Voici une entorse à mon habituelle cohérence. Vous comprendrez vite que la destination prévue dans le chapitre précédent n'est pas celle qui est atteinte. Finalement, j'ai préféré une "délocalisation" des évènements.

Bonne lecture.

Chap. 28 : Une soirée chez tante Jane.

Le lendemain de sa journée passée à faire les boutiques, Hermione raconta ce qui s'était passé entre Moly et la dite Seagull. Dans un premier temps, Sirius fut un peu réticent à expliquer ce qui séparait les deux femmes. Mais quand Hermione lui demanda de fouiller la poussière de la vitrine pour un trouver un objet de magie, probablement noire, qui la gênait chaque fois qu'elle passait trop près du meuble, l'homme courageusement entreprit de noyer le poisson en expliquant ce qu'il savait de l'opposition entre Benedict et Moly.

- D'après ce que je sais, et je ne sais pas grand-chose. se défendit-il d'abord. L'un des éléments de la popularité de Benedict était d'avoir arrêté ma cousine Bellatrix.

- Et ce n'est pas vrai, évidemment. conclut Hermione avant d'entendre la fin de l'histoire. Son père la menaça de s'arrêter là si elle en savait assez. Ce à quoi elle répondit qu'elle ne l'interromprait plus.

- Molly est bien placée pour savoir que ce n'est pas Benedict qui a arrêté Bellatrix.

- Elle y était, c'est elle qui l'a attrapé ! s'exclama Hermione surprise avant de croiser les mains devant sa bouche. trop tard néanmoins pour éviter d'être blâmée par son père une nouvelle fois. Il menaça à nouveau de ne pas continuer mais ne la mit pas en pratique.

- Pas exactement. fit-il. C'est Hermione, l'autre, qui a coincé ma cousine, mais Molly l'a vue faire. Par conséquent, entendre une autre s'arroger cette victoire ne lui plait pas. D'autant qu'Hermione lui a sauvé la vie ce jour-là.

- Je comprends qu'elle lui batte froid. reconnut Hermione très fière de l'intervention de sa mère qui avait sauvé la vie de Molly.

Sirius tempera les ardeurs vindicatives de sa fille à l'égard de Seagull. Il lui expliqua que l'irlandaise l'avait tiré d'Azkaban quand Pettigrew l'y avait envoyé. C'était sur son intervention personnelle que le ministère anglais de la magie avait finalement dût le libérer. Les sentiments de Sirius étaient donc un peu différents de ceux de Molly. Ce que comprit tout aussi bien Hermione.

« §§§ »

Le soir tant attendu vint bien trop vite pour Hermione Black. Se retrouver face à toute la famille n'était pas véritablement une partie de plaisir, d'autant que Sirius était lui-même à moitié un paria dans sa propre famille. Seul le fait qu'il soit le dernier des Black les obligeaient à l'inviter chaque fois. Maintenant qu'il avait lui-même une héritière, il risquait d'y avoir une révolution de palais au sein des cousins de Sirius. Faudrait-il encore l'inviter puisqu'il n'y aurait plus rien à espérer ?

Par ailleurs, le comportement d'Hermione serait sondé. En fonction de ses réactions, les cousins de Sirius évalueraient leurs possibilités de profiter de la jeune fille qui serait l'une des plus riches sorcières de sa génération. Toutes ces manœuvres écœuraient par avance la jeune fille. Qu'elle en soit consciente déjà n'était pas bon signe quant à son intégration. Il vaut probablement mieux être innocent et naïf dans ce monde de convenances.

- Je pense que tu t'en sortiras mieux que Harry. fit Sirius convaincu alors qu'ils se préparaient à transplaner.

- Parce que je ne suis pas naïve ? demanda-t-elle.

- Exactement. convint son père. Lui, il a tout prit pour argent comptant. Il croit sincèrement qu'ils l'apprécient pour ce qu'il est et non pour ce qu'il représente. Un sourire contrit barra son visage.

Pour détendre un peu l'atmosphère qui s'était alourdie en un instant à cause de l'évocation de Harry, Hermione fit un tour sur elle-même en faisant voleter sa robe en lin. Les manches se terminaient par une fine broderie de Bruges, ainsi que le col. Ce qui donnait à cette tenue d'été un côté un peu solennel qui convenait à la soirée pour laquelle celle-ci avait été acquise. Le choix du lin n'était peut-être pas le plus judicieux remarqua Hermione, étant donné qu'il s'agissait d'une matière qui se froissait facilement. Cela l'obligerait à faire très attention en s'asseyant. Mais au moins, elle n'aurait pas trop chaud, contrairement à son père qui gardait une robe tout ce qu'il y avait de standard. Dépassé par le contenu de l'intervention, Sirius avait laissé dire. Cependant, il agréa le choix de sa fille et reconnut qu'elle était ravissante dans cette tenue. Satisfaite, la jeune fille déposa un baiser sur la joue de son père et passa le bras sous le sien. Hermione signalait ainsi qu'elle était prête à transplaner.

« §§§ »

Les deux derniers membres de la famille Black apparurent devant la grille d'un manoir Élisabéthain assez austère. Hermione regarda de chaque côté pour tenter de percevoir les limites du domaine. Apparemment, le parc qui entourait la maison qu'elle entrevoyait entre les grilles était particulièrement vaste. Devant le regard étonné de sa fille, Sirius entreprit d'expliquer deux ou trois choses qui pouvaient lui être utile. Hermione lui signala avec une certaine crispation qu'il était temps de penser aux éléments d'ordre pratique.

Ils se trouvaient à Godric's Hollow commença par indiquer le sorcier. Hermione n'eut aucune réaction à la mention de ce nom. Elle n'était pas à même de savoir qu'il s'agissait de la ville d'origine de Harry et de Dumbledore. Le domaine qu'ils voyaient appartenait à la famille Black depuis des générations, pour le moment, la grand-tante Jane en avait l'usufruit. En tant que sœur du grand-père de Sirius, elle appartenait directement à la famille et usait de ce privilège sans aucun remords. Il en conclut que Jane est avant tout ce que l'on surnomme une tante à héritage. Ce qui le fit beaucoup rire et laissa Hermione perplexe.

- Et moi aussi j'étais dans cette posture. fit-il en essuyant une larme au coin de l'œil. Avant ton arrivée bien sur.

- Et tu crois sincèrement que tous les membres de la famille vont m'accueillir à bras ouvert en sachant cela ? lança Hermione à moitié paniquée à l'idée de se trouver prochainement face à un public très nettement hostile.

- Non. Pourquoi, il faudrait ? répondit-il ironique.

La légèreté avec laquelle Sirius gérait la situation arracha un soupir à sa fille. Il y avait tellement de célibataires sans enfants, de familles désireuses d'adopter, de familles heureuses même, et il avait fallut qu'elle arrive chez lui. Son probable géniteur en plus. Plus sérieusement, Sirius informa sa fille que sa grand-tante était un tantinet acariâtre. Cette information ajoutée aux autres n'émut même plus Hermione. Au point où elle en était, rien ne la toucherait plus.

- Je me souviens l'avoir vu chasser le cousin Hugues à grands coups de balais. C'était très amusant. Un air de félicité s'était en effet installé sur le visage de Sirius confirmant qu'il avait pris un certain plaisir à voir sa grand-tante agir ainsi. Hermione douta que les membres de la famille Black et affiliés soient des gens sains d'esprit.

- C'est malin. se renfrogna Hermione. Maintenant je vais passer mon temps à surveiller les placards. Sirius ne retint pas un de ces éclats de rire tonitruant qui était la marque de son caractère. Hermione lui pardonna instantanément son manque de délicatesse.

Calmé, Sirius posa sa main sur l'épaule de sa fille pour la guider vers le manoir. Au loin, un paon criait sans relâche, espérant séduire une femelle. Quelques canards semblaient cancaner depuis un étang tout proche. Les haies de buis basses qui guidaient le regard et les visiteurs de la grille vers le perron, ne permettait guère d'observer le détail du parc. D'autant qu'assez rapidement des rocailles élevées, des buissons très travaillés coupaient le champ de vision. Un véritable jardin anglais en somme remarqua Hermione.

Elle progressa aux côtés de son père, un peu inquiet de découvrir les membres d'une famille divisée, opposée et même haineuse. Certains de ses membres croupissaient tout de même à Azkaban. D'autres méritaient de s'y trouver. Sans parler de la jeune génération qui n'avait pas l'air plus ouverte que la précédente. Vraiment Hermione se demandait ce qu'elle faisait là. Compte-tenu de sa ressemblance avec l'amie de Moll, elle aurait mieux fait de réapparaitre au Terrier. L'ambiance familiale semblait y être plus satisfaisante.

Arrivés devant la porte d'entrée, Sirius constata que personne n'était encore là. Hermione s'étonna de cette remarque. Son père lui expliqua que l'invitation courait à partir de 20 heures, mais qu'il fallait arriver à 19h30 au plus tard. Comme tout le monde voulait être remarqué pour son zèle, en règle générale, les premiers arrivés attendaient devant la porte à partir de 19 heures. Sachant qu'il aurait été totalement inconvenant de sonner avant l'heure dite. Abasourdie, Hermione s'effondra sur un bout de muret proche et se prit la tête entre les mains.

- Tu te rends compte que vous êtes tous complètement siphonnés ? fit-elle enfin.

- Et alors, c'est grave docteur ? répondit-il avec un clin d'œil. Hermione leva les yeux au ciel désespérée. C'était à se demander qui était l'adulte et qui était l'adolescent.

- C'est juste usant. lança-t-elle dans un soupir.

Son père vint s'assoir à ses côtés et la prit tendrement dans ses bras. Á l'oreille il lui expliqua les raisons qui le contraignaient à faire partie de la farce comme tous les autres. Depuis son renvoi du ministère il vivait des transactions financières qu'il organisait. Être vu parmi sa famille, tous de très riches sorciers, rassurait sa clientèle. Il lui fallait absolument éviter les esclandres et faire bonne figure. Car, en plus de toutes les contraintes familiales, ces réunions n'étaient pas strictement réservées aux membres de la famille. Il y aurait des clients potentiels, d'anciens clients satisfaits ou non, des relations politiques qu'il faut soigner.

- Un vrai panier de crabe. trancha Hermione qui commençait à comprendre.

- Oui, mais un panier qui te donne à manger. Alors, on le soigne. conclut-il. Son amusement avait totalement disparu.

- Je ne te ferais pas honte. promit Hermione finalement.

- J'espère bien. un sourire naquit sur le visage de son père. Il lui faisait confiance, c'était agréable.

Pour l'heure, Hermione savait disposer d'environ une heure. Elle n'entendait pas la passer vissée sur un bout de muret froid. Alors que les premiers membres de la famille arrivaient, Hermione tenta de s'éclipser. Sans succès évidemment. Sirius l'empoigna pour la présenter à David et Éléonore Suchet, des cousins de sa mère à lui. Le dénommé David était plutôt petit avec de grandes moustaches noires et un crâne totalement chauve. Son épouse était à peu près aussi petite que lui, des boucles blanches glissaient de dessous son chapeau et encadraient les branches de ses lunettes à monture en argent. L'un et l'autre se montrèrent sympathiques avec la jeune fille. Leurs enfants avaient des enfants de l'âge d'Hermione qui se trouvaient à Poudlard pour les uns à Sydney pour les autres.

Discrètement, Sirius expliqua à sa fille qu'ils ne pouvaient rien espérer comme héritage. Mais comme ils étaient souvent seuls, ils aimaient venir pour profiter de la compagnie de gens qui étaient souvent leurs amis d'enfance, ou du moins des gens de leur génération. Ce qui les rendit encore plus touchant aux yeux d'Hermione. La vie n'offrait pas toujours les fruits des efforts que l'on a fournit. La solitude était un sentiment très pesant. Elle conversa ensuite avec un certain plaisir avec David qui avait une mémoire exceptionnelle et lui raconta nombre de petites anecdotes sur son père et ses grands-parents. Hermione lançait parfois des regards entendus en direction de son père occupé à discuter avec d'autres arrivants. Le pauvre Sirius ignorait visiblement ce qu'il devait penser de ces œillades. Un semblant d'inquiétude se fit jour au bout d'un moment et il vint auprès d'eux pour demander à David de limiter un peu les histoires personnelles. L'air embarrassé qu'il avait alors fit beaucoup rire David, Éléonore et Hermione.

Peu à peu, l'esplanade se trouvant devant le perron du manoir se remplit de monde. Alors qu'elle s'attendait à une trentaine de personnes, Hermione avait cessé de compter les arrivants après la soixantaine. Par ailleurs, elle n'était pas certaine de n'avoir pas oublié l'un ou l'autre au cours de ce dénombrement. L'avantage de la situation était que Sirius paraissait l'avoir totalement perdu de vue. Dès qu'elle fut un peu seule, Hermione se déroba à la pré-réception qui se déroulait avant même le début de la réunion de famille, ouverte à tant de gens.

Le parc était vraiment très grand. Hermione y musarda un bon moment avant de se trouver devant l'étang. Des canards multicolores y nageaient tranquillement. Certains vinrent la voir, marchant quasiment sur ses pieds, pour réclamer à manger. Navrée, la jeune fille s'éloigna rapidement. Un canard insatisfait n'étant pas très commode.

Un peu plus loin, Hermione aperçut une vieille femme penchée sur un massif de rose. Á sa tenue vert soutenu, l'irlandaise en déduisait qu'il s'agissait de l'un des jardiniers du parc. Elle s'approcha et vit que la pauvre femme ne parvenait pas à arracher de mauvaises herbes qui dépassaient du massif. Les sorts qu'elle lançait éclataient en petites étincelles sans avoir d'autres effets. Hermione savait qu'avec l'âge l'intensité des pouvoirs s'atténuait c'était probablement pour cela que la vieille femme ne parvenait pas à ses fins. D'une voix douce, Hermione proposa son aide à la vieille femme qui sursauta surprise. Remise de ses émotions, elle accepta bien volontiers l'aide d'une jeune personne.

Les racines de la plante résistèrent même aux sorts plus puissants de la jeune fille. La situation devint un peu plus gênante lorsque la dite plante commença à pousser de manière disproportionnée. Vivement Hermione repoussa la vieille femme au moment où une liane épaisse comme un bras se projeta vers elles.

- Une liane d' "étouffe-cœur". J'aurais dû m'en douter. fit la vieille femme d'une voix un peu éraillée. Père en avait détruit plusieurs pieds lorsque j'étais encore enfant. Elle leva les yeux vers Hermione. Il n'y a qu'un sort de "feu-démon" pour détruire ces choses-là.

- Si je fais cela, je vais anéantir le massif de rose. répliqua Hermione un peu embarrassée de devoir recourir à des sorts aussi agressifs.

- C'est moins important que la sécurité des gens et des animaux qui vivent ici. répliqua la vieille femme. Saurez-vous lancer ce sort ? C'est au programme des premières années universitaire il me semble. Elle regarda Hermione de pied en cape. Vous avez quoi, 20 ou 21 ans ? vous saurez faire. conclut-elle fermement.

Sans répliquer, Hermione tendit sa baguette en direction du massif. Plusieurs lianes s'agitaient à présent, comme si elles se doutaient du sort qui les attendait. Quoi qu'elle lança comme incantation, seules quelques étincelles sortaient de l'extrémité de sa baguette. Elle était presque totalement tétanisée par la peur. Á ses côtés, la vieille femme essayait aussi de lancer ce sort sans y parvenir mieux.

Vivement, une liane vint lui fouetter l'épaule gauche et resta à onduler droite dans les airs. Sans savoir comment, le geste d'Hermione devint plus ferme et l'incantation plus nette. Un jet de flamme fut projeté contre le massif de rose qui brula d'une flamme bleue. Le visage de l'irlandaise était déterminée, les sourcils nettement froncés, seul l'objectif avait un sens, le reste importait peu. Quand il ne resta plus qu'un tas de cendre, Hermione rappela les flammes qui s'éteignirent au contact de sa baguette. Seul le massif avait été anéanti en épargnant même le gazon qui l'entourait.

- Bravo mademoiselle. fit la vieille dame. Mon père n'avait pas fait mieux. Vous êtes drôlement douée. Dans quelle université êtes-vous Miss ?

- Hermione. répondit la jeune fille en reprenant pied dans le présent. Je suis encore à Poudlard. Enfin je vais y aller. se reprit-elle.

- Á l'âge que vous avez, vous n'êtes jamais allée à l'école ? s'étonna la vieille femme.

- Dans mon pays natal probablement que oui. répondit Hermione. Mais comme je ne me souviens de rien. Pas même de mon âge.

- Je serais définitive sur deux points mademoiselle Hermione, et je déteste être contredite. ajouta-t-elle avec un sourire malicieux.

Elle attrapa Hermione par le bras et la guida vers le manoir avant d'expliquer ce qu'elle entendait par là. Malgré un âge certainement vénérable, la vieille femme se déplaçait avec une grande aisance. Quoi que menue, deux bras très fins dépassaient des manches de sa robe verte, et des cheveux blancs débordaient de son chapeau, la vieille femme était très alerte et son regard brillait d'une lueur très persistante d'intelligence et de finesse. Avec elle Hermione se sentait comme une petite fille. La vieille femme interrompit le silence qui s'était installé.

- Je puis vous affirmer que vous avez reçu une très bonne formation magique. commença-t-elle en dressant l'index de sa main gauche en un geste sentencieux.

- Je vous crois sans difficulté. admit Hermione. Le sort de "feu-démon" n'est pas si simple à contrôler, et ce n'est pas la seule chose étonnante que je sais faire. La vieille l'interrogea sur ce point, et Hermione lui confia qu'elle était capable de récupérer sa baguette rien qu'en y pensant.

- Mon oncle Xénophon faisait cela aussi. remarqua la vieille. C'était un original l'oncle Xénophon. un sourire illumina son visage. C'est lui qui a dessiné le plan du parc. C'est pour cela que l'allée d'accès dessine un serpent quand on la regarde du haut du manoir. C'était là qu'il avait installé sa chambre. Comme il vouait un véritable culte à Serpentard, cela a marqué la maison. Le ton était moins amusé sur la fin de la tirade. Évoquer Serpentard n'était pas si aisé dans les familles de sorciers car la manière d'en parler indiquait souvent la proximité, ou non, avec Jedusor.

- Mon père est le premier à ne pas être allé à Serpentard. lança machinalement Hermione. Je ne crois pas que l'appartenance à une maison conditionne véritablement la personnalité. fit-elle doctement.

- Je le pense aussi. C'est ce que nous avons en nous qui nous dirige vers l'une ou l'autre des maisons, pas l'inverse. rétorqua la vieille. Et ce n'est pas absolu. Il est toujours possible de changer. sourit la vieille femme.

- Je ne sais pas comment cela va se passer pour moi. murmura Hermione un peu inquiète.

- Dans votre cas, étant donné votre âge, je pense que Poufsouffle ou Serdaigle serait plus utile, quoi que vous deviez connaitre tout le programme. admit la vieille.

- J'ai une amie à Griffondor. émit Hermione. Je trouvais plus simple d'y aller aussi.

- Alors, ne craignez rien, vous irez. riait à présent la vieille. Il suffit de demander au choixpeau. conclut-elle en haussant ses frêles épaules. Je crains que vous ne vous ennuyiez un peu.

- Á cause de mon âge ? demanda Hermione. Mais je ne dois pas avoir plus de 15 ans. continua-t-elle sans attendre la réponse. La vieille femme éclata d'un rire sonore.

- Par Merlin, alors moi je n'en ai pas plus de 90.

Pendant leur discussion, les deux femmes s'étaient approchées du manoir. Hermione en voyait à présent la façade arrière qui était moins austère que celle de devant. La jeune fille concéda qu'il s'agissait d'une très belle demeure. La vieille femme s'excusa auprès d'Hermione en lui disant qu'il restait peu de temps avant le début de la soirée. D'ailleurs, remarqua Hermione, son père devait s'inquiéter de sa disparition. Elle prit rapidement congé et se dirigea vers le perron en faisant le tour de l'imposant manoir.

Parvenue au milieu des membres de sa famille agglutinés sur un petit coin de sable devant la maison, Hermione chercha à distinguer le serpent dans la forme sinueuse tracée au sol. Mais elle ne devait pas avoir assez de recul pour cela. Á moins qu'il y ait trop de monde sur si peu d'espace pour pouvoir distinguer quoi que ce soit.

Presque instantanément Sirius lui tomba dessus, visiblement inquiet. Il la tança un peu rudement et lui fit promettre de ne pas recommencer. Hermione avait beau lui dire qu'elle n'avait plus 5 ans et qu'elle savait prendre soin d'elle, son père prenait très à cœur son rôle de protecteur. D'une certaine manière c'était très agréable d'avoir quelqu'un qui veille sur soi. Maintenant qu'elle était revenue, Hermione dut à nouveau subir la succession des présentations. Très poliment et très patiemment, la jeune fille se soumit au jeu de la bonne société. Elle le fit de bonne grâce et très aisément, comme si elle était entrainée à le faire. La manière de saisir les mains des hommes et des femmes qu'on lui présentait, la fausse révérence qu'elle exécutait, le ton des salutations polies qu'elle alternait, tout cela était un signe d'habitude. Comme chaque fois, Hermione l'avait fait d'instinct et ne put expliquer à Sirius où elle l'avait appris. Quand elle lui demanda s'il le regrettait, son père fut au contraire pressé de lui répondre qu'il en était au contraire très satisfait.

Au loin un clocher moldus sonna 20 heures. Dans l'instant les doubles portes qui barraient l'entrée du manoir s'ouvrirent. Un majordome tout empesé fit entrer les invités couple par couple selon l'importance qu'ils revêtaient aux yeux de Madame Olliver, leur hôtesse.

- Normalement, je passe après les Suchet et les Malefoy qui passent derrière six couples plus proches. glissa Sirius. Du moins, qui sont plus proches de l'héritage.

- Ils s'en sont rapprochés à grands coups de courbette et d'hypocrisies, j'imagine. répondit-elle cinglante. Son père n'eut pas besoin de le formuler pour qu'elle comprenne avoir vu juste. Elle connaissait le fonctionnement de ce monde et n'en fut pas surprise. L'important, c'était simplement de jouer selon les règles du jeu.

Sirius et Hermione furent donc très surpris lorsque le majordome les invita en premier.

- Tu viens de prendre 7 places au classement, papa. railla Hermione.

- Il faudra qu'on m'explique, c'est à peine si je lui adresse la parole à ma tante. répliqua Sirius sur le visage duquel se ressentait une intense surprise.

Ils s'avancèrent prestement vers l'entrée sous les regards accusateurs de tous ceux qui venaient de perdre un rang au classement. Sirius était toujours dubitatif. Il ne faisait rien pour obtenir cet héritage, de toute façon, le domaine lui reviendrait un jour ou l'autre, et il n'avait guère envie d'ajouter le contenu d'un coffre supplémentaire à celui qu'il possédait déjà à Gringott's. Hermione lui répliqua que tant qu'ils y étaient, autant profiter des mines dépitées de leurs cousins. Elle agrémenta son intervention d'un sage geste de la main aux mouvements calculés. Elle vit les Malefoy dont on lui avait dit tant de mal écumer littéralement de rage. Les traits de Narcissa Malefoy la firent tressaillir. La jeune irlandaise crut reconnaitre quelqu'un. C'était très lointain comme impression, mais très tenace. Elle pénétra dans le hall de réception sans faire très attention à la décoration époustouflante faite à ce lieu. Le décorateur s'était inspiré des grandes fresques moldues de la Renaissance pour composer un tableau onirique du monde magique. Paradoxalement, Xénophon Black n'avait pas fait réaliser un tableau raciste. Toutes les créatures magiques étaient représentées à égalité et en harmonie avec les sorciers. Une seconde double porte s'ouvrait sur le mur d'en face. Lorsque les portes en étaient fermées, la fresque était complète, à présent, les décorations plus sobres de la salle de bal étaient largement visibles. Les angles du hall de réception n'étaient pas droits, les murs faisaient deux arrondis qui adoucissaient l'ensemble. On ne les distinguait pas tant le travail était parfait, mais il y avait trois autres portes dissimulées dans les murs.

Une pression des doigts de Sirius sur l'intérieur du bras d'Hermione la détacha de son impression désagréable ressentie à propos de Narcissa.

- Maintenant, il faut présenter nos hommages à ma tante Jane. murmura Sirius sans détacher son regard d'une ombre installée sur un fauteuil pratiquement en travers de la double porte menant à la salle de bal. Surtout, fait une vraie révérence. fit-il le visage crispé.

- Tu me prends pour une idiote ou quoi ? coupa Hermione.

En s'approchant, un serveur en gants blancs les arrêta. Il annonça Hermione et Sirius Black, se pencha en direction de la vieille dame qu'il présenta à son tour. Hermione crut défaillir. La vieille femme qu'elle avait aidée dans le jardin était évidemment la maitresse de maison. Elle comprenait mieux pourquoi son père et elle étaient entrés en premiers. La vieille femme se leva de son fauteuil. Un souffle de surprise traversa la foule qui s'entassait à rythme régulier derrière eux. Visiblement la vieille femme ne se levait habituellement pas de ce fauteuil. D'un pas un peu chancelant, qu'Hermione savait être totalement sur-joué, la vieille tante Jane s'approcha de Sirius. Elle posa ses frêles mains de vieille dame sur la poitrine et posa un baiser sur chacune de ses joues. Puis, elle fit la même chose à Hermione. Des exclamations offusquées s'élevaient à présent derrière. Hermione crut même y distinguer des jurons contenus et des manifestations de rage. Une fois que cet accueil fut fait, la vieille femme retourna dans son fauteuil et le serveur indiqua, tout aussi stupéfait que les autres, le chemin de la salle de bal. Il fallut à Hermione forcer un peu pour que son père suive le mouvement. Alors qu'il restait bouche béante, planté au milieu de la salle de bal, Hermione se retint de lui coller deux gifles pour le réveiller.

- Tu te rends compte qu'elle vient de me reconnaitre comme héritier ? balbutia-t-il enfin. Hermione eut un profond soupir avant de lui répondre.

- Surveille tes chevilles papa. ricana-t-elle. C'est moi qu'elle vient de choisir.

Son père ne pouvait comprendre ce qu'Hermione avançait sans lui expliquer ce qu'il s'était passé dans le parc quelques minutes auparavant. Elle passa sous silence toute la conversation et se borna à rapporter l'incident des lianes d'étouffe-cœur.

- Je crois qu'elle veut simplement qu'on la considère comme une personne. conclut-elle en haussant les épaules.

Elle jeta un regard attendri vers la vieille dame qui continuait de recevoir ses invités. Mais à présent, elle ne se levait plus et se contentait de prendre mollement la main des hommes et d'hocher la tête aux révérences. Hermione n'avait pas de grand-mère, mais une grand-tante finalement adorable.

Lorsque tous les invités furent entrés, le serveur et le majordome firent voler doucement le fauteuil de la vieille dame jusqu'à une estrade faisant face aux grandes tables où était servi un immense cocktail. Heureusement, pensa la jeune fille, ce n'est pas un diner placé, j'en serais morte.

Cependant, la suppression d'un écueil ne signifie pas que la soirée se passerait bien. Du fait de son intronisation en tant qu'Héritier officiel, Sirius n'eut pas une seconde à lui. Toutes les personnes qui comptaient ou qui souhaitaient un peu d'argent ne le laissèrent pas une seconde. Par contre, tante-Jane n'avait pratiquement plus de visite et semblait en cire à ne pas bouger sur son fauteuil juché comme un trône sur son estrade. De même, il y avait peu de gens pour venir parler à la bâtarde de Sirius. Même les Suchet qui avaient été aimables et même sympathiques ne vinrent pas vers elle. Comme elle le craignait, Hermione passait sa soirée toute seule. Comme l'année scolaire n'était pas terminée, il n'y avait même pas de jeunes gens de son âge. Si on pouvait savoir quel âge elle avait finalement.

Ne pouvant plus réprimer des bâillements d'ennui, Hermione décida de se faufiler dans un coin de la pièce plus sombre, à moitié dissimulé par d'antiques tentures. En passant entre les groupes elle eut l'occasion de se trouver dos à dos avec Narcissa et Lucius Malefoy qui parlaient de leur cher Drago.

- Vous verrez très chère. faisait la voix de Narcissa. Cet été pour l'anniversaire du petit Potter, notre fils saura inverser la tendance.

- Que Sirius profite de son impression de victoire, cela ne va pas durer. cracha Lucius méchamment.

- C'est vrai qu'il est charmant votre garçon. continua une voix qu'Hermione ne put identifier. Si bien élevé et si gentil.

- Par Merlin, si mon fils était moitié moins brillant, j'en serai plus que fiers. lança un homme à son tour.

- Voyons, mon cher Zabini. tempéra Lucius. Votre garçon est un garçon très bien aussi.

Un toussotement ennuyé signala à Hermione que quelqu'un venait de remarquer qu'elle écoutait la conversation. N'ayant d'autre possibilité, elle continua sa progression. Ce qu'elle venait d'entendre l'irritait un peu. De ce que disait Ginny ou les autres parents, qu'est-ce qui pouvait être vrai ?

Toujours songeuse, Hermione parvint aux tentures et se glissa derrière. Elle resta un instant surprise. Un piano à queue moldu se trouvait derrière. Les tentures constituaient en fait une alcôve confortable pour le musicien et un petit groupe d'auditeur. Quatre chaises inconfortables cerclaient autour de l'imposant instrument. Un plateau d'argent oublié depuis longtemps prenait la poussière sur le piano. Délicatement, Hermione le déposa sur une chaise et ouvrit la caisse de l'instrument, souleva le rabat du clavier. Doucement, elle fit glisser ses doigts sur les touches en ivoire en prenant garde de ne pas produire de notes.

Combien de temps resta-t-elle ainsi ? Hermione ne pouvait le dire. La seule certitude était qu'elle se trouvait à présent assise sur le fauteuil qu'elle ajustait à sa taille. Le bruit des conversations lui parvenait atténué et elle n'y prenait plus garde. Tout ce qu'elle voulait était de pouvoir profiter d'un peu de calme et de se détendre. Mettre à profit cette solitude au milieu de la foule pour élever un peu son esprit. Pendant qu'elle réfléchissait à cette situation ubuesque qui la voyait être seule au milieu de la fête, ses doigts avaient commencé à courir entre les gammes. Le son qu'ils produisaient n'était pas flatteur. Hermione fit craquer ses doigts engourdis et se lança dans une gymnopédie de Satie. Progressivement l'agilité revenait et les mélodies se faisaient plus souples, étaient mieux maitrisées. Elle changeait de morceau au fur et à mesure que l'entrainement se complétait.

- Du Chopin, une nocturne probablement. fit la voix de tante Jane à ses côtés. Hermione suspendit son geste comme tout enfant pris en faute.

- Je ne voulais pas déranger. fit-elle en tournant la tête vers la nouvelle venue. Celle-ci lui répondit d'un doux sourire.

- C'est le piano de feu mon mari George. continua-t-elle en passant la main dans la poussière qui recouvrait le piano. Depuis son décès je crois que plus personne n'en a joué.

- Je l'ignorais, je suis confuse. émit Hermione qui ne savait pas trop comment s'y prendre.

- Au contraire, je suis ravie de vous entendre jouer Hermione. coupa Jane en posant sa main fripée sur le bras d'Hermione. Jouez encore, s'il vous plait. La vieille dame s'assit sur la première des chaises et attendit que la jeune fille reprenne.

Hermione ne savait pas très bien quoi jouer et au bout de quelques morceaux, elle se trouva en panne d'inspiration. Comprenant ce qui se passait, tante Jane se releva et disparut un moment. Elle revint avec une lourde sacoche en cuir de laquelle débordaient des partitions annotées à la main. Probablement par feu l'oncle George qui était à croire tante Jane un fameux pianiste qui aurait pu faire une carrière dans le monde moldu.

- Il fallait le voir à 20 ans comme il était beau mon George quand il reprenait du Saint-Saëns, du Rachmaninov ou du Bizet.

- Je crois que je connais un peu de Prokofiev. émit Hermione en tentant quelques mesures de Roméo & Juliette. Ce qui obtint un sourire d'estime de tante Jane.

- Et vous connaissez un peu de Jazz ? fit-elle en se penchant en avant avec un air coquin.

Doutant de ses capacités, Hermione eut un sourire crispé avant de jouer Ragtime et d'écorcher du Sidney Bechet. Avec indulgence, tante Jane s'extasiait devant les tentatives plus ou moins harmonieuses de la jeune fille. En désespoir de cause, la jeune fille se pencha dans la sacoche pour en extraire des partitions qu'elle se sentait capable de déchiffrer et de jouer rapidement. Avec surprise, elle exhuma "Oh my love" et "Your song"

- Ce sont des morceaux très récents. remarqua Hermione un peu surprise qu'une vieille dame de 130 ans aimât ce genre de pop-music.

- Je suis peut-être au soir de ma vie Hermione. répliqua-t-elle faussement outrée. Mais je reste à l'écoute du monde extérieur.

- Vous êtes la sorcière la plus ouverte aux moldus que j'aie jamais rencontrée. émit Hermione avant de se mordre la lèvre d'avoir parlé trop vite.

- Je vous remercie pour ce compliment. fit la vieille dame en inclinant doucement la tête en signe d'accord. Vous avez plus de courage que je ne l'imaginais. continua-t-elle en riant d'un petit rire frêle.

- Ce n'est pas très bien vu ce genre de position dans cette famille. compléta Hermione.

- Ils croient tous être plus beaux, plus grands, plus forts en restant entre eux. trancha tante Jane d'une voix redevenue dure et cassante. Ils n'en sont que plus ridicules. Savez-vous que la plupart refuse de travailler parce qu'ils considèrent que cela est inconvenant. Elle fit un geste vif de la main, balayant l'air devant elle. Les imbéciles. pesta-t-elle finalement.

- Ils s'enferment ensembles et ne voient pas le monde qui change. remarqua sagace la jeune fille.

- Exactement. Tout comme l'oncle Xénophon qui s'est toujours opposé à l'usage du coton dans les vêtements sorciers parce que c'était une nouvelle fibre venue des Amériques. Les deux femmes s'amusèrent en pensant qu'au goût de l'ancêtre, elles devraient porter d'effroyables tenues en laine.

- Je comprends pourquoi ils étaient sensibles aux discours de Tom. continua Hermione plus pour elle-même.

- Ce brave Jedusor était un familier de notre "famille" à la fin de sa scolarité. Il y avait tant à apprendre de nos bibliothèques ou de nos ateliers. L'évocation de Voldemort n'avait pas troublé un instant la vieille femme.

Hermione remarqua le courage dont faisait preuve sa grand-tante Jane Olliver. Dans un univers contrôlé par des sorciers très rétrogrades, voire même réactionnaires, elle avait un discours frais d'ouverture et de simplicité. Au lieu de pavaner au centre de sa réunion de famille, la vieille dame préférait rester tranquillement à l'abri des regards et des attentions. D'ailleurs, personne ne faisait plus tellement attention à elle. La plupart des gens qu'elle réunissait épisodiquement n'avaient d'autres ambitions que de percevoir au plus vite son héritage. Elle en avait fait son deuil et s'amusait à les provoquer, à instiller de petites méchanceté, à créer des rivalités entre ses héritiers potentiels. Elle les faisait jouer dans une grande comédie vaudevillesque avec leur consentement. Et malgré la dureté du jeu, ils en redemandaient toujours un peu plus.

- J'espérais que l'un ou l'autre vienne à refuser de jouer selon mes règles. fit-elle enfin. Une grande lassitude pouvait se ressentir à travers toute sa personne. Hermione fut émue de la voir si fragile.

- Ils sont trop bien conditionnés. trancha Hermione. Aucun n'aura le courage de s'opposer. Pas même mon père. La dernière phrase se ressentait d'une pointe d'amertume. La jeune fille savait que lui aussi ne pourrait pas s'extraire de ces règles suivies arbitrairement depuis trop d'années.

- Jusqu'à votre arrivée, j'en étais persuadée. Tante Jane avait posé sa petite main sur la cuisse de sa jeune musicienne. Son visage rayonnait d'une grande joie que la jeune fille ne parvenait pas à s'expliquer.

Rapidement, la vieille femme raconta sa vie d'épouse dans une grande famille de sorciers contrainte par les convenances et la bienséance. Son mari était autant de sang-pur qu'elle-même mais il avait cette "folie" qui l'avait conduit à visiter le monde moldu. Son George avait aimé les capitales de ces gens dépourvus de magie et qui pourtant construisaient toujours plus haut, allaient toujours plus vite, plus loin. Sans balais, ils avaient inventé l'avion, sans médicomages, ils avaient pensés les médecins et les vaccins, la chirurgie. Surtout, et les yeux de tante Jane pétillaient quand elle évoquait ce sujet, ils avaient une musique bien moins conventionnelle que celle des sorciers. Mais cette liberté avait coûté très cher aux amoureux.

Son mari avait été rejeté de sa famille comme des Black. D'ailleurs son héritage reviendrait à ces derniers, quoi qu'il arrive. Pour vivre, il avait fait le choix de travailler dans le commerce international, vendant onguents ou livres ou balais ou chaudrons d'un pays à l'autre en fonction des besoins. D'ailleurs, George Olliver y avait fait fortune. La vente d'arme à la Russie moldue en 1917 avait un peu aidé aussi. Mais cela, tante Jane, sans l'occulter, ne s'en vantait guère. Pourtant cette vie comblée de voyage et de petits bonheurs n'avait pas aboutie à une vie de famille satisfaisante. Leur fille unique avait été emportée par une crise virulente de dragoncelle avant que l'on ne trouve un remède efficace.

- D'ailleurs, c'est à cause de notre financement qu'aujourd'hui il existe un remède. sourit tante Jane malgré un trémolo dans la voix et des yeux embrumés par des larmes qui ne parvenaient plus à couler tant la douleur avait été ressassée au cours des années.

- Je suis désolée d'apprendre tout cela ainsi. répliqua Hermione.

Sa grand-tante par adoption lui indiqua qu'elle n'était pas fautive. Elle ignorait combien il restait de gens dans cette salle qui sache qu'ils avaient eu une cousine. D'ailleurs, il ne restait plus personne de sa génération. Cette constatation ne semblait pas gêner la vieille dame qui rappela que parmi les gens qu'elle côtoyait plus jeune, elle n'avait que très rarement de vrais amis. Pour tante Jane, sa vie avait été un grand échec essentiellement pour cela. Elle n'avait jamais réussi à constituer autour d'elle et de George un groupe unis par une amitié solide. Jane et son mari étaient constamment entourés de profiteurs, de clients, d'hommes politiques qui se sont éloignés dès que George cessa toute activité.

Hermione se promit de ne pas entrer dans cette démarche. Aujourd'hui, elle n'avait autour d'elle pratiquement personne. Mais il était dit qu'elle ferait tout ce qui serait nécessaire pour se faire accepter au sein de la communauté des sorciers anglais. Bientôt, elle l'espérait, elle aurait construit des liens d'amitié solide, déjà avec Ginny Weasley, mais avec tous ceux qui auraient la même vision du monde qu'elle. La jeune fille ne serait pas comme tante Jane, oubliée et abandonnée, ni même comme Tom Jedusor, entouré mais seul.

« §§§ »

Finalement, Sirius souleva un coin de la tenture et se resta stupéfait un moment. Il venait de retrouver sa fille, et elle discutait le plus naturellement du monde avec son acariâtre grand-tante.

Hermione fit une remarque désobligeante à l'encontre de son père et Jane Olliver y rit franchement. Pour la première fois de sa vie, Sirius voyait sa tante s'amuser, être naturelle et détendue. Surpris, il demanda à sa fille se qu'elle avait bien pu faire pour transformer ainsi son aïeule. Levant les yeux au ciel, Hermione indiqua qu'elle n'avait rien fait d'autre que ce qu'elle lui avait déjà dit. Sirius paru encore plus perdu qu'à l'instant précédent.

- Tante Jane est une personne. Pas un héritage. fit-elle fermement à destination de son père. Elle ne vit pas l'intense satisfaction qui se dégageait du sourire qu'arborait sa tante dans son dos.

- Je le sais bien. balbutia Sirius visiblement gêné de passer pour un courtisan comme un autre après la proximité que lui avait manifesté sa tante au début de la soirée.

- Alors montre le et reste naturel. trancha Hermione.

Contraint par sa fille, Sirius engagea la conversation avec sa tante. Et comme sa fille avant lui, il découvrit l'intense passé de la vieille dame. C'est avec grand intérêt qu'il écouta les anecdotes concernant les affaires de son oncle. Ils rirent ensemble des mimiques qu'il pouvait prendre pour caricaturer les clients désagréables qu'il rencontrait parfois. Tante Jane s'essaya aux imitations de certains membres de la famille. Avec de grands éclats de rire, ils tentaient de reconnaitre lequel de ces courtisans était ainsi moqué. Hermione jouait de temps en temps l'un ou l'autre morceau au piano. La soirée déjà bien entamée s'acheva bien vite. Quand il fut très tard, tante Jane qui s'amusait pourtant beaucoup se leva et prit congé.

- Nous nous reverrons bientôt. fit-elle d'une voix douce. Sirius, prenez bien soin de cette jeune fille. Elle pointa son index sous le nez avant de poursuivre en fronçant ses sourcils. Je peux vous faire confiance ? Sirius n'eut d'autre choix que de promettre de veiller nuit et jour sur sa fille. Ce qui sembla satisfaire la vieille dame.

- Vous viendrez nous voir square Grimaurd. lança Hermione. Ainsi nous pourrons continuer de discuter. Sirius se figea, il n'aurait jamais osé inviter sa tante. Il parut à la jeune fille que la réponse demeurait en suspend, pourtant.

- Je viendrai dès que possible, jeune fille. répondit la vieille dame en déposant un baiser sur la joue d'Hermione.

Tante Jane s'enfuit alors vers la salle de bal en franchissant les tentures. N'ayant rien de plus à faire, Hermione et son père rentrèrent chez eux.