Un peu de retard du au serveur du site qui ne voulait pas entendre raison.
Chap. 45 : Amers constats.
Good Bye Yellow Brick Road.
Tout le mois de septembre et une partie non négligeable du mois d'octobre passa sans que rien de notable ne se produise. Ce qui incidemment, inquiétait énormément Hermione. Elle pensait que Jedusor devait préparer son offensive contre le ministère de la magie et que pour l'heure l'Ordre du Phénix ne faisait pas grand-chose pour prévoir ou contrecarrer ses objectifs.
Par ailleurs, chaque fois qu'elle apercevait Dumbledore, Hermione était surprise par l'état de fatigue dans lequel il semblait se trouver. Peu à peu sa santé déclinait et il devenait rarissime de le croiser dans l'école. Malgré tous les efforts qu'elle avait consentis, Hermione avait l'impression de se retrouver exactement au même point qu'avant de partir. Cet amer constat n'avait pas amélioré son moral. Car, en plus de tout cela, Percy n'était toujours pas parvenu à la retrouver. Il décommandait chaque semaine leur rencontre à la dernière minute. La patience de la jeune fille parvenait à ses derniers retranchements et elle lui avait adressé un courrier en forme d'ultimatum.
"Mon Percy,
Je ne suis pas sans ignorer que tu as des responsabilités et des obligations. Lorsque je ne suis pas dans cette école, j'ai moi-même quantité de choses à faire en raison de mes héritages.
N'essaye pas de m'infantiliser ou de me rabaisser.
C'est à toi de savoir si je suis ou non plus importante que ton travail.
Tu as une semaine.
Hermione."
Postée le dimanche dans la soirée, la lettre n'avait toujours pas de réponse le jeudi soir. Hermione fulminait et ce n'étaient pas Ron ou Ginny qui allaient défendre leur frère. Au contraire, l'irlandaise eut l'impression même qu'ils insistaient et l'enfonçaient encore plus. L'arrogance de leur frère qui ne passait que de loin en loin au Terrier, qui s'intéressait plus à l'avis de Fudge qu'a ce qui se passait chez eux, avait passablement entamé l'amour fraternel. Ils en rajoutaient certainement pour aider la jeune fille, leur belle-sœur potentielle tout de même, à mieux supporter la malséance de Percy. Mais leurs efforts n'étaient pas récompensés à leurs justes valeurs. Hermione continuait de se morfondre. Elle n'accordait plus d'attention à autre chose qu'au travail, à Harry qu'elle surveillait du coin de l'œil. Alors que la situation amoureuse d'Hermione se dégradait, le survivant n'avait pas paru s'intéresser à elle. Au contraire, il s'éloignait un peu. L'irlandaise aimait tout autant cette situation.
Le vendredi, au moment du déjeuner, le hibou grand-duc de Percy vint déposer une lettre devant Hermione. Il s'agissait de son propre mot barré de l'indication "retour à l'envoyeur". Le monde sembla s'effondrer définitivement. Le visage de la jeune fille se décomposa. Elle eut envie de hurler, de pleurer, de courir se cacher dans un coin, là où on ne la retrouverait jamais plus. Pourtant, aucun son ne sortit de ses lèvres, ses paupières battirent sur des yeux rougis, brulants mais définitivement secs de toutes larmes. Elle se passa les mains sur le visage, les joignit en une prière muette. Ses voisins comprirent l'importance du message. Ginny allait intervenir pour la réconforter mais Harry l'en empêcha d'un geste sec et d'un hochement négatif de la tête. En face d'elle, Emma avait porté la main devant la bouche pour arrêter un couinement qui ne fut pourtant pas étouffé par cette précaution. Sans qu'elle puisse l'exprimer, Hermione était sincèrement touchée par le soutien qu'ils lui manifestaient. Mais pour le moment, elle n'avait pas le cœur à leur dire, ni même la possibilité de le faire. Un mot, un seul et elle s'effondrerait lamentablement. Merlin seul savait pourquoi elle tenait encore. Son petit-ami venait de lui signifier que tout était fini entre eux de la plus odieuse des manières.
Doucement, elle posa ses deux mains à plat sur la table. Esquissa un sourire pour ses amis. Qu'il était difficile de paraitre neutre quand on a le cœur brisé remarqua Hermione. En s'appuyant sur ses mains, elle donna l'impulsion qui signifia à son corps récalcitrant qu'il était temps de se lever. Sans un regard pour le monde exaspérant qui l'entourait, Hermione se dirigea hors de la grande salle, puis dans les marches du grand escalier. Remonter dans sa chambre était la seule idée qui parvenait encore de son cerveau vers ses muscles.
Arrivée devant la grosse dame, Hermione continua son ascension. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle ne devait pas s'arrêter, pas encore. Sa marche sans but l'amena finalement devant la salle sur demande au septième étage. Personne de ses amis ne connaissait son existence, c'était l'endroit rêvé pour respirer et être totalement seule. Car malgré les défenses magiques du dortoir des filles, Emma et Ginny devaient déjà tenter de la rejoindre dans sa chambre. Hermione pensa qu'elle avait bien fait de ne pas s'y cacher. Les pas de la jeune fille raisonnaient sur le dallage. Elle n'avait croisé personne depuis un moment. Un coup d'œil sur la carte des maraudeurs lui confirma que la plupart des élèves étaient dans les étages inférieurs. L'heure du repas était souvent un moment intéressant pour flâner dans les couloirs. Hermione concentra son attention pour retrouver Ginny et Harry dans cet ensemble. Elle vit Ginny et Emma qui attendait dans le dortoir des filles, Harry et Ron tournaient en rond dans la salle commune.
Hermione passa trois fois devant le mur nu en se concentrant. Elle avait besoin d'un endroit à son image, un endroit où elle se sentirait mieux. Au troisième passage, une porte se dessina discrètement d'abord, puis nettement. Sans hésitations, la jeune fille empoigna la clenche et ouvrit la porte. Un regard derrière son épaule pour vérifier que personne ne la voyait, et elle s'engagea résolument à l'intérieur. Il y faisait étonnamment sombre. Hermione se demanda si la salle avait pris la mesure de ses besoins. Elle douta cependant que la dite salle ait fait une erreur. Ce serait bien la première fois. Il en fallait plus pour angoisser l'élève d'Olaf Thorsthon. Hermione fit jaillir sa baguette de sa poche et d'un lumos ferme fit s'éclairer l'espace alentour. Il n'y avait que le vide, froid et sombre. Hermione n'était plus une enfant et elle n'avait pas peur du noir mais elle ne comprenait toujours pas ce que la salle sur demande lui proposait. Ce n'était pas des conditions idéales pour se détendre. Elle se sentait épiée, observée, jugée.
Soudain, des ombres, des bruits, des mouvements furent sensibles dans l'obscurité qui l'environnait. Hermione qui n'était pas froussarde douta que ce fussent-là de bons présages. Elle n'avait fait qu'un ou deux pas depuis la porte. Doucement, un pied après l'autre, elle entreprit de retourner sur ses pas et de ressortir pour demander autre chose à la salle. Mais elle fit bien une douzaine d'enjambées sans rencontrer le moindre obstacle. La pièce semblait se moquer d'elle. Mais Hermione n'avait vraiment pas envie de s'amuser. Les présences qu'elle avait ressenties évoluaient encore à la limite de sa visibilité. L'agacement plus que la crainte la gagnait. Á mesure qu'elle sentait que ses nerfs se délitaient sous la pression de l'inconnu, la lumière qui se dégageait de sa baguette augmentait. Hermione n'avait pas encore recouvré tous ses souvenirs. Parmi ceux qui lui manquaient, il y avait les explications d'Ollivander concernant sa baguette. Depuis qu'elle était revenue du passé, sa baguette compensait ses maladresses parce qu'elle reconnaissait sa propriétaire et savait de quoi elle était capable. Tous les sorts qui surprenaient Hermione car ils semblaient émaner de sa baguette plutôt que d'elle n'étaient en fait que l'expression des souvenirs de l'objet magique. En retrouvant la mémoire, Hermione aurait une puissance accrue. Visiblement la salle sur demande voulait l'obliger à se plonger dans ces zones d'ombres.
Ne trouvant pas la sortie, Hermione s'installa en tailleur là où elle se trouvait. Il lui paraissait inutile de chercher une issue. La salle sur demande avait une volonté propre, il suffisait d'attendre qu'elle s'exprime plus distinctement. La jeune fille posa sa baguette devant elle, la lumière ne s'éteignit pas. Ce qui n'était ni surprenant ni inhabituel. Pourtant la luminosité variait selon les battements de cœur d'Hermione, cela lui était clairement sensible maintenant qu'elle venait de la poser. La jeune fille inspira profondément et entreprit de se détendre, de méditer d'une certaine manière. Les bruits qui l'entouraient se firent plus distincts. Elle discernait les pas lancinant de bottes ferrées, probablement l'allure d'un homme lourd et plutôt âgé. Il y avait aussi des bruits de semelles plus souples réglées sur un pas cadencé, un militaire ou du moins une personne ayant une démarche rigide pensa la jeune fille. Enfin, il y avait de petits cliquetis qu'elle ne parvenait pas à associer à un homme ou une bête.
- Que de chemin parcouru. fit une voix grinçante qui s'approcha. Vous voilà belle jeune fille à présent.
- Merci capitaine. répondit Hermione. Vous me manquez.
- C'est ça la mort mon enfant. sourit le vieil homme qui sortait de l'ombre, vouté, usé par la mer. Vous savez que je ne suis pas réel ?
- Je m'en doutais un peu oui. convint Hermione un peu déçue.
Le vieux capitaine eut un rire tonitruant que la jeune fille connaissait bien et qu'elle n'avait plus entendu depuis longtemps. La conversation s'installa, simple, naturelle comme s'il ne s'était écoulé qu'une poignée d'heure depuis qu'ils s'étaient quittés, depuis qu'Olaf Thorsthon était mort. Pendant leur discussion, Hermione ne porta plus aucune attention aux autres présences. De toute façon, elle avait sa baguette devant elle qui l'éclairait d'une rassurante lumière. Elle utilisait toute son attention pour comprendre ce que Olaf Thorsthon avait à lui transmettre. Il n'insista pas sur tout ce qu'elle avait appris et perdu pendant son voyage, mais bien sur ce qu'elle était à présent.
- Pas trop déçue ? s'enquit-il finalement.
- Un grand ami à moi m'a dit un jour que notre vie était là où on se trouve. répondit-elle narquoise.
- Alors tu as tout compris. Qu'attends-tu ?
Hermione n'eut pas le temps de lui demander ce qu'il entendait par là qu'Olaf s'était déjà éloigné d'elle. Et bien qu'elle brandit rapidement sa baguette dans sa direction, elle ne distingua plus sa silhouette et n'entendit plus son pas. L'évocation de son mentor avait passablement secoué Hermione. Elle ignorait que la salle sur demande pouvait avoir une aussi grande puissance. L'idée que ce qui l'attendait encore puisse être moins agréable que la visite du Cap'tain ne rassura pas la jeune fille. Néanmoins, elle n'avait visiblement pas d'autre choix que d'attendre que la salle sur demande lui montre tout ce qu'elle avait d'enfoui dans le creux de son âme. En espérant qu'elle n'ait pas trop de mauvais penchant. L'idée l'amusa, elle découvrirait peut-être des choses croustillantes sur elle-même.
Le glissement des semelles de flanelles lui fit oublier ces pensées cocasses. Hermione tourna la tête vers le nouveau venu. Un grand monsieur aux yeux marron et au visage fin. Il semblait la regarder avec distance et hauteur. Cette impression déplut instantanément à la jeune fille. Pourtant cela lui rappelait un de ses amis.
- Bienvenue my lord. finit-elle par lui lancer. L'homme bascula le buste en avant, inclina la tête et la salua à son tour.
- Je craignais que vous ne me reconnaissiez pas. fit-il comme pour s'excuser de n'avoir pas parlé plus tôt.
- Comment ne pas reconnaitre celui qui m'a sauvé la vie ? s'étonna Hermione. Le détail ne lui était jamais revenu en mémoire. Á présent elle se souvenait parfaitement des événements qui avaient conduits à l'arrestation de Bellatrix Lestrange. Il avait tué pour qu'elle vive.
Au plus profond de son être, elle savait pourquoi c'était lui et nul autre qui venait la trouver à présent. Les événements irlandais restaient des inconnus pour la jeune fille mais elle en avait le ressentiment1. Son cœur sous la contrainte consentie à la salle sur demande, faisait rejaillir les moments douloureux. La mort involontaire d'O'Tusckk, même si elle ne s'en souvenait pas précisément sommeillait en Hermione.
- Tu veux savoir pourquoi, j'imagine. Reprit Roger Spencer. Ses lèvres semblaient vouloir esquisser un vague sourire sans y parvenir. Pour lui aussi le souvenir devait être désagréable.
- S'il vous plait, Roger. Admit Hermione.
- Évidemment que cela ne me plait pas. Ricana-t-il en s'installant à ses côtés.
Doucement, d'une voix grave et chaleureuse, Roger entreprit de raconter son introduction au sein du monde des sorciers alors que sa famille se détournait progressivement de lui. Il s'en était fallu de peu pour qu'il ne rejoigne les forces de Jedusor. C'était grâce à Thorsthorn qu'il évitait cet écueil. Pourtant, il avait en lui toute cette rage contenue provenant du rejet de sa famille. Lorsqu'il était en mission, il parvenait à contrôler ses pulsions vengeresses et aucun de ses ennemis n'eut à souffrir hors de mesure de ses interpellations. Néanmoins, il sentait que cette haine qui se développait en lui devenait trop difficile à calmer. Par hasard, au cours d'un combat en octobre 1980, il avait tué un auror. L'homme intervenait aux côtés des amis du « sleepin' chess ».
- Un mangemort tentait de se débarrasser définitivement de nous. Fit-il. Si tu vois ce que je veux dire.
- Je pense que j'en ai une vague idée en effet. Glapit Hermione tétanisée.
- Après deux doloris et les éclats de roches plantés à des endroits douloureux. Il regarda Hermione du coin de l'œil avant de continuer. Je pensais au visage et à mon dos, jeune fille.
- Qu'imaginiez-vous my lord ? s'offusqua la jeune fille rougissante.
- Quand j'ai aperçu l'étincelle verte qui fusait de la baguette de mon adversaire, j'ai voulu le tuer. Tout mon être l'a voulu et le sort est parti sans que j'y prenne garde.
- Mais il l'a évité, évidemment. S'enquit Hermione. Roger secoua négativement la tête. Visiblement poursuivre sa confession devenait plus difficile.
- Le mangemort a trébuché, bêtement, simplement, en reculant. Et c'est l'auror qui a été tué.
Le lord avait le masque de la plus grande des contritions. Chaque jour que Dieu fait, je vis avec l'image de cette erreur. Hermione ne comprenait pas le sens de sa remarque. Mais son interlocuteur ne semblait pas vouloir être plus explicite. Il précisa qu'elle aussi avait pu voir les conséquences de ses actes.
- Comme mon âme n'avait finalement plus rien à perdre. Reprit-il après un long silence qu'Hermione ne parvenait pas à rompre. Lorsque je vous ai vu en difficulté, je n'ai plus douté.
- Merci pour tout. Répliqua Hermione en baissant la tête, elle ne pouvait se résoudre à le regarder en face. Pourtant, elle comprenait ce qui l'avait motivé. Aurait-elle fait autrement, avait-elle vraiment agit différemment ?
Á nouveau le silence s'imposa, lourd et pesant, absolument pas désagréable cette fois. Ils partageaient cette peine propre à tous ceux qui conservaient une âme pure malgré leurs erreurs. Car, après tout, ils éprouvaient un insondable remords pour leurs actes. Ce qui les différenciait absolument des mangemorts et de Voldemort lui-même. Les bonnes choses ayant une fin, Roger Spencer se releva et salua, révérencieux, la jeune fille. Au moment où il allait partir, elle l'interrompit. Une question, banale, idiote et cependant essentielle, se matérialisait.
- Comment puis-je apprendre cela de vous ? Si cette rencontre est un rêve ? s'enquit Hermione.
- Qui parle de rêve ? L'esprit qui médite dispose de beaucoup de liberté jeune fille. Répondit-il sibyllin.
La réponse estomaqua sensiblement Hermione. C'était là une possibilité qu'elle n'avait pas envisagée. Pourtant, elle lui paraissait tellement inconcevable qu'elle n'y crut pas. Ces conversations pouvaient être recomposées par son subconscient à défaut d'être réelles. Des bribes de phrases et de souvenirs extrapolés par son cerveau donnaient la matière nécessaire à rendre vivant ces échanges. Toujours installé à ses côtés, Roger semblait comprendre les remous de l'âme de sa jeune voisine. Il la regardait intensément, comme pour l'explorer au plus profond de son être. Hermione se sentit gênée, transparente et transpercée. Il lui sembla que rien ne pouvait se dérober à l'acuité de son examen. Finalement, Roger Spencer rompit le silence pour affirmer que malgré les propres sentiments de la jeune fille, il croyait en elle. Pour lui, il n'existait personne de plus à même de réussir à vaincre celui-qui-finalement-casse-les-pieds-à-tout-le-monde. Entendre le lord se railler aussi ouvertement de Jedusor arracha un petit rire à l'irlandaise. Pourtant, elle ne se voyait pas tuer, même l'immonde serpent qu'était devenu Tom Jedusor.
- Tu as la puissance pour le faire. Coupa Roger. Mais s'il le faut, je m'y résoudrais. Ses yeux pétillaient d'une haine féroce. Hermione resta coi, terrifiée par l'expression de son visage.
Elle n'était pas certaine que les combats aient laissés Roger Spencer égal à lui-même. Son âme avait été ébranlée par les morts qu'il avait vues et celles qu'il avait données. Quoiqu'il soit un allié fidèle, Hermione commença à se méfier de lui. Elle résolut de ne pas devenir telle que lui. Mais l'aurait-elle pu ? Elle n'avait pas le même passé que lui, elle n'était pas rejetée par sa famille et se sentait aimée et respectée. Bien que la conduite cavalière d'un certain Percy Weasley laissait au creux de ses reins une tension sourde. Le lord se leva sans un bruit, Hermione était déçue de le voir partir si vite. Elle n'avait plus dit un mot depuis presque cinq minutes, mais elle aimait sa présence à ses côtés, comme s'il était un précepteur attentif, un père de substitution. Il lui sourit en affirmant qu'il ne tenait pas à partir, à moins qu'elle ne le remercia. En fait, il comptait simplement la défier. Hermione le dévisagea, bouche bée. L'idée d'un duel improvisé dans une pièce plongée dans le noir, alors qu'un ennemi potentiel continuer de rôder alentour, n'était pas dans ses préoccupations immédiates. Roger s'amusa de sa remarque. Il lui indiqua que la pièce respectait ses exigences et que si elle désirait de la lumière, il suffisait de la demander. Narquoise, Hermione se releva et, bras ballants, elle regarda le plafond en demandant un peu de lumière.
Venue d'on ne savait où, un petit rai de clarté vient illuminer ses pieds. Mais seulement eux. La jeune fille se dit que la salle faisait preuve d'un humour mal approprié. Elle en demanda donc plus, beaucoup plus. Ce fut trop, évidemment. Á présent éblouie, Hermione, se cachant les yeux pour ne pas être aveuglée totalement, insista pour qu'il y ait un peu de mesure dans l'éclairage. Enfin, une douzaine de cônes lumineux à l'origine dissimulée aux regards éclairèrent une piste de duel d'une taille standard. Prestement, Roger alla se placer à l'une des extrémités de la surface, Hermione vint à l'autre. Les sorts fusèrent rapidement. Le lord n'avait pas l'intention de ménager Hermione. Elle le comprit bien vite, notamment lorsque sa robe fut déchirée par un sort de découpe qui la frôla. La jeune fille néanmoins savait que Roger évitait sciemment de la blesser. Ce qui par ricochet, froissait sa susceptibilité. La croyait-il si piètre combattante ?
Progressivement l'envie de prouver à ce lord hautain et distant ce dont elle pouvait être capable envahit Hermione. Ses propres coups furent plus précis et plus durs. Roger spencer qui se contentait de les parer dût bientôt les esquiver. Le lord changea la nature de ses sorts qui furent moins destructifs et plus incapacitants. La jeune fille grimaça en recevant le premier coup de bloque-jambes. Il avait fini de rire. Pourtant elle ne se montra pas vaincue, elle para le sortilège et rendit son coup à l'assaillant. Un sort de lévitation souleva le lord sur quelques centimètres le temps qu'il s'aperçoive de la nature du dit sort et qu'il l'annule.
Hermione perdit vite tous repères chronologiques. Le duel avait pu durer une heure comme cinq minutes. Tout ce qu'elle savait était qu'elle commençait à ressentir des douleurs dans les cuisses à trop courir. Finalement, Roger la vaincrait, non pas sur la qualité de sa magie, mais en venant à bout de sa résistance physique. En face d'elle, toujours à au moins six mètres, le lord paraissait toujours aussi dispos et frais. Ses sorts avaient la constance de l'entrainement et d'une parfaite maitrise. Ceux d'Hermione se perdaient régulièrement dans le noir. Elle remarquait d'ailleurs que cela arrivait trop souvent. Soudain, Roger se raidit et porta sa baguette devant ses yeux avant d'esquisser une révérence.
- J'admets ma défaite chère amie. Fit-il une fois sa tête parvenu au plus bas de sa course.
- Pardon ? s'étonna Hermione. Je n'ai pas réussi à vous toucher et encore moins à vous déstabiliser ! s'exclama-t-elle dans la foulée.
- Pourtant, je suis vaincu. Continua-t-il imperturbable. Si vous pouviez me libérer de votre sort d'entrave, je pourrais probablement venir vous expliquer pourquoi.
Avec la venue de Roger, Hermione allait de surprises en surprises. Elle ne s'était pas aperçu qu'elle avait lancé des sortilèges d'entrave. Mais elle ne douta pas de la parole de Roger et leva les incantations qui s'annulèrent dans un éclair bleuté. Libéré, le lord vint saluer la jeune fille. Il ne tarissait plus d'éloge sur ses qualités de combattante et sur cette brillante idée de tisser une toile de sortilèges passifs activés par un expelliarmus apparemment perdu dans le noir.
- C'est une idée de Sean O'Connell. Balbutia Hermione. Il m'a appris tout ce que je sais dans l'art des pièges. La jeune fille ignorait qui pouvait bien être O'Connell, mais elle avait l'habitude d'évoquer ainsi des gens inconnus et n'y prêta guère attention.
- Vous avez beaucoup progressée, John serait très fier de son élève. Plaisanta-t-il. Jack lui-même n'est pas à l'abri de perdre.
- Jack Longton ? interrogea la jeune fille très intriguée. Mais Roger ne lui fit pas la grâce de répondre. Il poursuivit par une question d'un autre genre.
- Savez-vous encore utiliser votre zoomorphisme ? s'enquit Roger sur un ton neutre.
La jeune fille l'observa inquiète. Était-il sérieux ou cherchait-il à se moquer d'elle ? Elle n'avait pas souvenir d'être un animagus. Affirmation qui dans son cas n'avait aucune valeur. Devant la mine dépitée de sa jeune opposante, Roger comprit qu'elle n'avait pas souvenir de la chose. Par conséquent, il n'insista pas. Il décréta qu'il n'avait plus rien à lui apprendre et que son tour s'achevait. Selon lui, le dernier visiteur risquait de s'impatienter. Il la salua poliment d'un baise-main adapté et se transforma doucement en un cygne blanc avant de décoller vers le plafond de la salle sur demande. D'instinct, Hermione chercha à le suivre du regard. Pourtant, elle se doutait bien qu'il ne lui serait donné qu'un fragment de ces adieux. Pendant qu'elle levait le visage, les lumières s'éteignirent et rapidement Hermione se retrouva à nouveau dans l'obscurité.
Elle pesta contre cette satanée salle qui faisait somme toute exactement ce qu'elle voulait2. Hermione ne chercha pas à faire de la lumière. Un ami lui avait affirmé qu'elle pouvait obtenir ce qu'elle voulait de cette pièce. Donc, elle demanda encore qu'on l'éclaire. Les rais émanant du plafond furent remplacés par une lumière diffuse, comme si elle traversait un épais brouillard. La jeune fille ne distinguait rien autour d'elle. D'ailleurs, qu'y avait-il à voir ? Roger lui avait parlé d'un troisième visiteur, Hermione attendait qu'il se manifeste. Peu à peu les cliquetis étranges qu'elle avait précédemment entendus revinrent, plus forts, plus précis. Privée de son sens de la vue, Hermione sentit rapidement son ouïe compenser ces incapacités provisoires. Les sons devenaient plus nets, distincts. Hermione comprenait que la rencontre ne saurait tarder. Son sentiment oscillait entre angoisse et enthousiasme.
Enfin, l'animal sortit de la pénombre. Un grand chien noir, massif et puissant s'approcha doucement, ménageant ses effets. Hermione sourit et s'obligea à ne pas sauter sur Sirius. L'animal vint poser doucement sa grande gueule sur les genoux de sa fille adoptive. La jeune fille s'étonna qu'il n'ait pas choisit une apparence humaine. Sirius répondit d'un sourd grognement. Visiblement, il aimait cette forme. D'un geste naturel, Hermione glissa ses doigts dans la fourrure du grand chien qui émit divers râles de plaisir. Surtout lorsque les ongles venaient gratter l'animal juste derrière ses oreilles. Cette rencontre sembla n'avoir aucun intérêt pour la jeune fille. Elle pouvait voir son père aussi souvent qu'elle le souhaitait. De plus, ils n'échangeaient pas une parole. Pourtant, Hermione se sentait à présent plus légère, libérée de sa tristesse. Les mauvaises manières de Percy n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Avec Sirius, elle se sentait bien. N'était-ce pas le plus important ?
Le tableau serait idyllique si la pièce n'était désespérément sombre, vide et froide. La présence du l'animal réconforta tant Hermione qu'elle pu enfin envisager de sortir et de rejoindre ses amis. Elle n'avait plus d'animosité à l'égard de Percy. Qu'il s'en aille, nous nous sommes trouvés parce que je n'ai pas pu avoir Ron, pensa-t-elle. Finalement, Hermione était hypocrite de sortir avec lui alors qu'elle n'avait que des sentiments superficiels. La manière employée n'était pas agréable, mais le dénouement était prévisible depuis le début. La jeune fille prit la tête du chien entre les mains et dirigea sa truffe contre son nez.
- Merci toi ! fit-elle avec l'une de ses grimaces que l'on veut amusante. Mais maintenant, il faut que je retourne en classe.
Sirius eut une plainte déchirante montrant qu'il n'approuvait que vaguement l'idée de se séparer déjà de la jeune fille. Hermione se redressa mais continua de caresser l'animal qui ne s'éloigna pas d'elle, tout heureux manifestement de l'attention qu'on lui portait. Hermione commençait à avoir froid. La lumière duveteuse, brumeuse s'accompagnait d'un souffle d'air humide particulièrement désagréable. La jeune fille trouvait que la salle sur demande ne produisait pas exactement ce qu'elle désirait, ce qui était inhabituel et donc surprenant. Néanmoins, elle était décidée à sortir, Hermione exigea alors qu'on lui indique la sortie. D'une méthode digne d'un mauvais film des années 60, une ligne fluorescente apparut au sol. Amusée et consternée de ce qui pouvait se cacher dans les tréfonds de sa mémoire, Hermione avança sur la ligne jaune. Le trajet parut durer des heures et se continuer sur des kilomètres. Docile, Sirius cheminait à ses côtés, les mains de la jeune fille lui battant les flancs. Le tracé ressemblait à la succession de dizaines de petites briques fluorescente qui s'éteignaient dès qu'ils étaient passés. Au bout de longues minutes les marches menant hors de la salle sur demande s'éclairèrent du même jaune luminescent fade. Hermione n'était pas fâchée de sortir, le sentiment d'être épié ne la quittait pas. Dès qu'elle posa un pied sur la première des marches, le chien couina et se précipita dans le noir en jappant joyeusement. Au moins, la jeune fille sut que Sirius n'était pas malheureux de la voir partir. En même temps, il n'était pas vraiment là. Au moment de sortir, la jeune fille empoignant le battant se retourna vers la salle.
- Au revoir petite route aux pavés dorés3. susurra Hermione pour elle-même avant de franchir la porte.
« §§§ »
Dès que la porte de la salle sur demande se fut refermée, la jeune fille se sentit plus détendue. Les passages successifs de ses trois visiteurs l'avaient soulagée. Et, sortie, le sentiment d'être observée s'évanouissait. Le cœur allégé, Hermione pouvait redescendre rejoindre ses amis. D'un coup d'œil rapide sur la carte des maraudeurs, elle sut qu'ils se trouvaient encore dans la salle commune. Hary faisait les cents pas pendant que Ginny, Ron et Emma semblaient discuter. Du moins, ils restaient assis les uns aux côtés des autres. Parvenue devant la grosse dame, Hermione entendit la voix du professeur Mac Gonnagal dans son dos.
- Mademoiselle Black, je vous cherchais justement. fit-elle. Le directeur veut vous voir. Ainsi que monsieur Potter. Si vous aviez l'obligeance d'aller le quérir vous-même. acheva-t-elle en commençant à rebrousser chemin. Évidemment qu'Hermione n'avait pas le choix de protester ou de contredire son enseignante.
- Je vous remercie, professeur. préféra-t-elle répondre. Tout de suite.
Sans qu'elle eut à donner le mot-de-passe, la grosse dame qui venait d'assister à la scène, la laissa passer. Visiblement le fait d'avoir la primeur d'événements inhabituels au sein du château lui plaisait. En effet, que pouvait vouloir le directeur à deux insignifiants élèves ?
Le groupe vit arriver Hermione qui s'avançait dans le passage comme si la lettre de Percy n'était jamais arrivée. Ginny s'étonna de ne pas lui voir les yeux rougis ou gonflés d'avoir pleurés. Bien au contraire, la blonde serra la rouquine dans ses bras en souriant et en s'exclamant qu'elle était désolée de les avoir inquiété. Après avoir fait le tour des bras de Harry, Ginny, Emma, Ron et Neville, Hermione expliqua qu'il existait des secrets dans l'école qu'il serait bon qu'ils connaissent aussi. D'ailleurs, déclara-t-elle étrangement, c'était grâce à Neville qu'elle en connaissait certains. Le jeune homme rougit et exprima son incompréhension du mieux qu'il le pouvait. En léger retrait, le survivant observait ses amis dans la profusion de l'affection partagée. Il se sentait encore un peu exclu de tout cela. Ou bien était-ce parce qu'il croyait encore ne pas mériter ce bonheur ? Parmi ses amis, il avait une affection particulière pour Ron et Ginny qui étaient d'excellents joueurs de Quidditch et pour Hermione qui le couvait comme une poule ses poussins. Il regarda tour à tour ses amis en s'attardant sur le rire enjoué de Ron, la fine cicatrice d'Hermione et les boucles rousses de Ginny. Enfin, Harry fut tiré de sa rêverie par Hermione. Quand les yeux marron d'Hermione vous transpercent, sa cicatrice devient moins une blessure que la revendication de ce que vous pourriez subir en vous opposant à l'irlandaise. Harry frissonna en pensant aux origines d'une telle marque. La jeune fille le dévisageait à présent. Elle avait dût lui dire quelque chose qu'il n'avait pas entendue.
- Harry, Dumbledore nous attends. Dépêches toi ! Hermione l'attrapa par le bras avant de le tirer dans le passage menant aux escaliers.
- Très bien, j'arrive miss Black. fit-il. La jeune fille le fusilla du regard. Elle détestait cette fausse déférence.
Le reste du groupe resta là un peu ébahi des conditions du retour d'Hermione et de son départ précipité avec Harry. Seul Ron eut une réaction. Il décréta que s'ils étaient allés retrouver Adeline Renard, il se serait joint à eux. Furieuse, Emma lui fit comprendre qu'il avait intérêt à surveiller ses paroles et elle monta précipitamment dans le dortoir des filles en entrainant Ginny hilare. Dubitatif, Ron s'inquiéta auprès de Neville et Dean de ce qu'il avait pu dire de déplacé. Pour toute réponse, ils rirent à leur tour.
« §§§ »
Au milieu du trajet, Hermione fut prise de crampes. Depuis plusieurs heures, elle courait en tous sens. Son corps réclamait à présent un peu de considération. La jeune fille s'arrêta donc sur le piédestal de la statue d'un sorcier revêtu d'une armure. Ce paradoxe l'avait souvent frappé. La société magique se voulait non-violente, du moins autrement que les moldus. Elle n'était que rarement agitée de guerres intestines, excepté Jedusor évidemment. Pourtant, les armes d'inspirations moldues se retrouvaient partout. Comme si à défaut de faire la guerre entre sorciers, ceux-ci la faisaient en se mélangeant aux moldus ou contre les autres créatures magiques. Cette réflexion lui permit de récupérer son souffle et de ménager ses muscles endoloris. Des bleus apparaissaient là où les sorts de Roger Spencer l'avait finalement atteinte. Harry voyant certains de ces coups s'intéressa à ce qu'elle fit lors de sa disparition. Hermione éluda les questions en affirmant qu'elle aurait largement le temps de lui expliquer.
Ils reprirent leur progression avec un peu plus d'entrain, Hermione ayant moins mal. D'ailleurs, Dumbledore devait commencer à s'inquiéter de leur venue. Devant la gargouille qui barrait le passage menant au bureau du directeur de l'école, Harry proposa de consommer des choco-grenouilles. Hermione n'eut pas le temps de répliquer qu'elle trouvait le moment peu propice que l'animal de pierre pivota pour laisser l'escalier se déployer. Pourtant, elle savait que Dumbledore avait ce genre de manie. Elle laissa le jeune homme s'engager en premier. Elle n'était pas spécialement pressée de se retrouver en haut.
Dumbledore les accueillit sans se lever de son fauteuil. La jeune fille remarqua son air de grande fatigue et l'absence de mouvement de son bras gauche étrangement mince. L'état de santé du vénérable directeur empirait visiblement. La nouvelle n'était pas agréable à concevoir même lorsque l'on s'y attend. Hermione grimaça avant de présenter ses propres hommages au directeur. Harry semblait agir comme si de rien n'était. Pourtant, il devait bien voir que son mentor s'affaiblissait et décéderait à moyen terme. Le directeur sourit à la jeune fille et lui signala qu'il ne les avait pas fait appeler pour s'appesantir sur sa constitution. Penaude, Hermione s'excusa.
- Je dois vous informer rapidement d'événements qui se produisent en ce moment. soupira-t-il.
- Nous vous écoutons. trancha fermement Harry. Il s'était visiblement préparé à cet instant depuis un moment. Mais savait-il réellement à quoi s'attendre ? pensa Hermione en le regardant. Il avait moins l'air d'un petit garçon et plus d'un adulte.
- Notre Harry a bien grandi, n'est-ce pas ? remarqua Dumbledore. Hermione sursauta. La capacité du directeur à lire dans les pensées était surprenante, et désagréable. Bien qu'Hermione estima qu'il devinait plus qu'il ne lisait.
- Il sera prêt le moment venu. reconnut la jeune fille. Elle se surprit à considérer Harry comme un adulte et non plus comme un enfant. Depuis la rentrée, elle avait eu le sentiment de surveiller un gamin un peu turbulent et très introverti.
- Prêt à quoi ? s'étonna le jeune homme qui ne pouvait comprendre la mécanique mise en œuvre depuis que le directeur l'avait confié à sa tante Pétunia et son oncle Vernon.
Maintenant qu'ils étaient au bord du gouffre, qu'il n'était plus possible de cacher plus longtemps la situation à Harry, Hermione s'en sentait proprement incapable. Il fallait le protéger encore un peu. Le protéger comme elle l'avait toujours fait, depuis ce jour de novembre. Qui plus était, Jedusor n'avait pas encore fait parler de lui. Il était encore possible de feindre d'ignorer son retour et de profiter encore un peu de cette tranquillité. Une fois de plus, Dumbledore contourna les inclinaisons naturelles de la jeune fille.
- Nous n'avons pas le droit de le laisser dans l'ignorance mademoiselle. reprit le vieillard.
- Et pourquoi pas ? s'enquit-elle une fièvre dans les yeux.
- Parce que Voldemort est revenu, tout simplement. sourit Dumbledore. Harry sembla s'effondrer, un fauteuil vint se caler sous ses genoux, juste à temps pour qu'il ne chute pas lourdement.
- Vous auriez pu mettre la forme monsieur. lança Hermione après un bref regard pour Harry. Puis, après un très bref silence. Ceci dit, nous le savons depuis le 31 août et mon faux procès. En quoi cela devient-il urgent, maintenant ?
Harry regardait tour à tour les deux personnes qui s'étaient présentées comme garantes de sa sécurité débattre de la pire des craintes du monde sorcier comme s'il s'était agit d'une vulgaire question de discipline interne à l'école. Il était à la fois terrifié par cette idée et pressé qu'on lui explique ce qu'il aurait à faire. De son côté, Hermione demeurait campée sur ses positions. Tant qu'il n'y avait pas de menaces directes et évidentes, il était inutile de montrer à Jedusor qu'ils se préparaient à le contrecarrer par tous les moyens possibles.
- Vous voulez des marques de ses agissements ? n'avez-vous pas lu la gazette ce matin ? s'étonna le vieil homme. Harry et Hermione durent reconnaitre qu'ils n'avaient pas eu le temps de le faire. Plus exactement, je n'en avais pas le goût, pensa la jeune fille. Le ministre vient de nommer Lucius Malefoy directeur du magenmagot.
- Pardon ? mais il me semblait que le président était élu parmi les autres membres. trancha Harry.
- C'est le cas. reprit Hermione. Mais ici il s'agit d'une nouvelle désignation, donc d'un nouveau poste.
- Exactement. convint Dumbledore. Il semble que de nombreuses fonctions viennent d'apparaitre au sein du ministère. Toutes ne sont pas aussi évidentes, mais elles concourent essentiellement à diminuer l'influence du ministre.
Harry exprimait quelques peines à comprendre l'intérêt qu'avait le ministre de constituer des niches de pouvoirs qui vont manifestement s'opposer à sa propre autorité. Le jeu était subtil car il était mené par des membres du ministère contre Fudge qui croyait se protéger en agissant ainsi. Dumbledore expliqua patiemment que le ministre avait nommé des gens qu'on lui présentait comme loyaux et sans ambitions contre les prétentions de l'Ordre du Phénix, contre Dumbledore lui-même. Ce qui occultait la disparition de cet obstacle à brève échéance. Mais Fudge était persuadé que le directeur de Poudlard jouait les malades pour pouvoir préparer son coup d'état. En doublant la plupart des postes de décision et de contrôle, il croyait se garantir la fidélité du ministère. Concrètement, il venait lui-même de faire un coup de force. Cependant, il ne prenait pas la mesure de son erreur. En se portant ainsi à la tête d'une structure pyramidale doublant le ministère, il s'arrogeait un pouvoir personnel fort. Il suffisait à présent de se débarrasser de Fudge, ou mieux, de le soumettre à l'imperium pour prendre pleinement le contrôle du monde magique. En Angleterre, avait ajouté narquoise Hermione.
- Ni Harry, ni Dumbledore ne gouttèrent au sel de cet humour. Bien au contraire, ils étaient naturellement très inquiets de cette évolution. Hermione trouva que le procédé employé était extrêmement dur et rapide. Très différent des méthodes employées par Jedusor dans ses souvenirs. Enfin, Harry s'étonna que personne n'ai réagi à ces décisions.
- Certains ont essayé. répondit Dumbledore. Hermione pensa que tous les membres de l'ordre du phénix devaient être mobilisés. Mais nous n'avons encore rencontré aucun succès. Harry grimaça. Il faut reconnaitre que l'assistant personnel de Fudge est très efficace.
- Quoi ? Percy est avec lui ? s'écria Hermione qui se releva précipitamment en manquant de tomber. Dites-moi que c'est impossible.
- Malheureusement, votre petit-ami est un agent très persuasif et très consciencieux. fit le vieil homme. Si son visage paraissait affaissé et usé, son regard restait perçant. Hermione se sentit mal à l'aise, ne sachant guère comment se sortir de cette situation.
- Vous pouvez parler au passé professeur. intervint Harry. Cet imbécile vient de la planter.
- Tu aurais aussi pu le dire différemment. coupa Hermione.
Pourtant, il ne faisait part que de la stricte vérité. D'une certaine manière, Hermione préférait que cette histoire soit finie. Ainsi, elle pourrait se laisser aller à critiquer Percy sans remords. Néanmoins, une fois que cette pensée fut admise, la jeune fille pensa que ce n'était pas charitable.
- Vous pensez qu'il est soumis à l'imperium ? reprit-elle inquiète pour la santé du frère de Ginny et Ron. Elle ne voulait surtout pas penser aux dégâts que cela ferait au sein de la fratrie dès le soir même.
- Il semble que non. Il se contente d'appliquer les réglementations absurdes de son supérieur. Il ne réfléchit pas plus que cela. acheva Dumbledore.
Harry convint que c'était bien là la nature de l'ancien préfet-en-chef. Le coup de pied virulent d'Hermione pour le faire taire n'eut pas d'effet. D'ailleurs, il ne faisait que dire la plus évidente vérité. Heureusement, Percy ne faisait rien qui soit répréhensible. Au contraire, il appliquait la loi mieux que le ministère lui-même. Grâce à son intervention, mais aussi de bon nombre d'agents anonymes qui faisaient strictement leur travail, l'infiltration du ministère par les mange-morts s'était déroulée dans le plus grand silence. Dumbledore pensait qu'il était à présent trop tard pour agir contre le mouvement. S'il le faisait, il accroitrait les réactions de Fudge et accélèrerait la main mise des mange-morts.
- Alors, il n'y a rien que l'on puisse faire ? s'enquit Harry visiblement atterré par l'absence de planification du chef de l'Ordre du Phénix.
Il n'y avait pas moyen d'éviter plus longtemps le moment des vérités. D'un geste, Dumbledore invita Hermione à prendre la pensine qui se trouvait à son habitude sur son pilier de pierre. En quelques phrases, le directeur de l'école expliqua de quoi il retournait. Pour le moment, le souvenir qui s'y trouvait concernait une prophétie qui concernait Harry au premier chef. Personne n'était informé de ces paroles et elles conditionnaient le passé autant que l'avenir du jeune homme. Il n'était pas douteux que Voldemort chercherait à se la procurer dès que possible. Se levant péniblement, Dumbledore proposa aux deux jeunes adultes de venir avec lui. Mais Hermione refusa catégoriquement. Elle connaissait déjà le contenu de la prophétie, il n'était pas nécessaire qu'elle s'impose cette douleur une seconde fois. Harry la dévisagea avant de se plonger dans la pensine.
Ils émergèrent quelques minutes plus tard. Harry était livide. Il venait de comprendre les raisons de la mort de ses parents de la plus effroyable des manières. Il répéta comme une mécanique grippée qu'il allait dès à présent abattre Rogue pour lui apprendre la vie. Hermione lui imposa de s'assoir d'une main ferme posée sur l'épaule. D'un signe de tête, Dumbledore approuva son intervention.
- Quoi que tu puisses croire, le professeur Rogue est un allié sincère. entreprit de dire Hermione. C'est à peine si elle parvint à finir sa phrase.
- Toi, une Black, tu crois cela. cracha Harry manifestement écœuré.
- L'important, ce n'est pas ce que je crois. coupa Hermione. Je sais qui est Severus, il nous aidera, c'est tout ce que tu dois savoir. N'essaye pas de tout comprendre et laisse nous faire certaines choses à ta place. Harry ne sembla pas comprendre la diatribe de la jeune fille et restait accroché à ses imprécations.
- Le seul objectif qui doit monopoliser votre attention, mon cher Harry, sera de vous préparer à affronter Voldemort. continua Dumbledore. Cette fois Hermione ne pourra pas le faire à votre place.
En entendant cette information, Harry blêmit et Hermione se tourna vivement vers le directeur. Elle protesta du fait que ce détail n'avait pas vocation à être révélé à quiconque. Dumbledore insinua que le respect entendait la confiance et que dans ces conditions Harry devait tout savoir de celle qui serait son professeur.
Cet été, la vision, ce n'était pas un rêve. Tu as, vraiment vu, lui, mourir. balbutia Harry. Hermione marqua un temps avant de comprendre de quoi il voulait parler. Puis le souvenir destruction de Jedusor revint à sa mémoire. Elle l'avait montré à Harry encore soumis au contrôle mental du mage noir.
- J'ai tout fait pour en arriver là. se contenta-t-elle de répondre.
Harry reconnu alors, comme un tout petit enfant, qu'il avait beaucoup à apprendre d'une personne capable de lutter victorieusement contre une hydre. Hermione tempéra. Elle avait réussi parce qu'on l'avait souvent aidé. Aujourd'hui c'était à son tour d'aider les autres, de l'aider lui essentiellement. L'accord de principe pour un entrainement intensif ne fut pas difficile à obtenir. Trouver un lieu devenait par contre plus complexe. Le directeur proposa quelques salles, mais elles n'étaient jamais totalement isolées et ils auraient besoin de matériel pour entrainer Harry, Ron, Emme, Neville, Ginny, Luna, Dean et quelques autres. Le vieux directeur ne parut pas surpris de cette proposition, il avait l'habitude de ses lubies. Par contre, Harry resta incertain, ne comprenant pas pourquoi il était nécessaire d'investir tant de gens dans cette aventure.
Il était évident qu'Hermione ne pouvait pas expliquer clairement tous ses souvenirs et donc toutes ses décisions. Elle se contenta d'affirmer qu'on ne gagne jamais seul. Ce qui était une lapalissade de première force. La jeune fille savait qu'il faudrait très probablement finir par combattre ouvertement les mange-morts, au ministère ou dans l'école, peu importait. Si elle voulait sauver un maximum de vies, il faudrait que le plus possible d'élèves sache comment réagir. Avant même de penser combattre, sauver sa vie pouvait être déjà être un délicat apprentissage. Hermione balaya toutes les propositions du directeur sur une seconde obligation. Cacher ces activités au ministère autant que possible. Le secret ne pouvait être gardé que dans une salle très particulière. La jeune fille savait exactement laquelle.
- Nous nous entrainerons dans la salle sur demande. conclut-elle.
- Vous connaissez son existence ? s'étonna Dumbledore. Y a-t-il dans cette école une chose que vous n'ayez jamais tentée ?
- Pour le moment, je ne suis pas descendue dans la chambre des secrets. sourit-elle. Mais je sais où elle se trouve. Je ne parle pas le fourchelangue, c'est tout. acheva-t-elle mutine.
Le directeur eut le bon goût de s'amuser de cet irrespect. Et, visiblement satisfait de la situation, il proposa aux jeunes gens de retourner auprès de leurs amis pour mettre en place ce programme d'entrainement. Harry et Hermione le saluèrent chaleureusement et prirent le chemin du retour. Le jeune homme resta longtemps silencieux. Tout ce qu'il venait d'apprendre le laissait pantois. Hermione reconnaissait que cela faisait beaucoup en une seule fois. Même pour elle.
Les jeunes gens conçurent qu'il n'était pas utile de raconter tout ce qu'ils venaient d'apprendre à leurs amis dans la grande salle au vu et au su de tous. Ils préférèrent attendre jusqu'au retour à la salle commune. La presque totalité des Griffondor restèrent à les écouter tant cela paraissait invraisemblable. Certains conclurent que c'était impossible et allèrent prestement se coucher, la majorité néanmoins faisait confiance à Harry et surtout à Dumbledore. S'ils racontaient de telles choses, il était fortement probable qu'elles soient vraies. Aussi farfelu que leurs récits puissent paraitre. Les Weasley étaient durement éprouvés par les indications mais tentèrent de ne pas trop le montrer. Ginny et Ron eurent des gestes compatissants à l'égard d'Hermione qui se déclara satisfaite d'être sortie avec un goujat. Au moins, elle n'aurait pas de regrets à lui coller une étoile à cinq branches sur la figure la prochaine fois qu'ils seraient face à face.
« §§§ »
Le samedi matin il n'était pas prévu de rencontre de Quidditch, donc les Weasley avaient un peu trainassés dans leurs lits. Par contre, Hermione était descendue comme à son habitude, très tôt. Elle avait déjeuné seule et avait disparu de la circulation.
Pendant de longues heures, la jeune fille avait contemplé l'eau calme du lac qui entourait en partie l'école de sorcellerie. Assise sur un rocher vaguement relié à la terre ferme, elle se sentait bien, seule et détendue. Le menton sur les genoux, Hermione se laissait aller à beaucoup d'amertume et un peu d'espoir. Ils pourraient vaincre Jedusor. Un craquement, celui d'une branche écrasée, ne la fit même pas sursauter.
- Alors comme ça je ne suis pas digne d'intérêt petite fille ? s'étonna une voix connue dans son dos. Hermione ouvrit de grands yeux et sauta littéralement au cou du nouveau venu.
- Papa ! pleura la jeune fille émue.
Sirius la serra fort contre lui avant de la reposer au sol. Il lui expliqua que Molly l'avait informé du comportement de Percy. La pauvre était profondément outrée par ce que son fils avait été capable de faire. Le dernier des Black estima pour sa part que seule la manière de faire était mal venue, le résultat ne lui déplaisant qu'à moitié. Hermione le railla en affirmant qu'il n'avait jamais pensé qu'elle resterait si longtemps attachée à Percy. Il reconnut qu'elle ne se trompait pas. Mais quelle conclusion voulait-elle en tirer ? Il avait simplement vu juste.
Enfin, compte-tenu de la situation, Sirius avait jugé intéressant de venir remonter le moral de sa fille qu'il imaginait bien bas. Á bien la regarder, il estima que cette fois il s'était trompé. Hermione démentit cette impression bien qu'elle fusse pratiquement hilare. Elle était heureuse de le voir. Un visage ami est toujours bon à regarder lança-t-elle. Amusé à son tour, Sirius attrapa sa fille par la main et la tira vers le château. Pour commencer, ils marchèrent côte à côte, puis le pas se fit plus rapide et finalement ils coururent l'un après l'autre en trébuchant parfois et en riant beaucoup. Le père d'Hermione semblait avoir perdu une bonne dizaine d'année dans le cadre de l'école. Il paraissait détendu et serein. Parvenus devant la porte de Poudlard, Sirius conduisit sa fille hors de l'enceinte vers Pré-au-lard. Elle protesta qu'ils n'avaient pas le droit de sortir comme ça, sans autorisation. Son père la regarda avec un rictus amusé. Hermione comprit qu'il était passé chez Dumbledore avant de venir la retrouver. Ce qu'elle manquait de subtilité parfois.
Hors de l'enceinte, ils pouvaient transplaner vers Londres ou se rendre au village magique. Hermione ignorant tout des intensions de son père restait bêtement pendue à son bras en attendant qu'il se décide. D'un geste souple, il sortit un petit objet de sa poche, tout emmailloté dans un semblant de mouchoir. Dubitative, la jeune fille le regarda défaire l'emballage de tissu. Une petite salière en porcelaine émergea de son écrin improvisé et la jeune fille dévisagea son père, à présent très inquiète quant à son état mental. Il lui imposa de toucher le dit objet.
Hermione se sentit écrasée, tordue, comprimée un instant avant qu'une sensation désagréable de chute ne remplace la première impression. Elle venait de toucher un portoloin. Maintenant il était souhaitable de réfléchir à la manière d'arriver entière sur le sol d'une destination inconnue. La jeune fille ne se prépara pas suffisamment et manqua de s'étaler de toute sa longueur en arrivant sur la pelouse parfaitement entretenue d'un grand parc de promenade moldu. Sirius la suivit presque instantanément, mais se réceptionna dignement.
- Où sommes-nous ? s'inquiéta Hermione qui voyait quelques moldus s'interroger sur leur présence au centre d'un espace interdit aux promeneurs.
- Á Dublin, ta patrie. sourit Sirius visiblement très fier de sa surprise. Il entraina sa fille hors de la zone qui gênait tant les promeneurs.
Elle lui sauta encore au cou. La jeune irlandaise ouvrit de grands yeux et s'imprégna autant que possible du décor, de tout ce qui l'entourait. Elle revenait enfin en Irlande. Plus de 15 ans après son premier passage, Hermione se trouvait là où elle avait passé une année dont elle ne se souvenait pratiquement pas. Sans s'inquiéter du regard des gens, sans penser au fait que son séjour devait avoir une fin très brève, la jeune fille courut pratiquement d'un coin à l'autre du parc. Tout lui semblait tellement merveilleux qu'elle n'osait le croire. Accrochés à ses doigts, Sirius suivait sans rechigner. Heureux autant qu'elle, mais en regardant la jeune fille et non le décor. Sa surprise plaisait et il s'en trouvait très content.
- Viens. fit-elle extatique. Nous allons chez moi !
- Quoi ? eut le temps de prononcer Sirius avant de transplaner sous la conduite de sa fille.
Ils réapparurent dans un craquement sonore à proximité d'une grande grille de fer forgé. Sur l'un des piliers était indiqué "seigneurie de Derrycarna". La porte luisait sous l'effet d'un charme de sécurité. Sirius voulut empêcher sa fille de toucher les barreaux de crainte de la voir recevoir une décharge, ou pire. Hermione le regarda en riant. N'était-elle pas chez elle ?
Sans efforts, la grille s'ouvrit pour les laisser passer. Aucune alarme, aucun sort de protection ne sembla être activé par la jeune fille. Ce qui en soi était déjà rassurant. Ils remontèrent une allée de graviers soigneusement entretenue. Un léger crissement se faisait entendre à chacun de leur pas mais les bruits de la nature couvraient leur progression d'une mélodie agréable. Au bout de quelques mètres, ils aperçurent le cottage toujours à sa place, en tous points identiques aux souvenirs de la jeune fille. Á présent, elle se souvenait de ce lieu. Ils contournèrent la pièce d'eau qui se trouvait devant le cottage et entreprirent de le gagner au plus vite. Personne ne semblait vivre à l'intérieur et les volets étaient tous tirés. Hermione fut un peu déçu par cette constatation. Il lui semblait qu'elle devait retrouver quelqu'un ici.
- Bonjour mademoiselle. fit une voix aigrelette derrière eux. Bienvenue chez vous. Elle tendit la main à Sirius puis à Hermione. Je suis Annabella Raferty, la gardienne.
- Sean m'a beaucoup parlé de vous. mentit la jeune fille. J'espère que ce ne fut pas une occupation trop difficile ? Sirius restait un peu interdit. Sa fille s'exprimait avec douceur et naturellement en gaëlique.
- Vous nous avez manqué mademoiselle. sourit la gardienne. L'agent du ministère n'est pas aussi obligeant que vous l'étiez. Hermione remarqua enfin que la vielle dame la connaissait d'avant son retour à cette époque et que pourtant elle ne s'offusquait pas de la voir encore jeune. Elle pensa que Sean avait prévenu certains de ses concitoyens de cette possibilité.
- Nous ne restons pas malheureusement. glissa Hermione navrée de devoir reconnaitre cette faiblesse. J'avais besoin d'une journée ou deux de calme avant de retourner en Angleterre.
- Vous parvenez à vivre parmi ses rustres ? s'étonna la vieille dame qui faisait jouer les serrures de la grosse porte. Hermione rit ouvertement et Sirius commença à paniquer.
- Bonne soirée. fit Annabella en laissant sa patronne entrer. Jeunes gens, soyez sages. Fit la vielle dame en pointant un doigt décharné et autoritaire.
La jeune fille remercia chaleureusement sa gardienne qui s'éloigna moitié claudiquant, en agitant une main gracile et en souriant beaucoup. Sirius entra enfin dans le cottage et trouva l'ameublement à la fois sobre et de bon goût. Il y avait peu d'objets mais tous de bonne qualité sans surcharge ornementale. L'intérieur était en adéquation avec Hermione, il le sentait parfaitement. Il venait d'entrer dans ce qu'elle avait de plus intime et voulu se comporter le plus aimablement possible.
La soirée fut douce pour un mois d'octobre. Ils ne purent manger sur la terrasse mais profitèrent un long moment du ciel étoilé. En se promenant dans le parc, bras dessus-dessous, Hermione et Sirius discutèrent de choses et d'autre. Évitant le sujet Percy Weasley ou Jedusor. La jeune fille n'avait pas de souvenir précis de ce cottage mais savait précisément où tout se trouvait. Elle se sentait chez elle et passa de longs moments à raconter comment Kelly avait révisé ses examens d'auror dans telle ou telle partie du parc, où les enfants O'Connell avaient dressés leurs tentes. Tout cela était limpide et flou en même temps finit-elle par avouer. Sirius lui fit alors part d'un rêve étonnant qu'il avait fait deux jours plus tôt. Changé en chien, il était venu réclamer les câlins d'une femme merveilleuse. Il était profondément ému par le souvenir mais ne parvenait pas à savoir qui était la personne en question. Ils s'amusèrent ensemble des tours que jouent les rêves et rentrèrent au cottage.
Quand l'heure de dormir vint enfin, Hermione montra à son père la chambre d'amis et alla s'installer un moment dans sa bibliothèque du rez-de-chaussée. C'est là que son père la retrouva le lendemain, assoupie sur des montagnes de livres et de parchemins. La plupart étant aux armes de Derrycarna, d'autres estampillés "Hermione Granger, Poudlard". La veille, la jeune fille avait mis la main sur une petite boite. Malgré les efforts de la femme de ménage, elle était couverte d'une fine pellicule de poussière. Hermione la prit et ôta sa gangue déposée par le temps et l'éloignement. Elle revoyait le moment où elle avait reçu l'objet en cadeau. D'un regard, elle vérifia que le lien de cuir se trouvait toujours attaché à son poignet. Depuis son retour, Hermione portait l'objet magique bien loin de sa destination première, mais elle ne voulait pas s'en séparer. Les images fugaces qu'elle venait de revivre confirmait sa décision. Elle reposa la boite et se mit au travail, le cœur un peu alourdit de ces souvenirs lointains.
Annabella vint leur porter un solide déjeuner à la mode irlandaise aux premières heures. Elle salua Sirius d'un grand sourire et se présenta devant Hermione.
- Où voulez-vous que je dépose le plateau ? dans le petit-salon, dans la salle ou ici ? demanda-t-elle poliment.
Hermione ne voulait pas la faire travailler ou l'embarrasser et affirma qu'elle pouvait s'occuper elle-même de ces choses-là.
- Peut-être chez ces obtus d'anglais, mais ici, c'est moi qui sert et c'est vous qui décidez. trancha fermement Annabella Raferty.
- Justement. Remarqua Hermione. J'ai préparé un certains nombre de dossiers que l'agent du ministère semble ne pas vouloir prendre en charge. Il ne reste plus qu'à signer mais.
Hermione laissa la fin de sa phrase en suspend. Comment expliquer à cette vieille dame qu'elle ne savait plus quoi signer ? La gardienne se faufila vers la salle à manger en manquant de renverser Sirius qu'elle gratifia d'un nouveau sourire.
- Sais-tu pourquoi elle ne me parle pas ? s'enquit-il auprès de sa fille.
- D'abord parce que tu es anglais. répondit Hermione le nez dans de nouveaux parchemins, le regardant par-dessus les carreaux de ses lunettes. Ensuite parce que te ne parles pas un mot de gaëlique.
- Charmant pays. Vraiment. Se rembruni Sirius. Hermione se contenta de sourire discrètement.
Il était vrai cependant qu'elle le délaissait pour s'occuper d'affaires qu'elle avait abandonnées depuis longtemps. Mais elle ne pouvait pas laisser autant de dossiers en souffrance sans rien faire. C'était plus fort qu'elle. Certains habitants de Derrycarna attendaient depuis des années que quelqu'un se penche sur leurs problèmes ou tranche la situation clairement. Il semblait que c'était là son travail, alors, elle le faisait.
Après le déjeuner, ne pouvant pour l'heure donner de son temps à son père, Hermione alla voir Annabella et lui demanda si elle pouvait trouver une occupation utile au grand monsieur un peu bougon. La gardienne rit beaucoup en emportant Sirius dans le grand parc. Hermione sut le soir qu'il avait été contraint de se convertir à l'horticulture. Le pauvre citadin londonien n'en avait pas l'habitude et se coucha fourbu. Ils devaient rentrer le dimanche soir, mais eut égards pour le dos douloureux de Sirius, ils reportèrent au lendemain matin leur voyage. Hermione en profita pour régler encore une douzaine de dossier qu'elle signait sans hésitation à présent "Lady of Derrycarna". Dans sa propre chambre, Hermione se déshabilla avant de remarquer le coin de ciel étoilé par la fenêtre non occultée. Elle se coucha pleinement heureuse pour la première fois depuis longtemps. Son père la réveilla à l'aube pour repartir dans son pays d'origine, ou d'adoption ? Elle ne savait plus très bien. Elle s'étira avant de bondir de son lit. Immédiatement, Sirius rosit et se tourna vers la porte. Attirée par les étoiles, Hermione avait oublié de passer un vêtement de nuit. Amusée par la réaction de pudeur de Sirius, elle alla tout de même lui poser un baiser sur la joue pour lui souhaiter une bonne journée. Puis elle se précipita sur sa commode pour se vêtir convenablement. Toutes les affaires qu'elle avait laissées dans les tiroirs étaient parfaitement ajustées à sa taille. La jeune fille n'avait donc que l'embarras du choix. Un sentiment agréable en fait.
Au bout d'un moment, elle se décida pour une robe d'un vert profond plus britannique qu'irlandais, brodé de fins trèfles argentés sur le col, et portant une arabesque sur chaque manche. Pour que son allure soit plus homogène, elle se coiffa d'un chignon serré un peu strict et chaussa correctement ses lunettes. Ainsi apprêtée, elle paraissait plus âgée et plus en adéquation avec Sirius. Celui-ci resta bouche bée en la voyant descendre. Pendant qu'il l'attendait, Annabella Raferty était arrivée avec un copieux repas. Elle ne voulait pas que sa maitresse parte l'estomac vide et l'avait fait comprendre par geste à l'homme qui avait pris l'indication pour lui-même.
- Bonjour mademoiselle. lança-t-elle. Il est temps que vous descendiez, ce vorace aurait tout avalé en vous attendant. Elle désigna Sirius du bout de sa cuillère en bois.
- Tu es superbe. siffla l'intéressé sans paraitre surpris de la réaction de la gardienne.
- Cela te plait ? fit Hermione avant d'ajouter. Ce n'est pas un glouton, il est juste un peu stressé.
En voyant l'air intrigué d'Annabella et la mine renfrognée de Sirius, Hermione pensa qu'elle venait d'inverser les deux langues. La vieille femme confirma ce qu'elle pressentait. La jeune fille grimaça. En règle générale, Sirius tolérait assez mal qu'on se moque de lui. Étrangement, il supporta la remarque et indiqua qu'ils étaient déjà terriblement en retard.
- Dumbledore va me tuer. répétait-il inlassablement malgré le soutien d'Hermione.
- Tout ira bien. le rassurait la jeune fille. Je n'ai raté que le cours de botanique et celui de potion, et bientôt celui de défense contre les forces du mal. ajouta-t-elle en regardant la pendule qui ronronne au salon4.
Après de longs adieux, Annabella accepta de relâcher la jeune fille. De grosses larmes coulaient sur son visage parcheminé. En gaëlique elle attira toutes les bontés des dieux sur la si jolie lady. Hermione la serra fort à son tour en laissant son émotion la submerger un peu. Elle souffrait de devoir quitter sa maison si vite. Mais, elle partait en emportant un peu de son pays. Et quelques dossiers, souffla-t-elle à la vieille dame qui lui sourit un peu. En conséquence, Annabella lui promit de faire expédier de nouveaux documents dès que possible au square Grimaurd ou à Poudlard.
Sirius qui n'entendait rien de la langue irlandaise s'impatientait mais eut la décence de ne pas brusquer les choses. Sortis du jardin par l'allée de gravier, ils purent transplaner après les grilles et retournèrent à Dublin où un nouveau portoloin les attendait.
1 Ce n'est pas une coquille Miss Evans !
2 Je n'ai pas réfléchit cette phrase. Et à la réflexion. Elle m'amuse beaucoup. Comment-ça la note ne sert qu'à vous obliger à réfléchir sur le sens de ma sentence.
3 Comment ça c'est pas drôle ? "Good bye yellow brick road"… Ô Elton pourquoi es-tu devenu gros, bouffi et ivrogne ?
4 Qui dit oui, qui dit non et qui nous attend. Désolé.
