Chap. 37: Interlude.
Demain se tiendrait une grande réception en l'honneur du "survivant". Maintenant qu'Hermione savait qu'elle avait été l'amie d'un Harry plus accorte et véritablement héroïque, elle avait du mal à accepter le fat personnage qu'il était devenu. Essentiellement par sa faute. Peut-être était-ce là plutôt que le bât blessait.
Elle décida de passer outre et de considérer que rien n'était immuable. La preuve, elle avait rendu totalement imbuvable un gentil garçon. Il était concevable qu'elle parvienne à faire l'inverse au cours de la prochaine année scolaire. Elle soupçonna même que c'était là la volonté cachée de Dumbledore. Comme lui avait fait remarqué Olaf Thorsthon, Albus est un tortueux et un manipulateur. La jeune irlandaise regrettait cependant de n'avoir plus avoir assez de souvenirs pour pouvoir résister à la pression que lui imposait le directeur de Poudlard. Elle jouait son jeu, Hermione le savait, mais elle ne trouvait pas de solution pour l'éviter.
La jeune irlandaise se promis d'en tenir quelques mots à sa tante Jane le lendemain dès que tous les convives auront cessés de s'intéresser à la vieille dame. Ce qui ne devait pas prendre plus de quelques minutes. Pour l'heure, elle recherchait désespérément une paire de chaussette en état. Sa robe trainait encore sur le dossier d'une chaise et elle attendait d'enfiler ces damnés côches pour enfin s'habiller. Elle fouilla tous ses tiroirs sans en trouver une seule. Pourtant, elle avait acquis un nombre conséquent de vêtements à la demande de Molly pour être tranquille à Poudlard. Hermione soupçonna Kreatur de faire de la rétention de linge sale ces jours-ci.
La jeune irlandaise reprocha d'une voix forte à son père d'avoir autorisé l'elfe de maison à participer à l'organisation de la fête donnée en l'honneur de Harry. Évidemment, Sirius ne pouvait entendre étant parti tôt le matin même pour ses affaires dans le nord du pays. Elle était seule dans la maison et commençait à désespérer de retrouver ses affaires. En petite tenue, Hermione dévala les escaliers à la recherche du linge propre pas encore repassé que Kreatur devait bien conserver dans un coin de la maison. Malgré ses efforts, elle ne trouva qu'une panière débordant de vêtements visiblement bons pour un long trempage. En désespoir de cause, elle se reporta sur les affaires qu'elle avait apportées en arrivant au mois d'avril précédent.
Sans difficultés, la jeune fille parvint à se glisser dans son jean usé. D'un regard dans la glace de son dressing personnel, elle trouva que cela valorisait sa ligne. Bien plus que les robes de sorcier informes qu'ils revêtaient tous habituellement. Le choix du haut fut plus délicat. Elle hésita longuement entre un débardeur qui lui faisait un décolleté légèrement provocant ou un chemisier nettement plus sage. Au quatrième essai comparatif, le chemisier l'emporta allégrement. Avec ses cheveux qui ondulaient paresseusement sur ses épaules et ses lunettes à monture d'argent, Hermione faisait pleinement ses 23 ans. Quoi qu'elle ne fut pas coutumière de l'auto-satisfaction, Hermione dût reconnaitre qu'elle n'était pas moche dans cette tenue. Mécaniquement, elle porta la main sur son estafilade. Dans la glace, cette cicatrice ne se distinguait pas trop, mais elle savait que tous ces interlocuteurs arrêtaient à un moment ou un autre leurs regards sur cette marque.
Hermione enrageait de ne pas pouvoir expliquer l'origine de cette marque. Il y avait fort à parier qu'il s'agissait d'une marque de magie noire. Seule cette magie résistait si bien à tous les onguents et tous les sorts qu'elle avait pu tenter pour faire disparaitre la cicatrice. La jeune fille réajusta ses atours et se précipita hors de la maison.
Le soleil brillait ardemment dans les rues de Londres. Le mois de juillet était particulièrement chaud cette année. Mais la jeune fille n'allait pas s'en plaindre. Au contraire, elle appréciait cette chaleur sur ses épaules. Elle aimait aussi flâner dans le quartier dans lequel elle habitait depuis des mois et qu'elle n'avait jamais visité. Les moldus ne se retournaient pas sur son passage. Á part quelques jeunes hommes pour la siffler très vulgairement. Hermione en avait rougit la première fois. Au bout d'un moment, elle trouva cela moins agréable. Certains l'abordaient parfois et elle les renvoyait gentiment au loin.
La jeune irlandaise se promena au moins deux heures sans but particulier. Elle visita quelques magasins moldus et hésita plusieurs fois à acheter quelques vêtements moldus pour compléter sa garde-robe. Jusqu'à présent, elle ne disposait que de la robe de soirée qu'elle avait enfilée avec Remus et Tonks la veille. Seulement, si elle était jolie, cette robe n'était pas très confortable. C'était un cadeau de Sirius et la jeune fille ne voulait pas trop le vexer en la remplaçant sans lui en parler.
Alors qu'elle prenait le chemin du retour, Hermione se trouva littéralement nez-à-nez avec Adeline Renard. L'assistante de Remus sortait d'un grand magasin avec une pile très conséquente de colis dans les bras. Hermione évita de justesse la pile qui s'effondra sur le trottoir.
- I'm really confused. articula Adeline toute dépitée.
- Ce n'est rien. répondit Hermione en français alors qu'elle se penchait déjà pour l'aider à ramasser les paquets.
- Vous êtes la fille de l'ami du professeur Lupin. continua Adeline qui s'était accroupie pour aider la jeune fille.
- Hermione Black, c'est cela. confirma la jeune fille avec un grand sourire. Vous c'est Adeline de Mathan. C'est cela ?
- Non, de Mathan, c'est mon nom de jeune fille. répondit Adeline. Mais je suis heureuse que tu me reconnaisses enfin. acheva-t-elle radieuse.
Hermione eut un instant de retient. Visiblement, elle venait de dire quelque chose qu'elle ne devait pas savoir. La jeune irlandaise se concentra un peu pour se souvenir précisément de quoi elle parlait.
- Albus m'a autorisé à te dire que tu avais passé quelques temps chez mon père. reprit Adeline.
- Robert Hue, c'est cela ? tenta Hermione. Adeline lui répondit d'un hochement de tête.
Une fois que les paquets furent réunis, Adeline proposa de parler de tout ce qui pouvait revenir à la jeune fille dans un endroit plus confortable. La voiture d'Adeline était parquée dans la ruelle attenante. Les deux femmes précipitèrent tous les paquets dans le coffre et Adeline verrouilla le véhicule.
- Une voiture moldue. Je vois que Anne est toujours aussi attachée aux principes. remarqua Hermione narquoise.
- Maman considère que nous avons une double culture et qu'il n'est pas juste d'en oublier la moitié sous prétexte que tout est plus simple quand on est une sorcière.
Hermione et sa future professeur rirent un moment en pensant à Anne qui les obligeait à vider elles-mêmes leurs couverts. Des images précises commençaient à émerger de la mémoire de la jeune irlandaise. Elles marchèrent un moment en discutant de choses et d'autres. Adeline s'étonna qu'Hermione porte des vêtements moldus car ce n'était pas trop dans les habitudes des sorciers anglais.
- Regardes-toi. rétorqua Hermione à Adeline vêtue ce jour-là d'un tailleur gris clair.
- Mais moi, je suis française. ironisa la jeune femme.
- Quand j'étais en Normandie, je m'habillais comme vous. émit Hermione sur le ton de l'interrogation.
- Tu faisais comme tout le monde. répondit Adeline en haussant les épaules. Cette caractéristique n'étant pas distinctive chez elle, contrairement aux pays anglo-saxons.
Enfin, l'enseigne d'un pub anglais convint aux deux femmes et elles s'y installèrent en terrasse. Dès que les commandes furent passées, Hermione entra dans le vif du sujet.
- Comment vont Michel, Thierry et Robert ? s'enquit-elle. Elle savait que c'était important, qu'elle devait savoir. Hermione ignorait pourquoi.
- Rassures-toi, ils vont bien. répondit Adeline.
Visiblement, elle avait autre chose à ajouter mais elle jaugea la jeune irlandaise et se qu'elle vit lui intima de s'arrêter. Hermione ignorait pourquoi Dumbledore refusait qu'on lui raconte son passé, cela lui était pénible. Malgré tout ce qu'elle avait appris, Hermione restait en quête d'identité et chaque avancée était trop courte.
- Je suis désolée. reprit la française. Je ne peux pas te donner de détail.
- Dumbledore le refuse. continua Hermione.
- Il craint que la magie qui opère encore en toi n'ait des influences néfastes si nous te racontons ton histoire. expliqua-t-elle.
- Je suis un rat de laboratoire. soupira Hermione.
- Rends-toi compte que tu es la première personne à réussir ce genre de voyage. s'enthousiasma Adeline.
- Au ministère anglais de la magie, ils en ont des étagères entières de ces retourneurs de temps. répliqua la jeune fille.
Adeline ne releva pas la phrase. Hermione tiqua sur l'usage du terme "anglais" pour désigner le ministère. De quel autre ministère aurait-elle pu parler ? Patiemment, Adeline demanda à la jeune fille assise en face d'elle de quoi elle se souvenait. La confiance et l'amitié qui liait les deux femmes se ravivèrent rapidement. Hermione oublia la trentenaire qui se trouvait devant elle et discutait à présent avec l'adolescente à peine mariée qu'elle avait rencontrée à l'époque. Le fait qu'elles parlent en français attira rapidement tout un troupeau de jeunes anglais très accapareurs. Dans un anglais parfait, Adeline précisa qu'elle était mariée et heureuse en ménage et que sa cousine n'était pas disponible non plus.
Rapidement on fit le tour des amis communs, des naissances et des décès, tous naturels, autour de la famille Mathan. Mais les souvenirs de la jeune irlandaise étaient taris. En dehors des visages et des noms des familiers du château de Brécourt, rien ne revint. On parla alors du futur travail de la française, de la rentrée prochaine pour les deux femmes. L'une est l'autre était autant excitée à l'idée d'entrer à Hogwarts. Hermione parce qu'elle se souvenait enfin d'une grande partie des belles années qu'elle y avait passé. Adeline parce qu'elle avait beaucoup entendu parler de cette école très réputée dans le monde magique.
Soudain, Big-Ben sonna quatre heures. Adeline eut un regard pour l'intérieur de son poignet où se cachait sa montre. Elle ramassa prestement ses affaires en expliquant qu'il lui restait moins d'une demi-heure pour récupérer ses fils et sa fille à l'école française. Hermione s'excusa d'avoir retenu si longtemps son amie.
- Voyons Hermione, cela faisait si longtemps. fit doucement Adeline. Il ne faudra pas hésiter à venir me voir, même le soir, dans ma chambrette de Poudlard. continua-t-elle dans un grand rire.
- Je ne sais pas si Rusard saurait supporter des promenades nocturnes. répondit Hermione. Mais si cela peut m'éviter des heures de dortoir avec des adolescentes de 15 ans.
- Tu feras un effort. acheva Adeline encore plus amusée.
- C'est certain. reprit Hermione qui doutait de supporter longtemps les commérages des adolescentes.
Les deux amies se quittèrent enchantées. Hermione insista bien pour qu'Adeline transmette son bonjour à Michel. Puis la française repartit avec sa voiture moldue. Légèrement modifiée à ce que vit Hermione. Restée seule, la jeune irlandaise hésita. Tous ces souvenirs étaient agréables, mais ils l'avaient passablement fatigué. Elle entreprit le trajet du retour qui passait à proximité du ministère de la magie. Une voix connue la héla alors qu'elle passait dans la rue adjacente à la misérable cabine téléphonique.
- Mademoiselle Black, j'ai eu de la peine à vous reconnaitre dans cette tenue. fit la voix.
- Percy ! je ne m'attendais pas à vous voir. répondit Hermione sans réfléchir.
La remarque sembla blesser le jeune homme. Et l'irlandaise tenta de se rattraper en précisant le fond de sa pensée. Étant donné l'heure, elle pensait qu'il serait dans son bureau. Il reconnut qu'il faisait ce jour-là une entorse à ses habitudes.
- Le ministre m'a demandé de me présenter à l'anniversaire de Harry Potter. fit-il très fier. Vous savez, c'est l'événement public de l'année. Hermione était mortifiée à cette idée. Pour elle, cette réunion, n'était que la reproduction de celle qu'elle avait déjà vécue.
- Nous nous y verrons certainement. dit-elle d'un ton qu'elle espérait neutre mais qui sonnait très faux à son oreille. Non pas qu'elle ne voulait pas le voir, au contraire, un visage connu dans un flot d'étranger était toujours bon à prendre. Mais elle se sentait dépassée par cet événement.
- Je ne vous ennuierais pas. siffla Percy. Si vous ne voulez pas me voir, je vous éviterez.
- Mais non, Percy. Au contraire. reprit Hermione. C'est juste que je ne suis pas à l'aise dans ces réunions.
- Pourtant, Sirius semblait très impressionné de votre intervention la dernière fois. fit le jeune homme un brin flagorneur.
- On ne se tutoie pas d'habitude ? releva Hermione. Percy devint écarlate des pieds à la tête avec une certaine concentration sur les oreilles.
L'ancien préfet-en-chef admit qu'il ne savait pas comment faire pour s'adresser à elle. D'un côté, il avait beaucoup de respect pour elle et considérait qu'elle méritait cette marque obséquieuse. D'un autre, il s'agissait d'une amie qu'il appréciait particulièrement. Sur l'invitation d'Hermione, il fut décidé d'abandonner le ton sirupeux et ampoulé. Il pouvait la tutoyer sans qu'elle s'en offense. Elle sourit en le regardant. Hermione venait de se souvenir du petit garçon qu'elle occupait la journée à Heuton-Pagnell. Finalement, il n'avait pas changé, sans être le plus mignon de la fratrie, il était resté le plus fluet, le plus discret. Ce qui ne l'empêchait pas d'utiliser à plein toute son intelligence pour arriver exactement où il le voulait, qu'importait les moyens et le temps. Loin d'être repoussée par cette ambition, Hermione trouvait qu'il méritait tout ce qu'il avait, exactement comme tous les autres.
Il lui proposa de partager un verre au "chemin de traverse". Hermione s'étonna, pourquoi un trajet si long alors qu'il y avait des troquets ouverts un peu partout autour d'eux ? Percy avoua qu'il n'était pas très à l'aise dans le monde moldu. La jeune irlandaise pensa qu'elle les choisissait. D'abord Sirius, maintenant Percy. Chaque fois qu'elle rencontrait des jeunes hommes sympathiques, ils n'y connaissaient rien. Elle soupira et lui indiqua de la suivre.
- C'est un sort de dissimulation très intéressant. émit Percy en regardant avec attention le haut des cuisses de la jeune fille.
- De un, tu lèves les yeux. de deux, ce sont simplement des vêtements moldus. scanda Hermione un peu empourprée et le pointant d'un doigt rageur. Heureusement pour Percy, elle n'avait pas pensé à un sort qu'elle aurait pu lui envoyer.
Le jeune homme qui venait de reprendre sa couleur naturelle redevint instantanément rouge écarlate. Hermione se retourna et reprit son chemin vers le pub le plus proche. Sachant que Percy ne pouvait le voir, elle sourit en se disant qu'elle avait bien choisi sa tenue avant de partir.
