Second chapitre de cette seconde partie.

Pour simplifier la lecture, j'ai maintenu la numération (?) des chapitres comme s'il n'existait pas de section.

Les réponses aux reviews sont au "liminaire" (introduction, tout simplement)

Pour ceux qui ne l'aurait pas remarqué (cela ne saute pas aux yeux) le chapitre 24 (de la première partie donc) à été modifié le 7 novembre 2010.

Bonne lecture.

Chap. 27 : Usages et usagers.

Les Weasley regagnèrent tard le Terrier, mais ils étaient enchantés d'avoir rencontré Hermione. L'étrangeté de ses origines n'empêchait pas qu'elle ait une surprenante maturité pour son âge. Lorsqu'ils furent seuls, Moly ne put s'empêcher de se tourner vers son mari, le visage sombre.

- Dis-moi Arthur. Tu ne crois pas que ce soit «elle » et non sa fille ? Arthur prit sa femme dans ses bras en lui souriant.

- Si c'était ton Hermione, elle aurait au moins trente-cinq ans. Fit-il doucement. La jeune fille que Sirius se propose d'adopter n'en a guère plus de dix-sept.

- Que ferais-je sans toi mon Arthur ? Confia-t-elle, le visage calé sur son cœur.

- Des bêtises. Se contenta-t-il de répondre avant de prendre prestement la fuite. La réplique de son épouse ne fut pas verbale et lui occasionna une vive douleur à l'épaule.

« §§§ »

Au square Grimaurd, l'ambiance était tout aussi détendue. Hermione, fière de son nouveau prénom ne se lassait pas de le répéter à voix basse en mimant le geste de salutation usuel. Elle faisait les cents pas dans le salon depuis un moment déjà quand Sirius en eut définitivement assez de la voir aller d'un mur à l'autre.

- Ajoute Black après Hermione. Fit-il narquois, mais en restant confortablement installé dans son fauteuil. Au moins les gens sauront pourquoi tu es à moitié folle.

- Papa ! lança Hermione qui s'était très rapidement habituée à ses liens de parentèles. Elle vint s'installer sur ses genoux en croisant méchamment les bras. Á qui la faute ? conclut-elle en tirant la langue.

Sirius fit remarquer qu'il était largement temps de monter se coucher et qu'ils auraient à faire le lendemain. La procédure d'adoption n'était qu'une formalité, mais elle pouvait durer si les agents du ministère ou eux-mêmes ne s'y prenaient pas selon les us.

« §§§ »

Le lendemain fut un autre jour, étonnamment ressemblant au précédent. La jeune fille se leva tranquillement pendant que Kreattur lui servait son déjeuner. Elle se vêtit d'une troisième robe de sa grand-mère adoptive. Cette fois elle accepta néanmoins l'aide empressé de l'elfe de maison. La robe en question se boutonnant haut dans le dos, la jeune fille ne parvenait pas à atteindre les boutons. Juché sur le dossier d'une chaise, Kreattur fit de son mieux pour accomplir la tâche imposé. Et pour une fois, il ne réclama pas qu'on lui demande encore ce genre de service. Car c'était une habitude qu'il avait prise de finir les corvées en demandant qu'on lui confie une nouvelle fois. Cela marquait le plaisir qu'il prenait à travailler. Visiblement, les vêtements féminins ne lui inspiraient pas beaucoup d'indulgence.

Hermione descendit à la cuisine un peu pressée de se rendre au ministère anglais de la magie. Dans la cuisine, Sirius l'attendait déjà prêt depuis un bon moment, mais il ne montra aucun signe d'impatience. Il lui fit signe de le suivre, et la guida vers la cheminée en lui confiant un peu de poudre verte.

- Ce n'est pas compliqué. Fit-il. Tu jettes la poudre de cheminette dans le brasier et tu énonce clairement la destination où tu souhaites te rendre. Il ajouta par acquis de conscience. Pour nous aujourd'hui c'est «ministère de la magie », il est inutile de préciser lequel. Les cheminées ne permettent pas de quitter le pays.

- Très bien, j'ai compris. Répondit sans hésitation Hermione.

Sirius ne fut nullement surpris de constater qu'elle énonça sans difficulté sa destination et il put la retrouver couverte d'un peu de cendres dans le grand hall du ministère. La jeune fille semblait abasourdie par ce qu'elle voyait. Une multitude de cheminée débouchaient dans la pièce qui paraissait sans limite. Les sorciers qui en sortaient constamment convergeaient plus ou moins rapidement vers une grande statue représentant deux sorciers triomphants. Hermione pensa que la représentation était d'un goût relativement douteux. Mais elle n'était pas là pour donner son avis. Poussée en avant par un nouveau venu, elle s'avança un peu dans le hall en attendant l'arrivée de son père. Sirius arriva quelques instants plus tard dans une cheminée voisine mais, plongée dans son observation des lieux, elle ne le vit pas. Lorsqu'il épousseta ses épaules d'un geste doux, elle tourna enfin la tête vers lui.

- Impressionnant, n'est-ce pas ? Intervint-il discrètement.

- Je m'attendais à autre chose. Répondit-elle d'un ton détaché. Nous sommes sous terre demanda-t-elle ensuite.

- Bonne observation, plus nous montons dans la hiérarchie, plus les bureaux sont profondément enterrés.

- Tout cela ne me rassure pas. Émit-elle faiblement. Je n'aime pas cette idée d'être enterrée. Elle frissonna il en sentit les mouvements sous ses doigts qu'il avait laissés sur les épaules de sa fille.

- Ne t'inquiète pas. Sirius fut surpris de la fragilité inattendue de la jeune fille. Nous allons nous dépêcher. Elle lui sourit en guise d'accord.

Les deux membres de la famille Black s'élancèrent enfin vers le poste de sécurité qui gardait l'accès au ministère à proprement parlé. Le factionnaire se dressa devant eux en leur demandant de s'identifier et de laisser leurs baguettes à l'entrée. Étant évidemment convenu qu'ils pourraient les récupérer à leur sortie. Sans difficultés, Sirius déposa son bien qui était déjà dûment enregistré, la procédure fut donc très brève, une petite note et un sortilège de protection empêcherait quiconque de repartir avec cette baguette s'il n'en était pas le légitime propriétaire. Le cas d'Hermione fut un peu plus délicat. Le gardien se tourna vers elle et tendit la main pour recevoir la baguette. Ne pouvant pas s'y opposer, Hermione lui tendit.

- Nom et prénom ?

- Black, Hermione, monsieur. Fit la jeune fille un peu crispée.

- Description de la baguette ? tonna-t-il d'une voix de basse.

- Je ne sais pas. Balbutia Hermione.

- Vous ne connaissez pas la composition de votre baguette ? s'étonna l'homme qui la dévisageait à présent avec méfiance. Il tourna la baguette entre ses doigts visiblement préoccupé. S'il s'agit d'une baguette volée, vous imaginez bien que je vais devoir la confisquer. fit-t-il enfin.

- Elle est à moi, je vous le promets. Lança-t-elle terrifiée à l'idée qu'on puisse l'en priver.

- Une promesse, cela ne vaut rien mademoiselle. Trancha le garde.

Aux côtés de sa fille adoptive, Sirius essaya de faire comprendre qu'Hermione était étrangère et que ces pratiques n'avaient pas cours dans son pays. Étant encore jeune, elle ne s'était guère préoccupée de ces détails insignifiants chez elle. La jeune fille était au bord des larmes, entre colère et angoisse. Elle ferma les yeux pour ne plus voir cet homme qui la maintenait dans cet endroit étouffant, et tentant de la priver de sa baguette. Un cri de douleur et de surprise mêlés l'obligèrent à rouvrir les yeux. Le garde avait lâché la baguette dont l'extrémité rougeoyait et étincelait.

- Comment faites-vous cela ? s'enquit-il instantanément.

- Je l'ignore. Répondit la jeune fille en haussant les épaules. Ce qui n'était rien d'autre que la vérité. Mais je pense que cela prouve que cette baguette m'appartient. Acheva-t-elle cassante.

- Il semblerait en effet, mademoiselle. Néanmoins, je dois noter les spécificités de celle-ci sur ma fiche. Il paraissait ennuyé à présent. La jeune fille se pencha vers lui et lui glissa à l'oreille.

- Séquoia, pour le bois. Pour le cœur, c'est un secret. Puis, s'éloignant un peu. Vous comprenez que nous ne souhaitons pas divulguer des procédés de fabrication qui représentent un investissement important.

Le garde surprit pas le ton très ferme et assuré de la jeune fille opina et accepta l'explication. La note fut incomplète, mais ils purent poursuivre dans le couloir. Une fois qu'ils se furent éloignés suffisamment, Sirius toisa sa future fille.

- Si tu mens toujours aussi bien, je ne sais pas si je vais aller dans ce bureau pour clarifier ton état civil. Fit-il en haussant les sourcils montrant que les mots ne cadraient pas avec les sentiments.

- Désolée. Intervint vivement Hermione. Je me suis souvenu du matériau mais pas du cœur. Alors il fallait bien que je me débrouille pour qu'il nous laisse passer.

L'héritier des Black attrapa de sa main droite l'épaule droite de la jeune fille et la serra contre lui d'un geste amical. Évidemment qu'il était fier d'elle. Un peu plus à l'aise, la jeune fille suivit son « père » dans l'ascenseur qui descendait vers les bureaux de l'état civil. Habituellement, c'est un service que les sorciers n'emploient guère. Il n'y a guère d'accouchements hors de Sainte-Mangouste et l'hôpital magique transmet instantanément la nouvelle d'une naissance qui s'inscrivait presque automatiquement dans les registres. Par conséquent, il n'y avait pas beaucoup de personnel dans les bureaux. Pourtant ceux-ci étaient larges et spacieux, agréables quoi que vieillots.

En passant la grande porte qui donnait sur le bureau de l'état civil magique, Hermione s'attendait à y trouver au moins une douzaine de personnes. Car c'était le nombre de meubles disponibles. Pourtant, il y avait en tout deux vieilles femmes rabougries comme oubliées dans un coin de leur palais. Nombre d'agents du ministère aurait tué, ou presque, pour avoir un peu de la place inutile perdue ici. Les vieilles n'eurent même pas un regard pour les nouveaux venus et continuèrent de deviser comme elles le faisaient avant leur arrivée et comme elles le feront probablement longtemps après leur départ.

Devant un regard interrogateur d'Hermione, Sirius expliqua que depuis la construction du ministère, le nombre de naissances non prévues au sein de la communauté n'avait cessé de se restreindre. L'état civil était plus souvent inscrit à Sainte-Mangouste qu'au ministère et donc personne ne se dérangeait jusqu'ici. Parfois, un né-moldu demandait son inscription tardive, mais cela aussi était rare. Car dans leurs cas, c'était l'école de Poudlard qui procédait à leur inscription. Personne n'imaginait envoyer les parents moldus au cœur même du ministère de la magie. Néanmoins, aucun ministre n'avait osé fermer le service définitivement. On réservait ces deux ultimes postes aux personnes en fin de carrière ou incapables de mener à bien toute autre mission. Cette dernière évocation reçu un toussotement de désapprobation de la part des deux vieilles. Hermione se moqua de son incorrigible père, incapable justement, de murmurer. Compte-tenu des regards furieux que les agents lancèrent dans leur direction, Hermione craignit que leur tâche ne devienne plus compliquée.

Semblant oublier sa bévue, Sirius s'avança franchement dans leur direction et exposa en reprenant à peine son souffle les raisons de leur présence.

- Mes dames. Fit l'obséquieux. Je suis navré de vous importuner. Voici ma fille. Continua-t-il en la désignant de la main. Elle vient de perdre sa mère qui l'avait emmenée enfant loin de moi. Le mensonge sembla attendrir le cœur des femmes aux visages desséchés.

- Alors j'ai décidé de venir retrouver mes racines auprès de lui. Compléta Hermione n'hésitant pas non plus à jouer la comédie. Au point où ils en étaient, un mensonge de plus ou de moins ne changerait plus la donne.

- Malheureusement, elle n'a pas d'état civil dans ce pays et ne peut s'inscrire à l'école. Acheva Sirius.

- Est-elle sorcière ? s'enquit la femme assise sur la gauche du bureau. Sirius répondit qu'il ne saurait en être autrement.

- Vit-elle chez vous ? L'homme s'empourpra un peu en répétant qu'il s'agissait de sa fille et que jusqu'à la rentrée, il était hors de question qu'elle alla vivre ailleurs que sous son toit.

L'interrogatoire s'arrêta là. D'une petite voix, on lui demanda sa date et son lieu de naissance. Sans hésiter, parce qu'ils avaient préparé une réponse, Hermione répondit. Une plume ensorcelée par la sorcière de droite alla se planter sur un gros registre et inscrivit Hermione Black à la date du 19 septembre 1982. En dessous, la plume ajouta fille de Sirius Black, née à Dublin, Irlande.

Les deux Black prirent congés des aimables agents du ministère et sortirent rapidement. Le fait d'être arrivés à leurs fins sans aucune difficulté les incitait à ne pas trainer dans le secteur. Au cas où quelqu'un douterait finalement de la décision de l'état civil. Une fois la porte refermée sur eux, Sirius et Hermione furent pris d'un fou rire qu'ils eurent du mal à réprimer. La tension nerveuse était en train de retomber, ils allaient mieux. Tout de même, Hermione reconnu qu'elle n'était pas très fière de ce faux en écriture. Si quelqu'un prenait la peine de vérifier, elle aurait de gros ennuis, et lui aussi. Impassible, Sirius lui répliqua qu'il avait déjà fréquenté Azkaban et qu'il ne s'inquiétait pas trop d'y retourner. Pour sa part, Hermione ne se trouvait pas du tout intéressée par l'expérience, elle le lui exprima.

Au cours de leur remontée, Hermione et Sirius furent rattrapés par deux inconnus. Du moins l'étaient-ils pour la jeune fille. Sirius entreprit de faire rapidement les présentations.

- Kingsley Shacklebolt, et Nimphadora Tonk, des aurors du ministère. Et des membres de l'ordre du phénix. Ajouta-t-il en s'assurant cette fois que ses paroles n'avaient pas d'autres auditeurs que ceux prévus.

- Enchantée de vous rencontrer, Kingsley, Tonks. Fit Hermione naturellement. Le grand noir répondit de sa voix grave et chaleureuse, instantanément, Hermione se sentit rassurée et apaisée. Tonks lui fit un clin d'œil amusé avant de lui serrer la main. Ses cheveux changèrent de couleur pendant l'opération. La jeune fille ne put s'empêcher de rire un peu.

- Qui est cette jolie personne ? demanda Kingsley.

- Ma fille. S'empressa de répondre Sirius, visiblement très fier du contenu de sa remarque. Ta cousine, Hermione Black. Lança-t-il ensuite à Nimphadora qui resta bouche bée.

- Depuis quand as-tu de la famille Sirius ? balbutia Tonks.

- Pas loin de… dix minutes. Répliqua l'intéressé qui s'amusait follement.

Kingsley et Hermione rirent ensemble de la stupéfaction de Tonks. Pour sa part, Sirius prenait un visible plaisir à présenter son adolescente de fille. La conversation prit ensuite un cours plus naturel lorsque Sirius raconta l'histoire de Pansy rencontrée en 1981 et qui avait disparue depuis. La ressemblance entre Pansy et Hermione, mais aussi entre Hermione et Sirius était tellement nette qu'il n'y avait pas de doutes dans son esprit. Tonks admit que sa nouvelle cousine ressemblait en effet beaucoup à sa tante. Très intéressée, mais par d'autres détails, Hermione finit le trajet en questionnant Kingsley sur son travail d'auror. Après quelques minutes, elle affirma que cette carrière n'était pas vraiment pour elle.

- Je passe trop de temps à réfléchir et pas assez à agir pour m'en sortir. Je crois. Rougit-elle.

- Tout cela s'apprend. Répliqua Tonks très sure de son fait. Je viendrais jauger ton niveau si Sirius le veut bien.

- Il faudra si Hermione veut entrer à Poudlard en septembre. Expliqua Sirius, sérieux pour une fois.

- Tu finiras ton cursus chez nous. Continua Kingsley. C'est un bon choix. Je pense que tu te plairas à Poudlard, je n'en ai gardé que de bons souvenirs.

L'ascenseur était parvenu à l'étage des bureaux des aurors, Kingsley et Tonks durent descendre. Ils ne le firent pas sans saluer leurs cousins et amis. Et en se promettant de se voir bientôt. Alors que les portes de l'ascenseur se refermaient, Sirius héla sa cousine.

- Dis Tonks, on se voit chez les Malefoy la semaine prochaine ?

Il n'obtint en guise de réponse qu'un rire étranglé et quelques jurons biens sentis qui l'amusèrent beaucoup. Sirius expliqua que sa cousine était personna non grata chez les Malefoy parce que sa mère avait épousée un né-moldu. Comme si cela avait de l'importance conclut-il un peu fâché. Le retour par la cheminée au square Grimaurd ne fut qu'une formalité. Hermione avait récupéré sans difficulté sa baguette des mains du garde qui fit bien attention en manipulant l'objet. Il semblait craindre que l'expérience précédente ne se renouvelle.

Par contre la soirée fut un peu tendue entre Hermione et son père. Apprendre qu'il y aurait une soirée chez les Malefoy et penser qu'elle y serait l'énervait grandement. Après tout ce que Sirius et Kreatur avaient dit à leur encontre, elle ne se sentait pas du tout prête à les rencontrer. Il fallut à Sirius déployer des efforts qu'il n'avait pas l'habitude de consentir pour faire admettre à la jeune fille qu'il n'y avait là que des convenances et des banalités.

« §§§ »

Le matin aurait pu être tel que les précédents si la voix de Moly Weasley n'avait réveillée Hermione en lieu et place des pas de Sirius ou des amabilités de Kreatur. D'instinct, Hermione savait que sa journée serait difficile. Au lieu de trainer un peu dans son lit en profitant du déjeuner servilement apporté par l'elfe de maison, la jeune fille fut prestement levée par une Moly déterminée. En chemise de nuit, elle fut propulsée jusque dans la cuisine où Kreatur s'affairait auprès d'une autre jeune fille aux longs cheveux roux.

D'un geste volontaire, Moly installa Hermione sur le siège à côté de l'autre jeune fille qui lui adressa un sourire un peu forcé. Sans s'attarder à les présenter l'une à l'autre, Moly fit part de son désir de partir au plus vite pour le chemin de traverse. Á peine avait-elle exposé ses desiderata que l'elfe déposait devant sa maitresse un déjeuner admirable mais succinct. Hermione émit une petite récrimination quant à la quantité servie sur son assiette, mais l'elfe s'éloigna de la jeune fille en brandissant son plateau pour se protéger. Pas d'Hermione évidemment, mais plutôt de Moly qui les regardait d'un regard incendiaire. Finalement, pendant qu'Hermione engloutissait le plus rapidement possible la nourriture qu'on avait daigné lui servir, Moly rompit le silence entrecoupé du crissement du couteau et des tintements de la fourchette.

- Sirius qui a réfléchit, ce qui est déjà en soit un événement majeur. Fit-elle en levant les mains au ciel en signe de remerciements. Sirius donc, a décidé de me confier ton habillement pour l'importante soirée à venir.

- Je ne tiens pas à y aller. Rétorqua Hermione sans même lever le nez de son assiette. Je lui ai dit.

- Ce n'est pas à toi de décider pour ce genre d'événements. Émit Moly sur un ton ne permettant pas de répliques.

Rapidement, la mère de famille expliqua en quoi consistait réellement cette réunion. En plus de la présence de la famille de Sirius, il serait question de présenter la jeune fille. Ce qui ne ravissait absolument pas Hermione. Être considérée comme un objet que l'on admire et que l'on critique, ce n'était pas précisément l'idée qu'elle se faisait d'une sorcière moderne. Elle le dit fermement à Moly qui se vexa instantanément.

- Tant que tu vivras sous mon toit jeune fille, tu feras ce que je te dirais ! aboya-t-elle.

- Maman, ce n'est pas à moi que tu parles. S'amusa la jeune fille rousse. Mais à la fille de Sirius. Elle fit un grand sourire à Hermione et lui tendit la main.

- Salut, moi c'est Ginevra, mais on m'appelle.

- Ginny. Je sais. Coupa Hermione qui ne savait pas pourquoi elle le savait. La jeune rousse ne s'étonna pas de la remarque.

- Ma mère a du te parler de moi, suis-je bête. Lança-t-elle en se frappant le front de la paume de sa main.

- Tu n'es pas sensée être à Poudlard ? demanda Hermione se disant que sa voisine avait probablement raison.

- Dumbledore m'a permis de sortir pour que j'aide Maman. Ricana-t-elle. Sans moi, tu risques de te trouver habillée à la dernière mode d'il y a vingt ans.

- Jeune fille, inutile d'être désagréable. Intervint enfin Moly. Aide plutôt Hermione à trouver des vêtements mettables dans sa chambre.

Ginny se leva et prit la main de sa voisine qu'elle tira jusqu'à sa chambre. Lors de l'ascension des escaliers, Ginny lui demanda alors où elle avait grandi. Hermione lui répondit sans malice qu'elle n'en savait rien. Mais que pour le moment seul l'endroit où elle vivait avait de l'importance.

Entrant dans la chambre, la fille de Sirius demanda à la jeune rousse de ne pas trop faire attention au manque de fraicheur de la décoration. La réponse de la fille de Moly fut brève et cinglante.

- Au Terrier, dans une pièce comme celle-là, on aurait fait trois chambres. Tout est petit, étroit, étriqué et sombre.

- Désolée, je ne voulais pas faire remarquer. Commença Hermione.

- Que tu vis dans une maison de riches et que tu es riches toi-même ? lança avec malice Ginny. C'est pas grave, tu vas survivre. Fit-elle en plongeant le nez dans la penderie d'Hermione.

Abasourdie, Hermione ne sut pas trop quoi répondre. Visiblement le train de vie des Weasley n'était pas le même que le sien, mais Ginny ne semblait pas en souffrir. Dans ces conditions, si Ginny pouvait devenir son amie, Hermione se sentirait moins seule.

- Si ça se trouve, j'ai grandie dans un appartement miteux avant d'arriver ici. Fit Hermione en haussant les épaules avec dédain. Ce qui est bien, c'est que je ne m'en souviens pas.

Des éclats de rires provenant de la penderie lui permirent de constater que sa remarque avait touché juste. Si Ginny ne prêtait aucune attention à la situation pécuniaire de ses parents, Hermione n'était pas d'un autre avis. Hésitante, Hermione resta d'abord à caresser son chat assise sur son lit. Les vêtements volaient en quittant sa penderie et s'entassaient en une boule infâme dans un coin de la chambre. Certaines des nippes lui arrachèrent des sourires et mêmes des éclats de rires francs. Elle n'avait pas eu la curiosité de regarder dans le détail ce que Kreatur et Sirius avaient sélectionnés des vêtements de sa grand-mère adoptive. Cependant, Hermione refusa tout net que l'on jette ses affaires moldues. Elle ignorait pourquoi elle s'attachait à ces affaires qui ne ressemblaient plus à rien, griffées, déchirées, tâchées comme elles l'étaient, Hermione ne pourrait certainement pas les remettre. Mais, c'était tout ce qui la rattachait à « avant ».

- Ce n'est pas trop dur ? Fit soudain Ginny en émergeant de la penderie. Je veux dire, de ne pas avoir de famille ?

- J'en ai une maintenant. S'étonna Hermione.

- D'accord, mais ce n'est pas la tienne. Balbutia Ginny rougissante.

- Il est très possible que Sirius soit mon vrai père. Trancha un peu durement Hermione.

- Je suis désolée, je n'aurais pas dû t'interroger sur ce point. Répondit Ginny en retournant dans la penderie. Hermione resta un instant songeuse.

D'une certaine manière, Ginny avait raison de s'inquiéter de sa position. Elle n'était pas dans son univers, du moins elle ignorait d'où elle venait. Jusqu'à présent, le soutien de Sirius et de Kreatur ne lui avait guère laissé de temps pour se préoccuper de ses racines. Lorsqu'elle serait seule à Poudlard ou ailleurs, que serait Hermione ? Une fille perdue et adoptée par un vieux célibataire, voilà tout. Une voleuse d'héritage pour certains. D'autres médisances lui traversèrent l'esprit, et elle espérait n'avoir jamais à entendre qu'on la suspectait de réchauffer le lit de Sirius.

- Ginny ? s'enquit Hermione qui n'entendait plus de bruit provenir de la penderie. La voix de la jeune rousse émana du fond du placard comme sortant des profondeurs de la terre.

- J'arrive, c'est juste plein de bestioles bizarres par ici !

- Attention à mes cousins. Railla Hermione. Sirius y est très attaché.

- A ces cloportes ? eurk ! lança Ginny avec un air dégoûté sur le visage. On dirait Potter et Malefoy.

- C'est bien ce que je dis. S'amusa la blonde. Laisse mon cousin tranquille.

- Excuses-moi, je ne voulais pas dire du mal de Drago. S'empourpra Ginny, devenant aussi écarlate que ne l'étaient ses cheveux.

- Je ne le connais pas encore, mais d'après ce que m'en a dit Sirius, ce ne doit pas être brillant. La rassura Hermione.

Ginny entreprit d'expliquer qui était Drago Malefoy. En substance, il fallait en retenir qu'il n'était pas moche avec ses grands yeux bleus et ses cheveux blond presque blancs.

- C'est un garçon plutôt grand mais un peu falot. Conclut Ginny. Et ce n'est pas son moindre défaut.

- Il est méchant. c'est ça ? interrogea Hermione pas très satisfaite de son qualificatif.

- Plus exactement, fourbe, un brin cruel et dédaigneux, très égoïste et orgueilleux aussi. Ajouta Ginny fermement.

- Tu le déteste à ce que je vois. Compatit Hermione.

- C'est surtout qu'il traine toujours avec cette bourrique de Potter. Pesta la jolie rousse dont le nez se retroussa un peu en citant le nom du survivant.

Ce fut au tour d'Hermione d'intervenir. Elle savait que Harry Potter était le filleul de Sirius et qu'il vivait chez des moldus. Ceux-ci l'avaient élevé dans le culte de sa victoire contre Voldemort et il avait tendance à être imbu de sa personne. Compte-tenu des descriptions faites de l'un et l'autre, Hermione trouvait à la limite tout à fait normal que Harry et Drago passent beaucoup de temps ensemble. Ils se ressemblaient tellement. La réaction de la jeune rousse semblait un peu excessive. De mauvaises blagues, des comportements douteux et quantité de choses pouvaient expliquer cela. Hermione n'osait pas trop poser les questions qui lui venaient aux lèvres. Pour éviter de paraître indiscrète, elle apporta son aide à Ginny pour finir de trier les affaires. Tout de même, elles étaient sensées rechercher de quoi habiller décemment Hermione.

- Harry a grandi avec nous tu sais. Fit soudain Ginny, les larmes aux yeux. Grâce à Sirius et à Tata Hermione, il était très proche de nous, même.

- Tata Hermione ? s'étonna la blonde.

- Une amie de ma mère. Expliqua Ginny. D'ailleurs, c'est pour ça qu'elle a insisté pour venir aujourd'hui. Tu lui rappelle cette amie.

- Et en plus, j'ai le même prénom. Hermione regarda bien en face sa voisine. Celui de ma mère il parait. Sourit la jeune fille. Ginny comprit l'allusion.

Il fallut à nouveau de longues minutes pour expliquer comment Harry avait pu passer des journées entières avec Ginny et ses frères étant enfants. C'était avant Poudlard. Lors de la répartition, Harry avait désiré être envoyé à Griffondor avec ses amis d'enfances. C'était liesse à leur table, avoir le survivant parmi eux était une gloire avant même le début des cours. Un moment Ginny avait cru qu'il s'était décidé pour elle. Cette évocation lui embruma les yeux et Hermione lui tendit doucement un mouchoir. Évidemment, Ginny ne le haïssait pas, bien au contraire.

Pour finir, Drago s'en était mêlé. Il avait réussi à faire croire à Harry que ses anciens amis n'étaient pas à la hauteur de sa personne. Sirius en avait été fâché pendant des semaines. Quand il eut appris que son filleul préférait la présence de Malefoy et de ses amis, il lui avait refusé de l'accueillir à nouveau chez lui. Le remède ayant été bien plus catastrophique que le mal lui-même. Alors que Harry n'avait fait que se détacher un peu de ses amis, après cette interdiction, il les ignorait totalement. Harry avait même demandé à changer de maison à Poudlard. Ce que Dumbledore lui avait évidemment refusé.

- Des fois, j'aimerais changer de vie. Émit Ginny d'une voix tremblotante. Les larmes enserraient à nouveau sa gorge.

- Ce ne serait pas une solution. La rassura Hermione. Tu sais ce que tu abandonnes, pas ce que tu gagnes.

- Et c'est toi qui dis ça ? railla Ginny avec une voix où l'hilarité le disputait aux larmes.

Hermione conçut que ce n'était pas une bonne sentence. Elle-même savait ce qu'elle gagnait, pas ce qu'elle perdait. Néanmoins, il n'y avait pas de raison, à son sens, pour que Harry ne se rendisse compte un jour ou l'autre qu'il faisait fausse route. Un jour prochain, fit Hermione doctement, il reviendra vers ceux qui le connaissent le mieux.

- Si vous êtes vraiment ses amis, alors il reviendra. Conclut-elle.

- Facile à dire, tu n'es pas vraiment concernée. Rétorqua Ginny irritée.

- C'est mon frère adoptif d'une certaine manière. Conclut la jeune Black.

- Ne rêve pas, pour eux, tu ne seras jamais des leurs.

L'expression signifiait bien les limites de la situation d'Hermione. Elle n'était pas « des leurs ». Elle ne serait jamais au mieux qu'une fille illégitime, une bâtarde. Ce qui n'est guère mieux qu'une « sang-de-bourbe ».

- Comment connais-tu cette expression ? s'étonna Ginny.

- J'ai dû l'entendre avant. Répondit distraitement Hermione.

- Ce n'est pas anodin comme phrase. Continua la jeune rousse. Surtout si tu viens d'Irlande et que tu es la fille d'une sorcière.

- Tu crois que cela à un sens ? s'enquit Hermione. Á propos de mes origines, je veux dire.

Ginny Weasley dût reconnaitre qu'elle ne pouvait tirer de conclusion particulière quant aux origines d'Hermione à partir de cette phrase prononcée comme un lapsus. Mais, d'après elle, Hermione aurait toutes les difficultés du monde à s'intégrer à la famille Black si en tant que bâtarde attitrée, elle ne se considérait pas mieux qu'une née-moldue. Hermione fit une grimace à sa nouvelle amie avant de lui demander s'il restait assez de linge pour qu'elle sorte de sa chambre autrement que totalement nue. Cela finit d'amuser les jeunes filles qui ne réprimèrent plus leurs fou-rires.

- Á défaut de Potter, tu as Hermione ! fit enfin la jeune fille. Même si je ne suis pas full option.

- Je n'aurais probablement pas le même usage de l'une ou de l'autre. Ricana Ginny. Mais je dois reconnaitre que je suis contente de te connaitre.

- Amies alors ? demanda Hermione.

- Amies. Conclut Ginny en lui tendant la main.

Hermione achevait d'enfiler une robe moins usée que les autres au moment où, à bout de patience, Moly Weasley grimpait fébrilement les étages. Quand la poignée de la porte grinça, signalant que la mère de famille entrait enfin, Ginny se redressa et fit semblant d'achever de coiffer Hermione qui lissait vaguement sa robe pour en effacer les plis incrustés par des années d'immobilité dans l'antique penderie.

Contrairement à ce que craignait visiblement Ginny, Moly ne s'emporta pas contre les deux retardataires. Évidemment elle rappela qu'elles étaient montées depuis plus d'une heure, elle insista sur le fait qu'elles avaient toutes trois des choses à faire, en grand nombre, au cours de la journée. Cependant, le tas de linge vieillot, usé, démodé que Ginny avait dressé dans un coin de la pièce sembla adoucir la peine. Au moins, elles n'étaient pas restées à rien faire.

"§§§"

Descendues du perron de la maison jusqu'au square, les trois femmes s'apprêtèrent à transplaner. Au dernier instant, Moly s'enquit de savoir si Hermione savait transplaner. Elle lui assura qu'il n'y aurait aucune honte à ne pas le savoir. En Angleterre, il fallait avoir 17 ans pour y être autorisé. N'ayant pas les 17 ans requis, Hermione douta d'avoir l'expérience suffisante pour transplaner sans risque. Par conséquent, il fut décidé d'avoir recours à un transplanage d'escorte. Après avoir jeté un œil à la mère de famille, Hermione pensa que l'effort exigé serait peut-être un peu élevé pour une seule personne.

- N'y a-t-il pas d'autres moyens Moly ? fit-elle doucement. L'interpelée parut surprise de la question et commença par l'éluder. Je ne sais pas, des transports moldus peut-être ? insista Hermione.

- Des transports moldus ? s'écria Moly. Par Merlin, nous n'avons jamais recours à ces solutions. Mais je reconnais que le transplanage ne serait pas très sécurisant. Admit-elle.

- Alors, prenons le magicobus. Lança Ginny. Elle agrémenta son intervention d'un clin d'œil à destination d'Hermione. Elle ne le connait pas, c'est l'occasion de s'amuser un peu.

La plus intéressée par l'expérience paraissait être Ginny. Manifestement, elle utilisait Hermione comme prétexte pour tester les facilités magiques qu'on lui refusait habituellement. Quelques secondes après avoir énoncé la phrase rituelle, le bus magique stoppa net devant elle. Naturellement, Stan Rocade descendit sur la contremarche pour accueillir les nouvelles clientes.

- Bonjour Stan glissa Moly en lui remettant le prix du voyage.

- Où est donc Johan Rivett ? demanda Hermione le plus naturellement du monde. Occasionnant la réaction immédiate des deux adultes présents.

- Rivett ? mademoiselle, ça fait dix ans qu'il est mort ! répondit Rocade.

- Comment connais-tu son nom ? s'étonna Moly.

- Comme toujours, c'est revenu sans que je sache pourquoi. Fit-elle perplexe.

Sous la direction de Stan Rocade, les trois femmes furent installées à l'arrière du magicobus entre deux guéridons qui balançaient de la droite vers la gauche selon les aléas de la route. Hermione s'inquiétait surtout du passage en rase-motte d'une bouilloire qui servait du thé à ceux qui le désirait. De son côté, Ginny paraissait extatique de se trouver dans le bus magique. Ses cheveux roux volaient en tous sens selon les mouvements de son cou. Sa mère dût la reprendre une fois ou deux pour ce comportement qu'elle ne considérait pas comme digne d'une sorcière bien élevée. Dès que Moly eut tourné la tête pour éviter à son tour la bouilloire, sa fille lui tira la langue, moqueuse.

Comme toujours avec ce moyen de transport, le trajet ne fut pas long. Tout au plus cinq minutes, essentiellement parce que chauffeur avait fait un détour vers York pour y déposer un vendeur en potions cosmétiques. Pendant un moment, Moly fut même sensible aux boniments du charmant vendeur, sous les yeux amusés des deux jeunes filles qui prenaient là une forme de revanche. Surtout Ginny.

L'arrivée devant le « chaudron baveur » déplu particulièrement à Hermione. Elle comprenait mal ce qu'elles allaient faire dans une auberge miteuse. En entrant, elle salua néanmoins le serveur et les quelques clients qui se trouvaient dans le bar. Sans qu'on l'y invite, elle traversa cet espace et se dirigea vers l'arrière-boutique en direction de la porte magique menant au chemin-de-traverse.

- Tu es certaine de n'être jamais venue ? demanda Moly avec un éclat de malice dans le regard.

- Je ne peux pas le garantir, étant donné que je me suis dirigée tout droit ici. Répliqua Hermione qui commençait à reconnaitre les fausses-questions.

- C'est bien pratique ça, de prétendre qu'on ne se souvient de rien. Railla Ginny à son tour.

Sèchement, Moly fit remarquer qu'il n'était pas charitable de se moquer de la jeune fille de cette manière. Si elle-même et Sirius avaient établi qu'elle ne simulait pas, il n'y avait pas à revenir sur cette décision. Ginny s'efforça de faire comprendre qu'il s'agissait d'un trait d'humour pendant qu'Hermione affirmait qu'elle n'était pas blessée par l'insinuation. Il était cependant très agaçant pour Hermione de savoir des choses sans s'en rendre compte.

Être capable de réagir instinctivement sans se tromper cadrait mal avec l'amnésie dont elle était sensée souffrir. Jusqu'à présent ni Sirius ni Moly ne semblait douter de son histoire. Ce serait probablement différent à Poudlard, ou même à cette satanée fête. Du moins c'étaient là les inquiétudes d'Hermione.

Vivement, Moly Weasley tira ses deux adolescentes dans le chemin de traverse. Hermione resta un moment sans pouvoir dire un mot. L'assemblage de maisons magiques biscornues et colorées, animées d'une foule de clients et parées d'étalages bruyants lui parut tout simplement magique. Elle n'avait jamais espéré voir un jour un endroit aussi enthousiasmant. Á ses côtés, les deux Weasley semblaient être passablement blasées du spectacle.

Essayant de tout voir, de se gaver littéralement des images de cette rue, Hermione butait presque à chaque pas en avançant derrière Moly. Heureusement, la boutique de vêtements de madame Guipure n'était pas très éloignée et le calvaire d'Hermione prit rapidement fin. Une poigne sévère l'entraina sur la droite alors qu'elle se concentrait sur les magasins situés à la gauche de la rue. Ni fâchée, ni hilare, Moly Weasley venait de tirer vers elle l'insouciante jeune fille. Rapidement, rougissante, Hermione s'excusa de son manque d'attention. Derrière sa mère, Ginny pouffait de l'incident sous le regard critique de la couturière magique. Fort heureusement, les essayages furent brefs et Hermione repartit avec deux tenues complètes dont l'une était destinée à la soirée en "famille". la couturière fit une remarque désagréable à propos d'un lien de cuir que la jeune fille portait au poignet gauche. Cela n'était guère seyant et jurait même avec sa robe de lin clair destinée à la soirée en famille. Sans qu'il soit possible de la faire changer d'avis, Hermione s'opposa à l'idée de le retirer. Ce souvenir, disait-elle, était précieux à ses yeux. Même si elle ignorait pourquoi.

Au moment de sortir du magasin, Hermione se prépara à repartir vers le "chaudron baveur". Mais Moly entraina les deux jeunes filles chez Florian Fortarôme pour y déguster des glaces.

L'expérience fut agréable à Hermione. Elle n'avait pas le souvenir d'avoir déjà dégusté de glaces magiques, bien qu'elle doutât qu'il en fut autrement. Elle se laissa guider dans les choix de parfum par Ginny, bien plus expérimentée qu'elle dans ce domaine. La journée était agréable et le temps passait rapidement. Le mois de mai s'achèverait bientôt et les examens s'approcheraient vite pour la jeune rousse. Ginny était confiante, son frère avait réussi le tour de force d'avoir toutes ses buses, elle ne voyait pas pourquoi alors qu'elle était bien plus intelligente, elle n'y parviendrait pas aussi.

- Ton frère est soutenu par Emma, voilà pourquoi il y arrive si bien. coupa Moly. Heureusement qu'ils sont amis depuis leur première année. J'ignore ce qu'il serait advenu de Ron sinon. se désola sa mère.

- Elle est aussi mon amie et m'aide souvent, maman. répliqua Ginny. Nous sommes dans le même dortoir, c'est assez pratique. Et amusant. ajouta-t-elle pour Hermione qui n'était pas intervenue. L'évocation de Ron l'emplissait d'une joie qu'elle ne parvenait pas à définir. La mention d'une "amie" l'avait par contre totalement anéantie.

- Ils sont "amis" articula Hermione d'une voix qu'elle voulait neutre.

- Maman espérerait qu'il en soit autrement, mais j'ai toujours insisté pour qu'Emma ne tombe pas amoureuse de mon crétin de frère. soupira Ginny d'un air faussement triste.

- Je te défends de dire ça de ton frère. s'emporta Moly qui accompagna sa menace d'une série de punitions futures si jamais Ginny persistait dans ses allégations.

La glace achevée, Hermione et les autres reprirent leur route dans le chemin de traverse. Cette fois, la jeune fille n'était plus absorbée par le décor. Elle ne pouvait s'empêcher de penser au frère de Ginny, pourtant, elle ne le connaissait pas. Du moins, en théorie. Elle s'était aussi intéressée au cas de la dénommée Emma. Sans malice, Ginny lui parla avec emphase de son amie désignée habituellement sous le vocable, "Miss-je-sais-tout-sur-tout-et-le-reste-est-dans-la-bibliothèque". Hermione s'ému de la désignation peu flatteuse mais son amie lui indiqua que ce n'était qu'une boutade. Pour elle, Emma était certainement la fille la plus brillante qu'elle connaissait. Même si elle était une née-moldue, elle avait plus de connaissances qu'eux qui étaient des sang-pur. Et s'était vraiment un privilège d'être de ses amis.

- Elle a organisé la résistance contre les agissements de Harry et Drago. glissa dans un murmure Ginny à Hermione.

- Parce qu'en plus vous vous battez ? s'inquiéta Hermione.

- Il s'agit plutôt de bassesses et méchancetés, de mauvais tour et de taquineries. admit Ginny, ce qui rassura son amie. Arriver en pleine guerre civile n'était pas une expérience qu'elle aurait souhaitée tenter.

- Et les professeurs ne font rien pour vous arrêter. demanda la jeune blonde sur un ton vraiment angoissé.

- Dumbledore et Mac Gonnagal essayent de trouver les meneurs, mais apparemment, nous n'avons pas encore été repérés. fit fièrement Ginny. De son côté, Hermione doutait qu'il soit si simple de duper le corps enseignant. Il y avait certainement des raisons pour que le directeur laisse ses élèves ainsi s'agiter.

Moly Weasley ressortit de l'apothicaire où elle avait quelques onguents à récupérer au moment où sa fille concluait la parenthèse sur les combats internes à Poudlard. Hermione sourit en pensant que le timing avait été particulièrement pointu. La jeune rousse avait probablement l'habitude de ces conciliabules. Entre elles et ses frères il devait y avoir une telle complicité que la vie des parents ne devait pas être facile. Paradoxalement, Hermione se plaçait plutôt du côté de Moly et d'Arthur que des six enfants du couple, Ginny avait pourtant son âge. Probablement parce qu'elle les connaissait mieux.

Sans trop rechigner, Hermione suivit ensuite Moly et Ginny chez un coiffeur qui disciplina à nouveau ses cheveux. La jeune fille accepta une coupe simple lui permettant de conserver ses longs cheveux détachés, un peu comme Ginny. Le coiffeur s'étonna cependant de trouver quelques mèches de cheveux très abimées, cassées ou brulées. Bien entendu, Hermione fut totalement incapable d'expliquer pourquoi ses cheveux avaient ainsi été maltraités. Après de longs soins pour remettre en ordre la chevelure maltraitée, sous les réprimandes constantes du coiffeur, les trois femmes reprirent leurs courses. Hermione n'en pouvait plus de passer de magasin en magasin. D'une certaine manière, elle imaginait qu'elle n'était pas une vraie fille. Ses deux compagnes semblaient prendre un plaisir certain à cette activité. Si on lui avait laissé le choix, Hermione se serait contenté de tirer ses cheveux en queue de cheval et aurait enfilé trois vêtements moldus pour être à l'aise.

Moly extirpa une énième fois sa liste de commissions de sa manche. Instantanément le visage d'Hermione se rembrunit. Il restait donc des choses à acheter, des magasins à visiter. Une mine désespérée s'installa durablement sur son visage. Ce qui sembla beaucoup amuser Ginny qui lui tint quelques mots de réconfort du style "ton agonie sera brève, j'y veillerai" ou "les magasins ferment la nuit, des fois".

- Il nous reste à acheter tes livres de cours, ton chaudron et le nécessaire à potions. indiqua charitablement Moly.

- C'est vrai que tu rentres à Poudlard l'année prochaine. fit Ginny satisfaite de la nouvelle.

- Nous aurions pu attendre avant de faire ces achats. coupa pertinemment Hermione.

- Sirius veut que tu puisses récupérer ton retard au cours des vacances de l'été. répondit calmement Moly. Il veut que tu finisses le plus correctement possible ta scolarité.

- Passe ton bac d'abord. ricana Hermione. Ce qui lui valu des regards interrogateurs de la part de ses compagnes.

La jeune fille expliqua qu'il s'agissait d'une phrase de moldus signifiant qu'il fallait achever ses études avant de faire ce que l'on désirait vraiment. Les deux sorcières Weasley s'étonnèrent tout de même qu'une jeune fille de sang-pur connaisse ce genre de réplique. Hermione rétorqua qu'elle avait eu une vie avant d'arriver en Angleterre. Elle avait certainement appris cela d'amis moldus.

Sans plus attendre, Hermione se dirigea vers la boutique étalant en devanture une montagne de chaudron. Elle espéra que cela serait suffisant pour détourner l'attention de ses souvenirs parfois très gênants. Sur les directives de Moly et du vendeur, Hermione allait choisir un chaudron de cuivre à fond épais, plus commode pour les jeunes sorciers. Pourtant, elle était plus attirée par le modèle au-dessus, plutôt réservé aux sorciers confirmés. Après avoir bataillé un moment, elle obtint de prendre celui qu'elle présentait plus conforme à son instinct. Jusqu'à présent il ne lui avait pas fait défaut. Pourquoi hésiterait-elle à le suivre ?

En désespoir de cause, et parce que Ginny avait décidé de soutenir sa nouvelle amie, Moly Weasley céda aux demandes de la jeune fille. Le nécessaire à potion fut acquis dans la foulée. Pour se faciliter la tâche, Hermione se décida pour le modèle le plus complet. C'était Sirius qui payait et il en avait les moyens. Par conséquent, sa fille n'eut aucun remords à alourdir un peu la facture.

Enfin, il ne restait plus qu'à se procurer les manuels. Ces achats plaisaient à Hermione. Il lui semblait que tous les livres en rayon l'appelaient pour qu'elle les emporte. Pour la première fois depuis son arrivée à Londres, elle se sentait vraiment à l'aise. Elle avait essayé de consulter certains volumes de la bibliothèque de la maison de Sirius, square Grimaurd, mais outre qu'il s'agisse essentiellement de livres de magie noire, quelque chose de placé dans la vitrine toute proche la gênait énormément. Á présent, elle aimait la présence des livres, elle choisit quelques manuels de 7ème année en même temps que ceux de 6ème, au cas où elle s'ennuierait s'était-elle prémunie. Pendant qu'elle se chargeait de manuels et de quelques classiques avec l'aide précieuse de Ginny qui lui conseilla entre autres les "contes de Beedle le barde" et un précis de l'histoire anglaise que la jeune blonde refusa parce qu'elle l'avait déjà lu. En haussant les épaules mais sans relever qu'elle n'était pas sensée le connaitre, Ginny reposa le livre en question sur son étagère.

Enfin, les deux jeunes filles rejoignirent Moly qui était à présent chargé de gros livres enrubannés et signés de Gilderoy Lokhart. Pour sa part, Moly paraissait très satisfaite de ses choix, Ginny s'empara aussitôt de l'un des volumes pour en consulter sommairement le contenu. Mais Hermione n'était pas du tout enchantée. Quelque chose la gênait dans ces livres, bien qu'elle ne sache pas exactement quoi.

- Vous n'allez pas acheter les écrits de ce vulgaire fanfaron tout de même. fit une voix de femme derrière Hermione qui se retourna vivement pour voir une quadragénaire aux cheveux plus blanc que blonds, qui pourrait lui ressembler.

- Non, ce n'est pas mon genre. répliqua Hermione sèchement.

- Benedict Dietrich. se présenta la femme. Autrement dit Seagull. continua-t-elle dans un rire qui fit tourner toutes les têtes vers elle.

Une nuée de gens se faufila pour obtenir un autographe de cette héroïne. Hermione eut besoin de l'aide de Ginny pour comprendre de quoi il retournait. La jeune rousse lui expliqua rapidement que madame Dietrich avait à son actif des choses extraordinaires, dont la libération de l'Irlande en 1983.

- C'est vrai. se souvint Hermione à voix haute. le ministre O'Connell était un mangemort. Les chefs de clan l'ont mis dehors, c'est une bonne chose. Surtout d'avoir nommé Patrick Fitzham. conclut-elle.

- Vous connaissez Patrick ? intervint la quadragénaire avec une inflexion de voix snobinarde désagréable.

- Je suis irlandaise. coupa Hermione passablement énervée par cette femme qui s'imposait dans les conversations.

- De quel clan êtes-vous ? s'enquit Seagull. Hermione resta interloquée. Elle n'avait aucune idée à propos de ces détails et son instinct, pour une fois lui faisait défaut.

Moly intervint pour dénouer la situation. Avec une sévérité qu'Hermione ne lui connaissait pas, elle intima à Seagull de les laisser tranquille. D'un geste protecteur, elle aida les jeunes filles à sortir de la boutique. L'une comme l'autre ne comprenant pas ce que Moly pouvait bien reprocher à la quadragénaire.

D'un pas un peu hâtif, la mère de famille trainait ses ouailles vers le "chaudron baveur". Les deux jeunes filles peinaient un peu sous les charges que représentaient un chaudron, un nécessaire de potion, deux tenues neuves, une dizaine de manuels et quelques livres. Moly ne semblait pas s'en soucier, son visage marquait encore une sourde colère qu'il valait mieux ne pas laisser s'échapper.

C'est à peine si elle marqua un arrêt devant la boutique d'Ollivander, le fabricant de baguette magique. Elle stoppa pour regarder Hermione qui se demandait ce qu'elle allait lui imposer à présent.

- Peut-être devrions-nous demander à Ollivander à qui il a vendu ta baguette. Nous aurions ton nom. émit-elle finalement d'une voix mal modulée, emprunte encore de colère.

- C'est à Stock qu'il faut demander ce renseignement. opposa Hermione. Comme je suis irlandaise, c'est là-bas que j'ai acheté ma baguette magique.

- Pourtant, Ollivander est le meilleur fabricant actuel. rétorqua Moly.

- Maman, nous pensons cela parce qu'il est anglais. coupa Ginny. J'imagine qu'en Irlande ils pensent que c'est Stock le meilleur. C'est normal !

- Le chauvinisme à de beaux jours devant lui, c'est certain. s'amusa Hermione. Mais ne me demandez pas de prendre parti.

Visiblement déçue, Moly concéda que ses filles avaient certainement raison. Elle essaya néanmoins de faire entrer les deux jeunes filles dans la boutique, par "acquis de conscience". Fermement, Hermione s'y opposa, non pas qu'elle pensa inutile d'essayer, mais plutôt parce qu'elle craignait qu'il soit en mesure de répondre. Un étrange sentiment en fait. Elle doutait que sa baguette fut fabriquée en Irlande, ce qui n'était absolument pas logique. Mais elle ne souhaita pas partager ce sentiment avec ses compagnes.

Enfin, elles se mirent définitivement en route pour le "chaudron baveur". Sans plus d'interruption, elles purent utiliser la cheminée de l'auberge pour se rendre directement chez Sirius. Ce dernier n'était toujours pas rentré, mais un thé encore fumant était servi en attendant les trois femmes et Kreatur s'affairait pour préparer le repas du soir. Hermione restait ébahie par la capacité qu'avait l'elfe de prévenir leurs envies et sa volonté absolue de bien faire.

Une fois que le thé et les biscuits qui l'accompagnaient furent partagés, Moly et Ginny durent prendre congé de la jeune irlandaise. Avec un pincement au cœur, elle serra dans ses bras Ginny qui retournait à l'école pour les prochaines semaines. Les adieux avec Moly furent plus brefs, Hermione savait qu'elles se reverraient très prochainement. Par ailleurs, Hermione avait une telle confiance en Moly qu'elle ne doutait pas de recevoir un hibou ou de la revoir dès que possible.

Hermione resta seule un bon moment. Pour commencer, elle aida Kreatur à dresser la table. L'elfe de maison ne pouvait s'empêcher de rectifier systématiquement l'agencement des couverts derrière Hermione. Ensuite, elle rangea ses affaires dans sa chambre. Á un moment, elle avait pensé prendre des livres dans la bibliothèque du salon, mais l'objet était toujours là et la gênait, l'oppressait. Il faudrait qu'elle en tienne deux mots à son père. Ne pouvant pas le faire seule, finalement, elle redescendit dans la cuisine. Elle y était affairée à enfiler sa nouvelle robe lorsque son père passa par la cheminée.

La première chose que Sirius vit de sa maison ce soir-là fut les hanches et les cuisses de sa fille qui ondulaient pour permettre à une robe de sorcière de descendre plus vite. Il leva les yeux au plafond et hocha la tête avec un air désespérée.

- Si tu as prévu de danser pour la réunion de famille, oublie cette tenue, petite fille. lança-t-il entre agacement et amusement.

- Papa ? fit une voix étouffée sortant des replis de la robe. Tu peux tirer sur ma robe, je suis coincée. continua-t-elle. L'amusement remplaça tout à fait l'agacement dans l'esprit de Sirius.