Chap. 42 : Le piège.

L'arrivée à l'école de sorcellerie ne fut pas différente pour Hermione de toutes les rentrées qu'elle avait déjà vécues. Avec une grande patience et beaucoup de gentillesse, Emma et ses autres compagnons de route lui décrivaient le parc du château et racontaient les anecdotes qui s'y rapportaient. La jeune irlandaise les écoutait docilement, s'extasiant parfois devant des localisations spécialement importantes à leurs yeux. Hermione souriait en les écoutants, surtout pour elle-même. Elle connaissait aussi bien les lieux qu'eux-mêmes, mais Hermione ne pouvait évidemment pas le leur dire sans avoir à expliquer ce tout ce qu'elle cachait.

Dans un grincement, la calèche s'immobilisa devant la grande porte de l'école. Emma et Ron se glissèrent instantanément au sol et entreprirent d'accomplir le plus sérieusement possible leurs fonctions de préfets-en-chef. Sans se hâter, Hermione suivit le mouvement. Elle voulait profiter le plus possible de la douceur de cette soirée d'automne. Il faisait déjà nuit pourtant l'air était doux, le vent encore tiède. La jeune femme ne l'aurait certainement jamais avoué, mais elle se sentait merveilleusement bien à Poudlard. Les lieux lui avaient manqués. L'ambiance entre élèves et la library encore plus. Sur la pression de la main de Neville sur son épaule, Hermione quitta ses reposantes pensées. Ils se dirigèrent vers l'entrée en pressant le pas pour rejoindre leurs amis qui avaient déjà pratiquement achevé l'ascension des marches. Habitués, aucun ne regardaient plus vraiment les ornements du grand hall qu'ils traversaient. Cependant, Ginny s'étonnait silencieusement de voir qu'Hermione n'était pas surprise par le décor et se dirigeait comme si elle connaissait les lieux. N'y tenant plus, elle finit par lui demander.

- Tu es déjà venue ici ? Hermione lui sourit.

- Avec mon père à la fin de l'année dernière. Tu as oublié ?

Ginny s'empourpra instantanément. Comment pouvait-elle oublier la venue spectaculaire de son amie au cours du dernier mois de scolarité ? Hermione avait choqué bon nombre de personnes en se comportant avec un certain manque de distinction.

- T'arrêter pour nous saluer, je dois reconnaitre que c'était osé. Convint Ginny en riant.

- Je n'ai rien à gagner ou à perdre. Répondit Hermione en haussant les épaules.

- Et être protégée par Dumbledore, ça aide aussi. Trancha Neville

- Dumbledore ne protège que Harry et personne d'autre. Remarqua l'irlandaise un peu sèchement.

Á la droite de Neville, masqué par celui-ci, Harry rougit un peu. La remarque de son « garde-du-corps » était tranchante, un peu désagréable, mais surtout, parfaitement justifiée. Il s'en voulait un peu de bénéficier exclusivement des attentions du vieux directeur de l'école. Mais il reconnaissait aussi qu'il était précieux pour la communauté des sorciers. Il ne savait pas encore ce que Dumbledore avait prévu pour lui, il le saurait bien assez tôt. Pendant qu'il réfléchissait à sa condition, Emma et Ron, encadrés de tous les autres préfets poussaient enfin les portes de la grande salle. Une lumière chaleureuse se répandit instantanément dans le hall sombre où ils se tenaient. Où ils s'entassaient plutôt. Les jeunes sorciers et sorcières se précipitèrent qui à la table de Serpentard, qui à Serdaigle, qui à Poufsouffle, qui à Griffondor. Tout était prêt pour les recevoir et les groupes d'amis qui ne s'étaient pas encore reformés à l'occasion du trajet en train le firent plus facilement.

Pour leur part, Hermione et ses amis se dirigèrent vers la table réservée à Griffondor où ils serrèrent quelques mains, embrassèrent quelques amis. Ils s'assirent rapidement en attendant à la fois la répartition et le discours de rentrée de Dumbledore. Personne ne l'avait encore revu, mais nul à part Hermione, ne doutait de le revoir comme d'habitude. Assis à la table des professeurs, Hermione reconnut sans difficultés Severus Rogue, mesdames Pomfresh, Chourave et Mac Gonnagall, le professeur Flitwick et cette dernière étaient en pleine conversation. Avec surprise, la jeune irlandaise vit à leurs côtés Remus Lupin. Elle avait beau savoir que celui-ci était professeur, le revoir à cette table était tellement extraordinaire qu'elle avait du mal à croire ce qu'elle voyait. Cependant, Adeline Renard n'était pas assise aux côtés des autres professeurs, son statut d'assistante l'en empêchait certainement.

Contrairement à ce que pensait Hermione, le professeur Dumbledore fit son entrée dans la grande salle. Il avait l'air épuisé, usé par une maladie à l'origine indéfinissable. Sa main n'était plus seule à subir l'influence du maléfice qui protégeait l'anneau de Gaunt. Apparemment, tout le bras était à présent atteint. La jeune fille, comme tout le reste de la salle, resta parfaitement silencieuse lors de son arrivée. Habituellement, Dumbledore était toujours salué d'un tonnerre d'applaudissements. Le vieil homme se dirigea vers son pupitre.

Mes enfants, voici l'aube de ma dernière année à la tête de notre chère école. Commença-t-il. Comme je l'ai déjà affirmé à tous mes professeurs, j'ai passé plus que mon temps à cette place et il est largement l'heure pour moi de prendre une douce retraite.

Des murmures s'élevèrent d'un peu partout dans la salle. Il était évident pour tout le monde, tous les élèves présents, que jamais le directeur ne pourrait profiter d'une confortable et longue retraite. Ses mois et ses semaines, peut-être même ses jours, lui étaient comptés. Personne n'eut à cœur de relever ces détails et le directeur reprit son discours dès que le silence fut revenu.

J'espère laisser derrière moi des élèves qui sauront le moment venu résister aux pressions extérieure et devenir des sorciers adultes et responsables. J'ai bien peur cependant que les prochains mois ne nous apportent de funestes nouvelles. De grandes épreuves attendent certains d'entre vous et je crois que l'école toute entière saura apporter son soutien. Mais pour l'heure, il s'agit de répartir nos nouveaux arrivants.

Les élèves saluèrent d'une salve d'applaudissements le discours vaguement abscond du directeur. Ron commençait à trouver le temps long, son estomac exprima plusieurs fois d'une manière particulièrement grossière son mécontentement. Malgré ses réprimandes, Emma ne parvint pas à l'empêcher de maugréer.

Le choixpeau magique eut une présentation un peu particulière. Hermione ne prêta qu'une attention sommaire au début du discours qui parlait comme toujours de chacune des maisons. Elle tiqua cependant quand le choixpeau mentionna le retour des temps sombres. Dumbledore avait-il décidé de prévenir tout le monde magique du retour de Jedusor ? Elle en doutait. D'ailleurs, personne ne l'écouterait comme cela c'était passé dans son passé. Le choixpeau acheva son intervention en appelant les élèves à s'unir dans l'adversité comme dans les joies.

Enfin, les jeunes premières années furent introduites par Hagrid. Dans le groupe, Hermione aperçut Archie Cash et s'attendit à le voir s'installer à leur table. Pourtant, c'est à Serdaigle que le Choixpeau l'expédia pour sa scolarité. Hermione lui adressa un petit signe en guise de bonne chance. Il lui répondit gentiment et la jeune fille imagina que les tensions entre les maisons pouvaient être apaisées, ce n'était qu'une question de volonté. D'ailleurs, le choixpeau ne venait-il pas d'inviter les élèves à se montrer plus unis ?

- De quoi crois-tu que Dumbledore et le choixpeau parlaient ? s'étonna Ron soudain.

- Je pense que Dumbledore s'inquiète de sa succession. Répondit Emma. S'il quitte son poste, le ministère pourra choisir le nouveau directeur.

- Et ce n'est pas bien ? s'étonna Harry.

- Tout dépend du choix. Tranchèrent Hermione et Emma ensembles. Leur réplique à l'unisson amusa leurs compagnons et les fit rougir.

- Pour le moment, le ministère est tranquille, mais ma grand-mère pense qu'ils veulent transformer l'école en centre de recrutement. Lança Neville.

- En centre de quoi ? s'exclama Hermione. Quelques regards noirs se tournèrent dans leur direction et la jeune fille dût s'excuser platement du bruit et de la gêne occasionnée.

- Depuis la chute de celui-que-vous-savez-être-méchant-et-mort. Reprit Neville. Ils ont du mal à trouver du personnel. Ils voudraient modifier les orientations et les programmes pour que l'école fournisse des gens expressément préparés à leur service.

- C'est immoral ! intervint Harry.

- Mais il n'y a rien à faire. Tout dépend de Dumbledore. Convint Emma.

Le constat n'était guère apaisant. Alors que les élèves se réjouissaient de retrouver à nouveau leurs camarades, des réformes dignes de Dolores Ombrage se préparaient peut-être au sein du ministère. Pour l'heure, les derniers élèves de premières années rejoignaient les tables qui leur étaient attribuées sous les applaudissements de leurs condisciples et des professeurs. La répartition se finissait enfin et Ron enrageait littéralement de ne pas être encore en possession de son assiette pleine de victuailles.

- Pour clore ce moment, je voudrais que mademoiselle Black me rejoigne. Coupa la voix de Dumbledore.

Hermione resta un instant interdite. Le directeur de l'école tenait encore le choixpeau magique qui venait pourtant d'accomplir sa mission et tendait sa main valide en direction de la jeune fille. Un silence un peu pesant s'était fait. Il semblait pourtant à Hermione que sa répartition n'était pas nécessaire. Elle se leva et rejoignit le professeur en quelques enjambées démesurément longues. Hermione était très pressée d'en finir et ne voulait pas perdre de temps en déplacements. Le directeur l'invita à s'assoir face au reste des élèves et lui posa le choixpeau sur la tête. La jeune fille n'était guère enthousiaste à l'idée de recommencer sa répartition. Elle ne voyait pas en quoi elle pouvait être différente de celle de 1991.

- C'est étrange. Commença le choixpeau. C'est bien la première fois qu'on me demande de refaire une répartition. Ton ancienne maison ne te plaisait pas ?

- Je n'ai rien demandé. Pensa Hermione. C'est Dumbledore qui s'amuse.

- Je vois beaucoup de force, de finesse et d'intelligence. Notre cher directeur veut peut-être vous voir à Serdaigle. Reprit le choixpeau.

- Je ne crois pas. Ce serait trop simple pour lui de changer mon affectation ainsi. Il doit avoir pensé à autre chose.

- Tortueux esprit, vous seriez probablement mieux à Serpentard. Je comprends que Dumbledore place une si grande espérance en vous.

- Que voulez-vous dire ? s'enquit Hermione toujours sans bouger les lèvres.

- Dans ces jours sombres, tout le bien combattra le mal.

Sans qu'elle ait eu temps de réfléchir à cette remarque, le choixpeau magique commença à pleine voix.

- Pour la première fois de ma carrière à ce poste, et Merlin sait que j'ai vu passer des élèves. Je doute. Cette jeune fille serait certainement une assistante en potion tout à fait honorable.

Hermione se concentra aussi fort qu'elle s'en sentait capable. Aller aider Severus Rogue dans son antre nauséabonde ? Jamais de la vie. Elle expliqua mentalement au choixpeau combien cette décision serait ridicule et contreviendrait aux espoirs de Dumbledore. En guise de réponse, le vénérable répartiteur de l'école marmonna son avis concernant le potentiel d'Hermione et tout ce qu'elle pourrait apprendre aux élèves. Même flattée, Hermione ne se rendit pas aux arguments et refusa tout net de se soumettre au pouvoir, même pédagogique, de Rogue. Alors qu'elle achevait à peine de réfléchir, le choixpeau reprit la parole.

- Je propose que mademoiselle Black rejoigne Griffondor en septième année.

Hermione fut la première surprise par cette décision qui venait à l'encontre des décisions prises au cours de l'été par Sirius, elle et Dumbledore. Les élèves de la table de Griffondor, Harry, Ginny et les autres s'emportaient dans des applaudissements effrénés. La jeune irlandaise était heureuse de leur réaction, son année d'affectation n'avait, elle, aucune espèce d'importance. Selon Tonks, elle avait largement le niveau pour réussir tous ses examens. Dumbledore lui ôtait le choixpeau de la tête alors que celui-ci insistait pour qu'elle se concentre sur les cours de potions, elle aurait beaucoup à y gagner affirmait-il. La proposition surprit Hermione.

Par voie de conséquence elle eut un regard étonné pour le directeur qui prit cela pour lui. En l'aidant à se relever Dumbledore lui glissa qu'il la ferait mander à son bureau au cours des prochains jours pour discuter plus tranquillement de tout ce qu'ils aurait à faire au cours des prochaines semaines. En attendant, il l'invitait à s'intégrer le mieux possible à son école. Hermione lui répondit avec un rictus qu'il savait parfaitement qu'elle étudiait ici avant son voyage dans le passé. Rien ne l'étonnerait et elle se sentait déjà à l'aise. Ceci dit, il y aurait quelques menues difficultés à cause de son changement inopinée d'affectation. D'un pas décidé, Hermione se dirigea vers sa place. Elle ne remarqua pas le silence pesant qui venait de s'installer avant d'être assise. Ses amis la dévisagèrent étrangement et elle dût insister pour qu'ils daignent lui expliquer ce qui les dérangeait tellement. Finalement, ce fut Ron qui intervint le premier.

- Qu'est-ce qu'il à dit ? Je veux dire, le choixpeau. balbutia-t-il. Hermione ne comprit pas tout de suite de quoi il pouvait s'agir. Heureusement, Ginny la secouru prestement.

- Je pense que c'était du gaëlique.

- C'est vrai que vous. commença Harry avant qu'un regard noir ne le transperce. Tu es irlandaise.

- Ce qu'il a dit n'est pas très important. murmura Hermione.

Mais ses amis n'étaient pas de cet avis. Après les étonnants discours dont ils avaient été abreuvés au cours de la soirée, il leur semblait que tout avait une signification. Du moins, c'était la position d'Emma. Hermione s'amusa de constater que son alter-ego avait autant de détermination qu'elle-même. Évidemment, la jeune irlandaise non plus n'aurait toléré que l'on élude ainsi une conversation, même si son importance n'était que secondaire. Avec un sourire, Hermione admit qu'il s'agissait en effet de gaëlique, et accepta de leur raconter tout cela plus tard, une fois revenus à la salle commune.

La répartition terminée, les victuailles commencèrent à remplir les assiettes. Á l'instant où les premiers plats de présentations apparurent, Hermione ouvrit la bouche, elle souhaitait qu'on porte un moment la conversation sur les conditions de travail des elfes de maison. Bien qu'elle en usât au square Grimaurd, Hermione avait insisté auprès de Sirius pour donner un maximum de liberté et de bien-être à Kreatur. Après des débuts difficiles et douloureux pour l'elfe, il avait fini par prendre goût à ses quelques heures de tranquillité, à son droit de promenade et son argent de poche qu'il dépensait en livres de cuisine, numéro de "Sorcière Hebdo" et autre ustensiles. D'ailleurs, Sirius avait reconnu que son elfe était à présent plus soigné, plus accorte et surtout plus efficace. Hermione en avait conclu avec une certaine fierté qu'elle avait raison. Considérer son petit personnel avec considération conduit à un meilleur rendement. Si elle avait su que cette pratique avait conduit au développement du travail à la chaine par Ford et Taylor1. Probablement qu'elle se serait abstenue. Alors qu'Hermione n'avait pas encore articulé ses remarques, Emma avait déjà évoqué la SALE et la nécessité de venir en aide aux créatures magiques opprimées. Instantanément, tous ses amis se concentrèrent sur la nourriture et laissèrent passer l'orage. Plus personne ne faisait attention aux récriminations d'Emma, et Hermione se sentit tout aussi blessée que son alter-ego. Elle avait trop souvent vécu cette situation.

- Et je suis certaine que nous serons prochainement obligés de libérer tous les elfes de maison. acheva Emma sentencieuse, mais dans l'indifférence générale.

- Surtout pas. s'exclama Hermione.

- Pourquoi cela ? s'étonna Emma intriguée et heureuse que quelqu'un ait daigné l'écouter.

- Parce que leur nature est de servir. Ce n'est pas un mal, ils sont comme ça. répondit Hermione.

- C'est l'excuse des plus rétrogrades des sorciers. coupa Emma. On commence comme ça et à la fin on considère que les nés-moldus ne sont pas de vrais sorciers, puisque ce n'est pas leur "nature". railla la jeune préfète.

- J'ose espérer que tu ne crois pas que je pense cela. scanda Hermione qui sentait monter la colère.

Évidemment, Emma ne pouvait pas savoir qu'elles étaient identiques, qu'elles avaient les mêmes gênes, la même enfance, et seules les dernières années avaient été différentes. Tout ce qu'avait vécu Hermione l'avait probablement rendue plus ouverte d'esprit que la préfète-en-chef qui n'avait véritablement connu aucunes difficultés.

- Je ne te blâme pas. reprit Emma. Tu es issue de la famille Black et se sont des conservateurs.

- Penses ce que tu veux de moi, Emma. coupa Hermione. Mais n'oublie pas que je ne suis pas totalement une Black et nous sommes plus proches que tu ne le crois.

- Tes parents étaient des moldus ? ironisa Emma qui reprit sans attendre de réponse. Alors je ne crois pas que tu puisses comprendre de quoi je parle.

- Les filles, vous n'allez pas vous écharper tout de suite ? coupa Ron.

- Nous ne sommes revenus que depuis deux heures. lança Ginny avec un grand sourire, visiblement pour désarmer le conflit. Attendez un peu. acheva-t-elle en riant.

- C'est vrai m'amour. susurra Ron. Il y a des choses plus importantes que de nous battre entre nous.

En achevant sa remarque, Ron tira Emma vers sa poitrine et l'enlaça doucement entre ses bras puissants. La jeune fille accepta le geste de tendresse et esquissa un baiser en direction de son amoureux. En face d'elle Hermione resta tétanisée. Jamais elle n'aurait toléré que Ron la surnomma « m'amour ». Par Merlin que ce sobriquet était ridicule ! Ginny se pencha vers Hermione pour la rassurer. Chaque fois qu'il était question de SALE et d'elfe de maison, Emma se fâchait avec quelqu'un. En règle générale, elle ne boudait pas très longtemps. La jeune irlandaise sourit, elle était bien placée pour savoir à quel point cette remarque était juste. Elle détourna son attention du couple assis en face d'elle et rechercha dans les plats des mets qui correspondaient à ses goûts et ses envies du moment.

Les envies de la jeune fille furent rapidement déçues. Elle ignorait pourquoi, la plupart des plats servis ne l'inspirait que modérément. La viande était plus souvent frite ou bouillie que rôtie, les légumes étaient pratiquement tous préparés en purées. Elle chercha désespérément une pièce de viande qui tint correctement dans son assiette et trouva quelques petits pois encore entiers, des carottes vapeurs croquantes et des crudités coupées à peu près correctement. Enfin, correctement, cela dépendait du goût. Les amis d'Hermione la regardaient s'affairer sur son coin de table pour tenter de dresser une assiette cohérente. Quand elle s'en rendit enfin compte elle s'étonna de leurs regards.

- J'ai fait quelque chose de mal ? fit-elle surprise.

- C'est la première fois que je vois quelqu'un trier ses aliments comme ça. remarqua Ron.

Hermione le dévisagea un instant. En ce qui la concernait, elle n'avait jamais vu quelqu'un dévorer aussi vite et sans discernement tout ce qui trainait dans son assiette ou sur les plats. Elle s'excusa à moitié en affirmant qu'elle cherchait simplement à composer une assiette équilibrée avec des produits cuits à sa convenance. Puis elle regarda son assiette en essayant de comprendre ce qui les étonnait autant. La jeune irlandaise comprit instantanément. Elle avait reconstitué un repas digne du château de Brécourt. Elle avait mécaniquement écarté tous les légumes frits, les viandes bouillies et les sauces sucrées, elle n'avait conservé que les légumes et les viandes en sauces, des produits qui dénotaient avec les habitudes anglaises. Manifestement Hermione s'était plus largement imprégnée de la culture française qu'elle ne le croyait. Elle rétorqua qu'au moins une personne de la table de Griffondor savait ce qu'était la « vraie cuisine ». Ils rirent tous de bon cœur et cessèrent de se préoccuper du contenu des assiettes des uns ou des autres. Après un long, mais très long, repas, les élèves commencèrent à s'égailler. Il fallut pratiquement extraire de force Ron de son siège tant il s'était gavé. La force physique de Harry et Neville ne fut pas excessive pour le relever et Ron se traina douloureusement jusqu'au portrait de la grosse dame. Tous ses amis se moquèrent gentiment de ses excès. Mais il dût reconnaitre qu'il avait alors du mal à accomplir ses tâches de préfet. Heureusement, Emma avait de l'autorité et de la volonté pour deux. Sa nomination au poste convoité de préfète-en-chef n'était pas fortuite.

- « Champions et têtes en bois ». lança la jeune fille au portrait de la grosse dame toujours engoncée dans sa robe rose.

- Bienvenus. chantonna le portrait en glissant pour laisser béante l'ouverture menant à la salle commune.

Hermione et ses amis s'engouffrèrent par l'ouverture pour gagner les profonds fauteuils usés de la salle commune. En quelques instants, tous les Griffondor s'entassèrent pêle-mêle comme ils le pouvaient pour discuter encore un moment. Heureusement, la fatigue conduit les plus jeunes à rapidement monter se coucher pendant que les plus anciens savaient pouvoir discuter encore un moment dans leurs dortoirs. C'était surtout parce qu'il n'était pas décent de faire monter Emma, Ginny et Hermione dans leur dortoir que Dean, Harry, Neville et Ron ne l'avaient pas proposé. Pourtant, c'eut été plus simple. La conversation roula sur divers sujets dont l'équipe de Quidditch, les cours de botaniques, ceux de divination et la nourriture. Ce dernier sujet à l'usage exclusif de Ron. Sa sœur s'amusant à insister sur l'état lamentable de la digestion de Ron depuis qu'ils étaient montés. Tel un mourant, le jeune homme feignait de ne plus parvenir à se mouvoir, citant des phrases célèbres de sorciers au seuil de la mort. Cela amusa un moment le petit groupe. Puis, les derniers élèves montèrent dans leurs dortoirs. Les amoureux avaient résisté un peu plus longtemps que les autres, mais l'heure avançant il devenait urgent de monter se reposer. Ginny et Neville montraient d'ailleurs d'inquiétants signes de lassitude. Pourtant, Dean faisait tout pour maintenir les sens de sa petite amie en éveil.

- Alors, qu'a dit le choixpeau ? intervint soudain Emma. Hermione resta bouche bée devant la question impromptue.

- Tu as promis de nous raconter. insista Ginny qui semblait reprendre vie uniquement pour cette réponse.

- Le choixpeau voulait me donner un poste d'assistante en potion. murmura faiblement l'intéressée.

- Ne fais pas ta « Seagull ». s'esclaffa Ron.

Interloquée, Hermione dévisagea le jeune homme. L'expression l'intriguait autant qu'elle l'étonnait. La jeune fille ne voyait absolument pas ce qu'il entendait par là et elle ne se priva pas de le faire remarquer.

- Ce que veux dire Ron, maladroitement, comme d'habitude. releva Emma. C'est que "Seagull" a fait des choses tellement étonnantes qu'on a du mal à le croire.

- Du coup, dire de quelqu'un qu'il se prend pour « Seagull », c'est le. Neville n'eut pas le temps de finir.

- C'est le traiter de vantard. acheva Hermione. Je crois que je comprends.

- Ce que Ron ne comprend pas, lui. Continua Emma avec un regard mauvais pour son petit ami. C'est que pour les irlandais, comme toi. Elle insista fortement sur ces derniers mots. Seagull est une héroïne et notre expression est certainement blessante.

Hermione coupa net la discussion. Elle ne se sentait pas vexée par l'expression anglaise, même si elle n'était pas spécialement flatteuse. Au contraire, elle pensait que les gloires de Seagull étaient clairement surestimées. Mais elle affirma que la proposition du choixpeau n'était pas une blague.

- Je ne me voyais pas servir de faire valoir à Severus toute la journée. confia-t-elle avec un grand sourire.

- Je sens que mes prochains cours vont être difficiles. ajouta Harry.

Contrairement aux souvenirs d'Hermione, jusqu'à présent le professeur Rogue avait traité Harry avec certains égards. La proximité du jeune homme avec son élève préféré de Serpentard, sa maison, devait considérablement améliorer son prestige. Maintenant que Harry avait clairement pris position contre Malefoy, il devenait évident que ses avantages seraient rapidement rognés.

Devant l'heure tardive, le groupe décida de se séparer pour prendre un repos bien mérité. Hermione savait que Harry serait longtemps préoccupé par la portée de ses choix récents. Mais elle ne pouvait rien faire pour l'aider, il devait les assumer seul. Les filles escaladèrent rapidement la volée de marches menant à leurs dortoirs. Chacune partit dans une direction différente. La plus jeune se rendit dans le dortoir des sixièmes années, Emma dans celui des septièmes, et Hermione put lire son nom sur le panonceau d'une porte qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Il semblait que Dumbledore ait fait aménager une pièce qui lui était réservée. La jeune irlandaise trouva l'attention délicate. Ainsi, elle ne serait pas mélangée à des filles qu'elle ne connaissait pas et qui pourraient se méfier d'elle. Pourtant, être mélangée aux autres n'était pas sans intérêt. Dans sa petite chambre Hermione serait isolée. C'est ce sentiment qui la retint d'ouvrir trop vite sa porte. L'irlandaise eut un regard pour Ginny et Emma avant de tourner la poignée, mais déjà elles étaient rentrées dans leurs dortoirs respectifs. N'ayant à vrai dire pas le choix, la jeune fille pénétra donc dans la pièce qui lui servirait désormais de chambre.

« §§§ »

Hermione reçu une douloureuse surprise en entrant dans sa chambre. Au lieu des habituels dortoirs où les lits à baldaquins rayonnaient autour d'un poêle magique servant l'hiver à les réchauffer, elle trouva un espace vide. Certes, la pièce était très grande, spacieuse même, mais totalement nue. Seule sa malle était posée au centre de l'espace vide. En désespoir de cause, la jeune fille s'en approcha et entreprit de s'installer dessus à califourchon. Ce faisant, un petit mot écrit sur un large morceau de parchemin aux armes de Poudlard tomba au sol. Hermione se baissa pour le ramasser, doutant que cela la concerne.

« Mademoiselle Granger,
J'ai fait porter vos affaires dans un espace qui est habituellement caché aux élèves. Vous vous trouvez à présent dans une des anciennes chambres des préfètes-en-chef. Pour diverses raisons, nous avions décidé de condamner ces pièces."

Hermione sourit. Elle avait une vague idée de ce qui avait pu conduire les directeurs de l'école de sorcellerie à clore définitivement des pièces qui devaient échapper à tout contrôle. Après cet aparté, elle reprit sa lecture déterminée à savoir ce qui se tramait.

"Pour votre confort, j'ai jugé plus utile de vous affecter cette chambre que vous pourrez meubler à loisir. Je pense que notre mentor commun vous a expliqué comment procéder.
Nous nous verrons bientôt pour décider de notre politique en ce qui concerne Harry et notre souci reptilien.

Je vous souhaite dès à présent une bonne nuit,

Albus Dumbledore »

Hermione laissa retomber la missive du directeur. La désinvolture dont faisait preuve Dumbledore à son propos commençait à sérieusement l'agacer. Il avait manifestement oublié qu'elle n'avait pratiquement pas de souvenirs conscients de tout ce qui avait eu lieu au cours de son voyage dans le temps. Des bribes revenaient parfois mais elle ne contrôlait rien. Dans le cas qui l'occupait à présent, Hermione n'avait aucune idée du sort qu'elle était censée utiliser. Elle se releva et prit sa baguette. Mais au bout de quelques minutes, elle se trouvait encore là, penaude, sa baguette pendant désœuvrée au bout de son bras. Quelques soient les efforts de mémoires déployés, la jeune fille ne parvenait pas à retrouver le sort qui pouvait recréer la chambre idéale. Au l'aune d'un moment de désespoir, Hermione se décida à se rassoir. Elle expira lentement, doucement, les yeux clos, tentant une ultime fois de se souvenir du sortilège.

- Sail away sweet sister2. murmura-t-elle sans savoir pourquoi.

Quand elle rouvrit les yeux, un éclat de détermination s'y reflétait. Ses doigts se serrèrent à nouveau sur la mince baguette de séquoia. Son bras se tendit en direction de la misérable fenêtre occultée par des années de poussières. Ses lèvres articulèrent un sort silencieux. Un jet lumineux frappa les carreaux qui se nettoyèrent aussitôt. La clarté lunaire s'invita instantanément dans la pièce, rendant plus blafards encore les détails des murs en moellons mal apprêtés. Le bras toujours tendu, Hermione se concentra à nouveau sur la chanson. Elle évoquait la navigation3, il fallait accentuer ce point. La jeune fille inspira profondément en se concentrant sur les effluves marines, telles qu'elle se les rappelait de son voyage à Douvres avec ses parents au cours de son enfance. L'air salin sembla envahir la pièce, Hermione respira à plein poumons cette odeur iodée qui la rassurait. Ses doigts fourmillèrent de sorts qui voulaient manifestement s'exprimer contre sa volonté. Comme elle les avait appelés de ses vœux les plus sincères, Hermione décida de les laisser s'exprimer. Avec un sourire en coin la jeune fille se remémora la remarque de l'avocat de l'accusation au cours de son faux procès. Et elle concéda qu'en effet les pouvoirs de sa baguette risquaient de la dépasser. Pour l'heure, elle n'imaginait pas que l'ensemble de ces pouvoirs et de ces sorts provenaient simplement de sa propre magie et non de celle de sa baguette.

D'un geste lent, Hermione pivota sur elle-même pendant qu'un jet de lumière orangé frappait les murs les uns après les autres. Á mesure qu'elle se déplaçait, l'apparence de la pièce changeait. L'irlandaise aurait pu choisir de modifier la pièce pour qu'elle ressemble à sa chambre chez Sirius, ou à la chambre de Ginny qui lui inspirait beaucoup d'apaisement. Pourtant, elle choisit de donner un ton très différent. Un grand lit double apparut les murs se couvrir d'un papier peint anodin, une descente de lit et deux chevets complétèrent le lit, ainsi qu'une commode et une penderie. Chose étonnante, la chambre se doubla d'un salon, d'un bureau confortable équipé d'une table, d'un fauteuil et d'une lampe rétro. Mais aussi d'une salle de bain confortable. Hermione avait l'impression d'être l'invitée d'un palace anglais. Satisfaite de l'impression générale, la jeune fille s'avança dans le salon qu'elle ne pouvait voir tant que la porte serait fermée. S'il s'y trouvait un canapé, deux fauteuils, une table basse, une cheminée et une bibliothèque. Ce salon était surtout pourvu de deux grandes fenêtres donnant directement sur une ville moldue. La jeune fille ne put s'empêcher de se coller au carreau pour admirer la vue que l'on avait sur les ruelles qui serpentaient jusqu'au fleuve. Les sombres bâtiments publics moldus se détachaient sur les allées de maisons colorées. Hermione savait que ce paysage avait un sens particulier pour elle, mais elle ne savait pas lequel. D'ailleurs, elle ignorait même de quelle ville il pouvait bien s'agir. Pour autant, elle n'en était pas moins satisfaite de son sort de transmutation. La jeune irlandaise espéra juste que son sortilège serait assez puissant pour résister de longues heures.

Épuisée, elle décida de remettre au lendemain l'analyse détaillée de sa chambre. Elle se glissa pratiquement nue sous les draps n'ayant pas le courage de s'engouffrer dans le contenu de sa malle qu'elle avait artificiellement agrandie pour y ranger plus d'affaires. Maintenant qu'elle y réfléchissait, elle aurait mieux fait de s'abstenir. Cette nuit-là, Hermione s'endormit avec un sourire sur les lèvres.

Au réveil, Hermione s'attendait à retrouver la pièce aussi nue que la veille. Heureusement pour elle ce ne fut pas le cas. Cependant, un nouveau parchemin était déposé sur la table du salon.

"Mademoiselle Granger,
Les elfes du château m'ont indiqué les modifications que vous avez apporté à votre chambre. Je suis très heureux de constater que les sorts de transmutation n'ont aucun secret pour vous.

Par soucis de facilité, je peux demander aux elfes d'affecter durablement la pièce de ses modifications. Á moins que vous n'ayez déjà pratiqué un sort de conservation. Ce qui, compte-tenu de l'étendue de vos pouvoirs, devrait maintenir pratiquement indéfiniment ces modifications.

Albus Dumbledore.

PS. Conservatio historica"

Hermione eut un sourire amusé. Son ancien mentor s'était bien appliqué à lui faire ignorer qu'il était possible de protéger les transmutations. D'une certaine manière elle devait bien s'en douter. La moitié du château de Poudlard était ainsi fait de sort de dissimulations, de transmutations et autres goupileries4. La plupart des ruses et attrapes dataient des fondateurs morts depuis presque mille ans. Sans hésitations, la jeune fille fit venir sa baguette qu'elle pointa vers le mur en articulant aussi convaincue que possible conservation historica. Hermione faillit bien être projetée sur la cloison tant le sort représentait une force conséquente. Elle dût tenir sa baguette à deux mains pour parvenir à la déplacer tout au long des murs, balayant ainsi chaque petit morceau de décor pour les figer définitivement dans la mémoire de la pièce. L'épreuve dura une bonne quinzaine de minutes parce que la jeune fille ne voulait oublier aucun détail.

"§§§"

Une fois habillée, Hermione se dirigea vers l'entrée de sa chambre. En empoignant la clenche de la porte, la jeune fille eut un regard emprunt de douceur pour ce décor. Elle se sentait bien dans cet environnement. Merlin savait pourquoi. La porte s'ouvrit en grinçant, comme elle l'avait fait la veille. Avec ce détail, Hermione revint à Poudlard. Ce qui ne l'empêcha pas de ciller jusqu'à ce que Ginny lui saute pratiquement sur les épaules. La jeune irlandaise trouvait étrange de se trouver dans ce couloir et non pas. Où d'ailleurs ? L'image d'un couloir sombre et nu restait fugace dans son esprit.

Bien dormi ? s'inquiéta Ginny devant la mine un peu figée de son amie. L'intervention acheva de dissiper le souvenir.

Très bien merci. sourit Hermione. J'ai le droit à une chambre sur-mesure.

La cadette des Weasley ne releva pas l'image et ne pouvait se douter à quel point la remarque était pertinente. Tout ce qui était important pour l'heure était qu'elles allaient être particulièrement en retard pour le premier déjeuner entre élèves. Ginny attrapa Hermione par la main et la guida dans les marches qui menaient à la salle commune. Dans la pièce, Harry et Neville jouaient aux échecs sorciers sous le regard vaguement intéressé de Ron qui enlaçait Emma plutôt étroitement. La jeune irlandaise racla sa gorge en pénétrant dans la pièce pour marquer son arrivée et signaler à son Ron que sa tenue était à la limite de la décence. Le jeune homme eut un regard amusé pour la nouvelle venue et lui accorda un sourire qui fit fondre littéralement Hermione. Quoi qu'elle affirma, elle restait sensible à ce garçon. Heureusement, Harry et Neville virent involontairement à la rescousse d'Hermione en présentant à leur tour leurs hommages. Des bises s'échangèrent et il fut rapidement décidé de descendre manger. L'estomac de Ronald Weasley ne laissant d'ailleurs pas véritablement de choix. S'ils voulaient s'entendre parler, il fallait urgemment le remplir.

Le petit groupe descendit donc dans la meilleur humeur qu'il fut possible de trouver dans l'école. Malgré les années de divergence, Harry semblait être parfaitement à sa place au sein du groupe. La présence de Neville à ses côtés le ragaillardissait visiblement. Personne à part Dumbledore ne savait qu'ils étaient également concernés par la prophétie. L'ironie voulait qu'ils soient une nouvelle fois réunis dans le même camp alors que la menace de Jedusor se profilait. Pour le moment, Ron et Emma restaient un peu en retrait et ne fréquentait Harry qu'en raison de deux pivots, Ginny et Hermione elle-même. Mais la jeune irlandaise ne désespérait pas de rendre plus réelle leur amitié. Sur le chemin, le groupe manqua de renverser Hannah Abbott qui remontait précipitamment vers le dortoir. Emma l'attrapa par le bras, visiblement quelque chose d'inhabituel s'était produit. En effet, la jeune fille était en larmes et cachait son visage de ses deux mains. Après avoir un peu insisté, Emma réussit à faire parler la récalcitrante.

- Malefoy et ses amis, ils s'en prennent à l'équipe de Quidditch. fit-elle entre deux sanglots.

- Pourquoi ? s'étonna Harry. Jusqu'à présent ils ne s'étaient jamais attaqués à vous.

- Mais avant, tu étais de leur côté, Potter. coupa Hannah visiblement rancunière.

Pendant un moment, Harry resta bouche bée. Il s'était inquiété des répercussions que son changement de comportement sur lui-même, pas pour les autres. Son visage sembla se décomposer pendant qu'il prenait conscience des conséquences de ses choix. Avait-il le droit de faire les autres ?

- Je suis désolé. fit-il finalement. Je ne pensais pas qu'ils feraient ça. Il avait l'air misérable et cela convint Emma qu'il pouvait être sincère.

- Ce n'est pas de ta faute. trancha-t-elle. Tu as fait les bons choix, tu n'es pas responsable de ce qu'ils font. Personne ne t'accuse.

- Moi si. coupa Hannah. Sans ton stupide revirement, nous aurions facilement gagné la coupe cette année encore. cracha-t-elle.

Hermione resta stupéfaite à son tour. Elle ne se souvenait pas qu'Hannah fût aussi péremptoire et désagréable. Surtout, elle ne l'avait pas vu aussi déterminée à gagner le championnat de Quidditch. Il était vrai qu'Hermione ne brillait pas par son intérêt pour ce sport. D'un pas ferme, Harry reprit sa progression dans les marches. Il affirma qu'il allait régler définitivement le problème quitte à affronter Malefoy.

- Harry, il n'attend que cela. intervint Ron visiblement préoccupé par le sort qui pouvait être fait au jeune homme.

- Tu préfères attendre qu'il vous attaque tous ? ricana Harry.

- Il doit y avoir d'autres solutions ? s'enquit Emma. Hermione reconnut là sa propre propension à tout intellectualiser histoire d'agir le plus tardivement possible.

- Je ne crois pas. assura Ginny. J'ai hâte d'aller expliquer à ce cafard ce que je pense de lui.

L'intervention de la jeune rouquine coupa court toute discussion. Même Hannah n'osa pas contredire son avis. Restée en retrait, Hermione se demandait ce qu'il était le plus sage de faire dans ces conditions. Elle-même ne risquait rien, she'd won twice against Malefoy. L'irlandaise s'inquiétait surtout pour ses amis. Soudain, Neville affirma qu'ils avaient l'avantage du nombre et que cela suffirait probablement contre Malefoy.

- En effet, c'est un cafard, une limace odieuse. rougit Emma manifestement gênée par les mots qu'elle employait. mais il est loin d'être courageux.

- Ce n'est pas un Griffondor. acquiesça Dean qui tenait sa petite amie par la taille.

Ce constat établit une cohésion au sein du groupe qui se précipita pour trouver Malefoy et lui exprimer leur façon de penser. Hermione s'inquiétait un peu, ce genre de razzia n'était pas dans sa conception de la justice. Elle était étonnée qu'Emma ne tente pas plus sérieusement de s'y opposer. Parvenus au pied des escaliers, Hermione comprit. Malefoy y officiait tranquillement, protégé par son écusson de préfet-en-chef. Il martyrisait les premières années des autres maisons sous les yeux des autres préfets qui n'osaient pas s'en prendre à lui en raison de son écusson et de sa bande. Peut-être plus à cause de la seconde que du premier pensa Hermione.

Harry, premier arrivé, s'élança vers lui en brandissant sa baguette. Particulièrement inquiète, et surtout parce que c'était là sa mission, Hermione bouscula un peu Neville et Ron pour se précipiter à sa suite. Les deux jeunes hommes la houspillèrent un peu, ils espéraient participer à l'affrontement autant qu'elle. Seulement, Hermione souhaitait surtout l'éviter. Voyant son ancien ami se diriger virilement vers lui, Drago dressa à son tour sa baguette en direction de Harry. Si la tension pouvait être palpable, alors, il y en aurait eu une bonne couche. Un petit sourire s'étalait à présent sur le visage de Drago. Il avait prévu la réaction de Harry et de ses amis, il ne la craignait pas. Instinctivement Hermione établit la conclusion de cette analyse. Il y avait un danger dissimulé. Continuant de s'élancer vers Harry, la jeune irlandaise jeta des regards inquiets alentours. Seul celui de Neville lui répondit. Le jeune homme cilla avant de baisser les yeux. Il n'y aurait pas d'aide à attendre, nulle part. Hermione s'immobilisa à deux pas derrière Harry en regardant Drago par-dessus son épaule. Celui-ci continuait de ricaner alors que le groupe commençait à se réunir autour de Harry, Neville, Ginny et Dean sur sa gauche, Hermione, Ron et Emma sur sa droite, Hannah restant prudemment un peu plus loin derrière. En face, Drago ne pouvait compter que sur Crabbe et Goyle, Nott et deux élèves qui n'évoquaient rien de particulier à Hermione. Le nombre jouait donc en faveur de Harry qui restait dressé droit devant son adversaire, la baguette brandie, comme ses amis. Par contre, Hermione avait depuis un moment déjà rabaissé la sienne. Elle ignorait pourquoi, mais la situation n'était pas claire. La jeune irlandaise avisa deux élèves placés sur une ligne invisible passant juste devant les pieds de Drago. De deux mouvements du regard, elle vit deux autres élèves derrière eux qui n'y étaient pas l'instant précédent. Elle avait comprit et rit à gorge déployée d'un rire qui sonnait faux. Tous ses amis, ses adversaires et les quelques élèves étrangers à l'affaire qui trainaient là furent surpris de ce comportement.

- Bravo Drago. fit-elle d'abord. Joli piège. Mais tu ne m'arrêteras pas comme ça tu sais.

- En effet, chère cousine. convint Drago. Je ne voulais qu'eux.

D'un pas assuré, Hermione franchit la ligne invisible et vint se placer devant le jeune blond qui recula un peu. Harry tenta de la suivre mais resta bloqué par un mur invisible. Tous les membres du groupe tentèrent de sortir par une direction différente. Tous ceux qui étaient entré dans le carré délimité par les quatre jeunes élèves semblaient être coincés dans une prison impalpable. Seule Hermione avait pu passer et cela agaçait considérablement Emma qui pestait de s'être fait prendre par un sortilège aussi bête. Ron et les autres s'étonnèrent quand elle affirma qu'il ne s'agissait que d'un sort de nassaria qui consiste à prendre les animaux entre quatre poteaux ensorcelés. Un simple sortilège de chasse que personne n'utilise plus depuis longtemps.

- Hermione, comment as-tu trouvé ? s'enquit Emma frustrée.

- J'avais des amis chasseurs. sourit Hermione sans détourner son regard de Drago.

- Et, comment on sort ? reprit Harry furieux.

D'un geste vif, Hermione dirigea sa baguette contre les quatre piliers du piège. Pour l'empêcher de le détruire, Drago doubla son mouvement et lança des sorts sur les élèves qui furent projetés en arrière assez durement. De fait, le jeune serpentard venait de détruire son piège de lui-même alors qu'Hermione s'était contenté d'indiquer les points à toucher.

- On ne peut pas. reprit Hermione avec un grand sourire.

Hermione sembla se dissoudre dans un rayon de lumière pendant qu'elle réapparaissait exactement à l'endroit d'où elle était partie quelques instant plus tôt.

- C'est pour cela que je suis toujours à vos côtés. de grands cris de joie étouffèrent les grognements et les insultes de Drago et de sa bande qui prirent la fuite instantanément.

Après le concert des félicitations, Hermione expliqua de quoi il retournait. Tout le mérite de leur libération revenait en fait à Neville qu'elle désigna de sa main ouverte. L'idée étant de le faire approcher pour qu'il puisse bénéficier largement des honneurs qui lui étaient dus. Le jeune homme sembla s'excuser en agitant une main penaude et en enfonçant un peu plus sa tête entre ses épaules. Devant le refus manifeste du jeune homme de profiter de son quart d'heure de gloire, Hermione décida de poursuivre les explications sans son aide. Elle avait d'abord cru que personne n'avait compris la teneur du piège, mais par quelques gestes de ses doigts, Neville avait indiqué qu'il pouvait aider. Heureusement, la jeune irlandaise avait des dons de légiliementie, ainsi, elle avait pu s'expliquer sans difficultés et sans témoins avec son équipier improvisé. Ils décidèrent donc de projeter l'image d'Hermione à l'extérieur du piège pendant que Neville dissimulerait la jeune fille aux yeux de tous.

Écarlate, Neville qui s'était finalement approché, raconta que cette tactique était la préférée de ses parents aurors. Sa grand-mère le lui répétait constamment et l'avait obligé à apprendre les sortilèges nécessaires. Ce n'était pas bien compliqué se défendit-il. Mais il fallait être synchrone pour ne pas se faire repérer. L'entrainement de la jeune irlandaise avait pallié son insuffisance technique et l'extrême précision du jeune homme compensait ses hésitations. Pourtant, la situation du jeune homme n'était pas enviable. Depuis son enfance il vivait dans l'ombre héroïque de ses parents. Il ne se rendait pas compte qu'il était leur digne successeur, l'exécution parfaite de ces sorts qu'il venait de réaliser en était la preuve incontestable. Hermione le félicita chaleureusement et surtout, le remercia de son aide, affirmant qu'elle n'aurait jamais réussi sans lui. Ce qui n'était que la stricte vérité. Neville rougit des pieds à la tête visiblement embarrassé par autant d'attentions.

La situation s'était bien dénouée au profit du petit groupe. Hermione était très impressionnée par les capacités de Neville. Il était aussi débrouillard que Harry, il n'avait cependant pas assez confiance en lui. Elle décida que cela changerait, qu'elle l'aiderait à progresser, il le méritait.

L'incident clos, ils allèrent fêter leur victoire sur les tortionnaires Serpentard avec un copieux déjeuner dans la grande salle. Quelques gestes provenant des tables des autres maisons, quelques œillades un peu prononcées et quelques bourrades viriles montrèrent que les témoins de la scène faisaient déjà une grande publicité aux Griffondor. Sans surprise, Ron se pavanait comme un coq, lui qui n'avait rien fait. Harry et Neville discutaient sans se préoccuper des autres élèves, le "survivant" avait demandé tous les détails des sortilèges employés. Seuls les éclaircissements de Neville comptaient pour le moment. Emma et Ginny se moquaient copieusement du comportement exempt de toute modestie du rouquin. Enfin, Hannah et Hermione marchaient de conserve sans se regarder. La jeune irlandaise n'avait rien contre sa voisine, mais n'avait pas non plus de sujet de conversation à développer. D'ailleurs, Hermione doutait qu'un autre sujet que le Quidditch intéressa Hannah.

- Ta mère travaille toujours à Heuton-Pagnell ? s'enquit finalement Hermione.

- Comment tu sais ça ? s'étonna la joueuse de Quidditch.

- Je ne peux pas l'expliquer. rougit l'irlandaise. J'ai parfois des souvenirs qui reviennent sans que j'ai besoin de les solliciter. Hannah parut hésiter avant de répondre sur un ton glacial.

- Ma mère est toujours la gouvernante d'un hôtel miteux si c'est cela que tu veux savoir.

La jeune fille se raidit et accéléra le pas pour gagner une place éloignée du groupe. Sans le savoir, Hermione venait de pointer un détail de la vie privée de Hannah qu'elle n'était pas heureuse de mettre en lumière. Visiblement l'emploi de sa mère était vécu comme très dévalorisant. Hermione participa peu aux conversations de son groupe d'amis. Elle s'en voulait d'avoir vexé Hannah.

1 Véridique, forcément. Pour qui vous me prenez ? C'est pas parce qu'on s'amuse qu'on n'a pas le droit de le faire intelligemment ! Non mais !

2 Toujours Queen. Je n'allais pas vous user avec une chanson sans m'en resservir.

3 Ce n'est pas vrai, mais avant d'écouter la chanson, le titre à retenu mon attention sur le jeu de mot. "Sail away" signifiant à la fois simplement "partir" dans le sens "bon voyage" et "naviguer".

4 Oh le beau néologisme. C'est comme la bravitude. J'avais envie de m'amuser au dépend de ce pauvre Goupil. (Le renard des contes. Non ?)