Vous avez de la chance, en raison d'un emploi du temps plus que chargé, cette semaine, la publication est avancée d'une journée !
Je remerci Miss Eliie Evans du prêt qu'elle m'a fait et qui occupe la moitié de ce chapitre.
Bonne lecture !
Chap. 30 : Une question de classe
Tard dans la nuit, il fut décidé que Sirius et sa fille passeraient deux ou trois jours à l'école de sorcellerie le temps pour la jeune fille de s'habituer à l'école avant de s'y rendre, autonome, en tant qu'élève l'année scolaire suivante.
Les dédales de l'école surprirent grandement Hermione. Elle se contentait de suivre son père adoptif dans les couloirs et pensait bien ne jamais retrouver seule son chemin. Les regards surpris, agressifs ou admiratifs que lançaient les élèves sur leur passage gênaient aussi considérablement la jeune fille.
- Je ne peux pas rester ici. Finit-elle par se plaindre alors qu'ils venaient de passer aux côtés d'un groupe de Serpentard.
- Et pourquoi cela petite fille ? s'étonna sincèrement Sirius.
- As-tu remarqué comment ils me regardent ? Ce qu'ils se disent une fois que nous sommes passés ? fit-elle en écarquillant grands les yeux.
- Je croyais que cela ne te préoccupait guère. S'amusa son père adoptif.
La remarque fit mouche et Hermione ne sut que répondre. Elle avait comme principe de ne pas s'inquiéter du regard des autres. Il n'empêchait, le jugement porté par les autres élèves la blessait malgré tout et elle peinait à passer outre. Quand elle s'en ouvrit à son père, celui-ci remarqua que c'était bien une marque de l'adolescence.
- Cela passera. Sourit-il. A quinze ans, et même à vingt, les détails insignifiants ont une place qu'ils ne méritent pas.
- Ce qui revient à dire qu'il faut être vieux et décati pour enfin vivre. Railla la jeune irlandaise.
Sirius reçut assez mal la réplique et lui asséna qu'il n'était pas si vieux, qu'il lui restait encore de belles années devant lui.
- Je n'ai pas encore quarante ans ! s'offusqua-t-il finalement.
- Combien de temps te reste-t-il donc avant cet âge fatidique. Rétorqua Hermione en s'éloignant prudemment.
Le dernier des Black fulminait littéralement. Cette petite peste avait réussi à lui gâcher le plaisir de se trouver dans l'école où il avait vécu tant d'agréables aventures. Heureusement, c'est à ce moment que Remus choisit pour s'approcher d'eux. Il dispersa rapidement les quelques élèves de Serpentard qui se gaussaient des deux visiteurs.
- Sirius, Hermione, je vous cherchais. Sourit-il largement en arrivant auprès d'eux.
- Mon ami ! s'extasia Sirius qui en oublia pratiquement instantanément les raisons de son agacement.
Les deux amis s'embrassèrent rapidement puis Remus se tourna vers Hermione pour la saluer. D'instinct, la jeune fille savait pouvoir avoir confiance en lui. Il s'agissait de l'un des meilleurs amis de son père adoptif. D'ailleurs Sirius avait tenu à parler de lui et de James Potter lors des soirées au square Grimaurd. Donc quoiqu'ils se rencontrassent pour la première fois, Hermione connaissait relativement bien Remus. L'inverse n'étant pas réciproque.
- Bonjour. Se contenta Hermione. Comment pouvait-elle approcher l'un de ses prochains professeurs ?
- Enchanté. Répondit Remus avec un large sourire en serrant la petite main que la jeune fille lui tendait. Il fut néanmoins vaguement surpris par la force de sa poigne.
Passant sur cette surprise, Remus exigea qu'on lui fasse un bilan de la journée. Sans se faire prier, Sirius expliqua par le menu toutes les visites qu'ils avaient effectuées dans l'école. Il prenait un visible plaisir à évoquer tous les coins et recoins de l'établissement. Lorsqu'ils s'y trouvaient pour de vrai, Sirius se montrait même totalement ingérable. Souvent Hermione le comparait à un petit enfant qui montrait ses plus secrets trésors. Elle comprenait aussi que cette période de sa vie était la seule vraiment heureuse qu'il ait eu. Dès leur sortie, Jedusor semait la terreur dans le monde magique et ses meilleurs amis furent tués. Sans l'intervention de sa propre mère, Sirius aurait été accusé à la place de Pettigrew le traitre qui avait vendu Lily et James Potter.
Par conséquent, Hermione se sentait mal à l'aise dans l'école. Elle n'y était pas comme élève, elle visitait le sanctuaire de son père. C'était assez désagréable comme impression.
- Et toi, qu'en penses-tu ? répéta Remus. Hermione, perdue dans ses pensées, comprit qu'on s'adressait à elle.
- C'est très grand. Se contenta-t-elle de répondre. Elle sentait ses joues bruler, et son teint devait virer au rouge. Vraiment, elle ne supportait pas d'être prise en défaut.
Constatant la gêne de la jeune fille, Remus ne put retenir un rire sonore qui fit tressaillir quelques élèves qui se tournèrent vers eux. Hermione déjà contrite se sentit de plus en plus isolée. Elle aurait voulu quitter cette école. Elle y ressentait un paradoxe désagréable. Les lieux la rassuraient, mais l'inquiétaient tout autant. Une menace semblait sourdre doucement et inexorablement.
- Tu devrais peut-être la confier à quelqu'un d'autre. Remarqua Remus le plus sérieusement du monde.
Hermione le dévisagea de ses grands yeux noisette. Il venait de trouver la solution. Elle étouffait sous les souvenirs de son père, elle devait se faire sa propre impression sans être conditionnée par les expériences de quelqu'un d'autre. Elle s'aperçut que le professeur paraissait plus vieux que son ami, plus misérable et fatigué aussi. Pourtant, ils avaient le même âge. Pourtant, il émanait de lui une impression de force contenue, une force terrifiante. Le contraste entre la bonté qu'il affichait et le potentiel effrayant dont il disposait intriguait la jeune fille.
- Je constate que tu n'as pas expliqué à ta fille mon « petit problème de poil ». remarqua Remus dans une grimace.
- Pourquoi l'aurais-je fait ? s'étonna Sirius.
- Parce qu'elle essaye de comprendre toute seule. Ricana Remus. Sirius ouvrit de grands yeux visiblement il ne parvenait pas à croire son ami.
- Personne ne peut deviner ça ! s'étouffa-t-il.
- Vous êtes « Lunar ». s'extasia Hermione. J'aurais dû le remarquer tout de suite. Acheva-t-elle en se cognant le front de la paume de la main.
Les deux hommes se dévisagèrent surpris. Et la questionnèrent instantanément sur les origines du surnom employé. Hermione réfléchit le plus intensément qui lui était possible. Pour une fois il semblait qu'elle puisse retenir les fils de sa pensée.
- Je sais que Papa est « Patmol », James était « Cornedrue ». Elle marqua un silence comprenant qu'elle venait d'évoquer un peu rudement la mémoire d'un être cher.
- Continue. Grimaça Sirius qui paraissait un peu marqué.
- Donc il reste « Lunar » et « queuedever ».
Elle regarda les deux hommes d'un regard de triomphe. Sirius resta estomaqué par les yeux de la jeune fille. Elle ne se ressemblait pratiquement plus. Quelque chose en elle s'éveillait. Elle en était d'autant plus belle à admirer.
- Je vous vois mal en tant que « queuedever ». marmonna Hermione. Je ne sais pas pourquoi.
- Parce qu'il est à Azkaban. Ricana Remus. Il faudrait remercier ta mère pour cela d'ailleurs.
Hermione sourit largement. Le détachement de Remus lorsqu'il avait évoqué cette idée était réconfortante. Enfin, elle rencontrait quelqu'un qui ne larmoyait pas sur la mémoire de sa « mère ».
- Donc vous êtes « Lunar ». Conclut Hermione. Cela, c'est un des très rares souvenirs qu'il me reste.
- Et que signifie-t-il ? s'inquiéta Remus.
Hermione souleva haut ses sourcils. La question était pertinente et elle n'avait pas de réponse à fournir. Elle ne s'en était pas préoccupée et de ce fait elle se trouvait à nouveau prise en défaut. Diable qu'elle détestait cette impression. « Réflexe de première de la classe » aurait raillé Ginny si elle avait été à ses côtés. Hermione pestait contre elle-même. Il était vraiment stupide de n'avoir que des extraits de souvenirs. Elle ne parvenait pas à donner de la cohérence à l'ensemble. Elle s'en sentait d'autant plus stupide.
Devant la mine déconfite de la jeune fille, Remus invita ses amis à rejoindre son bureau. Lorsqu'ils y furent rendus, le professeur de défense contre les forces du mal entreprit d'expliquer son cas à la fille de son meilleur ami.
- Sirius, James et Pettigrew sont des animagus. Expliqua-t-il. Ils l'ont fait pour mon « petit problème de poils ». s'amusa-t-il.
- Je ne comprends pas. Murmura Hermione.
- Ce que Remus veut dire, c'est qu'il a un léger souci avec la Lune.
Hermione dévisagea Remus, elle comprenait. Comment avait-elle pu être aussi stupide ?
- Vous êtes un loup-garou ! s'écria-t-elle enfin.
Les deux hommes acquiescèrent sans peine. Hermione restait bouche bée de constater que l'école de sorcellerie la plus réputée emploie un loup-garou. L'ouverture d'esprit de Dumbledore la surprenait grandement. Le directeur accroissait considérablement son prestige à ses yeux. La jeune fille fit dériver la conversation sur les souvenirs des deux hommes. Elle voulait comprendre depuis quand ils étaient ainsi, comment ils avaient fait.
- Ceci dit, je confirme ce que je disais tout à l'heure. Trancha soudain Remus.
- Que ? s'étonna Sirius.
- Il faudrait que je visite l'école avec un autre guide. Sourit Hermione.
- En effet, tu ne peux rester dans l'ombre de nos souvenirs. Continua Remus. Ce n'est pas sain.
Prestement, bien plus rapidement que son allure ne le laissait présager, Remus traversa le bureau, ouvrit sa porte et jeta un coup d'œil dans le couloir.
- Lovegood ! cria-t-il. Venez donc par ici !
On n'entendit pas la réponse mais au bout d'un moment, une jeune fille aux cheveux d'un blond sale et aux grands yeux gris-bleus, pénétra dans la pièce. Le monde semblait extérieur à son existence. Elle se déplaçait avec nonchalance et légèreté, voire une certaine absence. D'un regard croisé, Hermione fit le parallèle entre la nouvelle venue et son père. Aussi fous l'un que l'autre, fut sa remarque. Seulement, pour l'un c'est plus visible. Hermione, par politesse, retint un éclat de rire, mais son père ne put pas ne pas remarquer son hilarité.
- Plutôt que de te moquer, essaye de dépasser le stade de l'apparence. Cracha-t-il un peu durement. C'est ce que nous avons fait avec Remus. Conclut-il doctement.
Hermione sentit l'extrémité de ses oreilles chauffer légèrement ce qui montrait indiscutablement que Sirius avait raison. Elle s'exécuta donc et tendit une main cordiale en direction de Luna. Les deux jeunes filles se présentèrent l'une à l'autre et un silence pesant se fit. Visiblement les deux hommes ne voulaient pas intervenir.
- J'ai besoin que quelqu'un me montre le château. Tenta Hermione.
- Peut-être que je ne suis pas la meilleure personne. S'offusqua Luna. Je me perds tout le temps.
- Mais tu es élève ici. Remarqua Hermione avec surprise.
- Ne te moque pas ! Tu connais mieux l'école que moi ! trancha Luna.
- Et pourquoi ? s'étonna Hermione.
- Tu connais les professeurs et Monsieur Black t'a déjà longuement fait visiter.
- Et toi tu ne te promène jamais ? s'inquiéta Hermione.
- Je suis l'inspiration du moment, et je me moque de me perdre. Trancha Luna comme s'il s'agissait d'une évidence.
- Et bien nous serons deux. Rit gaiement Hermione
Finalement, il y avait de l'humour caché dans l'attitude de la jeune Lovegood. Après une inspection complète, Luna rendit à son tour son propre jugement. Elle confirma qu'elle prendrait beaucoup de plaisir à se perdre avec Hermione. L'accord de principe étant acquis, les deux jeunes filles prirent congés des deux hommes. Au moment où la porte se refermait derrière elles, Hermione entendit son père s'adresser à Remus.
- Tu es sûr de ton choix ?
« §§§ »
La journée qui suivit fut occupée par une découverte autrement plus amusante du château. Les deux jeunes filles erraient sans vraiment s'inquiéter de l'endroit où elles pouvaient se trouver. Luna expliquait Merlin savait quelles élucubrations sur les origines des passages, sur la présence d'un invisible bestiaire. Tout cela avait un peu surpris Hermione, puis elle s'était habituée. Elle comprenait que Luna se protégeait derrière ces ridicules comportements.
Prise au jeu, Hermione intégrait les codes de la jeune Lovegood. Et, paradoxalement, elles s'amusaient beaucoup. Tout ce qui les entourait prenait un accent ludique nouveau. Le regard des élèves était toujours aussi désagréable ou inquisiteur, mais cette fois ce n'était pas pour ce qu'Hermione avait fait lors des duels.
Certains essayaient de séparer Hermione de son guide. De quelques mots polis, elle expliquait que Luna était une amie surprenante, mais une amie tout de même. Dans ces conditions, elle ne voyait pas pourquoi elle se passerait de sa présence.
Au cours de cette journée, Hermione fut néanmoins surprise de la sagacité de Luna. Elle pouvait caractériser en quelques mots les élèves qu'elles croisaient. Un brin de causerie permettait à Hermione de valider presque à coup sûr les avis de sa camarade. L'idée d'une loufoquerie de façade se confirmait nettement. On pouvait avoir confiance en Luna. Le constat surpris Hermione mais finalement, comme son père l'avait dit, il fallait dépasser les premières impressions pour vraiment connaître les gens.
Par ailleurs, Luna montra à Hermione des passages secrets très bien dissimulés, en général pratiquement indécelables. Devant les remarques admiratives d'Hermione Luna se défendait en affirmant que les élèves de Serdaigle se démarquaient par leur aptitude à réfléchir. Elle avait découvert les passages à force de concentration et de recherche d'indices. Hermione en restait stupéfaite.
Qui plus était, ces passages étaient fort peu empruntés et leur permettaient de gagner un temps considérable. Le plan mental de l'école qu'Hermione tentait de se construire était malheureusement mis à mal par ces passages. Dans ces conditions, elle se contentait de construire des points de repère. Elle espérait que ce serait suffisant dans les premiers temps de son acclimatation.
Le soir à la table du repas, Sirius et Hermione dînaient toujours dans l'ancienne maison du père adoptif de la jeune fille, Ginny proposa à la jeune irlandaise de venir les voir jouer au quidditch. Hermione n'eut pas le temps de répondre que son père l'avait déjà fait pour elle. Il s'était montré tellement enthousiaste qu'elle n'avait pas eu cœur de se dédire. Néanmoins, elle prit la peine de se lever pour prévenir Luna qu'elle devait remettre la visite des serres et des cachots prévus pour le lendemain. Luna se trouva surprise et émue de la prévenance d'Hermione.
- Personne n'est aussi gentil. Remarqua Luna simplement.
- C'est normal, nous avions des projets. S'étonna Hermione.
- D'habitude, on ne me prévient jamais. Continua la jeune fille de son air absent. Tu subis une attaque de joncheruines ? s'étonna finalement Luna.
Hermione éclata de rire et lui affirma quelle n'était la victime d'aucun espèce d'attaque. L'affaire fut close le temps de le dire et Hermione retourna à sa table d'excellente humeur. Elle convint avec Ginny d'un rendez-vous pour le lendemain.
« §§§ »
Le matin étirait doucement les lambeaux de brume. Un doux matin d'été chassait tranquillement l'ombre de la nuit. Ce n'était qu'une question de temps, malheureusement. Les rayons du soleil traversaient péniblement une masse sombre qui augurait d'une mauvaise journée. S'il ne faisait froid, il ferait humide. Les joueurs de quidditch de Griffondor en prirent leur parti, et se dirigeaient suivit d'un maigre cortège de supporteurs, vers le terrain d'entrainement.
La veille au soir, une jeune fille était venue se présenter à l'école et avait vaincu les deux grands héros d'Hogwarts. Cela avait créé un peu de bruissement dans les couloirs. Après une soirée agréable, les deux invités avaient été reçus dignement dans un dortoir de Serdaigle vidé pour eux. Pour le reste, la vie continuait comme si de rien n'était. Á cette heure, le vaincu de la veille était pratiquement seul sur les gradins du stade de Quidditch.
S'installer là le samedi matin, jour d'entraînement était devenu une habitude sans qu'il ne s'en rende bien compte. Qu'il pleuve ou qu'il vente, Drago Malefoy allait espionner les entrainements des joueurs de Griffondors.
Il l'avait d'abord fait parce que Flint avait exigé qu'il soit un peu utile pour son équipe. Malgré les luxueux dons de son père à l'équipe, Drago n'avait jamais pu vaincre son ami Harry. Ce qui prenait des allures de combats de franche camaraderie n'était pas moins vexant pour le jeune homme. Quoi qu'il advenait, il restait dans l'ombre du grand Harry Potter. Il en avait d'abord conçu un peu de mortification, puis finalement s'était résigné à obéir à son capitaine. Là ou dans son lit, il ne serait pas moins seul. Tous les samedis il s'installait aussi confortablement que possible sur les gradins un peu raides du terrain d'entraînement. Autant dire qu'il n'y prenait guère de plaisir.
Puis il avait continué pour le plaisir de voir Ron Weasley blêmir. Chaque fois que le rouquin manquait un souaffle et qu'un but était marqué, Drago ne se gênait pas pour manifester sa présence. L'ironie se lisant sur le visage du jeune Malefoy suffisait à faire taire le gardien de Griffondor. Il prenait un plaisir simple à ces basses méchancetés. Pourtant, cela ne lui procurait guère qu'une jouissance immédiate rapidement dissipée. Enfin, il restait pour s'amuser à postériori des mimiques outrées de Ronald « traitre à son sang » Weasley.
Pourtant, aujourd'hui il ne savait plus aussi bien expliquer pourquoi il le faisait. Installé sur son banc habituel, il regardait le ciel d'un air absent. Il pleuvait et seul ressortait les deux crinières rousses des Weasley sous la pluie. Drago soupira. Il n'aimait définitivement pas la pluie alors pourquoi était-il là ?
Il reporta son attention sur le terrain, ne voulant pas se questionner plus. La plupart des joueurs ne se donnaient même plus la peine de venir lui dire de partir. Même Weasley cadet ne lui adressait plus un regard, fatigué par l'habitude. Les vagues moqueries de Drago n'avaient plus d'effet sur son jeu et les deux protagonistes avaient fini par se lasser de ce jeu stérile.
Seule la sœur le toisait encore et toujours un long moment avant de commencer à jouer. La furie rousse faisait chanceler les certitudes de Drago. Elle le dévisageait avec passion, comme pour lui dire « prends garde à toi, je te surveille ». Il savait qu'elle ne le sous-estimait pas et la voir sur ces gardes le mettait encore en joie. Elle lui reconnaissait un pouvoir de nuisance mais elle ne le surestimait pas non plus. Elle n'y réagissait jamais bêtement. Ce qui tranchait tant avec son frère aîné et intriguait d'autant plus Drago. Cette opposition ferme et radicale la rendait tellement plus amusante lorsqu'elle finissait par craquer.
Quand avait-il cessé de l'insulter ? Il ne l'avait jamais vraiment fait, se contentant d'une froide indifférence la plupart du temps. L'attaquer aurait été stupide, il lui connaissait pas vraiment de failles. Et sa capacité à employer le sort de « chauve-furies » avait largement dépassé les limites du dortoir de Griffondors. Á vrai dire Drago savait trouver en elle un adversaire à sa mesure. Mais il ignorait encore comment à convaincre de s'attaquer à lui. En conclusion Ginny Weasley ne le gênait pas vraiment.
Pourtant depuis quelques temps, elle avait envahi sa vie. Elle était partout. En face de lui pendant les matchs de Quiddich, fourrée avec Hermione Black à la bibliothèque. Il craignait la rentrée suivante car il imaginait sans peine que sa cousine serait sinon dans sa maison, au moins dans sa classe. Il voyait déjà Weasley l'attendant à la fin de leur cours communs, à lui et à Black.
Elle le poursuivait même sous la pluie, alors que les joueurs de Griffondors n'étaient plus que des silhouettes indistinctes. Mais il la voyait si souvent jouer qu'il connaissait par cœur la manière de bouger de son corps et il pouvait encore la visualiser, aujourd'hui, sous cette pluie battante.
Malgré la pluie, il la voyait sur son balai, fière en toute occasion. Son maintien droit quand son corps solaire s'élevait dans l'azur du ciel, aimanté par le souaffle. En amateur avertit de jolies choses il avait bien vu qu'elle avait une certaine classe. Il lui reconnaissait au moins cette qualité pourtant si typique des standards sang-purs que les Weasley semblaient avoir oubliés. Elle était maitrisée contrairement à son frère. Puissante et autoritaire comme seules savaient l'être les femmes sang-pures du rang de Narcissia, sa mère.
Dans un autre contexte, sans ce courage qui la poussait à prendre des risques inutiles, elle aurait surement fait une parfaite élève de Serpentard. Contrairement à sa cousine Black, les conflits entre sangs purs et sangs de bourbe ne la concernait que s'ils touchaient ses proches, familles ou amis, du moins il le supposait. C'était simplement reposant de la voir vivre sans se poser de question. Lui devait sans cesse s'assurer de la pertinence et de la justesse de ses choix. Les idéaux sang-purs devant être défendus chaque jour face à une société déclinante qui avait mis Albus Dumbledore, amoureux des sangs de bourbe, à la tête de Poudlard.
Les sang-purs depuis Jedusor menaient une guerre contre l'abâtardissement de leur monde. Mais cette guerre permanente le fatiguait, ce qui faisait bien rire Harry qui se contentait de défendre uniquement son intérêt. Harry n'était pas de sang pur et il ne pouvait pleinement comprendre l'implication entre les contraintes d'un art de vivre et l'orgueil qui pouvait en être retiré. Être de sang pur, cela se mérite chaque jour. Du moins, c'est ce que son père et sa mère ne cessaient de répéter. Il aurait aimé, rien qu'un instant ne plus avoir à faire ces efforts là pour défendre les sang-purs et pouvoir se préoccuper que de lui et de ce qui lui importait, comme Ginny avait le droit de le faire.
Drago se prit la tête dans les mains, même les matchs de Quiddich complètement désespérants des Griffondor n'arrivaient plus à le distraire de son lourd fardeau de sang-pur. Au lieu de prendre plaisir à voir ces imbéciles tenter de ressembler à de vrais joueurs, il en revenait à considérer l'état de liberté de cette jeune rouquine. De quoi était-elle libre d'ailleurs ? De se voir mal considérée par le reste des sorciers ? De ne plus appartenir à aucune coterie et de ne pas pouvoir espérer faire un mariage brillant. Ce qu'il aurait lui, évidemment ! Et pourtant, il enviait cette situation. Elle pouvait faire des choses, avoir des choix qu'il ne pouvait se permettre d'avoir. Il l'enviait et cela lui ôtait tout goût pour les piètres acrobaties des Griffondor.
Ne voyant pas l'utilité de rester dans ces conditions, il se leva sans un mot, déjà pressé de rentrer dans la grande salle pour y retrouver de la chaleur. Sans le savoir, Ginny Weasley avait réussi, il ne retournerait plus voir les matchs de Quiddich des Griffondor.
Ce jour-là pas une personne de l'équipe de quidditch de Griffondor ne le vit rentrer au château. Mais deux personnes s'aperçurent de l'absence de Drago dans les gradins. En effet, Ginny Weasley bien que soulagée, fut un peu étonnée de ne pas voir la longue silhouette de Malefoy dans un coin des gradins quand elle se rendit aux douches. Et Harry Potter ne comprit pas quand il vit son meilleur ami quitter son banc pour rejoindre la salle commune des Serpentard. Pourtant, il avait l'habitude de rester épier les joueurs de Griffondor. Plus tard dans la journée, lorsqu'ils se croisèrent à nouveau, il posa bien quelques questions mais elles restèrent sans réponse.
Pourquoi Drago Malefoy avait-il renoncé à voir ces matchs de Quiddich ?
Un peu plus haut dans les gradins, Hermione Black regardait les joueurs s'évertuer à attraper ou lancer les projectiles du quidditch. Elle qui n'avait pas souvenir d'avoir déjà observé ce genre de jeu restait un peu perplexe sur l'intérêt de la chose. Néanmoins, elle avait accédé à la demande de son père de venir voir Harry. Ceci fait, elle n'avait pas tellement envie de rester plus longtemps. La seule chose qui la faisait rester était la présence d'une ombre falote sur un banc à l'autre bout des gradins. Jamais elle n'aurait imaginé y trouver Drago, c'est pourquoi, lorsqu'elle se leva, elle fit de même, trouvant là une bonne excuse pour s'éclipser sans remords.
La jeune irlandaise emboîtait le pas à Drago et l'entendait marmonner pour lui-même des imprécations concernant le sang-pur, l'appartenance à une classe supérieure.
Arrivés à l'abri de l'école, Hermione prit son courage à deux mains et tenta de s'approcher de celui qui la précédait et qui semblait dévorer du regard la jeune batteuse de l'équipe de Griffondor.
- Et toi ! lança-t-elle faute de mieux.
Drago se tourna doucement visiblement intrigué de savoir qui avait l'outrecuidance de l'interpeler ainsi. Il stoppa net et se tourna vers l'inopportune.
- C'est donc toi ma cousine. Se contenta-t-il de répondre.
- Je voulais m'excuser pour hier. Sourit Hermione en tendant une main amicale qu'il dédaigna sans vergogne.
- Inutile, j'ai perdu et cela n'a pas d'importance. Nous sommes de la même famille et personne ne saura se moquer.
- Pour qu'elle raison se moqueraient-ils ? s'inquiéta Hermione.
- Imagine que nous soyons vaincus par des sang-de-bourbe. Cracha le jeune homme, je ne saurais pas retourner chez moi.
Hermione le dévisagea un peu surprise de cet instinct de préservation sociale. En tant que sang-pur elle comprenait et acceptait les codes, mais elle n'en faisait pas tant une sempiternelle question d'honneur.
- Je peux te demander ce que tu faisais là à regarder jouer une équipe qui n'est pas la tienne ? tenta la jeune fille.
- Tu ne le peux pas. Trancha Drago méchamment.
- Si Sirius ne m'avais pas prévenu, j'aurais cru que tu venais expressément pour une certaine rouquine. Gouailla Hermione avec l'espoir d'obtenir le vrai en prêchant le faux.
Drago la dévisagea un moment avec étonnement et un peu d'ironie.
- Cette fille ? Laisse tomber Hermi. Sourit-il.
- Oublie le surnom stupide et expliques-toi. Grimaça la jeune irlandaise.
Le jeune homme s'amusa un instant du surnom qu'il venait d'octroyer à sa cousine. Ce n'était décidemment pas conforme aux usages de leur classe. Pourtant, elle l'avait vaguement toléré un instant. Décidément, cette fille venue de nulle part risquait bien de lui causer plus de problèmes que prévu.
- Ce qui a eu lieu et est mort ressuscite rarement. Ricana Drago finalement avant de s'élancer dans le couloir d'un pas qu'Hermione trouva un peu trop rapide.
Hermione d'un geste instinctif tenta de le rattraper puis s'arrêta devant l'inutilité de son geste. Elle avait sa réponse et se trouvait de ce fait encore plus démunie qu'elle ne pouvait l'être l'instant d'avant. Savoir est un fardeau parfois lourd à porter.
Tentant d'oublier ces pensées, la jeune irlandaise pris le chemin de la grande salle. Il lui fallut de longues minutes et demander quatre fois son chemin avant d'y parvenir. Mais elle y arriva la conscience en paix, vidée du souvenir de Drago et en ayant hâte de retrouver Ginny, ou Sirius.
