Chap. 35 : Moebius.

L'avant-veille de la réception en l'honneur des 17 ans de Harry, Hermione décida de se rendre au manoir où vivait sa grand-tante adoptive, Jane Olliver. La jeune irlandaise se sentait de plus en plus mal à l'aise chez Sirius et chez les Weasley. Le sentiment de ne pas être à sa place qui avait disparu au cours du mois de mai revenait, plus insistant.

Plutôt que de passer par la grande entrée, Hermione enjamba les taillis de l'allée principale pour rejoindre les arrières du manoir. Elle avait le secret espoir de rencontrer tante-Jane à l'extérieur, jardinant ou se promenant dans le parc. Sans véritable surprise, elle aperçut une forme voutée et manifestement très âgées penchée sur un massif de dahlias. La vieille dame ne ressemblait pas à l'idée que l'on se faisait d'une femme richissime, vêtue de sa vieille robe verdâtre usée et rapiécée qu'elle ne conservait qu'à cet usage. Souvent Tante Jane disait que le plus dur n'était pas de devenir riche, mais de le rester. Elle vivait donc assez chichement en faisant bien attention à ses dépenses et en économisant sur l'inutile. En contrepartie, elle avait du personnel qu'elle payait grassement. Elle considérait qu'elle devait bien cela à la communauté. Fournir un emploi était pour elle le don le plus gratifiant qui puisse être fait. Hermione ne savait pas comment ni où, mais elle avait déjà été exposée à cette idée et, finalement, considérait que ce n'était pas idiot.

Ce jour-là, Jane Olliver vit arriver au manoir une jeune fille très déprimée. Les salutations qu'elles échangèrent lui permirent de mettre à l'aise la jeune fille. Aux yeux de la vieille dame, Hermione était jeune et puissante, fragile aussi. La jeune irlandaise était amnésique, perdue. Sirius et Jane, tous deux sans famille, avaient facilement accepté cette jeune fille auprès d'eux et ils en étaient particulièrement satisfaits. Progressivement, Hermione avait trouvé sa place dans la famille Black et tout semblait aller pour le mieux. En voyant revenir Hermione ce matin-là, Jane savait qu'elle aurait du travail.

Hermione expliqua ce qui l'amenait. Comme l'avait deviné la vieille dame, elle était bien plus âgée qu'elle ne l'imaginait. Pour discuter dans de meilleures conditions, tante-Jane proposa à Hermione de marcher tranquillement dans le parc pendant que le personnel de service dresserait une collation dans le kiosque. Le majordome prit les commandes de sa patronne et demanda des précisions sur le kiosque concerné.

- Madame souhaite s'installer dans le kiosque japonais ou celui de l'étang ? fit-il d'une voix monocorde de professionnel sérieux. Tante Jane eut un regard pour Hermione avant de se décider.

- Celui de l'étang est en meilleur état il me semble Nigel.

- En effet madame. répondit le majordome. Doit-on organiser la réfection du kiosque japonais ?

- Par Merlin, Nigel, je serais morte avant qu'ils aient fini de refaire cette partie du parc. s'amusa la vieille femme. Le majordome sourit discrètement à cette indication. Manifestement, elle y avait souvent recours et devenait une boutade entre son personnel et elle. Hermione fut moins enthousiasmée par la remarque de la vénérable vieille dame.

- Je ne serais bientôt plus là. fit Jane en posant sa main sur le bras d'Hermione. Et il ne faut pas s'en peiner pour autant. C'est la vie qui ainsi faite. acheva-t-elle avec un large sourire.

- Et puis, je n'ai pas l'intention de partir tout de suite. affirma-t-elle enfin, ce qui rendit le sourire à Hermione.

Les deux femmes s'éloignèrent donc du manoir pour faire le tour du parc en attendant que leur collation soit servie. Tante Jane fit une description détaillée de chaque bosquet, de chaque parterre, citant par qui et quand ils avaient été plantés, structurés. Hermione était soulagée de deviser d'autres choses que de détails personnels. Mais toutes les bonnes choses ayant une fin.

- Si tu me disais ce qui t'amène ? demanda soudain la vieille dame.

- D'après l'auror, j'aurais 21 ans. soupira Hermione.

- Rien de plus que je ne t'ai dit la première fois que nous nous sommes rencontrées. admit la vieille dame. Mais, à la réflexion, je dirais plutôt 25 ans.

- Merci de me remonter le moral. grimaça Hermione. Tante Jane sourit.

- Á cause de cela, tu t'inquiètes de ta filiation. continua-t-elle sagace.

- Je ne peux pas être la fille de Sirius. scanda Hermione.

D'un geste tendre l'aïeule fit s'assoir la jeune fille à ses côtés. Elle proposa un mouchoir en dentelle à la jeune irlandaise pour qu'elle puisse faire disparaitre les larmes qui commençaient à couler. Pour la rassurer, tante Jane rappela que les documents qu'Hermione et Sirius avaient signés ne pouvaient pas être détruits sans son accord. Jusqu'à nouvel ordre, la jeune fille resterait l'enfant légitime du dernier des héritiers de la famille Black.

- Et s'il n'est que question d'héritage. continua Jane Olliver. C'est ton nom qui apparait sur mon testament.

- Avec un sort de reconnaissance ? s'enquit Hermione. Ce qui fit sourire la vieille dame.

- Tu n'oublies pas de réfléchir. C'est une bonne habitude ! fit-elle en souriant.

Elle reconnut avoir demandé que le nom de la jeune fille soit ensorcelé de façon à ce qu'il apparaisse selon sa forme usuelle et non réelle. Ainsi, Hermione serait toujours reconnaissable, quel que soit le nom qu'on utilisa pour la désigner. Cependant, si Hermione ne retrouvait pas la mémoire, elle ne serait pas plus avancée. La jeune fille resta songeuse un moment. L'idée de devoir perdre l'affection de tante Jane lui était pénible et pria pour que la lecture du testament soit la plus tardive possible.

- J'ai déjà entendu parler de ce genre de sortilèges. souffla la jeune fille.

Á ses côtés, tante Jane ne chercha pas à la faire parler. Elle savait parfaitement que cela ne servirait à rien. D'ailleurs, elle pensait même que c'était encore pire de tenter de faire surgir ces souvenirs aux forceps. Impassible, souriante, la vieille lady laissa sa main parcheminée sur le genou de son arrière-petite-nièce-adoptive, et héritière. La chevalière que portait tante Jane à l'annulaire gauche attira l'œil d'Hermione. Les armes qui s'y distinguaient étaient celles des Blacks, écartelées pour faire une place aux Olliver. La jeune fille eut l'impression de glisser et de plonger vers cette pièce d'orfèvrerie. Hermione bascula sur l'herbe, inanimée. Très inquiète, tante Jane se leva avec précaution, vérifia les signes vitaux et s'élança vers le manoir.

Quelques minutes après, la jeune irlandaise reposait dans le grand salon du manoir, délicatement installée sur une confortable causeuse. Visiblement, les femmes de la famille aimaient prendre leurs aises pour converser. Hermione n'allait pas s'en plaindre. En ouvrant les yeux, elle aperçut sa grand-tante qui avait à présent un visage crispé, inquiet. Derrière elle, égal à lui-même et surtout à sa fonction, le majordome tenait un plateau portant une bouteille de bière-au-beurre et du whisky-pur-feu. Un autre sorcier se tenait aux côtés de tante Jane. Portant une robe blanche, Hermione en déduisit qu'il s'agissait d'un médicomage. Elle allait protester qu'elle se sentait parfaitement bien mais la voix chaude du professionnel de santé lui intima de rester couchée encore un moment. Il prit un air contrit avant de reprendre la parole.

- Je suis navré de vous l'apprendre madame, mais votre nièce n'est pas enceinte. fit-il à Miss Olliver. Hermione ouvrit de grands yeux et chercha où elle avait pu laisser sa baguette en tâtonnant autour d'elle. La jeune irlandaise était bien trop estomaquée par la remarque qu'elle ne chercha même pas à la faire revenir en planant. En face de la jeune fille, Jane Olliver se retint de rire.

- J'aimerai voir ça ! cria Hermione. Enceinte moi ! De qui, aurait dût être la question suivante. Mais l'image de Ron passa devant ses yeux, coupant toute velléité de discussion.

- Docteur, il n'était pas question de cela, mais d'un malaise impromptu. trancha Jane.

- Bien sûr, bien sûr. balbutia le médicomage qui se rendait compte de son manque de tact. D'un point de vue purement médical, je n'ai rien à signaler. Votre nièce est en parfaite santé, à l'exception de cette cicatrice. acheva-t-il en désignant l'estafilade sur la joue gauche de la jeune fille.

- Un sort mal placé. répondit Hermione en passant les doigts dessus.

N'ayant rien à ajouter ou à prescrire pour améliorer l'état de sante tout à fait satisfaisant de la jeune fille, s'excusant de sa maladresse, le médicomage prit congé. Le majordome escorta l'homme jusqu'à la sortie. Et, Hermione le devinait, payait la consultation.

- Quel goujat. trancha Hermione dès que la porte se fut refermée sur lui.

- Les femmes ont souvent leur premier enfant dès 19 ans, et tu en as presque 25. Fit doucement tante Jane comme si elle parlait de la météo.

- Ça, c'est à prouver. coupa l'irlandaise encore un peu fâchée.

- Si tu expliquais pourquoi tu t'es évanouie. reprit la vieille dame. Je pense que nous pourrions en apprendre un peu plus sur ton passé.

Hermione en convint, mais, malgré ses efforts, elle ne parvenait pas à se remémorer les raisons de son étourdissement. Cela avait un rapport avec le testament de sa tante. Le sort de discrétion posé sur les documents officiels par les notaires avait évoqué quelque chose. Quoi, elle était encore incapable de le dire. Le majordome revint dans la pièce et proposa des rafraichissements aux deux femmes. Comme à son habitude, tante Jane accepta une tasse de thé, un oolong fumé préparé spécialement pour elle. Préparation qu'Hermione trouvait un peu trop âcre à son goût. Négligeant le thé, elle demanda un jus de fruit. De deux claquements secs, Nigel fit venir une femme de chambre qui prit les commandes et retourna en cuisine. Parfaitement dans son rôle, le majordome demanda s'il fallait tirer les rideaux et ceci fait recula se cacher dans un coin de la pièce, prêt à intervenir à la moindre sollicitation.

En attendant leurs boissons, Jane et Hermione discutèrent de choses et d'autres. Essentiellement axées autour de la maternité. La vieille dame avait évidemment une expérience que n'avait pas la jeune fille qui admettait sans scrupules ne pas être pressée de fonder une famille. L'absence de souvenir n'était pas le moteur idéal pour marier les jeunes filles s'amusa Hermione. Enfin, les boisons furent apportées et Nigel débarrassa la femme de chambre de son plateau pour faire le service lui-même. Il prenait cette tâche comme un privilège. Se penchant vers Hermione.

- Votre jus d'oranges pressées. fit-il obséquieux. Devant l'absence de réponse de la jeune fille, il insista. My lady ?

- Derrycarna. répondit Hermione en se passant la main sur les yeux. L'information revenait de très loin. Sans nuls doutes, la chevalière de sa tante avait provoqué la réminiscence de ce détail. Á présent, Hermione reconnaissait parfaitement les armes de Derrycarna qu'elle apposait systématiquement sur les parchemins officiels.

- Qu'est-ce madame ? reprit le majordome imperturbable. Un cocktail ? Nous pouvons le faire préparer à vos souhaits.

- Non. coupa Hermione. C'est…

- Le nom de ta ville d'origine ? s'enquit Jane.

- Il semblerait. fit la jeune fille sans qu'elle en soit certaine. En tout cas, c'est important.

La vieille dame prenait un air très satisfait. Les choses bougeaient beaucoup aujourd'hui. C'était bon signe, peut-être que sa jeune nièce retrouverait rapidement la mémoire. Hermione trouvait étonnant que cette partie de sa mémoire lui soit revenue au travers des armes de la famille puis sur la mention de "my lady". Mais il n'y avait pas de noblesse au sein du monde magique.

- Il n'y a pas de noblesse en Angleterre. intervint Nigel. Cependant, dans mon pays, il y a des sorciers désignés par le titre de chevalier.

- Chevalier d'Arthur de premier rang, lady of Derrycarna. énonça Hermione sans y prendre garde. Le majordome sembla se décomposer.

- C'est là le nom de madame Dietrich ! se scandalisa Nigel.

- Je croyais Seagull avait disparu le 5 janvier 1984. s'étonna tante Jane qui n'avait manifestement jamais entendu parler de Benedict Dietrich.

- Je suis navrée Nigel. Fit Hermione rougissante. Je ne contrôle pas ce genre de remarque. J'ai croisé récemment Miss Dietrich, cela a dû influencer mon subconscient. S'excusa la jeune fille.

- Comme vous êtes irlandaise, je pense que ces informations vous ont été apprises dès l'enfance. compatit la majordome condescendant.

- D'après une de mes amies, elle est d'abord une menteuse. Tenta Hermione sans mettre suffisamment de diplomatie. Nigel s'empourpra et se retint visiblement, avec un succès indéniable, d'injurier copieusement la blasphématrice.

Il expliqua qu'une majorité de gens accordaient le bénéfice du doute à Benedict Dietrich lorsqu'elle affirmait être Seagull. Les irlandais aimaient savoir que leur héroïne vivait encore parmi eux. Cependant, d'autres doutaient qu'elle soit ce qu'elle avançait. Hermione concéda que ce ne serait pas la première fois qu'elle entendrait parler de ce genre de manipulation. Elle avait le souvenir d'un certain Gilderoy Lokhart qui avait la même manie. Tante Jane eut une exclamation étouffée. Que l'on dise du mal du charmant Lokhart lui paraissait déplacé et mal venu.

- Pourtant, ma tante, je puis vous assurer qu'il n'a jamais réalisé la moitié de ce qu'il a écrit. trancha fermement Hermione.

- Et pourquoi en êtes-vous aussi absolument certaine ? glissa narquoise Jane Olliver, sachant pertinemment que la jeune fille n'aurait pas les éléments de réponse. Du moins, elle le croyait.

- On me l'a dit. répondit Hermione sentant douloureusement un souvenir s'imposer. Quelqu'un en qui j'ai pleinement confiance. Un ami. ajouta-t-elle.

Pour la première fois, elle contrôlait une résurgence de sa mémoire, mais par Merlin ce que c'était désagréable. Ce le fut encore plus lorsqu'un visage souriant, aux yeux verts et aux cheveux en bataille s'imposa. L'ami en qui Hermione avait confiance, c'était Harry Potter. La plus improbable des réponses. Hermione décida de taire ce nom. La vision passée, la jeune fille se détendit et affirma ne pas être parvenue à voir de qui il pouvait s'agir.

Comme Hermione faisait preuve d'un instinct très affirmé, personne ne doutait plus de sa sincérité. Le majordome qui, en tant que mâle, était moins concerné par Gilderoy Lokhart que les femmes présentes trouvait dans le soutien d'Hermione à sa thèse un réconfort certain. Pour lui, Seagull avait disparu au cours d'une mission pour le ministère.

- En septembre 1984. Commença-t-il. Notre héroïne avait été envoyée en mission en France sous la protection du leader Denis Fein. Hermione sursauta à la mention de ce nom, elle l'avait déjà entendu. Mais puisqu'il s'agissait d'un héros de la guerre civile, ce n'était pas très étonnant.

- Que s'est-il passé ? s'enquit sa patronne également très intriguée.

- On dit qu'un dragon les a attaqués et que personne n'a survécu. se désola Nigel.

Les deux femmes eurent une exclamation d'horreur. Utiliser des dragons contre d'autres sorciers appartenait surtout aux manies d'un certains mage noir. Et, en 1984, il était déjà mort depuis longtemps. Hermione n'avait jamais pensé que ses partisans pouvaient avoir prolongé ses pratiques bien après sa disparition. Pour elle, tous les mange-morts s'étaient comportés comme les Malefoy, s'étaient cachés, dissimulés à la vindicte générale, penauds et heureux de ne pas finir à Azkaban.

De son côté, Jane Olliver était effarée de penser que des sorciers pouvaient aller aussi loin dans la cruauté. Elle hoqueta un peu avant d'évoquer la mémoire de tous ceux qui avaient péris à cause de ce genre de monstres.

- Il n'y a pire monstre que ces bêtes. fit-elle. Un de nos ancêtres avait trouvé intelligent d'utiliser les propriétés calorifères d'un dragon pour son atelier de chaudrons. Tout allait pour le mieux jusqu'au moment où l'animal s'est enfuit. raconta-t-elle vivement.

- Qu'est-il arrivé ensuite. s'enquit Hermione anxieuse. Le regard que lançait Nigel à sa patronne montrait qu'il était tout aussi tendu. Avant de reprendre, Jane déglutit un peu bruyamment.

- Vous connaissez cet incendie qui a détruit la moitié de Londres en 1666. La vieille dame baissa les yeux comme terrassée par l'importance de l'information.

Hermione ne put retenir un cri d'effroi. Cette histoire était terrible. Par la faute d'un sorcier, des milliers de moldus avaient péris. Simplement par ce qu'il voulait gagner quelques mornilles sur le coût de production de ses chaudrons. L'impact de cet événement fut tellement retentissant, que la "chasse aux sorcières" fut plus rude que jamais. Le monde magique avait été ensuite obligé de se cacher pendant de longues années. C'était à cette occasion que le ministère avait été renforcé et les lois de protections mises en place. Grâce aux Black, tous les jeunes sorciers étaient soumis à la "marque", d'abord pour les protéger, ensuite pour les surveiller. Tout dépendait de l'orientation politique du ministre en place. Avec un tremblement dans la voix, Nigel demanda s'il était vrai que la banque des gobelins utilisait elle aussi des dragons pour sa sécurité. La vieille dame admit que c'était le cas.

Pendant que Jane évoquait cette page sombre de l'histoire du monde des sorciers, Hermione resta songeuse. Ces lois de protection faisaient écho à quelque chose de profondément enfouit en elle. Un port du nom d'Heuton Pagnell, un quai surplombant une ville de marin dormant, docile sous les ruines de son château. Et l'image d'un géant blond qui lui souriait énamouré. Cette fois, le souvenir était agréable, chaleureux. Hermione se dit que la vie qu'elle avait oubliée devait avoir été riche en événements pour qu'autant de souvenirs lui reviennent ainsi. Néanmoins, en dehors du nom du port, la jeune irlandaise n'avait pas plus de détail. S'il s'agissait-là de son village d'enfance, elle comprenait mieux pourquoi elle rêvait souvent de navigation.

- Seagull elle-même n'est réapparue qu'au terme d'une longue convalescence. Reprit Nigel lorsque les anecdotes furent racontées. Il en retirait un manifeste plaisir.

- C'est-à-dire ? s'enquit Tante Jane avant qu'Hermione n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche.

- Elle aurait erré pendant plus de six mois avant de trouver des français comprenant l'anglais. Le ton indiquait toute l'inimitié que l'irlandais nourrissait à propos des continentaux.

Depuis ces événements, les relations entre la France et l'Irlande s'étaient nettement dégradée. Il n'était pratiquement plus possible d'organiser de réunions internationales en plaçant trop près les deux pays. Il n'était pire crainte que de voir s'opposer deux groupes de sorciers français et irlandais lors des compétitions de Quidditch. Même les efforts de madame Dietrich pour la réconciliation n'avaient pas été couronnés de succès. Pourtant, elle ne demandait que des excuses que ces arrogants de français lui avaient toujours refusées.

- Serait-il possible que j'en sois la fille. S'enquit Hermione avec un regard envieux. Le majordome détailla la jeune fille et secoua négativement la tête.

- Il existe une vague ressemblance, mais madame Dietrich n'a jamais eu d'enfant.

- D'après Sirius tu ressembles aussi à Miss Parkinson et à ma belle-sœur. releva la vieille dame. Hermione eu une moue désolée.

- Une image n'est pas une preuve suffisante. Trancha Nigel de son coin.

- Ma cousine avait tendance à faire améliorer ses portraits. S'amusa Jane Olliver.

Le majordome toussota discrètement pour attirer l'attention de sa patronne et de son invitée.

- J'ai dans ma chambre une coupure de journal représentant Miss Seagull à l'époque. Dit-il visiblement très fier de cette pièce de collection. Je puis la descendre pour que la petite demoiselle puisse s'en rendre compte par elle-même.

- Merci Nigel, que ferais-je sans vous. S'exclama Jane avec un grand sourire. Le majordome lui répondit d'une courbette respectueuse.

- S'il vous plait, j'en serais ravie. Continua Hermione.

Sans se faire prier plus longtemps, et visiblement très content de ses effets, Nigel se précipita dignement à l'extérieur de la pièce en quête de son précieux document. Quand il redescendit enfin, il présenta d'abord la coupure soigneusement encadrée à Jane Olliver qui entreprit de la déchiffrer. Hermione se leva et s'installa derrière l'épaule de sa tante, ce qui est très mal poli comme lui fit remarquer silencieusement Nigel. Mais elle voulait tant constater par elle-même si une ressemblance existait, qu'elle brava l'interdit. Ne parvenant pas à lire correctement, la jeune fille coquette n'eut pas d'autre choix que de chausser ses lunettes de lecture.

Elle constata qu'en effet, la jeune fille aux cheveux tirés en arrière ne lui était pas inconnue. Mais la ressemblance était loin d'être évidente. Hermione se trouva trop petite, le visage trop fin, les cheveux trop foncés. D'ailleurs, seagull faisait visiblement tout ce qu'elle pouvait pour ne pas être prise en photo.

- C'est le seul cliché que nous ayons d'elle. Expliqua Nigel devant la mine un peu déconfite d'Hermione.

- De quand date-t-il ? interrogea Jane.

- Probablement de 1983, mais ce n'est pas certain. Répondit Nigel très savant dans ce domaine. Il faudrait demander à Lesly Finnighan. C'est l'auteur de l'article. Compléta le majordome.

Le texte était un tirage de l'entretien qu'il avait pu obtenir de Seagull après la chute du ministère. Celui-là qu'Hermione lui avait accordé et qui avait tant ému le journaliste. Il semblait que ce soit devenu un classique littéraire. Néanmoins, Lesly Finnighan n'avait pas pu obtenir de photos de la jeune fille qui s'y était toujours refusé. Seule une photo prise le 4 mai 1984 à Mount Desert était disponible confirma Hermione à la grande surprise de Nigel et Jane. Sans nul doute, Hermione connaissait parfaitement l'histoire de la jeune fille svelte, vêtue en moldue et visiblement énervée qui s'agitait sur la photo du numéro jauni de la «Gazette du soir ».

« §§§ »

Hermione se laissa retomber sur le canapé. Elle se savait irlandaise, parler le gaëlique étant en soi une preuve presque incontestable. Par contre, Comment pouvait-on justifier qu'elle ressembla autant à Seagull qu'à Pansy Parkinson ?

- D'après ce que j'ai compris, que vous soyez la fille de Seagull et de Miss Parkinson est antinomique. Releva Jane sagace.

- J'ai cru un moment que ma mère et Seagull étaient une seule personne. Avoua faiblement Hermione. Ce qui amusa beaucoup Jane Olliver.

La vieille dame n'avait pas envisagé que la jeune femme présenté comme étant Miss Parkinson par Sirius et par Molly puisse aussi être l'icône de la rébellion irlandaise. Reconnue par les deux parties, elle devait pourtant admettre que ce soit possible.

- Cela expliquerait pourquoi Seagull a tant tenu à faire sortir Sirius d'Azkaban. remarqua Hermione pour elle-même, mais aussi à voix haute.

- Étant donné l'affection qu'il lui portait, ce serait naturel, mais je ne sais pas si Miss Parkinson à un jour été amoureuse de lui. coupa tante Jane.

- Pardon ? s'écria Hermione. Le majordome, pourtant très bien entrainé leva un sourcil interrogateur peu habituel.

- Mon neveu est un amoureux transi, pas un amant. fit-elle avec un clin d'œil.

- Jusque-là, j'avais bien compris. trancha Hermione qui ne prenait pas la pleine mesure de la remarque.

La jeune irlandaise se pinça les lèvres quand la réflexion de sa tante parvint enfin à son cerveau et qu'elle y fut décryptée. Dans ces conditions, Hermione ne pouvait pas ressembler à sa grand-mère. Mais qu'elle puisse ressembler à Miss Parkinson restait pleinement logique. La vieille dame s'amusait beaucoup, sans nul doute, Hermione ne pouvait être la fille de Sirius. L'irlandaise revenue à elle convint qu'elle en était rassurée.

On admit bien vite que dans ces conditions, la libération de Sirius et des autres sorciers faussement accusés tenaient plus de la droiture de Seagull que du fait qu'elle connaisse Sirius en particulier. Tante Jane conclut qu'il n'existait certainement aucune relation entre les deux, les courriers de Miss Parkinson à Molly Weasley traitant de Seagull étant autant de preuves qu'elle ne pouvait être la dite jeune femme. La jeune irlandaise était autant satisfaite qu'ennuyée de ces conclusions. D'une certaine manière, être la fille de l'héroïne irlandaise l'éloignait de Pansy Parkinson et rendrait leurs relations plus simples. Quoi qu'elle sache déjà ne pas être du même sang que lui.

- J'ai beaucoup d'affection pour Sirius et je ne voudrais pas le perdre à cause de mes soucis de filiation. reconnut Hermione.

- Ce que mon neveu a vu dans vos yeux lui rappelle ce qu'il a perdu ce jour-là où une jolie fille lui a sauvé la vie avant de s'enfuir. remarqua tante Jane.

C'était pour cela qu'il gardait Hermione auprès de lui. S'il avait admis qu'elle pouvait être sa fille dans un premier mouvement, il l'avait rapidement regretté.

- S'il n'avait pas décidé d'être ton père, il t'aimerait différemment. Fais-y attention. continua Jane sentencieuse.

- Maintenant que je sais ne pas être de la famille, encore plus qu'avant. Rétorqua Hermione s'apercevant alors du jeu de séduction inconscient de son père.

De cette journée, Hermione repartirait rassurée. Bien qu'elle ne soit pas de la famille Black, elle était probablement la fille de celle que son père adoptif avait chastement aimée. Finalement, tout le monde se moquait de ces origines et continuait de lui apporter tendresse et affection. Avec le temps, les éléments de son passé revenaient d'eux-mêmes. Elle savait peut-être dans quelle ville elle avait grandi.

Constatant qu'il était déjà bien tard, la jeune fille prit congé de sa tante en l'embrassant chaleureusement. Tante Jane la retint un instant, son visage à quelques centimètres du sien. La vieille dame lui assura une dernière fois que l'important n'était pas ce qu'elle était avant d'arriver chez eux, mais ce qu'elle voulait devenir. Pour une fois, Hermione accepta de comprendre et remercia sa grand-tante adoptive qu'elle viendrait voir le surlendemain pour la fête anniversaire de Harry.

- Tu vois, c'est encore un bon exemple. S'amusa Jane. Lui non plus n'a rien à voir avec la famille. Mais ne dis pas que Sirius ne l'aime pas comme un fils.

- Je ne me permettrais pas, ma tante. Répondit Hermione avec un sourire entendu.

La jeune fille se dirigea vers l'âtre que Nigel venait d'allumer. D'un petit geste de la main, Hermione salua une dernière fois sa tante. Qui contemplait le cadre et le journal jauni tenu entre ses doigts frêles et fripés par les années.

- Nigel. Avez-vous la même impression que moi ? fit-elle enfin en détachant son regard de la photo.

- Je n'en suis pas certain madame. Répondit-il en la regardant droit dans les yeux.

- Ce n'est pas sa fille, n'est-ce pas ? continua la vieille dame.

- Il semble que non madame. Opina-t-il sans difficulté.

- Pourtant, elles se ressemblent tellement. Continua Jane Olliver surtout pour elle-même.

- Je reconnais avoir douté madame. Fit Nigel en ramassant les tasses comme si leur discussion était anodine. S'il y avait eu une enfant, probablement que Miss Hermione serait une bonne candidate.

- Alors il ne reste qu'une seule solution. Proposa la vieille dame.

- Á mon avis, madame. Fit le majordome toujours poli. Miss Hermione est cette dame.

- Je le crains en effet Nigel. Le visage de la vieille dame paraissait encore plus âgé, comme si cette affirmation présageait de terribles conséquences.

« §§§ »

En arrivant dans la cuisine refaite à neuf du square Grimaurd, Hermione trouva son père adoptif penché sur des documents étalés sur la table devant lui. Deux piles imposantes de livres se dressant sur un recoin de table.

- Tu as fait des courses pendant que j'étais partie ? s'extasia la jeune fille.

- Kreatur a trouvé ceci en rangeant le mobilier ce matin après ton départ. Répondit Sirius en embrassant chaleureusement sa fille. Il remarqua qu'elle portait ses lunettes et lui signala que cela la vieillissait horriblement.

- Laisse mon esthétique aux autres garçons. S'amusa Hermione. Dis-moi plutôt ce que c'est tout cela. Continua-t-elle en désignant l'ensemble des documents.

- Regarde par toi-même. Ironisa-t-il. Le ton surpris un peu Hermione qui saisit un parchemin recouvert d'une fine écriture qui paraissait être la sienne.

« Le 6 mai,
Chère Molly,
Les événements deviennent très confus ici en Irlande. Je suis heureuse que vous soyez tous en Angleterre. Dès que possible, j'emprunterais un portoloin pour venir vous rejoindre. Je n'en peux plus de cette vie d'errance.
Mon univers est comme l'anneau de Moebius, sans début ni fin, sans haut ni bas. Je suis une marionnette cassée qui achève sa représentation comme elle peut.
Il me faut du calme et du repos, je crois.
Si Sirius n'était pas aussi insistant, j'accepterais probablement de le revoir. Mais je ne veux pas lui briser le cœur en le laissant espérer ce qui ne pourra pas être autre chose que de la tristesse et la séparation.
Ne lui en veux pas, ce n'est pas lui qui m'éloigne de vous, c'est moi qui dois partir.
Embrasse bien fort mes « neveux et ma nièce » pour moi.
Un jour prochain, nous nous reverrons surement. D'ici là, adieu.
ton amie,
Hermione Black. »

Son nom ressortait sur le parchemin d'un reflet soyeux. Cela indiquait sans doute possible que le texte était ensorcelé pour protéger l'identité réelle du dépositaire. Ainsi, la jeune irlandaise voyait le nom que son père adoptif lui donnait, et Sirius celui de Parkinson. Hermione dut s'assoir. Le parchemin tremblait en battant l'air tant elle était émue de pouvoir lire l'état d'esprit de sa mère quinze ans plus tôt. Manifestement, la mort d'O'Tusckk l'avait profondément perturbée.

Elle s'inquiéta de savoir d'où provenait le document et son père lui répondit qu'une bourse magique était tombée du porte-parapluie de l'entrée quand Kreatur avait voulu le nettoyer. D'ailleurs, Sirius lui avait interdit de le faire, il pensait se débarrasser purement et simplement de l'objet dès que possible. L'acharnement que mettait l'elfe de maison à préserver minutieusement chaque détail de la maison intact avait prouvé son utilité.

- Je lui ferais un gros câlin pour le remercier. Lança Hermione sur le ton de la boutade.

- Il va adorer. Scanda Sirius d'un ton faussement amusé.

- Y-a-t-il d'autre pièces d'identité ? s'enquit instantanément Hermione.

- Malheureusement non. Répondit Sirius visiblement dépité. Nous avons fait le tour de tous les livres. Un seul est étonnant. Fit-il en attrapant un gros volume usé qu'il tendit ensuite à sa fille.

Hermione prit l'exemplaire du «Traité des potions » que son père lui tendait en lui demandant ce qu'il pouvait avoir de surprenant, à part son état. Le pauvre manuel était usé, corné, détendu à force d'avoir été manipulé et lu. Il lui indiqua de regarder la page de garde. Ce qu'elle fit sans poser plus de question et resta interdite un moment.

« Ce livre appartient à Hermione G. Élève de Poudlard, 1992.»

- Je suis allée à Poudlard ! balbutia Hermione tétanisée par l'information.

Le visage de son père était devenu dur et froid. Il lui reprocha d'avoir menti sur ses origines et son amnésie pour obtenir des grâces de la famille Black. La jeune fille lui assura qu'elle n'avait aucun souvenir concernant ce nom et son passage éventuel à Poudlard.

- Crois-tu que Dumbledore m'aurait fait confiance s'il n'avait pas sondé mon esprit ? Hurla presque la jeune fille à Sirius visiblement pris au dépourvu. Il n'avait plus pensé à cette rencontre.

- Albus peut être abusé. Cracha-t-il. Souviens-toi de Voldemort !

- Merci de la comparaison Patmol ! lança-t-elle sur le même ton. C'est intéressant d'entendre parler d'honnêteté de la part d'un animagus non déclaré.

- Au moins, je ne cherche pas à me faire passer pour quelqu'un d'autre.

- Ah oui ? « James Sirham » ? ironisa-t-elle méchamment.

Sirius et Hermione se dressaient, tendus à quelques pas l'un de l'autre. Aucune des baguettes n'étaient encore sortie, mais il ne faudrait pas grand-chose pour que la tension atteigne un point de rupture irréversible. L'homme reprochait à la fille qu'il avait accepté auprès de lui de n'être pas exactement ce qu'il voulait. Mais que voulait-il en fait ?

- Je ne suis pas Pansy Parkinson. Éructa Hermione.

- Ta mère était quelqu'un de bien. Coupa Sirius enragé. Quelqu'un qui m'a sauvé la vie.

- Finalement, ce n'était peut-être pas une bonne idée ! pleura la jeune fille qui se laissait tomber sur un des bahuts de la cuisine. Elle posa une main sur ses yeux larmoyants et fatigués.

- Tu es bien comme elle, une menteuse ! cracha encore Sirius.

- Retire ce que tu viens de dire ! hurla l'irlandaise qui se sentait concernée au premier chef. Elle se releva tellement vite que Sirius recula.

- Pourquoi, ce n'est que la vérité. Répondit-il fièrement. Hermione le savait pertinemment, mais elle ne voulait pas l'entendre de la bouche de Sirius, de ce père qu'elle appréciait tant.

Aucun des deux ne pouvait comprendre qu'ils étaient pris dans un ensemble plus grand qui les dépassait et les englobait. Ils ne voyaient plus que leurs petites personnes. Lui en tant que célibataire endurci qui ne supportait finalement qu'assez peu l'intrusion de la jeunesse. Même si les yeux de cette jeune fille faisaient vibrer en lui des souvenirs extrêmement plaisants. Elle parce que sa quête de personnalité avait enfouit très profondément les qualités d'abnégations qui l'avaient transfigurée en Seagull. Finalement, ils étaient du bon côté, de celui qui résistait à Voldemort et qui voyait le mal en Harry Potter. Pourtant, ils n'étaient certainement pas mieux que lui. Trop d'égoïsme et de refoulement les rendaient inaccessibles aux douleurs des autres êtres qui les entouraient.

- J'aurais mieux fait de te renvoyer à ma porte. Hurla Sirius écumant de rage.

- C'est moi qui n'aurais jamais dû venir ! répliqua Hermione.

Et ils croyaient fermement à ces mensonges. Hermione sentait son cœur se déchirer. Au lieu de redevenir une personne à part entière, elle était totalement rejetée par le seul élément stable de sa nouvelle vie. Le dernier des Black ne comprenait pas comment il s'était fait abusé par une gamine de quinze ou seize ans. Et comment le grand Dumbledore lui-même n'avait pas pu constater la supercherie.

- Et si ce n'était pas mon livre. Lança Hermione qui avait reculé d'un pas pour mettre une distance de sécurité minimum entre elle et son « père ».

- Ton prénom y est inscrit ! prends-moi pour un imbécile. Rétorqua-t-il justement.

- Un prénom y est écrit, pas un nom, juste une initiale ! éluda-t-elle.

- Tu penses que cela change quelque chose peut-être ? Le ton de Sirius n'était plus aussi solidement convaincu.

- Seulement si tu crois que ma mère s'appelait vraiment Parkinson. Imbécile.

La jeune fille venait de se rappeler des anecdotes que Patmol lui avait rapportées. Qu'il avait dû arrêter les recherches parce qu'il n'y avait pas de Pansy à Poudlard. Á l'époque il en avait déduit que ce nom était un faux. Cette problématique ne résolvait rien de précis. Hermione avait le sentiment d'être une coquille vide autour de laquelle on aurait placé des décorations pour lui permettre de rester jolie.

Finalement, Sirius pointa sa baguette vers sa fille. Hermione n'eut pas le courage de redresser la sienne bien qu'elle l'eut sortie. Un premier jet de lumière vint frapper les étagères derrière elle. Le maître des lieux souhaitait lui faire peur avant de frapper, c'était bon signe. Nonchalante, étrangement calme, Hermione se prépara à un combat qu'elle ne voulait pas mener.

Au moment où Sirius allait volontairement porter un coup touchant, Il croisa le regard de sa fille adoptive. Ce fut comme un arrêt complet du temps. Tout ce qui l'entourait s'effaça.

« §§§ »

- Où sommes-nous ? furent ses premiers mots.

Á ses côtés se tenait Hermione, identique à ce qu'elle était dans la cuisine du Square Grimaurd. Mais ils se trouvaient dans le Poudlard Express. Deux petits garçons de 11 ans discutaient avec une fillette du même âge.

- Moi c'est Ron. Fit le roux au garçon aux lunettes cassées. Qui balbutia qu'il s'appelait Harry, Harry Potter. Pendant que Ron s'étouffait de surprise, la fillette attrapa les lunettes qu'elle répara d'un Reparo parfait.

D'un flou artistique étrange, Sirius et Hermione retrouvèrent les enfants tremblants devant un troll terrassé. Le jeune Harry ôtant sa baguette du nez du monstre. Sans qu'ils puissent maitriser les changements d'environnement, Sirius et sa fille virent ensuite le chien à trois têtes, et l'échiquier géant. Ce fut ensuite les souvenirs d'une jeune fille enlevée par Merlin s'avait qui et les agressions contre les nés-moldus. La fillette amie de Ron et Harry passa du temps dans un lit de l'infirmerie de Poudlard et ses amis venaient régulièrement pour la soutenir. Pourtant, elle restait pétrifiée dans son lit. Ils virent la fillette sauter au coup de Ron une fois soignée. Hermione sourit alors, ce qui surprit beaucoup Sirius. Des visages d'adultes alternaient avec des scènes parfois très dures de combats, de course-poursuites. Sirius pouvait reconnaitre ceux des Weasley et des professeurs, d'autres lui étaient totalement inconnus.

Parfois Sirius essayait de regarder le visage de sa fille adoptive. Jusqu'à présent celui-ci restait totalement impassible. Patmol aurait pourtant aimé savoir ce que tout cela signifiait. Il s'agissait visiblement de souvenirs. Pourtant, il savait que Ron n'avait jamais fréquenté Harry et la jeune fille ressemblait un peu à Emma sans être exactement identique.

Enfin, ce fut la nuée de détraqueurs qui avaient annoncée l'évasion du tueur de moldus. Sirius découvrit avec stupeur les affiches annonçant sa propre évasion d'Azkaban. Il était bien placé pour savoir qu'il n'était jamais resté en prison pour le crime de Pettigrew. Il découvrit une jeune fille disposant d'un retourneur de temps. Enfin vint la libération de Buck et de Sirius avec la complicité de Dumbledore et le courage de Harry. Il vit son filleul lancer un patronus corporel.

La jeune fille tremblait et Sirius prit Hermione dans ses bras. Il ne comprenait pas à quoi pouvait correspondre ces images, mais il sentait que cela avait une forte charge émotionnelle pour Hermione. Il voulait à présent la soutenir de son mieux dans l'épreuve. D'autant qu'il se découvrit misérable et vieilli dans sa maison crasseuse entouré de Harry et de ses amis. Il se trouvait paradoxalement chanceux dans ces images. Les soirées passées à discuter avec Ron, Harry et la jeune fille étaient empruntes d'une grande douceur et de beaucoup d'affection. Visiblement, la brunette en pinçait pour le roux.

Il vit les couloirs du ministère et la poursuite contre les mangemorts. Il reconnaissait nettement Harry et Ron, et Ginny bien sûr. Si Luna et Neville n'étaient pas totalement des inconnus, la jeune fille qui les accompagnait ressemblait de plus en plus à « son » Hermione. Il se vit mort et le soutien changea de camp. Hermione pleurait-elle de voir partir Sirius, ou la douleur provenait-elle des souvenirs eux-mêmes ?

Sirius se senti glisser et se rattrapa sur la table de la cuisine. La réalité venait de reprendre le dessus. Devant lui, Hermione le visage déterminé tendait sa baguette dans sa direction.

- Granger ! Non ! coupa Albus Dumbledore qui se précipitait hors de la cheminée.