Chap. 43 : Opale.
La première journée de cours se déroula sans véritable fantaisie. Hermione reçu la visite du professeur Mac Gonnagal à la fin de son repas pour qu'elle puisse les enseignements de septième année et non ceux de sixième comme ce l'était initialement prévu. Sans surprise, Ginny fut passablement déçue de voir son amie quitter sa classe pour celle de son frère et surtout celle d'Harry. Ayant obtenu son nouvel emploi du temps, Hermione quitta ses amis pour regagner sa chambre. Elle devait prévenir son père et lui demander de lui expédier aussi rapidement que possible ses nouveaux manuels.
L'ascension des escaliers fut pratiquement mécanique pour Hermione. Alors que certaines portions passaient le plus clair de leur temps à changer d'orientation, à modifier les tracés des circulations, ce qui ennuyait souvent les nouveaux venus, Hermione savait les anticiper, éviter de se trouver dans des voies sans issues. Heureusement qu'aucun de ses nouveaux amis ne la suivaient. Ils eussent douté que la jeune irlandaise venait pour la première fois à Poudlard tant sa dextérité dans ce domaine spécifique à l'école était grande.
Elle avait reçu le premier cours de défense contre les forces du mal. Le moins qu'on puisse affirmer, était que cette matière s'engageait mal pour la jeune irlandaise.
Assez rapidement, Remus avait demandé aux élèves s'ils connaissaient des organisations capables de lutter contre les forces du mal. Avec naturel et empressement, les élèves, Emma en tête, avaient proposé le ministère de la magie et Dumbledore pêle-mêle.
Il y a aussi l'ordre du Phénix. proposa Ron. Remus lui fit comprendre d'un regard peu avenant qu'il n'était pas bon d'en parler ouvertement. Heureusement, Nott vint sauver la situation.
Et l'irlandaise, Seagull ? proposa le jeune homme de Serpentard avec un sourire ironique.
Elle serait certainement d'un grand secours. convint une voix féminine.
Remus trouva donc l'occasion de présenter à sa classe son assistante, Adeline Renard. Les élèves furent ravis de voir entrer dans leur univers scolaire traditionnel, feutré et un peu triste, une française manifestement ouverte et amusante. En quelques mots, Adeline expliqua tout ce que l'intervention de Seagull représenterait en cas de guerre.
Nous savons qu'elle fédérerait les irlandais et apporterait le soutien populaire de plusieurs comtés.
Ne serait-il pas plus judicieux de se reposer sur les forces du Spécial Command ? s'étonna soudain Hermione.
Ce sont des mercenaires ! coupa brutalement Remus visiblement offusqué.
Hermione rougit de pied en cap et fit silence pendant la presque totalité du cours. L'enseignant illustra l'intervention de la jeune fille en expliquant que le "S-C" avait plusieurs fois dans le passé eut des attitudes équivoques.
Lors de la guerre civile irlandaise notamment. releva Remus. Ils ont conduits à l'opposition entre le ministère anglais et les rebelles. Ainsi, ils ont ralenti la réunion entre les deux pays.
Nous pensons aussi qu'ils sont à l'origine de deux "chefs d'œuvres" de Seagull. continua Adeline. L'émergence du Royal Oak et la course poursuite contre un dragon. Ce qui avait provoqué de grosses difficultés entre les moldus et les sorciers.
Dans son coin, Hermione recevait ces informations avec effarement. Elle ignorait pourquoi elle avait proposé cette réponse, et les déclarations de Remus et Adeline ne la rassuraient guère. La jeune irlandaise se promit de ne plus évoquer cette question. Personne, pas même elle, ne pouvait savoir que ces allégations étaient partiellement infondées.
Á la fin du cours, elle fila discrètement pour ne pas avoir à subir les réprimandes de ses enseignants.
D'un pas naturel, Hermione traversa la salle commune de Griffondor, pratiquement vide à cette heure, et escalada les escaliers qui menaient à son dortoir. C'est une fois parvenue devant le lit à baldaquin d'Emma qu'elle s'aperçut de l'étrangeté de la situation. Une jeune fille qui achevait de s'habiller la dévisageait avec un certain étonnement. Ne sachant comment faire autrement, Hermione grimaça qu'elle s'était trompé de dortoir, qu'elle manquait encore d'habitude et qu'il était parfois difficile de se repérer dans tous ces couloirs, ces salles qui se ressemblaient beaucoup.
Elle ne pouvait pas expliquer à cette jeune fille qu'elle avait simplement pris le chemin qui menait habituellement à son dortoir. Que malgré les apparences, elle était Emma.
Sentant ses oreilles qui chauffaient un peu trop, la jeune irlandaise se précipita hors de la pièce et ouvrit sa porte qui grinça, comme d'habitude. Elle remarqua mentalement qu'il serait souhaitable de demander à un elfe du château d'huiler les gonds pour éviter ce désagrément à longueur de journée.
Sans aucune hésitation, la jeune fille se dirigea dans son salon, attrapa une page de parchemin qu'elle savait trouver dans le second tiroir d'un buffet. Elle se mit en quête d'une plume qu'elle découvrit qui trainait dans la bibliothèque. Cette fois non plus, Hermione n'avait pas douté de l'y trouver. Tout était comme si elle avait rangé la pièce récemment. Le sentiment était vraiment étrange. Ce n'était pas sa maison, juste un lieu qu'elle aimait bien. Pourtant elle s'y attachait. Délaissant cette impression stérile, Hermione se laissa tomber dans le confortable canapé.
"Cher Papa,
Il n'a pas fallu longtemps pour que je me fasse remarquer. Dès hier soir, Dumbledore m'a soumis au choixpeau magique. Imagine qu'il a voulu m'envoyer en tant qu'assistante auprès de Rogue.
Ce n'est que partie remise, j'y vais dès maintenant.
Heureusement, le choixpeau a finalement décidé de me laisser parmi les élèves. Mais en septième année. Du coup, tous mes manuels sont obsolètes. Je vais pouvoir me débrouiller les premiers temps m'a dit Mac Gonnagal. Je ne sais pas pourquoi elle en est aussi certaine.
Ce matin, Neville a prouvé qu'il était très doué. Il a utilisé un sortilège de dissimulation et de projection en même temps ! Cela nous a permis de nous sortir d'un piège tendu par ton cousin Drago. Vraiment, il est doué ce garçon. Il faudrait le rassurer un peu et il serait brillant.
Je t'envoie la nouvelle liste de livres à m'expédier.
Répond-moi vite.
Ta fille qui t'aime.
Hermione.
PS. Tu verrais ma chambre ! Une suite d'hôtel rien que pour moi."
Le trajet jusqu'à la volière fit perdre un temps considérable à Hermione qui était très en retard pour son premier cours de potion de l'année. Connaissant le professeur Rogue, elle était très inquiète de la réception qu'il lui ferait. La descente vers les cachots ne lui avait jamais parue aussi lugubre. Il était rare qu'elle s'y rendre seule et dans le contexte présent, Hermione n'était pas vraiment enjouée. Elle frappa à la porte massive et distingua vaguement une autorisation d'entrer. Son arrivée ne pouvant être discrète, elle décida d'assumer son retard avec autant d'aplomb que possible.
Vous voici enfin miss Black. Hermione ne put s'empêcher de frissonner en entendant la voix du professeur, son aspect tendait à faire de lui une chauve-souris aux cheveux graisseux, ce qui n'était pas moins effrayant. Néanmoins, elle fit face sereinement.
Je viens de passer commande de mes manuels. fit-elle d'une voix qu'elle trouva fort peu assurée.
Vous vous en passerez sans difficulté pour cette séance qui porte sur l'onguent de cicatrisation. coupa-t-il. C'est un sujet facile.
Il acheva son intervention en ôtant dix points à Griffondor pour son retard. Hermione se contint et chercha une place où s'installer. Heureusement, Neville, Harry et Ron avaient prévu son arrivée et il restait un siège aux côtés de Neville. D'un pas rapide, la jeune fille se précipita sur le siège. Elle serrait encore contre elle tous ses parchemins et ses plumes. Les lâcher aurait été comme une déchirure. Harry et ses amis eurent à batailler un moment pour que la jeune fille se détende enfin. L'idée de réaliser un onguent de cicatrisation sans manuel ne l'inspirait guère elle devait bien l'avouer.
Hermione mit son chaudron à chauffer en attendant de savoir ce qu'elle devait y mettre. Discrètement, Neville, Harry ou Ron lui soufflait les instructions pour qu'elle parvienne malgré tout à présenter un onguent de qualité. De son côté, Emma tentait de distraire l'attention de Rogue en posant des questions techniques à son professeur. Visiblement celui-ci n'était pas dupe mais semblait beaucoup s'amuser des efforts des jeunes gens. L'heure passa rudement vite et Hermione n'était absolument pas satisfaite du résultat de son mélange. Au contraire, la préparation d'Emma avait pris une teinte orangée qui correspondait aux besoins du mélange. Les onguents de trois garçons n'étaient pas du tout présentables. Celui de Ron collait dans le fond quoi que sa teinte fut relativement passable. De son côté, Harry n'avait pas réussi à changer la couleur verte pour de l'orangé, et Neville regardait, piteux, sa mélasse gluante. Le mélange d'Hermione n'était pas très loin de la réussite, il manquait seulement un ingrédient qui n'était pas prévu dans leur manuel. Comme toujours, elle en avait la certitude sans pouvoir l'expliquer. La jeune irlandaise se pencha vers Emma pour lui suggérer d'ajouter à son mélange une pincée de poudre de corfulata. Intriguée, la petite-amie de Ron se retourna et fronça les sourcils.
Ce n'est pas indiqué. s'étonna la jeune fille.
Pourtant, ça ne veut pas dire que ce ne soit pas utile. coupa Hermione.
Emma se retourna visiblement peu convaincue. La jeune irlandaise savait que son caractère l'empêcherait d'admettre que ce qui n'était pas écrit pouvait être valide. Hermione voulait simplement aider son alter-ego. Si elle-même ajoutait la poudre de corfulata à son mélange, ce ne serait pas suffisant pour obtenir le bon résultat. Elle voulait sincèrement avantager son amie. Á l'heure dite, le professeur Rogue commença à tourner autour des préparations avec un air dégouté. Même son fidèle Drago n'avait pas réussi à faire mieux qu'Emma. Mais, sans surprise, le professeur ignora l'onguent de la jeune fille. Celle-ci s'en offusqua un peu en pinçant les lèvres et fusillant du regard son enseignant. Hermione se dit qu'elle avait l'air passablement ridicule avec cet air grandiloquent et sourit un peu.
Votre échec vous amuse mademoiselle Black ? intervint à propos Severus.
Pas du tout, c'est votre habileté à ignorer l'évidence qui est risible. trancha-t-elle avec un regard en coin et un sourire narquois.
La jeune irlandaise n'avait pas prémédité sa réplique et à peine les mots avaient-ils franchis ses lèvres qu'elle les regrettait. Le visage de Rogue sembla se décomposer de fureur contenue. Hermione s'apprêta à recevoir le juste courroux de son professeur. Elle était pleinement consciente d'avoir dépassé les limites du convenable. Néanmoins, elle ferait front dignement. La jeune fille regarda sans ciller son professeur qui retrouvait sa pâleur habituelle. Le reste des élèves de la classe paraissaient tétanisés par la tension pratiquement palpable qui s'installait. Du côté des élèves de Serpentard, l'atmosphère était plus goguenarde mais pas au point d'ouvertement intervenir. Hermione déglutit douloureusement, sa gorge était bien trop sèche à son goût. Cela n'augurait rien de bon pour la suite.
Doucement, comme dans un film au ralenti, Rogue dressa sa propre baguette sous le nez de l'impudente. Bien que son visage se soit à nouveau fermé aux émotions humaines, il était manifestement furieux. La baguette se balançait doucement comme un serpent prêt à mordre une victime résignée. Ce que n'était pas Hermione. Rogue eut un rictus désagréable en montrant du bout de son nez crochu la baguette de la jeune fille trainant sur la paillasse de son plan de travail.
Il n'est jamais bon de se laisser aller à trop de confiance, Black. Cracha-t-il. Ceci vaudra vingt points de moins pour Griffondors.
Hermione serra les dents, ce n'était que la juste punition pour son impertinence. Cependant, elle ne comprenait pas pourquoi il ne baissait toujours pas sa baguette alors qu'elle avait cessé toute résistance. Le mal était plus profond, elle le savait pourtant. Son père adoptif, Sirius, et Rogue avaient été des ennemis pratiquement irréconciliables pendant toutes ses années. Aujourd'hui, Rogue avait le moyen d'assouvir une partie de sa vengeance. Il était peu douteux qu'il puisse s'abstenir longtemps. La jeune fille se prépara. Les doigts de sa main gauche se tendirent sans que son regard ne quitte le visage de Rogue. Son voisin perçut, sans les voir, les petits tressaillements de sa baguette. Á mesure qu'elle se concentrait pour l'affrontement, Hermione se sentait de plus en plus nettement subjuguée par les yeux de Rogue. Quelque chose d'étrange s'y reflétait. Elle accentua son attention et tomba dans le piège de son professeur.
« §§§ »
Les deux sorciers se trouvaient à présent dans un square qu'Hermione ne connaissait pas. Au loin, deux fillettes jouaient sur une balançoire double. Le vent chaud indiquait nettement que la scène se déroulait en été. Hermione ne trahit aucun doute, aucun trouble. Elle savait parfaitement ce qui venait de se produire. Sans prendre de précaution, elle avait provoqué le plus grand légilimens de sa génération. Á son avis, même son ancien mentor n'aurait pas pu résister à Rogue.
Très bien, maintenant que nous sommes dans vos souvenirs, que voulez-vous Severus ? déclama Hermione d'un ton détaché.
Vous n'êtes pas la fille de cet imbécile de Sirius. Fit-il d'une voix détendue.
Hermione sourit et s'installa sur un siège proche. Puisqu'elle ne déciderait de rien dans cette confrontation mentale, autant profiter d'un peu de confort. Elle concéda qu'en effet, elle n'avait rien à voir avec Sirius. Mais cela, il devait le savoir depuis longtemps.
Vous avez probablement arraché à Dumbledore lui-même les informations que vous vouliez. Ricana-t-elle. Montrant ainsi qu'elle n'était pas dupe du petit jeu de Severus.
En effet, mademoiselle Granger. Continua-t-il en s'approchant de la jeune fille.
Il était encore à contre-jour, mais la jeune irlandaise parvenait à distinguer les traits de son maitre des potions. Dans cette vision, il s'était un peu rajeuni. Il lui paru moins laid, moins marqué par la méchanceté qu'il exhalait habituellement. Derrière eux, les deux fillettes riaient à présent.
J'avoue avoir eu quelques difficultés à croire que vous et Emma Granger étiez la même personne. Continua Severus en se plaçant de profil. Hermione put remarquer un petit sourire de contentement. C'est une élève très douée.
Merci. Sourit Hermione puisqu'il s'agissait aussi d'elle-même. C'est grâce à vous.
Le professeur refusa d'un geste sec les compliments. Il se montrait agacé des gentillesses que certains lui faisait. Pour lui, rien n'avait d'importance que le pouvoir et le contrôle. Hermione pensa qu'il n'avait pas tellement changé malgré son ralliement à Dumbledore et à l'Ordre du Phénix. Severus Rogue restait fondamentalement un mangemort. Mais il sembla à la jeune fille qu'ils n'étaient pas dans l'esprit du professeur pour discuter de la pluie et du beau temps, de son vrai nom ou même de sa mission.
Dumbledore nous interdit d'évoquer quoi que ce soit à votre propos. Reprit le professeur. Même en cherchant discrètement dans sa mémoire, je n'ai pas réussi à savoir ce que vous avez fait comme idioties dans le passé.
L'irlandaise s'offusqua un peu qu'on la considéra si mal. Néanmoins, elle dût reconnaitre qu'elle n'avait guère été brillante. Elle raconta sommairement ce qu'elle savait de son propre passé. Ce qui représentait peu de choses à vrai dire. Elle avait passé au moins trente mois en Angleterre, en Irlande et en France entre 1981 et 1984. Au cours de ce voyage, elle avait permis l'arrestation de Pettigrew et de Lestrange. Mais ses souvenirs n'étaient que fragmentaire, l'essentiel de ce qu'elle savait venait de la bouche même de Dumbledore. Le professeur Rogue eut un sourire à glacer le sang avant d'affirmer qu'il serait capable de faire revenir ces souvenirs sans aucune difficulté. Hermione l'arrêta, affirmant qu'elle n'était pas prête à payer la contrepartie de cette magie noire. Rogue tressaillit.
Vous me croyez si stupide ? s'indigna la jeune fille. La magie mise en œuvre est dangereuse, je n'ai pas particulièrement envie de ressembler aux Londubat.
Pour qui me prenez-vous, miss Granger ? s'offusqua Rogue à son tour.
Pour quelqu'un qui préfère vivre dans les beaux souvenirs d'un temps révolu.
La jeune fille se levait. Elle pivota pour se tourner vers les deux fillettes. Elle venait de comprendre. L'une des deux devait être Lilly Evans, l'autre évidemment, était Pétunia Dursley. Au plus profond d'elle-même, Hermione avait pitié de Severus Rogue. Car il ne lui restait rien d'autre que ces images. D'un ton léger, elle affirma que Lilly était en effet une mignonne petite fille. Pourtant, elle ne fut pas à lui à cette époque, et ne le sera jamais plus.
Vous ne comprenez pas. Coupa Rogue. Je ne suis pas nostalgique de ces moments de honte.
Il désigna de la main une petite forme sombre, crasseuse, dissimulée dans un recoin de la haie. Sans peine, Hermione reconnut son professeur encore enfant, mais se ressemblant déjà. Elle assista à une scène terriblement blessante pour le jeune garçon. Alors que Lilly s'élançait de la balançoire, volant pratiquement, et que sa sœur criait de la voir user ainsi de pouvoir qu'elle n'avait pas, le petit Severus s'avança vers elles. D'un seul trait, il affirma qu'il pouvait expliquer les capacités de Lilly et montra qu'il savait en faire autant. Pourtant, Pétunia et Lilly prirent peur et se moquèrent de lui et de ses affirmations. Le petit garçon resta là, seul et penaud pendant que celle qu'il aimait déjà s'enfuyait en riant, d'un pas léger.
La jeune irlandaise pensa, qu'en effet il n'était pas souhaitable de considérer ces moments avec nostalgie. Mais vouloir se faire souffrir intentionnellement, elle n'en voyait guère l'intérêt. Elle se tournait vers le professeur pour lui demander des éclaircissements lorsque le décor changea. L'air se fit dur autour d'elle, l'enserra et sembla vouloir l'écraser. Puis la situation redevint normale et Hermione pu regarder autour d'elle. Ils se trouvaient à présent dans les couloirs de Poudlard. Á quelques pas d'eux, les jeunes Severus et Lilly se disputaient. La jeune Evans reprochait à Rogue son attachement pour les mangemorts.
Ce jour-là, vous l'avez perdue définitivement. Fit Hermione pour rompre le silence pesant.
Non, c'était déjà trop tard. Fit-il en secouant la tête tristement.
L'éclair se fit dans l'esprit d'Hermione. C'est elle qui l'a perdu au cours de cette conversation. Auparavant, Severus ne s'était pas encore pleinement engagé auprès de Jedusor. Mais ce dernier refus, cette ultime dispute avait fini de le faire pencher en faveur de la magie noire. Hermione sentit son cœur se serrer et son estomac se contracter. Le détachement de son professeur tournait à la nausée. Il était alors un vrai monstre, froid et calculateur, détaché de l'amour des autres et pour les autres. Hermione ne se priva pas de lui crier ce qu'elle pensait de lui.
Et vous avez raison. Compatit le maitre des potions. J'étais un pantin, un monstre programmé pour les basses-œuvres du seigneur des ténèbres.
Comme toujours, le ton de la voix de Rogue se fit chaude et doucereuse lorsqu'il évoqua Jedusor. Hermione était encore plus révulsée que s'il s'était abstenu de lui répondre. Quel était l'intérêt de lui présenter les recoins sombre de son âme ?
S'il cherchait un rachat de ses fautes, il n'avait probablement pas choisit la bonne personne. Á la fin de la dispute, Lilly s'élança vers la salle commune de Griffondor pendant que le jeune Rogue s'enfuyait, misérable vers les caves. L'irlandaise remarqua que Lilly pleurait de déception. Prestement, le professeur s'élança sur son chemin et ouvrit grand ses bras. Les pas de Lilly ralentirent et elle s'arrêta, comme prise délicatement dans le réconfort de l'embrassade de Rogue. Hermione resta abasourdie. Il avait dû revivre un grand nombre de fois ce souvenir pour savoir exactement comment réagir. L'arrêt de Lilly n'était pas interminable, au bout de quelques instants, son image sembla transpercer Rogue et elle courut de plus belle. Cette fois, Hermione était touchée par la douceur du professeur. Cela ne rachetait pas ses fautes, mais montrait qu'il avait su évoluer et changer profondément. Il semblait présenter de sincères regrets.
Une nouvelle fois, le décor changea. La même sensation d'écrasement se fit ressentir. Les effets du changement ne semblaient pas permettre l'accoutumance. Ils se tenaient à présent dans une grande pièce sombre. Un cercle d'homme encadrait la haute silhouette de Jedusor. Le sorcier n'avait pas encore acquis tous ces attraits typiquement reptiliens. Par conséquent, Hermione déduisit qu'il commençait juste à préparer ses horcruxes. La voix même de Jedusor n'était pas encore aussi sifflante qu'elle le serait plus tard. Au moins, cette fois, il était humain.
Après un long monologue, le seigneur des ténèbres congédia ses serviteurs qui se courbèrent obséquieusement avant de refluer comme des rats. Hermione fit remarquer à Rogue qu'il avait des amis qui manquaient un peu de personnalité. L'allusion ne fit pas rire le maitre des potions, mais la jeune fille ne se priva pas de sourire. Ils s'approchèrent de Jedusor qui rappelait justement Rogue. Une ombre quasi-fantomatique, masquée et courbée s'approcha docilement de son maitre. Severus se regarda lui-même avec dédain. Nul besoin de mots pour expliquer ce qu'il ressentait à ce moment. Un probable mélange de haine et de remords.
Mon Severus. Siffla la voix de Jedusor. J'ai besoin de tes dons pour préparer une potion.
Je suis à vos ordres. Répondit le jeune Rogue. Sa voix n'était pas celle que lui connaissait Hermione. Son timbre était plus clair, plus léger. Le maitre des potions avait dû énormément hurler sur son sort et celui de Lilly pour ainsi érailler sa propre voix.
Je souhaite une préparation qui puisse rendre un visiteur indésirable incapable de se sauver. Hermione eut l'impression que Jedusor souriait. Mais sa face était à ce point brouillée qu'il était délicat de savoir ce qu'il en était réellement.
Je ferais selon vos désirs, mon maitre. Répondit Rogue avant de se retirer à reculons sous le regard hautain de Jedusor.
Hermione écarquilla les yeux quand elle comprit de quoi il s'agissait. Rogue avait lui-même préparé la potion qui allait conduire au décès de Dumbledore. Le maitre des potions allait sciemment préparer une décoction mortelle. La jeune irlandaise aurait donné tout ce qu'elle avait, c'est-à-dire pas grand-chose si l'on exceptait le coffre Olliver, pour n'avoir jamais vu ce souvenir. Au creux de sa poitrine, une douleur intense se fit sentir. Ce fut comme si son cœur avait voulu bondir hors de sa cage thoracique. La douleur était presque insupportable. La jeune fille tomba lourdement à genoux. Á présent, elle avait du mal à respirer correctement. Pour rompre le phénomène, Severus mit fin à ce souvenir et revint dans le parc du début.
Je suis désolé. intervint Rogue qui se pencha sur Hermione.
Vous avez tué Regulus ! hurla-t-elle à bout de force. Vous avez tué Dumbledore !
Elle se précipita sur lui pour battre sa poitrine de traitre de ses poings fermés. La conclusion que venait de faire la jeune fille la stupéfiait autant qu'elle l'écœurait au plus profond de son être. Le professeur, le visage fermé, ne chercha pas à fuir ses responsabilités. Il accusait chaque coup comme une libération et regardait les larmes perler aux paupières de la jeune fille comme si elles étaient le seul liquide capable de le laver de ses fautes. Hermione sentait la douleur s'éloigner à mesure qu'elle labourait le torse du professeur. Il lui sembla qu'elle pouvait rester ainsi des heures. Pourtant, au bout de quelques minutes, la jeune fille n'eut plus la force de lever les poings. La colère s'évanouissait d'elle-même. D'une part, par son voyage dans le passé, elle avait évité que le directeur de Poudlard se trouve confronté à cette potion. D'autre part, il était contraint psychologiquement et physiquement à exécuter les ordres de son maître d'alors. Mais les choses avaient changé. Dans ces conditions, son affirmation était fausse. Severus n'avait pas tué Dumbledore. S'éloignant du professeur, Hermione sécha ses larmes, et expliqua ce qu'elle avait vécu. Le visage du maitre des potions ne trahissait aucune émotion pendant qu'elle rapportait les événements de sa sixième année.
C'est à vous que je dois le fait d'être encore un homme. Coupa-t-il soudain. Si j'avais été responsable de la mort de Dumbledore, je crois que mon âme aurait été définitivement perdue. L'aveu de faiblesse de Rogue surprit Hermione bien plus qu'elle ne le présuma.
Vous êtes responsable de la mort du frère de Sirius. Continua la jeune fille. C'était l'un des vôtres !
L'affirmation troubla le professeur Rogue. Il admit que le jeune frère de son ennemi de toujours était très proche du seigneur des ténèbres. Il ignorait qu'il fut un des mangemorts et ne se souvenait pas de l'annonce de son décès. La jeune irlandaise dût faire preuve de toute sa persuasion pour faire comprendre à son professeur qu'elle savait ce qui était arrivé. Même si ce n'était pas exactement vrai. Severus Rogue ne trébucha pas un instant sur les artifices rhétoriques d'Hermione. Á nouveau, elle raconta les événements de sa sixième année, elle parla sans retenue des horcruxes et du médaillon que Regulus avait caché sous la potion de Rogue placée dans la grotte par Jedusor. Visiblement convaincu, Severus se rapprocha de la jeune fille et lui prit le bras. Cette fois, Hermione se prépara à changer de souvenir. Étrangement, cette fois le voyage fut relativement souple. La proximité du professeur devait atténuer les effets du déplacement dans sa mémoire.
Ils se trouvaient à présent dans la salle à manger immense d'une maison qui devait appartenir à une famille très aisée. Restait à savoir s'ils étaient dans une maison de moldus ou de sorciers. Hermione allait interroger son guide pour savoir de quoi il s'agissait mais il eut un geste bref de la main pour lui interdire de parler. Un peu vexée, la jeune fille reporta son attention sur le centre de la pièce. Il ne semblait y avoir personne autour d'eux. Hermione se demanda pourquoi ce souvenir d'une pièce vide était utile. Elle se laissa gagner par l'impatience et piaffait aux côtés de Rogue. Enfin, trois ombres entrèrent précipitamment dans la salle. Le plus grand avait repoussé les ventaux de la porte d'un coup de baguette rageur. Sans hésitation, Hermione reconnut Jedusor. Il était à présent tel qu'elle se l'imaginait au faîte de sa puissance. Son visage n'avait plus rien d'humain, seules deux fentes faisaient office de narines, sa bouche elle-même n'était guère plus que la réunion de deux fins bourrelets de chair aussi blanchâtre que le reste de sa peau. Par contre, ses yeux brillaient d'un éclair de folie.
Je ne peux pas croire ce que tu me raconte Severus. Scandait jedusor qui faisait les cent pas. Personne ne peut me vaincre, surtout pas un gamin. Hermione étouffa un cri, ainsi Bellatrix Lestrange connaissait l'existence de la prophétie.
Maitre, je l'ai entendue moi-même. Cette voyante est catégorique. Dans l'avenir, vous tomberez sous les coups d'un enfant né cette année. L'irlandaise sursauta. Bien qu'elle ne connaisse pas le contenu exact de la prophétie, elle en savait assez pour savoir que son contenu n'était pas aussi clair.
Qui est-il ? cracha Jedusor. Dis-le-moi que je m'en occupe personnellement dès à présent.
Je l'ignore. Répondit Rogue moitié pleurant. La prophétie ne le dit pas.
Jedusor arrêta son manège et se dressa devant Rogue. Hermione pensa que le mage noir se rendait compte que Severus mentait, ou du moins qu'il ne racontait pas tout à son maitre. Le regard du sorcier se fit si dur, si pénétrant que Rogue tomba à genoux et demanda grâce comme un enfant. La jeune fille était dégoutée d'assister ainsi à la déchéance ultime de son guide. Le maitre des potions lui-même semblait n'avoir aucune compassion pour le faible sorcier qu'il fut alors. Au bout de quelques instants, Rogue resta seul, abandonné sur le dallage de la salle, inanimé. Son maitre avait informé Bellatrix du nom de ses victimes. Jedusor avait tu le nom des Potter et se précipita hors de la pièce, sa fidèle mangemort le suivant prestement. Au moment de sortir, il se tourna vers Bellatrix.
Où est ton cousin ? lança-t-il une expression de colère effroyable sur le visage.
Sirius ? avec les Potter certainement. Couina-t-elle.
Pas celui-là. Reprit le sorcier avec un geste d'agacement. Son frère, mon Regulus.
Je l'ignore maitre. Avoua la femme au bout d'un moment, quand le silence devenait trop révélateur.
Jedusor qui sonda évidemment l'esprit de Bellatrix parut accepter cet aveu. Il ramena sa cape sur lui d'un geste rageur et acheva de quitter la pièce. Un mouvement sur le sol aurait dût alerter la jeune fille. Sans que personne ne s'en rende compte, Severus écoutait le contenu de cette conversation. Il s'avait donc, sans l'avoir compris, que le frère de Sirius était déjà mort. Mais ce qui occupait surtout l'esprit d'Hermione était le fait qu'elle venait d'assister aux révélations qui conduiraient à la mort prématurée des parents d'Harry. Á cette évocation, sa poitrine lui fit à nouveau atrocement mal. La jeune fille porta la main sur la poitrine, elle ne parvenait plus à respirer. Hermione sentit les mains de son professeur et le décor s'estompa.
Cette fois, Rogue ne ramena pas Hermione dans le parc de son enfance. Pour racheter sa conscience, il avait décidé de passer à l'étape suivante. Bien plus valorisante pour lui. Si cela était possible tant sa trahison était effroyable. Ils arrivèrent dans le bureau de Dumbledore qui ressemblait à celui qu'il occupait encore aujourd'hui. Hermione tomba encore sur ses genoux et pensa qu'elle devrait peut-être investir dans des protections adaptées. La douleur fit s'estomper l'impression d'étouffement qu'elle venait de ressentir. Elle inspira profondément une fois ou deux avant de tenter de se relever. Elle refusa l'aide de son guide. S'il y avait une chose qu'elle ne voulait surtout pas, c'était que cet être immonde à ses yeux la touche.
Dans un grincement, la porte du bureau s'ouvrit et laissa passer deux silhouettes qu'Hermione n'eut aucune peine à reconnaitre. Le premier était Dumbledore, à l'exception de sa main valide, il était en tous point identique à l'homme qu'Hermione connaissait. Derrière lui arrivait Severus Rogue, pas tellement différent de son guide, un peu plus jeune peut-être. Mais il avait déjà cette apparence misérable, cette impression d'être toujours malheureux. Il balbutia qu'il n'avait pas voulu que ces agressions aient lieu et que si le directeur le permettait, il irait lui-même se rendre aux aurors du ministère.
Ne soyez pas stupide Severus. Coupa Dumbledore. Vous avez fait ce que vous pouviez.
Ce n'était pas assez. Répliqua le professeur.
Dans un sourire aimable, Dumbledore convint qu'en effet cela avait été insuffisant. Néanmoins, il n'était pas possible de revenir en arrière. Par conséquent, il lui faudrait vivre avec ces remords. L'idée ne parut pas plaire à l'ancien mangemort.
Votre présence ici montre que vous avez déjà changé. Reprit Dumbledore.
Voilà une importante consolation. Siffla Rogue.
Dumbledore eut encore ce sourire désarmant. C'était une évidence. Le fait que Severus Rogue, le mangemort soit venu immédiatement après avoir appris ce que Voldemort avait prévu de faire aux Potter et aux Londubat montrait qu'il restait encore des étincelles d'amour en lui. Aux dires du directeur, Rogue ne pouvait être comparé aux autres mangemorts ou à Voldemort lui-même. Le ton compatissant de Dumbledore sembla remonter un peu le moral de son interlocuteur qui s'enquit de savoir ce qu'il avait prévu pour les protéger.
Les Potter avaient un ami qui accepta de devenir le gardien du secret de leur résidence. Affirma Dumbledore. Je croyais qu'ainsi ils seraient à l'abri un certain temps.
Black ! cracha le professeur.
Le directeur s'abstint de répondre, ce qui confirma l'idée que Rogue venait de se faire du second traitre de l'histoire. Hermione s'écria que ce n'était pas vrai, que Pettigrew était le traitre. Son intervention fut inutile, évidemment, mais cela la soulagea. Le maitre des potions posa sa main sur son épaule et esquissa quelques mots d'excuse. Il avait en plus de toutes les fautes qu'il avait commises, cette erreur de plus à son compte. La jeune fille lui affirma sans ambages qu'il n'aurait probablement pas assez de sa vie pour racheter tout cela. Étonnement, il en convint. Puis il lui fit signe de faire silence.
Pour autant, la situation n'est pas perdue. Fit Dumbledore qui passait derrière son bureau. J'ai placé Harry dans sa famille et dans onze ans.
Il sera dans cette école. Coupa Severus. Accordez-moi la possibilité de le former. En mémoire de Lilly Evans.
Dumbledore reprit son nouveau professeur. Il s'agissait du fils de Lilly Potter. Rogue tiqua de cette remarque mais fit semblant d'avoir commis une simple maladresse. Puis, le directeur émit l'idée que Rogue n'avait pas besoin de se punir ainsi. S'obliger à revoir chaque jour l'image de celle qu'il avait tant aimé au travers des yeux d'un enfant innocent, c'était bien cruel. Sèchement, rogue fit comprendre que cela ne regardait que lui. Le souvenir continuait, mais Hermione était déjà tremblante et elle n'avait pas perçu toute l'importance des dernières répliques. Depuis que Dumbledore s'était assis, son souffle avait commencé à se faire plus rugueux. Hermione ne comprenait pas bien ce qui pouvait causer autant de douleur. Elle porta une nouvelle fois la main sur sa poitrine avant de s'agenouiller. Le basculement de son corps fit rebondir le médaillon de Regulus contre l'étoffe de sa robe. Cet élément la fit comprendre.
Nous devons sortir de votre esprit. S'exclama-t-elle. Maintenant. Sa voix était gutturale, dure et pénible.
Rogue ne comprenait pas pourquoi il y avait une telle urgence. Hermione sentait l'âme de Jedusor qui se tortillait à l'intérieur du médaillon. S'il essayait de sortir vraiment, il y aurait un mort de plus à son actif. La jeune fille souhaita que ce ne soit pas elle. Pourtant compte-tenu de l'évolution de la situation, elle serait la première dans la hiérarchie des victimes potentielles. Le maitre des potions ne faisait toujours rien pour arrêter son emprise mentale. Il avait changé son souvenir, mais Hermione ne parvenait plus à se calmer. Ses angoisses et ses douleurs alimentaient vraisemblablement l'énergie de son fardeau. Elle se redressa et dévisagea Rogue. Quand elle trouva enfin son regard le décor changea une nouvelle fois.
Ils se trouvaient sur le pont d'un bateau d'une quinzaine de mètre qui semblait voguer sans contrôle. Les drisses et les écoutes se bordaient seules ou allégeaient leurs tensions selon les besoins. Tout le bâtiment était empreint de magie. Instantanément, Hermione se sentit mieux. Ils étaient dans son univers, elle avait pris le dessus sur son professeur qui regardait autour de lui vaguement affolé.
Comment avez-vous réussi ? s'écria-t-il pour couvrir le bruit des vagues contre le plat-bord.
J'ai eu un bon professeur. Sourit Hermione qui aperçut au niveau de la barre couronne Olaf Thorthon et une jeune fille qui ne pouvait être personne d'autre qu'elle-même.
Hermione regarda de loin l'enfant qu'elle était alors. Mal habillée, équipée par Thorsthon d'un matériel trop grand, et les cheveux bruns en broussailles, elle ressemblait bien peu à ce qu'elle était à présent. La jeune fille s'amusa de constater sa faiblesse d'alors. Elle n'avait pas encore l'habitude de transmuter ses vêtements et devait se changer pour de vrai chaque jour, plusieurs fois. Bien loin de toute nostalgie, ce souvenir lui rappelait combien elle avait évolué. Et s'observer dans cette évidente innocence l'apaisait beaucoup.
Mais le changement ne faisait visiblement pas plaisir au professeur. Qui hurlait comme un damné qu'il ne croyait pas possible qu'une aussi insignifiante gamine puisse soutenir la puissance du seigneur des ténèbres. Le visage de Rogue était déformé de haine. La jeune fille savait qu'elle était tournée entièrement contre Jedusor. Cependant, elle craignait que dans sa rage, Rogue ne fasse pas de distinction entre elle et son ancien maitre. Elle dressa sa baguette pour se défendre. Geste totalement ridicule étant donné qu'ils n'étaient pas dans la réalité mais dans un souvenir. Leur magie ne saurait s'exprimer.
Soudain une douleur réveilla Hermione. Elle venait de buter contre la paillasse qui se trouvait dans son dos. La douleur au creux des hanches avait rompu le lien magique qui la liait à son professeur. De l'autre côté de la table, Severus Rogue se tenait la tête visiblement épuisé par l'effort qu'il venait de fournir pour repousser la jeune fille. Mais il reprit contenance bien avant elle et commençait à contourner la table en maugréant.
Donnez-moi cet objet fillette. Sifflait-il d'un ton trop proche de celui de Jedusor pour que ce soit un hasard. Hermione trembla en pensant que le mage noir pouvait soumettre n'importe qui à l'imperium, y compris son ancien fidèle.
Vous rêvez Severus. Répondit-elle sans se démonter. Pourtant, elle n'en menait pas bien large. Elle n'aurait jamais pu s'opposer à sa magie s'il avait voulu en faire usage.
Autour d'eux, les élèves restaient abasourdis. Pendant de longues minutes ils n'avaient plus fait un geste. Á présent, ils se préparaient à se combattre. Harry remarqua que son amie paraissait plus âgée et plus forte maintenant qu'elle avait renoncé à son éternel sourire et ses yeux toujours trop grand ouverts. Ron lui donna un vif coup de coude dans les côtes pour lui indiquer le critique de la situation. Hermione n'avait pas encore repris sa baguette. Dans ces conditions, elle ne pourrait s'opposer à Rogue. Les jeunes hommes auraient bien voulu mettre à mal le tout-puissant maitre des potions. Ils hésitaient encore sur la méthode. Contrairement à ce que tous les élèves attendaient, Rogue baissa son bras.
Filez chez le directeur ! maintenant ! Il hurla pratiquement ses ordres.
Merci. Fit doucement Hermione qui se précipita hors de la salle de classe. Je ne tiendrais pas longtemps.
Alors courez ! cria Rogue.
Hermione n'avait pas attendu son assentiment pour mettre en pratique l'idée. Ses pieds semblaient trouver tous seuls le chemin à suivre. Son esprit était totalement tourné vers le médaillon. La jeune fille sentait l'âme de Jedusor à l'intérieur aussi surement que s'il avait été à ses côtés. La visite des souvenirs de Rogue avait fourni l'énergie et la faille nécessaire et suffisante pour lui permettre de sortir. L'âme de la jeune irlandaise, ses convictions et ses sentiments à l'égard de Rogue avaient oscillés, changés, s'étaient ouvert à d'autres possibilités. Ces évolutions avaient créées une faiblesse dans ses certitudes. Soit exactement les conditions qu'affectionnait les esprits retors comme l'était Jedusor. Hermione savait qu'il s'était déjà réincarné une fois, elle ne souhaitait pas voir apparaitre une deuxième réplique du mage noir. D'ailleurs sourit-elle en gravissant les marches qui menaient au rez-de-chaussée, si Jedusor revenait, elle-même ne serait plus là pour le constater.
Sur son passage, la jeune fille bouscula quelques élèves sans leur prêter la moindre attention. Le professeur Lupin lui-même fut victime de son urgence. Pas plus que les autres il n'eut le droit à des excuses ou même à des explications. Pourtant, la mine qu'il fit indiquait bien la surprise qu'il ressentait à croiser Hermione dans de telles circonstances. Il vit une tornade blonde se précipiter en direction de la gargouille qui barrait le passage devant le bureau du directeur. Dans sa précipitation, la jeune fille manqua de glisser sur le dallage fraichement nettoyé par Rusard. Peeves ayant probablement commis quelque salissure. Elle n'avait dû son équilibre qu'à la présence inopinée de Luna Lovegood.
Tu as une mine affreuse. Fit remarquer la jeune fille. On dirait que celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom te poursuit.
Surprise, Hermione dévisagea Luna qui ne cilla pas. Parfois, cette jeune fille avait des remarques d'une pertinence étonnante pensa l'irlandaise. Elle s'excusa de l'avoir pratiquement écrasé et commença à reprendre sa route. La douleur était plus grande à mesure que le temps passait. Le poids du bijou ensorcelé semblait augmenter à chaque seconde, une sensation de brulure accompagnait depuis quelques minutes l'oppression qu'Hermione ressentait déjà dans les souvenirs de Rogue. Il était grand temps qu'elle arrive devant Dumbledore. La gargouille se déplaça avant même qu'Hermione ne tente d'en découvrir le mot de passe. Un gros bonhomme apparut et la jeune fille le bouscula à son tour sans y prendre garde. Seul importait la destruction immédiate de l'horcruxe. La jeune fille s'en voulait de n'avoir pas pensé dès la veille à se rendre auprès du directeur pour le faire détruire. Heureusement, elle escaladait à présent les dernières marches qui menaient au bureau de Dumbledore. Par un réflexe d'une mécanique étonnante, Hermione frappa avant de pousser la porte du bureau. Elle entendit la voix de Dumbledore venir d'assez loin.
Auriez-vous oublié quelque chose mon cher Cornélius ? s'étonnait le vénérable directeur.
C'est moi. Coupa Hermione gauchement. Nous avons à faire.
D'un geste furieux qui n'était pourtant pas dans sa nature, la jeune fille arracha le médaillon de son cou. La fine chainette dorée lui coupa les chairs avant de céder à la traction. Hermione n'en avait cure, il y avait urgence à détruire ce maudit objet. Elle regarda Dumbledore droit dans les yeux pour qu'il agisse au plus vite. D'un geste de sa main desséchée, le directeur indiqua une petite table d'acajou. Sans qu'il fut besoin de parler, la jeune fille sut qu'elle devait y déposer le médaillon. Avec une vigueur qui la surprit, Dumbledore mit la main sur l'épée de Goddric Griffondor et la brandit bien haut par-dessus le médaillon de Regulus. L'improbable se produisit. Sans pression ou intervention de l'extérieur, le délicat objet s'ouvrit et laissa apparaitre deux emplacements réservés pour autant de portraits. Á la place Hermione et le vieil homme y virent deux yeux, ceux de Jedusor pensa Hermione. Il y eut un moment de flottement, Dumbledore n'achevait toujours pas son geste. La jeune fille se tourna prestement vers lui et découvrit que son allié pleurait et balbutiait des excuses.
Laissez-moi faire professeur. Intervint Hermione en attrapant doucement la garde de l'épée de Griffondor.
Le directeur se laissa faire, il était étrangement faible. Hermione ne voulut surtout pas penser aux raisons de l'abattement de Dumbledore. La magie du bijou était trop dangereuse pour qu'elle se laisse déborder par ses sentiments. Fermement, elle prit l'épée des deux mains et sentit comme une chaleur réconfortante émaner de l'objet. La puissance magique de Griffondor était encore présente dans l'épée. La jeune fille concéda que c'était une sensation étonnante, loin d'être désagréable. Elle reprit confiance en elle et l'épée jouait certainement un rôle dans ce sentiment rassurant. Hermione pointa le médaillon, les yeux étaient d'une autre couleur. L'opale avait cédé la place à un gris acier plutôt agréable. Sans qu'elle sache pourquoi, Hermione ne se sentait plus capable de détruire l'objet qui lui octroyait cette vision réconfortante. Pourtant, elle ne comprenait pas ce que cela pouvait signifier. Á qui pouvait appartenir ce regard ? L'éclair d'un instant, la jeune fille pensa se laisser aller à contempler ces yeux agréables et rassurants. L'épée de Griffondor oscillait dangereusement et risquait de glisser de ses mains. Á ses côtés, Dumbledore semblait incapable de réaction. Il continuait de s'excuser d'erreurs qu'il avait faite des années auparavant. Les prénoms Ariana et Gellert se mêlaient dans ses ânonnements. Alors que l'attention d'Hermione défaillait clairement, les yeux semblèrent sortir du médaillon et trônaient à présent au creux d'un visage fantomatique qui s'étirait pour sortir de sa prison. Bientôt se serait les épaules, les bras et le torse, et finalement un être tout entier. Aucun des sorciers présents ne parviendrait à empêcher Jedusor d'acquérir une seconde forme humaine. Déjà la pointe de l'épée touchait le bois de la table, les doigts d'Hermione s'étaient relâchés et le cuir de la poignée glissait doucement. La forme ce fit plus distincte, nez pommettes et cheveux longs s'affirmèrent.
Pansy, baisse donc ton arme, s'il te plait. Fit une voix sifflante, désagréable. Viens plutôt rejoindre la douceur de mes bras.
L'ombre fit un geste ample, comme pour avaler la jeune fille toute entière. Mais Jedusor ignorait qu'il venait de commettre une erreur mortifère. En entendant le prénom, Hermione reprit pied dans la réalité. Sa main se fit plus solide sur la poignée. L'épée se releva un peu, doucement, discrètement. Un sourire narquois naquit sur les lèvres de la jeune fille pendant que son regard devenait moins vague.
Désolée Tom. Commença-t-elle. C'est raté, une fois de plus.
Hermione leva l'épée et l'abattit de toutes ses forces sur le médaillon qui éclata sous le choc. Un hurlement sinistre sembla s'élever de l'objet alors que des volutes étouffantes de fumée noires envahirent la pièce. La magie de Jedusor se dissipait, mais pas sans tenter de faire des dégâts. Cependant, Hermione savait qu'elle ne risquait plus rien. Á ses côtés, Dumbledore semblait reprendre ses esprits alors que la présence maléfique disparaissait. Il ne balbutiait plus ses excuses et ses yeux bleus s'étaient asséchés de la tristesse qui l'avait débordé sous l'influence de Jedusor.
Félicitation miss Granger. Fit-il en faisant planer deux sièges jusqu'à eux. Il se laissa tomber sur le sien dès qu'il fut sous lui. L'épreuve avait été très difficile pour lui qui déjà était affaiblit.
Je n'ai fait que ce qu'il fallait. Mâcha Hermione épuisée avant de s'assoir à son tour. Elle y parvint d'une manière un rien plus distinguée.
Elle raconta sommairement les événements du cours de potion et l'évocation des souvenirs qui avaient accéléré le retour de Jedusor. Manifestement, le médaillon se nourrissait de l'énergie de son porteur et de son entourage. Comme ils en usaient beaucoup lors de leur affrontement mental, ils avaient fourni à Jedusor largement de quoi prendre le contrôle du bijou. Il s'en était fallu de peu pour qu'il parvienne aussi à prendre le dessus sur eux. Hermione frissonna à nouveau en pensa à la possibilité de devoir combattre deux incarnations de Jedusor. Dumbledore convint qu'ils devaient absolument tout faire pour éviter de se trouver dans une telle situation.
Pour l'heure cependant, il avait des tracas au moins aussi importants. Le médaillon étant détruit, le danger qu'il représentait s'écartait définitivement, et la menace de Jedusor était déjà moins grande. Hermione acquiesça par politesse mais pensa que la situation n'avait pas tellement changé depuis la veille. Tant que les horcruxes existeraient, il y avait un risque de voir un jour ou l'autre Voldemort revenir. Mais le directeur de Poudlard n'était pas disposé à parler des deux horcruxes restants.
Comme vous avez dû le constater, le ministre de la magie sort de mon bureau. Fit-il. Hermione resta bouche bée. En effet, elle l'avait croisé, bousculé plus exactement. Sur le moment elle avait d'autres sources d'inquiétudes et n'avait pas reconnu Cornélius Fudge.
Je lui ai certainement fait fort mauvaise impression. Grimaça la jeune fille. Dumbledore l'observa de ses yeux clairs et l'excusa de son indélicatesse. Les événements précédents ne permettaient pas d'attendre ou d'être poli.
Dumbledore expliqua que le ministre venait de le sommer de choisir un successeur. Sans montrer aucune tristesse, le vieil homme confia à son élève qu'il ne lui restait pas assez de temps pour achever tout ce qu'il avait souhaité accomplir. La plupart de ces choses pouvaient être reportées sur d'autres, sur des amis de confiance. Il lui sourit pour faire comprendre à la jeune fille qu'elle faisait partie de ce dernier ensemble. D'un hochement de tête, Hermione lui indiqua qu'elle convenait de cette position et qu'elle tenterait de se montrer à la hauteur de ses attentes.
Pour le moment, j'ai pensé demander à Severus de prendre ma succession. Reprit le vieil homme.
Hermione pensa qu'il était heureux qu'Harry ou Sirius ne soit pas assis à ses côtés. Ils se seraient étouffés à l'écoute de cette décision. Mais la jeune fille sortait de son esprit. Elle avait pu constater combien il avait évolué. Aujourd'hui, l'ancien mangemort n'avait plus rien de commun avec l'adolescent qui avait rejoint Jedusor. Il était confit de remords, de peine et de regrets. Tous ces sentiments montraient qu'il savait aimer autrui. Il serait un bon directeur. Surtout si Jedusor tentait de reprendre en main le ministère. Le mage noir avait une confiance absolue dans sa marionnette et Severus avait aujourd'hui les capacités de légilimens qui lui faisaient défaut à l'époque. La décision serait difficile à faire accepter, mais le choix de Dumbledore était judicieux. Hermione ne se priva pas de donner son avis. Le vieil homme se tassa sur son siège.
Je suis heureux que vous compreniez mon choix. Reprit-il. Il ne fut pas si facile.
Les gens n'aiment pas le professeur Rogue. Continua Hermione. C'est probablement sa plus grande chance et notre atout le plus utile.
C'était aussi ma conclusion. Approuva Dumbledore.
Le directeur se releva et ramassa à la main les débris du médaillon qu'il enferma dans un petit sachet de peau de dragon. Il chercherait un moyen efficace de faire disparaitre définitivement cet objet. Sans prévenir, il congédia la jeune fille en lui conseillant de redescendre au plus vite auprès de Rogue pour le rassurer. Hermione sursauta, elle ne comprenait pas que Rogue puisse s'inquiéter pour quelqu'un d'autre que lui-même. Elle salua poliment son directeur et reprit le chemin des cachots. Le trajet lui parut plus agréable dans ce sens-là. La lumière du jour qui lui avait parue blafarde ou agressive selon les couloirs était à présent douce ou chaleureuse. La jeune irlandaise comprit que ses impressions précédentes étaient influencées par l'emprise de Jedusor.
Enfin, sans s'être pressée, elle parvint devant la porte du cours de potion. Son heure de classe était depuis longtemps achevée mais elle devait bien récupérer ses affaires. La voix de Severus Rogue se fit entendre, désagréable et agacée d'être encore dérangée.
Vous revoilà vous ! cracha-t-il. Hermione qui avait ressenti un peu de compassion à son égard revint à son avis d'origine instantanément.
Le directeur m'a demandé de vous dire que tout va pour le mieux. Se contenta de répondre la jeune fille.
Il y eut un bruissement de bavardages provenant des élèves de quatrième année présents dans la salle. Leur enseignant les fit s'interrompre d'un ordre sec. Profitant du fait que l'attention de Rogue était détournée, la jeune fille en profita pour reprendre son bien. En quelques pas elle se dirigea vers ses affaires entassées sur un coin de paillasse. Hermione les récupéra sans un regard pour son professeur de crainte qu'il tente d'entrer à nouveau dans son esprit. Au moment de ressortir elle n'eut pas le choix et se tourna pour le saluer poliment. Contrairement à ce qu'elle avait craint, Rogue évita lui aussi son regard et la salua d'un geste rapide de la main. En fait, il lui indiquait de déguerpir. Elle n'allait pas se faire prier plus longtemps.
