Rache

« John »

L'appel résonnait comme une plainte, une supplication.

« Je t'en pris, arrête.

- Le grand Sherlock Holmes me supplie maintenant ? »

La voix et le regard de John étaient emplis de haine. Il tirait, de plus en plus fort sur l'écharpe qui enserrait le cou du détective, luttant contre la force contraire initiée par la main de Sherlock qui tentait d'échapper à la strangulation.

« Oui, arrête.

- Ce n'est pas assez. »

Sherlock ne reconnaissait pas le médecin. Jamais il n'avait été violent envers lui, jamais il n'aurait pu se dresser contre lui et tenter, ou même ne serait-ce que vouloir, le tuer. Il devait réfléchir, et vite. Mais la situation l'en empêchait. Qu'avait-il dit ? Qu'avait-il fait ? Avant tout, il devait arrêter John. Si le supplier n'était pas assez, alors que c'était une chose qu'il ne faisait jamais, que fallait-il faire ?

« Je m'excuse. »

John passa de la colère à la surprise et s'écarta du fauteuil, laissant Sherlock reprendre sa respiration, secouant la tête pour faire disparaître les tâches blanches qui papillonnaient devant ses yeux. Au bout de quelques instants, alors que le détective le fixait intensément, les yeux de John se rallumèrent de la flamme de colère qui s'y trouvait plus tôt.

« Pourquoi Sherlock ? Pourquoi tu fais ça ? Ça t'amuse de me voir souffrir ? Parce que je le sais, je le sens, que tu as déjà tout deviné, depuis longtemps. Parce qu'on ne peut rien te cacher, tu vois tout mais tu ne te préoccupes pas de ce que ressentent les autres quand tu les mets à nu. Je te déteste Sherlock, tu n'avais pas le droit de me traiter comme ça. Tu te crois supérieur, oui, le beau et grand Sherlock Holmes, l'homme le plus intelligent sur Terre, le plus doué, le plus orgueilleux … »

John débitait son discours en faisant les cent pas dans le salon, des fois, il s'arrêtait et faisait de grands gestes, levant les yeux au plafond. Il laissait sa haine parler, cherchant à vexer le détective qui savait bien qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il disait, mais qu'au fond, il avait raison. Des larmes commençaient à couler, furtives, rebelles sur les joues de John, sa voix tremblait par moment mais il continuait, parce qu'il devait sortir ce qu'il avait au fond des tripes, parce que l'imbécile génie qui lui servait de colocataire l'avait blessé. Parce qu'il s'était moqué de lui, croyant qu'il se laisserait coucher sur le lit si facilement, pour satisfaire une autre de ses expériences.

Sherlock s'approcha et retint les deux mains qui s'étaient précipitées sur sa gorge, poussa John contre le mur, respirant son odeur.

« Je suis désolé John. Je ne voulais pas que tu le prennes dans ce sens là. Je ne savais pas comment … Je suis tellement désolé. »

Il l'embrassa délicatement puis appuya de plus en plus fort sur les lèvres, ne cherchant pas de contact plus poussé. Il s'écarta, pris une grande inspiration pour tenter de retenir les larmes qui se présentaient au coin de ses yeux et expira lentement, à quelques millimètres de la bouche de John, mêlant son souffle au sien. Il parcouru son visage de quelques doux baisers, presque imperceptibles et John éclata en larmes. Sherlock le serra contre lui, une main dans ses cheveux, retenant la tête, essayant de calmer les sursauts et les pleurs. John commença à se débattre, à frapper le torse du détective avec ses poings, à griffer ses bras, emporté par la folie de sa colère.

« Venge toi, fais moi payer ta souffrance, murmura Sherlock à son oreille. »

John le retourna violemment contre le mur et l'embrassa, appuyant de toutes ses forces, mordant les lèvres, enfonçant ses ongles dans la peau du crâne. Il déchira la chemise et mordit dans la chair. Il poussa Sherlock sur le canapé et le débarrassa de son pantalon et de son sous-vêtement. Il l'obligea à se mettre à plat ventre et déboutonna son jean.

Sans aucune préparation, il le pénétra, lui faisant pousser un cri de douleur intense. Il bougea ses reins sans aucune douceur, violemment, serrant les dents, laissant couler les larmes sur ses joues.

La tête enfoncée dans le coussin du canapé, Sherlock pleurait. Il avait mal, très mal. Une douleur physique autant que morale. Il n'avait pas imaginé à quel point il avait fait souffrir son seul ami, la seule personne qu'il n'avait jamais aimée. Alors il ne disait rien, il se laissait faire, un viol consentit, pour laisser son tortionnaire faire de lui la victime, au moins une fois dans sa vie. Parce qu'il tenait à John, parce qu'il voulait qu'il se venge de lui, sur lui.

John accéléra et se libéra enfin. Il se retira et resta horrifié à la vue de ce qu'il avait fait. Un liquide rouge maculait son sexe. Il provenait de l'intimité de sa victime. Il le voyait couler, lentement mais abondamment, épais liquide rouge foncé. Il s'écarta, terrifié par son acte et tomba au sol. Il se recula jusqu'à la fenêtre, choqué et regarda Sherlock se relever, grimaçant de douleur. Ce dernier constata les dégâts, se rhabilla et s'approcha du médecin.

« Non, va-t-en, ne m'approche pas, cria John, je suis un monstre, regarde ce que je t'ai fais. »

Sherlock pleurait, mais il ignora les cris et s'approcha un peu plus.

« Non, éloigne-toi de moi, je vais te faire plus de mal encore. »

Il n'en fit rien.

« Va-t-en, je t'ai fait trop de mal. »

« Non, Sherlock, non. Tu souffres trop comme ça. »

Le détective s'accroupit devant lui, le pris dans ses bras et murmura à son oreille.

« Pas autant que toi à cause de moi. »

FIN