Les éléments continuent de se mettre en place.

Bonne lecture.

Chap. 29 : Confrontations.

Les jours se remirent à passer et à se ressembler. Hermione restait seule square Grimaurd pendant que Sirius s'en allait chaque matin travailler. Certains jours, la jeune fille trouvait cela pesant. Mais elle se réconfortait en pensant qu'au cours de l'année scolaire elle aurait bien peu de temps pour se reposer et voir son père.

Un passage par un opticien avait été nécessaire. Il semblait qu'Hermione s'était abimé les yeux au cours des derniers mois. Il n'y avait pas besoin de lui faire une grande correction, ni même de porter des lunettes constamment. Néanmoins, pour tout ce qui avait trait à la lecture, il était souhaitable de reposer ses yeux. Les trajets à bord de la bisquine d'Olaf Thorsthon avaient laissé de minuscules blessures sur la cornée. La réverbération et les embruns ont souvent ce type de conséquences. D'après ce que leur signifia l'opticien, Hermione et Sirius en conclurent que la jeune fille avait passé du temps sur un bateau. Sirius en avait immédiatement conclut que la jeune fille avait fait la traversée de la mer d'Irlande à bord d'une petite embarcation. Faute de souvenirs, Hermione l'admit.

Les douleurs musculaires et articulaires qui la taraudaient les premiers jours, en raison des combats qu'elle avait menés mais dont elle n'avait aucun souvenir, s'estompaient progressivement. Malgré tout, elle avait tenu à s'imposer un entrainement physique soutenu. Après deux semaines d'inactivité, son organisme lui avait demandé des efforts qu'elle s'empressa de lui donner. Dès lors, gymnastique, sortilèges et potions occupaient une partie conséquente de son temps. Sans atteindre le niveau exigé par Olaf Thorsthon ou John Vangard, Hermione avait structuré son entrainement de manière satisfaisante. Elle comprenait mieux sa réaction instinctive dans le jardin de sa grand-tante Jane.

La vieille dame malgré ses promesses n'avait pas eu l'occasion de venir les voir. Mais la jeune fille s'était débrouillée pour passer la voir au moins une fois par semaine. Á présent, il devenait naturel d'aller diner au manoir Olliver. Le personnel un peu surpris au début trouvait que la santé de madame Olliver s'améliorait. La surprise avait été de taille lorsqu'ils durent extraire le piano de derrière ses tentures pour le placer en évidence dans la salle de bal. Quand elle venait, Hermione avait l'obligation de jouer quelques morceaux sur le superbe instrument. Par comparaison, le quart-de-queue qui se trouvait dans le salon du square Grimaurd faisait pâle figure.

L'année scolaire se terminait et Hermione ne savait toujours pas comment allait se dérouler sa rentrée au mois de septembre suivant. Quand elle posait la question à son père, ou à Molly, Hermione recevait constamment la même question. Elle verrait bientôt. Ce genre de réponse l'agaçait au plus haut point et rien ne parvenait à les faire changer d'avis. Alors qu'elle n'y croyait plus, son père rentra un après-midi bien plus tôt qu'à son habitude. Il trouva sa fille plongée dans un traité de magie avancée intitulé "Sorts de transmutation pour sorciers expérimentés".

- Tu savais qu'il était possible de changer la nature atomique des objets ? lança-t-elle à son père qui pénétrait dans la pièce.

- Á vrai dire, non et je ne vois même pas à quoi cela sert. répliqua-t-il un peu surpris.

D'un geste élégant de la main, Hermione transforma la tasse qui avait contenu le thé servit par Kreatur à sa maitresse plusieurs heures auparavant. Son apparence n'en fut pas modifiée, elle restait une jolie petite tasse ouvragée avec son anse. Mais son reflet avait changé.

- Voilà, c'est de l'argent maintenant. fit-elle à son père sans vanité, mais avec un soupçon de fierté d'avoir réussi son tour du premier coup. Par contre, c'est provisoire comme changement. Sinon tous les métaux précieux n'auraient plus aucune valeur depuis longtemps. ajouta-t-elle par honnêteté.

- De toute manière, j'ai tellement de vaisselle en argent que je préférerais que tu évites de changer le peu de porcelaine qui me reste. rétorqua Sirius en riant.

Une fois que le calme fut revenu entre les deux Black, Hermione déposa son livre et ses lunettes sur la table et regarda son père fixement. Il avait quelque chose à lui dire. Du moins, il l'avait hurlé à travers la maison en arrivant. Á présent, elle l'écoutait. De son côté, Sirius ne savait pas comment aborder le problème.

- Le directeur de Poudlard va nous recevoir dès ce soir. lança-t-il finalement sans ambages.

- Enfin. s'exclama la jeune fille ravie. Elle sauta au cou de son père pour le remercier de la nouvelle bien qu'il n'y fut strictement pour rien.

Le délai imposé par Dumbledore était véritablement très bref et Hermione n'eut pas le temps de s'inquiéter de cette rencontre. Ce qui n'était probablement pas un inconvénient, et qui reflétait certainement la volonté du directeur.

"§§§"

Un peu avant l'heure du rendez-vous, Sirius entraina sa fille à l'extérieur de la maison pour transplaner. La jeune fille avait passé une bonne partie du reste de l'après-midi à essayer les quelques robes qu'elle avait acheté et essayé de changer un peu de coiffure. Finalement, elle avait conservé sa coiffure habituelle, les cheveux détachés flottaient sur ses épaules, deux petites nattes allaient de ses tempes vers l'arrière de sa tête où elles se rejoignaient. Elle avait aussi revêtu une robe à la coupe classique, pas encore celle austère qu'on lui imposerait à l'école, mais pas non plus très différente d'une tenue du quotidien.

Prudent, son père n'avait d'abord émis aucune remarque quant aux choix de sa fille. Il la trouverait très bien, quoi qu'elle décide d'enfiler. Pour l'obliger à prendre position, elle avait menacé de descendre en sous-vêtements. Il en avait rit et quand elle vint presque nue dans le salon, croisant les bras sur sa poitrine et tapant du pied, Sirius avait compris qu'il devait participer à sa préparation. Ce fut pour un homme célibataire une épreuve terriblement pesante. Mais il réussit à ne pas trop la vexer.

La jeune fille se laissa guider pour le transplanage. Après un moment désagréable où Hermione crut qu'on voulait faire passer son corps au travers d'un tuyau bien trop étroit, ils reprirent pied dans une rue que la jeune fille ne reconnaissait pas.

- C'est ça Poudlard ? fit-elle un peu déçue.

- Non, c'est Pré-au-lard, le bourg magique qui se dresse à proximité. précisa-t-il.

Sirius expliqua qu'il n'était pas possible de transplaner dans Poudlard ou d'utiliser une cheminée pour s'y rendre. La sécurité des élèves était à ce prix. Par ailleurs, l'école étant incartable, il n'était pas non plus possible d'y transplaner trop près. Ils seraient donc contraints de traverser Pré-au-lard avant de rentrer dans l'école. Hermione jugea que cela ne serait pas désagréable. Au moins, il s'agissait d'une soirée d'été et non d'un jour neigeux. La promenade serait amusante, conclut-elle.

Doucement, sans se presser, Hermione et son père remontèrent les rues de Pré-au-Lard. Le dernier des Black indiquait à sa fille le nom des magasins qui s'ouvraient ça et là dans la rue, l'auberge des Trois-balais, la Tête-de-sanglier, Honeydukes entres autres. Progressivement, la marche devenait plus difficile. Ils progressèrent ensuite à flanc de colline et la masse imposante de l'école de sorcellerie se détachait de plus en plus dans la brume du soir.

La jeune fille avait l'impression de rentrer chez elle. Sans y réfléchir elle évitait les écueils du chemin, ne butant pas sur les racines ou les cailloux affleurant. Là où parfois Sirius lui-même était surpris, elle passait sans encombre. Après quelques minutes de trajet, ils arrivèrent devant les grandes grilles du château. Celles-ci étaient évidemment fermées et Sirius dût enclencher un signal magique qui tinta au loin sans qu'ils puissent l'entendre. Ceci fait, il ne se passa rien. Hermione observa les alentours en se demandant comment faire pour entrer si personne ne daignait venir leur ouvrir. Puis les vibrations d'un pas lourd se firent sentir. Une montagne en mouvement s'approchait d'eux. Stupéfaite, Hermione retint un cri, jamais elle n'avait vu un homme aussi grand et aussi trapu.

- Bonsoir Hagrid, j'ai rendez-vous avec Dumbledore. lança Sirius au nouveau venu, le garde chasse du château, membre de l'Ordre du Phénix, ami de Sirius et demi-géant.

- Sirius, comment vas-tu ? s'enquit le géant.

L'interpelé répondit cordialement aux questions du garde-chasse qui leur ouvrait les grilles de l'école. Visiblement très curieux, le géant s'intéressa à la jeune fille qu'il détailla de bas en haut.

- Si on m'avait dit que Sirius Black avait une fille, j'aurai bien rit. finit-il par dire sans se préoccuper d'Hermione.

- C'est tellement improbable que moi-même je n'y crois qu'un jour sur deux. lança-t-elle. Ce qui fit beaucoup rire son père et estomaqua le géant qui ne savait pas ce qu'il devait penser de la réflexion.

Pour rompre son embarras, Hagrid leur proposa d'avancer vers le château. Hermione avait peine à suivre le rythme du géant. S'il faisait deux pas, elle devait en aligner quatre ou cinq. Heureusement, il se déplaçait relativement doucement, sa haute silhouette semblant rouler comme un navire ventru. Il paraissait de bonne humeur et noyait littéralement les deux visiteurs de ses paroles.

- Et elle sera dans quelle année la petiote ? fit-il en désignant Hermione qui sursauta. Le ton était amical, le contenu un peu vexant mais sans plus. C'était le mot qui la perturbait. Elle l'avait déjà entendu. Mais où ?

- Probablement en sixième année pour qu'elle puisse avoir ses aspics sans difficultés. répondit Sirius sans se préoccuper de la sémantique.

- Je pense que ce n'est pas nécessaire, mais mon père y tient. compléta hâtivement Hermione.

Depuis sa discussion avec sa tante-Jane, la jeune fille n'était plus aussi persuadée d'avoir 15 ans. Sa facilité à apprendre les sorts de niveau supérieur montrait soit qu'elle était extrêmement douée, soit qu'elle avait fini le cycle d'étude. Par modestie, elle penchait pour la seconde solution. Hagrid éclata d'un grand rire en voyant le regard furieux de Sirius pour sa fille et l'angélisme affiché sur le visage de celle-ci, histoire de le provoquer un peu plus.

- Je veillerai sur elle Sirius, t'inquiète pas. s'exclama Hagrid en écrasant son ami d'un tape bourrue sur l'épaule.

- Je ne sais pas si cela doit me rassurer Hagrid. répondit Sirius en lui lançant un regard chargé de reproches. Le géant se massa les mains en regardant ses pieds. Il n'avait pas l'intention d'être aussi brusque.

- Cela fait des années que je suis garde-chasse, je saurais la surveiller. s'indigna-t-il tout de même.

- Mon père doit penser que je serais capable de contourner toutes les sécurités de l'école. répliqua Hermione avec un sourire.

- Elle n'a pas de cape d'invisibilité comme James ? s'inquiéta le géant.

- C'est Harry qui l'a à présent. répondit Sirius. J'aurais dû empêcher Dumbledore de lui confier. continua-t-il rageur.

Hermione était un peu perdue, mais n'osa pas les interrompre. Toute information étant bonne à connaitre, le fait de savoir que Harry Potter était capable de disparaitre à tout instant sous une cape d'invisibilité n'était pas un élément qu'il fallait négliger.

- C'est vrai. reprit le géant. Dumbledore pensait qu'il s'agissait de l'une des reliques. Il hocha la tête d'un air entendu.

- Vous parlez des "reliques de la mort" du conte ? s'étonna Hermione qui doutait qu'on puisse prendre au sérieux ces mythes et légendes.

D'après ce qu'elle avait compris, il existait trois reliques distinctes, la pierre de vie, la baguette d'invincibilité et la cape d'invisibilité. Mais elle ne voyait pas ce que cela donnerait de les identifier.

- En admettant qu'elles existent, même si on les réunissait, il ne passerait rien de particulier. fit-elle en fronçant les sourcils, espérant que l'un des adultes puisse lui répondre.

- Selon Dumbledore, il peut y avoir un intérêt à éviter que celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ne puisse les acquérir. répondit Hagrid pour qui douter de Dumbledore était le plus grand des crimes.

- Sous cet angle, je suis d'accord avec lui. acquiesça Hermione sans retenue. Sait-on s'il à déjà essayé de les obtenir ?

- Il semble que non, mais mieux vaut prévenir que guérir. répondit Hagrid sur un ton moins sec. La remarque d'Hermione quant à sa confiance pour le directeur de Poudlard semblait avoir reconstitué instantanément son capital de sympathie à l'égard de la jeune fille. Hermione aurait aimé que les cousins de la famille Black oublient aussi rapidement leurs griefs.

Sirius coupa la conversation pour signaler qu'ils arrivaient devant la grande entrée de l'école. Apparemment sans efforts, Hagrid poussa la porte à double battant donnant accès à immense hall d'où partait d'étranges escaliers. Certaines portions semblaient se déplacer sans raisons particulières. Hermione resta un moment sans voix. Il lui paru presque impossible de passer d'un endroit à l'autre dans ces conditions. La vie d'élève devait être proprement impossible. Parfois, un fantôme passait dans le vide et les personnages des tableaux échangeaient leurs point de vue quant aux visiteurs qui arrivaient si tard. La jeune fille était restée bouche bée devant le spectacle. La voix de Sirius lui parvint comme dans un rêve.

- Hermione, dépêches-toi, s'il te plait. faisait-il. La jeune fille revint à l'instant dans la réalité.

- J'arrive papa. Dis-moi, c'est toujours comme ça ? Je veux dire, les escaliers.

Sirius admit que la situation n'était pas exceptionnelle. Mais il la rassura, en règle générale, les escaliers essayent plutôt d'aider les élèves que l'inverse. Hermione lui affirma d'une voix qui indiquait l'exact contraire, qu'elle se sentait parfaitement tranquille à cette idée. D'un geste amical il lui indiqua de le suivre. Ils se dirigèrent vers une autre porte imposante, laissant sur le côté les sabliers indiquant le nombre de points acquis par chaque maison. Derrière, Hermione aperçu les quatre tables séparant les diverses maisons de l'école. Tous les élèves devaient être attablés en l'attendant. L'idée qu'ils soient spécialement réunis pour la recevoir la tétanisa. Mais la voix de Hagrid la rassura. Il pestait car il avait encore raté le début du repas. Hermione se sentit soulagée et respira mieux. D'un pas qu'elle voulu ferme, elle s'élança dans la grande salle à la suite de Hagrid et de son père qui étaient déjà à quelques pas devant elle. La jeune fille tenta de rester impassible alors qu'elle tremblait des pieds à la tête.

Sur les tables alentours, des visages se tournèrent vers les nouveaux arrivants. Certains saluaient le géant qui leur répondait avec gentillesse. D'autres se murmuraient à l'oreille ou désignaient d'une manière qu'ils voulaient discrète la jeune fille. Les deux premières enjambées furent pénibles et Hermione faillit renverser et s'étaler sur le dallage. De petits rires contenus et quelques murmures saluèrent son entrée manquée. Elle inspira profondément, laissa son regard faire le tour de la salle et s'élança à nouveau. Son tract avait disparu, ses épaules se détendirent, ses jambes cessèrent de flageoler. Elle avança prestement, d'un pas bien cadencé, ni trop rapide, ni trop lent, un vague sourire s'incrusta sur sa mâchoire un peu crispée. Sirius qui se retourna vers elle en entendant les autres élèves ricaner remarqua que sa fille paraissait bien plus âgée quand elle était concentrée. Sa coiffure légère tranchait nettement avec la sévérité de son visage. Elle lui parut très belle vraiment. Devant lui se tenait Dumbledore, grand hiératique et sévère. Il croisait ses mais devant lui et attendait visiblement l'arrivée de la jeune fille pour intervenir.

En remontant les tables vers l'estrade, Hermione vit Ginny qui lui adressait un sourire et un petit geste d'amitié. Elle passa à ses côtés avant d'avoir prit une décision quant à l'attitude à suivre. Puis elle se dit qu'elle n'avait rien à faire des convenances. Et revint en arrière pour embrasser son amie et prendre des nouvelles en quelques mots. Des murmures un peu plus prononcés se firent derrière elle. Mais la jeune irlandaise n'en avait cure. Au passage, Ginny lui présenta ses frères George, Fred et Ron. Hermione les salua et s'excusa de ne pouvoir rester. Ce qui les amusa beaucoup. Sous ses lunettes, Albus Dumbledore parut beaucoup s'amuser lui aussi. Quand elle arriva enfin face à lui, elle posa sa main droite sur le cœur et s'inclina un peu en signe de respect. Il lui rendit son hommage. Un étrange silence s'était installé dans la grande salle. Personne n'avait jamais vu Dumbledore se conduire d'une manière aussi sentencieuse. Hermione elle-même ignorait pourquoi elle avait agit ainsi, c'était venu instinctivement.

- Mes enfants. fit enfin Dumbledore. Je voulais vous présenter une jeune fille qui sera bientôt l'une des vôtres. Je vous demande de lui faire un bon accueil.

Des applaudissements fusèrent instantanément d'un peu partout dans la salle. Pourtant, le directeur n'avait rien dit qui puisse motiver cet accueil chaleureux. Á la table de Griffondor les Weasley avaient organisé un comité d'accueil tonitruant. Hermione n'était guère surprise de leur enthousiasme. Ils avaient dû prévenir une partie de leur maison de sa venue et elle était accueillie comme un futur membre de leur maison. Pour les autres, cela relevait du mystère. Sauf que son père était évidemment connu des élèves et de leurs parents. La présence de Sirius facilitait son acceptation comme son rejet. La table de Serpentard n'était pas transportée de joie.

- Je lui fais confiance pour s'intégrer parmi vous. continua Dumbledore après avoir obtenu le silence. Et je vous fais confiance pour l'accepter avec gentillesse. Elle vient d'Irlande et à certainement beaucoup à nous apprendre sur les pratiques de ce beau pays. Une nouvelle volée d'applaudissement rompit le silence quand la voix du directeur se tût.

- Monsieur le directeur. fit une voix derrière Hermione qui se tourna vers la table des professeurs. Un homme pâle aux cheveux noirs de jais, visiblement graisseux, qui lui donnait un air de corbeau venait de se lever.

- Vous avez une requête mon cher Severus ? interrogea doucement Dumbledore.

- Je propose de démontrer tout de suite ce qu'elle sait faire. Opposons cette jeune fille à deux de nos champions. Sirius s'avança vers Dumbledore pour l'empêcher d'accepter. Le directeur leva une main noircie, comme morte, pour l'arrêter.

- Je ne puis répondre à votre demande, mon ami. fit-il sans se préoccuper de Sirius. C'est à cette jeune fille de répondre. Il regarda aimablement Hermione. Elle hésita un moment. Elle n'était pas particulièrement préparée à montrer ses talents.

- Comme vous voudrez monsieur. lança-t-elle finalement.

Il fut décidé que la jeune fille rencontrerait en duel deux des champions des clubs de duel de l'école. Hermione s'étonna, pourquoi en sélectionner deux et non pas trois ou quatre ? Puis elle comprit. Drago Malefoy et Harry Potter s'avancèrent vers l'estrade. La jeune fille soupçonna le professeur d'avoir été soudoyé par ses cousins pour la ridiculiser ou la blesser dès avant sa rentrée. Par magie on dégagea rapidement la grande salle et on y installa l'estrade prévue pour les duels. Pendant l'intermède, Dumbledore était retourné à sa place et les Weasley virent saluer la jeune fille avant que Sirius ne les éloigne fermement.

- Mon cœur. fit celui-ci. Surtout, tu fais attention, inutile de te blesser inutilement.

- Ne t'inquiète pas pour moi. sourit la jeune fille. Mais plutôt pour eux.

- Ne sois pas si confiante, ils sont bien entrainés. Et ils ne manqueront pas une occasion de nous humilier. cracha Sirius excédé. Satané Severus, il ne peut pas me souffrir. Alors il risque de s'en prendre à toi.

- C'est gentil de me prévenir maintenant. coupa Hermione à présent un peu fâchée.

Au signal, la jeune fille monta sur l'estrade pour rencontrer son premier compétiteur. Par tirage au sort, Drago Malefoy fut désigné pour passer le premier. Les deux jeunes gens se saluèrent rapidement. Et un stupefix cingla avant même que l'arbitre en donna l'autorisation. Ce qui valu des protestations indignées de la part des Griffondors. Hermione se retrouva un genou à terre avant d'avoir pu se préparer. C'était une erreur qu'elle ne ferait pas une seconde fois. Alors qu'un nouvel éclair se dirigeait vers elle, Hermione lança un sort de bouclier qui fit reculer les premiers rangs installés auprès de l'estrade. Cela lui laissa amplement le temps de se relever. En face d'elle Drago semblait circonspect. Tant qu'elle tiendrait son bouclier il ne pourrait la toucher, elle ne pourrait pas non plus intervenir. Le bout de la baguette de Drago scintillait. Il attendait le bon moment pour frapper. Drago regardait son adversaire avec condescendance, certain de ne plus manquer sa cible.

Soudain le bouclier tomba, et avant qu'il puisse réagir, Drago se retrouva projeté en arrière, perdit sa baguette et se trouva allongé dos au sol. Vainement il chercha à se redresser. Personne n'avait rien entendu, Hermione avait à peine bougé.

- Mademoiselle Black vainqueur après un superbe sort informulé. lança l'arbitre.

Revenu de sa stupeur le public éclata en un tonnerre d'applaudissements. Enfin le meilleur duelliste de Serpentard avait été vaincu. Par une fille qui plus était. Sirius adressa avec des mots un peu cru sa satisfaction de voir sa fille gagner si nettement. Elle lui sourit doucement, le gringalet lui avait fait peur. Sa victoire n'était pas une évidence. Si elle n'avait pas lancé son sort en informulé, elle aurait été vaincue.

- Je n'avais jamais vu quelqu'un lancer si facilement un sort de stupefixion en informulé. lança Sirius à sa fille.

- Ni l'adjoindre aussi rapidement d'un incarcerem. murmura pour lui-même Dumbledore. La force des habitudes. Il dissimula un sourire derrière sa main valide portée sur sa moustache.

Madame Pomfresh s'assura rapidement de l'état général du perdant. Elle parut très rassurée de le voir en pleine forme, simplement entravé et bâillonné. Dès que Drago fut libéré, l'arbitre lui demanda de venir saluer la gagnante. Il refusa et descendit de l'estrade sous les huées des autres élèves. L'arbitre qui était avant tout le professeur Chourave, allait pénaliser sa maison quand Dumbledore lui fit signe de laisser passer l'affront. De son côté, Hermione s'en moquait éperdument. Ce fut donc le tour de Harry Potter de monter sur l'estrade pour participer au second duel. Son arrivée fut saluée par des applaudissements nourris. Probablement un peu plus du côté des Serpentard que des Griffondor ce qui était étrange étant donné qu'il était sensé représenter les lions. La personnalité de Harry expliquait probablement que tous les élèves proches des Weasley ne lui fisse pas un accueil glorieux.

Les deux duellistes se firent face et se saluèrent. Cette fois, Hermione était prête à intervenir contre toute traitrise. Elle fut satisfaite de constater qu'il n'essaya pas de tricher. Quelques traits colorés volèrent et Hermione fut obligée d'esquiver promptement les coups. Manifestement, Harry était un adversaire plus à sa mesure. Le visage impassible de la jeune fille commençait à refléter ses sentiments. Á chaque esquive, à chaque coup qu'elle tentait de porter, l'excitation du combat pour le combat, l'envie d'atteindre ses limites sourdait en elle. Ses sorts se faisaient plus puissants sans qu'elle en prenne conscience et Harry faisait bien de les éviter.

Á défaut d'être rapide dans l'exécution de ses sorts, le jeune homme avait en lui quelque chose qui le protégeait, une maitrise de la magie qui n'était pas de lui. Cette impression s'imposait de plus en plus à la jeune fille et commençait à l'inquiéter. Finalement, elle eut peur quand il parvint à retourner l'un des sorts vers elle. Le trait lumineux apparut à la jeune fille comme un gigantesque serpent. La peur qu'elle avait ressentie dans les caves du ministère irlandais la tétanisa. Et elle fut projetée durement contre le plancher de l'estrade.

- Monsieur Potter, vainqueur après le renvoi d'un sort d'expelliarmus.

Des applaudissements virent saluer la victoire digne remportée par Harry. Mais Hermione eut besoin de l'aide de madame Pomfresh pour se relever. Son propre sort l'avait marqué aux épaules et sur la poitrine. L'infirmière procéda aux premiers soins et garantit qu'elle serait rapidement remise sur pied. Avec l'aide de son père, la jeune fille se releva enfin et se dirigea vers son adversaire pour le saluer. L'impression étrange qu'elle avait ressentie juste avant sa défaite revenait, sourde et désagréable. Un peu comme dans le salon du square Grimaurd.

Après le salut réglementaire, Harry s'avança vers Hermione une main tendue. Hésitante, elle la prit malgré tout.

- Enchanté de te rencontrer enfin. la phrase cingla comme un reproche.

- Moi de même. répondit-elle poliment. Je te croyais plus grand. continua-t-elle en souriant.

- Et en plus j'ai des lunettes. fit-il avec une certaine autodérision. Mais je suis un étalon malgré tout. Hermione trouva la chute beaucoup moins drôle et ne se priva pas de lui indiquer.

- Nous nous reverrons bientôt, j'imagine. compléta-t-elle rapidement.

- Peut-être, si j'en ai le temps. répondit-il en haussant les épaules dédaigneusement.

Ne pouvant prolonger l'échange que tous essayait de surprendre, les deux jeunes gens se séparèrent enfin. De son côté, Harry passa les doigts sur sa cicatrice comme si elle le brulait. Hermione avait un sentiment très étrange. Mais elle n'eut pas le temps de réfléchir plus avant sur ce qu'elle ressentait. Déjà Sirius s'approchait pour la féliciter.

- Très beau duel. complimenta le dernier des Black. Évidemment, contre un garçon, c'est plus difficile. continua-t-il.

- Misogyne, réactionnaire. éructa-t-elle, vexée en se dégageant de l'étreinte de son père qui balbutia des excuses insignifiantes. Il était bien un Black s'il ne pouvait pas considérer une femme comme étant un adversaire valable. Hermione était un peu déçue par la réaction de son père. Elle le pensait plus intelligent que cela.

Quand la jeune fille fut descendue de l'estrade, le professeur Dumbledore était là qui l'attendait pour la conduire dans son bureau où ils seraient plus à l'aise pour discuter de son intégration à l'école. Sirius courut presque pour les rattraper.

- Sirius, je vois que vous avez encore beaucoup de choses à apprendre sur le comportement des jeunes filles. s'amusa Dumbledore quand il arriva enfin.

- Ne m'en parlez pas Albus. confia-t-il. Tout ceci est pour moi un grand mystère.

- Imbécile. siffla Hermione encore fâchée.

- Tête de mule. répondit Sirius en lui faisant délibérément face et la toisant. Le directeur se retint de rire et les guida hors de la grande salle.

Quelques applaudissements les saluèrent encore lorsqu'ils passèrent la porte. Puis le plus grand calme régna autour d'eux. Quelques élèves commençaient à monter pour regagner leurs dortoirs, mais la plupart des élèves resteraient encore un peu dans la grande salle. Le directeur conduisit Hermione et Sirius jusqu'à une gargouille de pierre coincée dans un angle de couloir. Il lui donna le nom d'un bonbon acidulé et la gargouille sembla s'enrouler sur elle-même pendant qu'elle dévoilait un escalier secret qui montait jusqu'au bureau du directeur.

La pièce était encombrée de bibelots qui s'occupaient tous seuls sur les étagères. Une épée incrustée de pierreries brillait sur son support à l'avant de l'imposant bureau. Le directeur indiqua deux sièges à ses invités et prit place derrière son bureau. Il posa sa main brulée sur le sous-main et fit tourner une plume dans l'autre main.

- Mademoiselle Black. fit-il. Pensez-vous qu'il soit utile que je laisse votre nom sur cette liste ? Un mot et je puis le rayer. Hermione resta interdite, Sirius s'indigna.

- Vous ne pouvez pas refuser de l'inscrire dans cette école. ragea-t-il.

- Je le peux, mais là n'est pas la question. trancha Dumbledore toujours aussi calme. C'est à cette demoiselle de savoir si elle tient à venir malgré tout. Hermione plongea son regard dans les yeux bleus du directeur. Elle n'y vit rien d'autre que son propre reflet. Qu'espérait-elle d'ailleurs ?

- J'ai encore des choses à apprendre manifestement. admit-elle finalement. Donc ma place est ici comme tous les jeunes de mon âge. Dumbledore parut satisfait de la réaction de la jeune fille.

- Nous pouvons mettre à votre disposition une chambre dès ce soir. continua-t-il. Sirius qui était déjà écarlate faillit en tomber raide d'une attaque d'apoplexie.

- Ma fille rentre à la maison avec moi ! Que croyez-vous Albus ? Il manqua de renverser son siège en se relevant.

- Je m'inquiète du bien être de cette jeune fille mon ami. Rien de plus. ajouta-t-il en faisant signe à Sirius de se rassoir.

- Je me sens bien chez Sirius. trancha Hermione qui pensait à juste titre qu'elle était la première concernée dans cette conversation.

Le directeur parut un peu gêné de cette conclusion. Visiblement il avait prévu autre chose. Il finit par admettre qu'il doutait que le square Grimaurd fut une bonne résidence pour Hermione. Elle lui affirma qu'elle y recevait tout l'amour et l'attention dont elle pouvait avoir besoin. Pour elle, le square Grimaurd était pleinement sa maison, sa famille. Sirius resta silencieux pendant son intervention, ses yeux semblaient s'embrumer un peu. Quand elle eut fini de s'emporter contre le directeur, Hermione croisa les bras fermement et attendit le verdict. Il vint de Sirius.

- Tu peux reprendre les deux dernières phrases s'il te plait. Avec ton accent irlandais, je n'ai rien compris. Hermione resta silencieuse, consternée. Albus retint encore un sourire. Il avait compris que Sirius essayait de désarmer le conflit par une touche d'humour.

- Papa. Je n'ai pas d'accent. coupa Hermione sûre de son fait.

- Mademoiselle Black, je confirme que vous avez un léger accent, mais cela n'est pas préjudiciable. s'amusa Dumbledore. Hermione en conclut que si tout le monde lui en voulait, il ne lui restait plus qu'à se taire. Et elle bouda un peu.

Dumbledore admit finalement que l'état actuel des choses serait satisfaisant jusqu'à la rentrée de septembre. Ensuite, les cours reprenant, il s'occuperait personnellement de la jeune fille. Considérant qu'il ne pouvait pas s'opposer à cet état de fait, Sirius rendit les armes. Hermione fut contrainte de suivre le mouvement.

- D'ici là Sirius prenez bien soin de cette jeune fille. fit Dumbledore d'un ton solennel un peu étonnant. Elle représente beaucoup à mes yeux.

- C'est donc vrai. coupa Sirius. Vous connaissiez sa mère.

- En effet, j'ai aidé Hermione Parkinson dans ses démarches. J'espère qu'elle n'est pas trop déçue du tour prit par les événements. Les yeux bleus de Dumbledore semblaient chercher à percer l'âme de la jeune fille qu'il fixait ardemment.

- Je ne sais pas, monsieur. répondit Hermione en baissant les yeux.

Finalement, Dumbledore remercia ses deux visiteurs et les reconduisit doucement vers l'entrée de son bureau. Sirius commença à descendre lorsque Hermione se retourna vers le vénérable sorcier.

- Votre main, monsieur, c'est à cause de Jedusor, n'est-ce pas ? Le directeur resta interdit. Se demandant probablement ce qu'il convenait de dire et de faire.

- Bien que prévenu, je suis tombé dans le piège qu'il avait tendu. fit-il enfin.

- Il y en a six autres. dit-elle sans bien comprendre de quoi elle parlait.

- En effet. convint Dumbledore qui ne la lâchait pas du regard. Vos souvenirs reviennent peut-être.

- Je sais des choses que je ne me rappelle pas avoir apprise, j'ai des habitudes et des réflexes qui parfois m'inquiètent. bredouilla Hermione sachant qu'elle avait à ses côtés une présence attentive. Quelqu'un qui ne la jugerait pas.

- Retournons nous assoir. fit aimablement le vieil homme en refermant la porte.

Il traversa la pièce avec une rapidité et une agilité étonnante. Il ne jouait plus le rôle du directeur serein d'une école maniérée. Son visage reflétait l'excitation du moment. Il semblait anticiper chaque seconde de la discussion qui allait s'ouvrir. Pour une fois, il aurait un auditoire à son niveau. Une personne qui saurait à demi-mots de quoi il est question, des tenants et des aboutissants de sa réflexion. Depuis Grimenwald, il n'avait pas eut ce bonheur.

Au lieu de s'installer derrière son bureau, il s'assit aux côtés de la jeune fille. Hermione était un peu inquiète d'observer un tel débordement d'énergie de la part du digne directeur.

- Il y a des choses que je ne puis vous révéler à votre sujet mademoiselle. fit-il bientôt. Sachez néanmoins que vous avez beaucoup à voir avec ce dont nous allons nous entretenir.

- C'est-à-dire, combien Tom Jedusor a pu créer d'horcruxes. Tout se passait comme si Hermione était étrangère à son propre corps et si une autre personne parlait à sa place de choses étonnantes. Dumbledore ne put retenir une petite interjection de félicité.

- Vous êtes pleine de ressources mademoiselle Parkinson. fil-il malicieux. Nous allons en effet parler des horcruxes.

- Le premier, c'était un livre. commença Hermione. Le directeur acquiesça silencieusement d'un hochement de tête, ses yeux se limitaient à deux fentes au cœur des rides de son visage. Si j'en crois ce que je vois, il a été détruit, le basilic tué et la chambre des secrets refermée. continua Hermione en désignant l'épée de Godric Griffondor qui trônait sur son présentoir.

- Pour une fois, Harry ne s'est pas contenté d'être un garçon obtus, orgueilleux, imbu de sa personne et hautain. scanda Dumbledore. Il a su se souvenir de l'amour que lui porte la famille Weasley.

- C'est cela. fit Hermione en passant la main sur la cicatrice de sa pommette gauche. Ginny avait été "enlevée" par le morceau de l'âme Tom qui voulait la tuer pour revivre.

- C'est ainsi que fonctionnent les horcruxes manifestement. le dégoût se lisait sur le visage de Dumbledore. Une vie pour une autre. C'est trivial comme procédé.

- Á l'image de Tom finalement. coupa Hermione. Il a été puissant, mais pas très fin ni élégant.

La remarque amusa beaucoup le directeur qui admit que son ancien élève était en effet tout sauf très distingué. Son goût pour le pouvoir et le contrôle lui ayant fait perdre toute notion du beau. D'ailleurs, il n'avait jamais été très attiré par les objets pour les qualités de leur exécution, mais bien par leur valeur.

- Ou pour ce qu'ils pouvaient représenter. intervint Hermione.

- Jedusor appréciait énormément de collecter de petits trophées pris à ses victimes. C'est certainement dans cette habitude qu'il à puisé ses ressources pour les horcruxes. continua Dumbledore.

Le cas du journal de Tom Jedusor fut rapidement évacué. Il fallait en retenir que Harry Potter avait, cette fois, été digne de son statut de "survivant". Il avait été héroïque ce qui conduisit à la destruction du premier horcruxe. Il en restait six. Avant qu'Hermione ne le fasse, Dumbledore évoqua la bague de Gaunt. C'était sa plus grande erreur. Il avait sans trop de difficulté retrouvé la trace de cet objet qui appartenait au grand-père du mage noir. Néanmoins, il avait cédé à la tentation et avait voulu enfiler l'anneau. Le caillou qui ornait la bague était d'un noir très profond, sans défauts, mais elle était taillée très grossièrement et était à présent fendue en deux.

- La pierre de vie. Vous croyez à ce conte, Hagrid me l'a dit. fit la jeune fille stupéfaite.

- Et je peux vous garantir qu'elle est bien ce que je pensais. répondit le vieil homme sur un air de triomphe. Même dans son fonctionnement. Il souriait largement, visiblement fier de ses résultats.

Dumbledore ne souhaita pas épiloguer sur le second horcruxe. Il admit que son espérance de vie se trouvait plus que limitée à cause de cette erreur d'appréciation. Néanmoins, il savait que sa mission aurait une fin heureuse grâce à la présence de la jeune fille à ses côtés. Hermione montra qu'elle ne comprenait pas cet optimisme.

- Le simple fait que vous soyez là prouve que nous n'avons plus à craindre que les horcruxes et non les restes de Voldemort.

Il fallut au directeur expliquer que lors de la chute de Voldemort en octobre 1981, Harry n'avait pas définitivement vaincu le seigneur des ténèbres. Des lambeaux de son âme, accrochée par ses horcruxes à une existence terrestre, avait survécue. Miss Parkinson s'était fixé pour objectif de détruire ses malheureux restes. Dumbledore ne pouvait pas en dire plus, mais il y avait un lien de cause à effet très net entre la présence d'Hermione devant lui et la réussite de la mission de Miss Parkinson.

Après ces constats, rassurant pour l'un, très ennuyeux pour l'autre, il fallait déterminer ce qu'étaient les cinq autres horcruxes.

- L'un d'eux est un médaillon caché dans une grotte sur la côte du pays de Galles. expliqua Dumbledore très sur de son fait.

- Non. Il n'y est plus. Aller là-bas ne conduirait à rien. s'exclama Hermione sans qu'elle sache pourquoi.

- Voilà qui est embarrassant. continua Dumbledore qui semblait en effet très ennuyé par cette information.

- Mais je crois savoir où il est. Intervint Hermione à nouveau. Je vous l'apporterai à la rentrée prochaine. S'il à pu passer 18 ans là où il se trouve, deux mois ne changeront plus rien. Surtout que je l'aurais pratiquement sous les yeux.

Il restait encore la question de quatre horcruxes. La jeune fille n'eut aucune résurgence de son passé pour éclairer leurs descriptions et leurs emplacements actuels. La voyant hésiter, Dumbledore intervint pour débloquer la situation. Alors qu'il devenait évident qu'il ne pourrait plus obtenir de renseignements de Miss Parkinson, le directeur de Poudlard avait rencontré un allié de taille.

- Un historien du nom d'Albert Durillon est venu me trouver sur les indications de Miss Parkinson. fit-il avant d'estimer l'impact qu'avait ce nom sur les souvenirs d'Hermione. Abruptement, ce nom n'avait rien évoqué à la jeune fille qui attendait imperturbable la fin de son intervention. Hermione questionna malgré tout.

- Ne suis-je pas sensée le connaitre ?

- Il semblerait que ce souvenir vous fasse défaut. répondit doucement Dumbledore.

Le directeur prit un petit carnet de notes à couverture verte, vieux et usé. Il l'ouvrit avec précaution et commença à en lire des extraits.

"11 Janvier 1989.
Je me suis avancé très profondément dans la forêt interdite de Poudlard. D'après le baron rouge c'est ici qu'il avait retrouvé la dame blanche après son suicide, et avant le sien.
Si comme je le soupçonne Jedusor a réussi à convaincre la dame blanche de lui céder le diadème de sa mère, alors il est possible qu'il l'ait simplement laissé sur place.
12 Janvier 1989.
Damnés centaures, ils ne sont pas très aimables.
Ai rencontré la dame blanche. Elle a confirmé avoir indiqué où se trouvait le diadème de sa mère à Tom Jedusor. Pour le moment je ne vois pas où il a pu le cacher. L'emplacement originel est vide, seul subsiste un coffret à bijoux pourri par le temps.
13 janvier 1989.
Sweet single heart
[1], je suis désolé. Je ne vais pas y arriver.
Des acromentules viennent de me tomber dessus. Ma cachette va me protéger quelques temps, j'en profite pour y laisser ce carnet. Adieu."

Sans bien savoir pourquoi, Hermione senti son cœur se serrer. Elle était mortellement inquiète pour cet homme qu'elle ne connaissait pas et qui avait risqué sa vie pour eux. D'un regard implorant, elle exigea de Dumbledore qui lui confirme qu'Albert Durillon était sorti vivant de ce piège. Avec un grand sourire le professeur reprit sa lecture.

"15 janvier 1989,
Le garde-chasse de Poudlard, par Merlin sait comment, connait les acromentules et est arrivé juste au bon moment.
Jedusor n'a pas dû cacher son horcruxe ici. Bien trop dangereux".

Hermione laissa échapper un soupir de soulagement. Et pensa que la présence du carnet dans le bureau de Dumbledore laissait présager que l'auteur des notes était parvenu à se tirer de ce guêpier. Á présent, ils savaient quel pouvait être le quatrième horcruxe. Il en restait trois.

Avant que la jeune fille ne questionne l'orateur à propos de l'emplacement potentiel de cet horcruxe, il reprit.

- Nous savons aussi que Jedusor à fait disparaitre en même temps que le médaillon une coupe ayant appartenu à Poufsouffle. fit-il doucement.

- Qui est certainement devenue le cinquième horcruxe. poursuivit Hermione qui reçu l'approbation silencieuse du directeur.

- D'après notre allié, Jedusor à confié ce trésor aux Lestrange. Le constat ne semblait pas inquiéter Dumbledore.

- Comme ils sont en prison, que leurs biens sont sous scellés, nous aurons la possibilité de chercher chez eux. s'enthousiasma Hermione qui voyait enfin une action à mener.

Le digne directeur calma les ardeurs de la jeune fille en faisant remarquer qu'il ne serait probablement pas aisé d'entrer dans la demeure des Lestrange sans se faire remarquer. Il reconnu néanmoins qu'il faudrait en passer par là. De même, il escomptait bien que la jeune fille puisse lui apporter une aide précieuse. Hermione affirma sans aucune retenue qu'elle était prête à assurer son rôle dans cette grande farce. L'allusion au vaudeville l'amusa. La famille Black était passée maitre dans ce domaine, elle l'avait constaté de visu.

Cependant, il restait toujours à identifier deux horcruxes. Albus Dumbledore rouvrit le carnet pour lire un nouveau passage.

"avril 1985.
Selon tes indications, le dernier horcruxe doit être le serpent de Jedusor, Nagini. Après de longues recherches, j'ai fini par localiser un monstre du genre en Albanie.
Là même où Tu as disparue."

Dumbledore tourna quelques pages. Lentement et avec la douceur que l'on réserve à une relique de grand prix. Pendant qu'il vérifiait chacune des indications pour ne pas oublier celle qu'il voulait relire, Hermione essuya des larmes qui menaçaient de couler le long de ses joues. Elle savait qu'il parlait de sa mère. Visiblement il avait une grande affection pour elle. Et si c'était lui son vrai père ? Hermione Durillon. Cela sonnait bizarrement à ses oreilles. Au bout d'un moment, Dumbledore reprit.

"mai 1985.
Le serpent Nagini n'est plus. Ce qui est étonnant. Il m'a attaqué mais je n'ai eu aucune peine à le détruire. Je doute qu'il fut un horcruxe. Ou bien, je n'ai pas trouvé le bon serpent.
L'animal correspond pourtant à la description que Tu m'en as faite."

Le directeur de l'école referma une seconde fois le carnet d'Albert. Il attendait visiblement que la jeune fille fasse le bilan de ce qu'il venait de lui lire.

- Il semble qu'il n'y ait pas sept mais six horcruxes. tenta-t-elle.

- Exactement mademoiselle. répondit Dumbledore très satisfait de cette conclusion. Hermione aussi se sentait soulagée d'avoir un objectif de moins à abattre.

- Comment est-ce possible ? demanda-t-elle curieuse.

- Je pense qu'en détruisant Voldemort en Albanie Miss Parkinson l'a empêché de poursuivre la constitution de ses horcruxes. Il lui fallait un corps qu'alors il n'avait plus.

Il ne restait plus qu'à définir ce qu'était le sixième horcruxe. Considérant qu'il exista lui aussi. Le doute était à présent permis. D'ailleurs, de l'avis de Dumbledore il y avait peu de chance qu'il fut crée en effet. Mais Hermione n'était pas aussi catégorique. Pour elle, il n'y avait aucune raison que l'affirmation qu'il y ait sept horcruxes soit à ce point fausse. Que l'un des horcruxes les moins fiables, conditionné à la vie de l'animal, n'existe pas ne pouvait justifier l'erreur à propos d'un second horcruxe.

Hermione savait qu'il existait. Elle en était intimement persuadée mais ne pouvait expliquer pourquoi. Elle tenta de trouver une solution, évoqua à voix haute, volubile, toutes les raisons qui faisaient que cet horcruxe existait certainement. Pourquoi sinon sa mère aurait-elle précisé le nombre sept. Que grâce à elle il y en ait un de moins était plutôt plaisant. Le dernier qui manquait à l'appel était évidemment sous leurs nez, il suffisait de regarder avec attention plutôt que de se complaire avec des œillères. Elle n'avait qu'une confiance limitée dans Dumbledore et lui exprima clairement qu'à son avis il valait bien moins qu'Olaf Thorsthon. Hermione enrageait contre ce grand sorcier qui hésitait à faire confiance à des gens dignes et de bonne foi. Heureusement pour la jeune fille, elle avait achevé de s'énerver en gaëlique. Ce n'était plus un accent mais proprement la langue irlandaise qu'elle employait.

Vidée par ce flots de méchanceté, Hermione se rassit et se campa boudeuse sur son siège. En face d'elle le professeur Dumbledore semblait un peu perplexe. Il n'avait pas compris plus de deux mots de la dernière observation.

- Vous vous souvenez d'Olaf Thorsthon. fit-il d'une voix mal assurée. C'est un pas en avant très satisfaisant. Un pâle sourire se figea sur son visage ridé.

- Il m'a appris autant et plus qu'à vous, Albus. rétorqua-t-elle encore un peu fâchée. Elle ignorait qui pouvait être ce Thorsthon, mais l'évoquer avait fait vaciller les certitudes de Dumbledore. Rien que cela rendait la mention de son nom inestimable.

- Je le sais parfaitement. trancha le directeur un rien cassant. Et c'est à cause de cela que j'ai pleinement confiance en vous. Son ton s'était radoucit. Le vieil homme avait l'habitude des velléités de la jeunesse et ne s'en offusquait plus guère.

Hermione balbutia des excuses que son interlocuteur accueillit avec bienveillance bien qu'il ne les exigea pas le moins du monde. Il se déclara parfaitement prêt à croire, sans aucune retenue, à l'existence du sixième et dernier horcruxe. Néanmoins, ils n'avaient aucune preuve de son existence ni aucune idée de l'endroit où il pouvait se trouver. La jeune irlandaise eut un éclair. Á présent c'était une évidence.

- C'est Harry ! s'écria-t-elle en cognant la paume de sa main droite fermement contre son front. Dumbledore resta bouche bée.

- Mademoiselle, ceci me parait totalement impossible. commença le directeur.

- Je le sais, car je l'ai senti au cours du duel. rétorqua-t-elle vivement. C'était d'ailleurs probablement la raison de sa défaite.

Dumbledore se leva et marcha dans la pièce, sans but précis. Hermione se tournait sur sa chaise, fébrile, en le regardant passer d'un coin à l'autre. Il convint que cette possibilité l'avait effleurée. Cela expliquait pourquoi Harry avait survécu.

- En tuant Lilly, Jedusor à permit la constitution d'un nouvel horcruxe. remarqua Dumbledore d'une voix éteinte, absente. Il était plongé dans ses pensées et les exprimait à voix haute sans y prendre garde.

- Et l'objet de son attention n'était autre que Harry. continua-t-elle. Ce qui réveilla l'attention du professeur.

- Il est donc tout à fait logique que le morceau d'âme de Voldemort soit allé se loger dans Harry lui-même. approuva sentencieusement Dumbledore.

- Ce qui empêchait Jedusor de tuer Harry l'instant d'après. continua Hermione.

- Et qui explique l'attitude actuelle de Harry. trancha le professeur visiblement peiné par ce constat.

Il confia à la jeune fille qu'il estimait le comportement hautain et orgueilleux de Harry radicalement en décalage avec sa nature profonde. Cette dernière s'était exprimée lors de son enfance et surtout quand il avait sauvé la vie de la jeune Weasley. Hermione acquiesça sans difficulté et affirma qu'elle ne reconnaissait pas Harry. Quelque chose avait changé en lui qu'elle avait du mal à reconnaitre. Imaginer qu'il était possédé, d'une manière ou d'une autre, par l'esprit de Voldemort expliquait bien des choses.

Après ces constatations, Dumbledore alla vers l'un des portraits du bureau et demanda que l'on prévint le directeur de Sainte-Mangouste. Il expliqua à la jeune irlandaise qu'il voulait demander une confirmation pour ce genre de possession d'un esprit par un autre. Sans qu'il le dise, elle devina qu'il craignait des dommages irréparables sur la personnalité de Harry. La jeune fille lui affirma sans hésiter qu'à son souvenir, le seul homme qu'elle avait connu comme étant possédé ne présentait aucunes séquelles particulières. En dehors du fait qu'il en était mort, évidemment. Pendant que Dumbledore parlait, Hermione tiqua, elle avait affirmé se souvenir de Harry et de Quirell. Mais elle n'avait jamais rencontré Harry avant ce soir-là. Elle se demandait si elle ne devait pas, elle aussi, prendre rendez-vous à Sainte-Mangouste.

Après quelques palabres entre Dumbledore et le tableau, le professeur revint vers la jeune fille qui était restée sur son siège, dubitative. Elle ne savait pas quoi penser de ses propres réflexions.

- On me confirme qu'il n'y aurait pas de traces si nous parvenions à libérer Harry de la présence du morceau d'âme de Jedusor. fit-il visiblement plus assuré.

- Ce qui ne me surprend guère. affirma la jeune fille. Ginny Weasley ne présente pas de séquelles de sa confrontation avec le journal de Tom. acheva-t-elle. Dumbledore se déclara stupide de n'avoir pas envisagé ce précédent.

- Voilà une réflexion pertinente mademoiselle. Il la dévisageait et une grande fierté se lisait sur son visage. Lorsque Miss Parkinson était l'une de mes élèves, elle était certainement la plus brillante. Je constate que rien n'a changé. acheva-t-il enfin.

Il restait néanmoins à trouver une solution pour extraire l'âme de Jedusor de Harry. De son côté, Hermione n'envisageait pas de tuer Harry pour en être définitivement débarrassé. Mais elle ne voyait pas véritablement d'autres solutions. Ayant un peu plus de recul et de sagesse, Dumbledore lui affirma qu'il existait d'autres moyens et qu'ils auraient le temps de les détailler plus tard. Pour l'heure, ils avaient beaucoup progressés dans leurs recherches. Après 17 ans d'absence, Dumbledore ne croyait pas au retour précipité de Voldemort.

Très aimablement, il raccompagna Hermione jusqu'en bas des marches cachées par la gargouille. Son père l'y attendait en fulminant. C'est à peine s'il accorda un regard à Dumbledore lorsqu'il étreignit sa fille qui ne comprenait pas l'origine de tant d'attention.

- Albus, j'ignore ce que vous avez dit à ma fille là-haut. aboya-t-il très énervé. Mais je ne vous laisserai pas l'embrigader comme vous l'avez fait avec moi, Lily ou James. Hermione fut touchée par cette sollicitude et ses craintes, fort justifiées par ailleurs.

- Papa, je suis grande et je sais prendre soin de moi. fit-elle en plongeant son regard dans le sien. Á cet instant, Sirius ressemblait beaucoup au jeune homme perdu, déboussolé qu'elle avait rencontré en novembre 1981.

- Je te fais confiance. lança-t-il en détournant ses yeux. C'est lui qui m'inquiète. fit-il en désignant Dumbledore qui ne bougeait pas.

Doutant de pouvoir convaincre son père, Hermione salua Dumbledore et guida Sirius jusque dans les escaliers à la quête de leur chambre pour la nuit. Ce dernier n'arrêtait pas ses invectives et ses imprécations à destination de Dumbledore. Il en fit tant que cela dépassa les limites du ridicule et qu'Hermione ne put plus retenir un fou-rire.


63 C'est à partir de la contraction argotique de la phrase qu'est construit le surnom d'Hermione. le cœur solitaire est de venu mouette (single ↔ seagull )