Le premier chapitre de cette nouvelle partie.
Pour satisfaire certains lecteurs, j'ai adjoint un petit morceau pour justifier les réactions de Sirius.
Le chapitre liminaire servira, comme le prologue de la première partie, à répondre aux questions au cours de la publication.
Bonne lecture.
Chap. 26 : Retour aux sources.
Lorsque la lumière éblouissante reflua, Hermione se trouvait encore dans une forêt. Seulement, elle ignorait pourquoi et où elle se trouvait. Sa seule certitude à cet instant était qu'elle devait se rendre au 12 square Grimaurd. S'accrochant à cette certitude, la jeune fille transplana vers ce lieu qui apparaissait distinctement dans son esprit.
Un craquement sonore indiqua à tout le quartier qu'une sorcière venait de transplaner dans le square. Heureusement, il n'y avait guère de passants à cette heure. Par ailleurs, Hermione était vêtue en moldue comme elle en avait pris l'habitude il y avait presque trois ans déjà. Du regard, elle chercha le numéro 12. Entre le dix et le quatorze, il semblait ne rien y avoir. Pourtant, elle était certaine de devoir s'y rendre. Ces certitudes impérieuses tranchaient nettement avec l'impression de vide qu'elle ressentait. Quelque chose d'anormal s'était produit et elle ne savait pas bien quoi. Devant les regards amusés de deux alcooliques patentés, Hermione se dirigea droit vers l'espace indistinct séparant les deux immeubles numérotés 10 et 14. L'un d'eux la héla pour lui signifier que sa démarche et son apparence lui conviendrait nettement si elle daignait lui accorder une entrevue privée et tarifée.
D'instinct, Hermione porta la main à sa baguette. Mais elle n'acheva pas son geste. Un regard noir et l'estafilade encore rougie qui barrait sa pommette gauche fit disparaitre toutes moqueries des bouches édentées des deux vagabonds. Le fait qu'elle soit couverte de boue et échevelée ajoutait probablement au côté désagréable de la rencontre.
Quand elle s'approcha du mur, quelques marches apparurent, puis un perron, une porte et l'ensemble d'une maison sembla surgir de nulle part. Sans hésitation, Hermione battit le heurtoir à une fréquence convenue et la porte s'ouvrit d'elle-même. Sur le trottoir, les deux alcooliques furent très étonnés de voir disparaitre de leurs regards l'étrange apparition. Ils mirent cela sur le compte d'un abus de boisson. Abus pratiquement quotidien dans leur cas.
Le couloir dans lequel Hermione pénétra était particulièrement sombre et poussiéreux. Mais elle en avait l'habitude et ne prêta aucune attention au décor. Elle était arrivée à destination, cependant, elle n'avait aucune idée des raisons qui l'avaient amené jusqu'ici. Tout ce qu'elle savait consistait dans la certitude de trouver de l'aide. Pourquoi faire, cela aussi elle l'ignorait. Mi-pantelante, la jeune fille progressa doucement dans l'atrium.
Parvenue dans un espace un peu plus ouvert, Hermione faillit renverser un repose-parapluies ménagé dans la patte d'un rhinocéros ou d'un éléphant. Le bruit fit s'ouvrir les rideaux masquant une peinture ensorcelée. Une voix agressive, haut perchée et même stridente, accusa son fils de laisser entrer n'importe qui dans sa maison, que c'était une honte, qu'une "sang-de-bourbe" n'avait rien à faire là. D'un geste mécanique, sans y réfléchir, Hermione referma les rideaux qui atténuèrent la force des imprécations.
La jeune fille était encore sous le coup de cette intervention lorsqu'elle entendit dans la cuisine le bruit de casserole et de vaisselle que l'on range précipitamment. De même, à l'étage des pas indiquèrent que son entrée avait enfin été remarquée. Quoi que le fait d'apprendre que l'on venait ait dû la rassurer, Hermione brandit à nouveau sa baguette. La maison devait être vide et non habitée était une de ces certitudes désagréables qu'elle avait depuis son réveil.
- Qui êtes-vous et que venez-vous faire chez moi ? intervint une voix qu'Hermione connaissait bien et qui la rassura au plus profond de son être. Enfin quelque chose d'apaisant.
- Je viens voir Patmol. lança-t-elle sans vraiment réfléchir ni songer à donner des explications.
L'homme, un jeune trentenaire, avait achevé de descendre les marches qui menaient aux étages et se trouvait devant elle à présent. Il était beau et grand, ses cheveux mi-longs encadraient un visage fin et valorisaient ses yeux. Hermione le connaissait, elle en avait la certitude, mais son nom lui échappait. Il la dévisagea un moment avant de prendre la parole.
- C'est moi. Qui êtes-vous ? recommença-t-il.
- Peu importe. trancha la jeune fille en passant à ses côtés, le frôlant presque, et en s'engageant dans les marches. Seul ce que j'ai à dire compte. acheva-t-elle.
- Inutile de monter. Parlez ici, je vous écoute. Hermione employa à nouveau le regard qu'elle avait adressé aux vagabonds. Cela ne parut pas déstabiliser l'homme.
- Sirius, s'il vous plait, ne rendez pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont. le ton était implorant. Hermione ignorait d'où lui venait le nom qu'elle venait de donner, mais elle était persuadée que c'était le bon prénom.
- Vous vous invitez, décidez de ce qu'il est bon de faire chez moi et je ne connais toujours pas votre nom madame. s'énerva Sirius.
- Mademoiselle. trancha Hermione. Je crois qu'il vaut mieux que vous soyez assis pour entendre mes informations. continua-t-elle. Le ton employé ne souffrait pas d'opposition.
- Dans ces conditions, je ne puis que vous suivre. Il se tourna complètement et lui fit signe de poursuivre son ascension.
Sur ce, ils grimpèrent les marches et Hermione se dirigea droit vers le grand salon comme si elle avait vécu longtemps dans cette maison. Elle semblait connaitre tous les détails de la maison, évitant même les marches qui grinçaient, les lames de parquet endommagées ou les subtilités qu'il fallait déployer pour ouvrir les portes récalcitrantes de l'étage. Parvenue dans le salon, elle se dirigea vers l'antique canapé et s'y effondra, épuisée. Resté debout à la porte, Sirius paraissait bien moins satisfait de la situation qu'elle-même.
- Alors, qu'aviez-vous à me confier qui soit si important ? lança-t-il cassant. Hermione se passa la main sur le visage avant de répondre.
- Jedusor ne sera plus jamais une menace. articula-t-elle avec une grande difficulté. L'information fut reçue comme il convenait par l'hilarité de son auditeur.
- Mademoiselle, cela nous le savons depuis 16 ans. Mon filleul, l'a terrassé. Á l'évocation de Harry, une ombre passa sur son visage. Si vous n'avez rien de mieux à annoncer, je vous prierais de quitter ma maison au plus tôt. Hermione s'était redressée et toisait Sirius.
- Vous ne comprenez pas Patmol. s'énerva-t-elle. Tout comme Pettigrew sa disparition était feinte.
Sirius balbutia quelques paroles sans cohérence. Visiblement, la jeune fille avait fait mouche. Hermione s'approcha de l'homme qui semblait s'interroger sur l'origine de cette seconde information. Néanmoins, la décision de Sirius était prise, il l'invita, rouge de colère, à regagner au plus vite la sortie. Hermione se tenait à présent à quelques centimètres seulement de lui, ses yeux plongés dans les siens.
- Croyez-moi "James Sirham". implora-t-elle avant de s'effondrer inconsciente dans ses bras.
"§§§"
Sirius resta là, embarrassé, une jeune fille évanouie dans les bras. Heureusement, il n'y aurait probablement personne pour venir lui demander ce qui pouvait bien arriver si tard au 12 square Grimaurd. Pourtant, la situation n'avait rien d'agréable. Une inconnue s'invitait chez lui.
D'une certaine manière, Sirius était plus ou moins habitué à cette situation. N'allait-il pas régulièrement dans les soirées pour apporter de jeunes femmes délurées le temps d'une soirée. Il y en avait tant eu qu'il ne se souvenait guère des visages et des prénoms des demoiselles. D'autant que celles d'entre elles qui étaient des moldues avaient droit à un sort d'oubliette. Histoire de n'avoir aucun ennui avec le ministère de la magie.
Parfois, certaines revenaient chercher quelque effet oublié sous un lit, un fauteuil, une table ou tout autre endroit praticable. En règle générale, Kreattur s'occupait de raccompagner les donzelles jusqu'à la porte une fois qu'elles avaient récupéré leur bien. Etrangement, peu d'entre elles n'avait l'envie de rencontrer à nouveau Sirius, comme si un accord tacite les éloignaient de lui dès le levé du jour. Par ailleurs, Sirius ne faisait rien pour les garder auprès de lui. Dans tous les cas, leur retour gêné le délassait.
Pourtant, cette fois, Sirius ne parvenait pas à trouver la situation amusante. Au contraire, il se sentait mal à l'aise, comme un enfant pris en faute. Durant toutes ses années, il avait voulu effacé Pansy Parkinson de ses pensées. Au travers de ses rencontres, c'est à autant de tentative d'oublier qu'il se prêtait. Il ne ressentait aucun agrément ni aucun déplaisir dans ces rencontre d'un soir. Il savait pertinemment qu'aucune ne pourrait lui faire oublier la jeune fille qui outre lui avoir sauvé la vie, lui avait pris le cœur.
Ce soir, dans les yeux de la jeune fille qu'il enserrait doucement de ses bras, il avait cru reconnaître le regard de Pansy. Cette idée le marquait plus que tout autre chose. La serrer trop affectueusement, malgré cette présence, le mettait mal à l'aise. S'il s'agissait de la "bonne", il aurait tout intérêt à se comporter en gentleman, pour changer.
D'un autre côté, elle était bien jeune. Dès le premier abord, Sirius avait écarté l'idée qu'elle puisse être Pansy. Cela eut été la plus belle des surprises et, pour tout dire, le plus beau moment de sa vie. Malheureusement, la fillette ne devait pas avoir plus de quinze ans. Ce qui n'était pas correct, malgré son peu de sens moral. Et finalement plutôt décevant. Son amie devait avoir au moins trente ans, tout comme lui.
Une fois établit que la jeune fille ne pouvait être Pansy, Sirius entendit Kreattur toussoter dans son dos. Surpris, comme pris en faute, le dernier des Black sursauta.
- Kreattur, prépare un lit pour cette dame. Fit-il d'un trait. Elle restera un peu.
- Le lit est prêt maître, j'y aurais bien fait monter ses affaires si elle en avait eu. ajouta visiblement étonné l'elfe de maison.
- Parfait Kreattur, ce n'est pas de ta faute. Intervint prestement Sirius craignant que son elfe ne se punisse d'une erreur imaginaire.
- Le maître veut-il que je l'emporte dans la chambre ? interrogea finalement l'elfe.
Après un moment de réflexion, Sirius agréa à l'idée. Puis, se ravisant, il décida de la porter lui-même sur le lit. L'elfe ferait le reste tout seul.
Revenu dans le salon, Sirius déboucha une bonne bouteille de Whisky-pur-feu. Il prit un verre pour ne pas offusquer Kreattur bien qu'il douta que le flacon ne finisse pas vide. Au quatrième verre, Sirius se leva fermement décidé à aller s'expliquer en adulte avec la nouvelle venue.
Le cinquième verre lui fit comprendre que ce n'était pas une bonne solution. Pourtant, il fallut encore un sixième, septième, huitième et neuvième verre pour que les verrous mentaux qu'il s'était imposé finissent de s'ouvrir. Il se mit à soliloquer.
- Dis-moi Pansy, que veux-tu que je fasse ?
- (…)
- Évidemment, ce serait une solution facile ! Je la prends et je la jette comme les autres.
- (…)
- Oui, oui, j'ai remarqué qu'elle n'était qu'une enfant. Cela change-t-il quelque chose en fin de compte ? En dehors de la police bien sûr !
- (…)
- Elle te ressemble tellement, comprends moi !
- (…)
- Je sais que ce n'est pas une excuse. Mais que me proposes-tu ? Je ne vais pas attendre pour l'épouser tout de même !
- (…)
- Heureusement que tu es d'accord avec moi. S'il y a une chose de certaine, c'est bien que je ne l'épouserai pas.
- (…)
- Comment-ça je me trompe de problème. Expliques-toi alors.
- (…)
- Bien sur que j'ai remarqué à quel point elle te ressemble. Elle a les mêmes yeux, comme Harry a ceux de Lily.
- (…)
- Qu'est-ce que j'ai compris ? Tu ne peux vraiment pas parler clairement. A chaque fois que l'on se parle c'est la même chose.
- (…)
- Je sais que je devrais boire moins. Mais ce n'est pas le problème du jour. Qu'est-ce que je dois faire de cette fille d'après toi ?
- (…)
- Merci, je sais que je suis chez moi et qu'à preuve du contraire, je suis seul maître à bord.
- (…)
- Excuses acceptées.
- (…)
- Faire comme s'il s'agissait de toi. Crois-moi, ce n'est pas une bonne idée. Vingt ans que tu es partie, je te laisse imaginer la frustration.
- (…)
- Je suis pesant, je sais.
- (…)
- Que viennent faire Harry et Lily dans cette histoire ?
- (…)
- Ils sont comme nous ? tu n'as rien de plus clair ?
Á peine Sirius avait-il achevé sa phrase qu'il prenait la mesure des informations qu'il avait tournées et retournées. Son filleul et sa mère se ressemblaient peu, à l'exception de leurs yeux. Il est des choses qui se transmettent de génération en génération. Ces yeux étaient le seul point commun entre Pansy et l'inconnue. Même si l'allure générale de la "sleeping beauty" évoquait celle de Pansy, c'était essentiellement les yeux qui créaient la confusion. Cela ne pouvait avoir qu'une seule explication. Il existait un lien de parenté entre Pansy et elle.
La décision ce fit nette et précise dans l'esprit de Sirius pourtant embrumé par l'alcool. Il admettait à présent sans peine que son inconnue pouvait être la fille de Pansy. Dans ces conditions, il ne pourrait pas la considérer autrement que comme sa propre fille. L'attachement qu'il portait à son amie de quelques jours était à ce point fort qu'il recevait Hermione comme un don miraculeux. C'était décidé, elle serait sa fille de cœur.
Sur cette idée, il s'endormit comme une masse. Le lendemain, il ne resterait rien de cette altercation pour le moins étonnante, si ce n'était la sensation d'avoir pris une décision importante. Comme chaque fois.
"§§§"
Quand elle s'éveilla, Hermione se trouvait dans un lit confortable. Les draps qui la recouvraient délicatement paraissaient ne pas peser plus lourd qu'une plume d'hirondelle. Elle se redressa un peu et constata qu'elle était nue. En tirant vivement les draps sur elle, Hermione remarqua une certaine résistance. Au bout du lit, roulé en boule, un gros chat noir dormait à poings fermés. La traction sur les couvertures l'éveilla passablement. Se redressant, l'animal poussa sur ses pattes antérieures et bailla. Il s'élança et Hermione crut qu'il descendait du lit. Mais d'un vif retournement, il se dirigea droit vers elle et commença à quémander quelques câlins derrières les oreilles. Un ronronnement sonore se fit entendre presque instantanément dès que la jeune fille accéda à la requête de l'animal. Il vint se placer sur les cuisses de la jeune fille la réchauffant agréablement. Hermione s'attendrit longuement devant le reposant spectacle.
Quand on frappa à la porte, la jeune fille répondit distraitement d'entrer et ne porta aucune attention au fait qu'elle avait laissé retombé le drap qui précédemment dissimulait sa poitrine. Un raclement de gorge l'obligea à lever les yeux vers le nouveau venu.
- Bonjour Sirius. fit-elle le plus naturellement du monde. comme si son installation dans le lit d'un inconnu était normale.
- Bonjour mademoiselle. répondit-il avec un grand sourire.
Il déposa le plateau du déjeuner et sembla se concentrer intensément sur une toile d'araignée pendant négligemment du plafond. Si vous pouviez. Il n'arriva pas à exprimer ce qu'il souhaitait qu'elle fasse mais agita les mains pour signifier à la jeune fille que sa tenue était loin d'être décente. Ce qui n'est pas si aisé lorsque l'on fixe un coin du plafond à l'opposé de la personne concernée. Visiblement amusée par le côté pudibond de Sirius, Hermione prit son temps pour se couvrir mais s'excusa néanmoins de n'avoir pas enfilé de vêtement de nuit la veille, avant de s'évanouir. La pique porta et Sirius était encore plus embarrassé.
- Kreatur s'est occupé de vous hier. Murmura-t-il. Je n'aurais pas osé.
- Je vous remercie de cette délicatesse. Sourit la jeune fille. Même si le fait de savoir que je suis passée entre les mains de cet elfe va me conduire directement sous la douche. L'image d'un très vieil elfe sale et maugréant s'imposait à son esprit et ce n'était guère réjouissant.
Lorsqu'elle confirma qu'il pouvait s'installer à ses côtés, Sirius s'assit sur un coin de lit et le chat s'étira un peu pour se mettre sous le passage des mains des deux humains disponibles. Manifestement le double traitement lui plaisait particulièrement.
- Finalement, qui êtes-vous ? demanda Sirius. Voilà trois fois que je vous pose la question et je n'ai pas eu de réponse.
- Je suis navré. Admit-elle sans mal. Hier, j'avais tant de choses qui se bousculaient dans la tête que je n'ai pas pensé que vous ne reconnaissiez pas.
- Vous reconnaitre ? s'étonna Sirius. Par Merlin, la seule fois que j'ai rencontré une jeune fille aussi jolie que vous j'avais à peine 20 ans. Et vous ne deviez pas être née. Ajouta-t-il en se penchant un peu vers elle.
- Je me suis mal exprimée. S'empourpra la jeune fille. Je vous connais manifestement bien, donc j'ai cru que vous me connaissiez aussi. J'ai dû me tromper.
- Tout ceci est bien joli, mais je ne sais toujours pas votre nom ! insista Sirius.
- C'est que. Hermione laissa un blanc. Ce qu'elle allait annoncer, elle ne l'avait pas prévu et ne pouvait l'expliquer. Je ne sais pas moi-même.
Baissant les yeux, elle se concentra sur le chat qui réclamait à nouveau un peu d'attention. Paradoxalement, reconnaitre qu'elle ignorait qui elle pouvait être ne parut pas perturber la jeune fille qui se tenait assise à côté de lui. Sirius par contre était très intrigué. Il avait d'abord craint qu'elle soit une simulatrice. Mais au cours de la conversation, elle ne se trahit aucunement. Aucun détail ne lui revenait quant à son parcours scolaire, son lieu de naissance, les noms de ses parents. Pourtant, d'instinct elle agissait et parlait très justement. Par conséquent, il la connaissait surement. Mais il n'arrivait pas à se souvenir où il pouvait avoir rencontré récemment une jeune fille ressemblant autant et si peu à Pansy. Jusqu'à ce qu'elle s'effondre dans ses bras, noyant ses yeux dans les siens, il n'avait pas pensé à cette jeune fille dont le souvenir l'avait hanté pendant des mois et des années.
Depuis 1984 il n'avait plus eu de nouvelle de l'amie de Molly, cette si étonnante jeune fille qui l'avait sauvé de Pettigrew. Il avait fini par ne plus y songer du tout. Jusqu'à ce qu'il retrouve dans les yeux de l'inconnue la même intensité, la même énergie dans le regard.
- Il est possible de tout changer chez un être humain. Souffla-t-il. Tout, sauf le regard.
- Vous me reconnaissez ? s'enquit instantanément Hermione.
- Pas exactement. Sourit-il un peu contrit. Vous me rappelez une grande amie que j'ai aimée et perdue il y a longtemps.
La jeune fille s'excusa, bien qu'elle ne puisse à vrai dire rien y changer. Elle proposa qu'on lui attribue le nom de cette amie le temps que sa mémoire lui revienne. Ainsi, au moins provisoirement, elle aurait une identité plaisante. Et quoiqu'elle arbora un large sourire, sa proposition ne reçut pas un accueil extatique de la part de Sirius. Il préféra s'en tenir à un « mademoiselle » poli.
- Vous pourriez être ma fille. Poursuivit-il.
- Ou bien la sienne. Lança Hermione sagace. Peut-être même les deux. Sirius resta ébahi.
- Je ne crois pas. Ce ne serait pas possible. Le regard de Sirius se perdit dans le vide. Pour diverses raisons que je n'évoquerais pas avec une jeune fille.
Hermione comprit à demi-mots et se le tint pour dit. Elle n'insisterait pas pour en savoir plus sur la relation qu'entretinrent son protecteur et son amie perdue. Pendant qu'ils parlaient, le chat prenait son comptant de caresses et Hermione avalait son déjeuner. La conversation s'acheva un peu avant les œufs brouillés et Sirius lui permit de finir seule. Surtout, il se retirait pour la laisser s'habiller.
- Kreatur s'occupe de vos vêtements moldus. En attendant, il vous a préparé des affaires propres qui appartenaient à ma mère. Il prit un air un peu penaud. Je suis désolé, tout cela n'est pas de première fraicheur, mais nous n'avons pas trouvé sur vous de bagages.
- Je ne sais même pas si j'en ai. Coupa Hermione. Une mine désolée s'installa sur son visage. Elle était dépourvue de nom, de passé mais aussi de présent.
- Nous ferons ce qu'il faut, rassurez-vous. Se précipita d'ajouter Sirius que la moue de la jeune fille avait ému. Hermione lui sourit pour le remercier.
- Je ne pourrais probablement pas vous rembourser pour tout ce que vous faite. Conclut-elle.
- C'est inutile, je suis riche et cela me fait plaisir de vous aider. Il agrémenta sa réponse d'un large sourire.
Au moment de se lever, il caressa le chat qui en réclamait toujours plus. Hermione observa cet homme encore jeune vivant vraisemblablement enfermé la plupart du temps, seul et quasiment oublié. Les yeux de Sirius brillaient d'une tristesse que la jeune fille n'arrivait pas à expliquer. Elle se sentait étrangement responsable de son état. Prenant son courage à deux mains elle allait lui demander l'embrasser, mais c'était surtout parce qu'elle sentait cette envie sourdre en elle sans qu'elle puisse se l'expliquer. Depuis la veille, il y avait tant de choses qu'elle ne comprenait plus qu'elle ne chercha plus.
- C'est la première fois que je vois le chat se laisser faire par un inconnu. Remarqua-t-il.
- C'est un bon chat. Fit Hermione en attrapant le pauvre animal sous les antérieures et le redressant devant son visage. Hein ma Cassy, tu es gentille ? continua-t-elle en posa le bout de son nez sur le museau de l'animal qui miaula doucement comme pour confirmer l'information.
Un peu interloqué, Sirius sortit de la pièce. Il ne se souvenait pas d'avoir cité le nom du chat de Pansy dans la conversation. Peut-être Kreatur l'avait-elle informé avant son passage. De toute façon, il était inutile d'insister.
« §§§ »
Hermione descendit après une heure de préparatifs. Elle avait tenu à se doucher avant de passer le moindre vêtement. La jeune fille fut très étonnée de voir la cicatrice lui barrant la pommette gauche. Lorsqu'elle descendit, apprêtée dans l'une des robes les moins démodées de l'ancienne garde-robe de la mère de Sirius, l'elfe de maison en fit tomber son plateau. Il se prosterna à ses pieds en lui donnant du « maitresse ». Sirius lui-même resta interdit en voyant une jeune fille qui ressemblait tant à sa propre mère adolescente. Un doute s'insinua. Pouvait-il être réellement le père de cette jeune fille ?
- Kreatur, s'il te plait. Fit Hermione en s'accroupissant devant lui. Soit un bon elfe et prépare nous un diner pour deux. Les yeux globuleux de l'elfe se noyaient de larmes. Et il se contenta d'acquiescer de la tête.
Hermione se redressa et ramena une mèche folle derrière son oreille droite d'un geste léger. Elle vint s'assoir en face de Sirius qui tenait son verre de bière-au-beurre suspendu dans le vide. Quand elle s'enquit de son état, il quitta ses rêves. Il lui confia mi-amusé, mi-circonspect, qu'il avait, tout comme Kreatur, eu le sentiment de voir sa défunte mère entrer dans la pièce. En la servant à son tour d'une bière-au-beurre qu'il fit voler du réfrigérateur à la table d'un geste nonchalant de sa baguette, il lui confia qu'il avait fouillé toutes ses affaires pour tenter de trouver une quelconque pièce d'identité. Sans succès malheureusement. La jeune fille fit semblant de ne pas être outrée par la pratique et s'enquit de ses affaires. Sirius lui indiqua une pile de vêtements et quelques menus objets certainement tirés de ses poches.
- Ce qui est étrange. Remarqua Sirius. C'est que nous n'avons trouvé que de l'habillement moldu.
- En quoi cela est-il étonnant ? lança Hermione sur la défensive. Vous trouvez cela dégradant peut-être ? Sirius haussa les mains en signe de défense avant de répondre.
- La seule personne que je sais aimer le monde moldu c'était cette Pansy dont je vous ai parlé.
- Qu'est-elle devenue ? demanda Hermione que la question démangeait depuis la première mention de son existence. S'il s'agit de ma mère, j'aimerais en savoir plus sur elle.
- La dernière fois que Molly m'en a parlé, elle se trouvait en Irlande. Répondit sans difficultés Sirius.
- Dès que possible, je devrais me renseigner sur ce point. Lança la jeune fille comme une évidence. Peut-être y vit-elle encore.
- Le problème, c'est que depuis la guerre civile, nous n'avons plus de nouvelles. Trancha Sirius dont la blancheur de la voix trahissait l'intensité des émotions. Hermione comprit qu'à l'avis de son protecteur, il n'y avait guère d'espoir.
Pendant qu'elle rêvait à ce passé qui était peut-être à portée de main, Hermione avait essayé d'ouvrir la bouteille de bière-au-beurre à la main sans y parvenir, évidemment. Finalement, Sirius s'aperçut des difficultés rencontrées par son invitée et lui proposa son aide. La jeune fille fâchée du tour pris par la conversation et la fin de cette maigre espérance, refusa tout net, prétextant qu'elle n'était pas une enfant. Taquin, Sirius lui précisa que sans baguette il n'y avait pratiquement aucune chance pour qu'elle parvienne à décapsuler la bouteille.
- Qu'à cela ne tienne. avait rétorqué la jeune fille en ouvrant la paume de sa main droite.
- Tu veux la mienne ? interrogea surpris Sirius. D'un regard elle lui fit comprendre que non. De toute manière, sa propre baguette se posait déjà sur sa main.
- Merci, je me débrouille toute seule. Ironisa-t-elle en ouvrant enfin la bouteille.
- Impressionnant. Remarqua Sirius sincèrement étonné. Il est rare de voir des sorciers expérimentés réussir ce tour.
- C'est aussi ce que disait Adam Steven Ridley Stock. Répondit-elle d'un ton détaché. Mais il semble que ce ne soit pas si rare que cela.
- De qui me parlez-vous là ? s'intéressa Sirius. Voilà un nom qui peut nous aider à savoir qui vous êtes.
Sirius nota rapidement le nom sur un bout de parchemin et rédigea un petit mot avant d'appeler Kreatur. Il lui confia le mot en lui ordonnant de le porter à l'instant à Arthur Weasley. L'héritier des Black se redressa ensuite pour expliquer à son invitée ce qu'il venait de faire. Il avait été radié du ministère de longues années auparavant, mais il avait conservé quelques amitiés là-bas. Parmi eux il y avait le mari de Molly. Sirius venait de lui demander d'effectuer des recherches sur le nom évoqué par Hermione. Si ils pouvaient apprendre qui était cet homme, comment elle l'avait rencontré, ils en sauraient un peu plus sur elle. Toute piste étant bonne à suivre, Hermione remercia chaleureusement son hôte.
Kreatur revint très rapidement et assura que le message était bien parvenu entre les mains de son destinataire prévu. Dans la foulée, il précisa que son repas devait être prêt à servir. Les deux sorciers, déjà attablés, se déclarèrent prêt à leur tour. L'ambiance du diner était bien plus détendue que le matin dans la chambre de la jeune fille. Maintenant qu'elle était vêtue, Sirius n'hésitait plus à la regarder franchement. De nombreux détails lui rappelaient la jeune Pansy. Mais la jeune fille qui était installée devant lui était plus grande, plus altière. Son visage était plus fin et ses yeux pas tout à fait de la même couleur. D'une certaine manière ses souvenirs avaient idéalisé l'image qu'il se faisait de Pansy. Mais la jeune fille avec laquelle il discutait avait plus d'esprit, plus d'humour, et était diantrement plus jolie.
- Que vous arrive-t-il ? lança Hermione alors que Sirius était plongé dans ses pensées avec une visible béatitude.
- Je vous trouve absolument superbe. Reconnut-il franchement. Elle le remercia en rougissant un peu.
- Il parait qu'on est toujours attiré par ceux qui nous ressemblent. Rétorqua narquoisement la jeune fille. Et si j'en crois le portrait de l'entrée ou Kreatur, nous avons un air de famille indéniable. Sirius se défendit de toutes interprétations déplacées.
- Mon compliment était pour moi un indicateur de fierté. Je crois que je vais accepter de vous considérer comme ma fille. Il lui fit un clin d'œil amusé.
Tout au long de la matinée, l'impression que l'inconnue lui était attachée avait taraudé Sirius. Plus il la regardait, plus il retrouvait Pansy. Il savait pourtant que cela n'était absolument pas possible. Neanmoins, il n'avait pas pu refreiner l'impression qu'elle était quelque part un peu sa propre fille. Finalement, la complicité naissante qui les unissait depuis le matin eut le dessus sur ses inquiétudes. Il jouerait le jeu, elle serait la fille de Pansy et au diable les rumeurs et ses propres pulsions.
- Alors le tutoiement va s'imposer. Mon petit Papa. Répliqua-t-elle tout aussi amusée.
L'elfe de maison s'affaira un long moment encore pour satisfaire les envies des deux jeunes gens. Hermione ne se souvenait pas du pauvre Kreatur, crasseux et haineux qu'il était devenu dans son passé. Aujourd'hui, il était cordial et charmant. Son maître avait été accueilli fraichement par sa mère après l'arrestation de Pettigrew. Le temps passant, son état se dégradant, et surtout l'absence de Regulus avait amélioré leurs relations. Au point qu'à la mort de sa mère, Sirius était presque pleinement admis dans sa famille. Les tensions restaient sensibles et Sirius ne maintenait les relations que dans l'intérêt de son filleul.
- Cet imbécile de Harry s'est acoquiné avec mon neveu Drago Malefoy. Heureusement qu'il avait été réparti à Griffondor avant de le rencontrer.
- « Réparti », « Griffondor », de quoi parles-tu ? s'enquit Hermione qui n'avait aucun souvenir de Poudlard.
Patiemment, Sirius entreprit d'expliquer à la jeune fille tout ce qu'elle devait savoir à propos de l'école de sorcellerie. Elle crut comprendre qu'un chapeau parlant décidait de l'avenir des élèves et du cours de leur scolarité. Selon les qualités personnelles, le jeune élève était envoyé à Serpentard s'il était ambitieux, Griffondor s'il était courageux, Poufsouffle s'il était fidèle et à Serdaigle s'il privilégiait l'intelligence à l'action. Chaque maison ne se mélangeant que rarement avec les autres. Son filleul avait eu l'insigne honneur de modifier les habitudes. Il trainait essentiellement avec des serpentards dont l'un était le neveu de Sirius. Ce qui ne le rendait pas plus fréquentable pour autant. Cependant, Sirius avait parmi les enseignants des amis très proches qui évitaient à son filleul de subir trop ouvertement les foudres de ses condisciples. Á dire vrai, il était surtout arrogant et imbu de sa personne. Le fait d'avoir vaincu le seigneur des ténèbres lui était monté à la tête et il se sentait supérieur aux autres.
- Je trouve cela ridicule cette « répartition ». conclut Hermione. Au lieu d'améliorer les relations entre les sorciers, cela crée une compétition malsaine.
- J'imagine que ton expérience fut différente, puisque tu viens visiblement d'un autre pays. Puis il ajouta. Bien que tu ne doives pas t'en rappeler.
La jeune fille fut bien ennuyée car elle n'avait, en effet, pas de souvenirs de sa scolarité. Bien que son avis fût tellement tranché qu'elle se demandait si elle n'avait pas déjà pris le temps de réfléchir à la question. Ce qui sous-entendait qu'elle avait une bonne connaissance du système, voire qu'elle y avait été admise. La conversation se prolongea sur ce thème. Sirius expliqua que les membres de sa famille était traditionnellement envoyée à Serpentard. L'un d'eux fut leur directeur et même directeur de l'école. Hermione confirma qu'elle voyait parfaitement de qui elle parlait.
- Ce Nigelus Black n'était pas quelqu'un de recommandable. Je crois. Dit-elle vivement.
- Il a fait renforcer le règlement en faveur des sang-purs, ce qui n'était pas une bonne idée. Reconnut Sirius sans relever le fait qu'elle avait parlé de l'ancien directeur sans aucune hésitation, décrivant sans peine l'emplacement du tableau le représentant.
- Depuis la chute de Jedusor, ils doivent trouver leur position moins enviable. Ricana-t-elle.
- Il restera toujours des extrémistes, quels que soit le système. Admit Sirius. Le mélange des élèves est une solution que Dumbledore rechigne à pratiquer. Pourtant, c'est parce que j'ai été envoyé à Griffondor que j'ai connu Remus et James. L'évocation de ses amis fit passer dans son regard une lueur de plaisir fugace.
- Il me semble que j'ai choisi ma maison parce que mes amis s'y trouvaient. Elle rougit un peu. Je le reconnais, c'est un peu futile comme choix. Sirius pourtant ne trouva rien à redire.
L'après-midi fut consacré à faire de la jeune fille une parfaite Black. Ils décidèrent de s'installer au salon de l'étage pour discuter. Sirius installa la jeune fille dans le siège face au sien. Hermione se prépara à subir une formation intensive et accélérée. Son père adoptif lui expliqua ses liens avec les Malefoy et les Lestrange, mais aussi avec bon nombre de familles dites de « sang-pur ». C'était la grande fierté de ses parents et de son frère Regulus. Du moins avant qu'il ne trahisse celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom pour une raison que Sirius ignorait. Il avait payé de sa vie son revirement. Pour sa part, Sirius avait pleinement assumé de fréquenter des familles de nés-moldus et d'en faire ses amis les plus proches. Contrairement à nombre de ses parents, il avait même décidé de travailler pour le ministère.
- Ils ont fini par me renvoyer. Fit-il un peu amer.
- Á cause de Pettigrew, pas à cause de toi. Répliqua immédiatement Hermione.
Cette fois, l'information était trop personnelle pour que Sirius ne s'y arrête pas. Il essaya de travailler avec la jeune fille ses souvenirs qui semblaient particulièrement présents à ce moment. Malgré leurs efforts, Hermione ne put expliquer pourquoi elle savait ces choses ni comment elle s'en souvenait. C'était comme si ses souvenirs revenaient au moment opportun sans qu'elle puisse le contrôler d'aucune manière. Cela signifiait, remarquait Sirius, que sa mémoire n'était pas définitivement effacée et qu'il y avait espoir de retrouver l'intégralité de ses souvenirs très rapidement. Le nombre de choses qui lui était déjà revenues montrait bien qu'elles n'étaient pas très profondément occultées.
Cependant, la dépense en énergie que demandait cette analyse avait passablement épuisés la jeune fille qui baillait de plus en plus fréquemment. Kreatur était déjà venu pour expliquer qu'il serait sage de ne plus trop attendre avant de passer au souper. Hermione se réjouissait par avance de retrouver les petits plats préparés avec soin par l'elfe de maison. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était revenue dans cette maison, mais elle s'y trouvait bien.
Après le repas du soir, les deux sorciers ne purent passer trop de temps à converser. Globalement, Hermione savait à présent ce qu'il était utile de savoir sur son père adoptif. Elle en savait peut-être un peu plus que Sirius croyait lui avoir dit. D'une part, la jeune fille devait se remettre de ses précédentes aventures dont elle n'avait aucun souvenir mais dont l'impact se ressentait encore sur ses muscles endoloris.
Hermione se leva pour enfin partir se coucher. Délicatement, elle déposa un chaste baiser sur la joue de son nouveau père et s'éloigna en baillant, sa main gauche couvrant l'inélégante respiration. Soudain elle se retourna.
- Quand je suis arrivée, j'avais cette cicatrice, probablement. commença-t-elle. Sirius reconnu qu'en effet lui et Kreatur s'étaient inquiété de cette balafre.
- Mais elle était déjà parfaitement soignée. J'ignore ce qui a pu la produire. conclut-il.
- Justement, les hôpitaux ont peut-être la trace de ces soins. fit-elle rayonnante. La possibilité qu'elle ait laissé un dossier médical à son nom la remplissait d'espoir.
D'un pas léger elle regagna la chambre d'ami qui lui avait été proposée. La chambre particulièrement défraichie, comme le reste de la maison d'ailleurs, était celle qu'elle avait occupée avec Ginny l'année où l'Ordre se réunissait chez Sirius. Mais la jeune fille n'avait évidemment aucun souvenir de sa cinquième année, pas plus que de toutes les autres. Un grand lit occupait le tiers de la pièce, son pendant en occupait un autre tiers, et deux commodes comblaient le peu d'espace restant. La tapisserie anciennement bleutée était fanée et tirait vers un gris sale. Ce qu'elle était par ailleurs. En quelques instants elle enfila une tenue correcte pour la nuit. Ce n'était pas parce que Sirius avait accepté d'être son protecteur, son père adoptif, qu'elle pouvait se permettre de mauvaises habitudes. Telles que son indécence involontaire du matin. Sans surprise, Hermione fut contrainte de chasser Cassy de son oreiller avant de pouvoir se plonger avec délice entre les draps. L'animal sembla se vexer d'être délogé d'une si brutale manière. Cependant, elle revint se lover tout contre la jeune fille dès que celle-ci trouva sa place dans le grand lit. Le ronronnement du chat acheva de faire sombrer Hermione dans un sommeil réparateur.
« §§§ »
Le lendemain matin, ce fut Kreatur qui vint porter le déjeuner au lit à sa jeune maitresse. Son comportement marquait une extraordinaire déférence et ses yeux globuleux semblaient briller d'un plaisir tout particulier dès qu'il regardait Hermione. La jeune fille pensa qu'elle devait beaucoup ressembler à son ancienne maitresse. Plus Hermione était aimable avec lui et plus elle lui montrait qu'elle était touchée par sa prévenance, plus l'elfe de maison était satisfait et plus il faisait d'efforts pour la combler.
Une fois vêtue, Hermione descendit en cuisine pour rapporter le plateau au petit cuisinier. Sirius était absent, Kreatur l'informa qu'il avait quelques rendez-vous d'affaires à rencontrer avant l'heure du diner. Puis, remarquant que la jeune fille tenait les reliefs de son déjeuner, son visage se rembrunit nettement.
- Maitresse n'est pas contente de Kreatur. couina-t-il. Kreatur est un mauvais elfe de maison. Il commençait à se taper la tête contre la table de la cuisine. Hermione se délesta du plateau et l'empêcha de continuer.
- Je t'assure Kreatur, je suis très contente de ton travail. fit-elle doucement à un elfe qui doutait visiblement de sa sincérité.
- Maitresse ne veux plus que Kreatur la serve, Kreatur à bien comprit qu'il est devenu inutile. Il courut attraper un grand couteau de cuisine. Kreatur va se couper la tête et maitresse pourra la poser à côté des autres. Hermione eut une grimace en pensant à la galerie des elfes décapités qui trônait tout le long de l'escalier. Elle lui arracha le couteau des mains.
- Kreatur, je t'ordonne d'arrêter. le ton n'était pas assuré, mais l'elfe cessa aussitôt ses récriminations. Hermione était soulagée, elle ne serait pas responsable de la disparition prématurée de l'elfe de maison de son père adoptif. Je m'excuse, je ne voulais pas te vexer, simplement t'aider parce que je respecte ton travail. C'est tout. le ton de sa réplique était cette fois un peu plus péremptoire. L'elfe ne sembla pas comprendre toute la pertinence de la réplique mais sembla satisfait de l'idée que sa maitresse respecte son travail.
- La maitresse de Kreatur est très gentille de respecter le travail du méchant elfe de maison. Kreatur travaillera encore plus pour avoir beaucoup de respect. Il s'inclina jusqu'à ce que ses grandes oreilles balayent le sol. Semblant très satisfait, il s'empressa de repartir en courant en tout sens, signifiant qu'il y avait beaucoup de travail dans cette maison.
Trouvant plus sage de ne plus intervenir auprès de l'elfe de maison, Hermione tourna un peu en rond dans la cuisine. Elle serait bien montée dans le salon ou la bibliothèque, mais ne savait pas trop ce qui lui était autorisé. Á défaut d'indications claires, elle resta un moment dans la cuisine essayant d'obtenir de Kreatur le droit de l'aider dans les tâches ménagères. Ce que celui-ci refusait fermement. Hermione avait compris que chaque intervention de sa maitresse lui paraissait être le pire des affronts ou des désaveux. Elle essayait pourtant de lui expliquer qu'elle souhaitait avant tout apprendre de lui l'art de cuisiner ou de tenir une maison. L'elfe paru extrêmement surpris à l'idée que sa maitresse puisse avoir un jour besoin de faire par elle-même ce qu'un elfe de maison ferait avec grand plaisir et gratitude. Manifestement, il était pratiquement impossible d'avoir une discussion raisonnable avec un elfe de maison. D'une certaine manière, Hermione aurait probablement simplement pu lui dire qu'elle s'ennuyait à ne rien faire, tout simplement.
En désespoir de cause, l'elfe accepta un peu d'aide pour la vaisselle. Il avait décidé de nettoyer tous les services d'argenterie et de porcelaine de la famille Black. Ce qui l'occupa une très grande partie de la matinée. Certaines pièces disparaissaient littéralement sous la poussière. Hermione constata que la maison était très mal tenue depuis des années. Ce n'était pas uniquement de la faute de Sirius pensa-t-elle en voyant des coupes remplies de plusieurs millimètres de dépôt de poussières. Pendant qu'ils nettoyaient, Hermione et Kreatur eurent l'occasion de discuter un peu des relations au sein de la famille Black. La jeune fille apprit que les cousins les plus proches étaient les Lestrange et que ceux-ci finiraient leurs jours à Azkaban pour s'être ralliés ostensiblement au seigneur des ténèbres. Mais ils étaient d'une certaine manière plus fréquentables que les Malefoy qui s'étaient aussi ralliés mais qui étaient parvenus à éviter la prison. Kreatur ne jugeait pas les positions des cousins de ses maitres, il considérait seulement que leur attitude, se cacher, mentir, n'était pas compatible avec l'honneur d'une bonne famille. Ces considérations firent sourire la jeune fille. Cette conception de l'honneur primant sur l'intérêt lui rappelait quelque chose, mais elle n'arrivait pas à savoir quoi.
Vers une heure de l'après-midi alors que Kreatur et Hermione discutaient plus qu'ils ne lavaient, un message parvint en hibou dans la cuisine. L'animal se posa sur le dossier d'une chaise et Kreatur ôta prestement le message attaché à la patte de l'animal. Sirius leur signalait qu'il ne rentrerait probablement pas avant le soir, et certainement tard. Il ne fallait donc pas l'attendre pour diner et pour souper.
Plus tôt dans la matinée, Hermione aurait pris cette nouvelle pour une punition, mais à présent que ses relations avec Kreatur s'étaient améliorées, elle ne s'en offusqua pas le moins du monde. D'un pas altier, le petit elfe retourna préparer de quoi manger pour sa maitresse. De son plan de travail il lui intima de s'installer à table et de ne surtout plus bouger. Hermione qui savait maintenant à quoi s'en tenir lorsqu'il s'agissait de ses indications, obéit sans discuter. Le repas fut léger, équilibré et délicieux. Rarement Hermione avait aussi bien mangé et elle remercia très sincèrement Kreatur qui en fut extatique et lui interdit à nouveau de l'aider pour ranger la cuisine. Il fit apparaitre quelques magazines et quelques livres sur un coin de la table et mit de l'eau à chauffer dans la bouilloire. Avec plaisir Hermione accepta sa proposition d'un thé Earl-Grey.
« §§§ »
Hermione laissait tranquillement son thé atteindre une température décente en parcourant un ancien numéro de "Sorcière hebdo". La jeune fille ne s'attendait à aucune visite et fut particulièrement surprise d'entendre une voix derrière elle.
- Kreatur, peux-tu m'aider à me débarrasser de mes colis ? Une femme d'un certain âge, un peu replète et échevelée se tenait un pas devant la cheminée. Un peu de cendre tombait de ses vêtements. Dans ses bras, et jusque par-dessus sa tête, elle tenait une quantité impressionnante de paquet.
- Je vais vous aider. indiqua instantanément Hermione en se précipitant pour aider la nouvelle venue.
- Je vous remercie mademoiselle. répondit la femme s'avançant à l'aveuglette vers la table de la cuisine. Je suis Madame Weasley, une amie de Sirius. continua-t-elle en déposant ses encombrant colis sur la table.
- Enchantée, je suis la fille de Sirius. la jeune fille n'eut pas le temps de finir sa phrase. De préciser qu'elle ignorait tout de sa véritable identité. Molly s'était pris le visage entre les mains et avait crié.
- Hermione ! C'est toi, c'est vraiment toi ? balbutia-t-elle en étreignant un peu fort la jeune fille qui la dépassait d'une bonne tête. Des larmes de joies coulaient sur les joues de la mère de famille. La fille adoptive de Sirius eut toutes les peines du monde à l'éloigner un peu d'elle.
- Je suis navrée madame, mais je ne comprends pas ce que vous me dites. lança la jeune fille un peu gênée.
- Qui êtes-vous ? trancha finalement Molly en s'essuyant les yeux avec son mouchoir. Vous ne pouvez pas être Hermione. Vous êtes bien trop jeune.
- En fait, j'ignore qui je suis. répondit penaude l'interpellée. Sirius a accepté de m'aider jusqu'à ce que je retrouve la mémoire.
Molly exprima son besoin de s'assoir en urgence. Précipitamment, Hermione glissa un siège sous elle d'un geste de baguette magique. La mère de famille eut besoin d'un peu de temps pour reprendre ses esprits. Elle sembla parler pour elle-même, articulant quelques noms que la jeune fille ne reconnu pas, ses mains s'agitaient d'un sens à l'autre dans une chorégraphie que seule Molly avait l'art de comprendre.
- Hermione. fit-elle enfin. Sans réfléchir la jeune fille répondit.
- Oui Molly ? vous allez mieux ? la jeune fille s'accroupit aux côté de la mère de famille et la regardait avec amitié. Dois-je faire appeler Arthur ? continua-t-elle en désignant la cheminée. Bien qu'un peu surprise, Molly lui adressa un grand sourire.
- Nous savons à présent quel est ton prénom, Hermione.
- Vous pensez que c'est mon vrai prénom ? s'enquit intéressée la jeune fille.
- Tu y as répondu sans hésitations. Alors je crois pouvoir affirmer que c'est bien ton nom. fit-elle en hochant affirmativement la tête. Si je te dis Parkinson, cela évoque-t-il quelque chose.
Hermione dût reconnaitre que cette mention n'eut aucun écho et n'éveillait en elle aucun souvenir. Un peu de déception se lut alors dans les yeux de Molly.
- Tant pis. J'ai vraiment cru que tu étais cette amie très chère qui a disparu en 84. Fit-elle en posant une main sur celle d'Hermione toujours accroupie à ses côtés.
- Cette Pansy dont parle souvent Sirius. opina Hermione.
- Sauf qu'elle n'a jamais existée, c'était un pseudonyme qu'avait prit Hermione. Merlin sait pourquoi d'ailleurs. Le visage de Molly reflétait la plus grande des perplexités.
- Racontez-moi, s'il vous plait. lança Hermione. Nous pensons que c'est peut-être ma mère.
Molly parut estomaquée par l'information. Puis, elle détailla la jeune fille de la tête au pied. Pour cela, elle lui demanda de se redresser, de tourner sur elle-même. Enfin, elle rendit son verdict.
- Tu lui ressemble un peu. conclut-elle. Surtout la forme des yeux, l'intensité du regard. Un peu la voix aussi. remarqua d'abord Molly. Hermione senti son cœur se serrer, elle aurait bientôt des certitudes. Mais tes cheveux, ta stature, ton port de tête me font penser à Sirius.
- Pour Kreatur, je ressemble beaucoup à la mère de Sirius. confirma Hermione. C'est ce qui a conduit Sirius à me considérer comme sa fille. Un large sourire passa sur le visage de la jeune fille à l'évocation de son père adoptif. Visiblement cette parenté lui plaisait beaucoup.
- Pour moi, c'est d'une grande probabilité. affirma Molly. C'est certainement pour cela qu'elle est retournée en Irlande.
- Vous pensez qu'elle cachait ma présence ? s'enquit Hermione quasiment au bord de l'évanouissement tant les pièces du puzzle s'emboitaient bien.
- Pourquoi pas. Après-tout, dans les années 80 nous étions moins aimables avec les sorcières mères-célibataires. Molly sembla se reprocher ce comportement au même titre que les autres sorciers.
- Ce qui fait que j'aurais quinze ans. s'exclama Hermione. Qu'elle belle journée. fit-elle enfin. Á présent, j'ai un prénom et un âge.
Toujours assise dans son fauteuil, Molly observait la jeune fille avec une grande acuité. Elle doutait qu'elle n'eut que quinze ans. Si son avis avait été demandé, elle aurait affirmé qu'elle en avait au moins vingt ou vingt-et-un. Néanmoins, elle ne souhaitait pas briser l'illusion que se forgeait la gamine qui dansait devant elle, joyeuse de se donner une identité. Une fois que son allégresse se fut un peu calmée, Hermione vint s'assoir auprès de Molly et elle lui demanda si elle pouvait lui raconter tout ce qu'elle savait d'Hermione Parkinson. En effet, Sirius n'avait pas trop voulu lui en parler, ou alors, il en savait bien peu. Molly confirma qu'ils ne s'étaient fréquentés que peu de temps en comparaison de la relation qui existait entre elles.
Prenant son courage à deux mains, Molly lui raconta comment Hermione P. lui avait sauvé la vie, comment elles s'étaient rapprochées au point que la jeune fille passa pour la tante de ses enfants. Plus difficile fut de raconter son départ pour l'Irlande et la relation qu'elle faisait de la guerre civile.
- Elle vivait dangereusement. confia Molly. Je pense même qu'elle faisait partie de la révolte. Et puis un jour, les nouvelles ont cessés de me parvenir et mes hiboux revenaient avec mes lettres.
- Vous pensez qu'elle est… le mot resta coincé dans la gorge d'Hermione. S'il s'agissait de sa mère, elle n'avait aucune envie d'admettre son décès.
Molly eut un geste de réconfort touchant. Elle lui affirma que ni Sirius ni elle ne l'abandonnerait tant qu'elle ne saurait pas sa véritable identité. Et si sa mémoire ne revenait jamais, et bien, elle avait dès à présent gagné une nouvelle famille. D'ailleurs, elle avait sensiblement l'âge de sa fille cadette. La promesse d'inviter Hermione et Sirius au Terrier fut édictée dans la foulée. Il faudrait attendre un peu, les enfants étant encore à Poudlard pour de longues semaines.
« §§§ »
Quand Sirius rentra ce soir-là, il trouva Molly, Kreatur et sa fille adoptive en pleine conversation autour d'un numéro périmé de "Sorcière Hebdo". Visiblement ils ne parvenaient pas à se mettre d'accord sur le temps de cuisson nécessaire pour une matelote de morue. Le maitre de maison hocha la tête d'un air déprimé et signala sa présence au groupe qui l'ignorait superbement. Quand enfin son arrivée fut prise en compte, Hermione se précipita au cou de son père adoptif.
- Père, Molly m'a permis de mieux connaitre mon passé. Fit-elle en relâchant un Sirius passablement surpris. Mon prénom c'est Hermione et je dois avoir quinze ans, à peu près. lui annonça-t-elle très satisfaite.
- Molly, expliquez-moi de quoi il en retourne. lança Sirius en direction de la mère de famille qui vint l'embrasser à son tour.
Sans ambages, Molly expliqua les événements de la journée. Comment de sa surprise était apparu le prénom de la jeune fille. Comment en détaillant sa silhouette et sa voix, Molly avait acquit la quasi-certitude qu'elle n'était pas l'Hermione qu'ils connaissaient mais plutôt sa fille. L'âge de celle-ci étant déduit de son départ d'Heuton-Pagnell.
Après ces éclaircissements, Sirius regarda la jeune fille et vit pleinement, sans hésitations ni doutes, sa fille. Une belle adolescente de quinze ans. Il fut décidé de régulariser dès le lendemain son état civil.
D'un raclement de gorge poli, Kreatur fit comprendre à Molly que l'heure avançait et qu'Arthur serait très probablement inquiet de ne pas la voir rentrer. La mère de famille eut une moue effrayée, elle n'avait plus fait attention au temps depuis des heures déjà. Précipitamment, Hermione proposa à Molly de rester souper avec eux, il suffisait de demander à Arthur de venir à son tour. Elle affirma sans sourciller qu'elle aiderait Kreatur à préparer le repas s'il le fallait. L'elfe de maison eut un coassement étrange avant de préciser qu'il parviendrait sans efforts à servir deux couverts de plus.
N'ayant strictement rien préparé pour le soir, Molly accepta sans peine l'invitation de la jeune fille. Sirius, en digne père, ne sut s'opposer à sa fille. Et l'affaire fut conclue en moins de temps qu'il en fallait pour en parler.
Il fut impossible de joindre Arthur au Terrier, on en déduisit qu'il était encore au ministère. Par le truchement du standard des cheminées magiques du ministère, Sirius parvint enfin à le joindre et à lui indiquer qu'ils l'attendaient. Mais qu'il ne se presse pas pour autant, Sirius avait quantité de choses à dire à son épouse et à sa fille. La dernière mention fit plus d'impression que la première et Arthur s'étrangla en répétant l'expression "ta fille". L'effet fut immédiat. Il ne fallut pas attendre longtemps l'arrivée d'Arthur Weasley.
Ce dernier apparut dans la cheminée de la cuisine moins d'un quart d'heure après l'avoir contacté. Sirius s'élança vers lui pour lui serrer chaleureusement la main et le dirigea aimablement vers la table où était déjà dressé le couvert. Le nouveau venu embrassa son épouse et tendit une main assurée vers Hermione.
- Vous devez être la "fille" de Sirius. fit-il sans que ce soit une question.
- En effet, je m'appelle Hermione. Enchantée Arthur. Elle avait saisi sa main et répondait à son salut.
- Sirius. continua-t-il en relâchant la main de la jeune fille. j'ai ton information à propos d'un certain Adam Steven Ridley Stock.
- Alors ? fut la réponse mêlée du père et de la fille.
- C'est un fabricant de baguette irlandais. lu Arthur sur le carnet qu'il avait sorti d'un poche de sa robe de sorcier.
La mention de l'Irlande, probable pays d'origine d'Hermione acheva de convaincre Molly, Sirius et Hermione du fait qu'ils avançaient dans la bonne direction. La soirée fut par conséquent très aimable et particulièrement joyeuse. Hermione qui ne savait rien de son histoire au matin, se coucha forte d'une nouvelle identité et de lambeaux d'histoire personnelle.
