Chap. 39 : Á terrain découvert.

Hermione fut réveillée par le cliquetis des clefs dans la serrure. Elle se redressa en portant la main sur ses tempes. Les événements de la veille ressemblaient à un mauvais rêve. Pourtant, elle était encore dans ce petit salon privé dans lequel on l'avait porté la veille. Par conséquent, elle n'avait d'autre choix que de supposer que ce n'était pas un cauchemar, sa tante et son majordome étaient morts. Ce qui était déjà effroyable à supporter. Mais en plus de cela certains membres du ministère pensaient qu'elle en était responsable.

Une jeune femme vint déposer un plateau sur une console proche d'Hermione. L'irlandaise tenta de questionner la nouvelle venue sur les événements de la nuit. Mais celle-ci ne prononça pas un mot et secoua négativement la tête à toutes les questions que posaient Hermione. Quand la serveuse se releva pour prendre congé, Hermione remarqua qu'elle portait les marques de pleurs nombreux sur le visage. L'irlandaise sentit son cœur vriller dans sa poitrine. Elle n'était pas la seule à souffrir de la situation, elle n'était pas seule à être peinée par la disparition de Jane. Son chagrin était partagé par tous les membres du personnel.

- Il faut me croire, je n'y suis pour rien. balbutia Hermione en regardant ses chaussures.

La serveuse dévisagea la jeune fille et fit demi-tour prestement sans même un mot. Manifestement la décision était prise au sein de l'équipe. Elle était coupable. Hermione se sentit encore plus accablée. De mémoire, elle n'avait pas été dans une situation plus grave. En même temps, elle ne se souvenait de pas grand-chose.

En déjeunant sans appétit, Hermione remarqua un coli qui avait été déposé en même temps que le plateau. Son père lui avait préparé une tenue plus digne d'une comparution immédiate devant le magenmagot. Cela relevait surtout de l'hypocrisie pure. Sirius avait choisi une robe sombre de bon goût et de bonne facture mais moins ostensiblement riche que celle qu'elle portait encore. Hermione eut envie de tout envoyer promener et de ne porter que des vêtements moldus simples et confortable. Cette idée la fit sourire, elle se sentirait plus à l'aise, mais l'effet n'aurait pas été des meilleurs.

Elle finissait de se préparer lorsque Percy vint la libérer de sa prison improvisée. Hermione lui tomba dans les bras en pleurant.

- Percy, merci d'être venu.

- Tout va bien se passer. fit le jeune homme en prenant le menton de son amie. Dumbledore a tout prévu, et je serai toujours à tes côtés. Hermione sourit et il l'embrassa doucement.

Un peu rassérénée Hermione se laissa guider jusqu'à la salle de réception. Deux pièces étaient interdites aux visites par autant de plantons peu accueillants. La jeune fille en déduisit qu'il s'agissait des lieux des agressions. Malgré tous ses efforts, elle ne parvenait pas à se souvenir des circonstances qui l'avaient amenée dans ce bureau. Elle en connaissait l'existence, mais c'était l'un des lieux les plus privés du manoir. Sa tante n'emmenait jamais personne là-bas.

Percy la guida dans la cheminée de la grande salle en lui indiquant de se rendre au ministère. Sans difficultés, Hermione jaillit dans le grand hall du ministère où l'attendaient deux aurors. Elle se sentit rassurée en voyant devant elle Kingsley Shacklebolt et Tonks. La jeune auror lui fit un grand sourire et modifia fugacement la couleur de ses cheveux. Hermione était plus à l'aise. Kingsley prit la jeune fille par l'épaule.

- Dumbledore nous a expliqué ce qui vient de se produire.

- La réunion du magenmagot est purement formelle. continua Tonks.

- Je ne pense pas qu'ils puissent vous poursuivre. reprit Kingsley. Il eut un regard mécontent pour Tonks qui venait de l'interrompre. Et vous rentrerez bientôt chez vous.

- J'ai confiance en Dumbledore. reconnut Hermione.

Percy entra presque en collision avec son amie en émergeant de la cheminée. Hermione se confondit en excuses. Le jeune homme s'en amusa et lui garantit qu'il n'y avait pas de mal. En un instant, la jeune irlandaise était devenue cramoisi. En voyant cette réaction Kingsley eut un sourire de satisfaction. Si on lui demandait, il pourrait jurer que la fille de Sirius n'était pas capable de faire du mal consciemment. De sa voix de basse il invita la jeune fille et son ami à les suivre. Le trajet jusqu'au magenmagot fut presque routinier pour Hermione. Rien ne l'enthousiasma ni ne l'inquiéta. Au fond d'elle-même elle savait être déjà venu plus d'une fois. L'une d'entre elles ayant conduit à la mort de Sirius. Elle trembla à l'évocation de ce souvenir. Gentiment, prévenant, Percy la serra contre lui pour la réchauffer.

Le jeune homme confia la baguette de son amie au garde qui l'étiqueta comme la fois précédente. D'ailleurs, Hermione constata qu'il s'agissait du même homme. Elle le salua cordialement et il lui rendit son sourire.

- Ne vous inquiétez-pas pour l'étiquetage, je vais laisser en blanc. fit-il avec un clin d'œil. Hermione se pencha vers lui pour être sure que personne ne l'entende.

- Mettez "os de sirène" pour le cœur. le garde parut un peu surpris et observa la baguette avec un air d'étonnement.

- C'est la première fois que je vois ça. fit-il enfin.

Hermione s'éloigna en souriant véritablement amusée cette fois par la moue du garde. Percy et ses accompagnateurs ne relevèrent pas les raisons de cette soudaine hilarité. Pour eux, il était important qu'elle n'ait pas trop l'air effondrée. Merlin savait pourquoi, Hermione se sentait libérée après cette rencontre avec un illustre inconnu. Ce n'était pas sa baguette qui faisait sa force, mais sa confiance en elle, son amour pour les autres. Tout cela, personne ne pourrait lui prendre, pas même Jedusor.

En arrivant devant le détraqueur, Tonks et Kingsley brandirent leurs baguettes et le monstre s'éloigna pour les laisser passer. Hermione pensa que les mesures de sécurité n'évoluaient guère au ministère. Aurait-elle-même besoin de sa baguette pour faire fuir l'encapuchonné ?

Entrée dans le tribunal, on la poussa sur le banc des accusés. Ce qui était la seule nouveauté de sa visite. Elle s'installa docilement devant les jurés et l'ensemble du magenmagot. Parmi eux elle remarqua Dumbledore et Arthur Weasley. Elle avait des appuis dans le tribunal, restait à se montrer crédible. La jeune fille remarqua aussi l'absence de Harry. Manifestement, il n'était pas encore suffisamment remis de son agression et devait encore se trouver à l'hôpital magique.

L'avocat du ministère commença par exposer la situation. Soit la mort prématurée et criminelle de Jane Olliver et de Nigel Fynn. Mais aussi l'agression ignoble subie par Harry Potter. Le nom du "survivant" ému bien plus le public que ceux des autres victimes. Hermione serra les poings devant cette injustice flagrante. Parce que Jane était vieille et Nigel irlandais, leurs morts étaient moins graves que ce qu'avait subi Harry ? Il vivait au moins. Les larmes virent aux yeux de la jeune fille qui peina à les retenir.

- Nous avons apporté la preuve que Miss Hermione Black ici présente est coupable de ces crimes. lança l'avocat. Un homme un peu rond et pas très grand, portant grande crinière qui n'allait pas du tout avec sa physionomie.

- Qu'elles sont-elles ? questionna Dumbledore visiblement sûr de lui.

- Sa présence sur les lieux. commença l'homme replet.

- Qui est le fruit d'un imperium. fit une voix. La jeune médicomage qui l'avait soigné la veille venait d'intervenir du banc des témoins. Elle se fit réprimander par les avocats et la cour, mais l'argument de l'accusation s'effondrait.

- Le mobile est évident. reprit l'avocat décontenancé. Dès le lendemain, elle risquait de tout perdre. Quant aux moyens. acheva-t-il après un regard aux témoins pour leur intimer de se taire cette fois. Pensez messieurs et mesdames que Harry Potter est encore en soins intensifs à Sainte-Mangouste.

Quelques applaudissement accueillir la présentation de l'avocat. Il n'avait rien dit et certains semblaient pourtant déjà convaincus de la culpabilité de la jeune fille.

Le président décida de commencer les débats par l'audition du témoin un rien bavard. On demanda à la jeune médicomage de prouver ce qu'elle disait. D'un sort habile, elle fit apparaitre une note de service consignant ses remarques et la tendit au président du tribunal qui en fut satisfait.

L'avocat de Hermione, un certain Rodrigue, demanda à l'auror qui avait accompagné Harry Potter à Sainte-Mangouste de rapporter ses conclusions.

- En vérifiant la baguette de monsieur Potter. balbutia-t-il. J'ai remarqué que son dernier sort était un impérium.

La révélation surprit une bonne part du public et Hermione elle-même. La jeune fille se demandait comment Harry avait pu lui infliger ce sort sans qu'elle s'en rende compte. La question de la présence d'Hermione sur les lieux fut donc rapidement évacuée. On pouvait évidemment imaginer qu'elle avait été obligée de s'y rendre. Les témoignages de ses voisins de table, dont le secrétaire du ministre, furent bien utiles. Hermione paraissait absente alors qu'elle les avait quittés sans un mot.

Un médicomage et Tonks furent appelés pour justifier de la capacité physique de la jeune fille de venir à bout de ses adversaires. Le médicomage qui n'ausculta que sommairement la jeune fille dans le tribunal même en déduisit péremptoirement que c'était possible. Á la barre, Tonks admit qu'à sa connaissance Hermione avait les capacités magiques suffisantes pour vaincre n'importe quel ennemi. Dans ces conditions, elle ne comprenait pas pourquoi Hermione aurait fait usage de la force plutôt que de sa baguette. Enfin, elle remarqua que la jeune irlandaise pouvait probablement abattre la vieille dame, mais que Nigel étant plus grand et plus solide qu'elle, cela n'était pas cohérent.

Un souffle traversa la salle. Dumbledore et Arthur masquèrent leurs sourires dans leurs mains. Hermione restait impassible. Le détail était évident, et pourtant personne n'y avait prêté attention. La jeune irlandaise jeta un regard à Price qui fulminait. Son enquête était consciencieusement anéantie.

Rodrigue demanda que l'on relève sa jeune cliente de toutes les charges pesant contre elle. Mais l'avocat de l'accusation demanda un huis clos avec le président. Ils quittèrent rapidement la salle. Quand le président et les deux avocats revinrent la satisfaction avait changé de camp. Rodrigue regagna l'angle réservé à la défense mais n'eut aucune attention pour Hermione. Visiblement, il cherchait quelqu'un dans le public. La jeune fille n'eut pas l'occasion de chercher à son tour car l'avocat du ministère reprenait la parole.

- Nous avons établi que l'accusée pouvait être innocente de ce crime. Tous les éléments sont trop ambigus pour permettre de trancher. J'ai néanmoins la preuve indéniable de sa culpabilité. Il brandit la baguette de la jeune fille. Monsieur Ollivander, notre inestimable fabricant de baguette en a établi le diagnostic.

Il laissa la parole au vieux fabricant de baguette qui peina un peu à se présenter. Il avait manifestement l'habitude des expertises et sa présentation fut naturelle et concise.

- J'ai moi-même réalisé cette baguette pour une jeune fille en 1982. C'est un objet unique, une œuvre d'art. Cœur en os et bois de séquoia. fit-il doctement. Très puissante, j'ai eu beaucoup de peine à l'achever.

Un murmure outré traversa la foule à la mention du cœur. Présenté de cette manière, sa baguette n'avait rien d'autre que d'ignobles origines. Hermione serra les dents pour ne pas s'offusquer trop brutalement de cette manière de faire. Déjà l'avocat de l'accusation reprenait la parole.

- Pensez-vous que cette baguette soit puissante au point de contrôler l'âme humaine ? interrogea l'avocat. Rodrigue eut beau invoquer des spéculations sans fondement et des détournements d'expertise, le président se montrait très réceptif à cette idée. Hermione levait les yeux au ciel. Qu'allait-elle entendre encore.

- C'est une possibilité. reconnut finalement Ollivander.

L'avocat de l'accusation paraissait être sur son nuage de félicité. Avec une analyse pareille, Hermione ne finirait pas à Azkaban mais à Sainte-Mangouste dans le même service que les parents de Neville Londubat. Des murmures d'approbation circulèrent dans l'assemblée. La mention d'un cœur en os sans précision de l'origine accentuait l'image sanguinaire que l'accusation voulait donner d'Hermione.

- Comment s'appelait-elle ? demanda l'avocat. Ollivander releva la tête de ses notes au bout d'un petit moment.

- Á l'époque, j'avais noté Granger. Hermione eut le souffle coupé. La situation tournait très mal pour elle.

- Mais il s'agit probablement d'un faux nom. convint l'avocat. Ollivander allait répondre quand il fut interrompu.

- Cette séance ne doit pas avoir lieu ! hurla un géant qui abattit en grand la porte du tribunal.

Le président dût marteler un moment pour obtenir le silence tant l'intrusion avait choqué les personnes présentes. Des aurors tentèrent de se relever mais aucun n'y parvint. Disséminés dans le public des sorciers et sorcières armés les retinrent.

- Je suis Jack Longton. se présenta-t-il sobrement.

- Nous vous connaissons monsieur Longton. répondit le président énervé de cette intervention.

- Faites évacuer le tribunal. L'ordre ne souffrait pas de contestation.

Le président demanda que le public sorte. Jack insista pour que les membres du magenmagot soient réduits au strict minimum. L'avocat de l'accusation pesta un moment en refusant de sortir. Le président du tribunal le fit escorter. Quand le tribunal fut réduit à son essence stricte, le commandant du "S-C" fit sortir Hermione elle-même. Il ne restait qu'une dizaine de personnes triées par le président parmi les plus honorables membres du tribunal.

- Cette jeune fille est sous notre protection en tant que témoin. Comme vous l'avez-vous-même arrêté en 1982. Fit Longton.

- Un arrêt de 1982 ? s'étrangla le président.

- Cette jeune fille est celle qui a déposé contre Bellatrix Lestrange. reprit le géant sans hésitations. Dans ces conditions, elle ne peut être faussement accusée sans levée de son immunité. Je vous assure que ce ne sera pas simple. acheva-t-il d'un sourire.

- L'énergie que cette jeune personne à déployée dans le passé pour protéger le monde magique des mangemorts doit aujourd'hui lui être profitable. compléta Dumbledore qui venait de se lever.

- Expliquez-vous tous les deux. souffla le président un peu dépassé par les événements.

Hermione n'étant pas dans la salle et le tribunal tenu au plus strict secret, Dumbledore aurait pu tout raconter devant les quelques personnes restantes. Visiblement, Jack n'aurait pas eu de scrupules. Mais il voulait donner le moins d'audience possible à ce qu'il préparait.

- Depuis des années nous préparons la mission de cette jeune fille. reprit le directeur de Poudlard.

- Et quelle est-elle ? demanda le président. Pour autant que vous ayez cette fois décidé de nous tenir informés. acheva-t-il résigné.

- Protéger Harry Potter. répondit Dumbledore avec un large sourire.

D'un geste de tête, Jack confirma l'information. Le président en déduisit que dans ces conditions, il était peu probable qu'Hermione ait cherché à attaquer Harry. Il fit revenir le public, les avocats, le reste du tribunal et l'accusée.

- Étant donnés les éléments à décharge exposés par des membres éminents de notre communauté, étant donné que les dits éléments sont hautement confidentiels, la cour décide la relaxe totale de l'accusé.

La décision était sans appel, Hermione par une pirouette légale se retrouvait libre. Pas totalement blanchie des événements, mais libre. La jeune fille n'aimait pas cette décision car elle permettait à la rumeur de faire son office tranquillement. Le piège avait failli se refermer sur Hermione. Elle soupçonnait Jedusor d'avoir prévu ce déroulement.

Á ses côtés, Rodrigue eut une aimable remarque. Il la rassura sur la portée réelle de l'incident. Dans quelques semaines tout le monde aura oublié la manière pour ne retenir que l'aboutissement. Elle était libre et innocente, cela était la seule chose qui devait rester gravé dans son esprit. Hermione remercia son avocat qui insista.

- Ce n'est rien, vraiment rien du tout. souffla-t-il. Juste mon métier.

- Et celui de ce monsieur Longton. remarqua Hermione sagace. La réflexion arracha un sourire à son avocat.

- Et le vôtre aussi mademoiselle. Il semble que vous ne vous souveniez pas, mais vous avez fait par le passé des choses qui expliquent la considération de ce tribunal.

- Il parait. répondit la jeune fille un peu fâchée de ne pas se souvenir justement.

- Quand votre mémoire sera revenue, promettez-moi de venir manger à la maison. s'enquit Rodrigue.

- Je veux bien. affirma l'irlandaise, mais je ne connais pas votre adresse.

Rodrigue se contenta d'un clin d'œil en s'éloignant pour laisser arriver Percy qui attendait patiemment à ses côtés. Hermione en conclu que sa présence « à la maison » serait la preuve indéniable que sa mémoire était revenue. Charmant procédé en fait[1].

Hermione était encore perchée dans ses pensées, amusée et étonnée quand Percy lui posa la main sur l'avant-bras.

- Tout va bien ? s'enquit-il doucement.

- Je rentre à la maison, alors ça va. fit-elle dans un sourire triste qui jurait avec la légèreté dont elle faisait preuve l'instant précédent.

- Non, tu viens à la maison. releva Percy avec un vrai sourire.

Hermione le dévisagea un moment avant de comprendre de quoi il voulait parler. Le jeune homme lui expliqua qu'ils étaient attendus au Terrier. Dans un instant Sirius les rejoindrait et ils utiliseraient la cheminée publique. Hermione se tourna vivement vers le public dans l'espoir de voir son père. Pendant tout ce simulacre de procès, la jeune fille s'était inquiétée de ce que son père penserait d'elle lorsqu'il entendrait son passé, son comportement, ses fausses ambitions, étalés au grand jour. Pour le moment, Sirius était en pleine discussion avec Dumbledore et Arthur Weasley, probablement pour régler les derniers détails juridiques. Hermione aurait voulu qu'il s'approche et lui fasse un câlin, pour exprimer leur tendresse mutuelle, comme ils en avaient l'habitude. Percy aida la jeune fille à quitter le banc des accusés et la guida à travers la salle du tribunal vers la sortie. Les aurors Kingsley et Tonks étaient déjà repartis vers des tâches plus urgentes ou plus essentielles. Hermione n'en fut ni vexée ni déçue, elle était bien placée pour savoir que le devoir ne faisait pas de sentiments. La formulation, étrange, sonnait faux et la jeune fille se demandait d'où elle provenait. Elle pensa à une expression apprise par cœur, de force ou par habitude.

Elle vit cependant le géant encore droit et hiératique au centre de la pièce. Il paraissait insensible aux événements extérieurs. Plongé dans des pensées bien plus importantes que ces pauvres considérations. Hermione lâcha la main de Percy et lui fit signe qu'elle allait tenter de discuter avec son sauveur.

- Monsieur Longton ? s'enquit Hermione doucement.

- Pour vous servir mademoiselle Black. articula le colosse en se tournant vers la jeune fille avec une rapidité qui la surprit

- Je voulais vous remercier de votre aide. balbutia Hermione plus impressionnée qu'elle ne l'aurait voulu par le regard vide de cet homme.

- C'est inutile. trancha-t-il un peu rude.

Avec un vague salut, il se précipita vers la porte du tribunal. La jeune fille resta bouche bée, d'abord de la réponse mal aimable qu'il avait faite, puis de la dextérité de ce non-voyant. Il devait bénéficier d'un sort extrêmement efficace pour parvenir à se diriger sans hésitations. Promptement, Percy rejoignit sa jeune amie dépitée.

Ils devisèrent tranquillement de beaucoup d'autres choses que les événements de la veille en remontant jusqu'au hall d'entrée du ministère. Percy raconta sa vie dans les bureaux, sa recherche d'un appartement plus grand, plus confortable et londonien si possible. Elle confirma que la proximité de la ville moldue offrait des avantages non négligeables. Parvenus devant les cheminées, Hermione refusa d'entrer. Elle voulait marcher un peu avant de se rendre au Terrier. L'absence de réflexions désobligeantes de la part des sorciers qu'ils croisaient semblait confirmer les impressions de son avocat. La jeune fille se sentit soulagée et voulait en profiter en se promenant dans les rues moldues de Londres. Profiter de l'anonymat le plus absolu n'était pas sans lui déplaire.

Sans rechigner, Percy accompagna son amie dans les rues voisines du ministère pendant une bonne heure. Lorsque les bruits inconvenants issus de l'estomac du jeune homme furent impossibles à ignorer plus longtemps, Hermione convint qu'il était temps de rentrer.

- Il doit y avoir une cheminée publique dans la rue adjacente. remarqua Percy en pointant vers la droite.

- Je sais transplaner Percy. coupa Hermione. l'interpelé devint écarlate et balbutia honteux.

- C'est surtout pour être plus discrets. Insista-t-il. Hermione leva les yeux au ciel.

- Tu as vu comment on est habillé ? fit-elle en désignant leurs robes de sorciers qu'ils n'avaient pas pris la peine de dissimuler en sortant.

Au point où ils en étaient, si personne ne les regardait en raison de leurs habitudes vestimentaires, peu s'inquiéteront de ne plus les voir d'un instant sur l'autre. Par précaution, ils s'engagèrent dans une ruelle moins exposée et ils transplanèrent jusqu'au Terrier.

« §§§ »

Percy et Hermione arrivèrent à quelques centaines de mètres du Terrier. Le jeune homme fut surpris de l'endroit. Il s'était concentré sur l'entrée de la maison de ses parents, pas sur les abords du bourg de Ste Crespoule. Hermione lui expliqua qu'elle l'avait attrapé au dernier moment en un transplanage d'escorte pour être certaine qu'ils arrivent au même endroit.

- Tu connais les alentours du Terrier ? s'étonna Percy. Pourtant nous nous promenons assez peu par ici.

- Je suis venue plusieurs fois avec Sirius, dont une fois par une cheminée publique du village. mentit Hermione.

Comment pouvait-elle avouer qu'elle avait parcouru tous les alentours de sa maison avec sa mère alors qu'il n'avait pas quatre ans ? Á l'époque elle était encore "Tata Hermione" et non "Hermione-ma-petite-amie". Le changement de statut était un peu déstabilisant. En même temps, elle l'avait tellement espéré avec Ron qu'elle ne pouvait être déçue avec Percy.

Le trajet jusqu'au Terrier fut bref, ils avaient tous les deux faim et ne souhaitaient pas spécialement rencontrer l'un ou l'autre moldu du village.

Molly les accueillis bras ouverts avec quantité de baisers claquant sur les joues. Elle s'extasiait de voir son cher "préfet-en-chef" avec une jeune fille aussi jolie et intelligente, et surtout venant d'une si bonne famille. Les jumeaux prirent rapidement Hermione à partie dans un coin du salon.

- Tu n'es pas folle ? s'exclama Fred.

- Comment tu le supportes ? continua George.

- Elle a probablement des problèmes de sommeil. acheva Ginny en serrant son amie dans ses bras en guise d'accueil.

- Je vous promets qu'il est adorable quand vous n'êtes pas là. répondit finalement l'irlandaise.

- Définitivement folle. coupa Fred.

- J'appelle Sainte-Mangouste. lança George en se précipitant dans la cheminée.

Hermione sursauta à la mention de l'hôpital pour sorcier.

- Á propos de Sainte-Mangouste. fit-elle. Comment va Harry ?

- Il s'en remettra. fit Molly qui entrait dans la pièce, un torchon à la main. Il a besoin de temps pour se remettre.

- Je me demande qui a pu l'attaquer comme ça. intervint Ginny vivement.

- Dès que ça touche Harrrrry. fit George.

- Ginnnny est en transe. acheva Fred.

La cadette des Weasley aurait certainement appliqué deux superbes sorts de chauve-furie si sa mère n'avait pas été à moins de trente centimètres d'elle. D'ailleurs, Molly s'occupa de faire taire les moqueries. Prétextant que Ginny avait le droit de s'inquiéter de la santé du jeune homme. Ne faisait-il pas partie de la famille ?

Les jumeaux firent semblant d'être convaincus. Mais ils ne purent s'empêcher de mimer leur sœur se pâmant devant Harry lorsqu'ils quittèrent la pièce. Molly ne les remarqua pas, pourtant Ginny était visiblement furieuse et Hermione passablement amusée peinait à contenir un rire.

- Nous n'attendons plus que Sirius et Arthur pour passer à table. reprit Molly avant de s'éclipser à son tour.

Ginny et Hermione s'installèrent confortablement dans les canapés du salon du Terrier pour discuter du procès factice de la jeune irlandaise. Ginny paraissait bien renseignée ce qui intrigua son amie.

- La "Gazette du Sorcier" a fait sa une sur l'affaire. admit la jeune Weasley.

Hermione s'étrangla à moitié en entendant cette nouvelle. Elle voulut lire le dit journal, et malgré les dénégations de Ginny, elle parvint à mettre la main dessus.

"Mythes et réalités.
Par Rita Skeeter.
Nous venons d'apprendre la pénible nouvelle du décès prématuré de Jane Olliver. Cette vieille dame pratiquement sénile aurait avant de mourir accepté de céder son immense richesse à la fille adoptive de son neveu l'intrigant Sirius Black.
Au cours des semaines passées, nous avons pu commenter le fait que ce couple étonnant était parvenu à se faire bien voir de la grabataire. Il est très probable que la pharmacopée traditionnelle ait été employée par ces intrigants. Du moins c'est ce qu'affirment nos sources proches de la victime.
Ensuite, nous voulons insister sur cette prétendue irlandaise. Les documents du ministère indiquant son existence dans notre monde sont très récents. Probablement frauduleux. Il est certain que cette jeune
fille dissimule sa véritable identité et sa vraie nature. N'est-elle pas, en effet, la maitresse de Sirius ? Nous en avons la certitude et les preuves.
Notons surtout que le décès de Jane Olliver survient au moment exact où notre héros Harry Potter dénonçait vivement la supercherie.
Cette jeune femme aurait probablement sa place dans le quartier des déments de Sainte-Mangouste. Elle n'a même pas attendu que les invités de la soirée consacrée à Harry Potter soient partis pour mettre en œuvre son plan machiavélique. Après avoir tué par des sorts impardonnables la malheureuse Jane Olliver et son secrétaire Niels, elle s'est attaquée à Harry lui-même.
Fort heureusement, le jeune homme s'est montré à la hauteur de la détermination meurtrière de son agresseur et parvint à l'immobiliser avant de sombrer lui-même dans l'inconscience.
Á l'heure où nous imprimons, Harry Potter est toujours soigné à Sainte-Mangouste. Pour sa part, la jeune fille qui, nous le répétons, aurait sa place parmi les déments, comparaitra dans les jours qui viennent.
L'agent du ministère en charge de l'affaire, Benjamin Price, n'a aucun doute quant à la culpabilité de l'interpelée. Il prévoit même une incarcération préventive avant son exécution probable tant le crime est odieux."

Hermione resta ébahie et nauséeuse à la lecture du tissu d'inepties qu'elle venait de lire. Si la gazette avait toujours le même tirage, alors la rumeur ne cesserait d'enfler.

- Pratiquement rien n'est vrai ! s'écria Hermione en reposant le journal. Même le nom du majordome est écorché. soupira-t-elle.

- Comme d'habitude. ricana Ginny.

- Je vais avoir une image déplorable. souffla l'irlandaise déprimée. Elle comprenait ce que Harry pouvait ressentir lors des attaques qu'il avait dû subir de Skeeter. Dans ce présent pourtant, il avait été épargné.

La cadette des Weasley lui assura de son soutien inconditionnel, à la condition de l'aider avec Harry. Évidemment. L'irlandaise ne releva pas l'incongruité de sa phrase.

- Tu tiens à l'avoir alors qu'il est insupportable ? s'étonna Hermione.

- Il manque à mon tableau de chasse. répondit, canaille, Ginny.

- J'abandonne. Je t'aiderais si tu veux. Mais tu vas le regretter. reprit l'irlandaise.

Pour elle, Ginny et Harry représentaient le couple idéal, elle les avait déjà vus ensembles. Mais c'était dans ses souvenirs et les choses avaient tellement changées qu'elle n'était pas certaine que ce soit une bonne solution. Si son amie voulait essayer l'aventure, elle ne pouvait pas ne pas l'aider. D'ailleurs, ce serait un détail enfin remis en place.

Le repas fut copieux et chaleureux. Comme il l'était toujours chez les Weasley. Malgré les délicates attentions de Percy et le soutien de Sirius, Hermione se sentait mal à l'aise. Ce qu'elle avait lu dans la "Gazette du sorcier" la perturbait plus qu'elle ne voulait l'admettre. Á la fin du repas un hibou de Poudlard vient se poser sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. Le message adressé à Hermione lui enjoignait de se rendre dès que possible à Sainte-Mangouste. Bien qu'il ne fut pas signé, Hermione savait qu'il émanait de Dumbledore. Sans prendre le temps de grignoter un dessert, la jeune fille s'élança. D'un petit signe elle salua les personnes présentes et transplana dès qu'elle eut passé la clôture du Terrier.

« §§§ »

Hermione arriva un peu échevelée à Sainte-Mangouste. En transplanant, elle s'était trompée d'hôpital et était arrivé devant celui des moldus. Elle avait dût parcourir une partie du trajet à pied moitié trottinant. Dans le hall elle retrouva Dumbledore qui l'attendait patiemment. Il la salua cordialement et elle lui répondit sur le même ton.

- Nous allons voir Harry ? s'enquit Hermione.

- En effet. convint Dumbledore. Nous discuterons ensuite de ce qu'il convient de faire.

La progression dans les couloirs blancs de l'hôpital n'était pas exactement ce qu'Hermione préférait. Malgré la clarté du lieu, baigné d'une lumière blanche, crue, inondant tout et gommant les détails, la jeune irlandaise trouvait que ce n'était que dissimulation et masques. Finalement, derrière la façade de propreté, les murs parfaitement blanchis, le carrelage étincelant, c'est la mort et la folie qui rampait le long des plinthes. Hermione frissonna en pensant aux Longdubat qui végétaient deux ou trois étages plus hauts. Vraiment, en plus de sa claustrophobie, la jeune fille avait une répulsion très forte pour ce genre d'établissement. Et encore, elle ne faisait pas trop attention à l'odeur d'éther mélangée à celle du souffre[2].

Les personnes qu'ils croisaient ressemblaient plus à des ombres qu'à des êtres vivants. Entre ceux qui portaient des robes de médicomages blanches et ceux qui revêtaient des pyjamas d'hospitalisation à peine colorés. Ou plutôt largement décolorés par les multiples passages à l'étuve. Dumbledore ne paraissait pas perturbé par les éléments qui angoissaient la jeune fille. Il avançait d'un pas sûr et parfaitement cadencé. Un médicomage s'arrêta à leur hauteur pour prendre des nouvelles de son patient. Hermione resta un instant surprise.

- Je vous remercie Hector. fit Dumbledore en levant sa main noircie. Je vais bien.

- Pensez à passer me voir dès que possible Albus. reprit péremptoire le médicomage. Nous devons revoir la posologie de votre traitement.

- Il me reste encore quelques préparatifs à mettre en place pour la rentrée. sourit Dumbledore. Dès que ce sera fini, je me mettrais en retraite et votre cobaye sera tout à vous.

Hermione tressaillit. Ainsi, le directeur de Poudlard envisageait de quitter ses fonctions dès cette année ! Le vénérable directeur ne semblait pas particulièrement enthousiaste à cette idée. Mais avait-il véritablement le choix. Sa vie serait bientôt à son terme et il n'y avait rien à faire contre cela. Même l'intervention d'Hermione avait été inutile.

- C'est probablement mieux ainsi mon ami. releva Hector.

- Je ne le fais pas de gaité de cœur. conclut Dumbledore. Mais il faut parfois. il hésita. passer la main.

Le mauvais jeu de mot lui arracha un sourire ainsi qu'au médicomage et à la jeune fille. Son départ n'était pas une fin, comme la mort n'était pas une épreuve. Dans ce lieu, un tel détachement était salutaire. Hermione regardait son directeur et revit la mort de son mentor. Hector prit congé et se précipita sur une infirmière qui avait fait l'erreur de ne rien avoir dans les mains.

- Un jour, un ami m'a fait promettre d'accepter l'aide qu'on me proposait. fit Hermione sans quitter Dumbledore des yeux.

Le vieil homme paraissait toujours aussi doux et attentif, mais les étincelles qui naissaient dans ses yeux prouvaient qu'il comprenait parfaitement de qui Hermione parlait. Il s'abstint de répondre se doutant probablement que sa jeune élève n'avait pas encore fini.

- Jusqu'à aujourd'hui vous avez tout régenté sans demander d'aide. Elle s'arrêta. La formulation n'était pas exacte.

- J'ai grand besoin de votre aide mademoiselle Granger. fit-il d'une voix douce. Bien plus que vous ne l'imaginez.

- Alors, il est inutile de tricher. lança-t-elle. Combien de temps ? Dumbledore sourit.

- Guère plus de six mois. répondit-il. Bien trop court pour ce que nous avons à faire. convint-il dans la foulée.

- Vous en avez fait plus que nécessaire professeur. releva Hermione. Maintenant, c'est à nous de nous occuper des horcruxes.

Le directeur de l'école de sorcellerie accéda à la requête de sa jeune élève. Il reconnut que sa détermination dans cette mission l'avait conduit à l'aveuglement. Probablement l'âge avait fini par avoir raison de sa prestance et de ses réflexes. Il était grand temps qu'il se retire de la scène avant de devenir ridicule. La jeune irlandaise ne protesta que pour la forme.

En quelques pas ils arrivèrent devant une porte gardée per deux aurors. Assurément le ministère craignait l'intervention de nouveaux agresseurs. La coupable potentielle s'étant révélée appartenir aux soutiens du jeune homme. Les gardes saluèrent Dumbledore et lui ouvrir le passage sans difficulté. Il fallut toute l'autorité du directeur pour faire entrer Hermione.

Harry reposait dans des draps blancs immaculés et parfaitement tirés. Le voir ainsi allongé donnait l'impression de voir un défunt attendant l'heure dernière. La jeune fille frissonna. Seules les longues respirations et les ondulations de sa poitrine prouvaient qu'il respirait paisiblement. Harry paraissait tranquillement et profondément endormi. La jeune irlandaise s'avisa de la présence de siège dans un coin de la pièce et commença de s'y diriger pour s'installer en attendant qu'il se réveille.

- Inutile mademoiselle Black. Hermione sût instantanément ce que serait la suite de la réplique de Dumbledore. Il n'aurait pas utilisé son nom d'emprunt si Harry dormait encore. Notre ami a beaucoup de défauts, dont celui de ne pas reconnaitre ses amis.

- Ne soyez pas injuste professeur. répliqua Hermione avec un rictus moqueur. Lui avons-nous seulement montré ? Dumbledore regarda la jeune fille visiblement impressionné.

- C'est exactement pour cela que nous sommes venus. reprit-il.

Le directeur se pencha vers Harry et lui souffla directement dans le creux de l'oreille qu'il souhaitait le voir conscient pour discuter de choses importantes. Le jeune homme ne fit pas même semblant de se réveiller. Hermione pesta contre l'arrogant mais Dumbledore lui intima de se calmer. Il était inutile d'être désagréable, tout ce qu'ils voulaient étant simplement discuter.

- Excusez-moi professeur, je ne peux m'empêcher de penser que Harry est responsable de la mort de Jane Olliver. répliqua Hermione.

- Responsable mais pas coupable. releva justement le vieil homme.

Hermione pensa qu'elle était aussi responsable de ces décès. Si elle n'avait pas modifié le passé, alors Harry n'aurait pas été contrôlé par Voldemort dès son entrée à Poudlard. Le débat largement factice qu'entretenaient les deux sorciers sembla porter ses fruits. Harry entrouvrit finalement une paupière.

- Je ne l'ai pas voulu, c'est arrivé. balbutia-t-il.

Dumbledore le rassura et affirma qu'il comprenait ce qu'il ressentait. Il lui expliqua qu'il était soumis à la volonté d'un sorcier plus puissant mais qu'à présent, ils allaient s'occuper de cela. Le jeune homme était très timide, renfermé comme un enfant pris en faute. Très différent en tous cas de l'odieux personnage qui la veille encore dominait son monde. La jeune irlandaise fut surprise de deviner sur son visage des attitudes qu'elle lui connaissait. Au cours de la conversation il devint même de plus en plus évident que Harry s'exprimait pour la première fois depuis des années. La possession de Voldemort semblait s'être dissipée au moins en partie.

Lorsque le dialogue fut bien installé, Harry redressé sur son oreiller écoutait attentivement ce que le directeur de l'école avait à lui apprendre. Le convalescent eut néanmoins besoin de l'aide de l'irlandaise pour défaire les draps trop serrés. Hermione s'approcha de la tête du lit et par mégarde fit tomber les affaires de Harry sur le sol. Désolée, elle remit le linge sur la chaise et s'excuse une bonne dizaine de fois.

Puis Hermione resta silencieuse et observa attentivement les réactions de Harry quand le directeur lui parla de Sirius, de l'Ordre, de la lutte contre Voldemort. Chaque information fut reçue également par le jeune homme qui ne chercha pas à fuir ses responsabilités.

- Miss Black sera votre garde-du-corps lors de la prochaine rentrée. Promettez-moi de vous conformer à ses choix.

- Subir les ordres d'une bâtarde, d'une sang de bourbe ! rugit le jeune homme. Vous plaisantez j'espère !

- Absolument pas Harry. trancha sèchement Dumbledore dont le visage venait de se fermer sous le flot d'injure.

De son côté, Hermione resta totalement impassible. Les avis et les opinions de Harry la concernant la laissait totalement indifférente. Il pouvait penser ce qu'il voulait, elle ne changerait pas pour autant. Par contre, Dumbledore s'irritait de cette vindicte infondée.

- Harry, quoi que tu en penses, mademoiselle Black est la personne la plus indiquée pour cette fonction. fit doucement le directeur.

- Je n'ai pas besoin qu'on me surveille. releva sagace Harry.

Il était évident qu'Albus Dumbledore ne proposait pas la protection d'Hermione mais bien sa surveillance. D'ailleurs, de quoi devraient-ils protéger Harry à Poudlard ?

- Alors autant te livrer tout de suite aux mangemorts. trancha fermement Dumbledore. Je ne serais bientôt plus capable de te protéger.

La voix de Dumbledore accusait des trémolos qu'il tentait manifestement de cacher. L'idée de sa propre mort ne paraissait pas l'angoisser. Mais ne pas parvenir à soutenir Harry lui était insupportable.

- Je ferai mon possible. admit Harry penaud. Hermione sourit.

- Ne t'angoisse pas tout de suite. Je ne suis pas un dragon et tu ne m'auras pas souvent sur le dos. Elle ajouta aussitôt. Enfin j'espère.

- Nous aurons beaucoup de choses à rattraper cette année madame. convint Harry. Hermione éclata d'un rire franc.

- Pas madame, s'il te plait, cela me vieillirait trop. D'ailleurs, je serais à l'école avec vous tous à la rentrée. Elle ajouta pour être bien comprise. En tant qu'élève.

Poliment Harry ne fit pas remarquer qu'elle ne passerait que difficilement pour une élève de 7ème année. Mais se déclara très heureux de pouvoir compter sur quelqu'un.

- Je crois que la rentrée va être difficile. marmonna-t-il. Je n'ai guère envie de retrouver mes amis.

- Ne t'inquiète pas, j'aurai largement le temps de convaincre les Weasley que tu n'es finalement pas un mauvais bougre. lança Hermione avec un clin d'œil.

Harry expliqua qu'il ne pensait pas à eux mais bien aux jeunes qu'il fréquentait habituellement, Malefoy, Crabbe et Goyle entre autres. Hermione se mordit la lèvre, elle avait oublié ces détails. Heureusement Dumbledore vint soutenir la jeune fille.

- Vos vrais amis, ceux qui comptent, sont ceux de votre prime enfance. fit-il sentencieux. Ils ne vous abandonneront pas. soyez-en certain.

- Je veux bien vous croire professeur. murmura Harry indubitablement peu convaincu.

- Nous reviendrons pour vous aider à vous remettre de cette épreuve. fit Dumbledore sur un ton particulièrement rassurant.

Le vieil homme salua Harry et prit la direction de la sortie. Rapidement Hermione fit de même et rejoignit Dumbledore sur le pas de la porte. Il lui fit signe de le précéder d'un geste de sa main noircie. En dehors de cet élément, rien de permettait de deviner que le vénérable directeur ne serait bientôt plus à même de diriger son institution. Pendant qu'ils avançaient dans les couloirs aseptisés de l'hôpital sorcier, Hermione se sentait coupable de n'avoir pas pu prévoir ce qui s'était déjà produit dans ses souvenirs. Elle avait condamné aussi surement le vieil homme que si elle l'avait elle-même attaqué. Dumbledore sembla comprendre ce à quoi elle pensait. Il faisait toujours ainsi, et c'était difficile à supporter. Cette impression de ne pas avoir d'intimité en sa présence.

- Ne pensez pas qu'il s'agit là de votre responsabilité. murmura-t-il en désignant sa propre main.

- Vous croyez aux reliques de la mort. acheva Hermione. Ce n'est pas une faiblesse.

- Non, en effet. reprit-il. Mais ma cupidité en fut une.

Hermione ne cilla même pas. Elle savait de quoi il retournait et faisait preuve de peu de compassion pour le vénérable directeur. Elle ne comprenait pas bien pourquoi.

- J'imagine que votre baguette est celle du conte. fit-elle en désignant la poche de Dumbledore qui s'en amusa aimablement.

- Vous êtes brillante, comme toujours. Hermione eut une moue embarrassée.

- Pas plus qu'une autre professeur. répliqua-t-elle. Je suis peut-être douée. Dumbledore ne lui laissa pas le temps d'achever sa phrase.

- Vous n'êtes pas douée. trancha-t-il. Vous avez beaucoup, énormément travaillé. Bien plus que la plupart des jeunes gens de votre âge. Il laissa un silence. D'ailleurs, vous les surpassez tous.

Hermione qui était un peu embarrassée par les premiers compliments du directeur de Poudlard fut à la fois agacée par le sens de sa remarque et réconfortée par le ton employé. Il la reconnaissait comme une grande sorcière alors qu'elle-même n'en avait pas la certitude. Mais cette référence au travail marquait ses limites. Un jour, ce ne sera peut-être plus suffisant.

- Je pourrais travailler mes sorts nuits et jours, je ne saurais jamais éliminer Jedusor. convint-elle comme anéantie par sa conclusion.

- En effet, tuer n'est pas dans votre nature. répondit Dumbledore. Mais personne ne vous le demandera.

- Pardon ? s'enquit-elle. Je ne vous suis plus professeur.

- Voldemort est bien revenu, mais cette fois, c'est à Harry de l'éliminer.

Jamais au cours de leurs discussions précédentes ils n'avaient évoqué le retour de Jedusor et les événements qui avaient conduits à la mort de Jane Olliver et Nigel. La jeune fille resta interdite un moment aux côtés du vieil homme. Alors, elle n'avait pas rêvée cette confrontation.

- C'est de ma faute. murmura-t-elle. J'aurais dû prévoir et détruire l'horcruxe du médaillon avant que Jedusor ne s'en échappe.

- Êtes-vous certaine que notre ennemi se soit incarné depuis cet objet ? demanda Dumbledore en désignant la poche d'Hermione.

La jeune fille sortit le médaillon de Regulus de sa poche et le présenta sur sa paume ouverte.

- Vous m'aviez vue ? s'étonna Hermione.

- Si vous ne l'aviez pas fait, j'aurais été contraint de renverser moi-même les affaires de Harry. s'amusa-t-il. Les deux sorciers rirent un moment de ce tour de passe-passe typiquement moldu.

Hermione se concentra un moment sur l'objet et l'habituelle sensation nauséeuse revint sans peine. Rapidement, Albus Dumbledore ausculta à son tour l'objet et eu la même conclusion. Le fragment d'âme de Jedusor était encore présent dans le médaillon.

- Donc, Harry n'est plus soumis à Jedusor. conclut Hermione.

- Probablement. convint Dumbledore. La conjonction des deux horcruxes a permis à l'âme de Voldemort de trouver assez de puissance pour sortir.

- Et pour cela, il faut une vie en échange. grimaça Hermione.

- Exactement. fit le vieil homme.

La jeune fille trembla en pensant à ce qu'ils venaient de constater. D'une certaine manière, elle était soulagée. L'horcruxe qui venait de reprendre sa réalité aurait été probablement le plus difficile à détruire. Maintenant, ils avaient un Jedusor humain à combattre. Finalement, ce ne serait peut-être pas plus ardu.

De son côté, Dumbledore paraissait moins enthousiaste que la jeune fille. L'idée d'un sorcier puissant revenu pour soumettre le monde magique à sa loi n'était guère plaisante. D'autant qu'il n'aurait probablement pas la force nécessaire pour s'y opposer efficacement.

Hermione pensa qu'il serait bon de détourner le sujet. Parce qu'il n'était pas nécessaire de répandre trop rapidement la rumeur et les sorciers qui les environnaient risquaient d'entendre tout ou partie de leur conversation.

- Monsieur. fit Hermione. Pourquoi les membres de l'ordre, et vous-même passez tant de temps à m'examiner. J'ai le sentiment d'être un rat de laboratoire.

- Ce qui n'est pas totalement faux. fut la réponse surprenante de Dumbledore.

- J'imagine qu'il est indiscret de demander pourquoi. se renfrogna Hermione qui avait l'habitude des remarques élusives du vieil homme.

- Vous êtes exceptionnelle en raison de votre voyage. répondit-il contre toute attente.

- Pourtant, la magie d'un retourneur de temps n'est pas inhabituelle.

Le directeur de Poudlard ne détrompa pas immédiatement la jeune fille. Il tenta de lui faire comprendre qu'elle avait vécu une aventure hors du commun. Personne avant elle n'avait tenté un aussi long voyage dans le temps. Elle était la première jeune personne qui ait vécu plusieurs mois et même des années dans son passé en modifiant considérablement son époque et sa propre condition.

Hermione convint sans hésiter qu'elle était en effet plus mure, plus grande, plus svelte, en un mot plus jolie que son alter ego, Emma. Dumbledore se contenta de sourire en écoutant la réflexion de sa jeune élève. Plus mure ? Sa remarque montrait qu'elle restait une jeune femme naturelle et normale.

- Tous ces dérangements font de vous une source d'examen très considérable. compléta Dumbledore. Sur recommandation de monsieur Longton, nous avons empêché le ministère d'en apprendre trop sur vous. Passer entre leurs mains eut été moins agréable que vous entrainer un peu contre cette pauvre Tonks. Hermione sourit.

- J'ai fait attention à ne pas la blesser. remarqua-t-elle.

- Heureusement, elle ne s'en est pas aperçue. reprit le vieil homme. Elle aurait été vexée d'être considérée comme un piètre adversaire.

La jeune fille allait rétorquer qu'elle considérait Tonks comme un adversaire parfaitement à sa hauteur. Mais elle se retint. Rien que l'avantage de la légilimancie lui permettait de la vaincre sans efforts. Sans même un recours aux sorts informulés. Avec le recul, elle comprenait pourquoi Olaf Thorsthon avait insisté pour la former à cette matière. Ainsi qu'à la vie en mer qui avait accrue la longévité de ses sorts. Hermione comprenait ce que Dumbledore voulait dire en parlant d'entrainement. Si elle était plus forte, c'était essentiellement en raison du temps passé à apprendre, à répéter, à maintenir les sorts de navigation qui s'effaçaient particulièrement vite. Á présent, elle lançait tous ses sorts avec la même détermination que si elle était encore sur la bisquine.

Ils parvenaient enfin à l'entrée de Sainte-Mangouste. Dumbledore remercia Hermione de son aide, bien qu'elle affirma n'avoir rien fait de particulier. Ils se saluèrent poliment et le directeur reprit une cheminée pour rentrer à Poudlard. La jeune irlandaise qui avait pensé faire une partie du trajet à pied changea d'avis. Elle avait envie de retrouver son père et de lui faire un bilan de la situation.

Il avait le droit de savoir ce qu'il était arrivé à sa tante. Elle avait besoin qu'il sache. Quoi qu'en dire Dumbledore, Jedusor était un adversaire terrifiant qu'elle aurait à affronter.

La journée avait été fastidieuse. La jeune irlandaise avait perdu sa grand-tante, avait été accusé du crime avant de se rendre compte que l'assassin était celui qu'elle s'était juré de protéger. Comme souvent, tout malheur à du bon. Á présent, Harry était libéré de la présence de Jedusor.

Néanmoins, ce dont Hermione n'avait pas conscience dans cette histoire, était le fait qu'avec la mort de Jane Olliver et de Nigel, personne ne saurait plus qu'Hermione Granger était aussi Pansy Parkinson et surtout, qu'elle était également Seagull.


65 Dans l'état actuel des choses, cette allusion sert essentiellement de base à une suite potentielle. On verra.

66 Utilisé pour cautériser les plaies. Avant.