Chap. 36 : Love is All.

Le directeur de Poudlard émergeait de la cheminée du square Grimaurd au bon moment. Cette extrême précision confinait d'ailleurs à l'arrangement. Sirius n'en fut pas dupe un instant. Et demanda au nouveau venu les raisons de sa présence, et surtout les raisons de cette soudaineté. D'un sourire, Hermione lança à son père que les sorts de scrutation n'étaient pas réservés aux mangemorts. Le directeur de Poudlard leva sa main noircie pour imposer le silence à la jeune fille. Il n'était pas utile d'accroitre la tension existant entre les deux Black.

- Je m'inquiétais pour vous mon ami. Concéda enfin Dumbledore.

- Que vouliez-vous qu'il m'arrive Albus ? s'étonna Sirius. Que je découvre que ma fille est une menteuse qui n'a jamais quitté l'Angleterre et qui vient tout droit de votre école. Cingla Sirius en insistant lourdement sur les deux derniers mots.

Heureusement, Sirius ne vit pas le regard extrêmement dur que lui lançait sa fille. Hermione serrait fermement sa baguette entre les doigts et de fines étincelles jaillissaient de son extrémité avec une régularité inquiétante. Si elle parvenait encore à maintenir son sort de stupéfixion c'était bien juste. Et ce sortilège l'aurait probablement bien surpris, et Dumbledore semblait le savoir. Le directeur de Poudlard sourit en entendant les affirmations de Sirius.

- Je peux vous confier les listes de mon école et vous constaterez vous-même qu'il n'y a pas et qu'il n'y a jamais eu d'Hermione Granger à Poudlard.

- Quel nom avez-vous dit ? s'étonna Hermione qui entendait son patronyme comme s'il s'agissait de celui d'une étrangère.

Docilement, Dumbledore énonça à nouveau l'identité d'Hermione. Celle-ci pleurait d'une joie sourde. Des noms pouvaient s'imposer aux images qu'elle avait montrées à son père adoptif. Les visages inconnus étaient probablement ceux de ses parents. Un sourire discret de plaisir naquit doucement sur ses lèvres. Son visage se détendait et elle redevenait plus jolie quoi que portant toujours ses lunettes.

- N'est-ce pas le nom de la petite-amie de Ron Weasley ? s'enquit Sirius en comprenant le patronyme. L'étourdissement qu'il avait ressenti à la sortie de la mémoire de la jeune fille se dissipant enfin. Face à lui, Hermione ouvrit de grands yeux ébahis. Ce détail ne l'avait pas encore frappé.

- En effet, c'est bien le cas. Admit Dumbledore. Pourtant, elles ne se connaissent pas et n'ont pas de secrets l'une pour l'autre. Continua-t-il, un petit sourire en coin.

- Albus, ne procédez pas par énigme. Coupa Sirius excédé. Je ne suis pas d'humeur.

- Dis plutôt que tu déteste réfléchir, ce serait plus naturel. Ironisa Hermione peu charitable et encore fâchée.

Les deux membres de la famille Black étaient encore prêt à s'écharper pour savoir lequel des deux avait raison. Raison de quoi, pourquoi, ils ne le savaient plus, mais cela n'avait plus d'importance, seul la victoire de l'un sur l'autre avait un sens. Albus Dumbldore avait eu raison de se présenter au square Grimaurd ce jour-là. Il eut toutes les peines du monde à faire asseoir les deux antagonistes. Sirius rechigna jusqu'à ce que le vénérable directeur lui en intime froidement l'ordre d'une voix qu'il était rare d'entendre. Hermione se dressa face à Dumbledore et s'attendait à ce qu'il emploie la légilimentie contre elle. Évidemment, il s'en abstint connaissant ses aptitudes dans ce domaine.

- Mademoiselle Black. Commença-t-il doucement. Vous et votre père avez besoin d'éclaircissements.

Il lui fit signe de s'installer confortablement et sans un mot, elle obéit. Alors, Dumbledore expliqua. Il raconta comment la plus brillante des élèves de l'école, depuis lui-même, avait réussi à constituer une magie puissante pour revenir dans le temps et changer des éléments du passé de Harry. Le digne directeur insista sur les motivations d'une grande générosité qui l'avaient conduite à aider Harry, à sauver Sirius de la prison, et à emprisonner Bellatrix Lestrange.

Hermione porta sa main devant sa bouche comme pour retenir un cri que ses doigts n'auraient jamais retenu. Sirius resta tétanisé devant l'incroyable nouvelle. Il dévisageait sa fille adoptive comme s'il la voyait pour la première fois.

- Hermione n'est pas la fille de Pansy. Balbutia Sirius. Elle EST Pansy. Répéter les informations dévoilées par Dumbledore semblait l'aider à en prendre la mesure.

- Elle est surtout une jeune fille entrainée par un bon ami à moi. S'amusa le directeur.

- Olaf Thorsthon. S'écria Hermione à qui le nom de son mentor revenait soudainement.

Dumbledore convint qu'elle avait dit juste. Il expliqua rapidement que sa formation avait abouti et qu'elle devait rentrer chez elle. Manifestement quelque chose ne s'était pas déroulé comme prévu et elle n'était pas revenue. Sirius ne parut pas comprendre.

- Hermione est là, donc, elle est revenue ? fit-il dépité.

- Je ne suis pas à ma place. Coupa-t-elle fermement. Elle regardait Dumbledore avec insistance en espérant qu'il puisse l'aider à comprendre.

- Comme avec un retourneur de temps, il faut agir avec précaution. Reprit le directeur.

- J'ai tellement modifié le passé que je n'existe plus. Fit-elle d'une voix blanche.

Dumbledore accueillit le constat de la jeune fille d'un hochement de tête significatif. De son côté, Sirius semblait se débattre avec des concepts qui le dépassaient largement. Et cela ne lui plaisait absolument pas. Il pria Dumbledore de revenir sur tous les détails car rien de ce qu'il entendait ne lui permettait de comprendre autre chose que : Hermione EST Pansy. Ce qui, reconnaissons-le, n'est pas grand-chose.

- Comment Hermione peut-elle cesser d'exister et être à nos côtés ? s'étonna-t-il.

- J'existe toujours, je suis Emma. Répondit la jeune fille comme si ce constat était naturel et simple. Sirius ouvrit grand la bouche, mais pas un son n'en sortit. Il replaça son maxillaire inférieur à sa place et mâchonna un moment. Avant de conclure qu'il avait besoin de quelque chose de fort. Sa fille s'amusa en plus prescrivant deux aspirines comme principal remède.

- Deux quoi ? s'enquit-il, imaginant qu'il s'agissait encore d'une potion de haut niveau comme elle en était capable parfois. Dumbledore s'amusait beaucoup et rit de bon cœur pendant qu'Hermione expliquait ce qu'était l'acide acétylsalicylique qu'employaient les moldus.

Sirius fit appel à Kreatur pour faire servir des boissons à tout le monde, il demanda pour lui-même un whisky-pur-feu, Hermione se décida pour un café bien fort, et Dumbledore se sentit attiré par une liqueur de framboise. D'un geste cérémonieux, l'elfe de maison prit acte de la commande et les laissa seuls un moment, s'affairant dans les placards de la cuisine. Quelques minutes auparavant, Sirius et sa fille allaient en venir aux sortilèges pour régler des difficultés de communication. L'un ne comprenant pas la quête d'identité de l'autre. Á présent, ils étaient réconciliés tacitement en apprenant des choses encore plus incroyables qu'une filiation bancale et des souvenirs fumeux.

- Ce que voulait dire notre amie. Reprit enfin Dumbledore. Était que son voyage dans le passé fut si long et les conséquences si importantes, qu'il n'y avait pas de retour possible.

- Je suis partie à 19 ans et j'ai passé au moins deux ans avec Molly et toi. Continua Hermione. En revenant dans mon époque, le décalage aurait été étrange. Instinctivement, elle passa la main sur son estafilade.

- Et les changements physiques incompréhensibles pour tous les autres. Conclut Sirius qui commençait à comprendre.

- Mon voyage n'aurait dû durer que quelques jours au plus pour me permettre de rentrer dans de bonnes conditions. Convint Hermione pour qui le constat avait un goût amer très prononcé. Elle avait voulu bien faire, et ce faisant, elle se coupait de son monde.

- Donc tu n'existes plus dans ce présent. Continua Sirius.

- Évidemment que si. s'exclama Hermione. Et tu me connais bien, puisque je suis Emma. Elle se reprit. Emma c'est moi. Du moins, le « moi » qui n'a pas fait de voyage dans le passé.

Le père adoptif d'Hermione rendit les armes. Le paradoxe avait eu raison de ses possibilités d'abstraction. En effet, comment être deux personnes en même temps. Il lui semblait que l'apparition de l'une devait conduire à la disparition de l'autre. Hermione en fut passablement vexée. Incidemment, son père estimait qu'elle n'avait pas de raison d'être. En même temps, il avait mis l'accent sur un problème essentiel. Rien ne justifiait la présence d'Hermione dans cette réalité.

- Nous traitons de concepts liés à la magie noire, ne l'oubliez pas mon ami. Trancha Dumbledore.

- Cette magie ne s'embarrasse pas de problèmes moraux. Trancha la jeune fille. Qu'il y ait deux personnes identiques n'est pas une difficulté. Penses aux Hor… Hermione retint le mot du bout des lèvres.

Son père releva l'hésitation et présuma qu'on lui cachait quelque chose d'important. Hermione eut une grimace crispée montrant qu'elle venait de faire une grosse gaffe. Elle se serait donné des gifles si cela n'avait pas été douloureux et surtout inutile. Le directeur de Poudlard se contenta d'un regard un peu froid, mais il était trop tard pour revenir en arrière. Alors on expliqua à Sirius tout ce qu'il était utile de savoir sur les horcruxes. Notamment parce qu'il était concerné.

L'idée que Voldemort ait créé des répliques de lui-même masquées dans des trophées arrachés à d'autres, notamment en raison de leur propre mort, l'écœura passablement. Quand il apprit que son filleul était peut-être l'un de ces réceptacles de l'âme de Jedusor, il était tout bonnement sur le point de défaillir.

- Il faut faire quelque chose ! aboya-t-il. Prévenir tout le monde, le ministère et tout le monde. Balbutiait-il un peu perdu.

- Non. Trancha abruptement Dumbledore. Plus nous ferons de publicité sur cette question, plus il nous sera difficile de remplir cette mission.

- Ma mission. Compléta Hermione. J'ai perdu ma vie pour cet objectif, je me suis entrainée dur pour être prête. Je dois le faire. La dureté de son visage, sa détermination firent comprendre à Sirius qu'il n'était pas possible de s'opposer. Hermione ne pouvait avoir fait ces sacrifices en vain.

Sirius prit de compassion, s'approcha de sa fille qu'il étreignit doucement. Malgré des mots scandés rageusement, et une évidente volonté de faire ce qu'elle venait d'affirmer, il ressentait toute la fragilité de la jeune fille. Il s'émut de la faiblesse cachée de sa fille et se comporta comme un père. Á son grand étonnement, Hermione se laissa faire et Dumbledore ne fit aucune remarque. Il profita alors pleinement d'avoir sa fille dans ses bras, sentant sa respiration sous ses biceps et ses cheveux sur ses joues.

- Nous pouvons au moins rendre son identité, sa vie à Hermione. Remarqua-t-il. Sa fille se précipita hors de ses bras pour se dresser face à lui.

- Surtout pas ! Hermione tremblait des pieds à la tête.

- Votre fille à raison Sirius. Continua Dumbledore posément.

Pour Dumbledore, et Hermione s'accordait avec lui, ces éléments ne pouvaient être divulgués sans risques. D'abord parce qu'ils permettraient à certains d'envisager des moyens de sauver Jedusor, de le tuer ou tout autre modification hasardeuses du passé. Le directeur de Poudlard ne souhaitait pas que l'on joua encore souvent avec les arcanes du temps. Le mal qui en résultait déjà était assez délicat à gérer. Ensuite, la vie de la jeune irlandaise serait totalement bouleversée par ces révélations. Qu'adviendrait-il de l'amitié que lui portait les Weasley ou Jane Olliver ? Pour l'heure, Hermione avait besoin de stabilité pour se construire une vie nouvelle.

- Et pour parvenir à réussir ma mission, je dois retourner à Poudlard. Intervint Hermione.

- Tu préférerais, j'imagine, y avoir plus d'amis que d'ennemis. Railla Sirius qui se rangeait à leurs arguments de bon gré.

- Si tu veux bien rester mon père, évidemment. Émit Hermione en se mordant la lèvre inférieure.

Finalement, il était très heureux de pouvoir garder auprès de lui la jeune fille. Il fut convenu que personne n'apprendrait que Miss Parkinson était Hermione Black et qu'elle-même était Emma Granger.

- Je ne suis pas exactement Emma. Coupa Hermione. Elle et moi sommes identiques, elle est mon alter-ego au sens littéral, mais nous n'avons pas vécu la même chose, nous n'avons pas les mêmes histoires et les mêmes souvenirs. Elle marqua une pause avant de continuer. Nous n'avons pas les mêmes sentiments.

- J'aurais juré du contraire. Remarqua Sirius sagace, pour une fois.

Hermione fut passablement vexée et dût reconnaitre que ce détail s'était reproduit d'une réalité à l'autre. Après un grand éclat de rire fort peu charitable, Sirius plaignit sa fille.

- Se faire doubler par un autre, c'est déjà difficile à vivre. Riait-il. Mais par soi-même, je n'ose pas y penser.

- Patmol, à ta place j'éviterais de me vanter. Rétorqua Hermione. Surtout quand on a passé 15 ans à attendre une fille de 24 ans et qu'on en a 37 !

- Ce n'est pas juste. S'offusqua-t-il faussement. Á l'époque tu en avais 19 et moi 20.

- C'était il y a dix-sept ans papa. Remarqua Hermione en insistant sur le dernier mot. D'ailleurs, je ne me souviens pas encore de ces événements. J'en suis encore à… Hermione ne parvint pas à achever sa phrase.

- Au moment où je passe dans ce rideau étrange. Acheva Sirius pour elle. Á quoi cela correspond-il d'ailleurs ? demanda le dernier des Black dans la foulée.

- Á votre mort. Trancha lugubre Dumbledore. Sirius resta bouche bée, et Hermione baissa les yeux mal à l'aise à cause de ce souvenir.

Dans ces conditions, Sirius demanda s'il était possible d'en savoir plus sur le passé de sa jeune fille. Dumbledore précisa qu'il était inutile de tenter de faire revenir ces souvenirs de force. Il soupçonnait la magie noire d'agir encore et, pour lui, tout reviendrait en temps voulu. Du moins au moment où cette magie cesserait de faire pleinement son effet. Ce qui ne fit que modérément plaisir à la jeune irlandaise. Elle ne pouvait estimer combien de temps il lui faudrait pour retrouver la mémoire et c'était particulièrement frustrant. Pourtant, l'inconnu était tout aussi inquiétant. Qu'y avait-il dans ses souvenirs qu'elle ne voudrait finalement pas savoir ?

Une grande partie de la journée fut employée à essayer de reconstruire solidement la nouvelle vie de la jeune fille. Il fallut à Hermione et son père adoptif oublier ce qu'ils venaient d'apprendre pour revenir à un discours cohérent qui permette à Hermione de se glisser plus aisément dans la peau de cette fille adoptive fictive. En fait, Hermione trouva l'exercice plutôt aisé. Depuis plus de deux mois, elle se pliait d'instinct à cet exercice et ce qu'elle avait appris dans la journée ne modifiait guère tout ce qu'elle avait accrêté de souvenirs confus et indistincts. Ce fut pour Sirius un peu plus délicat. Il n'avait pas pour habitude de mentir, du moins pas à ses amis.

- Vous me demandez de faire comme si je ne savais rien. Remarqua soudain Sirius. Eh bien, c'est plus facile à dire qu'à faire. La mine déconfite de Patmol fit beaucoup rire Hermione qui s'empressa de s'excuser quand il lui adressa un regard méchant.

- L'ignorance est la plus grande des protections. Compatit sentencieusement Dumbledore. Mais nous avons besoin de savoir pour progresser.

- Il nous manque encore des morceaux du puzzle, mais nous y arriverons. Formula Hermione. Sirius pensa qu'il n'était plus concerné par la conversation.

Celle-ci dériva un moment sur la quête des horcruxes et sur celui qui se trouvait à l'étage. Sirius sursauta en apprenant qu'un objet aussi dangereux puisse se trouver chez lui. Il éclata en décrétant que cet « haur-crusse » mettait en danger sa fille inutilement.

- Tu vois que tu parviens à faire comme si de rien n'était. Trancha Hermione avec un grand sourire. Sirius la regarda étonné.

- Je suis satisfait de constater que vos sentiments à l'égard de votre fille n'ont pas changés malgré les éléments que nous avons évoqués. Continua Dumbledore.

Contrit, Sirius reconnu qu'il n'avait pas véritablement le choix. Reconnaitre qu'Hermione était sa fille était moins douloureux que de la considérer comme étant Pansy Parkinson. Le temps avait passé, ils s'étaient côtoyés bien moins longtemps que la jeune fille n'en avait passé sous son toit. D'une manière ou d'une autre, il y avait prescription. Il pouvait rester amoureux d'un souvenir et aimer Hermione comme sa fille, simplement ce qu'il faisait depuis de long mois. Avec un grand sourire, Hermione vint se caler contre son père pour le réconforter après cet effort.

Quoi qu'il en fut, Dumbledore répéta qu'il fallait être particulièrement prudent. Certains horcruxes étaient dores et déjà détruits ou repérés, mais il en restait encore qui représentaient chacun un péril mortel. Sirius semblait ne pas être impressionné par la conclusion de Dumbledore. Celui-ci leva alors sa main noircie, morte, pour bien expliciter ce dont il parlait.

- C'est à cause d'un de ces trucs ? s'enquit Sirius surpris de voir le plus grand sorcier vivant se faire attraper par les lambeaux de l'âme de Voldemort.

- La bague de Gaunt. Fit Hermione d'un ton détaché. Je vous avais prévenu. Continua-t-elle. Elle ignorait d'où provenait l'information, mais visiblement, elle avait dit vrai.

- En effet, mais je ne suis pas infaillible. reconnut le vieil homme.

- Et un soupçon d'arrogance vous a conduit à cette issue. continua la jeune fille en observant le directeur de Poudlard.

Contrairement à ce qu'elle pouvait craindre, seul Sirius releva l'insolence de la remarque. Son père adoptif lui signala que ce n'était pas une façon de parler au plus grand sorcier de tous les temps. Ce à quoi elle s'empressa de répondre que les jugements de valeurs sont nécessairement biaisés et qu'à son avis Thorsthon est bien plus puissant que Dumbledore.

- Il l'était certainement. admit Dumbledore. Mais à présent, qu'il n'est plus, je dois prendre le relais.

Hermione resta tétanisée par l'information. Elle ne savait pas exactement qui était Thorsthon, mais elle se sentait très attachée à la personne en question. De son côté, Dumbledore paraissait vieilli. Il sentait probablement l'issue de son existence s'approcher.

- Qui était ce Thorsthon ? s'enquit Sirius.

- Mon mentor. répondit prestement Hermione. C'est lui qui m'a appris presque tout ce que je sais.

- Á observer vos réflexes conditionnés, je dois reconnaitre qu'il a fait un travail merveilleux. continua Dumbledore. Ce qui fit rougir Hermione qui ne s'attendait pas à ce genre de félicitations.

Sirius se déclara totalement dépassé par les événements et espérait essentiellement qu'il n'y avait plus à présent de dangers. Dumbledore et Hermione déclarèrent sans ciller que d'après ce qu'ils savaient, il n'était plus question de s'opposer qu'à quelques mangemorts isolés. Ainsi qu'à des objets, certes puissants, mais dénués de vie propre et de capacités de réactions. D'ailleurs, la jeune fille proposa au directeur d'emporter dès à présent celui qui se cachait dans les étagères du salon. Elle l'avait personnellement emballée avant les travaux de la maison. Hermione savait qu'ainsi personne n'y prêterait une attention particulière et qu'elle saurait le retrouver en temps voulu.

La jeune irlandaise se précipita dans les escaliers jusqu'au salon où elle fouilla les cartons de bibelots encore emballés, attendant d'être replacés dans les rayonnages. Elle espérait d'ailleurs que certains resteraient à dormir dans ce carton prochainement emporté au grenier. Après quelques minutes de recherches, Hermione dût admettre qu'elle ne parvenait pas à retrouver le petit paquet. Une angoisse se propagea dans tout son être. Qui pouvait bien avoir subtilisé ce médaillon ?

Hermione appela Kreatur de toutes ses forces et l'elfe de maison apparut instantanément pendant que des pas dans les escaliers montraient que Sirius et Dumbledore progressaient vers elle.

- Kreatur, le médaillon de Regulus, qu'est-il devenu ? questionna-t-elle un peu rudement.

- Maîtresse Hermione a rangé soigneusement tous les beaux objets de la famille Black. répondit respectueusement l'elfe qui semblait avoir été sensible à la démarche de la jeune fille.

- Pourtant, il en manque un ! s'étonna la jeune fille. Elle associa sa remarque d'un juron en gaëlique qu'il n'est pas convenable de répéter ici.

- Kreatur a surveillé les ouvriers. s'offusqua l'elfe. Personne d'extérieur à la maison n'a pris d'objet. continua-t-il.

- Que se passe-t-il ma chérie ? s'inquiéta Sirius en entrant dans la pièce.

Hermione tourna vivement la tête en direction de la porte. Elle constata que son père venait d'arriver à l'étage, suivit de près par Dumbledore. Le visage de son père était relativement impassible, ne comprenant probablement pas la portée de l'inquiétude de la jeune fille. Mais derrière lui, Albus Dumbledore semblait bien plus disposé à comprendre.

- Nous avons un grave problème Sirius. coupa le directeur.

- L'horcruxe de Regulus à disparu. continua Hermione.

Le visage de la jeune fille paraissait vide de toute expression, mais c'était surtout parce qu'elle ne parvenait pas à intellectualiser les conséquences de cette constatation. Elle était tellement persuadée qu'au moins cet horcruxe ne causerait pas de difficulté qu'elle ne parvenait pas à concevoir qu'ils l'avaient perdu. Qu'elle-même n'avait pas su le mettre en sécurité. Cet échec était le sien.

- Que viens faire mon frère dans cette histoire de dingues ? s'étonna Sirius.

- J'allais poser la même question à mademoiselle Granger. releva Dumbledore.

Hermione précisa d'abord qu'il fallait dire Black et non Granger. Elle ne se reconnaissait plus dans ce second patronyme. Ensuite, elle dut expliquer à ces auditeurs comment Regulus avait changé de camp et retrouvé l'horcruxe avec la complicité de Kreatur. Doucement, Hermione raconta qu'il avait payé de sa vie le fait de rapporter l'horcruxe jusque chez lui. Sirius se laissa tomber dans le canapé le plus proche. L'idée que son frère avec lequel il ne pouvait plus discuter depuis l'enfance tant ils étaient différents, soit revenu du côté des défenseurs du bien le remplit de bonheur autant que de tristesse. Maintenant qu'il savait cela, il regrettait tout ce qu'il avait dit et tout ce qu'il ne lui avait pas dit.

Le directeur de Poudlard tressaillit en écoutant la jeune irlandaise raconter en détail à quoi ressemblait la grotte où Jedusor cachait son horcruxe. L'utilisation du sang comme droit de passage, d'inferi comme gardiens, d'un poison comme muraille infranchissable. Tout cela le révulsait et montrait à quel point Jedusor était devenu inhumain dans sa quête de l'éternité. Le vieil homme voulu savoir comment Hermione avait été informée de tous ces détails.

- Assez simplement. répondit-elle. C'est Harry qui me l'a dit. Sirius sursauta en entendant le nom de son filleul.

- Harry ? je croyais qu'il était possédé par celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. fit-il interrogateur.

- Votre fille parle du Harry qu'elle connaissait et qui était radicalement différent du notre. répondit Dumbledore sans quitter Hermione des yeux.

- Rien que pour cela, je n'aurais pas dû repartir dans le temps. trancha Hermione qui plongea les mains et le regard dans le carton auprès duquel elle était toujours agenouillée.

- Il est trop tard pour regretter. coupa Sirius. Maintenant, il faut retrouver cet objet de malheur.

Mais Dumbledore n'était pas encore prêt à changer de sujet de conversation. Il fit comprendre à Hermione qu'elle n'avait pas complètement répondu à sa question. Et qu'il attendait encore de savoir comment elle avait été informée du devenir du médaillon. Hermione prit une grande inspiration avant de commencer son histoire. Quand elle avait évoqué le médaillon et Regulus, elle ne se souvenait pas encore des motivations originelles de son voyage. Á présent, elle savait ce qu'il était advenu après.

- Quand vous êtes revenus de la grotte avec Harry, les mange-morts vous attendaient à Poudlard. commença-t-elle.

Sirius tenta de l'interrompre d'une question, mais le directeur l'en empêcha vivement. Il sentait que la jeune irlandaise avait besoin de parler pour se libérer de cette tension. Se sentant soutenue par le vieil homme, Hermione commença à raconter comment elle et l'ordre du Phénix avait combattu contre les mange-morts introduits à Poudlard par Drago Malefoy, comment Bill Weasley avait été profondément défiguré par Greyback et comment, lui-même avait été tué par Severus Rogue.

- Le pire a été quant nous avons ouvert le médaillon. acheva la jeune fille en pleurant.

- C'était un faux et ma mort vous a paru totalement inutile. continua Dumbledore. Hermione ne put admettre cette affirmation qu'en opinant de la tête, sa voix se brisait dans sa gorge.

Sirius s'en alla chercher sa fille pour la conduire sur un canapé, doucement, tendrement. Il tentait de la réconforter tout en sachant que ce réconfort ne pourrait provenir que de Dumbledore lui-même. Le vieil homme semblait parfaitement conscient de cette situation et préparait visiblement une réponse. Derrière son visage resté impassible, ses yeux brillaient d'une vitalité inhabituelle signifiant une grande concentration. Enfin, il rompit le silence entrecoupé des sanglots contenus de la jeune fille.

- Je ne dirais pas que mon heure était venue. commença-t-il. Cette formulation est vide de sens et ne trompe que les simples d'esprits.

Dumbledore releva tranquillement des détails qui paraissaient incongrus à Sirius. Pourquoi, s'étonnait-il, avait-il demandé à Severus de le tuer et n'avait-il pas laissé Drago le faire ? Sirius restait ébahit devant ces considérations futiles quand la vie d'un sorcier aussi puissant est en jeu.

- Vous vous saviez condamné. releva Hermione. Plutôt que d'entacher l'âme de Drago, vous avez demandé ce sacrifice à Severus Rogue.

Des détails qui l'avaient laissée perplexe à l'époque devenaient évidents. Dumbledore aurait pu empêcher Drago de progresser vers Voldemort. S'il ne l'avait pas fait, c'est qu'il avait ses raisons, sacrifier sa propre vie était moins important du fait qu'il allait de toute manière mourir précocement. Pervertir l'âme d'un jeune homme à cause d'un vieillard mourant était un prix trop lourd à payer. Par ailleurs, obliger Rogue à agir le plaçait dans une position de force auprès du mage noir.

- La prochaine fois que je croise Severus, je vais lui exprimer ma façon de penser à ce traitre en puissance. s'énerva Sirius qui n'avait manifestement pas comprit.

- Laissez notre ami tranquille. coupa Dumbledore.

- D'ailleurs, le fait de vous tuer permettait avant tout de lui faire accorder toute la confiance de Jedusor. releva Hermione. Vous êtes doué pour les échecs. acheva-t-elle avec un sourire. Elle pensa que Ron aurait pu trouver tout seul à l'époque. Sacrifier une pièce pour gagner la partie. N'était-ce pas ce que Ron avait fait pour les aider à vaincre Quirell lors de leur première année à l'école ?

- Comme Severus est un meilleur legilimens que moi, je pense qu'il peut tromper Voldemort. reprit le vieil homme.

Progressivement, la peine qu'Hermione avait ressenti lors de la perte de Dumbledore, dans son passé, s'estompait un peu. Elle prenait en compte tous les paramètres de la situation. L'important n'était pas la survie d'un vieillard mais bien celle de toute la communauté. Néanmoins, elle n'était pas sans relever que Dumbledore avait appliqué à lui-même le principe de "l'intérêt du plus grand nombre".

- Ma mort eut été moins utile si je m'étais simplement éteint dans mon lit. remarqua le vieil homme. Ce qui va probablement bientôt m'arriver, car cette fois, je n'aurais pas à combattre Voldemort.

Hermione convint que Dumbledore avait parfaitement raison. La douleur était si vive qu'ils s'étaient sentis galvanisés. Sans sa disparition prématurée, ils seraient probablement restés apathiques, tranquillement protégés par leurs ainés à l'école de Sorcellerie. En même temps, elle n'avait pas laissé le temps à ses amis de tenter de détruire les horcruxes par eux-mêmes. D'un geste de colère et d'impatience, Hermione avait remis en cause tout le passé. Á présent elle doutait d'avoir fait pour le mieux. Il existait des plans à mettre en œuvre, ils n'auraient pas été seuls dans leur mission. Vraiment, elle s'en voulait d'avoir tout changé pour tout perdre.

- Vous êtes déçue à présent. fit soudain le directeur.

- Je ne sais plus si j'ai bien agi. admit Hermione. Elle sentit la pression des bras protecteurs de Sirius s'accroitre.

- Votre intervention était motivée par l'amour que vous portez à vos amis. sourit Dumbledore.

- Et l'amour c'est tout ce qui compte. continua Hermione qui avait bien apprit les leçons du vieil homme.

Néanmoins, elle avait de ce fait perdu tout ce qui comptait à ses yeux. La situation n'était même pas plus satisfaisante. Harry n'était plus un gentil garçon aimé de beaucoup de gens et détesté par presque autant. Dumbledore allait de toute façon mourir. Elle n'avait plus sa place dans sa propre vie. Et les horcruxes demeuraient comme autant d'épées de Damoclès au-dessus de leurs têtes.

- Merci pour moi ! remarqua Sirius. Au moins, j'ai pu éviter la prison, et la mort. il déglutit un peu bruyamment pour signifier qu'il aimait cette réalité plutôt que celle qu'Hermione avait quitté. Elle se sera contre lui.

- Je comprends ton point de vue. Et je suis désolée d'avoir été aussi négative. murmura-t-elle doucement.

- La menace n'est pas définitivement écartée, pourtant, vous avez considérablement modifié les événements. Dumbledore marquant un temps avant de reprendre. Et je suis convaincu que nous avons beaucoup gagné malgré les petits désagréments.

- Que Harry soit un odieux personnage n'est pas, à mon sens, un petit désagrément. trancha Hermione.

- Mais vous-même n'avez rien perdu, votre alter-ego vit la vie que vous espériez avoir. Si j'ai bien compris, William Weasley a évité d'être défiguré, Severus n'aura pas à me tuer et conservera son âme intacte, Drago Malefoy n'est pas un mangemort. Il sourit. Et combien d'autres événements négatifs ont-ils aussi disparus ? Nous ne le saurons probablement jamais.

- Merci de vouloir me remonter le moral. balbutia Hermione les joues rosies par les compliments implicites. Il n'empêche que j'ai mal agi.

- Lorsque l'amour guide nos actions, je suis bien convaincu que le mal n'a rien à y gagner et qu'il est absent de toutes ces considérations.

Dumbledore avait ce ton un rien sirupeux qui exaspérait les jeunes gens. Hermione voulait bien entendre ce qu'il disait, mais la manière de faire rendait le tout un rien indigeste. D'après ses souvenirs, elle devait bien reconnaitre que la balance penchait en faveur de son retour dans le temps. Même si la fin de Dumbledore risquait d'être un peu moins épique. La jeune fille pensa que le vieillard se moquait éperdument de la manière avec laquelle la mort viendrait le chercher. Maintenant qu'il avait à sa disposition la pierre de vie, il savait probablement ce que c'était de mourir. D'ailleurs ne répétait-il pas que mourir n'était rien qu'un moment dans une vie ?

Le directeur de Poudlard laissa la jeune irlandaise intégrer tous ces éléments. Elle le remercia finalement de son intervention et considéra qu'elle avait été stupide de regretter des événements qu'elle était, de toutes manières, incapable de modifier. Hermione n'était pas assez stupide pour essayer à nouveau de revenir dans le passé. Acceptant les chaleureux remerciements de la jeune fille, Dumbledore fit remarquer qu'ils n'avaient toujours pas retrouvé l'horcruxe manquant. La jeune irlandaise sursauta et se précipita hors des bras de son père pour se remettre en quête du médaillon. Mais après quelques minutes de recherche, il fallut admettre qu'il n'était plus dans le carton où la jeune fille l'avait caché. Elle se reprochait vivement son manque de prudence.

- Il semble que personne ne soit parti avec cet objet. remarqua Dumbledore.

- Albus à raison. continua Sirius. Kreatur n'aurait pas permis que quelqu'un d'inconnu emporte un souvenir de la famille.

- D'ailleurs, c'est ce qu'il a dit. intervint Hermione qui repensait à la phrase de l'elfe de maison quand elle lui avait demandé de l'aide. Sirius rappela son elfe qui apparut à l'instant.

- As-tu vu quelqu'un prendre un objet dans ce carton ? demanda-t-il doucement.

- Kreatur a vu maître Harry prendre le médaillon de maître Regulus. répondit l'elfe sans l'ombre d'un remord. Rien n'empêchait Harry de prélever l'un ou l'autre objet. En tant que filleul de Sirius, il appartenait à la famille.

Indirectement, Les trois personnes présentent étaient rassurées de savoir qui avait emporté l'objet. Il semblerait que Harry ait découvert le médaillon par hasard en déplaçant le carton d'une chaise vers une table. Il l'aurait déballé et trouvé à son goût avant de l'enfiler prestement sous sa chemise. Hermione tiqua. Pour elle, il ne pouvait s'agir d'un hasard. La part d'âme de Jedusor qu'il abritait avait dû reconnaitre l'objet et avoir la pulsion de s'en emparer à nouveau. Cela rendait la présence de Jedusor doublement plus influente sur Harry. La jeune irlandaise pensa qu'il ne sortirait rien de bon de cette accumulation. Elle grimaçait sans s'en rendre compte et Sirius fit remarquer qu'entre les lunettes et les grimaces, il doutait d'avoir adopté une jeune fille et penchait plutôt vers le singe. Les regards conjoints de Dumbledore et d'Hermione lui firent admettre que cet humour était parfaitement déplacé. D'ailleurs, lorsqu'il regardait sa fille, la présence de lunettes sur son nez ne jurait en rien avec son visage. Bien au contraire, elles donnaient un attrait particulier. Un petit quelque chose qui ne la rendait ni plus sévère ni plus sage, mais différente.

Dumbledore se leva et indiqua qu'il était grand temps qu'il retourne à l'école. Pour le moment il valait mieux ne pas trop faire de bruit autour de l'objet volé par Harry. Accroitre l'attention sur cet objet semblait à Hermione contre-productif et elle rejoignait le directeur dans son interprétation. Sirius qui restait à contempler sa fille pour essayer de comprendre pourquoi elle lui paraissait plus jolie qu'à l'accoutumée, répondit distraitement.

Ils raccompagnèrent Dumbledore jusqu'à la cheminée de la cuisine en parlant de la rentrée. Par soucis de simplicité, le directeur de l'école avait décidé d'intégrer Hermione en 6ème année. Elle n'aurait aucune difficulté à suivre le programme et pourrait valider ses examens. Pour lui, c'était le point essentiel. Ainsi, elle pourrait avoir une vie normale. Hermione était pleinement consciente de l'intérêt qu'elle aurait à suivre ces enseignements tout rébarbatif que cela puisse être.

"§§§"

Á peine Dumbledore avait-il disparu dans la cheminée que Sirius se tourna vers sa fille.

- Ranges tes lunettes, attrape une robe plus décente, nous rejoignons Remus et Tonks en ville dans une heure.

- C'est maintenant que tu me le dis ! s'écria la jeune fille. Je ne vais pas avoir assez de temps pour me préparer. acheva-t-elle catastrophée avant de se précipiter dans les escaliers pour rejoindre sa chambre.

Quoique vieux célibataire, Sirius ne se faisait pas d'illusion sur le temps que pouvait mettre une jeune fille pour se préparer. D'une certaine manière, il était plutôt satisfait qu'il ne reste pas trop de temps disponible avant qu'ils ne soient obligés de partir rejoindre leurs amis. Ainsi, Hermione ne passerait pas des heures à choisir une robe. Une voix angoissée parvint à Sirius depuis l'étage supérieur. Sa fille souhaitait savoir s'ils mangeaient chez Remus et Tonks ou s'ils dinaient en ville. Son père lui répondit nonchalant qu'ils dinaient du côté de Fullham road dans Chelsea. Elle hurla parce qu'en plus elle devait s'habiller en moldue. Visiblement elle ne s'en réjouissait guère.

Les deux Black transplanèrent dans un angle désert de Fullham road à 19 heures précise. Il était grand temps avait signalé Sirius. Ce à quoi Hermione avait répondu qu'elle ne se sentait pas à l'aise dans la robe qu'elle avait choisi. L'homme détailla la tenue de sa fille, une robe de soirée pas trop luxueuse, en soie naturelle parme, il regrettait l'échancrure un peu démesurée du col, mais le dos n'était pas trop dénudé ce qui compensait un peu. Hermione s'était embarrassé du sac et des chaussures à talon coordonnés. Avec une coiffure artistiquement monté en quelques minutes, l'ensemble était plaisant à voir. Il remarqua qu'elle avait gardé ses lunettes.

- Je fais comme Clark Kent, je cache ma véritable identité sous des carreaux. S'amusa-t-elle. Son père ne comprenait pas l'allusion à ce comics moldu et haussa les épaules.

- Quand je pense que c'est toi qui m'a habitué à sortir dans le monde moldu et qu'aujourd'hui tu n'aimes pas ça. fit-il. Je dois reconnaitre que j'ai du mal à suivre.

- Ce n'est pas que je n'aime pas sortir en ville. coupa Hermione. Je ne suis pas à l'aise pour le moment. Mais je crois que ça vient surtout des tenues.

Elle lissa sa robe d'un revers de main. Sirius trouva le geste à la fois comique et touchant. Hermione aimait les vêtements qu'elle portait, mais ils n'étaient pas très pratiques. C'était tout ce qu'elle leur reprochait. Ils progressèrent quelques minutes dans Fullham road, la main de la jeune fille au bras de son père. Sirius était très fier de se promener avec pendu à son bras une beauté pareille. Hermione essayait de ne pas s'étaler à chaque pas à cause de ses talons un rien trop hauts. Enfin, ils parvinrent devant le "Sycomore tree[1]", un établissement traditionnel anglais disposant d'un décorum un peu désuet mais, semblait-il, confortable.

Ils aperçurent rapidement Remus et Tonks à leur table et s'approchèrent vivement d'eux.

- Bonsoir Sirius. lança le professeur Lupin à son ami. Si tu m'avais dit que tu avais une aussi jolie fille, je serais venu chez toi il y a bien longtemps. ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie. Le regard chargé de jalousie que lui adressa Tonks n'avait rien de plaisant. Hermione remarquant la tension qui s'installait entre les futurs parents décida d'intervenir.

- Félicitations professeur. coupa-t-elle. Garçon ou fille, que préféreriez-vous ?

Remus balbutia quelques mots commençant par "garçon" puis "fille" et finissant par "peu importe". L'ambiance redevint instantanément aimable et Tonks remercia d'un clin d'œil l'intervention de la jeune fille. Sirius exultait et s'amusait beaucoup de voir son meilleur ami embarqué dans cette aventure.

- Tu verras quand ce sera ton tour. remarqua Remus. L'instinct maternel, d'accord, mais pour nous, c'est plus dur.

- L'instinct maternel, tu parles ! coupa Tonks. C'est surtout que nous on n'a pas le choix. Dès qu'ils sortent, ils ne voient plus que le biberon ambulant.

Hermione se retint de rire. Á la réflexion, cette vision sordide n'était pas si éloignée de la réalité. Cela lui mina le moral un moment et elle se jura de bien réfléchir avant de se décider. Patmol s'amusait encore alors qu'il reprit la parole.

- Je pense que je serais grand-père avant d'être père mon vieux Lunar. hoqueta-t-il. Hermione s'étrangla en avalant un biscuit apéritif prévu pour les faire patienter.

- Papa ! On était d'accord, tu ne me maries pas, tu ne décides pas de mon métier ni du prénom de mes enfants !

- Laissez-la, elle n'entre qu'en sixième année, elle est encore jeune pour penser à tout cela. trancha Tonks qui avait un sens aigu de la solidarité féminine.

Avant de continuer la soirée, Lunar avait eu deux nouvelles à faire. D'abord qu'il était enfin titularisé au poste de professeur de défense contre les forces du mal. Il reçut de vives félicitations de la part de ses amis Sirius et Hermione. Celle-ci demanda discrètement depuis combien de temps il enseignait et pourquoi il n'avait pas été titularisé auparavant.

- Je suis en poste depuis 1991, mais il est difficile de faire accepter des gens comme moi. fit Remus en haussant les épaules. La discrimination était son quotidien et il avait une vision fataliste de la situation.

- Mais. releva Hermione. Grâce à la potion tue-loup de Severus Rogue, vous ne présentez pratiquement aucun danger.

- Tu lui as parlé de tout cela aussi ? s'étonna Lupin à destination de Sirius.

- Mon vieux, tu n'as pas idée de tout ce qu'elle sait sur nous. fit Sirius désabusé. Et je n'ai jamais rien eu à lui apprendre. Hermione rougit.

Une fois de plus elle avait parlé sans faire attention. Elle s'excusa de son manque de tact. Mais le professeur Lupin lui assura qu'il n'était pas choqué ni même vexé de ces remarques. Elle était la fille de son meilleur ami, à priori, il n'avait rien à lui cacher. De fait, il aimait autant qu'elle soit informée, à condition de ne pas trop en parler autour d'elle, surtout à l'école. Sans difficulté l'irlandaise accepta de se tenir coi sur la question. Cependant, Sirius demanda qu'elle était la seconde nouvelle qu'il avait à annoncer.

- Je vais disposer d'une assistante dans mon cours. révéla Remus visiblement très honoré de la confiance qu'on lui témoignait.

Tout le monde lui répéta de sincères félicitations. Puis Remus sortit son dernier atout, il avait demandé à sa future assistante de venir les rejoindre ce soir-là. Elle ne devait plus tarder.

La conversation avait progressivement dérivée sur les cours que la jeune fille voulait suivre l'année suivante. En dehors des potions et de la défense contre les forces du mal, Hermione ne savait pas trop quoi choisir. Tonks estima que, compte-tenu de ses capacités, Hermione pouvait prendre pratiquement toutes les options. Á nouveau l'irlandaise rougit.

Enfin, une femme d'une trentaine d'année, probablement entre 35 et 40 ans, s'approcha de leur table. Elle portait un ensemble imprimé bien taillé mettant en valeur ses formes agréables sans être provocant. La nouvelle venue avait aussi une chevelure blonde parfaitement coiffée en un délicat dégradé qui se mariait harmonieusement avec l'ovale de son visage. En quelques pas volontaire elle traversa la salle du restaurant et se dirigea droit vers leur table.

- Professeur Lupin je présume. fit-elle en tendant la main à Remus. Celui-ci resta interdit, il ne l'avait jamais vu et elle non-plus. Il ne comprenait donc pas comment elle avait pu se repérer aussi aisément.

- En effet. répondit-il finalement. voici mon épouse, Nynphadora Lupin, un ami, Sirius Black et sa fille Hermione. Il désigna chacun des convives de la main et la nouvelle arrivante serra fermement les mains qui se présentaient.

- Enchantée, je suis Adeline Renard. se présenta la jeune femme. Je viens de soutenir une thèse de psychologie sur les effets cognitifs de la personnification des symboles de la résistance dans les périodes de crise politique ou sécuritaire.

Tous les convives restèrent ébahis par le titre particulièrement abscond de son travail. Prestement, ils s'obligèrent à la féliciter de son travail, mais ils n'avaient strictement rien compris.

- Je travaille sur Seagull. reprit-elle avec un sourire en s'asseyant à leurs côtés. Certains pensent qu'il ne s'agit pas d'une personne mais de plusieurs. D'autres qu'elle n'existe pas du tout. Moi, je veux dénouer le vrai du faux.

- Bon courage. soupira Hermione. Je crois que ce n'est pas pour demain.

- En effet, ce qu'elle a fait est tellement incroyable qu'il est difficile de penser qu'il s'agissait d'une jeune fille d'à peu près votre âge. continua Adeline en direction d'Hermione.

- Vous avez oublié de préciser que vous l'aviez rencontré. ajouta Remus visiblement très impressionné par sa stagiaire. Celle-ci eut un sourire un peu crispé, comme si le souvenir n'était pas si agréable.

Une fois la surprise passée, les convives se mirent à parler de leurs expériences concernant la dite Seagull. Ils admirent tous que Benedict Dietrich était au mieux l'une de ces personnalités, au pire une menteuse. Pour sa part, Adeline avait des souvenirs précis d'une jeune fille qui pouvait être l'héroïne irlandaise. Ce qui la surprenait le plus était que jamais l'adolescente à laquelle elle pensait n'avait fait état de ses particularités, de sa notoriété. Pour elle, Benedict Dietrich collait mal avec. Le mot lui échappait.

- Je saurais le dire en français, mais pas en anglais admit-elle navrée.

- Dites-le, je saurais peut-être le traduire. lança Hermione dans la langue de Molière.

- L'impression, le sentiment qui composait la réalité de Seagull. fit-elle. Je ne sais pas comment le dire simplement.

- La nature profonde. émit Hermione. Ce qui souleva l'enthousiasme d'Adeline. Le sens établit en français, il fallait le transcrire en anglais. Ce fut relativement simple étant donné qu'il s'agissait de la formulation d'Hermione. Tous les convives furent d'accord avec la conclusion d'Adeline. Ce qui n'était pas bien difficile, personne d'autre autour de la table n'ayant connu Seagull.

Au cours de la soirée, Hermione et Adeline eurent plusieurs fois l'occasion de discourir en français. Autant parce que la seconde y était évidemment plus à l'aise, la première ne prenait même pas garde à la langue qu'elle employait pour s'exprimer. Hermione en avait l'habitude, entre le gaëlique et l'anglais déjà cela se produisait régulièrement alors même qu'elle n'avait pas d'interlocuteur dans cette langue.

- J'espère que mon français n'est pas trop mauvais. interrogea Hermione finalement.

- Au contraire, il est très bon. rétorqua Adeline. Du moins pour moi.

- Expliquez-vous, je ne comprends pas où vous voulez en venir. s'enquit la jeune irlandaise.

- Aux inflexions de votre voix, à la manière que vous avez de prononcer les diphtongues et les accentuations. commença la française. Je suis prête à parier que vous avez appris le français chez nous, en Normandie.

- Voilà une nouvelle destination à ajouter à mon carnet de voyage. s'amusa Hermione.

Ensuite, elle expliqua dans les détails ce qui se passait, du moins ce que Dumbledore avait autorisé qu'ils racontent. Pour Adeline Renard, la jeune fille était amnésique et revenait d'Irlande où sa mère avait disparue. Son prénom était d'ailleurs celui qu'elle s'était attribuée et non le sien véritable. Ce qui induisait qu'il était impossible de savoir qui était sa vraie mère. Tout le temps que durerait son amnésie évidemment.

La française se montra positivement navrée d'apprendre tout cela et souhaita que la situation ne soit que transitoire. Hermione la remercia et lui signala qu'elle le saurait probablement si au cours de l'année la mémoire lui revenait. La jeune irlandaise mima un évanouissement grandiloquent et le retour brutal des souvenirs. Elles s'en amusèrent beaucoup.

La fin de soirée arriva trop vite au goût d'Hermione. Sirius avait beaucoup discuté avec ses amis et Hermione se trouvait plus proche de la française. Probablement à cause de la langue. La jeune fille regrettait de devoir partir tôt, le lendemain serait consacré à se préparer pour l'anniversaire de Harry Potter.


64 C'est une réminiscence d'une chanson. (par Oasis, évidemment) mais laquelle ?