouts, car objectivement, les frais alimentaires qu'occasionnait sa sœur enceinte étaient plus conséquents que ceux d'un petit bébé. Mais les frais de nourrice, c'était encore autre chose… Et Malfoy accepta sans broncher de payer, écoutant vaguement le pourquoi du comment c'était aussi cher.
Il fallait dire qu'il n'était pas à ça près. Draco lui avait promis de lui payer la nourrice, donc il le faisait, point à la ligne. Cet enfant avait besoin qu'on s'occupe de lui et ce n'était pas son oncle d'à peine vingt-et-un ans qui pourrait le faire, à moins de laisser tomber ses études de médicomagie. Cependant, Draco estimait que ce serait un véritable gâchis si jamais Paxton plaquait cet avenir si prometteur.
Oh, et puis ce n'était pas plus mal de passer pour quelqu'un de gentil, pour une fois. Ça ne faisait pas de mal de lire un peu de reconnaissance dans les yeux de cet anorexique efféminé qui semblait un peu bête sur les bords. Il avait bien le droit de se sentir un peu content du bien qu'il faisait, pour une fois.
Ouais, ça faisait du bien, car chaque jour, il se trainait comme une âme en peine au travail, s'activait comme un fou autour de ses chaudrons et écrivait des pages et des pages de son grimoire qui avançait à une allure fulgurante.
Une semaine.
Une semaine qu'il était parti en mission.
Une semaine qu'il avait l'impression de vivre au ralenti, s'enfonçant dans une routine intolérable qui lui permettait pourtant de survivre.
Les paroles de Harry tournaient et tournaient encore dans sa tête. Le choix qu'il lui imposait, surtout, lui retournait les méninges et l'obsédait tous les soirs, quand la pression de la journée retombait.
Lui ou sa vie. Les emmerdes ou la tranquillité. L'amour ou le vide. Un choix difficile, du moins pour lui. Draco détestait les choix, car ils s'avéraient souvent douloureux, surtout en ce moment. Car choisir Harry Potter relevait du suicide : il n'osait même pas imaginer toutes les personnes qui se retourneraient contre lui, le critiquant et le repoussant comme une bête immonde. Peut-être même qu'il perdrait son travail : personne ne le jetterait dehors, mais il savait à quel point ses collègues pouvaient se montrer vicieux, insupportables et blessants, et peut-être qu'ils se ligueraient contre lui pour le faire partir.
Harry Potter était quasiment une icône, un homme parfait, fiancé à la sœur de son meilleur ami, et destiné à fonder une jolie petite famille modèle. C'était un homme qu'on avait modelé pour être l'archétype du héros. Voir débarquer un ancien mangemort médicomage ne serait pas une bonne chose car il briserait cette image parfaite.
Harry Potter et Draco Malfoy, ça n'allait pas ensemble. C'étaient deux hommes diamétralement opposés. C'était forcément le mangemort qui avait fait changer de bord au Survivant. Il l'avait séduit, peut-être avec un breuvage, lui qui était spécialisé dans les potions, et l'avait poussé à tromper sa fiancée puis la quitter. C'était un être abominable qui avait semé la zizanie dans la famille de Harry Potter.
Voilà comment Draco voyait les choses. Il ne se sentait pas la force de choisir Potter, alors que tout son être criait le contraire. Il avait enfin trouvé quelqu'un qui lui correspond et qui l'accepte malgré ses défauts. Harry ne les connaissait pas tous, mais il en avait vu un certain nombre. Ils s'étaient haïs, avant de s'aimer. Du moins, Draco l'aimait. Beaucoup. Trop, même. Mais pas assez pour surmonter toutes les épreuves qu'il voulait lui imposer.
Supporter les regards. Tous ces regards rivés sur lui, comme quand il était un mangemort gracié.
Il ne voulait pas de tout ça.
Il voulait une vie tranquille.
Une vie de merde, où il s'ennuierait à mourir, mais où on le laisserait tranquille.
Sans souligner le fait que son bras était tatoué à jamais par la Marque des Ténèbres, qu'il avait un père enfermé à Azkaban…
Une vie à la con. Où il n'était pas heureux.
Mais où il ne souffrait pas…
OoO
La journée était finie. La nuit tombait dehors, apaisant les premières chaleurs que leur apportait ce mois de juin. Il avait fait bon en mai, juste ce qu'il fallait, et ce début du mois de juin les faisait déjà souffrir. Les mois d'été étaient les pires, à Ste Mangouste, surtout pour leur secteur où les chaudrons bouillonnaient toute la journée. Ces derniers étaient ravis d'un peu plus de chaleur, mais les médicomages l'étaient bien moins. En plein mois d'été, il n'était pas rare d'en voir certains se balader torses nus ou des femmes avec des jupes courtes et des hauts décolletés : il faisait trop chaud pour supporter leurs blouses, qu'importe les sorts utilisés.
Mais la chaleur était encore supportable pour le moment, ils n'avaient pas à se balader à moitié à poils en regardant d'un air douteux les murs transpirer… Draco pouvait donc travailler dans un minimum de fraicheur dans son bureau, ce qu'il fit quasiment toute la journée. Ses deux apprentis n'étaient pas là : Paxton avait travaillé avec lui le matin et Andromaque un peu l'après-midi, mais son supérieur l'avait congédié : il faisait beau, qu'elle en profite pour aller voir sa mère.
Il était donc seul pour fermer le laboratoire. D'un geste lent, Draco ferma son grimoire inachevé et le rangea dans son tiroir. Il mit de l'ordre dans ses papiers, les triant un peu, puis il se leva, poussa son siège et enfin quitta son bureau qu'il ferma à double tour. Après une petite ronde autour des chaudrons, certains vides et d'autres pleins à raz bord, il verrouilla le laboratoire, sa sacoche à ses pieds. L'homme se sentait d'humeur morose. Comme tous les soirs, d'ailleurs.
A pas lents, Draco rentra chez lui, en pensant un peu à Paxton qui devait s'occuper du bébé, à l'heure qu'il était, à Andromaque qui devait dîner avec sa mère, si ce n'était pas déjà fait. Et à Harry, aussi, emmené il ne savait où pour une mission importante et sans doute dangereuse.
Il lui manquait. Vraiment. Ça faisait bizarre, car il n'avait jamais vraiment ressenti ce genre de manque. Il n'avait jamais eu d'amants fixes, non plus. Juste des hommes de passage qu'il avait emmené à l'hôtel, ou le contraire, pour quelques nuits sans lendemain. Des hommes mariés, célibataires, stériles, frustrés… Il avait eu de tout. Et puis, il avait eu Harry Potter. Le seul et l'unique.
Un homme parmi tant d'autres qu'il avait appris à aimer sans le vouloir.
Un homme qu'il n'aurait pas.
Draco entra dans son appartement, plongé dans la pénombre. D'un geste mécanique, il alluma la lumière de l'entrée, retira ses chaussures et puis entra dans le salon. La pièce lui paraissait bien vide. Il avait l'impression d'être rentré chez lui, d'être dans son élément, et en même temps, il avait la sensation d'être trop bien à sa place.
Dans un logement froid, impersonnel et sans vie, à l'image de ce qu'il était.
Soudain, Draco fit demi-tour et se précipita dans sa salle de bain où il prit une rapide douche avant d'aller dans sa chambre et ouvrir en grand ses placards. Avec des gestes presque désespérés, il attrapa un pantalon un peu petit qui lui collait à la peau, un débardeur noir et des gants qui montaient jusqu'à ses coudes. Il enfila une paire de chaussettes et courut presque dans l'entrée où il mit ses chaussures, avant de quitter l'appartement et transplaner.
Il avait mal au cœur. Il avait presque envie de pleurer. Ça faisait mal de passer pour un con, de se sentir stupide parce que l'homme qu'il avait eu la bêtise d'aimer ne serait jamais à lui. Il en avait assez d'avoir mal, de douter, d'avoir peur des regards et des critiques qu'on ne manquerait pas de lui faire. Il ne voulait pas se battre une seconde fois pour avoir ce qu'il voulait.
Il ne voulait pas passer à nouveau pour le salaud de service parce qu'il n'était pas né dans la bonne famille.
Draco devait l'oublier. Il devait redevenir comme avant, et oublier Harry Potter. Oublier ces nuits où ils avaient dansé à en perdre leur souffle en buvant comme des trous. Oublier ces journées où ils avaient discuté, pour affaires et aussi pour se connaître. Oublier qu'il l'avait étreint, qu'il l'avait aimé, qu'il l'avait embrassé.
Oublier que Harry avait posé ses yeux et ses lèvres sur la Marque et qu'il portait encore sa gourmette.
D'un pas rapide, Draco traversa quelques rues avant d'arriver devant la boite de nuit. Autour de lui, tout était silence, et face à lui, l'établissement se tenait, imposant. L'endroit était lugubre, presque abandonné, à deux doigts de s'effondrer. Et le néon rouge penché, indiquait le nom de l'établissement.
Allez en Enfer.
Draco voulut entrer. Il s'imaginait déjà accoudé au bar, buvant verres sur verres, regardant la foule se mouvoir sur la piste de danse, puis se fondre dans la masse, danser jusqu'à l'oubli, et enfin s'endormir seul dans son lit ou contre un corps chaud et moite.
Mais ça… c'était avant.
Avant que son regard ne croise celui de Harry Potter, cet homme assis au bar, la tête baissée et le dos vouté comme s'il n'avait rien à faire là, comme s'il ne savait pas si là était vraiment sa place. Presque un enfant timide, perdu dans cet endroit où il n'aurait jamais dû mettre les pieds.
Lentement, Draco baissa les yeux vers le sol. Il se mordilla la lèvre de colère et ferma les yeux un court instant, se maudissant, lui et ce maudit corps, d'être tombé sous le charme d'un homme qu'il avait toujours détesté et qui ne serait jamais à lui.
Le cœur au bord des lèvres, les poings serrés, il fit demi-tour. Il avait l'impression de voir la scène de l'extérieur : lui, mal fagoté dans des habits trop petits qui laissaient voir son corps mince, son avant-bras caché par un gant, ses cheveux dans tous les sens. Il était laid, qu'importe par où on le regardait. Il ne méritait pas Potter, pas plus qu'il ne méritait de vivre.
Sa vie n'était qu'un ramassis d'erreurs. Potter ne reviendrait plus jamais vers lui. Il ne le reverrait sans doute plus, sauf pour cette maudite mission, mais ça aurait lieu dans des endroits neutres. Leur vie nocturne était terminée.
Et il se retrouvait seul, comme un con. Jamais Draco ne retournerait vers lui, il le savait, et Potter ne l'attendrait pas. Il avait déjà été assez patient avec lui. Ce soir, il renonçait définitivement à lui, avec une boule de plomb à la place du cœur et la gorge serrée à l'étouffer.
« M'sieur ! Une pièce, s'il vous plait ! »
Cette petite voix claire dans la nuit noire sembla le réveiller. Draco sursauta et chercha l'origine de cette voix. Ses yeux tombèrent sur le petit garçon qu'il avait déjà vu, dans cette ruelle mal fréquentée, tenant son gobelet dans ses petites mains, le regardant avec de grands yeux brillants d'envie. Ses haillons crasseux étaient répugnants. En étant honnête, tout était répugnant chez cet orphelin qui avait attendu toute la journée qu'on daigne lui laisser quelques pièces.
Un petit garçon qui faisait pitié, assis par terre, les jambes continuellement pliées, ses cheveux emmêlés et sales.
Draco était mal dans sa peau. Il l'avait toujours été, mais ce soir-là, il l'était peut-être plus que les autres jours.
Un choix s'offrait à lui : fouiller dans sa poche et n'y trouver aucune pièce ou s'en aller, les mains dans ces mêmes poches vides. Soit il verrait le visage de cet enfant s'affaisser par la déception, soit… il ne le verrait pas, car il aurait détourné les yeux.
Soudain, Draco céda. Il n'enfonça pas ses mains dans ses poches, il les tendit vers ce petit garçon maigre tout en se baissant et il le saisit sous les aisselles pour le soulever, son visage neutre ne reflétant aucun sentiment. L'enfant parut surpris puis inquiet. Quand Draco l'eut dans les bras, le petit garçon tremblait, les yeux terrifiés.
L'homme ne lui dit pas un mot et quitta cette rue, avec son fardeau dans les bras.
OoO
L'enfant s'appelait Elvis et il avait sept ans. Ce fut tout ce que Draco apprit de lui quand il fut chez lui, après avoir passé la porte d'entrée. Bien qu'il soit comme dans un état second, sans bien se rendre compte de la situation, l'homme blond percevait très bien la terreur somme toute assez compréhensible du petit garçon. L'enfant ne le quittait pas des yeux, s'attendant à ce que cet inconnu lui fasse du mal.
Pourtant, il n'en fit rien. Le médicomage l'emmena dans la salle de bain, fit couler l'eau dans la baignoire, puis retira les haillons crasseux de l'enfant avant de le plonger dans le bain. L'appréhension fit place à un grand soulagement quand son petit corps fut réchauffé par l'eau tiède. Ses yeux bruns s'agrandirent et un grand sourire éclaira son visage quand il vit la mousse gonfler sur l'eau, alors que le robinet coulait toujours.
Pendant quelques minutes, les bras croisés sur le rebord de la baignoire, Draco regarda le petit garçon s'épanouir dans l'eau, s'amuser à pétrir la mousse ou à souffler dedans. Avec un gant, il lui essuya le visage et l'éclaboussa gentiment, ce qui le fit rire. Un joli rire clair et doux à l'oreille, un rire d'enfant.
Ils passèrent un long moment dans la salle de bain. Il fallut laver les cheveux emmêlés d'Elvis et l'enfant émis quelques réserves : il n'aimait pas que l'eau lui coule sur la tête et surtout le visage, sans compter qu'il accordait une confiance toute relative à cet inconnu. Pourtant, cela ne lui fit pas de mal quand l'homme plongea les doigts dans ses cheveux pleins de mousse, massant sa tête, avant de la rincer avec application en penchant son crâne en arrière.
Puis vint le moment du séchage. Draco enveloppa Elvis dans une grande serviette éponge blanche et laissa le petit garçon seul quelques minutes avant de revenir avec des vêtements. Sans vraiment se poser de questions, l'enfant s'habilla et se regarda sous toutes les coutures dans le grand miroir de la salle de bain, admirant ces belles affaires, quoiqu'un peu grandes. Malgré lui, Draco ne put résister et il eut un petit rire en voyant Elvis s'admirer dans le miroir. L'enfant sursauta, se tourna vers lui et lui jeta un regard mauvais, vexé qu'il se moque de lui. Puis, le blond se calma et lui tendit la main.
Pendant quelques secondes, Elvis regarda cette grande main blanche tendue vers lui. Il hésita, puis il leva sa petite main et la posa dans celle de l'homme, semblant décidé à lui faire confiance. Il paraissait fatigué, aussi, et Draco ne doutait pas une seconde qu'il ait envie de dormir. Pourtant, il fit un détour par la cuisine où il lui donna quelque chose à manger. Ce fut bien difficile de le convaincre que, oui, il pouvait manger ce qu'il y avait dans son assiette, et que non, il ne lui demanderait rien en retour. Avec méfiance, l'enfant avala quand même sa petite assiette.
Enfin, ils allèrent se coucher. Draco l'emmena dans une des chambres, qu'il avait meublée autrefois, sans vraiment y réfléchir, pour accueillir un enfant. Son désir et son obsession avait été telle qu'il avait créé cette chambre et acheté des vêtements de toutes les tailles. Après cela, il avait pu se faire une raison et oublier cette idée fixe. Et ce soir, un petit garçon maigre de sept ans s'installait dans ce lit vide et froid, semblant savourer la douceur des draps et la qualité du matelas.
Draco alla se coucher, la tête légère, comme dans un état second.
OoO
Cela faisait deux semaines que Harry était parti en mission spéciale et une semaine qu'Elvis était entré dans sa vie. C'était un peu comme si son existence s'était brusquement ralentie avant de s'accélérer d'un seul coup. Draco n'avait jamais vécu ce genre de sensation, et d'une certaine manière, ce n'était pas désagréable.
Draco n'aurait jamais pensé qu'avoir un enfant pouvait autant bouleverser une vie, surtout la sienne si bien rangée et encadrée. Pourtant, l'arrivée d'Elvis avait quasiment saccagé son existence morose qu'il partageait entre ses journées interminables à Ste Mangouste et ses nuits passées chez lui ou en boite de nuit. S'occuper d'un enfant était prenant et autant dire que Draco y avait pris goût.
Elvis était un petit garçon un peu timide mais assez bavard quand il se sentait en confiance et il fut rapidement conquis par Draco, même s'il n'avait pas spécialement l'air aimable. Ses parents étaient morts quand il était jeune et il se retrouva dans la rue. Recueilli par un vieux monsieur, il se retrouva comme beaucoup d'autres orphelins à mendier dehors, sans chercher à comprendre : c'était dur mais il pouvait manger. A présent, il avait un vrai lit, de vrais repas et quelqu'un qui prenait soin de lui. Elvis était câlin, il aimait se blottir sur les genoux du blond, lui tenir la main ou tout simplement rester à côté de lui.
Ce genre d'enfant aurait pu agacer Draco s'il n'avait pas eu tellement faim de paternité et d'oubli. Elvis lui permettait d'oublier à quel point il avait une vie merdique. Toute son attention était tournée vers ce petit être et il était charmé par cet enfant aux cheveux bruns, si innocent de par son âge et pourtant alerte malgré sa jeunesse.
Ce qui fut compliqué, ce fut de le déclarer et, entre autres, de l'adopter. C'était un enfant sorcier, Draco l'avait bien vérifié, donc il était hors de question qu'il passe des années chez lui sans pouvoir rentrer à Poudlard. Par chance, ses parents avaient bel et bien déclaré sa naissance, portant le nom d'Elvis Barthelemy Adams.
Evidemment, ce fut difficile de retrouver son véritable nom : il ne se rappelait évidemment pas du nom de ses parents, ânonnant difficilement son nom de famille, et il fallut faire de nombreux tests de magie aussi complexes les uns que les autres pour parvenir à établir à quelle famille il pouvait bien appartenir. L'opération fut longue, fastidieuse et terriblement fatigante.
Cependant, c'était essentiel pour que Draco Malfoy puisse l'adopter. Il mit bien deux jours avant de pouvoir donner son nom à l'enfant. Bizarrement, les autorités voulurent garder l'enfant le temps qu'ils vérifient si le médicomage pouvait bien prendre le garçon chez lui : son logement, son travail, ses relations… Draco se retint difficilement de leur dire qu'il avait ramassé cet enfant dans la rue comme il aurait récupéré un chat errant, alors leurs mesures pour le bien-être d'Elvis, ils pouvaient bien se les mettre là où il pensait…
Enfin, au terme de ces deux jours, il put récupérer un Elvis apeuré qui n'avait cessé de réclamer ses bras quand il fut séparé de son nouveau père. A présent, il s'appelait Elvis Barthelemy Malfoy. Pas sûr que sa mère soit très heureuse en voyant ce rat d'égout porter le nom de leur prestigieuse famille, mais cela importait peu Draco qui n'avait pas adopté cet enfant pour elle mais pour lui. Il savait que c'était un sang-pur, mais dans le fond, cela n'avait aucune importance.
Le principal était qu'il se sente bien avec lui, qu'il lui fasse oublier à quel point il n'était qu'une ordure. Qu'il lui fasse oublier qu'il était amoureux fou d'un homme qui ne serait jamais à lui. Qu'il lui fasse oublier cette boite de nuit où il avait connu la plus belle tentation du monde…
Il voulait que cet enfant remplisse sa vie, il voulait le voir grandir et passer des semaines et des semaines sans compter les minutes et les heures. Il voulait construire quelque chose autour de lui, une demeure où il se sente en sécurité et non pas un château de carte qui fut celui de son enfance.
Oublier.
Oublier Harry, qu'il ne reverrait jamais.
Oublier cet homme, qui serait bien mieux sans lui.
Oublier son amour, qui n'aurait jamais dû exister.
OoO
Il faisait une chaleur à mourir dans le laboratoire. Draco transpirait comme un bœuf : il avait abandonné sa robe de médicomage, se baladant torse nu dans le laboratoire, et c'était tout juste s'il ne retirait pas son pantalon. Non loin de lui, Paxton remuait avec ce qui lui restait de force une mixture particulière épaisse dans un chaudron. Lui aussi avait jeté au placard le peu de bonnes manières qu'il avait et se baladait avec un simple short dans la pièce. Andromaque, quant à elle, suait comme jamais et déplaçait avec mal son corps massif.
Le service de la recherche était le seul à se permettre ce genre de comportement qui était pourtant formellement interdit : Ste Mangouste se devait de posséder des effectifs en tenue correcte. Pourtant, aucun chercheur travaillant sur les potions ne respectait les règles et ils se baladaient tous à moitié nus, vu qu'il était impossible d'ouvrir complètement les fenêtres, sauf pour aérer un peu, et la chaleur des chaudrons associée à celle du dehors était trop élevée pour être contrée par des sortilèges de ventilation.
Draco Malfoy se pencha sur un chaudron, examina la mixture qui s'y trouvait, puis nota quelque chose sur son carnet avant de passer au chaudron suivant, qui était vide. Il fit le tour des récipients, griffonnant des petites notes sur son calepin, jusqu'à arrivé au treize, à côté duquel Andromaque se trouvait. Elle suffoquait, regardant d'un air morne le liquide verdâtre qui faisait des bulles.
« Andros, va te passer un coup sur le visage.
- Ça sert à rien. Je suis déjà trempée. »
De sa baguette, elle avait actionné un éventail qui battait près de son visage pour essayer de la rafraichir, mais sans grand succès. De toute façon, même les hommes qui se baladaient torses nus n'étaient guère mieux lotis qu'avec leurs blouses autour d'eux. Cela leur permettait seulement de ne pas être embarrassés dans leurs mouvements par ces tissus humides.
Draco Malfoy détestait la chaleur. Il préférait largement les temps plus froids, car au moins, il pouvait combattre avec des couches de vêtements ou des sortilèges les températures plus basses, mais il était bien plus difficile de contrer la chaleur. Il se disait qu'il s'y ferait, car tous les chercheurs s'y faisaient, mais ce n'était pas pour autant qu'il appréciait davantage sa situation.
Il en vint à penser à Elvis qui, lui, ne devait pas souffrir de la chaleur, très certainement installé dans le salon frais de sa nourrice avec les autres enfants qu'elle gardait. Comme quoi, ce n'était pas si mal que ça d'être un petit, comme il l'avait lui-même longtemps pensé.
La nourrice qu'il payait pour l'enfant de Paxton n'avait pas fait de difficultés quand il lui avait présenté le jeune Elvis, mais ce dernier avait eu beaucoup de mal à se séparer de Draco, en venant à pleurer et même crier en le suppliant de ne pas le laisser tout seul. Le blond dut faire appel à tout son self-control et le peu de pédagogie qu'il possédait pour faire comprendre à son fils qu'il devait travailler mais qu'il reviendrait le chercher le soir. Au fil des jours, l'enfant s'était fait à ces journées passées chez la nourrice mais Draco savait très bien qu'il préférait rester avec son nouveau père.
C'était étonnant comme l'enfant avait pu s'attacher à lui. Draco n'avait jamais été très proche de ses propres parents et jamais il n'avait réclamé leur présence à qui que ce soit, qu'importe son âge. Du moins, il n'en avait pas le souvenir. A juste titre, il se disait que ce devait être parce qu'il avait récupéré l'enfant dans la rue et lui avait donné tout ce qu'il n'avait jamais eu : un lit, de quoi manger, un bain chaud… Un toit, en somme. Et puis peut-être qu'il avait peur que le vieil homme qui s'était chargé de lui jusqu'alors ne vienne le récupérer, et que son calvaire perdure…
D'un autre côté, Draco s'était aussi terriblement attaché à ce petit garçon. Son désir d'enfant avait toujours été très fort mais cela demeurait un rêve, et au fond de lui, il avait toujours su qu'adopter un enfant ne voulait pas dire qu'il pourrait en tomber amoureux. Et pourtant, Elvis attirait toute son attention et il se découvrait un peu paternel, voire même tendre.
Peut-être parce que cet enfant était trop mature pour son âge et qu'il parvenait à savoir quand il pouvait taquiner son nouveau père ou quand il devait rester sage.
Peut-être parce que c'était un enfant malheureux qui n'avait connu que les trottoirs froids de la rue et, d'une façon ou d'une autre, il avait pitié de lui.
Ou alors peut-être que cet enfant avait autant besoin d'amour que lui.
Autant besoin d'attention que lui.
Et il n'en avait jamais eu.
Un enfant innocent plein d'amour qui ne demandait qu'à en donner et en recevoir.
Et sans doute… que c'était aussi une sorte d'échappatoire…
« Mr Malfoy ?
- Oui Paxton ?
- Je dois rajouter les racines de Mandragore ou non ? C'est le chaudron n°4…
- Non, attends encore un peu. Mais va rajouter la poudre de bézoard au n°10.
- Ok. Ah, au fait, j'ai rencontré Mrs Weasley tout à l'heure. Elle essayait de faire comprendre à Pathos qu'elle devait absolument vous voir.
- C'est pas la première fois qu'elle essaye, depuis la dispute. »
Andromaque avait raison : depuis que Draco l'avait envoyé se faire paitre, Hermione Weasley ne lâchait pas l'affaire. Cependant, il avait cette fois-ci le soutien de son supérieur, Mr Pathos, un homme qu'il ne supportait pas mais qui avait néanmoins la qualité, précisément, d'être insupportable et intraitable. Il bloquait ainsi les issues à cette bonne femme qui se croyait tout permis. Certes, elle s'était faite plus mielleuse, moins exigeante, mais elle continuait à lui pomper l'air.
« Elle continuera jusqu'à ce qu'il cède, et vu comment il est, elle finira par se lasser.
- Je me sens revivre depuis qu'elle ne vient plus ici !
- Paxton…
- Bah quoi ? Vous étiez toujours énervé, après…
- C'est vrai que ce n'était pas marrant de bosser avec vous, après… »
L'un après l'autre, Draco Malfoy regarda ses apprentis. Un étrange sentiment lui étreignit le cœur. En face de lui, Paxton et Andromaque paraissaient honnêtes, leurs yeux tournés vers lui comme vers une personne proche, familière, et non comme vers un supérieur hiérarchique, ce qu'il était pourtant.
Draco Malfoy esquissa un léger sourire sarcastique.
« Parce que c'est « marrant » de bosser avec moi ?
- Bah pas forcément, des fois c'est même chiant, quoi…
- Mais c'est encore pire quand vous êtes énervé.
- Saletés. »
Les deux jeunes esquissèrent un sourire amusé avant de revenir à leur travail. Draco repartit dans son bureau, la tête légère.
Incroyablement légère…
OoO
Aussi loin qu'il s'en souvienne, sa mère avait toujours été quelqu'un de très élégant. Il ne l'avait jamais vue vêtue de vêtements lui donnant un aspect débraillé, bien au contraire. C'était sans doute dû à son éducation, les Black étant une famille respectable et soucieuse de son apparence, mais c'était peut-être aussi parce qu'elle avait un physique qui se prêtait à des exigences vestimentaires strictes.
Bellatrix Lestrange et Andromeda Tonks étaient des belles femmes, elles aussi, mais il leur manquait ce petit côté poupée, mannequin, femme du monde que possédait leur sœur Narcissa Malfoy. Blonde comme les blés et les yeux bleus, c'était une femme qui possédait du charme, mais qui n'était pas belle au sens premier du terme. Là-dessus, Draco s'accordait à dire que ses deux autres sœurs avaient des visages plus gracieux que le sien.
A chaque fois qu'il rendait visite à sa mère, il la trouvait toujours aussi élégante que d'habitude, et d'une certaine manière, c'était rassurant : certaines choses demeuraient immuables. Mais c'était bien la seule chose qui n'avait pas changé chez cette femme si effacée devenu tellement aigrie par l'échec cuisant de son mari, enfermé à Azkaban, et accessoirement de son fils, qui s'enfonçait dans des recherches de médicomagie dont le succès était à peine reconnu.
C'était toujours une corvée d'aller voir sa mère, comme ce fut le cas quand il allait voir son père. Mais cela faisait un bon moment qu'il ne lui avait pas rendu visite : lui avouer qu'il était homosexuel avait eu l'effet d'une douche froide sur cet homme solide et orgueilleux. Après sa confession, Lucius Malfoy avait fermé sa bouche, regardant son fils comme si c'était la première fois qu'il le voyait, et peut-être que c'était effectivement le cas. Puis, il s'était levé et était parti, sans un mot de plus.
Depuis, Draco n'avait pas remis les pieds à la prison, ne sachant si son père accepterait de le voir ou non. Dans le premier cas, il préférait ne pas savoir ce que son géniteur lui dirait. Cependant, il savait de source sûre que Lucius s'était enfermé dans un silence buté. Peut-être avait-il enfin ouvert les yeux sur la véritable existence de son fils : un homosexuel qui vivait une vie banale, reniant point par point l'héritable de sa noble lignée.
C'était en partie pour cela que le médicomage répugnait à aller voir sa mère : nul doute qu'elle était au courant de la situation, ce qui expliquerait en partie son silence de ces derniers temps. Draco ne recevait plus de lettres, ni de propositions d'épouses. En soi, c'était une bonne chose, en même temps, il ne savait pas s'il devait vraiment s'en réjouir.
Il avait renoncé à son père, d'une certaine manière.
A présent, il se trouvait devant sa mère, grande et froide, enveloppée dans son orgueil, ses yeux bleus perçant son âme pour essayer d'y trouver ce qu'elle cherchait à comprendre.
En soi, ce n'était pas bien différent d'à Azkaban : il était assis en face d'une de ses parents, un mur, plus ou moins visible, dressé devant eux, avec la sensation désagréable qu'il était coupable.
Sa mère parla.
Un peu. Beaucoup.
Presque à la folie.
Tout se termina dans des cris.
C'était un peu comme s'il était un enfant, assis sur sa chaise, les mains posées sur ses genoux parce qu'il n'avait pas d'autres endroits où les mettre, avec l'envie de s'enfoncer dans le sol pour s'y cacher ou ne faire qu'un avec la chaise.
Mais Draco n'était plus un enfant, c'était un homme, mûr, qui connaissait la vie, et surtout son mauvais côté. Et il était habitué aux crises de nerfs, aux reproches en tout genre. Ce n'était pas une nouveauté, loin de là. Son existence était jonchée d'échecs et de reproches.
Pourtant, cette fois, c'était différent. Avant, il s'accrochait de toutes ses forces à ses genoux, parce qu'il lui fallait bien quelque chose auquel se tenir. Puis, c'était au visage de Harry qu'il s'était tenu, pendant sa confrontation avec son père, mais il voulait l'oublier. Alors à présent, c'était à l'image souriante d'Elvis, qu'il pensait, ce petit garçon de sept ans aux cheveux marron et aux yeux sombres qui passait des heures à tracer des lignes de couleur sur des feuilles blanches.
S'accrocher à son visage et à son nom, car c'était la seule chose à laquelle il pouvait se tenir.
Alors crie, Mère.
Crie.
Egosille-toi, encore un peu.
C'est pas grave.
J'ai l'habitude.
Crie encore…
Ça… fait du bien…
OoO
Trois semaines qu'il était parti. Jour pour jour. Il avait entendu Hermione Weasley parler dans les couloirs : il était de retour à Londres.
L'apprendre lui avait fait mal. Il s'était enfermé dans son bureau tout le reste de l'après-midi, sans jamais mettre le nez hors de cette petite pièce impersonnelle. Puis, il était rentré chez lui, les idées noires et le corps fatigué. Même Elvis n'avait pas su lui remonter le moral, malgré ses efforts.
Une douloureuse tentation lui étreignait le corps : se changer et courir à la boite de nuit. Elle lui manquait cruellement. Presque un mois qu'il n'y avait pas mis les pieds, et Merlin que ça lui manquait. Elle l'appelait, cette boite de nuit, sa musique trop forte, ses lumières aveuglantes et ses escaliers en colimaçon l'appelaient de toutes leurs forces.
Plus d'une fois, il avait eu envie de sortir de chez lui, courir dans les rues vides et se perdre dans la musique assourdissante qui faisait bouger son corps comme jamais. Il avait eu envie d'un corps chaud et moite contre lui, quelques instants d'oubli. Cette boite était sa drogue, la seule façon qu'il avait trouvée pour tenir encore debout en trouvant un semblant de tendresse et de plaisir entre des bras inconnus.
Depuis, il y avait eu Elvis. Il avait tenu une semaine comme un mort vivant, puis deux avec cet enfant qui lui faisait un peu oublier le honteux établissement. C'était une façon de se redresser, aussi, mais il avait passé tant de temps dans cette boite de nuit que ça devenait de plus en plus un besoin, rien que d'y mettre les pieds, regarder les hommes danser, et puis repartir… Mais l'homme savait pertinemment que ce serait se faire du mal pour rien, car la personne qu'il voulait voir, c'était Harry Potter.
Ce ne serait pas dur de le retrouver. Il serait sûrement là-bas, ce soir, à attendre Draco, pour connaître sa réponse. Tout son corps brûlait, il voulait y aller, le retrouver dans la foule, et puis le prendre dans ses bras, l'embrasser comme jamais. Lui dire à quel point il lui avait manqué, à quel point il avait eu envie de le revoir…
C'était facile d'oublier. Travailler comme un acharné, concentrer son attention sur quelqu'un d'autre… Oui, c'était facile. Mais quand arrivait la nuit, quand il fallait se coucher dans son lit, c'était déjà nettement moins évident, car on se retrouvait seul, avec ses souvenirs…
Il avait dormi dans son lit.
Il s'était couché dans ses draps.
Ils avaient fait l'amour, la tête sur les oreillers et le corps sur le matelas.
Ils s'étaient aimés dans cette chambre et dans ce canapé où il s'allonge presque tous les soirs.
Draco avait faim de Harry, de sa voix, de son visage, de ses yeux verts.
Mais il n'irait pas. Même si ça faisait mal, même si c'était comme lui arracher le cœur, même s'il renonçait à lui ce soir, il n'irait pas.
Car c'était une histoire sans issue. Jamais ils ne seraient ensemble, car au fond de lui, il savait qu'ils ne parviendraient pas à rester ensemble. Harry était un héros, fiancé à la sœur de son meilleur ami, dont la famille l'avait quasiment adopté. Les médias, les collègues, tous se déchaîneraient sur Draco Malfoy, l'ancien mangemort, le fils d'un criminel, l'homosexuel peu recommandable.
Il ne voulait pas de ça. Pour lui, mais surtout pour Harry.
Harry ne méritait pas ce genre de vie, les combats acharnés pour mener la leur, sans critiques. Draco ne voulait pas lire ses déclarations dans la presse, l'entendre le défendre sans cesse, et lire la tristesse ou la colère sur son visage à cause d'un énième manque de respect vis-à-vis de Draco ou d'eux.
Leur couple ne serait jamais accepté. Jamais. Et il casserait sûrement. Draco y mettrait fin, parce qu'il ne voulait pas voir Harry souffrir, et ce serait ce dernier qui arrêterait tout, n'en pouvant plus de la pression.
Et puis… il méritait mieux, aussi.
Bien mieux.
Alors Draco resta chez lui, tenant Elvis contre son cœur comme un enfant tenant une peluche réconfortante, à la fois pour ne pas éclater en sanglots, mais aussi pour se retenir de se lever et quitter l'appartement…
OoO
Il était très tard. Draco était épuisé. Trop de tensions nerveuses, trop de disputes, de beuglantes… Mr Pathos était sur son dos depuis quelques jours, espérant en vain qu'il prenne un troisième apprenti. Cela ajouté aux charmantes missives écarlates de sa mère, Draco se trouvait dans un état de nervosité avancé qui le rendait insupportable. Il avait renvoyé Paxton du laboratoire après qu'il ait fait exploser un chaudron et Andromaque n'avait pas tardé à le rejoindre.
De sale humeur, le médicomage verrouilla son laboratoire avec des gestes secs et agacés. Son grimoire avançait peu, ou plutôt, il avait l'impression de faire du sur-place. Il avait beau écrire des pages et des pages à la plume, retracer des schémas plus ou moins compliqués, les parchemins ne faisaient que s'accumuler les uns sur les autres sans jamais voir venir la fin de ce long et fastidieux travail. Sans compter les potions qui remuaient dans leurs chaudrons toute la sainte journée dans la pièce à côté, certaines depuis des mois et des mois…
L'homme était dans un état d'exaspération ahurissant, voire même dangereux pour ses congénères, et les rares personnes qui l'aperçurent dans le couloir ne firent pas un geste pour le saluer ou l'interpeller, sachant pertinemment qu'ils seraient réduits en miettes si jamais ils osaient s'adresser à lui. Une seule personne osa le couper dans son élan, alors qu'il rentrait laborieusement chez lui.
« Tiens tiens, mais ce serait pas Draco Malfoy ? »
S'il ne connaissait pas cette voix, si cette voix n'appartenait pas à l'une des rares personnes qu'il appréciait dans le coin, Draco aurait lancé un regard à glacer le sang à celui qui avait osé lui adresser la parole. Mais il se contenta de tourner la tête et de jeter un regard peu avenant à Théodore Nott. Ce dernier paraissait aussi épuisé que lui, si ce n'était plus, ses yeux noirs soulignés de cernes et son teint paraissant plus blanc que jamais.
« Qu'est-ce que tu fais ici, toi ? Tu ne devrais pas être rentré ?
- C'est difficile pour vous, les potionistes, de comprendre cela, mais l'étude de certains bouquins peut se révéler passionnante.
- Je veux bien te croire.
- Alors, il parait que tu es devenu père ?
- Les nouvelles circulent vite. »
Théodore ricana : comme partout, les commérages allaient bon train à Ste Mangouste, surtout quand il s'agissait de personnes aisées ou particulières, et Draco faisait partie de ces deux catégories.
« Ta mère a vu ton môme ?
- Non.
- Elle sait au moins ?
- Si toi tu es au courant, elle doit l'être. Mais elle ne m'en a pas parlé, donc je pense qu'elle ne veut pas le voir. Tant qu'elle ne l'a pas vu, c'est comme s'il n'existait pas.
- Pas faux. Et avec ton…
- Théodore, je croyais que les affaires de cœur des autres ne t'intéressaient pas le moins du monde ?
- Tu ne fais pas partie des autres, Draco. Et puis… il te rendait malheureux, aussi. »
Le blond haussa les épaules. Repenser à Harry maintenant lui faisait mal, car il savait qu'il était dans le coin et qu'il ne serait pas difficile de se retrouver face à lui. Il suffisait qu'il lui envoie une lettre ou qu'il se rende à la Sécurité, ou alors qu'il aille danser. Mais il se refusait à tout cela, essayant de l'oublier. Harry avait dû comprendre en ne le voyant pas venir à lui et il devait s'être fait une raison. A Draco de l'oublier totalement…
« Je laisse tomber.
- Ah ouais ?
- Ca sert à rien de continuer.
- Tu avais l'air plus épanoui, tu sais…
- Tu viens de dire que…
- Il te rendait malheureux, mais quelque chose a changé, chez toi. A mon avis, tu ne devrais pas laisser tomber. Je ne pense pas qu'on puisse oublier quelqu'un en moins d'un mois. »
Draco se stoppa. Levant la tête, il jeta un regard pénétrant à Théo qui se soumit à cet interrogatoire visuel d'un air las, accentué par ses cernes et la pâleur de sa peau. Le blond serrait les dents, son cœur battant à cent à l'heure.
« Tu…
- Enfin Draco, tu m'as cru assez con pour ne pas deviner qui c'était ? Cherche pas à savoir comment j'ai fait, mais je le sais, c'est tout. Je dois bien être le seul, d'ailleurs.
- Théodore…
- Je ne dirai rien, c'est pas mon style. Mais à mon avis, tu devrais arrêter de tourner autour du pot et foncer. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous, et d'ailleurs, ça ne me regarde pas. Mais ne laisse pas tomber. Il n'est pas heureux, tu sais. Il ne l'a jamais vraiment été, et ce n'est pas en le laissant dans cette situation que tu pourras faire son bonheur. C'est toi qu'il attend.
- Il t'a parlé ?
- Oui et non. Pas de toi. Mais d'elle. Et ça suffit pour comprendre ce qu'il vit avec toi. »
Harry aussi lui avait parlé de Ginny, mais c'était différent car ils se voyaient tous les deux le soir, ils avaient même fait l'amour, et ce plus d'une fois. Et entendre ces mots de Théodore emplissait Draco d'un espoir fou qu'il réprima violemment.
« Je ne sais pas.
- Réfléchis. Nos chemins se séparent. »
Alors le blond réalisa qu'ils étaient arrivés à la galerie des cheminées. Il serra la main de son collègue, le regarda quelques secondes, puis hocha la tête, l'air de dire « je vais réfléchir ». Puis, il passa l'une des cheminées et arriva chez lui. Puis, un peu bêtement, il sortit de son appartement et transplana juste devant sa porte pour atterrir dans une rue sombre non loin de la maison qu'habitait la nourrice. Il fit quelques pas et ne tarda pas à sonner au portail d'une belle demeure où il lui fut rapidement permis d'entrer.
Quand il sonna à la porte d'entrée, la nourrice vint l'accueillir. Il s'agissait d'une femme d'âge mûr et quelque peu sévère mais qui avait tout d'une bonne nourrice, sachant se montrer tendre ou stricte quand il le fallait, se faisant obéir des enfants les plus durs avec un simple regards et quelques mots. Elle s'appelait Norbertine Sweetlove et elle impressionnait beaucoup Paxton. En même temps, il ne lui fallait pas grand-chose, à celui-là…
La dame l'emmena dans le salon où il ne restait plus que son fils. Ce dernier ne cacha rien de la joie de le retrouver, lui sautant dans les bras quand il l'aperçut dans l'encadrement de la porte. Draco demanda à Miss Sweetlove combien il lui devait pour le repas et le dépassement d'horaire et régla le surplus sans discuter. Enfin, il partit après l'avoir remerciée.
Il était tard, l'heure d'aller se coucher. Alors Draco s'empressa de laver Elvis puis de le mettre dans son lit. L'enfant était épuisé alors il ne broncha pas, se laissant mener par les grandes mains d'adulte de Draco. Il s'endormit à peine la tête posée sur son oreiller, laissant alors Draco seul avec ses pensées.
L'homme alla dans son salon et s'assit dans son canapé. Se recroquevillant sur lui-même, il réfléchit.
Théo l'avait bouleversé, autant le dire. Ce n'était pas son genre de s'intéresser aux problèmes de cœur des autres. Certes, son comportement pouvait s'expliquer : il avait trouvé un Draco désemparé dans les toilettes et ils avaient évoqué ses problèmes de cœur sans pour autant donner de nom. Et en même temps… Théodore savait de quoi il parlait, ou plutôt de qui. Draco savait bien qu'il connaissait Harry, ou du moins assez pour pouvoir boire un café avec lui à la pause de dix heures, mais pas au point qu'il lui parle de sa fiancée…
Il fallait croire que si. Et l'espoir que Théo avait allumé en lui l'empêchait de réfléchir correctement.
Non, Harry ne serait pas heureux avec lui. Il ne pouvait pas. Ils souffriraient, et Draco ne voulait pas ça. Qu'importe que lui-même souffre, il avait l'habitude. Mais pas Harry… pas lui. Il ne mérita pas ça…
Et pourtant…
OoO
Et dire que cette bâtisse délabrée et lugubre était l'une des plus importantes boites de nuit sorcière gay… Comme dirait Paxton, c'était vraiment du foutage de gueule.
C'était souvent comme ça avec les établissements sorciers : la façade était laide à faire peur, se décomposant comme un cadavre abandonné à côté des poubelles dans une rue sombre, alors que l'intérieur était bien mieux aménagé. Enfin, un certain nombre de sorciers avait un goût médiocre pour le nettoyage, donc il fallait vraiment savoir où aller pour trouver un lieu digne de ce nom.
Et cette boite de nuit au néon rouge penché en était un, de lieu digne.
Plus ou moins digne…
Allez en Enfers.
A chaque fois qu'il lisait cette inscription, Draco sentait un frisson lui parcourir le dos. Il aimait cette petite phrase, cette petite expression ambiguë.
Allez en Enfers, vous, homosexuels qui souffrent du regard des autres. Les Enfers se trouvent ici, derrière ces portes abîmées…
Allez en Enfers, vous, homophobes qui rejetez votre prochain parce qu'il est différent de vous. Laissez-les en paix…
L'Enfer, c'est les autres, avait dit un homme célèbre. Et cette expression était à la fois étrange et réaliste. Et c'était un peu ce que voulait dire ce néon bancal.
Allez en Enfers…
OoO
La musique était assourdissante. Cela lui avait presque manqué. Elle explosait dans la pièce, à en crever leurs tympans, entraînant la foule déchaînée dans une danse effrénée. Elle frappait contre les murs, illuminait la pièce de mille couleurs, enchantaient les hommes qui se bougeaient la tête au bar, dandinaient leurs reins au bord de la piste, emportaient les autres au milieu des flashs.
Comme un étranger et pourtant curieusement à l'aise, Draco marchait parmi cette foule d'inconnus qu'il regardait à peine. Ses yeux allaient et venaient, partant du bar bondé à la piste de danse, puis aux murs où s'alignaient des hommes qui discutaient ou se frottaient de manière suggestive.
A l'étage, Mrs Nightingale s'était installée sur un siège confortable à côté d'un des vigiles. Elle avait adressé un sourire amusé à Draco, lui réclamant de façon très distingué ce qu'il devait lui payer. Embarrassé, Draco lui répondit qu'il n'avait rien sur lui, mais qu'il repasserait le lendemain pour payer. Après une légère hésitation, la patronne poussa un soupir et lui dit de descendre : il était attendu.
Alors l'homme fouillait la foule des yeux. Il n'y avait pas de thème ce soir-là, chacun était habillé comme il le souhaitait, mais Harry n'avait pas de style particulier, alors pour le retrouver…
Là. Au bar. Assis sur une chaise surélevée, seul, le dos appuyé contre le bar. Il avait la tête un peu baissée, regardant ses mains, la mine un peu boudeuse. Aucun homme n'était près de lui, un peu comme si personne n'osait l'approcher. Peut-être qu'il les avait tous envoyés valser, attendant encore et toujours celui qui faisait battre son cœur.
Lentement, presque timidement, Draco s'avança vers lui. Il le dévorait des yeux, retraçant les courbes de son visage, ses cheveux noirs… Un mois qu'il ne l'avait pas vu, un mois qu'il avait été loin de lui, sans le voir ni le toucher, et il se sentait comme revivre… Et quand Harry leva les yeux, en un mouvement automatique et vague, tournant la tête à droite et à gauche, Draco se sentit se liquéfier sur place. Ses yeux rencontrèrent le regard de Harry, qui parut plus que surpris de le voir là, alors que c'était vraisemblablement pour cela qu'il était venu ici.
Gardant un air impassible, en dépit des émotions qui se bousculaient en lui, Draco s'avança près de son amant et se planta juste à côté de lui, sans jamais le quitter des yeux. Il lui avait manqué à un point inimaginable… Incapable de prononcer le moindre mot, il se contentait de le regarder. C'était un peu comme s'il était dans un rêve…
Timidement, les joues rouges, Harry parla.
« Tu as fait ton choix ? »
Pour toute répondre, Draco fit un pas, se postant devant lui. Puis, il prit ses mains et le tira doucement vers lui. Harry résista, secouant la tête.
« Non. Réponds-moi. »
Mais Draco ne répondit pas et le tira avec plus de force. Pour ne pas tomber et mieux lui résister, Harry descendit de son siège mais il fut alors attiré vers la foule qui dansait sur la piste. Il eut beau protester, il suivit Draco dans la masse.
Et ils dansèrent.
Longtemps.
Très longtemps.
Avec quelques réticences pour l'un, qui se laissa pourtant guider par les mouvements de cet assoiffé qui semblait reprendre vie devant lui.
La petite moue boudeuse disparut du visage de Harry qui ferma les yeux quelques secondes avant de les rouvrir et se laisser guider par son amant, laissant ses mains pâles glisser sur son corps : ses hanches, ses épaules, ses cuisses…
Ils se retrouvèrent. Après un mois de séparation, d'attente, ils se retrouvèrent sur cette pièce, à l'image de leur rencontre en ces lieux : sur une piste lumineuse, portés par une musique trop forte, sans jamais tenir compte du regard des autres. Ils dansèrent comme des possédés, jusqu'à l'épuisement, s'arrêtant par moment pour boire un verre, et puis un autre, et encore un autre, dans les bras l'un de l'autre, collés comme s'ils avaient été créés pour ça, s'embrassant par moments, avec la même langueur et la même tendresse qu'auparavant.
C'était un peu comme si rien n'avait changé, entre eux.
Et quand ils quittèrent la boite de nuit, de la musique plein la tête, il coururent à l'appartement de Draco pour faire l'amour, s'enfermant dans sa chambre et se laissant tomber sur le lit où tout ne fut que chair chauffée au rouge, gémissements de plaisir et extase…
OoO
Sa tête bourdonnait. A croire que ce qui lui servait de crâne s'était transformé en ruche pendant la nuit et que des abeilles peu silencieuses avaient décidé d'y travailler. Cette idée fit son chemin dans son esprit embrumé et elle devint tellement forte qu'il ouvrit les yeux, comme pour s'assurer que non, il ne s'était pas transformé en usine à miel.
Par bonheur, sa tête était bien sur ses épaules et ce bourdonnement n'était dû qu'à une mémorable gueule-de-bois. Il le comprit petit à petit, émergeant à la vitesse d'un escargot du sommeil et de ses brumes. Draco passa une main dans ses cheveux, comme si cela pouvait éclaircir ses idées. Puis, il referma les yeux, recherchant inconsciemment le sommeil, mais le soleil éclairait la chambre, il lui était donc impossible de se rendormir. Pourtant, il se reposa un peu, bien au chaud dans son lit et contre ce corps allongé à demi sur lui.
Dans un geste aussi mou que mécanique, Draco posa sa main dans les cheveux broussailleux de son amant qui poussa un léger soupir quand il sentit cette caresse dans ce nid d'oiseau qui lui servait de chevelure. Son étreinte autour de sa taille se resserra légèrement et le blond esquissa un sourire avant de rouvrir les yeux. Il les baissa vers Harry qui dormait à poings fermés. Ce ne fut qu'à cet instant qu'il remarqua ses traits fatigués et les légères cernes qui soulignaient ses yeux.
Pendant un instant, il se demanda si Harry venait tous les jours à la boite de nuit en espérant l'y voir.
Mais il n'eut guère le temps de s'interroger car son amant remuait contre lui, peut-être réveillé à cause du soleil ou de sa main qui caressait ses mèches noires. Le médicomage le regarda s'éveiller contre lui et il sentit son cœur s'emballer quand ses paupières dévoilèrent ses yeux verts embrumés de soleil. Finalement, après s'être frotté les yeux, Harry fixa son regard dans le sien et esquissa un joli sourire que Draco fit disparaître sous ses lèvres.
Un léger soupir de Harry glissa sur sa joue. Ils restèrent un long moment dans le lit, l'un contre l'autre, sans se regarder. Profiter de la présence de l'autre, caresser légèrement sa peau tiède… Se convaincre qu'ils étaient bien ensemble, dans ce lit…
« Tu m'as manqué.
- Toi aussi.
- Pourquoi tu n'es pas venu plus tôt ? »
Draco ne répondit pas, fuyant son regard. Il ne voulait pas répondre à ça, car cela impliquait trop de choses. Il devrait parler de lui, de ce qu'il ressentait, et il en avait horreur.
« Je ne sais pas.
- Menteur.
- Tu veux du café ?
- Pourquoi tu évites sans arrêt ma question ? Tu m'as bien emmené chez toi, ça veut dire que…
- On en parlera plus tard. »
Embarrassé, il fallait bien le reconnaître, Draco le repoussa et se leva. Il sentit le regard, sans doute mécontent, de Harry posé sur lui. Nu comme un ver, il prit son peignoir et s'en enveloppa, enserrant sa taille avec la ceinture éponge. Puis, il prit le deuxième peignoir et retourna vers le lit pour le tendre à Harry. Ce dernier le regardait d'un air peu avenant, semblant peu apprécier la situation. Pourtant, il prit quand même le vêtement et l'enfila.
Ils sortirent ensemble de la chambre, sans un mot. Et puis soudain, Draco se rappela qu'il n'était pas seul ici, et que…
« Papa ! »
… Elvis n'était pas du tout au courant qu'il ait pu avoir quelqu'un dans sa vie, et vu son jeune âge, il ne comprenait de toute façon rien aux affaires de cœur des adultes. Quand il vit le petit garçon dans le couloir, ses cheveux dans tous les sens et vêtu de son pyjama bleu, les pensées de Draco s'éclaircirent. Il s'avança vers son fils, oubliant Harry derrière lui, et prit son garçon dans ses bras. L'enfant paraissait inquiet, regardant l'inconnu et se blottissant dans les bras de son père. Alors Draco se retourna et vit que Harry les regardait tous les deux d'un air atterré.
Pour éviter d'éclater de rire, alors qu'il en avait la furieuse envie, Draco fit les présentations.
« Elvis, je te présente Harry, un… ami. Harry… Mon fils, Elvis. »
Harry sembla revenir sur terre et il regarda l'enfant avec curiosité. A croire qu'il avait le même âge que le petit garçon qu'il tenait entre ses bras, à la façon dont il détaillait Elvis.
Un peu comme pour se convaincre qu'il était bien réel.
Puis, Harry détendit un peu l'atmosphère en esquissant un léger sourire. Il s'avança vers eux et tendit la main au petit garçon qui s'en saisit après une légère hésitation.
Draco posa son fils par terre et entreprit de préparer le petit-déjeuner. Du coin de l'œil, il surveillait Elvis et son amant, qui lui faisait décidément penser à un gamin, à regarder l'enfant de cette façon. Le pire, ce fut quand il se mit à lui parler : Harry avait ce… ce truc, que certaines personnes possèdent, et qui lui permettait de s'entendre avec n'importe quel enfant, quelque soit son âge. Car à peine commença-t-il à lui adresser la parole que le jeune Elvis se vit à bavarder avec lui, toute crainte envolée, comme s'il s'adressait à un enfant de son âge.
Et tout au long du petit-déjeuner, Draco comprit à quel point Harry avait faim d'enfants. Il imagina des disputes répétées chez lui, presque des supplications, Harry demandant sans cesse à sa fiancée de lui accorder un enfant. Il était de ces hommes et de ces femmes qui avaient besoin d'enfants, besoin de cet avenir vivant près d'eux. Il avait faim de ces sourires, de ces voix, de ces petites mains et de ces rires cristallins. Draco avait été comme lui, mais c'était bien moins visible chez lui car il n'avait pas cet instinct paternel qui se trahissait dans chaque geste et chaque mot de son vis-à-vis.
C'était beau à voir, en fait. Harry était beau, enveloppé dans ce peignoir jaune pâle, ses cheveux dans tous les sens, avec ce si beau sourire sur son visage un peu tiré, regardant avec tendresse l'enfant qui grignotait ses tartines avec gourmandise.
Draco sentit quelque chose en lui, s'apaiser. Il savait que ce genre de scène était idyllique et qu'elle ne se reproduirait pas éternellement, car l'émerveillement était une chose éphémère, et pourtant, il se sentait serein, alors qu'il avait été si tendu dans le lit, quand Harry lui avait à nouveau demandé s'il avait fait son choix…
Plus d'une fois, leurs regards se croisèrent et Harry rougit quand Draco le regarda d'un air moqueur, alors qu'il savait pertinemment qu'il n'était guère mieux, quoique un peu plus maladroit que son amant. Mais la situation dériva quand Harry se mit à le regarder avec insistance, avec une sorte de désir dans les yeux. Une attente, aussi. Toujours la même.
« Elvis, tu vas t'habiller ?
- Oui ! »
Draco aida l'enfant à descendre de sa chaise puis se leva pour débarrasser la table. Harry ne fit pas un mouvement pour l'aider, semblant soudain plongé dans ses pensées. Alors que Draco empilait tasses, bols et assiettes dans l'évier, la voix de son amant s'éleva dans la cuisine.
« Je ne savais pas que tu avais un enfant.
- Ce n'est pas le mien.
- Ah bon ?
- Je l'ai ramassé dans la rue. »
Il y eut un petit silence, troublé par le bruit du robinet qui déversait l'eau chaude dans l'évier, alors que les mains de Draco lavaient la vaisselle. Tout son corps était tendu, il attendait la suite, incapable de prendre les devants et expliquer son geste à Harry.
« Pourquoi tu as fait ça ? »
La bombe était lâchée. La bouche sèche et les mains maladroites, Draco s'humecta les lèvres et répondit.
« Parce que… je… je pensais que… je ne te reverrai jamais. »
Il ne pouvait pas voir l'expression de Harry, et en un sens, il préférait ignorer quelle expression avait pris son visage.
« Oh, Draco… »
Sa chaise racla sur le sol, alors qu'il lavait la dernière tasse. Il l'entendit marcher, ses pieds nus collant un peu sur le sol carrelé, puis son bras se posa sur sa taille, sa main sur son épaule, alors qu'il cherchait son regard. Draco posa la tasse et s'essuya les mains avec le torchon, portant toute son attention sur ses gestes. Il avait la gorge nouée. Il avait presque envie de pleurer.
Même si c'était stupide.
La main de Harry caressa son épaule, un peu comme pour le réconforter. Harry ouvrit la bouche pour parler, mais Draco le devança, se jetant à l'eau, sans trop y croire.
« Laisse-moi encore un peu de temps. »
Le blond leva les yeux vers lui. Son cœur battait vite dans sa poitrine et il lui fit presque mal quand il lut la surprise sur le visage de Harry.
« Laisse-moi juste un peu de temps… Pas beaucoup, je t'assure… Mais un peu, s'il te plait… »
Il s'embrouillait. Son esprit était en ébullition. Il n'avait aucune excuse, rien pour justifier cette demande. Mais cet abandon, cet oubli tant désiré de cette personne, elle l'avait obsédé pendant un mois. A présent, il voulait encore un peu de temps, juste un peu de temps…
Le visage de Harry aurait pu passer par beaucoup d'expression : la colère, la joie, la tristesse, l'agacement… Mais ce fut encore autre chose. Il le regardait avec ce genre d'expression hésitante, comme s'il n'y croyait pas. Comme si ce n'était pas possible que ce soit Draco qui lui demande encore un peu de répit… Puis il sourit. Un tout petit sourire un peu timide.
« Je veux bien.
- Juste un peu…
- Je peux t'attendre. »
Draco baissa les yeux, s'en voulant d'être aussi indécis. Mais il ne savait pas que pour Harry, il venait déjà de faire un pas. Il sentit soudain les bras de l'auror autour de son cou. Le blond serra alors sa taille, enfouissant son nez dans son cou, respirant son odeur. Ses bras étaient crispés, il le tenait fort contre lui. Il avait l'impression qu'il était prêt à pleurer, tremblant presque sous les doigts tendres de Harry qui caressaient ses cheveux.
Sans savoir qu'une fois de plus, Draco l'avait charmé.
Sans le savoir, certes.
Mais il l'avait charmé.
Et il le charmait encore, à l'enfermer ainsi dans une telle étreinte, respirant son odeur, apaisant tant bien que mal les tensions de son corps et de son cœur…
Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu !
