Je préviens, ce n'est pas gai du tout, vraiment pas joyeux.


The Ballad Of [Sherlock Holmes]

John était parti. Une nouvelle dispute, dès le réveil, à cause de lui. À cause de sa stupidité, parce qu'il avait été trop bête pour le provoquer, pour le pousser à bout.

Maudit Sherlock. Maudit orgueil. Maudit sentiment. Maudit John.

Oui, maudit John qui me fait devenir humain. Trop humain. Amoureux, trop amoureux.

Assit devant la fenêtre, l'imbécile détective n'arrivait plus à penser. La chaleur de l'été l'étouffait, bien qu'il ne fût que légèrement vêtu. Les genoux pliés vers son torse, retenus par ses bras, il se demandait où pouvait bien être passé son médecin. Il l'avait observé quitter la rue, marchant d'un pas rapide. On pouvait voir qu'il était énervé, un léger boitillement apparaissait dans sa jambe droite, et ses poings étaient serrés, si bien que ses mains étaient blanches.

Il n'ira pas chez Sarah, il ne pense plus à elle depuis longtemps.

Le parc alors, oui, il irait peut-être au parc. Se promener pour oublier, comme certains boivent et d'autres se droguent. Il repensa alors à cette période noire, lorsque pour oublier qui il était il avait commencé la cocaïne, et était devenu junkie. Un sale gosse qui n'en faisait qu'à sa tête. Un sale petit prétentieux qui croyait que le monde lui était redevable d'exister. Il avait arrêté tout ça mais en cet instant, il avait envie de planer, d'oublier combien John le faisait souffrir, combien l'amour qu'il lui portait le détruisait de l'intérieur. Il ne voulait plus penser à rien, seulement au plaisir procuré par la drogue. Il pensa à l'overdose soi-disant involontaire. Mais tout le monde saurait qu'il était trop minutieux pour rater une injection. Et puis la mort lui faisait peur. Il ne voulait pas prendre le risque de s'ennuyer éternellement.

Et je garde l'espoir qu'il me reste ne serait-ce qu'une minuscule chance de tout lui avouer.

Il se leva, pris d'un élan de motivation et s'arrêta. Il était là, au milieu du salon, en caleçon, seul. Il se dirigea lentement, presque hésitant vers sa chambre. Il déplaça le bureau et enleva la pochette plastique scotchée contre le mur. Dernier vestige d'une époque maintenant révolue, une seringue ainsi qu'un sachet gisaient là, attendant leur heure de gloire. Leur rôle : distraire, exciter, maintenir éveillé, satisfaire l'orgueil du spécimen pendant 20 minutes. Autrement dit, détruire une vie.

Le dernier espoir pour ne plus souffrir à cause de lui mais à cause de moi.

Se rejeter la faute. Parce qu'il ne voulait pas blâmer John. Il s'allongea sur le canapé, serra l'élastique autour de son bras à l'aide de ses dents après avoir préparé sa seringue. Il regarda la veine bleue qui appelait à la décadence, à l'illégalité. Il regarda la seringue, son contenu, clair, limpide, transparent. Il hésita, de longues minutes, laissant quelques larmes rebelles s'échapper, roulant sur ses joues, glissant sur sa mâchoire et s'écrasant sur son torse nu.

La vision troublée par le liquide salé, il inspira un grand coup et essuya ses yeux d'un revers de la main. Plongé dans ses doutes, sa haine et son dégoût, il n'entendit pas les pas précipités dans l'escalier.

« SHERLOCK NON »

Le cri de John le tira de sa bulle et il lâcha la seringue qui rebondit au sol mais ne se brisa pas. Il voyait à peine le médecin courir vers lui, jeter la substance prohibée au loin et retirer le caoutchouc qui enserrait son bras. Il reprit ses esprits quand sa tête plongea dans le cou de John, qu'il sentit un bras dans son dos, un dans sa nuque et ce corps qui le balançait doucement, le maintenant contre lui pour calmer les pleurs et les plaintes qui sortaient de sa gorge.

« Ssssh, ça va aller maintenant, je suis là. »

Les douces paroles peinaient à arriver aux oreilles du détective, du pitoyable détective consultant qui avait bien failli faire une sacrée connerie, si le médecin n'était pas arrivé. Si John n'avait pas eu de remords, s'il n'avait pas ressentit le besoin de s'excuser, s'il n'avait pas été, lui aussi, torturé par des sentiments contraires à ce qu'il avait toujours pensé de lui.

Je suis tellement désolé John, pardonne moi je t'en prie, je t'aime et je ne le supporte pas.

Il ne pouvait dire un seul mot, alors il espérait avoir tort pour une fois et que John puisse entendre ses pensées. La veste qu'il n'avait pas pris le temps d'enlever se mouillait de larmes, tout comme Sherlock pouvait sentir quelques gouttes froides dans son dos. Ils restèrent dans la même position plusieurs minutes, chacun désirant que cet instant dure l'éternité. Sherlock ressentit un plaisir bien plus intense que celui procuré par sa cocaïne. Il ne voulait plus bouger, il voulait se figer dans le temps avec John dans ses bras, respirer son parfum encore et encore, comme une drogue hautement additive. Il fut allongé et John le lâcha et s'éloigna.

Non, ne me laisse pas, j'ai besoin de toi. Reviens.

Il se rassura en voyant une couverture s'étaler sur lui et en sentant les coussins du canapé s'abaisser. Le médecin se plaça derrière lui, l'entoura de ses bras de militaire et embrassa sa peau, ses cheveux, s'enivrant de l'odeur dégagée par le détective, caressant chaque parcelle offerte à ses lèvres et à ses mains, attentif au moindre mouvement de la part de l'homme dans un état proche du choc. Il savait qu'il ne serait pas facile de le faire sortir de sa dépression et que les prochains jours, il les passerait à le serrer contre lui. Pourquoi n'avait-il pas vu le changement de comportement ? Lui, médecin, militaire, habitué à voir la terreur dans les yeux des soldats, il n'avait pas vu les peurs qui agitaient l'esprit fragile de son colocataire. Il n'avait pas été capable d'écouter les silences, de voir les appels à l'aide dans son regard. Il s'en voulait. Horriblement. Mais il lui en voulait aussi, d'être lui, d'être le sujet de l'agitation de ses nuits. Il le détestait parce qu'il l'aimait et le désirait. Le mouvement régulier de la poitrine de Sherlock ralentit, indiquant la première phase de sommeil. Il serra encore plus fort le détective contre lui, retenant ses jambes avec les siennes, murmurant au visage illuminé par un rayon de soleil, le rendant encore plus beau et innocent :

« Ne me refais plus jamais ça Sherlock. Plus jamais. »

FIN