Chap. 41 : Dans un compartiment.
C'était enfin le grand jour. Pour la première fois depuis probablement des années, Hermione reprenait le chemin de l'école. Elle se sentait aussi excitée que s'il s'agissait de sa première rentrée. Elle ne savait pas bien ce qu'elle préférait. Retrouver l'école, ses amis ou les livres de la bibliothèque. La jeune fille s'était abstenue de s'ouvrir de cette excitation à son père. Sirius aurait indubitablement déduit qu'elle était essentiellement attirée par les livres.
Il était vrai qu'elle avait pratiquement lu la totalité des ouvrages contenus dans la bibliothèque du square Grimaurd. Elle n'avait pas tout retenu, loin de là. Mais cela l'avait occupé pendant les longues journées passées toute seule à attendre que Percy ou Sirius daigne lui rendre visite.
Á la demande d'Hermione, Sirius avait abandonné l'idée de se rendre à King Cross en métropolitain. Non pas que le moyen de transport moldu la gêna, mais essentiellement parce que l'idée de descendre sous terre l'indisposait grandement. Merlin seul savait pourquoi. Galamment, Sirius n'avait pas cherché à percer ce mystérieux refus.
Pour faciliter les choses, Sirius et sa fille allèrent chercher Harry chez son oncle et sa tante. Habituellement, le jeune homme finissait ses vacances chez les Malefoy et s'était bien la première fois en six ans qu'ils avaient eu l'occasion de le garder avec eux aussi longtemps.
En arrivant au 10 Privet Drive, Hermione s'inquiéta de voir comment Harry vivait. Dans ses souvenirs, il lui avait raconté qu'il avait vécu sous l'escalier avant d'obtenir la seconde chambre de Dudley. Pétunia et Vernon Durlsey se montrant particulièrement odieux avec leur neveu, Harry n'avait de cesse d'espérer repartir au plus vite. Le voir cette fois se réfugier à leurs côtés étonnait la jeune irlandaise.
Le quartier moldu ressemblait à tout autre quartier. Hermione s'y sentait relativement à l'aise, elle qui venait d'une famille de moldus. Du moins, c'est ainsi qu'elle s'expliquait son aisance. Elle n'avait pas fait le lien entre son trajet au bras se Sirius et son intervention peu après la disparition des parents de Harry.
D'un geste sûr, Sirius frappa la porte d'entrée. Et, rien ne se produisit. Hermione regarda l'encadrement et appuya doucement sur la sonnette. L'ouverture de la porte fut presque instantanée. Sirius dévisagea sa fille visiblement très surpris.
- Tante Pétunia et Oncle Vernon aiment par-dessus tout la normalité, papa. ricana-t-elle. Les mol…elle se reprit. Les gens normaux utilisent les sonnettes.
- Et comment tu connais ça toi ? fit-il en pointant le petit bouton à son tour.
Hermione haussa les épaules. Il devait bien savoir qu'elle ne saurait pas lui dire. Contre toute attente, la tante Pétunia qui venait d'ouvrir à ses "invités" parut très contente de les voir. Avoir caché leurs robes de sorciers en vêtements moldus devait favoriser cet accueil. Pétunia leur proposa poliment d'entrer. Ils ne purent refuser, Harry n'étant pas encore prêt à partir. D'une voix douce Pétunia interpela son neveu.
- Harry, mon chéri, dépêches-toi ton parrain est arrivé.
- J'arrive ma tante. répondit la voix étouffée de Harry.
Hermione vit Dudley arriver de la cuisine en portant un plateau couvert de biscuit, de tasses et d'une théière visiblement pleine et surtout fumante. Il s'élança dans le salon en ayant à peine un regard pour les arrivants. Sous la conduite de Pétunia, Hermione et Sirius y furent également conduits.
Ils y furent reçus avec beaucoup d'amabilité par Vernon qui, s'il n'avait pas changé physiquement, avait considérablement évolué en ce qui concernait les sorciers. Il serra chaleureusement les mains de Sirius et d'Hermione en les invitant à s'assoir le temps que son "cher neveu" descende. Hermione n'en croyait ni ses oreilles ni ses yeux. Les conditions de vie de Harry au 10 Privet Drive étaient plus que confortables. Bien loin en tout cas des récits qu'il en avait fait dans ce qui était définitivement une autre vie.
Ils discutèrent un moment de choses et d'autres. Vernon Dursley essayait de paraitre à son aise mais il était facile de constater que de parler de commerce international sorcier, de ministère de la magie, n'était pas véritablement dans ses préoccupations habituelles. Hermione était surtout très intéressée par Dudley. Bien qu'il ait décidé de ne pas participer à la conversation, il n'en manquait pas un mot. Finalement, la jeune irlandaise décida de le prendre à parti.
- Comment vas-tu depuis la dernière fois. fit-elle joyeusement, comme si ils étaient bons amis.
- Bien. commença-t-il. Beaucoup mieux, grâce à votre sort de protection. acheva-t-il avec un sourire.
- Je pense que vous n'en avez plus besoin de toute façon. continua Hermione.
- Je ne sais pas comment vous le savez, mais, c'est vrai. s'exclama Dudley. Harry est beaucoup plus sympathique depuis qu'il est passé à… vous savez.
Les sorciers comprirent évidemment de quoi il retournait. Même l'oncle Vernon eut un hochement de tête approbateur. D'une certaine manière, Hermione était contente que le jeune homme n'ait pas prononcé le nom de Sainte-Mangouste. Elle n'aimait vraiment pas ces hôpitaux et si Harry avait entendu leur conversation, l'allusion à un traitement psychiatrique n'était pas des plus flatteurs.
- Nous aimons Harry comme notre fils Dudley. convint Vernon. Ils ont reçu, autant que possible la même éducation.
- Mais Harry est tellement extraordinaire. coupa Pétunia visiblement très fière de son neveu. Le visage de Dudley se voila un moment devant l'admiration maternelle réservée à un autre que lui.
- Pas tant que cela, ma tante. intervint Harry. Si vous voyiez ce qu'Hermione est capable de faire, vous me trouveriez misérable.
- Harry, ne dit pas cela. coupèrent ensemble l'intéressée et la tante d'Harry.
Les hommes présents ne purent s'empêcher de ricaner devant les mines déconfites des deux femmes. L'une parce que modeste et supportant mal ces éloges qu'elle ne comprenait pas, l'autre parce que cela contredisait évidemment ses convictions les plus profondes.
Disposant de moyens de transports magiques, la famille Black et Harry n'étaient pas pressés de partir. Ils devisèrent un certain temps avec les Dursley. Sirius était satisfait de constater que son filleul était devenu plus responsable et plus gentil avec sa famille et ses voisins. Hermione jaugeait encore les progrès effectués et ceux restant à faire. Ainsi, elle remarqua que le jeune homme avait encore parfois des éclairs désagréables dans les yeux lorsqu'on insinuait qu'il n'était pas exceptionnel. Pourtant, il tenait un discours chaque fois empreint de modestie. Pour la jeune irlandaise, cela ressemblait encore beaucoup trop aux méthodes du jeune Jedusor. Elle aurait à surveiller ce comportement.
Finalement, ils prirent congé et promirent de se revoir au cours des prochaines vacances. Pour une fois, Harry avait daigné accepter de rentrer chez eux pendant une partie de ses congés. Sirius s'étant égoïstement arrogé le reste. Pour ne pas ennuyer leurs hôtes, les sorciers quittèrent Privet Drive de la manière la plus moldue qui soit. Á pied. Et ils transplanèrent dès qu'ils eurent passé le coin de la rue.
« §§§ »
Parvenue sur les quais 9-3/4, Hermione regarda le train menant à Poudlard dans toute la splendeur de sa mécanique parfaitement entretenue. Les chromes et les aciers polis rutilaient de tous leurs feux. Les wagons avaient été soigneusement repeints et brillaient d'un éclat rougeoyant un peu agressif. Comme à chaque nouvelle année, le Poudlard Express se présentait sous son meilleur jour. Déjà les élèves et leurs parents se pressaient de toute part pour, qui entrer dans l'un des wagons, qui serrer bien fort sa progéniture.
Sans difficultés, Sirius, Harry et Hermione trouvèrent Molly Weasley et tous ses enfants qui composaient une masse rousse conséquente. Ron faisait son ultime rentrée, tout comme Harry et Emma. De son côté, Ginny entamait sa pénultième année. Les jumeaux étaient venus pour soutenir leurs cadets et se gausser un petit peu aussi. Eux, ils étaient diplômés et s'engageaient dans une carrière de vendeurs, chacun dans une boutique différente en attendant d'avoir les fonds suffisants pour ouvrir leur propre commerce. La raison de la présence de Percy sur le quai était plus prosaïque. C'était là la dernière opportunité pour voir sa petite amie avant les prochaines vacances.
Les voyant arriver, il se précipita pour étreindre Hermione. La jeune fille se laissa faire en rougissant, elle aimait bien les assiduités de son ami. Sirius racla sa gorge pour que son potentiel gendre prenne conscience de la situation. Il présenta sa main au jeune roux en guise de salutation. Percy, penaud s'en saisit et vit sa main broyée par la poigne de Sirius qui le transperçait d'un regard désagréable. Prudemment, Harry s'était replié vers le bord du quai feignant d'ignorer l'incident. Hermione héla Molly et ses enfants dans l'espoir de désarmer ce conflit qu'elle ne comprenait guère. Elle réalisa que Sirius avait rarement eu l'occasion de la voir dans les bras de Percy.
- Papa, c'est déplacé d'être jaloux comme ça. glissa-t-elle au creux de l'oreille de son père.
- Moi ! Jaloux ! la bonne blague. ricana Sirius.
Instantanément, Sirius redevint égal à lui-même, accorte et boute en train comme il l'était toujours. Molly arriva et salua chaleureusement Harry, Sirius et Hermione. Peut-être pas dans cet ordre précis. Mais, tous eurent le droit à un généreux câlin. Ceci fait, il fut temps de se précipiter dans les wagons du Poudlard Express.
- Promets-moi de m'écrire de temps en temps. s'enquit Sirius.
- Tous les jours si tu veux. ricana Hermione qui tentait de prendre sa respiration entre deux baisers fougueux.
- Á moi aussi ! intervint Percy.
- Il faudra que je fasse attention à ne pas mélanger mon courrier. répliqua Hermione avec un air mutin à son petit-ami. Sinon mon père risque de faire une attaque. Pour accroitre la pression psychologique sur Sirius, elle embrassa à pleine bouche son ami qui n'en demandait pas tant.
Sirius fit semblant de ne pas entendre. Semblant seulement, le regard noir qu'il lança à Percy montrait parfaitement qu'il avait entendu la remarque de sa fille. Il paraissait inquiet du potentiel contenu de ces courriers. Toujours galant, Percy hissa la malle d'Hermione dans le train. Sirius aida Harry à faire de même. La jeune irlandaise aperçut la chevelure rousse de Ginny être happée dans un compartiment proche. Les préfets Ron et Emma disposèrent leurs affaires dans le compartiment qui leur était réservé. Restés seuls, Harry et Hermione se mirent en quête d'un compartiment vide. Ce ne fut pas très difficile à trouver, la plupart des élèves saluaient encore leurs parents par les fenêtres basculées des wagons. N'aimant que modérément les adieux, ni Sirius ni Hermione n'avait prolongé le plaisir. Pareillement, les Weasley ne s'étaient guère attardé. Seul Percy eut quelque peine à se remettre en route vers la sortie du quai 9-3/4.
D'un geste, la jeune irlandaise salua Dean en passant devant le compartiment où avait disparu Ginny. Il était déjà délicat de dissocier l'un de l'autre. Hermione propulsa sa malle dans le compartiment vide, et d'un geste de baguette la fit planer dans le porte-bagages. Sans que Harry ne le demande, elle fit de même avec ses affaire. Il eut la gentillesse de la remercier.
- Pas de quoi. sourit Hermione. Étant donné que je suis majeure, je peux utiliser la magie quand je veux.
- Moi aussi, je suis majeur. s'offusqua Harry.
- Excuses-moi. ricana Hermione en s'affalant sur la banquette. Je n'ai pas dit ça pour te vexer.
L'écart d'âge entre Hermione et ses anciens amis devenait tellement flagrant qu'elle oubliait parfois de ne pas les considérer comme les gamins qu'ils étaient à ses yeux. Elle devait partager l'année scolaire avec eux. Inutile de les vexer inconsidérément.
Quelques visages passèrent par l'entrebâillement de la porte. Certains étaient connus d'Hermione. Mais aucun n'osa entrer dans le compartiment. Dès qu'ils voyaient le visage de Harry, ils s'empressaient de repartir.
- Je ne sais pas comment tu étais avant, Harry, mais il semble que tu n'as pas laissé un souvenir très sympathique. remarqua Hermione d'un ton léger.
- J'espère juste que Drago ne va pas nous tomber dessus. souffla-t-il en regardant ses pieds.
- Dès qu'il va me voir, il prendra ses jambes à son cou. ricana Hermione.
Elle le pensait sincèrement. Le fils Malefoy n'avait pas aujourd'hui l'envergure qu'il avait dans le souvenir de la jeune irlandaise. Avoir partagé son influence et sa méchanceté avec Harry pendant si longtemps l'avait empêché de devenir le chef incontesté de toutes les petites frappes de l'école. Ce qui n'était, finalement, pas un mauvais constat.
Enfin le train se mit en route. La tranquillité dont avaient bénéficié Harry et Hermione ne serait plus que de courte durée. Le nombre de places assises dans le train étaient supérieures au nombre d'élèves, néanmoins, il fallait un peu se serrer.
« §§§ »
La jeune irlandaise se laissa aller à la contemplation. L'accélération que subissait le train déformait étrangement le décor extérieur. Les formes humaines qu'elle distinguait sur les quais devenaient déjà de fugaces parodies de peintures impressionnistes. Les éléments réels semblaient perdre leur consistance pour ne devenir que l'essence de leur existence. Ainsi, le chef de gare moldu brandissant son drapeau ressembla à un poteau de signalisation, les quelques passants fuirent la vue des passagers du Poudlard Express. Les champs eux-mêmes ne se distinguaient plus les uns des autres se résumant à une immense masse verte ou jaune selon le degré de murissement des blés.
Hermione passa de longues minutes dans cette observation. C'était certainement la première fois de sa vie qu'elle en prenait la peine. Elle convint que ces impressions la détendaient. Néanmoins, elle sentait au creux de sa poitrine un poids désagréable. Abandonner Sirius derrière elle lui pesait un peu. Elle aimait beaucoup son père adoptif et en son absence, il finirait par trouver le temps long. La jeune irlandaise avait considérablement modifié et l'ambiance du square Grimaurd, et sa décoration. Sa présence, son caractère, sa personnalité s'était imposée jusque dans la décoration de la chambre de Sirius. Vraiment, son absence pèserait à son père adoptif. Mais il n'y avait pas d'autre choix. Son départ appartenait à la mission qu'elle s'était imposé. Hermione ne voyait aucune échappatoire. D'ailleurs, elle n'en voulait pas.
Un cahot un peu plus rude que les précédents ramena la jeune fille dans la réalité. Bien qu'elle aima cet état où les songes se mêlent au réel. Du coin de l'œil elle vit Harry qui ne quittait pas non plus le défilement du paysage. Bien qu'il ait 17 ans révolus, le jeune homme ne paraissait guère en avoir plus de 14. L'intrigante candeur dont il faisait preuve à nombre d'égard le rajeunirait encore. La possession maléfique qu'il avait subie pendant toutes ses années semblait avoir d'étranges répercussions sur son physique et son caractère. Hermione n'avait pas passé encore assez de temps avec lui pour s'en être pleinement assuré, mais il lui semblait qu'il était très proche du Harry de ses souvenirs.
Ainsi, le "Harry nouveau" comme elle affectait parfois de le désigner, était redevenu gentil et généreux avec son entourage. Il restait encore quelques mauvaises habitudes, comme ses a priori contre les nés-moldus ou les traitres à leurs sangs. Ce qui n'était pas bon étant donné qu'Hermione et Emma étaient justement de ces sangs-de-bourbe. Et, surtout, toute la famille Weasley appartenait à la catégorie des traitres. Hermione étant aux yeux de Harry encore une bâtarde. Mais la jeune irlandaise ne s'inquiétait pas. Elle parviendrait certainement à modifier ces traits de caractère désastreux. Elle avait toute l'aide nécessaire pour cela. Sauf que cette aide était soit dans les couloirs pour surveiller les élèves, soit en train de se laisser peloter par Dean Thomas. Á cette évocation, la jeune irlandaise laissa son esprit vagabonder un moment. Finalement, Hermione entraperçut son sourire béat dans la vitre du wagon. Il fallait qu'elle cesse de penser à Percy à longueur de temps, ce n'était pas bon pour ses études. Elle se concentra à nouveau sur Harry demeuré pratiquement immobile depuis le départ du train. Le décor n'était pourtant pas suffisamment attrayant, même pour la jeune fille qui aurait pu passer des heures à observer la nature.
Soudain, Harry se rendit compte qu'il était observé. Son visage qui exprimait jusqu'alors une grande sérénité se ferma complètement. Il darda la jeune observatrice d'un regard surprenant. Ses yeux verts vibraient d'une lueur de détermination qui fit sourire Hermione. La jeune irlandaise ne chercha pas à cacher qu'elle le regardait. Quitte à discuter, autant être francs.
- Qu'y a-t-il madame ? s'enquit bientôt Harry.
- Cesses donc de m'appeler "madame". Je vais entrer dans la classe inférieure je te rappelle. sourit Hermione.
- J'ai beau le savoir, je peine à le croire. rétorqua Harry rougissant.
- Dis-le. s'amusa l'irlandaise. Je suis une vieille sandale. Il agita les mains dans un geste d'inutile dénégation.
Le pauvre garçon rougit des pieds à la tête en entendant la réflexion de celle qui était censée assurer sa sécurité. Il avait tenté plusieurs fois d'expliquer qu'il n'avait pas besoin d'ange gardien, mais ni Dumbledore, ni Sirius et surtout pas Hermione, n'avait voulu entendre son opinion. Pour eux il était grandement en danger. L'agression qu'il avait subie dans le manoir Olliver était l'expression des risques qu'il encourait. Le jeune homme faisait donc contre mauvaise fortune bon cœur et acceptait la présence un peu encombrante d'Hermione. Il aurait préféré se refaire des amis dans sa classe.
Depuis son "accident" et son "traitement", des mots qui dissimulaient aux yeux de tous les événements réels de son anniversaire, Harry n'avait plus voulu revoir ses anciens amis. Il ne s'expliquait pas pourquoi, mais c'était un fait. Il ne supportait plus la présence de Malefoy, Crabbe et Goyle. Hermione et Sirius lui avaient expliqué que cela provenait de son appartenance à Griffondor, intuitivement, il ne ressentait rien de commun avec les Serpentard. L'explication était boiteuse, Hermione le savait parfaitement. C'est pourquoi elle avait insisté sur l'amitié ancienne et profonde des Weasley à son égard. Malgré les efforts des uns et des autres, Harry n'avait pas repris la place qu'il avait dans les souvenirs d'Hermione. La démarche de la jeune fille n'était pourtant pas un échec. Au moins, Harry et Ron avaient largement cessé de s'insulter à longueur de journée.
Pour alléger un peu l'ambiance qui risquait d'être pesante, Hermione fit remarquer que le compartiment était encore étonnement vide.
- C'est à cause de moi. marmonna Harry. Dès qu'ils me voient, les autres élèves reculent et s'en vont.
Le jeune homme avait l'air sincèrement touché par cette crainte qu'il semblait inspirer aux autres élèves. Pendant six ans, il avait incarné l'arbitraire et la violence au sein de l'école, cela laissait évidemment des traces. Et Hermione pouvait difficilement en vouloir à leurs condisciples.
- Auriez-vous aperçu un crapaud. fit soudain une voix que la jeune irlandaise pouvait reconnaitre entre mille.
- Désolé Neville, je n'ai pas vu Trevor récemment. répondit-elle avec un grand sourire pour le nouveau venu.
Neville Longdubat resta interdit un instant. Son regard passant alternativement de Harry à Hermione. Il reconnaissait certainement l'un, mais l'autre lui était pratiquement inconnue. Peut-être l'avait-il déjà croisé, mais il ignorait où.
- Nous nous connaissons ? balbutia-t-il. Hermione s'étonna de retrouver le Neville introverti et peu sûr de lui qu'elle avait connu jusqu'à la création de l'Armée de Dumbledore.
Il était difficile pour Hermione de jongler continuellement entre ses souvenirs et la nouvelle réalité. Ses amis étaient différents et les événements dont elle se souvenait n'avaient souvent jamais eu lieu. Dans ce cas précis, comme ils n'avaient jamais connu Ombrage, jamais libéré Sirius, ils n'eurent pas à investir le ministère. Neville restait donc le jeune homme brimé par sa grand-mère qu'il était avant ces événements. D'une certaine manière, Hermione s'en voulait de l'avoir privé de ces libertés.
- Nous avons été présentés lors du mariage de Bill Weasley. mentit Hermione en lui tendant la main. Neville qui avait conservé son côté petit garçon un peu inconsistant n'osa pas la prendre mais salua d'un hochement de tête.
Étant donné qu'ils avaient la chance de voir passer quelqu'un qui n'avait visiblement pas peur du grand méchant Harry, Hermione voulait profiter de l'occasion. Elle l'invita à s'assoir en affirmant non sans expérience que son crapaud reviendrait toujours à temps. Neville ne parut pas totalement convaincu mais accepta de s'assoir. La victoire n'était toujours pas acquise. Maintenant, il fallait créer les conditions d'une conversation agréable. Ce qui ne serait pas une mince affaire. Neville and Harry were glaring at each other[1]. Une opposition ancienne se manifestait entre eux et Hermione se trouvait démunie contre cela. Elle tenta de rafraichir l'ambiance en questionnant Neville sur la santé de sa grand-mère ou sur ses ambitions en botanique. La situation ne s'améliora nullement, la jeune fille sentait que Neville cherchait un moyen de sortir discrètement sa baguette pour la brandir sous le nez de son voisin. De son côté, Harry n'était guère plus engageant. Mais au moins, il n'avait encore insulté personne ni sortit sa baguette.
- Vous m'ennuyez avec votre trop plein de testostérone les garçons. fit-elle vivement en croisant fermement les bras sur sa poitrine. Les deux jeunes hommes cessèrent de se dévisager et reportèrent leurs attentions sur elle.
- Je suis désolé. balbutia Harry.
- Toi, désolé ? s'étonna Neville.
L'alchimie commençait à faire effet. Hermione se détendit. Si Neville se rendait compte à quel point Harry avait changé, leurs relations se normaliseraient. Incidemment Harry serait considéré totalement différemment au sein de l'école. En quelques phrases lapidaires, Harry expliqua à son condisciple tout ce qui avait changé au cours de l'été. Et même si les deux garçons partageaient depuis toujours le même dortoir, Neville semblait découvrir Harry pour la première fois de sa vie. Bientôt ils discutèrent de quidditch, de madame Chourave et de Hagrid qui s'essayait à l'enseignement.
L'ambiance devenait franchement amicale, pourtant Hermione se sentait encore mal à l'aise. Instinctivement, elle porta la main sur sa gorge et elle effleura un médaillon qui pendait à son cou. La jeune irlandaise comprit dès lors ce qui causait son malaise. Elle avait choisi de porter le médaillon de Regulus sur elle jusqu'au moment de le confier à Dumbledore pour qu'il puisse le détruire. Cependant, la présence de l'âme de Jedusor était particulièrement pénible à la jeune fille. Elle ne savait pas l'expliquer, Dumbledore pas plus. En tous cas, ceci leur procurait un atout non négligeable dans leur lutte contre le seigneur des ténèbres. Connaissant à présent l'origine de ses désagréments, Hermione se sentit plus à même de profiter de l'instant. Harry et Neville semblaient s'entendre comme s'ils étaient amis depuis toujours. Ce n'était pas encore les relations que Harry avait avec Ron, mais la situation était encourageante.
Pendant qu'ils s'étaient tous les trois concentrés sur la conversation, aucun n'avait prêté d'attention à l'ouverture discrète de la porte du compartiment. Une jeune fille aux cheveux blonds pratiquement blancs et portant d'étranges boucles d'oreilles ressemblant à des radis roses était entrée tranquillement.
- Bonjour Luna. lança Hermione au milieu de la conversation. Elle souriait à la nouvelle venue qui resta indifférente.
Tous les regards se portèrent sur Luna Lovegood qui venait de s'assoir, un exemplaire du Chicaneur entre les mains. Neville eut un geste poli pour elle, Harry la salua à son tour tout en ignorant visiblement qui elle pouvait être. Il fallait reconnaitre que le personnage était détonnant. Mais Hermione aimait bien la légèreté dont faisait souvent preuve Luna dans des situations inextricables ou au cours de conversations engluées. Pour le moment, elle se trouvait assise au plus près de la porte, face à Hermione et Neville.
- Tu es la grande sœur de l'une des filles de septième année. remarqua Luna en dévisageant Hermione de ses grands yeux un peu globuleux.
La jeune irlandaise se précipita en dénégations, expliquant ses origines étrangères et le besoin qu'elle avait de conclure son cycle d'étude. Hermione affirma, petit mensonge anodin, qu'elle n'avait pas connaissance de membres de sa famille présents à Poudlard, et encore moins d'une sœur. La jeune fille haussa les épaules comme si cela n'avait aucune importance. Visiblement son opinion était faite et elle n'en démordrait pas. Hermione qui avait réussi à résoudre les difficultés induites par cette question étonnante n'en était pas moins frappée par la perspicacité de Luna. Ni Harry ni Neville n'avaient été perturbés par la question de Luna. Mieux encore, ce fut l'occasion d'une hilarité partagée.
- Ton crapaud est dans le wagon suivant. fit Luna sur un ton naturel.
- Tu l'as vu ? s'enquit Neville qui commença à se relever.
- Non, ce sont les joncheruines qui parsèment le trajet qui me l'indiquent. répondit Luna tout aussi naturellement.
Hermione porta la main devant sa bouche pour masquer un sourire et étouffer son rire. Harry se serra les côtes en se mordant la lèvre. Debout, le visage livide, Neville se demandait visiblement ce qu'il était censé répondre à ça. La jeune fille regardait Neville et sembla enfin s'étonner de son attitude. Luna expliqua le plus sérieusement du monde ce qu'étaient les joncheruines et l'intérêt que cela revêtait pour la magie. Aucun des autres jeunes sorciers présents ne fit de commentaire. Mais ils doutaient tous que la présence de joncheruines permit de connaitre l'existence de secrets magiques ou même simplement de retrouver les objets perdus. Par gentillesse cependant aucun ne fit ce commentaire sur ces idées qu'avait souvent "loufoca" Lovegood. Comme si de rien n'était, Luna reprit sa lecture du Chicaneur en le tournant régulièrement en tous sens. Neville se rassit prestement à côté de Harry. Ainsi, elle ne pourrait pas le voir se moquer d'elle. Hermione trouva les deux jeunes hommes guère charitables envers la jeune fille. Quoi qu'ils en pensent, elle avait du respect pour Luna.
- Á te voir comme ça, on ne dirait pas que tu as fait la guerre. commenta Luna en laissant retomber son exemplaire du Chicaneur.
Aucun des occupants du compartiment ne comprenait de quoi Luna pouvait bien parler. Harry et Neville, tout comme elle, étaient nés à l'extrême fin du conflit qui avait déchiré le pays sous la domination de Voldemort. Ils s'abstinrent de commentaires mais n'en pensaient visiblement pas moins. Hermione cependant comprit de quoi elle voulait parler et ne comprenait pas comment une si jeune fille pouvait être au courant. Il lui fallait trouver rapidement une porte de sortie. Elle s'inquiéterait plus tard des raisons qui faisaient penser à Luna qu'elle pouvait avoir vécu dans les années 1980. Soudain, ce fut l'illumination. C'était une évidence, Luna ne parlait pas de guerre ancienne, mais probablement du dernier conflit qui avait opposé les anglophiles et les irlandais quelques mois auparavant.
- J'avais déjà quitté le pays. Concéda Hermione.
- Il parait que les clans irlandais utilisent des dragons. Émit doucement Luna. L'idée d'employer de tels animaux réveilla en Hermione cette oppression qu'elle avait déjà ressentie au cours de l'été. Elle détourna le sujet.
- Les dragons sont trop difficiles à dresser. Remarqua Neville comme une évidence.
- Il s'agit peut-être de Griffons alors. Fit Luna, en haussant les épaules, imperturbable. Hermione resta silencieuse.
- Nous autres, nous n'utilisons pas d'animaux au combat. Répliqua-t-elle doucement. Plus pour elle. Comme si cette affirmation revenait de très loin, d'un détail profondément enfouit dans son passé.
- Mon père à de jolies photos de l'héroïne irlandaise. Affirma Luna, sans rapport avec le sujet. Je trouve que tu lui ressemble.
- C'est gentil. Répondit Hermione qui préféra jouer le jeu pour mieux éviter les écueils. Mais je ne l'ai jamais vue, pas même en photos.
- Pratiquement personne n'a pu. Lança Neville visiblement suspicieux devant l'affirmation de Luna. Il n'y a que deux ou trois photos de disponibles.
- Mon père en a fait plein à l'époque. Trancha Luna de sa petite voix. Il était journaliste à Dublin et il l'a rencontré plusieurs fois. Hermione haussa les sourcils, jamais elle n'avait rencontré Xénophilius Lovegood en Irlande. La première fois devant être lors du mariage de Bill et Fleur.
En tout cas, la situation devenait plus limpide. Tout s'expliquait aisément. Hermione tenta de faire comprendre à Luna qu'elle devait confondre. D'ailleurs, la mère de la jeune irlandaise vivait à Cork et n'aurait probablement jamais pu rencontrer le père de Luna. De plus, Hermione s'en tirait par une pirouette rhétorique. En effet, elle ne se souvenait pratiquement pas de son enfance en Irlande. Luna affirma qu'elle disposait chez elle d'une très belle photo d'une femme lui ressemblant beaucoup. Á l'exception évidente de sa cicatrice et de sa coiffure.
- Tu devrais essayer d'attacher tes cheveux. remarqua Luna. Cela t'irait bien mieux.
- J'y penserai. fut la réponse d'Hermione qui sourit de se sortir de cette panade aussi facilement.
- Je pense que tes lunettes ne sont pas nécessaires non plus. trancha Luna.
Les deux jeunes hommes convinrent également que les lunettes qu'Hermione portait constamment à présent, la vieillissaient un peu trop. Il serait probablement mieux de les abandonner. Ainsi les élèves de Poudlard n'auraient pas l'impression de parler à l'une de leurs enseignantes. Hermione goûta modérément le sel de cette réflexion. Il ne leur était pas venu à l'esprit qu'elle les portait par nécessité. Elle fit remarquer que se prendre poteaux, portes ou passants à longueur de journée n'était pas véritablement amusant. Harry compatit, mais se souvint qu'elle n'en portait pas au début de l'été. Piégée, Hermione dût reconnaitre qu'elle n'en avait besoin qu'occasionnellement. Á la réflexion, la jeune fille se demanda pourquoi elle avait tant cherché à se vieillir. Au contraire, elle aurait eu besoin de se rajeunir un peu pour paraitre plus crédible en tant qu'élève de 6ème année. Dans ces conditions, Hermione décida qu'elle pourrait se passer de ses lunettes aussi souvent que possible. Pour le moment, elle affectait de les garder, rien que pour les voir s'empêtrer dans leur argumentation. Pendant qu'ils essayaient de lui expliquer en quoi elle serait plus jolie sans carreaux, Harry et Neville ne cherchaient plus à se battre, ne serait-ce que verbalement.
Un petit grincement mit fin à la conversation un peu prématurément. Hermione, Harry et Neville se tournèrent vers la porte. Les deux jeunes hommes un peu rouges du fait de l'énergie dépensée pour tenter de convaincre Hermione d'ôter ses lunettes, la jeune fille radieuse et flattée des attentions des deux garçons. Luna ne leva pas la tête de son journal, visiblement le nouveau venu n'était pas digne d'intérêt. Peut-être n'avait-il pas assez de joncheruine voletant autour de sa tête.
Un jeune garçon de 11 ans se tenait sur le cadre de la porte pour ne pas tomber, bringuebalé comme il l'était par les cahots de la voie ferrée. La jeune irlandaise ressenti de la peine pour le pauvre garçon qui devait avoir parcouru la plus grande partie du train sans rencontrer la moindre bonne âme qui l'aurait accepté dans son compartiment. Elle lui indiqua donc d'entrer et de s'installer. Le jeune garçon ne quittait pas des yeux la jeune fille et son voisin. Il semblait reconnaitre tout autant Harry qu'Hermione. Ce détail surprenait la jeune irlandaise. Elle était certaine de n'avoir jamais rencontré le garçonnet. Il se balança un moment sur ses deux pieds en hésitant. Puis, n'ayant pas vraiment le choix, il se décida à entrer dans le compartiment comme la jeune fille venait de l'y inviter.
- Bonjour, je suis… commença l'irlandaise.
- Hermione Black. Coupa prestement l'enfant avec un soupçon d'insolence. Et vous, c'est Harry Potter. Continua-t-il visiblement très satisfait de montrer qu'il savait reconnaitre les gens.
Hermione resta sous le coup de sa démonstration et se demanda comment un gamin pouvait la reconnaitre. Avec un grand éclat de rire Harry donna la solution à cette épineuse question. Le jeune garçon était le petit frère de Robin Cash. L'un des voisins antérieurement malmené par Harry et certains de ses « amis ».
- Moi, c'est Archibald Cash. Fit-il manifestement très heureux que le « survivant » sache le reconnaitre. Mais tout le monde m'appelle Archie. Continua-t-il avec un clin d'œil entendu qui ne donna pas du tout l'effet escompté.
Si Archie s'était attendu à ce que ses aînés soient enclins à l'admettre parmi eux en raison de ce signe de connivence, il allait être déçu. Hermione se donna un vif coup de poignet sur le haut du front en reconnaissant le nom du gamin. La jeune irlandaise confirma qu'elle le reconnaissait à son tour et s'enquit de son frère aîné. Archie raconta que Robin ne pouvait encore venir à Poudlard car il souhaitait achever son cursus moldu en premier lieu. Mais il lui avait demandé de remercier Hermione si jamais il l'a croisait. Pour accomplir sa promesse Archie embrassa Hermione sur la joue en signe de remerciement. La jeune fille sourit mais se demanda si Archie ne tentait pas d'en profiter un peu. Harry et Hermione expliquèrent à Neville intrigué, et à Luna poliment attentive, de quoi il retournait. Á la fin de l'année scolaire, Hermione avait aidé les voisins moldus de Harry à se défendre contre ses petits tours désagréables. Dans la foulée, elle avait été retenue par un groupe de boys scouts moldus dont l'un était un sorcier né-moldu qui ignorait visiblement tout de son état. Grâce à une lettre envoyée à Dumbledore, le cas de Robin et Archie Cash avait été réglé. Hermione se demandait comment ils avaient pu être ignorés par le ministère de la magie.
Luna, comme toujours, fit la répartie la plus surprenante. Elle proposa une explication à base de sort de dissimulation, de farfadets et de trésors enfouis. Après avoir ri un moment Neville essaya à son tour de réfléchir à la question. Pendant que Harry et les grands riaient, Archie était resté un peu ennuyé, ignorant ce qui lui était autorisé. Hermione lui expliqua que Luna avait souvent des remarques étonnantes, parfois fondées, mais souvent très amusantes. Et que s'il la trouvait drôle, il n'avait pas à se retenir. La plupart du temps elle ne s'en offusquait pas. D'ailleurs, souffla Hermione à l'oreille du jeune garçon, tout le monde la soupçonnait de faire souvent exprès. Par amitié, ils ne se moquaient pas ouvertement de ses remarques, mais parfois cela était tout de même délicat. Luna dirigea l'attention sur le passage d'un ver de solitude pendant le silence qui s'installa après la crise d'hilarité qu'avait provoqué sa remarque.
Personne ne rit et Harry demanda ce qu'était cette espèce de ver. Il n'écouta que distraitement la réponse, mais Luna semblait tellement heureuse de la donner que personne ne l'interrompit. Enfin, Neville avait failli. Il ne tenait plus en place, sa réflexion sur l'origine du non-recensement des Cash semblait avoir aboutie. Neville expliqua qu'une plante nommée « ruffalixa britanica » pouvait parfois bloquer les pouvoirs magiques et empêcher le ministère de trouver des enfants né-moldus disposants de pouvoirs. Archie et Hermione ouvrirent de grands yeux. Jamais ils n'avaient entendu parler de cette plante. Finalement, la proposition n'était pas moins loufoque que celle de Luna et ils eurent du mal à ne pas se laisser aller à un nouveau fou-rire.
Passablement vexé par l'attitude des deux sorciers assis en face de lui, Neville demanda au jeune garçon s'il avait remarqué de grands massifs à feuilles dentelées et produisant d'avril à octobre de jolies petites fleurs jaune-orangé. Le petit Archie ouvrit de grands yeux à nouveau et convint qu'il y avait dans son quartier un grand nombre de ses arbres. Qu'ils étaient d'ailleurs forts beau avec toutes ses fleurs. Neville eut un air de triomphe. Il avait trouvé la solution à lui tout-seul. Hermione pensa avec un peu de tristesse que cela ne devait pas arriver souvent, Neville avait si peu confiance en lui qu'il préférait se taire plutôt que de donner la bonne réponse. La jeune irlandaise et Harry félicitèrent chaudement le jeune homme pour son érudition. Ils étaient très impressionnés et ne se privèrent pas de le lui affirmer. Même Luna admit que ces arbres, connus sous le nom de « misérabilistius crates » était un danger pour la magie. Deux noms pour une même plante, Archie sembla désespéré. Neville doctement mais avec douceur et patiente expliqua au jeune garçon que ce genre de situation pouvait arriver en raison essentiellement de la distinction des sciences. Ainsi le naturaliste considérera la famille « misérabilistius crates » plutôt que l'espèce « ruffalixa britanica » que choisira un botaniste pour distinguer des autres espèces comme le « ruffalixa ruralica », « Boufftu francia » et d'autres encore.
Peu convaincu, le jeune garçon déclara que ces distinctions étaient utiles aux spécialistes. Lui ne connaissait pratiquement rien du monde magique et il préférait commencer simplement. Chacun leur tour, les aînés racontèrent une anecdote les concernant, un sort qu'ils affectionnaient particulièrement. Sans surprise, Harry fit une grande place au Quidditch. Les yeux d'Archie Cash semblaient briller d'étoiles tant il était excité à l'idée de monter sur un balais volant. Hermione s'amusa en disant que malgré des dehors peu accortes, Severus Rogue était un très bon maitre des potions.
- C'est tout de même grâce à lui que j'ai su préparer du polynectar. Confia-t-elle en souriant. Le souvenir de sa deuxième année lui revenait clairement en mémoire. Et même si cela n'avait pas bien terminé pour elle, Hermione en gardait un bon souvenir, et un joli sourire.
- Tu as eu le droit à des cours particuliers. S'exclama Neville terrifié. J'espère qu'il était plus sympathique qu'avec nous.
La phrase resta en suspens et exprima largement tout le ressentiment qu'il avait à l'encontre de son professeur. Hermione se mordit la lèvre et acheva son geste dans un semblant d'humection de sa lèvre inférieure. Évidemment, ses « amis » ne pouvaient pas connaitre ces détails. Elle reprit donc l'explication gentiment offerte par Neville. Tous les autres occupants du compartiment se montrèrent très impressionnés. Tant pas le contenu de la potion que du fait des cours particulier. Supporter Severus Rogue semblant plus difficile à supporter que la préparation du subtil polynectar. Hermione hésitait entre désespoir et satisfaction. Désespoir à cause du manque de maturité de ses compagnons de voyage, et satisfaction car elle venait de donner un mauvais coup à sa couverture mais personne n'avait rien remarqué.
La porte du compartiment s'ouvrit à nouveau et laissa passer le visage fin de Drago Malefoy. Le jeune homme étant comme à son habitude encadré de Crabbe et de Goyle. Harry trouva instantanément le décor extérieur bien plus digne d'intérêt, Luna et Neville se crispèrent un peu, Archie se tassa. Tous ces sorciers craignaient manifestement de rencontrer Malefoy qui arborait fièrement un écusson de préfet-en-chef.
- Tient donc, c'est ici que se cache ma bâtarde cousine. Gouailla-t-il. Entourée de moins que rien et de sangs de bourbe. Cracha-t-il encore.
Le jeune freluquet regardait sa cousine, hautain et dédaigneux. Ses yeux clairs fichés dans ceux de la jeune fille. Hermione ne baissa pas le regard et essayait de percer les défenses mentales du jeune homme. Malgré ses efforts, elle ne parvint pas à entrer dans son esprit. Hermione soupçonna le professeur Rogue d'avoir fourni des cours particulier à plus d'un élève de l'école. Apparemment, Drago comprenait ce qu'Hermione tentait de faire et ne se priva pas de le faire remarquer.
- Tu pourrais essayer des heures entières, tu ne parviendrais toujours pas à lire dans mon esprit. Ricana-t-il. Le professeur Rogue m'a enseigné l'occlumentie.
Hermione pensa que finalement, c'était une bonne idée. Dans ses souvenirs, Drago était soumis à Jedusor. Si la situation se renouvelait, il serait en mesure de résister. Globalement la nouvelle était plutôt bonne. Pour le moment cependant, cela plaçait Hermione dans une situation peu flatteuse. Le jeune Malefoy se sentant invincible se laissa aller à un certain nombre de remarques désobligeantes, sur le sérieux des publications de Lovegood, sur la grand-mère de Neville, sur le lâche Harry Potter qui se cachait au milieu de ce ramassis d'incompétents, et ce petit sang-de-bourbe qu'il ne connaissait pas et qu'il ne voulait pas connaitre. Intérieurement, Hermione fulminait. Mais elle n'avait toujours pas trouvé de moyens pour faire partir son cousin, sans faire usage de la force évidemment.
N'en pouvant plus, ce furent Neville et Harry qui se dressèrent devant Drago. Deux baguettes se pointèrent en direction du groupe Malefoy et trois vers Harry et Neville. Quoi que puissent imaginer ses compagnons, Hermione savait parfaitement que l'avantage serait dans le camp du préfet-en-chef. La jeune irlandaise se dressa donc entre eux pour empêcher les choses de dégénérer encore. Sa tentative fut saluée par un rictus vaguement amusé de Drago qui aurait pris un grand plaisir à lui lancer un sortilège, rien que pour se venger. N'avait-elle pas hérité de la presque totalité des biens de Jane Olliver, et même du manoir, à la place de son père ?
- Drago, je t'en supplie, ne fait rien d'irréparable. Pleura Hermione. La jeune fille ne savait pas bien pourquoi elle était à ce point émue, mais elle ressentait le besoin impérieux d'empêcher cet affrontement.
- Pleure ma cousine, pleure donc. Ricana Drago. Je ne vais faire qu'une bouchée de ton Potter. Il dressait déjà sa baguette qui étincelait du sortilège qu'il allait bientôt envoyer.
Drago lui affirma que Potter ne souffrirait pas longtemps et que de toute façon il ne voulait pas le tuer. Il ne voulait pas être exclu de l'école à cause d'un sorcier aussi minable. La trahison d'Harry l'avait visiblement profondément affecté et Drago cherchait surtout à se venger. Malgré les insistances des uns et des autres, Hermione refusa de bouger, restant entre les deux groupes. Elle n'était pas encore arrivée à Poudlard que les ennuis commençaient. C'était à pleurer. D'ailleurs, c'était exactement ce qu'elle faisait. Pendant une seconde elle se demanda ce que Sirius ferait dans cette situation. Hermione le savait parfaitement, elle le connaissait bien. Son père tenterait un trait d'humour et ferait le bravache. Cela avait un certain succès en général. Mais la jeune irlandaise n'avait pas le talent de son père. Tout ce qui lui venait à l'esprit était un ridicule sort d'entrave qu'elle ne pourrait pas lancer à trois personnes en même temps. Juste sous son nez, trois baguettes s'apprêtaient à exécuter des sorts d'attaques et elle ne faisait rien. Hermione se sentit inutile, sans intérêt. Elle allait baisser les bras et laisser les jeunes hommes se battre puisqu'il n'y avait pas d'autre solution.
Elle commença à ramener ses bras le long de son corps avant de se préparer à s'écarter du passage. Elle baissa le regard puis la tête elle-même, soumise, vaincue. Radieux, certain de sa victoire, Drago exultait déjà.
- Voilà qui est mieux. Fit-il. Tu es vraiment une fille étrange Blackie.
- Va-t-en Drago. Répondit sèchement Hermione d'une voix que personne ne put reconnaitre tant le ton était dur, déterminé.
La jeune fille leva les yeux sur son cousin. Sans aucune difficulté, elle pénétra son esprit et l'obligea à tomber à genoux. Crabbe et Goyle firent l'erreur de le regarder se baisser et ne virent donc pas la baguette d'Hermione quitter sa poche pour se placer d'elle-même dans sa main. Sans qu'elle ne bouge les lèvres, deux incarcerem les frappèrent en plein et ils furent projetés à l'extérieur du compartiment assez durement. La scène n'avait pris que quelques ridicules secondes. Comme toujours, l'entrainement de la jeune irlandaise avait surpassé son état de conscience. Hermione se sentait dépassée, guère plus satisfaite qu'au moment où elle avait choisi de ne pas combattre. Cependant, Harry, Neville, Archie et Luna congratulèrent longuement leur héroïne. Elle avait réussi à vaincre trois adversaires alors même qu'elle ne tenait pas sa baguette. Harry reconnut qu'ils auraient dût s'y attendre tant la démonstration qu'elle leur avait faite à la fin de la précédente année scolaire était étonnante. Hermione avait totalement oublié ces duels. Par soucis de justesse, la jeune irlandaise rappela qu'elle avait perdu contre Harry. Celui-ci rougit des pieds à la tête. Et balbutia qu'il aurait été incapable de se débarrasser aussi facilement de ces trois adversaires. Hermione le savait parfaitement, d'ailleurs, elle n'avait perdu face à Harry qu'à cause de la présence de l'âme de Jedusor. Après ces éloges, Hermione en revint à Drago qu'elle libéra de son emprise mentale.
- Vois-tu Drago, en matière de légilimentie, je ne crains personne. Remarqua sérieusement la jeune fille. Pas même Severus. Murmura-t-elle pour elle-même. Elle ignorait pourquoi, mais elle en était certaine.
D'un bref mouvement de baguette, la jeune fille rompit le sortilège d'entrave qui bloquait Crabbe et Goyle encore inanimés. Hermione s'agenouilla devant son cousin et prit son visage dans sa main gauche pour diriger le regard vide du jeune garçon dans le sien. Elle s'y replongea pour effacer les événements de sa mémoire et le libérer de son contrôle mental. Drago reprit conscience et la regarda un air affolé sur le visage. Il se releva précipitamment et couru à travers la coursive du wagon. Harry et Neville passèrent leurs têtes par la porte et s'écrièrent :
- Drago, tu oublies tes larbins ! L'hilarité avait fini de rapprocher les deux jeunes hommes, avoir fait front contre le même adversaire aussi.
D'autres têtes et d'autres visages s'élancèrent pour voir ce qui avait fait tant de bruit. Hermione insista un peu lourdement pour que ses camarades reviennent se faire discrets dans leur compartiment. Á son sens, ils en avaient déjà assez fait. Si elle ne les avait pas vu rester sur le quai, Hermione aurait pu croire que les jumeaux Weasley étaient montés dans le train. D'ailleurs, était-elle vraiment certaine d'être en présence des vrais Potter et Longdubat ?
Un rapide examen, qui amusa beaucoup Harry, permit à la jeune irlandaise de vérifier qu'elle se tenait bien aux côtés des véritables récipiendaires de la prophétie. Un index idéalement appliqué sur la cicatrice de Harry la renseigna sans aucun doute. Quoi qu'Hermione n'aurait pas été surprise de constater que la marque n'était plus douloureuse. N'étant plus l'un des horcruxes de Jedusor, il n'y avait plus de raison qu'elle resta brulante. Le lien mental qui s'était amplifié ces six dernières années bien plus les marques de l'agression initiale maintenait sa réceptivité. Essayant de comprendre les raisons de cette situation, Hermione resta un long moment silencieuse. De leurs côtés, Harry, Luna et Neville avaient repris leur conversation. Si elle avait choisi d'être plus ouverte à ce qui l'entourait, Hermione aurait été surprise de constater comment le jeune Harry si renfermé au début du trajet commençait à prendre de l'aplomb au contact de Neville et Luna. Sous le ton d'une conversation anodine, ils préparaient à lutter. D'abord contre Drago et ses sbires évidemment. Puis, peut-être, contre des adversaires plus vindicatifs. Après quelques minutes de calme, de nouveaux bruits se firent entendre. Des gens s'approchaient du compartiment. Alertée, Hermione espéra qu'il ne s'agissait pas des préfets ou, bien pire, de professeurs.
Une frimousse encadrée de cheveux longs et roux passa avec un large sourire au travers de la porte du compartiment. Ginny leur adressa un accorte salut et se précipita à l'intérieur en amenant Dean avec elle. Le jeune homme n'était visiblement pas particulièrement satisfait de son sort mais faisait bonne figure. D'un geste autoritaire, Ginny s'installa à côté de son amie, pratiquement en face de Harry, et imposa la place voisine à son petit-ami qui sourit faiblement à Luna qui l'ignora pratiquement. Harry ne parut pas se formaliser de l'entrée de la cadette de la fratrie Weasley. Il la salua et reprit naturellement sa discussion avec Neville. Rapidement, Dean qui appartenait à leur dortoir rejoignit Neville et Harry dans leurs plans de lutte contre les Serpentards. Ils s'amusaient tous beaucoup des tours pendables qu'ils se préparaient à exécuter à l'encontre de leurs condisciples qui avaient le tort d'appartenir à une autre maison. Prenant la mesure de leurs préoccupations, Hermione les désavoua et tenta de les faire reculer. Le coup de grâce vint de Ginny qui décida à son tour de joindre les rangs de la résistance anti-Malefoy.
- Il me semblait que Ron et Emma s'occupaient déjà de cela. S'enquit Hermione espérant détourner leur attention.
- Ils seront trop occupés cette année pour intervenir. Coupa Neville. C'est à nous d'essayer de mettre ses apprentis mange-morts hors d'état de nuire. Un soupir agacé suivit sa remarque. Il n'était pas bon de parler sur un ton aussi détaché des alliés de Jedusor.
- C'est un terme un peu fort pour les désigner, ne crois-tu pas ? s'étonna enfin Hermione.
- Ver-à-crasse, serait plus adapté. Susurra Luna qui regardait le plafond avec grande attention.
- Si cela peut éviter à Hermione de faire un méchant rapport sur nous à Dumbledore, je ne parlerais plus de Malefoy autrement que comme mon « ver-à-crasse-préféré ». s'esclaffa Ginny.
Un regard un peu froid tomba sur Hermione depuis Dean et Neville. Évidemment, Harry et Ginny savaient qu'elle était avant tout une espionne au service de leur directeur. Ce fut cependant une révélation pour Dean et Neville. Hermione admit qu'elle connaissait Dumbledore et qu'il lui avait demandé de veiller sur Harry. Elle entreprit alors d'expliquer qu'elle devait achever son cursus scolaire en Angleterre avant de pouvoir trouver un emploi. Enfin, elle insista sur le fait qu'elle n'avait de comptes à rendre à personne. Mais, surtout, la jeune irlandaise pensait sincèrement que Ginny était d'abord son amie et que cette mission n'influerait en rien sur leur relation. Précipitamment, Harry et Ginny confirmèrent qu'ils étaient au contraire rassurés par sa présence.
- De cette manière, nous savons que Dumbledore veille sur nous. Intervint Harry.
- Et qu'il étouffera l'essentiel de nos frasques. Sourit Ginny visiblement prête à en découdre.
- Ne comptez pas sur moi pour vous aider. Se renfrogna Hermione.
Personne ne lui demanda rien. Le train ralentissait enfin, ils arrivaient à Poudlard. En moins de temps qu'il faudrait pour le décrire, le Poudlard Express vint se ranger le long de l'antique quai d'embarquement de l'école. Le trajet n'était pas encore finit, mais il fallait à présent séparer les nouveaux arrivants des anciens. Hermione et Harry saluèrent avec gentillesse le petit Archie Cash qui se précipita vers la masse imposante d'Hagrid, le garde-chasse de l'école. Le petit groupe composé de Harry, Neville et Dean entrant en septième année et de Ginny, Luna et Hermione entrant en sixième année, se dirigea vers les calèches tractées par les sombrals invisibles à ceux qui n'avaient jamais côtoyés la mort en face. Sans hésitation le groupe se dirigea vers l'une des calèches, les elfes du château s'occupant discrètement de rapatrier les malles des élèves jusque dans les dortoirs.
Avec une heureuse surprise, Hermione entendit la voix de Ron héler son groupe et les enjoindre à se hisser dans leur propre véhicule. La jeune irlandaise montait à Poudlard pour la première fois et déjà elle était entourée de tous ses amis.
Plus heureux que tout, à part Luna, elle était la seule à pouvoir distinguer les sombrals. Tous les jeunes gens qui l'accompagnaient avaient été totalement épargnés des douleurs et des pertes qu'elle-même avait vécu à leurs âges.
Sirius, Cédric Diggory et Dumbledore n'étaient pas morts et aucun n'avait souffert les sortilèges des mange-morts, Bill Weasley n'avait pas son visage défiguré par l'attaque de Greyback le loup-garou. Emma avait pu conquérir l'affection de Ron. Tout cela faisait ressentir une profonde joie à Hermione. Ce qu'elle avait fait, elle l'avait bien fait.
79 Un gros bisou à celui qui connait l'expression française. Je sais qu'il y a quelque chose. Mais, ça ne revient pas.
