Feu D'artifice.
Alors la foule se pressait, parfaite symbiose de la diversité, chaque groupe d'amis, chaque famille, chaque couple tentaient de se faufiler du mieux qu'ils le pouvaient au plus près du spectacle. Des hommes, des femmes, des personnes âgées, d'autres moins, des enfants, des parents, des êtres amoureux, des êtres heureux, d'autres moins. Tous là pour lui.
La nuit tombait doucement, narguant les plus impatients qui dansaient sur leurs jambes pour faire circuler le sang jusqu'aux plus petites et lointaines veines de leur corps en soufflant une buée blanchâtre dans leurs mains, pour ensuite les frotter vigoureusement à travers les gants.
Les lumières s'éteignaient petit à petit, les dernières conversations se finissaient dans un murmure, le silence tombait, troublé par les bruits de la circulation avoisinante. Ils étaient prêts, le départ serait bientôt donné et la raison de la présence de tant de personnes au même endroit les porterait, pour plusieurs minutes, vers un autre monde.
Un monde où seul l'émerveillement a sa place, un monde où tout adulte retombe en enfance, un monde plein de couleurs, un monde de lumières plongé dans le noir.
« Sherlock, j'aimerai sortir, y aller vraiment, être aux premières loges pour le voir, avait dit John en début de soirée, craignant de finalement devoir y aller seul et énervé contre son colocataire.
- Je t'accompagnerais avec plaisir John, avait répondu le détective avec un sourire sincère et doux. »
Et John avait été surpris. Agréablement, mais surpris. Par cette réponse, par cette petite promesse de l'accompagner, par ce comportement étrangement peu familier chez Sherlock.
Ils se trouvaient maintenant au milieu de la foule, le regard droit devant eux, attendant le coup d'envoi, se préparant à perdre toute notion de temps, d'espace, de rationalité et de logique pour ne voir que la magie du moment.
Et il partit. Le premier coup claqua dans l'air, faisant sursauter la plupart des gens présents, et surement aussi ceux qui regardaient au chaud dans leur salon ou leur chambre. Et ils s'enchaînèrent encore et encore, comme un ballet multicolore et multiforme. Les crépitements semblaient sortis tout droit de leur imagination mais ils étaient bien réels. Une musique donnait le rythme qui brusquement s'accéléra pour illuminer le ciel d'un bouquet d'étoiles éphémères. Les coups retentissaient toujours mais personne ne les entendait vraiment, ils faisaient partie de la magie, du spectacle et battaient une mesure qui dynamisait la danse étoilée.
Sherlock tourna le regard vers John. Ce dernier était émerveillé. Ses yeux brillaient et il retenait sa respiration, stoïque, la bouche entrouverte comme lorsqu'il écoutait le détective déblatérer ses déductions, avant de lui dire que c'était « fantastique », le regard empli d'assez de fascination pour gonfler l'égo de Sherlock pendant quelques temps.
Il sortit une main gantée de son trench coat, attrapa celle gelée de John et se rapprocha doucement de lui. Les explosions se succédèrent à un rythme effréné, faisant le ciel s'éclairer de milles couleurs, se remplir de millions d'étoiles dorées, rouges, bleues, vertes, violettes, …
Le final. La fin de cet instant de bonheur où les Londoniens n'étaient tous plus que des enfants sans inquiétude, sans angoisse, juste émerveillés par l'innocence et la beauté du moment. La fumée au loin s'éloignait doucement, le calme retomba sur la ville plongée dans le noir, les lumières autour d'eux se rallumèrent, les conversations reprirent, peuplées de remarques admiratives pour le travail des artificiers. Le mouvement de foule se réamorça mais cette fois-ci dans le sens contraire.
Certains restaient, des groupes d'étudiants pour la plupart. Les bouteilles de bière et d'autres alcools plus forts tintaient joyeusement au milieu des rires et des cris. Et il y avait ces deux hommes, qui se tenaient immobiles, fixant toujours le ciel qui ne donnait plus signe de vie, leurs doigts entrelacés, ne disant pas un mot, comme si le spectacle durait encore et encore dans leur esprit, leur mémoire, derrière leurs pupilles dilatées par l'obscurité et le plaisir qu'ils avaient ressentis. Mais étant attentifs au moindre mouvement de l'autre, attendant le bon moment pour parler, choisissant les mots appropriés, imaginant le ton sur lequel ce qui devait être dit allait être prononcé.
Ils se tournèrent soudainement pour se faire face. Leur regard avait changé, ce n'était plus de la fascination pour le spectacle mais plusieurs dizaines de sentiments qui passaient à la seconde qu'on pouvait deviner. La grande roue, l'œil de Londres s'illumina de rouge alors que le médecin se jetait sur les lèvres de Sherlock qui approfondit le baiser.
Ils étaient là, tous les deux, s'embrassant, les doigts entremêlés, oubliant le reste du monde pour se concentrer uniquement sur leur activité. Ils ne voulaient pas rentrer. Ils auraient voulu que ça recommence. Alors ils se promirent silencieusement qu'ils reviendraient l'année prochaine.
