Chap. 44 : Ombres du passé.

Les cours reprirent normalement pour Hermione pendant pratiquement trois jours. L'incident qui l'avait opposé à Severus Rogue se propagea rapidement à travers toute l'école. La plupart des élèves raillait la jeune fille pour s'être effondrée face au professeur le plus détesté de l'école. Les Griffondor trouvaient par contre son attitude très courageuse bien qu'ils n'eussent pas bien compris quels avaient été les tenants et les aboutissants de leur confrontation. Le fait que la jeune fille se soit précipité dans le bureau de Dumbledore et qu'elle y eut disparu pendant plus d'une heure avait permis aux Serpentard de raconter partout qu'Hermione avait été sévèrement réprimandée par le directeur puis par Rogue. Le premier, Drago racontait qu'il avait vu la jeune fille redescendre présenter ses excuses au maitre des potions. Ce qui n'était absolument pas vrai, mais les élèves de quatrième année présents à ce moment se gardaient bien de démentir le tyrannique préfet-en-chef.

Quoi que l'on insinuât sur son compte, Hermione laissait dire. D'ailleurs le lendemain de l'événement, elle avait reçu le soutien de son père et de Percy dans deux adorables lettres dont elle se repassait fréquemment le contenu.

"Très chère Hermione,
J'ai appris l'incident qui t'a conduit chez Dumbledore. Heureusement que tu es forte et intelligente. C'est d'ailleurs pour cela que je t'apprécie tant.

Le ministre Fudge était passablement échauffé de sa rencontre avec toi, mais il semble que le directeur ait malgré tout fait une bonne publicité de ta venue. Une élève irlandaise à Poudlard, cela fait du bruit au ministère.

Je vais essayer de venir te voir à la fin de la prochaine semaine. Vous n'avez pas encore l'autorisation de sortir, mais je peux entrer.

A très bientôt mon cœur,
Percy".

Les hiboux avaient apporté tour à tour les deux lettres et Hermione avait évidemment commencé par celle qui était portée par le hibou grand-duc de Percy. Le regard goguenard de Ron l'y avait incité plus que fortement. La jeune irlandaise avait partagé la lecture avec Ginny qui manqua de s'étouffer de rire plusieurs fois. Elle jugeait qu'en tant qu'amoureux, son frère était loin d'être à la hauteur. De son côté, Hermione trouvait ces quelques mots très touchants, même si ce n'était pas poétiquement formulé. Il avait choisi de répondre vite plutôt que bien. C'était son choix, critiquable autant que l'autre possibilité. Par prudence, Hermione ne décacheta pas la seconde missive qu'elle garda pour plus tard. Avant de se rendre en cours de défense contre les forces du mal, la jeune irlandaise put remonter dans sa chambre où elle savait qu'elle pourrait être tranquille. Merlin savait pourquoi elle n'avait pas ouvert sa lettre de la même manière que la première. La mention manuscrite "Pour Hermione seule" qui barrait le cachet avait certainement joué un rôle important dans sa réaction. Assise sur son lit, la jeune fille entreprit de faire sauter le délicat scellé de cire aux armes des Black.

"Ma chérie,
J'enrage depuis qu'Albus m'a raconté les événements d'hier. Il a fallu toute sa persuasion pour que je ne t'oblige pas à revenir auprès de moi. Il considère que tu n'as pas besoin de ma protection.

Qu'a-t-il ce vieux fou ? Je ne veux pas te protéger ! Je veux t'avoir avec moi !

Je veux t'aider et te soutenir dans ta mission ma chérie, autant qu'un vieux bonhomme rassis puisse être utile.

J'espère que la mémoire de se serpent de Severus ne m'a pas présenté sous un jour trop néfaste. Bien que je mérite autant que lui des réprimandes. Nous avons été exécrables avec lui.

Je préfèrerais que tu restes loin de lui, autant que possible. L'emprise mentale est un joujou habituel pour les amis de tu-sais-qui.

Je suis sincèrement inquiet de ce qui se passe dans cette école. Dis-moi si tu veux que je vienne !

Ton père qui t'aime très fort.
Sirius".

Hermione reposa la lettre très émue par le ton employé par son père. Mais elle ne voulait pas qu'il se mette en danger par sa faute. De plus, le fait qu'il admette ses erreurs à l'encontre du professeur Rogue était, pour elle, un début de réconciliation. Bientôt, ils pourraient peut-être parler sérieusement de Regulus. D'une certaine manière, pensa Hermione, Rogue avait fait bien pire que tout ce que Sirius avait pu essayer à son encontre. Même si son père adoptif était l'un des maraudeurs de la carte magique qu'Hermione avait amenée avec elle, il ne s'était jamais placé dans la situation de tuer quelqu'un sciemment. Ce qui n'était pas le cas de Rogue qui vivait à présent avec un cadavre supplémentaire sur la conscience. Et la jeune irlandaise ne le plaignait pas.

D'un coup d'œil à la pendule, Hermione remarqua qu'il lui restait un peu de temps. Trop peu pour rédiger deux lettres, mais assez pour l'un des deux hommes de sa vie. L'autre attendrait le soir. Elle n'avait pas trop de temps pour la réflexion, le cœur parla le premier et Percy eut le droit à la première des lettres.

« Mon Percy,
Merci de ta gentille lettre, mais ne t'inquiète pas pour moi ou pour Dumbledore. Jusqu'à présent nous contrôlons la situation. Il faudra que je trouve un moyen de m'excuser auprès de Fudge.

Mais je pense que le confortable magot sur lequel je suis assise devrait aider à améliorer la considération du ministre.
J'espère sincèrement que tu pourras te libérer samedi ou dimanche. J'ai déjà hâte de te voir.

Je doute cependant que ma chambre te soit ouverte. Non que je m'y refuse. Mais bien parce qu'elle se trouve au niveau des dortoirs qui sont protégés, comme tu dois le savoir.

Je t'embrasse bien fort,

Hermione. »

La jeune fille venait de poser sa plume et commençait à se relire lorsqu'un grincement la fit sursauter. En quelques pas rapides, Hermione se rendit dans le couloir menant à la sortie de sa chambre. Elle y rencontra une Ginny penaude. Surprise, Hermione l'accueillit néanmoins avec chaleur.

- Tu ne devrais pas être en classe ? s'étonna Hermione.

- Dans quelques minutes. répondit Ginny visiblement ennuyée par quelque chose qu'elle devait verbaliser et qui ne venait pas.

Avec douceur, Hermione emporta son amie vers le salon où elle l'assit. Au bout de quelques banalités, Ginny parvint à se détendre suffisamment pour évoquer ce qui l'avait amené là. Elle avait des problèmes sentimentaux importants. La jeune irlandaise savait depuis longtemps que la cadette des Weasley avait des vues sur le survivant et ne comprenait pas en quoi cela causait des soucis. Puis elle s'avisa que Ginny avait pour le moment une aventure avec Dean Thomas, le compagnon de chambrée de Ron et d'Harry. Il y avait en effet un problème. Ginny raconta qu'Emma l'avait aidé à se détacher d'Harry lorsqu'il était devenu si désagréable après ses onze ans. Hermione sourit, elle avait fait exactement la même chose pour Ginny dans son passé. La rouquine continua en affirmant que cela devenait trop pesant pour elle. Malgré ses efforts, elle restait indubitablement attachée à Harry, même s'il ne la regardait pas. D'ailleurs, compte-tenu des remarques de Ron, elle doutait de pouvoir un jour aboutir à ses espérances.

La jeune irlandaise eut besoin d'explications. Sans se démonter, Ginny rapporta les diverses répliques de Ron à l'égard de sa sœur un peu trop délurée au goût de son aîné. Décidemment, certaines choses ne changeaient jamais. Compte-tenu des esclandres qui avaient lieu entre Ron et Dean à cause d'elle, Ginny préférait ne pas imaginer ce que cela donnerait si elle sortait avec Harry. D'un ton un peu ferme, Hermione répliqua que si son cœur soupirait pour Harry, elle n'avait aucune raison de changer d'avis. En amour, comme pour le reste, il fallait être ferme. Cependant, s'il existait le moindre doute, Ginny devrait probablement attendre un peu.

Concluant ainsi sans décider, Hermione décréta qu'il faudrait encore un peu de temps pour qu'Harry soit accepté par Ron et Emma comme un ami. Á son avis, il valait mieux attendre que la situation soit normalisée avant d'entreprendre un rapprochement trop étroit. Ginny rit de bon cœur à cette image. Hermione sut qu'elle avait enfin réussi à remonter le moral de son amie. La jeune irlandaise regretta d'être en septième année. Elle se serait bien amusée avec la rouquine. Paniquées par l'heure qui avançait, les deux jeunes filles partirent précipitamment pour leurs cours. Hermione en oublia de prendre sa lettre pour Percy.

« §§§ »

Pour une fois, Hermione n'arriva pas en cours haletante et en retard. Elle put discuter un peu avec ses amis avant que la porte du cours de défense contre les forces du mal soit ouverte. Harry et Ron se préparaient à l'audition pour l'équipe de Quidditch. Les sélections auraient lieu le samedi suivant et Ron, ainsi que Ginny, avaient de bonnes chances d'être admis cette année. Neville sincèrement, Emma et Hermione un peu plus faussement, se déclarèrent très heureux de cette éventualité. De son côté, Hermione trouvait très utile cet aspect des choses. Á mesure que le Quidditch les rapprochait, les deux jeunes hommes faisaient comme si les six années précédentes n'avaient rien changées entre eux. Ils évoquaient souvent les souvenirs d'enfance qu'ils avaient en commun. D'une certaine manière, les deux jeunes filles étaient exclues de ce partenariat. La mission d'Hermione cependant avait besoin de voir leur amitié renaitre.

Les élèves de septième année s'installèrent docilement sans qu'aucun professeur ne soit présent. Hermione avait hâte d'assister à nouveau à un cours de Remus Lupin. Pourtant, elle doutait de pouvoir garder son sérieux. Il y avait moins de deux semaines, avec l'aide de Tonks elle avait raccompagné Sirius et Remus passablement ivres jusqu'au square Grimaurd. Á l'occasion, le docte professeur avait perdu beaucoup de sa superbe. La porte du bureau du professeur s'ouvrit pour laisser passer Adeline Renard. L'assistante était suivie de près par son tuteur, Remus Lupin, qui avait fière allure dans une robe neuve de bonne coupe. Hermione remarqua le chemin parcouru depuis ses souvenirs. Le loup-garou n'avait plus rien à voir avec l'épave humaine qu'elle connut à l'époque. La constatation fut plaisante pour la jeune irlandaise. Par ailleurs, elle avait complètement oublié ce que la française lui avait annoncé lors de leur rencontre au restaurant puis dans les rues moldues de Londres.

Les élèves de septième année restèrent pour la plupart sans voix en voyant arriver Adeline Renard. En effet, elle portait ses cheveux longs et blonds en un artistique chignon avec quelques mèches qui s'en échappaient en une fausse négligence. Contrairement à ses homologues anglais, Adeline n'avait pas d'attirance particulière pour les tenues traditionnelles sur les îles britanniques. Le fait qu'elle soit de sang-mêlé avait influencé ses habitudes. Alors que Remus pavanait dans sa sombre robe de professeur flambant neuve, la française avait choisi un tailleur en coton imprimé aux logotypes de la maison de Givenchy. Une enseignante qui usait sans restriction ni pudeur de sa féminité, il fallait reconnaitre que ce n'était pas courant, voire totalement inédit à Poudlard. Seule Hermione n'eut pas de réaction offusquée ou estomaquée lorsque l'assistante se planta devant ses élèves. Il fallut une certaine poigne à la française pour parvenir à obtenir l'attention des mâles de la classe. Les filles semblaient plus étonnées que furieuses, sauf peut-être Emma qui dût donner un violent coup de coude à Ron pour qu'il relève un peu les yeux de la glissière de la jupe de son professeur. Le rouquin rougit sous les railleries de Neville et Harry et devant le regard d'Emma, chargé d'une juste colère. Sur l'estrade, Adeline commença son cours sans s'intéresser, du moins apparemment, du manque d'attention des jeunes sorciers du troisième rang. De même, elle s'abstint de toute marque de familiarité avec Hermione qui lui en sut gré.

L'essentiel du cours, et ce n'était pas étonnant, portait sur la figure emblématique de "Seagull". Adeline tentait de percer les tromperies du mythe pour revenir à la réalité. Dans un premier temps elle avait demandé aux jeunes sorciers ce qu'ils savaient de l'icône irlandaise. Ce fut une nuée de bras levés. On commença par affirmer que, tout comme celui-dont-il-n'était-pas-bon-de-citer-le-nom, elle savait voler. Qu'elle avait des pouvoirs démesurés, capables de soulever n'importe quelle charge. L'anecdote du "Royal Oak" fut racontée par un Serdaigle visiblement très impressionné. Néanmoins il laissa entendre que la jeune femme avait réussi à soulever la presque totalité des épaves qui gisaient au fond de ces criques et qu'elle les avait utilisées pour vaincre la flotte britannique.

Une élève de Poufsoufle intervint pour montrer qu'il trouvait cette présentation excessive. Pourtant, la plupart des élèves défendirent la thèse du Serdaigle. Hermione était abasourdie, n'ayant pas vécue son enfance dans cette réalité, elle ne connaissait pas du tout cette femme surnommée "Seagull". Et les prétentions qu'on lui accordait la laissaient pantoise.

- Excusez-moi. Mais je doute que quiconque ait la capacité de faire ça ! s'exclama Hermione sans réfléchir.

- Pourtant, tu devrais la connaitre mieux que personne. répondit Adeline avec un grand sourire.

- Pourquoi cela ? s'étonna la jeune fille.

- Peut-être parce que tu es irlandaise. s'amusa Emma qui, assise devant elle, se tournait pour assister à l'échange.

L'information eut quelques difficultés à faire le tour du cerveau d'Hermione. Sa voisine avait pourtant raison. Hermione venait de faire une gaffe aussi grosse qu'elle. Heureusement, Adeline rebondit sur son intervention en assurant qu'elle était aussi persuadée de l'exagération du mythe. C'est pourquoi elle insistait pour savoir ce que ses élèves savaient ou croyaient savoir. L'atmosphère s'étant détendue, les élèves n'hésitèrent plus à proposer des histoires toutes les plus abracadabrantesques les unes que les autres. Le même élève de Poufsouffle continua en affirmant qu'elle avait abattue à elle seule la moitié des forêts du Yorkshire. Selon lui, elle avait survolé la région un peu trop bas sur son balai magique. L'élève de Serdaigle qui s'était opposé à son camarade acquiesça à cette seconde anecdote et parla à son tour. Pour elle, Seagull était venue dans son secteur du Dorset et était responsable de la construction du mausolée de Weymouth.

- On dit qu'elle est venue sur l'esplanade vide et a exigée la visite du ministre. commença l'élève de Serdaigle.

- Moi, on m'a dit qu'elle l'avait forcé mentalement à transplaner. coupa un Griffondor.

Hermione resta dubitative devant de tels pouvoirs de persuasion. Pendant qu'elle réfléchissait aux moyens de convaincre un individu, hormis l'imperium, Adeline coupa cette discussion. Pour l'enseignante une telle possibilité ne pouvait s'expliquer autrement que par l'usage de magie noire. Et, vraisemblablement, la dite Seagull avait toujours combattu cette forme de magie et avait peu de raison d'y recourir finalement. Les élèves qui avaient proposé cette histoire furent un instant penauds. Puis, l'un des serpentards susurra du fond de la classe.

- Et l'arrestation de Lestrange, c'est aussi un mythe ?

- Ce n'est pas cette satanée Seagull qui est concernée. Siffla Ron entre les dents.

La jeune irlandaise rejoignait sans difficulté son ami. Puisqu'elle savait être à l'origine de l'arrestation de Bellatrix. Personne ne pouvait ou même ne devait savoir. Mais le bref regard en coin qu'accorda Adeline à son amie montra qu'elle n'était pas ignorante de la référence. Sagement, Hermione s'installa confortablement pour voir comment Ron et Adeline allaient se tirer de cette situation ubuesque. Car, finalement Hermione Parkinson n'a jamais existé.

- D'après mes recherches, il semble que Seagull n'ait rien à voir avec cette arrestation. Intervint Adeline sous l'approbation muette de Ron.

- Pourtant, même les Lestrange pensent que c'était elle. Continua Drago acide.

- C'est plus glorieux pour eux d'avouer être tombé face à un ennemi aussi puissant. Coupa Adeline sans se démonter.

Derrière elle, Remus s'agitait un peu, craignant le tour que pourrait prendre la confrontation entre Drago et son assistante. Il n'avait pas eut le temps de la prévenir contre lui. Hermione ne regarda même pas son cousin par alliance. Elle était fatiguée de prendre des coups pour les autres. Á vrai dire, la conclusion de l'enseignante l'intéressait bien plus que les états d'âmes des Lestrange.

- Vous allez nous dire que Seagull était capable de vaincre le seigneur des ténèbres. Continua Drago goguenard.

- C'est ce que je crois en effet. Trancha Adeline en redonnant la parole à une élève du premier rang qui n'en demandait pas tant.

L'élève de Poufsouffle sursauta en comprenant que l'assistante du professeur Lupin s'adressait à elle. Après quelques hésitations, elle s'inquiéta du rôle réel de Seagull dans la disparition de nombreux mangemorts partout en Europe. Adeline concéda que l'héroïne irlandaise avait certainement permis l'arrestation de beaucoup de proches de celui-dont-il-n'est-pas-utile-de-dire-le-nom. Pourtant, très peu l'avait été de sa main. L'enseignante avait eu raison de détourner l'attention. Dès lors qu'elle avait fait le choix d'ignorer Malefoy celui-ci se contenta de marmonner dans son coin sans couper la parole. Une attitude surprenante de sa part selon Hermione, mais plutôt naturel selon Neville son voisin de table. Par contre, celui-ci était heureux d'avoir Harry devant lui. D'habitude, c'est lui qui menait les mauvais élèves dans leurs débordements. La jeune irlandaise avait oublié à quel point le passé d'Harry était ici différent. Le gentil garçon de son enfance avait été le loubard de cette réalité.

- Vous allez affirmer sans complexe que votre « grande » Seagull. Intervint Drago avec une articulation emphatique. Á vaincu le Dragon.

Personne ne le remarqua, enfin, Hermione l'espérait. Le visage de la française s'assombrit un instant. Juste une ombre pendant une fraction de seconde. Mais l'irlandaise qui sentait son cœur se serrer chaque fois qu'il était question de cette affaire ne fut pas dupe. Il y avait un lien entre elle et cet événement. Hermione réalisa qu'elle ignorait encore des pans entiers de son passé et ce n'était pas de cette manière qu'elle aurait voulu recouvrer ses souvenirs. Dans une salle de classe entourée de ses amis mais aussi de ses adversaires.

- Seagull n'a jamais affronté de dragon. Se contenta de répondre Adeline d'une voix un tout petit peu trop forte.

- Pourtant, intervint un Griffondor, c'est l'élément le plus important de son histoire.

- Je ne peux pas en parler. Souffla Adeline. Excusez-moi.

Elle tourna le dos à la classe. Tous les pédagogues vous diront que c'est là la pire des manœuvres. Vous cessez de contrôler l'espace et les conversations, vous paraissez affaibli. Ce fut au tour de Remus d'intervenir. Il n'avait visiblement pas prévu ce qu'il convenait de dire.

- La famille de madame Renard fut durement touchée par cet événement. Il se tut un moment en dévisageant ses élèves pour être certain qu'ils avaient bien compris ce qu'il voulait dire.

Aucun des élèves ne rompit le silence douloureux qui s'était installé. Pour sa part, Hermione aurait voulu savoir lequel de ses amis de l'époque avait été mis hors de combat ce jour-là. Pourtant, elle n'osa pas poser la question. Si la fois précédente Adeline n'avait pas jugé utile de lui en parler, elle ne le ferait pas au milieu des élèves d'une classe potentiellement hostile. Parvenant à vaincre ses émotions, Adeline revint parmi sa classe et continua son cours comme si de rien n'était. Elle fit une très belle démonstration montrant que la réalité de Seagull était moins importante que le message qui se liait à tous ces prodiges. Pour elle, la personne qui s'affublait de ce surnom pouvait aussi bien ne pas exister, ou même correspondre à plusieurs personnes distinctes. Elle eut un sourire pour Ron qui rougit des pieds à la tête. Son histoire concernant sa « tante Hermione » serait fortement confortée à la sortie de ce cours.

Les élèves du cours de défense contre les forces du mal avaient quelques peines à comprendre la portée de cette déclaration. C'est pourquoi Adeline dut insister un peu lourdement.

- Ce qu'il faut retenir, c'est que l'image que l'on se fait d'une personne est aussi importante que ce qu'elle réalise. Elle marqua un temps en souriant ouvertement. Cela marche aussi pour vous-savez-qui. Ce qu'il était capable de faire était certainement moins grand que ce que la peur lui attribuait. Seagull est importante pour nous parce qu'elle a inversé cette image. Le bien avait son héraut au même titre que la magie noire.

Hermione manqua de tomber de son fauteuil. Elle ignorait pourquoi, mais cette appréciation la touchait particulièrement. Probablement parce qu'elle était responsable d'une partie des mythes attribués à une autre. Grace à elle, Bellatrix Lestrange dormait en prison et cette petite intervention avait nourrit l'image de l'héroïne parfaite incarnée en Seagull. C'était un drôle de sentiment que de savoir que l'on appartient à quelque chose qui vous dépasse. L'enseignante clôtura son cours sur cette conclusion particulièrement utile alors que Jedusor venait de se réincarner. Personne ne le savait encore, mais cela ne tarderait pas. Certainement.

« §§§ »

Á la sortie du cours, Hermione encore un peu sonnée par les affirmations d'Adeline voulu se mettre un peu au calme. Elle laissa Ron au bras d'Emma. Il était particulièrement heureux des conclusions de son enseignante et ne tarissait pas de détail concernant sa « tante Hermione », rien à voir avec leur condisciple précisa-t-il chaque fois. Quelques regards se tournèrent vers la jeune irlandaise qui confirma.

- Imaginez l'âge que j'aurais si c'était le cas. Sourit-elle.

- N'empêche que tu es de sa famille. Remarqua Harry.

- C'est ma mère en effet. Reconnu Hermione considérant qu'elle n'avait pas le choix et devait se soumettre à ce mensonge vaguement ridicule.

La jeune fille ne vit pas le regard hargneux que lui adressa instantanément son cousin lorsqu'il apprit ce détail. Par contre, elle eut à subir les assauts de certaines de ses connaissances qui voulaient en savoir un peu plus sur sa mère. Hermione éluda les questions trouvant qu'elle ne méritait pas tant d'attention en raison de ce que sa mère aurait pu faire ou non. Elle chercha un prétexte quelconque pour s'éloigner et se souvint avoir du courrier à faire. D'un murmure au creux de l'oreille, elle prévint Harry de ses intentions et se précipita en direction de la salle commune de Griffondor. Heureusement, elle connaissait bien les raccourcis de l'école et elle disposait en cas de doute de la carte des maraudeurs qu'elle portait constamment sur le cœur. Parvenue dans sa chambre, Hermione entreprit de répondre à son père.

« Papa,
Merci de ton soutien. Ne t'inquiète pas, je vais avoir la visite de Percy au cours de cette fin de semaine. Il saura me réconforter aussi bien que tu le ferais.

Ceci dit, je préfère que tu sois à l'extérieur. Ici mes capacités d'action sont plus que limitées. Peux-tu te renseigner sur la famille d'Adeline Renard du Fayel, l'assistante de Remus ?

J'aimerais aussi savoir si l'Ordre à reçu pour mission de détruire un objet venant de Dumbledore, si oui, signale moi lorsque ce sera fait.

A bientôt,

Ta fille qui t'aime.

Hermione. »

La jeune fille n'était pas très contente de demander une enquête sur la vie privée de son amie, mais elle ne se voyait pas demander de but en blanc ce qu'il en était. La profonde émotion qu'avait montrée Adeline la déterminait à ne pas affronter trop abruptement la française. D'ailleurs, Hermione ne comprenait pas d'où provenait la méfiance dont elle faisait preuve à l'égard de Dumbledore. Le vénérable directeur avait toujours été des plus bienveillants à leurs propos. Elle se dit que cela avait sa source dans ces souvenirs qui lui manquaient encore. N'ayant rien à ajouter, elle préféra descendre à la volière pour expédier ses messages au plus vite.

La descente fut aussi simple que la remontée. Hermione prit garde à ne pas faire trop nettement grincer la porte de sa chambre pour ne pas trop attirer l'attention sur elle. Non pas qu'elle eut quelque chose à se reprocher, mais surtout parce qu'elle voulait un peu de tranquillité après le cours de défense contre les forces du mal. En trois mots Ron avait assuré sa notoriété pour les semaines à venir. Parvenue à la volière, la jeune irlandaise entendit les voix reconnaissables de Goyle, Crabb et Malefoy. Prestement, sans réfléchir, elle se colla dans un renfoncement du passage. Un endroit sombre à souhait qui la dissimulerait efficacement des regards.

Elle entreprit d'écouter ce que les serpentard avaient à se dire. Rapidement elle comprit qu'ils ne discutaient pas entre eux et qu'ils étaient plutôt affairés à martyriser un élève d'une autre maison. La jeune fille pouvait entendre les gémissements de soumission de son condisciple. Mais elle ne fit rien pour l'aider. Non pas qu'elle craignit les trois oppresseurs. Hermione était fatiguée et ne voulait plus attirer l'attention sur elle. De toute façon, Drago était suffisamment malin pour ne pas aller trop loin dans ses loisirs infâmes. Aucunes blessures ne seraient visibles et l'élève ne pourrait se plaindre des agissements de la bande. C'était toujours ainsi qu'agissaient les lâches. Dans son recoin cependant, Hermione ne valait pas mieux. Le souffle court, l'irlandaise ferma ses yeux en se concentrant sur une chanson. Les paroles de "I don't wanna be a soldier mama" s'imposèrent naturellement, comme pour justifier sa pusillanimité. Sans vouloir se l'avouer, elle avait honte de ses agissements.

Soudain, un élève bondit à proximité, fit tomber des liasses de parchemins qu'il ne se baissa pas pour ramasser et prit ses jambes à son cou. Sans se retourner, le jeune garçon fuyait le plus vite possible ses tortionnaires. Á peine avait-il disparu que les trois serpentard passaient dans le champ de vision d'Hermione. Elle arrêta de respirer. Si l'un d'eux s'avisait de se retourner, il la verrait immanquablement. Mais il n'en fut rien. Le chef du petit groupe, Drago Malefoy, laissait libre court à son plaisir.

- Vous avez vu comment on l'a humilié ce petit serdaigle ? riait-il. J'aurais cru qu'il résisterait un peu plus avant de pleurer pour avoir sa mère.

- C'était un griffondor non ? s'enquit Goyle qui n'était pas totalement idiot. Crabbe acquiesça de son côté et Drago haussa les épaules.

- Qu'est-ce que ça change ? De toute façon on fait ce qu'on veut. Il eut un rire extrêmement désagréable, celui d'un triomphe entier et inéluctable. Hermione frissonna. Le jeune Malefoy était un Voldemort en puissance. Ce qui n'était pas rassurant.

La jeune fille était incapable d'en entendre plus, il la terrorisait et elle se dégoutait. Dès qu'ils furent partis, elle s'empressa de monter à son tour pour poster son courrier et repartit tout aussi précipitamment vers le château, manquant de bousculer quelques élèves qui se rendaient tranquillement à la volière.

L'ascension fut rapide. Hermione s'arrêta deux étages au dessus de la grande salle et obliqua vers une galerie, passa entre sous une tenture et redescendit jusqu'à la cour pavée. De là il fut facile de se rendre jusqu'au débarcadère de l'école. Des élèves se détendaient auprès de l'eau. Hermione n'avait aucune envie d'être vue et se glissa dans le bâtiment lui-même. Les cordages y étaient entreposés proprement lovés en des roules strictement organisées. Le gréement des barques qui emmenaient chaque année les nouveaux élèves séchaient, attachés et pendants du plafond. Les toiles suiffées sentaient l'air marin et les herbes séchées. Les barques elles-mêmes reposaient comme des baleines échouées le ventre tourné vers le ciel. De petites mains avaient commencé le calfatage des bordées. Délicatement, Hermione laissa courir sa main le long des membrures de la barque la plus proche. La sensation de liberté que procurait la navigation lui manquait. Les larmes qu'elle parvenait à contenir jusque là trouvèrent une brèche et coulèrent, dociles, le long de l'ovale de son visage.

La jeune fille avisa l'échelle qui menait à l'entresol et grimpa pour se coucher dans les rebuts de toiles et de cordages. L'air était étonnement sec dans le bâtiment et il n'y avait aucune trace de moisissure. En assemblant ces épaves, Hermione aurait pu recomposer un gréement complet pour un navire d'une quinzaine de pieds. Quoi qu'elle sache ne pas être là pour cela, l'hypothèse lui arrache son premier sourire depuis un bon moment déjà. Merlin savait combien de temps Hermione passa dans son coin. Mais le jour baissant, elle dût repartir pour le château. Il devait largement être l'heure de souper.

Pour rejoindre ses amis, Hermione privilégia le chemin le plus court qui était aussi celui qui bénéficiait de la vue la moins intéressante sur le lac. Mais comme elle venait de passer un agréable moment dans le débarcadère, elle s'en moquait un peu.

La jeune fille fut surprise de ne pas voir Harry et Ginny à la table de Griffondor. Elle s'installa auprès de Ron et Emma qui lui indiquèrent que la rouquine était encore à la bibliothèque avec Luna et probablement Dean. Quant à Harry, ils ne l'avaient plus vu depuis au moins aussi longtemps qu'elle.

- Je te cherchais partout. fit soudain une voix connue.

- Pourtant je suis assez grande pour veiller sur moi toute seule. rétorqua Hermione en se tournant vers Harry qui venait d'arriver à ses côtés. Elle lui rendit le sourire qu'il lui adressait.

- C'est pour moi qu'il faut s'inquiéter parait-il. reprit le jeune homme amusé.

Le visage d'Hermione pâlit sans doute possible. Elle venait de commettre une bévue. Cela commençait à faire beaucoup en une seule journée. L'irlandaise balbutia des excuses qu'il ne semblait pas comprendre.

- Je ne parle pas le gaëlique Miss Black. fit-il en s'asseyant à ses côtés.

- Pardon. fit-elle en expirant doucement pour reprendre contenance. Je suis navrée, j'ai oublié ma mission.

- Ce n'est pas grave. fit-il. Pas du tout.

Il se pencha pour l'embrasser sur la joue au moment précis où Ginny s'approchait d'eux. Quand elle la vit, Hermione se projeta vivement en arrière, mais le mal était visiblement déjà fait. La rouquine serra les doigts de la main de Dean qu'elle tenait en arrivant. Le jeune homme eut une grimace de douleur et un regard d'incompréhension pour son amie. Mais Ginny ne s'emporta pas. Elle installa Dean entre elle et Harry et vint se placer devant Hermione qu'elle dévisagea d'un air peu accorte. Aucun dialogue n'était possible entre les deux jeunes filles en raison de la présence des deux jeunes hommes. D'ailleurs, Ginny faisait exactement comme si elle n'avait rien vu, comme si le doute ne s'était pas insinué. Hermione espéra pouvoir s'expliquer à la fin du repas. Mais Harry insista pour remonter à la salle commune avec elles et ne leur laissa pas un moment de libre, même quand elles décidèrent de travailler pour ne pas se mettre en retard dès les premiers jours de classe. Il tenta même d'aider Ginny dans ses devoirs sous le regard intrigué d'Emma qui s'occupait des siens, de ceux de Ron et un peu de ceux de Harry lui-même. De son côté, Hermione s'amusait de le voir s'approcher d'elle par des moyens détournés mais si manifestement pathétiques.

- Harry. Tu sais que je sors avec Percy Weasley au moins ? lança-t-elle au bout d'un moment à brule-pourpoint.

- Bien entendu pourquoi ? rougit-il. La jeune fille venait de toucher un point sensible. Et elle allait en profiter.

- Juste pour savoir si tu es borné ou simplement stupide. continua-t-elle acerbe.

- Nous avons le droit d'être amis non ? s'étonna-t-il avant de retourner s'occuper de Ginny qui venait malicieusement de changer de parchemin et de devoirs.

Harry reprit la phrase qu'il avait commencée et griffonna quelques mots avant de s'apercevoir que ce qu'il avait sous les yeux ne correspondait plus avec ce qu'il imaginait. Pourtant, il ne désarma pas et resta prévenant, gentil et concerné tout le temps que dura la soirée. Finalement, Ginny affirma qu'il était plus que temps d'aller se coucher. Elle étira les bras dans un geste évocateur. Dean qui travaillait derrière elle faillit voir son parchemin se couvrir d'encre. Il eut juste le réflexe de ramasser son devoir avant que l'encrier ne se renverse. Il tança gentiment son amie qu'il gratifia d'un baiser sonore avant de décréter qu'il allait lui aussi monter se coucher. Hermione ramassa ses propres affaires pour tenter d'attraper Ginny avant qu'elle ne soit hors d'atteinte. Mais Harry s'interposa en lui demandant des conseils farfelus sur une potion que Rogue leur avait demandé de décrire pour un prochain cours. La jeune irlandaise eut toutes les peines du monde à se débarrasser de l'importun. Quand elle escalada à son tour les marches, Ginny fermait la porte de son dortoir. Hermione hésita et frappa à la dite porte. Une jeune fille vint ouvrir et lui déclara que Ginny ne voulait voir personne ce soir là.

Craignant de faire pis en insistant, Hermione battit retraite. Non sans tenter une salve pour l'honneur. Elle s'adressa à la jeune fille du dortoir de Ginny tout en sachant que la rouquine devrait entendre parfaitement distinctement ce qu'elle dirait.

- Tu diras à la furie que nous étions d'accord sur un certain nombre de points. Et que je n'ai pas l'intention de blesser ma belle-sœur. Ceci dit, elle s'éloigna en direction de sa chambre.

La porte se referma pratiquement en silence dans le dos d'Hermione. Un instant, elle avait espéré que son amie ressorte. Elle n'était pas responsable des tentatives ridicules d'Harry.

« §§§ »

Le lendemain n'apporta pas de réconfort à Hermione. Elle passa à nouveau un peu de temps, solitaire, au débarcadère. Quand elle rejoignit ses amis, elle trouva un Ron devenu un inconditionnel des cours d'Adeline Renard. Le fait d'avoir approuvé les affirmations de Molly Weasley avait radicalement transformé le jeune roux. Ses amis Harry et Neville ne se privaient pas de se moquer de son admiration pour la française. Très vulgairement Harry avait sous-entendu que cela avait un rapport avec les fanfreluches des petites françaises. Emma n'avait pas trouvé ça drôle, et Ron eut quelques soucis pour lui expliquer qu'il n'y avait rien d'irrévérencieux ou de déplacé dans son comportement. Il obtint finalement le bénéfice du doute.

La semaine passa doucement au rythme des heures de classes et d'études. La septième année devint rapidement épuisante pour tous les jeunes gens. Même Hermione qui avait subie la formation d'auror peinait à venir au bout de ses devoirs. Elle soupçonnait d'ailleurs les enseignants de les surcharger sciemment, pour repérer leurs limites. Á leur place, c'est exactement ce qu'elle ferait. L'irlandaise se rassurait devant cette montagne de travail en pensant à la venue programmée de Percy. De leur côté, Harry, Ron et Ginny attendaient avec une insoutenable impatience les auditions pour l'équipe de Quidditch. L'éventualité d'intégrer enfin l'équipe rendait Ginny pratiquement hystérique et Dean avait le plus grand mal à la contenir. Hermione remarqua qu'ils se disputaient un peu plus souvent. Elle vit aussi qu'à chacune de ces disputes, Harry n'était pas loin. La plupart du temps il ne s'éloignait guère d'Hermione avec qui il s'entendait visiblement bien. Quoi que la jeune fille trouvait qu'il manqua un peu de maturité, il était prévenant et souvent amusant. Comme Ginny avait refusé toute discussion, Hermione laissait faire le jeune homme tout en insistant régulièrement sur son affection à l'égard du frère de la rouquine. Cela ne paraissait pas interrompre les ardeurs du survivant qui répondait systématiquement qu'elle avait l'obligation de veiller sur lui.

Quand le samedi arriva, un courrier de Percy annonça qu'il n'avait finalement pas réussi à se libérer et qu'il devait se décommander. La semaine suivante, il fit de même. Le moral d'Hermione s'effondrait peu à peu alors que celui de ses amis était au plus haut. En effet, sans grande surprise, Ron et Ginny Weasley avaient réussi largement leur intégration dans l'équipe de Quidditch de Griffondor. Dès lors, Hermione passait un peu plus de temps au vestiaire de Quidditch, mais elle subissait moins la présence d'Harry qui volait avec Ginny et le reste de l'équipe. La rouquine et le survivant avaient un jeu complémentaire ce qui avait d'abord surpris Hermione. Puis elle se souvint que dans cette réalité ils avaient appris le vol ensemble au cours de leur enfance partagée.

Paradoxalement les événements conjoints, l'exaspération d'Hermione à l'égard de Percy et la douleur qu'elle ressentait de ne pas pouvoir le voir comme ils le voudraient, et l'euphorie de Ginny avaient rapprochés les deux jeunes filles. La rouquine vint s'excuser auprès de son amie un soir après avoir une nouvelle fois eut une dispute un peu houleuse avec Dean. Celui-ci tolérait mal que sa petite amie resta trop souvent en compagnie des autres joueurs de l'équipe plutôt qu'avec lui. En entendant les gonds de sa porte grincer, Hermione eut un sourire mécanique. Elle comprit instantanément qui venait et pourquoi. L'irlandaise laissa son amie s'enquérir de sa présence éventuelle avant de lui indiquer de venir dans le salon.

Ginny débarqua sur un véritable champ de bataille. Des piles de manuels, des liasses de parchemins, des vêtements aussi, se parsemaient ça et là dans toute la pièce, sur tous les meubles. Pour pouvoir répondre à l'invitation d'Hermione à s'assoir, la rouquine dût soulever une pile de documents inidentifiables truffée de pièces vêtements. Elle resta une seconde interdite avec la pile sur les bras, ignorant où les poser. Hermione fit un geste de la main qui indiquait la table à présent couverte d'un bazar effroyable. La pile de Ginny alla se poser docilement par-dessus tout le reste, et la jeune fille put s'installer confortablement.

- Je venais pour m'excuser. commença la rouquine en regardant ses pieds, comme si Hermione allait lui sauter dessus pour la manger toute crue. L'image traversa l'esprit de l'irlandaise qui se reprit bientôt. Ce genre de pensée n'était pas convenable.

- Pour quoi ? il n'y a rien de grave, rien d'irréparable en tout cas. sourit Hermione en abandonnant le parchemin qu'elle tenait à la main sur une pile plus haute que les autres et qui parvenait à la hauteur du bras de son fauteuil.

Les deux jeunes filles restèrent un moment à discuter. La situation ne s'orientait pas comme elles l'auraient voulu et cela les agaçait terriblement. Pour Hermione c'était l'absence de réaction de Dumbledore et l'indifférence manifeste qu'il portait à Jedusor qui l'énervait le plus. De son côté, la rouquine s'inquiétait surtout du comportement de Dean.

- Tu comprends, il ne ma laisse pas une seconde en paix. remarqua Ginny.

- Qui ça, Harry ? s'étonna Hermione. C'est moi qu'il étouffe cette andouille[1]. La jeune irlandaise s'aperçut ensuite du quiproquo et s'excusa en riant.

- Nous avons les mêmes problèmes à ce que je vois. soupira Ginny.

- Collée par un imbécile qui devrait s'intéresser à la fille d'à côté ? ricana Hermione.

Les affaires de la cadette des Weasley n'avançaient guère comme les deux comploteuses l'avaient entendu. Ginny ne parvenait pas à se défaire de Dean qu'elle aimait bien malgré tout. La cible Harry Potter semblait préférer Hermione alors que celle-ci s'échinait à préparer un rendez-vous galant avec son petit-ami Percy. Seuls Ron et Emma nageaient dans la plus complète félicité. Égoïstement, Hermione considérait cependant que ses objectifs progressaient considérablement. Elle voulait rapprocher Harry de ses anciens amis pour que le trio de ses souvenirs redevienne une réalité. Il fallait reconnaître que cela avançait bien. D'ailleurs, cette nouvelle équipe était plutôt composée de quatre personnes. En même temps que Harry, Neville avait su s'intégrer auprès des deux amoureux qui, selon Ginny, passaient à présent moins de temps à s'embrasser que les années précédentes. La rouquine en avait déduit qu'elle préférait se passer de voir constamment la tête de son frère. Elle avait perdu l'habitude tant ils étaient collés l'un à l'autre. Hermione sourit et sentit au creux de son estomac une contraction due à un soupçon de jalousie. Pourtant, c'était bien elle qui sortait avec Ron.

Les deux filles achevèrent leur conciliabule fort tard. C'est épuisée qu'Hermione trouva son lit. Ginny s'était endormie allongée sur le divan du salon. Sous le prétexte de s'étirer, elle s'était confortablement installée pour ne plus se redresser. Plongée dans ses lectures, son hôtesse ne s'en était pas rendu compte de suite. Elle avait bordé la jeune rousse d'une couverture trouvée dans une armoire avant de se laisser aller aux bras de Morphée.

[1] De Guéménée, de Charlieu ou de Vire, au choix.