Chap. 38 : Une mort pour une vie.
Equal.
Hermione rentra assez tard ce soir-là au square Grimaurd. Percy avait insisté pour la raccompagner jusque chez elle. Vraiment, la jeune irlandaise avait passé un agréable moment avec le jeune Weasley. Ils avaient beaucoup rit, elle avait un peu chanté de ces chansons de moldus qu'elle avait apprise longtemps auparavant. Il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis qu'elle les avait apprises avec Albert Durillon. Percy lui plaisait définitivement beaucoup. Il n'avait pratiquement rien à voir avec son ancienne vie et ne cherchait pas à se servir d'elle. De même le jeune Weasley n'avait rien à lui cacher. Personne ne l'avait informé, pour lui elle était simplement la fille de Sirius Black. Hermione le soupçonnais de vouloir profiter de ses liens privilégiés avec elle pour favoriser sa carrière. C'est pour cela surtout qu'elle s'était promis de résister.
Arrivés devant le perron du numéro 12 du square, Percy s'arrêta. Il attrapa sa baguette et arracha un morceau de zinc pendant d'une fenêtre mal équarrie voisine. D'un geste souple il transforma le morceau de métal en une délicate broche en argent. Hermione resta pantoise quand il lui offrit le bijou.
- Je ne suis pas riche mais je suis assez doué. fit-il avec un clin d'œil.
- Merci Percy, c'est très touchant. commença Hermione.
Le jeune homme lui sourit et commença à refluer. Hermione pensa à toutes les implications que pouvait avoir le moindre de ses gestes. Le jeune homme avait achevé sa descente à reculons du perron et venait de se tourner vers la rue. Puis finalement.
- Á Dieu vat. interjeta-t-elle.
Percy eut à peine le temps de se retourner pour demander d'expliciter ce qu'elle venait de dire que la jeune fille avait redescendu le perron à son tour. Elle plaça ses mains fermement à plat sur la poitrine du garçon, plongea ses yeux dans les siens. Enfin, les lèvres de la jeune irlandaise s'emparèrent de la bouche de Percy. Il lui donna rapidement ce qu'elle lui demandait et leur baiser dura un peu, longtemps. Il plaça ses mains dans le creux de son dos et Hermione se sentit frissonner, touchée par la force et la délicatesse de ces mains chaudes. Quoi qu'il ne parut pas très impressionnant ni expérimenté, Percy se révéla être très doué pour cet exercice particulier.
Lorsque leurs lèvres se séparèrent enfin, Percy passa doucement ses doigts le long de l'ovale du visage de la jeune fille sans pour autant relâcher l'étreinte de son autre main. Hermione ferma les yeux pour profiter pleinement du contact léger. Quand il plaça finalement la paume de sa main dans sa nuque, les deux jeunes gens se sourirent, les yeux rieurs, comblés par l'instant qu'ils passaient ensembles, seuls au monde.
- Á demain. fit Hermione en le repoussant doucement.
- Ai-je le choix ? reprit Percy en se passant le bout de la langue sur les lèvres dans une moue taquine.
- Pas vraiment, non. s'amusa la jeune fille. Délicatement, ils échangèrent un second baiser et Hermione reprit le chemin de sa maison.
Percy Weasley regarda la jeune fille s'éloigner et ne reprit sa route qu'une fois que la porte se fut refermée sur elle. Ce qui prit un certain temps car elle lui adressa encore ses adieux sur le pas de la porte. Pour la première fois depuis longtemps, Hermione se sentait bien.
La jeune irlandaise n'avait pas eu le roux qu'elle souhaitait de prime abord. Á défaut d'avoir Ron, elle prenait Percy. Et à bien y réfléchir, elle était certaine d'y gagner. Moins impressionnant, Percy était plus brillant, plus rigoureux et plus affectueux que son frère. Il était certainement le plus civilisé de la fratrie Weasley. Ginny exceptée, mais il s'agissait d'une fille, ce qui rendait le débat stérile.
- Tu ne perds pas de temps à ce que je vois. fit la voix de Sirius quand Hermione referma enfin la porte.
La jeune fille se tourna vivement et aperçu son père visiblement très contrarié. Patmol marchait en long et large dans le salon où il avait entrainé sa fille. Il fulminait de l'avoir vu dans les bras de Percy Weasley.
- Faire ça devant chez moi, avec le fils de mes amis. éructait-il.
- Ce sont aussi mes amis. coupa Hermione. D'ailleurs, ils furent les miens avant de te connaitre.
- Il n'empêche que je les fréquente depuis 17 ans alors que mademoiselle avait disparu ! trancha-t-il sur un ton désagréable.
La jeune irlandaise resta stupéfaite un moment. C'était un coup bas qu'il n'avait pas encore tenté d'employer à son encontre et elle trouvait que c'était méchant et prévu pour. Elle serra les poings. Le visage d'Hermione se voilât d'un sentiment sombre alors que du bout des doigts de sa main gauche elle tâtonnait pour retrouver au fond de sa poche l'étroit morceau de séquoia. L'envie d'envoyer son père voler à travers la pièce lui traversa, fugace, l'esprit. Elle se retint néanmoins de sortir sa baguette et affronta la tornade de vitupérations de son père adoptif.
- Papa, je suis en âge de gérer seule ma propre vie. s'écria-t-elle.
- Tant que tu vivras sous mon toit, j'aurais un droit de regard sur vos bêtises jeune fille. coupa Sirius.
- Très bien, "Molly". continua Hermione en se dressant furieuse à quelques centimètres de son père.
La tension était à son paroxysme et, comme chaque fois, Sirius rendit les armes. Il éclata de rire, de ce rire sonore et chaleureux que la jeune fille aimait tout particulièrement. Quand il se laissait ainsi aller à l'hilarité, il paraissait plus jeune, plus beau aussi. Le dernier héritier de la famille Black s'assit pour profiter pleinement de l'humour de la situation.
- Excuses-moi. hoqueta-t-il entre deux rires. J'ai passé trop de temps avec cette chère Molly et cela a déteint sur moi.
- Ce n'est pas grave. reconnu la jeune fille sincèrement.
- Si ça l'est. coupa Sirius. Tu es libre et je veux que tu le saches.
Hermione affirma qu'elle le savait parfaitement. D'ailleurs, aurait-il pu la maintenir en cage alors qu'elle avait vécu tant d'année seule, ne pouvant compter que sur elle-même ?
- Surtout, ne pense surtout pas aux années que j'ai passées seule en Irlande et en France. se moqua Hermione. Le visage de Sirius se décomposa. Manifestement, cela ne lui avait pas traversé l'esprit.
- J'ai adopté une gourgandine ! fut sa première réaction.
Ensuite, il leva les bras au ciel et pria Merlin de lui expliquer ce qu'il avait fait de mal pour mériter cela. Hermione s'en amusa encore plus. Elle le rassura néanmoins en affirmant qu'aussi loin qu'elle se souvenait elle était plutôt du genre chaste.
- C'est rassurant comme remarque ça, de la part d'une amnésique. remarqua Sirius dépité.
Ils se laissèrent aller à un rire salvateur qui fit retomber la pression accumulée au cours de leur dispute. Ils en étaient coutumiers et cela n'aurait aucune incidence sur leurs relations. D'une certaine manière, Hermione était satisfaite de constater que Sirius prenait à cœur son rôle de père, y compris dans ces excès de protection.
Ils s'embrassèrent et convinrent qu'il était largement temps d'aller souper. Kreatur s'était surpassé ce soir-là. Le fait d'être enfin libéré de la préparation de la soirée donnée en l'honneur de Harry jouait certainement dans ces préoccupations. Il souhaitait aussi probablement se faire pardonner de n'avoir pas été à la hauteur de sa tâche d'elfe de maison au cours des derniers jours. Ni Sirius ni Hermione n'aurait cependant trouvé juste de lui faire remarquer qu'il avait traité avec un peu de désinvolture le 12 du square Grimaurd.
Un peu lourde d'avoir trop mangé, Hermione ne s'éternisa pas au salon. Elle raconta sa rencontre avec Adeline Renard et le fait qu'elles se connaissaient depuis un moment déjà. Sirius s'amusa beaucoup de l'ingénue qui lui servait de fille.
- Combien d'autres amis as-tu laissé derrière toi ? s'enquit-il plus pour se moquer que pour savoir.
- Quand je le saurais, éventuellement, je t'enverrai un hibou. répondit Hermione narquoise.
Son père prenait un malin plaisir à appuyer exactement là où cela faisait bien mal. Il ne se rendait pas compte de la souffrance qu'il infligeait chaque fois qu'il avait ce genre de propos. Au moins Percy, ignorant tout du passé d'Hermione, avait la décence de ne se préoccuper que d'elle. La jeune irlandaise se renfrogna un peu en se calant dans le profond fauteuil. Elle remonta ses genoux sous le menton et pensa à tous ceux dont elle n'avait même pas le souvenir. Une larme rétrospective perla et glissa doucement. Il est difficile d'avoir de la peine pour des gens qu'on ne connait pas, ou plus, c'est selon.
Au lieu de ressasser des souvenirs désagréables ou de tenter de percer des murs d'ignorance, Hermione décida de se coucher. La journée du lendemain serait longue. Elle embrassa vivement son père qui était plongé dans l'un des manuels extraits de sa bourse magique. Régulièrement, il en prenait un et s'extasiait en imaginant que sa fille adoptive était capable de procéder aux sorts décrits dans les livres. Car il n'était pas douteux, compte tenu de l'état d'usure de la plupart des ouvrages, qu'Hermione maitrisa la majeure partie de leur contenu.
« §§§ »
Le soir du 31 juillet 1997 était un soir particulier. Une partie non négligeable de la sorcellerie anglaise se trouvait réunie pour célébrer le 17ème anniversaire de Harry Potter. Comme tous les ans, c'était Jane Olliver qui s'était arrangée pour organiser l'événement. Sa propriété ainsi que ses moyens financiers pratiquement sans limites avaient autant d'importance dans cette décision que le fait d'être la tante du parrain de Harry.
Celui-ci n'avait d'ailleurs plus donné de nouvelles depuis « l'incident » qui l'avait plongé dans un état comateux pendant une journée. Sirius avait tenté de lui envoyer des hiboux qui revenaient déchargés de leurs messages mais sans réponses pour autant. Il avait même demandé à Arthur Weasley de faire une enquête discrète. Il en était ressorti que le jeune homme résidait chez les Dursley. Ce qui surprit nettement son parrain. En effet, à cette époque-là, habituellement, le jeune homme résidait plutôt chez les Malefoy. Il semblait que Drago et son ami Harry s'étaient plusieurs fois disputés, dont une fois assez violemment. Une sombre histoire de sort de lévitation que personne ne comprenait vraiment. Son parrain avait espéré que cela puisse marquer une amélioration de leurs relations. Visiblement, ce n'était pas le cas. Á présent, le devenir de Harry importait peu à Sirius qui s'inquiétait surtout pour sa fille qui tentait de grandir contre sa volonté.
Comme à l'accoutumée, Hermione et son père se rendirent tôt à la réception et attendirent devant le grand perron de l'entrée principale. La foule était encore plus importante et plus dense qu'à l'habitude. Sirius avait choisi de revêtir sa plus belle robe de soirée qui lui donnait bien fière allure. L'homme qui n'avait jamais connu les cellules d'Azkaban était bien soigné, svelte et musculeux. Les éclairs de folie qui brillaient parfois dans ses yeux, du moins dans les souvenirs d'Hermione, n'existaient évidemment pas. Au contraire, il se montrait brillant et drôle. Lorsqu'il était comme ce jour-là parfaitement rasé, il paraissait cinq ans de moins. Mais Hermione le préférait avec une barbe de deux jours, légèrement abrasif à embrasser mais bien plus "macho".
La jeune fille avait, elle, choisi une robe de soirée très classique et point trop serrée. Si elle voulait mettre des vêtements moulants un peu provocants, elle attendrait de sortir dans le monde moldu. Pour cette soirée, elle avait privilégié les tenues strictes et chics. Á bien observer les autres invités, ce fut un bon choix. Toutes les personnes présentes paraissaient être endimanchées comme pour mariage ou un enterrement.
D'un geste preste, Hermione regarda l'heure sur la montre à gousset de son père. Elle regrettait de n'avoir pas pensé à demander à Adeline où elle pourrait se procurer une montre bracelet compatible avec la magie. La montre de Sirius indiquait 18h49. Il restait donc une heure et onze minutes à patienter avant de pouvoir entrer dans le manoir de sa tante Jane. La jeune irlandaise avait quelques difficultés à comprendre pourquoi il était aussi essentiel de venir se montrer si tôt.
Discrètement, la jeune fille salua ses cousins Suchet qui étaient mieux disposés que la fois précédente et s'excusèrent d'avoir été désagréables. Hermione sourit poliment mais pensa qu'elle ferait mieux de se méfier de tous ceux qu'elle rencontrerait dans ce genre de soirée. La première soirée avec Adeline et Adélaïde lui revint en mémoire. Ce n'avait pas été particulièrement brillant.
Hermione se dirigeait vers la petite haie de buis qui matérialisait la fin de l'esplanade pour l'enjamber et contourner le bâtiment. Comme d'habitude en somme. Elle espérait pouvoir retrouver sa grand-tante avant la cohue qui suivrait leur entrée dans la grande salle de bal. Une voix amicale l'interrompit dans sa fuite. La jeune fille se retourna vivement, le rouge aux joues, autant parce qu'elle avait été surprise en train de franchir les limites qu'à cause de la personne qui venait de l'interpeler.
La jeune irlandaise se trouva bientôt face à face avec Percy Weasley vêtu d'une sobre robe de soirée. Hermione pensa qu'il s'agissait à la fois d'un choix esthétique et d'une nécessité pécuniaire. Les ressources financières des Weasley n'avaient jamais été brillantes, et malgré une position très valorisante au ministère, Percy ne devait pas encore avoir accumulé une fortune. Les robes les plus sobres sont toujours les moins chères. D'une certaine manière, Hermione se sentit coupable d'avoir autant de moyens qu'elle pouvait en rêver. Son père adoptif était considérablement riche et elle risquait d'obtenir pour elle-même une richesse encore plus grande à la disparition de sa tante Jane. Elle espérait que ce moment viendrait le plus tard possible.
Il n'y eut aucun flottement entre les deux jeune gens. Hermione se dirigea souriante vers son soupirant qu'elle gratifia d'un généreux baiser. Elle sentit sans les voir tous les regards interrogateurs des invités présents alentour. Certains émirent quelques critiques, estimant qu'ils se donnaient en spectacle. Les deux tourtereaux tout à leur émotion toute neuve n'en avait à vrai dire cure. Ils s'éloignèrent ensembles bras dessus-dessous et discutèrent un moment. Une heure onze exactement. Enfin, Nigel le majordome appela Sirius et Hermione. En tant qu'héritiers désignés, ils étaient introduits les premiers. Sirius escaladais déjà les marches menant à la grande porte. Il se tortillait d'une façon qu'il espérait discrète pour tenter d'apercevoir sa fille dans la foule. Hermione tira Percy par la main jusqu'au pied des marches. Le jeune homme s'arrêta net. Il ne souhaitait pas monter avant son tour.
- Si nous montons ensemble. murmura-t-il. Tu sais sur quoi la gazette fera sa une demain.
- Tu t'inquiètes pour ta carrière ? ironisa Hermione qui trouvait que c'était bien l'occasion de s'assurer de ses choix, à lui.
- Absolument pas. trancha Percy visiblement outré. Je pensais que la dernière des Black n'était pas pressée d'être fiancée au secrétaire du ministre.
- Ou inversement. sourit-elle.
La jeune irlandaise se trouva rassurée et soulagée. L'attirance qu'elle motivait n'avait aucun trait avec l'ambition personnelle de Percy. Ou alors il était un formidable comédien. Elle se rapprocha de lui doucement avec un sourire en coin.
- Il va falloir être fort mon grand. fit elle avant le l'embrasser et de profiter de sa surprise pour le hisser de plusieurs marches.
Une fois qu'il avait commencé son ascension, le jeune homme n'eut d'autre possibilité que de continuer. Il fit contre mauvaise fortune bon cœur. Quoiqu'il eut pu connaitre pire chance que celle de se trouver officiellement admis dans la famille Black. Quelques rires émaillèrent sa progression mais lorsque le majordome salua le représentant officiel du ministre de la magie, les murmures cessèrent. Visiblement, ceux qui doutaient trouvaient que la fille de Sirius s'était bien placée. D'autres que le petit Weasley avait rondement mené son affaire et que son ambition n'aurait pas de limite. Hermione et Percy, qu'ils en soient conscient ou non était un couple publique qui serait observé sous toutes les coutures, tels des stars de cinéma dans le monde moldu.
Quand elle passa à ses côtés, Hermione vit Nigel opiner discrètement et avoir un sourire entendu à son égard. Elle ne savait pas bien ce qui était concerné par ce sourire, mais elle le lui rendit.
Dans le hall de réception, Hermione et Percy retrouvèrent un Sirius vaguement échauffé. Il trouvait relativement précoce le fait de se montrer ainsi ostensiblement ensemble.
- Papa, je n'ai pas dix ans. coupa Hermione. Á mon âge, je préfère contrôler mes fiancés potentiels plutôt que de supporter ceux que la presse me donnera, de toute façon.
- Monsieur, je suis désolé. marmonna Percy.
- Tu n'y es pour rien mon grand. répondit Sirius avec un grand sourire pour le jeune homme contrit. C'est ma fille qui est une irresponsable.
- Ce qui montre bien que je suis une Black. trancha Hermione en tirant comiquement la langue à son père.
La jeune fille laissa sur place père et petit-ami pour se diriger vivement vers sa grand-tante qui semblait follement s'amuser dans son coin. La vieille dame n'était pas encore assise et fit quelques pas en direction de la jeune fille qui s'approchait. Jane Olliver arborait un fier sourire en embrassant joyeusement sa petite-nièce sur les deux joues.
- Voilà un galant bien agréable à regarder. Remarqua la vieille dame complice.
- Secrétaire particulier du ministre. C'est pas mal comme tableau de chasse. S'amusa Hermione. D'un petit rire, Jane en convint.
La vieille dame attrapa la jeune fille par le bras et l'éloigna un peu de la cohue. Sirius et Percy furent contraints de deviner de quoi les deux femmes pouvaient parler ainsi. Peu à peu, Hermione rosit et devint même écarlate. Visiblement le sujet était très particulier et probablement important. Quand elles revinrent vers les invités, Sirius entendit sa tante parler d'un sort d'anti-migraine efficace les soirs de fatigue. Il toussota pour attirer l'attention de sa tante.
- Tante-Jane, je crois que je peux m'occuper moi-même de cette partie de son éducation. Fit-il doctement.
- J'en doute mon neveu, j'en doute. Ricana Jane.
- Moi aussi papa. Continua Hermione les pommettes qui tendaient à reprendre un ton carmin plus seyant.
Percy tenta de se faire oublier comprenant qu'il pouvait être à l'origine de la conversation. Il craignait un retour de flamme peu flatteur à son encontre. Par chance il ne fut pas mis en cause. Hermione se contenta de l'attraper par le bras et le trainer dans la salle de réception où se dressaient une trentaine de tables de douze ou quatorze couverts chacune. Il sembla à la jeune fille qu'un sort d'extension avait été employé pour rendre la pièce encore plus grande qu'elle ne l'était habituellement.
Un serveur endimanché qu'elle reconnut comme étant Dean, le petit-ami de Ginny, vint les guider jusqu'à leur table. Le carton de placement du couple voisin de la jeune fille fut transféré par magie sur une autre table pendant que celui de Percy revenait à ses côtés. Il restait une place vacante et Hermione se demanda si elle ne pouvait pas demander que le serveur qu'elle connaissait un peu soit son invité. Mais Nigel qui supervisait l'opération de l'entrée de la salle lui fit comprendre que le service était assuré par un nombre réduit de sorciers et qu'il n'était pas possible de se priver de l'un ou l'autre. Dépitée, Hermione revint à sa place sous les regards étonnés de son père et de son petit-ami. Cela lui fit penser au club de Slughorn. Le professeur utilisait d'autres élèves pour faire le service, dont le pauvre Neville d'ailleurs. La jeune fille se demanda ce que devenait son ami. Sous des dehors peu flatteurs et une timidité quasi-maladive, il était courageux et intelligent. Le revoir était une des satisfactions que la jeune fille trouvait à retourner à Poudlard.
Le temps de faire entrer tous les convives parut s'éterniser. La jeune fille n'en pouvait plus de se tenir bien droite, pratiquement figée en ne bougeant que les lèvres et très doucement la tête pour donner une image la plus parfaite possible de la famille Black. Bon sang qu'elle avait envie de mordre dans le petit pain que les serveurs avaient déposé à côté de chaque assiette. Elle fit seulement bouger son auriculaire en direction de l'objet de sa convoitise et Sirius lui intima de reposer sa main à plat sur ses genoux.
Ils échangèrent des regards un peu vifs qui valaient tous les mots du monde. Sirius savait parfaitement ce que la jeune fille vivait de frustration, il avait lui-même eu bien du mal à se plier à cette discipline rigide et stupide. Mais cela ne durerait qu'un moment. Dès que tous les invités seraient définitivement installés, tout s'achèverait.
Pour le moment, la table où étaient installés Sirius, Percy et Hermione se remplit d'Albus Dumbledore, d'un géant blond qu'il invitait, et de trois couples d'agents du ministère que Percy connaissait bien puisqu'ils dirigeaient chacun leur département respectif.
- Je ne me sens pas à ma place. Murmura Percy à l'oreille d'Hermione.
- Tu es l'adjoint du ministre, tu dois avoir l'habitude de les fréquenter. Remarqua Hermione avec la même discrétion.
- Pas au point de manger avec eux. Reprit-il après avoir salué l'un des agents.
- C'est une première pour toi ? s'étonna Hermione peu charitable. Ne t'inquiètes pas, tout va bien se passer.
Percy remercia son amie de son soutien, mais il doutait clairement de ses capacités à résister à la pression. Il balbutiait maladroitement des réponses aux questions que ces dames posaient par politesse. Il n'avait pas l'habitude de ce monde de codes et d'usages.
- Les femmes posent les questions pour trouver des sujets de conversation. Indiqua Hermione à son malheureux voisin qui lui répondit de travers.
- Et moi je dois poser quoi comme question ?
- Rien du tout. Coupa Hermione avec de gros yeux. Surtout pas. Ce serait très inconvenant.
- Alors je dis quoi ? reprit-il penaud.
- Tu réponds aux questions directes ou tu te tais. Souffla-t-elle. Tu vois, ce n'est pas compliqué.
Elle lui sourit chaleureusement en posa sa main sur celle de Percy. De l'autre côté de la jeune fille Sirius toussota pour marquer son désaccord. Hermione retira prestement sa main. Seule l'épouse du gros agent qui était assise en face de la jeune fille eut un petit sourire et un clin d'œil pour la jeune fille qui rosit.
La soirée qui débuta fut spécialement insipide. Assez rapidement Percy fut admis dans le cénacle des agents ministériels. Les hommes trouvèrent des domaines de compétences communs et ils parlèrent longuement des règlements des guildes, des lois du commerce avec les moldus ou des directives concernant les institutions scolaires. Même Dumbledore participait au débat, avec une grande culture et une certaine sérénité. Les agents du ministère semblaient attendre ses avis avant de s'engager sur certains domaines. Hermione comprit que malgré ses refus de prendre la direction effective du ministère il s'était constituée une telle audience qu'il pouvait influer très nettement sur les orientations politiques du ministère tout entier.
Les femmes établirent leurs propres conversations en marge de celles des hommes. Au grand regret de la jeune fille il n'y avait pas d'interpénétrations possibles. Seul le grand blond semblait s'ennuyer aussi fermement qu'elle. Il cachait son regard derrière des verres fumés et paraissait d'autant plus mystérieux et intriguait la jeune fille. Elle aurait aimé lui parler, mais chaque fois qu'elle tentait de s'adresser à lui, soit il se levait pour de mystérieuses raisons qui ressemblaient à de promptes excuses, soit il s'engageait dans la conversation la plus animée. Visiblement, il évitait de se trouver dans l'obligation de lui répondre. Enfin, il n'eut plus assez de bruit pour qu'il puisse encore se dérober.
- Dites-moi monsieur, que faites-vous dans la vie ? s'enquit prestement la jeune fille.
- Mon ami est un voyageur de commerce que j'emploie personnellement. Répondit Dumbledore à sa place. Hermione fulminait.
Après l'entrée, un moment fut dédié à Harry Potter. Jane Olliver gagna l'estrade d'où tout le monde pourrait la voir accueillir le « survivant ». Sous un tonnerre d'applaudissements, le jeune homme fit à son tour le trajet jusqu'à l'estrade. Il parut à Hermione encore plus orgueilleux qu'à son habitude. Percy crispa ses doigts sur sa serviette. La jeune irlandaise savait combien il y avait de ressentiment entre les Weasley et Harry Potter. S'il n'y avait le sauvetage de Ginny, aucun d'entre eux ne se serait gêné pour lui montrer d'un sort bien placé ce qu'il pensait du « survivant ».
Lorsque le calme revint, Jane Olliver présenta ses hommages au jeune garçon et lui renouvela les vœux de bonheur que la communauté lui délivrait chaque année.
- Cette réunion est spéciale mon cher Harry. Fit la vieille dame. Demain vous serez majeur, vous serez un homme bientôt accompli. En gage de notre estime à tous, je tenais à vous offrir cette montre ainsi que l'habit de cérémonie que vous pourrez revêtir lors de votre remise de diplôme.
Sous un nouveau concert d'applaudissements, les dits objets furent apportés par deux serveurs. Harry fit un petit geste en guise de remerciement. Puis ce fut à son tour de prendre la parole.
- Ma chère tante, je ne suis pas sans ignorer l'affection que vous portez à ma cousine adoptive. Commença-t-il.
- Ce n'est ni le lieu, ni le moment. Murmura Jane Olliver tentant de masquer sa colère.
- Pourtant, j'ai tout lieu de croire que votre confiance n'est pas reçue à sa juste valeur. Reprit le jeune homme un peu plus fort.
Un silence pesant s'installa instantanément. Quelques murmures malveillants continuaient encore de circuler, mais la plupart des invités restaient stupéfaits. Hermione bouillait intérieurement. Elle adressa des regards paniqués à Sirius et Percy. Le premier était livide et semblait ne plus pouvoir bouger. Le second était pratiquement aussi rouge que ses cheveux. En face d'elle Dumbledore avait fermement posé la main sur celle de son voisin blond qui s'était déjà presque levé. Hermione dévisagea le jeune homme sur l'estrade. Elle ne pouvait le voir, mais elle savait que le médaillon de Regulus pendait à son cou.
- J'ai la certitude que ma cousine n'est pas ce qu'elle prétend. Persifla Harry visiblement satisfait du silence qui se faisait dans la salle.
- Que voulez-vous dire ? s'enquit Jane d'une voix tremblotante, mal assurée.
- Que Miss Black n'est pas du tout une Black et probablement même pas la fille d'une pseudo Miss Parkinson. En tout cas, elle n'a pas de sang commun avec mon parrain. Acheva-t-il cassant.
- Je ne vois pas ce que cela vient faire ici. Répliqua Jane Olliver sèchement.
- Vous n'êtes pas sans ignorer que les héritages de la famille Black ne sont censés s'effectuer qu'au sein des membres demeurant en vie. S'exclama théâtralement le jeune homme.
- Je suis encore en vie, et je puis disposer comme je l'entends du patrimoine de mon époux qui n'était pas un membre de la famille Black. Coupa la vieille dame.
Hermione exulta. Sa grand-tante n'allait pas se laisser faire par le jeune coq. D'ailleurs, Harry sembla douter un instant. Aucun des invités ne quittait la scène du regard. Une forte tension était nettement palpable entre ceux qui faisaient confiance à Harry et ceux qui se rangeaient derrière la vieille dame. Á vrai dire le second camp avait bien moins de partisans.
- Monsieur Potter, coupa la vieille dame. Votre statut ne vous octroie aucun droit sur mes décisions et, à votre place, je me garderai de donner un avis superflu.
- Bien madame. répondit le jeune homme avec un sourire mauvais. Je ne souhaitais que vous mettre en garde.
- Je vous remercie de cette sollicitude, mais je n'ai que faire de ces postures protectrices. Le ton de Jane Olliver ne permettait pas de riposte. Pourtant.
- Ce n'est que mon devoir madame. fit le jeune homme en saluant obséquieusement.
Personne à la table d'Hermione n'était dupe de l'attitude de Harry. La jeune fille découvrit soudain que la totalité des gens installés à ses côtés appartenaient de près ou de loin à l'Ordre du Phénix. Ils se méfiaient de l'attitude du "survivant". Sur ce point de vue, la jeune fille ne pouvait que leur donner raison. Elle soupçonnait quelque chose de terrible à propos du jeune homme et, avec Dumbledore, ils étaient parfaitement en accord.
Malgré les douces attentions de Percy, la jeune irlandaise se sentit très mal à l'aise jusqu'au dessert. Quand les digestifs furent servis, les invités commencèrent à s'égailler. Il n'était pas prévu de soirée dansante et la fin du repas signifiait l'issue prochaine de la soirée. Hermione n'avait pas réussi à distinguer clairement où était installé Harry mais elle avait remarqué Drago qui se trouvait à la table voisine et parlait très fort de ses impressions quant à sa cousine. Plusieurs fois elle avait dû retenir Percy passablement énervé par la désobligeance du jeune homme assis dans son dos.
Dès qu'un nombre suffisant d'invités eurent pris congé, ceux qui restaient commencèrent à se mélanger pendant qu'une musique diffuse était audible sans qu'aucun groupe ne soit venu. L'idée était bonne et permettait de ne pas laisser la cacophonie s'installer. Sirius s'excusa et dût se lever pour rejoindre un groupe d'investisseur avec lesquels il était en pourparlers. Percy était accaparé par ses collègues qui se montraient étonnamment prévenant et sympathiques. Dumbledore et son ami avaient été parmi les premiers à prendre congé, au grand dam de la jeune fille.
Pratiquement seule, Hermione posa le menton sur la paume de sa main et attendit que le temps passe. Elle se sentait fatiguée, exténuée même. Le sommeil commençait à la gagner et cela n'était guère plaisant ni distingué. Elle fit tous les efforts possibles pour rester éveillée et retenir des bâillements d'ennui.
« §§§ »
Hermione se réveilla en sursaut. Il faisait sombre dans la pièce où elle se trouvait. Mais, où se trouvait-elle ?
La jeune fille glissa la main dans ses poches pour tenter de retrouver sa baguette sans succès. Elle fut contrainte de tâtonner pour la retrouver. Hermione se sentait tellement mal qu'elle ne parvenait pas à se concentrer suffisamment pour faire venir sa baguette comme elle en avait l'habitude. Elle devait faire une drôle de figure, à quatre pattes sur le sol, tremblante et inquiète. Malgré ses efforts, la jeune irlandaise ne parvenait pas à comprendre ce qu'elle faisait là. Tant est qu'elle puisse être quelque part. Un instant, elle se crut encore dans un rêve. Désagréable et nauséeux, mais un rêve tout de même.
Enfin sa main gauche butta sur quelque chose de ferme. Une autre personne était allongée là. Hermione remonta le corps pour mettre la main sur la baguette de son compagnon d'infortune et donner un peu de lumière. Au bout de quelques instants de recherche, Hermione parvint à se saisir d'une baguette que la personne inanimée tenait encore fermement dans sa main. La jeune irlandaise fut saisie par le froid de la peau et une nouvelle angoisse progressait en elle. Elle saisit le fin morceau de bois de sa main gauche.
- Lumos ! fit-elle doucement.
Un vague halo lumineux éclaira faiblement le sol et la personne qui reposait aux côtés d'Hermione. Elle se redressa et se mit à genoux pour agrandir la zone éclairée. La jeune fille eut à peine le temps de poser sa main devant la bouche pour retenir un cri d'effroi. Dos sur le sol était sa tante Jane Olliver. Son cou faisait un angle improbable avec son torse et le froid que la jeune irlandaise avait ressenti à son contact était celui de la mort. Hermione eut envie de hurler, elle aurait dû, appeler au secours, faire savoir ce qui se passait était la réaction normale. Mais il n'était pas naturel de retrouver ainsi la vieille dame.
Sa présence dans le petit bureau privé de sa tante n'était pas fortuite. Hermione sut d'instinct qu'il se passait encore des choses anormales. Dans sa position actuelle, elle se savait en danger. Manifestement, et aussi terrible que cela pouvait être, elle ne pouvait plus rien faire pour sa tante. Domptant les larmes qui coulaient déjà abondamment, la jeune fille entreprit de se relever. Doucement, tous ses sens aux aguets.
Une fois debout, Hermione se jura qu'elle ferait payer ce crime. Avant de se dire qu'elle ne serait jamais comme Jedusor, vengeance et haine n'étaient pas dans sa nature. Il était inutile de promettre ce qu'elle serait incapable de faire.
- Je suis très étonné qu'une fillette ait une baguette aussi puissante. fit une voix sifflante dans l'angle de la pièce.
Hermione se tourna doucement vers l'individu qui venait de s'exprimer. Sans surprise, la jeune fille distingua la forme serpentine de Voldemort confortablement installée dans l'un des fauteuils. Ses doigts fins et blanchâtres faisaient tourner la baguette d'Hermione. Il la considérait avec un intérêt particulier, visiblement impressionné.
- Celle-ci doit être au moins aussi puissante que la baguette de Sureau. reprit-il. En quoi est-elle réalisée ? Hermione hésita. Elle n'avait pas la promptitude de Harry.
- Bois de séquoia. balbutia-t-elle plus impressionnée qu'elle ne le souhaiterait pas le désagréable visiteur.
Voldemort la regarda, la transperça du regard plutôt. Hermione résista à l'intrusion de son esprit, elle se sentait de plus en plus nauséeuse. La jeune fille se concentra sur le corps de sa tante et la peine qu'elle ressentait. Visiblement cela ne satisfaisait pas le mage noir.
- Inutile de vous défendre. siffla-t-il. Dès que j'en aurais fini avec vous, j'utiliserai ce magnifique objet pour me débarrasser de votre présence. Il fit un geste léger avec la baguette de la jeune fille. Quel est le cœur de cette baguette ?
- Il est en os. répondit sobrement Hermione.
L'intrusion du mage noir dans son esprit avait renforcé sa détermination. Elle aussi avait une baguette en main, et elle savait s'en servir. Sa mort n'était pas inévitable et si elle pouvait éliminer une seconde fois Voldemort, elle ne s'en priverait pas.
- Mais ne rêvez pas Tom. reprit-elle. Elle ne vous obéira probablement pas. ajouta-t-elle narquoise.
- Personne n'utilise ce nom ! s'écria l'homme au visage reptilien. La rage déformait un peu plus son visage brouillé.
- Je n'ai pas peur de vous Tom. continua Hermione.
- Vous devriez, je suis le sorcier le plus puissant qui ait existé. s'écriait-il en se redressant un peu dans son fauteuil. Même Dumbledore ne peut plus rien contre moi. Il semblait prendre une grande satisfaction à cette idée.
- Pour me tuer, il vous faut une baguette Tom.
Hermione tendit sa main droite vers Jedusor. Celui-ci avait relâché son étreinte sur la baguette d'Hermione. Il fut très surpris de voir la baguette de Séquoia retourner docilement se poser sur la paume de sa propriétaire légitime.
- Très intéressant. souffla Voldemort.
- Rare mais pas inhabituel. trancha Hermione.
- Il me faudra vous tuer pour profiter de ses pouvoirs. reprit-il de sa voix sifflante. Il dodelinait de la tête ce qui devait manifester son contentement.
- Je crains qu'elle ne périsse avec moi. sourit Hermione.
L'idée d'une baguette à ce point attachée à son propriétaire semblait être inconcevable à Jedusor. Pourtant Hermione savait qu'elle disait vrai. Elle avait déjà perdu des combats et pourtant sa baguette n'avait jamais fait défection. D'ailleurs, sans qu'Hermione ne songe à combattre, sa baguette signalait son contentement en émettant quelques étincelles. Ce détail sembla faire grande impression à Jedusor.
- Il ne me reste plus qu'à partir. fit-il avec ce qui ressemblait à un sourire sur son visage inhumain.
- J'en doute. coupa Hermione qui dressa instantanément sa baguette en direction du sorcier.
Tout fut bref et très impressionnant. D'un geste, Jedusor sembla faire tournoyer toute la pièce. Hermione serra sa baguette dans sa main et tenta de lancer un sort d'incarcerem pour empêcher Jedusor de prendre la fuite. Le champ de vision de la jeune fille paraissait se restreindre dans une brume envahissante. Faisant un pas en arrière, elle buta contre un meuble et s'y accrocha. La forme longiligne de Voldemort se dressa devant elle. Il ondoya tranquillement du fauteuil jusqu'à elle. Vraiment, il était un très grand légilimens. Malgré ses efforts, Hermione ne parvenait pas à l'empêcher de brouiller sa perception de la réalité.
- Vous êtes très douée miss Black. siffla-t-il d'une haleine étonnamment légère. J'ai hâte de vous affronter à nouveau.
- Moi de même. pensa Hermione qui fut incapable de prononcer un mot.
- Jolie cicatrice. lança-t-il narquois en s'éloignant de la jeune fille.
Tranquillement, Jedusor se dirigea vers la porte qu'il ouvrit d'un geste vif avant de disparaitre dans le couloir. Hermione tomba douloureusement sur ses genoux. La fin du contrôle mental du mage noir n'était pas sans douleur.
Hermione resta-t-elle longtemps dans cette position inconfortable ? Elle n'aurait su le dire. Mais au bout d'un moment qui lui parut durer des heures, des bruits de pas se firent entendre. Puis des mains puissantes soulevèrent la jeune irlandaise. Des bruits étouffés, des exclamations contenues rompirent le silence pesant. Trois hommes et une femme au moins se penchaient à présent sur le corps de Jane Olliver. Sans résister, la jeune fille se laissa emporter jusqu'à un salon tout proche. Mais absence de réaction ne signifiant pas inconscience, Hermione prêta attention à tout ce que s'échangeaient ces sauveteurs. On l'installa confortablement sur un divan dans une pièce abondamment éclairée.
- Tu as vu ce qui est arrivé à madame Olliver ? s'inquiéta une jeune femme qui s'occupait de constater l'état de santé d'Hermione.
- C'est pas beau à voir. souffla l'interpelé, un homme assez grand robuste. Imagine que celui qui a fait ça s'en est pris aussi au majordome. continua-t-il visiblement écœuré.
- Moi, ce qui m'étonne. reprit la jeune femme. C'est qu'ils ont été tués sans magie.
- Comme si leur assassin n'avait pas de baguette à disposition. continua l'homme songeur.
La conversation dura un moment sur ce sujet. Hermione prit bien garde de ne pas ouvrir les yeux et de rester le plus immobile possible. Pour l'homme, l'absence d'usage de magie était très malin. Ainsi, il n'était pas possible de savoir qu'elle avait été la baguette employée et donc de retrouver le meurtrier. La jeune femme essaya plusieurs fois d'introduire l'hypothèse d'un accident. L'homme ricana chaque fois en répondant qu'il serait bien étonné de voir une personne se tordre le coup à 90° par accident. Le détachement dont faisait preuve les deux personnes à ses côtés fit prendre soudain conscience à la jeune fille qu'elle était encadré par des professionnels. Des aurors du ministère très probablement. Sa situation était donc très grave. Si elle était gardée en sécurité, ce n'était peut-être pas pour la protéger elle mais plutôt les autres. Hermione comprenait qu'on la soupçonna de la mort de sa tante. Elle était dans la pièce. Elle espérait seulement qu'on la croirait quand elle raconterait son histoire.
Au long de cette nouvelle attente, Hermione réfléchit aux conséquences des événements. Elle serait probablement accusée d'avoir tué sa tante, d'autant qu'elle bénéficiait largement du testament. L'esclandre de Harry pouvait avoir motivé la vieille dame à modifier son testament, ce qui donnait un mobile suffisant. Empêcher tante Jane de modifier son testament serait un argument très efficace contre elle. Pourtant, elle n'avait aucuns soucis financiers et ne voyait pas l'intérêt d'accumuler encore des richesses. La rumeur se chargerait de faire d'elle une intrigante. Vraiment, l'avenir proche risquait d'être un peu houleux. Mais Hermione prenait tout cela avec fatalisme. Depuis la mort de sa tante-Jane et le retour de Voldemort, tout ce qu'elle avait essayé de construire depuis son retour volait en éclat.
Dans un grand éclat de voix, Sirius se présenta à la porte du petit salon où les aurors avaient conduits sa fille.
- Laissez-moi la voir immédiatement. éructait-il très énervé. Derrière-lui la voix de Percy Weasley se faisait entendre calme et douce.
- Monsieur Black, je vous en prie. Ils nous laisserons passer dès que cela sera possible.
- Ne protège pas tes petits camarades. Hurla Sirius à destination du petit-ami de sa fille. Je sais très bien ce qu'ils font. Ils envoient en prison d'abord et jugent ensuite.
- Je n'aurais aucune raison de l'envoyer à Azkaban avant de la juger. fit une voix grondante et lourde. Effrayante pour tout dire.
- Benjamin Price. Sirius Black. fit la voix de Percy qui tentait visiblement de présenter le nouveau venu.
Hermione maintenait ses paupières fermées mais elle se demandait s'il ne valait pas mieux se redresser de suite et agir plutôt que subir.
- Je sais qui il est. coupa Sirius. Monsieur le directeur des services pénitentiaires.
Le dit Price salua respectueusement Percy qu'il gratifia d'un "monsieur" obséquieux, Sirius eut le droit à moins d'égards. Hermione entendit même le nouveau venu susurrer qu'à son avis Sirius devrait encore y séjourner.
- Quand allez-vous la relâcher ? intervint immédiatement Sirius impatient.
- Dans vingt ou trente ans. Tout dépend combien de temps elle mettra à avouer. reprit la voix sinistre. Il n'y avait pas l'once d'une plaisanterie dans sa remarque. Hermione sentit sur sa peau un souffle froid.
- Tout cela est inadmissible. hurla Sirius hors de lui.
- En effet. coupa la voix chaleureuse de Dumbledore.
Price salua le nouveau venu et s'enquit de l'origine de son intervention impromptue. Selon ses informations, il n'était pas douteux que la jeune fille, venue d'on ne savait trop où, était à l'origine de la mort de Nigel, Jane Olliver et de l'agression qu'avait subi Harry Potter. Sur son divan, Hermione tressauta. La situation était encore plus grave que prévu. Tous les protagonistes de l'altercation de la soirée précédente étaient concernés.
- Je puis vous garantir que cette jeune fille est innocente de ces faits. insista Dumbledore.
- Elle n'aurait simplement pas la force physique. continua Sirius.
- Ce n'est pas un argument recevable monsieur Black. D'autant que cette jeune personne se présente comme étant votre fille. persiffla Price.
- Quoi que vous en pensiez, cette jeune fille n'a rien à gagner à la disparition de madame Olliver si ce n'est du chagrin. reprit imperturbable Dumbledore. Mais je vois que vous tenez à la faire comparaitre. Dans ces conditions, le magenmagot se réunira en session spéciale demain à la première heure.
- Vous voulez dire dans moins de quatre heures ! s'exclama Price outré.
- Cette décision est sans appel. trancha sèchement le directeur de l'école. J'ai déjà pu constater que les preuves réunies sont très insuffisantes le coupable est certainement quelqu'un d'autre. Price maugréa un peu et prit congé.
- Je vais m'assurer d'avoir de nouvelles pièces. lança-t-il. Et cette fois, elles seront concluantes.
Des pas lourds s'éloignèrent vivement. Price n'était pas seul à partir, l'homme qui discutait avec la jeune médicomage le suivit. Hermione se détendit un peu mais l'idée de passer devant le tribunal sorcier d'ici à quatre heures ne la rassurait pas tellement. Malgré les certitudes de Dumbledore, il y avait toujours la possibilité que la cour décide de l'incarcérer. Elle ne put s'empêcher de frissonner.
- Mes amis. Reprit Dumbledore à destination de Sirius et Percy. Je vais avoir besoin de vous. Monsieur Weasley, prévenez votre père et dites-lui de contacter un certain "ami". Vous Sirius, vous allez rentrer chez vous.
- Évidemment, l'homme protesta que sa fille aurait besoin de lui sur place et non chez lui. Fermement Dumbledore le retint d'entrer dans la pièce.
- Votre fille aura surtout besoin de vêtements propres. remarqua le vieil homme.
Sirius décontenancé ne sut pas quoi répondre et finit par se laisser conduire le long du couloir par Dumbledore qui lui expliqua rapidement qu'elle serait la tenue la plus adéquate compte-tenu de la situation. La jeune auror semblait avoir achevé sa tâche et elle s'éloigna. Un bruit sec signala à Hermione qu'elle était enfermée dans la pièce. Comme on l'avait privé de sa baguette, elle ne pourrait pas s'enfuir, et d'ailleurs, elle n'en n'avait absolument pas envie. Faute de mieux, la jeune fille décida de se reposer et malgré la tension nerveuse accumulée le sommeil la trouva assez facilement.
