Chap. 46 : Rookies.
L'arrivée d'Hermione en cours de défense contre les forces du mal fut remarquée ce matin-là. Elle avait quitté Sirius qui montait s'excuser de leur retard auprès de Dumbledore. Il avait préféré affronter les reproches du vieil homme une bonne fois plutôt que d'entendre continuellement d'agaçantes piques. Même si Hermione lui avait spécifié qu'elle doutait que le directeur soit de ce genre de personne, Sirius n'en avait pas démordu. En désespoir de cause, elle l'avait embrassé avant de le laisser partir. Son père lui promis de ne pas trop la faire attendre avant de revenir la voir. Elle décréta qu'il avait intérêt à ne pas lui mentir sur cette question. Mais elle savait pouvoir lui faire confiance.
Sans prendre garde à l'heure tardive, comme si finalement elle n'avait que quelques instants de retard, Hermione passa le pas de la porte de la classe de Remus Lupin. Le professeur était assis derrière son bureau pendant que son assistante faisait le cours. Un silence à peine vibrant de quelques murmures s'installa lorsqu'elle entra. Tous les regards se portèrent sur la jeune femme un peu stricte qui venait de passer le seuil. Parmi eux, Harry se frotta les yeux plusieurs fois. Il restait abasourdi par la grâce de la personne qui venait d'entrer ainsi. Hermione n'avait pas prêté attention au fait qu'elle portait encore ses vêtements irlandais et sa tenue, sa coiffure correspondait plus à son statut si particulier en Irlande qu'à celui d'élève de Poudlard. D'une démarche déterminée, Hermione alla jusqu'au bureau de Remus. Elle sentit les yeux de ses condisciples la suivre tout au long de son déplacement.
- Professeur, je voulais m'excuser de mon retard. fit-elle d'une voix distincte. Nous avons dû revenir dans l'urgence sans que je puisse avoir le temps de me changer. Elle passa les mains sur ses hanches pour signifier qu'elle regrettait cette tenue incompatible avec le règlement.
- Ce n'est pas dans vos habitudes de vous faire remarquer. balbutia Remus qui ne savait manifestement pas comment se sortir de cette situation.
- Si vous expliquiez plutôt ce que la vraie Lady of Derrycarna pense du comportement de Seagull ? coupa Adeline avec un petit sourire.
La jeune irlandaise resta pantoise devant la question de son amie et néanmoins assistante du professeur Lupin. Malgré son séjour dans son cottage, Hermione n'avait pas fait le rapport entre ses obligations, les dossiers qu'elle avait préparé et les vantardises de Benedict Dietrich. Dans l'auditoire, Ron Weasley exultait. Une fois de plus son héroïne venait de déstabiliser le mythe de Seagull. Ce ne serait que dans la soirée qu'il prendrait la mesure des données du cours. Sa "tata Hermione" était une femme importante en Irlande. Comme l'irlandaise ne réagissait pas, ce fut Adeline Renard qui mena le cours. Elle expliqua en quoi les prétentions de Benedict Dietrich étaient abusives. La dite Seagull avait, pour accroitre son mythe, imaginer vampiriser une petite communauté villageoise irlandaise et se parer de son nom. La glorification de Seagull avait conduit à la répétition du phénomène dans tous les comtés britanniques. Adeline affirma sans rire qu'il y avait à sa connaissance une quinzaine de communauté qui se vantait d'être sous le contrôle de Seagull-Dietrich. Pourtant, cette femme n'avait aucune pièce légale pour le prouver. L'assistante en déduisit que c'était l'intérêt des deux parties de jouer ce jeu de dupes. L'un développant son tourisme en accroissant la gloire de l'autre. La plupart des élèves furent choqués de la pratique. Seule Hermione jugea que ce n'était que des notions de commerce et qu'en soit ce n'était pas répréhensible. S'il n'y avait la question de la morale, bien entendu. Sa remarque atterra visiblement Emma qui ne supportait pas la tricherie et la duplicité. Ron, Harry et Neville restèrent songeurs. Ou bien, pensa Hermione, ils s'en contrefichent. D'une certaine manière avait-elle raison et eux torts ?
La fin du cours ne vit pas de résolution de la situation. Mais l'image déjà passablement écornée de Seagull continuait de s'affaisser. Au moment de les laisser sortir, Adeline leur fit une révélation qu'ils n'entendirent pas tous, ce qui finalement était heureux. Pour elle, Dietrich n'était qu'une facette de Seagull et probablement la moins intéressante. Partis les premiers, Harry et Hermione n'entendirent pas l'enseignante, mais Emma et Ron en furent témoins. Un peu plus loin dans le couloir, Emma expliqua enfin à son petit-ami ce que le cours du jour avait d'implications. Selon l'assistante Renard, Seagull n'est pas Dietrich ou inversement. Ron reçu la nouvelle avec détachement et considéra que cela n'avait guère d'importance. Il rappela qu'à son avis "Seagull" désignait d'abord un vantard.
« §§§ »
L'ascension des escaliers menant au bureau de Dumbledore ne prit que quelques instants à Sirius. Il était encore un peu fourbu par le jardinage de la veille, mais il se sentait étonnamment en bonne santé. Les efforts physiques avaient drainé son organisme et assainis sa musculature. Retourner prochainement en Irlande ne serait pas une sotte idée, convint-il pour lui-même. D'un geste ferme, il frappa à la porte du directeur qui lui répondit d'une voix faible.
Le dernier des Black ouvrit délicatement l'huis et découvrit Dumbledore reposant sur un divan pendant que Severus Rogue lui appliquait un onguent odorant sur son bras mort. La partie noircie parvenait à présent pratiquement sous l'omoplate et se rapprochait dangereusement du torse. De sa main valide, le directeur empêcha Rogue de se redresser. Le maitre des potions avait dans le regard un éclair de haine que lui restituait sans ambages Sirius. Se redressant douloureusement, Dumbledore invita les deux membres de l'Ordre du Phénix à s'assoir face à face. Il savait qu'ils ne pourraient s'installer côte à côte, du moins pour l'heure.
- Nous avons beaucoup de détails à régler ensembles. remarqua le directeur. Nous devons évoquer des divergences qui n'ont pas de raison d'être.
- Monsieur. coupa Sirius. Ce que j'ai à vous dire ne souffre pas la présence de Servilius. Rogue tiqua, un rictus désagréable passa, fugace, sur son visage.
- Pourtant, il est temps de solder vos comptes car vous aurez à travailler ensembles quand je ne serais plus. continua Dumbledore comme si de rien n'était.
Les deux hommes se dévisagèrent avant de se tourner vers le vieil homme. Visiblement, l'idée de travailler en partenariat n'était pas dans leur conception de l'avenir. Pourtant, aucun ne douta que les convictions de Dumbledore ne soient justifiées. Le vénérable directeur prit une profonde inspiration, ce qu'il avait à leur raconter prendrait du temps et de l'énergie. Il ne lui restait que très peu de l'un et de l'autre. Il commença par expliquer qu'il sut de tout temps ce qui opposait les deux hommes. Il regrettait de n'être pas intervenu au cours de leur scolarité. Mais il n'était pas le directeur de l'école à cette époque. D'ailleurs, ces adolescents auraient-ils écouté un homme déjà bien plus âgé qu'eux ? Il n'y avait pas de remords dans son récit. Ce qui était fait n'était plus modifiable. Quoi que miss Black ait prouvé le contraire, reconnut-il avec humour.
S'ils étaient devenus ennemis, c'était essentiellement en raison de leurs amitiés du moment. Sirius se rapprochait de James Potter, de Peter Pettigrew et de Lilly Evans. Dans le même temps, Severus s'éloignait de Lilly pour se rapprocher de Voldemort. Pourtant, cette situation idyllique, basée sur la confiance et les espoirs d'une vie meilleure, avait été bouleversée par une trahison. Sirius souffrait encore de celle de Pettigrew, Severus de celle de Voldemort. Cet état de fait devrait les rapprocher. Ils avaient en commun la mémoire de disparus tués traitreusement par des gens qu'ils estimaient profondément.
Le regard des deux hommes se focalisa sur Dumbledore et le vieil homme comprit qu'il venait de faire vaciller leurs certitudes. Le plus délicat restait à faire. Contre toute attente, Severus fut le premier à intervenir.
- Sirius, je suis navré de cette situation. Fit le maitre des potions derrière le rideau de ses cheveux noirs et graisseux.
- Et tu crois probablement me faire changer d'avis avec ça ? s'écria le second en se projetant hors de son fauteuil. Il marcha en tous sens fulminant contre l'hypocrisie de la situation.
Le directeur tenta de lui faire entendre la sincérité de la déclaration du professeur Rogue, mais Sirius était encore trop encré dans ces haines tenaces pour voir la réalité de la situation.
- Tu demanderas à ta fille de t'éclairer. Coupe enfin Rogue en se redressant, son travail auprès de Dumbledore achevé.
- Que viens faire Hermione dans ton jeu sale serpent ? hurla pratiquement Patmol.
- Elle sait au moins ce qu'il en est. Souffla Rogue. Elle juge en connaissance de cause. Son regard vint frapper celui de Sirius qui vacilla. Mais il écarta le regard de celui de Rogue, conscient du risque.
- Dis surtout que tu l'as trompée, comme tout le monde dans cette école. Sirius commençait à écumer de rage contenue.
Sans la présence d'Hermione, la situation risquait de dégénérer. Elle avait toujours un effet très bénéfique sur les nerfs de son père adoptif. Le professeur de potion s'installa aux côtés de Dumbledore, visiblement il avait quelque chose de désagréable à avouer. Il cherchait encore le moyen le plus naturel et le moins désobligeant pour le dire. Le directeur le regardait avec la condescendance d'un père fier de son fils qui rapportait enfin une bonne note.
- Je pense qu'elle est plus douée que moi en legilimentie. Souffla-t-il enfin, pratiquement inaudible.
- Plus forte que le grand Severus Rogue, celui qui trompe même celui-qui-est-toujours-le-plus-fort ? s'amusa Sirius.
D'un rictus, Rogue admit cette infériorité. Mais il nuança les conclusions de Sirius. La magie du contrôle mental se constituant en deux sciences opposées. Si Hermione le dépassait dans l'art d'attaquer les esprits plus faibles, elle peinait contre lui qui parvenait à mieux se dissimuler. Les explications laissèrent Sirius dubitatif qui chercha l'appui du directeur. Ce dernier resta silencieux un moment. Les deux hommes pensaient qu'il n'avait pas l'intension d'intervenir avant qu'ils n'aient réglé définitivement leurs oppositions. L'acuité de son regard, et le plissement des rides aux coins de ses yeux montraient qu'il prenait un grand plaisir à les voir enfin s'écouter.
- Tu veux dire qu'elle sait imposer son esprit mais moins le protéger de l'intrusion ? Coupa Sirius au milieu d'un fastidieux exposé du professeur.
- En effet. Convint Rogue. C'est un peu trivial comme description, mais c'est cela. De cette manière, elle a découvert des secrets que j'avais réussis à dissimuler depuis si longtemps.
Sirius écarquilla les yeux. Son adversaire était-il prêt à rendre les armes et raconter tout ce qu'il avait sur le cœur depuis tant d'années ? En face de lui, Rogue eut un mouvement vers Dumbledore qui acquiesça doucement de la tête. Alors, Rogue raconta. Il n'omit pas de dire combien il avait toujours été amoureux de Lilly Evans. Comment il avait instantanément haï James et Sirius pour ce qu'ils étaient, des sangs purs arrogants. Dans sa litanie, il décortiqua les méandres de l'âme humaine et ses failles propres. Rapidement, Sirius devint livide et dut s'assoir. Pouvoir observer son pire ennemi procéder à son auto-critique et le voir assumer ses fautes et les remords le laissait sans voix. Finalement, il intervint.
- Arrêtes de tout porter sur toi. Rogue interrompit son monologue surpris. Á son côté, Dumbledore souriait discrètement. Nous étions des imbéciles arrogants et stupides. Nous ne voyions que le sale petit garçon plus brillant que nous.
- Et je n'ai rien fait pour éviter votre ressentiment. Continua Severus. Mais l'auto-flagellation risquait de porter contre l'objectif à atteindre.
- Tu n'es pas qu'une victime. Coupa Sirius hors de lui. Combien de sorts as-tu inventé pour nous nuire ? C'est un peu facile de dire que tu es simplement désolé.
Le coup porta. Le maitre des potions se trouva sans réparties. Il joua sa dernière carte. Rogue avoua à Sirius qu'il était directement responsable de la disparition de Regulus Black.
- Je l'ignorais jusqu'à ce que ta fille m'en informe. Fit-il penaud. Et je ne paierais jamais assez pour cela. L'homme regardait ses pieds, n'osant affronter le regard furieux de Sirius qui venait d'interrompre ses allées et venues.
- Et tu oses encore te montrer devant moi ? hurla-t-il enfin.
- Sirius, je vous en prie. Coupa Dumbledore. Ne comprenez-vous pas que Voldemort se délecterait de ces informations. Il dispose de tant d'outils pour nous séparer, nous rendre vulnérables. Seule la franchise et la confiance vous permettront de vaincre le mage noir.
Silencieusement, Rogue approuva son directeur en opinant, convaincu. Mais Sirius était sous le coup de l'émotion. La perte de son frère avait accéléré la disparition de ses parents. Pourtant, il ne ressentait pas une folle affection à leurs sujets. Décidemment, à ses yeux, Rogue avait fait bien trop de mal. Il avait même sacrifié la fille qu'il disait aimer.
- Et il est retourné auprès de son ancien maitre alors qu'il nous aidait déjà à le combattre. Sourit le directeur. Il tenait enfin la situation en main. Les sujets douloureux avaient tous été évoqués.
- En quoi cela change-t-il le fait qu'il a provoqué la mort de James, de Lilly, de Regulus et de combien d'autres encore ? Les yeux de Sirius semblèrent jeter des étincelles lorsqu'il planta son regard dans celui de Rogue. La haine qui le dévorait grandissait à chaque instant.
- Il a tout fait pour éviter ces morts. Si James n'avait pas changé de gardien du secret, il serait encore parmi nous. Severus avait réussi à convaincre son maitre qu'ils résidaient dans Londres sous ma protection. J'étais la première des cibles. Pas eux.
Le vieil homme soupira devant son échec. Il n'avait pas réussi à les protéger c'était entièrement sa faute, pas celle de Severus. Tétanisé, Sirius dut le reconnaitre. De même, la mort prématurée de Regulus était un acte héroïque. Le cadet des Black avait fait le choix de sacrifier sa vie. Prétendre que Rogue était directement responsable de sa mort revenait à nier la grandeur d'âme dont il avait fait preuve pour sauver le reste du monde magique. Une nouvelle fois, Sirius dut suivre l'avis du vieux directeur. Patiemment, Dumbledore trouva les arguments pour désarmer les animosités entre les deux hommes. Il avait fallu beaucoup de temps pour construire leurs haines, il en faudrait encore pour achever de les faires disparaitre. Pourtant, Sirius ne refusa pas de serrer la main du professeur lorsque Dumbledore l'invita à le faire.
- Severus, je suis bien ennuyé. Fit-il en regardant Rogue comme s'il le voyait pour la première fois. Nous en avons fait des bêtises.
- Et nous en ferons encore. Sourit Rogue de ce sourire de batracien très étrange qu'il avait parfois. Pourtant cette fois, il était pleinement sincère.
Les deux hommes ne seraient probablement jamais les deux meilleurs amis du monde. Pourtant, Ils venaient de faire un pas l'un vers l'autre. Pour Sirius, le maitre des potions cesserait d'être un jaloux et un monstre pour redevenir le petit garçon doué pour l'école mais moins pour les relations humaines qu'il avait rencontré dans le train lorsqu'ils avaient onze ans. Pour Rogue, Sirius n'était plus le sang-pur arrogant, il devinait à présent les failles d'une enfance dorée et malheureuse. Au cours de leurs jeunes années, ils avaient fait des choix contestables ou désastreux, mais il n'était pas encore trop tard pour rattraper leurs fautes.
La conversation dura pratiquement toute la journée. Un repas leur fut apporté discrètement, mais personne n'y toucha. Maintenant qu'ils avaient rompus les digues, les deux hommes comparaient leurs vécus de la guerre contre le mage noir. Ils construisaient avec l'aide de Dumbledore la résistance qu'il fallait dès à maintenant mettre en place. Ce que le vieil homme ne pouvait plus faire à présent.
Si Hermione avait eu le courage de regarder sa carte des maraudeurs au moment de se coucher, elle aurait distingué nettement un petit point du nom de Sirius Black prendre le chemin de la sortie et un second du nom de Severus Rogue l'accompagner. Les frères ennemis se trouvaient.
« §§§ »
Au hasard des couloirs, elle croisa Rusard qui voulait lui faire ôter pratiquement sur place cet accoutrement non conforme aux règles de l'école. Il se délectait littéralement de pouvoir, pour une fois, mettre à exécution une loi de Poudlard. Malheureusement pour lui, le professeur Mac Gonnagal passa par le même couloir et remarqua la jeune fille. Elle s'approcha et reconnut enfin Hermione Black.
- Miss Black, votre tenue n'est pas conventionnelle, je le reconnais. Fit-elle un peu sèchement. Cependant, je vous serais reconnaissante si vous me procuriez l'adresse de votre tailleur. Acheva-t-elle.
- Je n'ai pas eu le temps de me changer en rentrant ce matin. Rougit Hermione très embarrassée et néanmoins satisfaite de l'effet produit par sa tenue.
- Cela ira pour aujourd'hui, mais il serait plus sage de ranger précieusement vos vêtements qui ne correspondent pas aux nécessités d'une école.
Dans son coin, Rusard manqua de s'étouffer de rage. Quand à elle, Hermione trouva les compliments de Mac Gonnagal très agréables et promis de ne pas reproduire l'expérience. Á l'heure du repas, Hermione cependant fit à nouveau une grande impression aux élèves de Poudlard.
Le fait d'entrer dans la grande salle dans cette tenue plus que soignée en compagnie de Harry Potter contribua à faire naitre un grand nombre de murmures. La plupart étaient admiratifs, d'autres plus vipérins. Comme à son habitude, Hermione n'y prêta aucune considération. Elle se contenta de remarquer qu'Harry paraissait très fier de marcher à ses côtés. Le regard chargé de jalousie que lui adressa Ginny la contraria un peu. Pourtant, elle vint s'installer sur le même banc en lui glissant la « Gazette du Sorcier » sous le nez. Hermione s'étonna de la promptitude de la rouquine à changer de sujet.
- Je ne te blâme pas parce que tu es jolie. Sourit Ginny. C'est l'autre derrière que je tuerais sans scrupules s'il continue de baver sur toi.
- Dépêches-toi avant que je ne le fasse alors. Rit Hermione détendue par cette boutade.
- Elle se plongea dans l'exemplaire du magasine que son amie venait de lui présenter. En face, Ron et Emma attendaient visiblement aussi sa réaction.
« Pottermania et irlandophobie ?
Par Rita Skeeter.
Nous apprenons que l'école de Poudlard sera très prochainement dirigée par le professeur Severus Rogue. Nous ne pouvons que saluer l'intelligence de Dumbledore. Alors qu'il semble que ces dernières semaines soient surtout marquées par l'indigence de son autorité sur les élèves.
En effet, notre héros Harry Potter se serait entiché d'Hermione Black, la fameuse irlandaise accusée de l'avoir molesté au cours de l'été. Doit-on craindre pour la santé mentale du jeune homme ?
Nous pensons plutôt à un quelconque sortilège d'attachement ou un filtre d'amour. Nous espérons qu'il n'est pas question de sorts plus graves, voire interdits.
Nous sommes aussi amenés à penser que Harry Potter n'est pas aussi parfait que certains le décrivent. Ainsi, certains de ces camarades nous le présentent comme instable, sujet à des crises de paranoïa. Il aurait été profondément bouleversé par la mort prématurée de Jane Olive. Au point de renier toutes ses anciennes connaissances pour se rapprocher de l'héritière de la vieille dame.
Ainsi, Potter serait avant tout un opportuniste attiré par l'argent.
Dans ces conditions, nous mettons en garde nos lecteurs de toute pottermania. Ce garçon nous parait malsain. Tant que la médicine n'aura pas prouvé qu'il est parfaitement normal, nous aurons des doutes sur sa santé mentale.
Enfin, l'héritière des Black est-elle ce qu'elle prétend ? Nous entendons parler parfois d'irlandophobie à cause des origines de cette gourgandine. Seulement, nous n'avons trouvé nulle part trace de la naissance de cette fille à Dublin où elle est sensée être née.
Il est donc inutile de mal se comporter à l'égard de nos cousins irlandais. Attendons plutôt son procès pour usurpation d'identité qui ne saurait tarder. »
Penchés au-dessus de la « Gazette », Hermione et Harry restèrent bouche bée. Á son habitude, Rita Skeeter avait accumulé les lieux communs et les stupidités les plus outrancières. Malheureusement, cela risquait de porter. Le magasine avait une diffusion très conséquente. D'un autre côté, Hermione n'avait rien à se reprocher, seuls quelques blancs dans sa généalogie prêtaient à confusion. Avec l'aide de Dumbledore et de Sirius, elle parviendrait certainement à arranger les choses rapidement.
La situation d'Harry était un peu plus ennuyeuse. L'attaque était bien mieux construite. Il s'agissait donc d'une demande explicite des adversaires d'Harry. Il n'y en avait guère en-dehors des mangemorts probablement informés du retour de leur maitre depuis de longues semaines déjà. Des railleries très désagréables fusèrent de la table des serpentard. Habituée, Hermione n'y prêta aucune attention particulière. Pourtant, elle aurait du faire attention à Harry qui lui n'était pas armé pour ce genre de combat. Il manqua plusieurs fois de se lever pour aller exprimer le fond de sa pensée aux élèves de l'autre maison. Chaque fois, Hermione ou Neville qui était assis de l'autre côté, l'en empêchait fermement.
Le nez dans son assiette, cramoisi, le jeune homme faisait l'apprentissage de l'humilité et de la frustration. Il fulminait encore plus de voir Hermione vêtue d'apparat attirer les remarques impressionnées des filles des autres maisons ou de Griffondor. Paradoxalement, les compliments des garçons le laissaient indifférent. Sa cousine réagissait trop bien à l'agression verbale et à sa séparation d'avec Percy. En même temps, elle revenait d'Irlande ou son parrain l'avait conduite pour l'aider à se remettre. Ce n'était pas juste de sa part que de nier sa tristesse. Il s'excusa à voix basse pour des reproches qu'il s'était contenté de penser. Hermione le regarda avec douceur et lui affirma qu'il devait se raffermir sinon ces désagréments le briseraient. Contrit, le jeune homme admit qu'elle avait raison. Merlin savait comment elle avait pu deviner ce qui le tracassait.
La soirée dans la salle commune de Griffondor par contraste très reposante pour Harry et Hermione. Ils avaient des montagnes de travail, et plus encore pour la jeune fille qui devait rattraper les cours où elle était absente. Heureusement, Emma l'aida longtemps à se remettre à niveau. La jeune irlandaise était très impressionnée par les connaissances encyclopédiques de son alter-ego. Comme ils avaient eu une scolarité pratiquement normale, Emma n'avait pas les lacunes qu'Hermione savait tenter de dissimuler comme elle le pouvait. Il lui était impossible de concevoir qu'elle puisse être une aussi bonne élève qu'Emma, ce qu'elle était pourtant. Ce point marquait une autre différence avec son alter-ego. En effet, la jeune brunette avait en elle une confiance qu'Hermione n'avait jamais eue et n'aurait probablement jamais. C'était un atout non négligeable pour ce qui se préparait.
Puisqu'elle en était à détailler les différences, Hermione se concentra sur Neville. Elle l'avait déjà noté, il restait introverti, n'ayant pas découvert en quatrième année ses dons pour la botanique. Dès la rentrée cependant, Hermione l'avait aidé à mobiliser son courage et il progressait visiblement dans cette matière. Bientôt il serait plus brillant qu'elle ou Emma. Aux yeux de la jeune fille ce n'était qu'un juste retour des choses. Dans la vie courante pourtant il restait effacé, falot. Ce qui en soit n'était guère important. Mais Hermione n'avait pas les yeux sur tout et elle ne savait pas que le jeune homme trouvait galante compagnie. Apparemment, il n'était pas aussi renfermé qu'elle ne le croyait.
L'objet d'étude suivant fut naturellement Ronald Weasley. Alors que sa petite-amie préparait le travail du lendemain, il lisait distraitement ses notes en discutant Quidditch, anecdotes du Terrier et jolies filles. Se retenant de rire lorsqu'Emma lui fit pleuvoir sur le crane le contenu d'un encrier, Hermione constata que celui-là n'avait pas changé d'un iota. Le jeune roux restait tout aussi délicat et galant qu'il l'était dans ses souvenirs. Pourtant, il aurait pu être un peu moins frustre, depuis le temps qu'il sortait avec son alter-ego. Si elle n'a pas encore réussi à le changer, se dit la jeune irlandaise, c'est que le cas est désespéré. Elle ne regretta pas de le laisser à Emma. Intérieurement, elle lui souhaita beaucoup de courage.
Il restait Ginny. La jeune rouquine avait passé assez de temps avec Hermione pour que cette dernière sache repérer ce qui avait changé. D'ailleurs il semblait que rien ne soit différent en elle. Comme dans les souvenirs de l'irlandaise, elle courrait après Harry en sortant pourtant avec d'autres garçons. Hermione jugea que les jours de Dean étaient à présent comptés. Elle espéra que Ginny y mettrait la forme pour ne pas trop le blesser. Ayant achevé son tour de table autant que ses devoirs, Hermione ferma bruyamment son livre se qui ne manqua pas de réveiller Ron et Harry et de décoller Dean de Ginny. Seule Emma ne fut pas surprise. Elle souhaita une bonne nuit à tout le monde et grimpa dans sa chambre se dévêtir et se coucher. Les deux précédentes journées avaient été intenses.
« §§§ »
Les jours d'octobre défilèrent rapidement. Un peu trop au goût d'Hermione. La presse s'acharnait pratiquement quotidiennement soit sur elle, soit sur Harry. La main-mise de Jedusor sur le ministère devenait de plus en plus sensible. Pour la jeune irlandaise, l'absence de réaction de Dumbledore était un très mauvais calcul. Elle s'en était ouverte un grand nombre de fois à son père. Et Sirius n'avait pas trouvé les mots qui puissent la rassurer quand aux actions de l'Ordre du Phénix. Lors de son déjeuner, Hermione reprenait sa sempiternelle litote contre Dumbledore et l'Ordre qui la laissait végéter dans son coin alors qu'elle ressentait le besoin d'agir. Installé en face d'elle, Harry subissait ces remarques avec détachement sans montrer la moindre exaspération. Pourtant Merlin savait qu'il n'en pouvait plus. Le salut, comme souvent, vint du ciel. Un hibou se posa devant la jeune fille et lui tendit une patte chargée d'un message signé de Sirius.
"Ma chérie,
J'ai bien compris tes récriminations. Mais que veux-tu que je fasse ? Je ne puis aller contre l'avis d'Albus. Même très diminué, il reste le chef spirituel de l'Ordre du Phénix.
Si tu veux mon avis, il sent parfaitement que tu n'as pas fini ce que tu devais faire.
Je ne vais pas les citer ici. Mais il me semble qu'il reste encore deux objets à détruire. Voilà, en plus de ta surveillance auprès d'Harry, ta mission essentielle.
Tu sais que je voudrais t'aider. Pourtant cela m'est impossible. Je n'ai plus l'âge de faire l'imbécile dans cette école. Je ne sais pas comment tu fais.
En cas de besoin, essaye de faire passer un message à Remus mais évite Servilius. Avec le retour de tu-sais-qui, il a beaucoup de travail et n'a pas besoin qu'on lui confie d'autres sujets sensibles.
Ton père qui t'aime.
Sirius."
En reposant la lettre, Hermione se demanda à quoi rimaient les dernières lignes. Jamais son père n'avait fait preuve de compassion ou de gentillesse à l'égard de Severus Rogue. Pourtant, le ton de son message tendant à prouver qu'il ne voulait pas le mettre en danger. Il imposait le silence, non pas pour qu'elle se protège elle, mais pour qu'ils évitent de l'encombrer lui.
En relisant rapidement la missive, la jeune fille sourit. Tout comme lui, elle avait passé l'âge de ces clowneries scolaires. Elle espérait que cela se finirait vite.
- C'est notre première journée libre à Pré-au-lard. Intervint soudain Harry d'un ton badin qui inquiéta instantanément Hermione.
- Où veux-tu en venir ? l'interrogea-t-elle cassante.
- Tu essayes ce que l'on a répété hier soir ? répliqua Ron en s'installant aux côtés de Harry qui prit de facto une teinte tomate fort peu seyante.
Ayant un peu de considération pour son ami, Hermione ne chercha pas à savoir ce que les garçons avaient pu répéter entre eux la veille au soir. Compte-tenu de la mine contrite de Neville, cette information n'était pas flatteuse pour la gente masculine. Heureusement, Emma et Ginny arrivaient aussi ce qui lui permit de ne pas avoir à répondre aux sollicitations surprenantes d'Harry. Lorsque le groupe fut enfin au complet, Ron et Emma prirent naturellement la tête des conversations, répartissant les questions et les réponses dans une gestion bien huilée. Depuis le début de l'année, Hermione avait remarqué que la symbiose entre les deux jeunes gens était si grande qu'ils avaient tendance à phagocyter les autres personnalités dominantes. Leur complicité plaisait autant à Hermione qu'elle lui faisait de la peine. Elle aurait tant voulu être à la place d'Emma.
Pendant qu'Hermione constatait que son couple d'amis prenait en charge toute l'intendance du groupe, associait les uns et les autres, l'image d'un patron de bar propre sur lui et dithyrambique s'imposa. Sans faire preuve de courage ou d'intelligence, Ron et Emma montraient déjà qu'ils étaient capables de gérer les efforts d'un groupe. En tacticienne entrainée, la jeune irlandaise mesurait pleinement l'intérêt d'une telle démarche. Pourtant, elle commettait une erreur tactique essentielle. Celle de ne pas surveiller avec suffisamment d'attention les réponses évasives fournies aux questions directes. Ainsi, elle s'aperçut un peu tard qu'elle venait d'accepter l'invitation de Harry de descendre avec lui à Pré-au-lard dès qu'ils auraient fini leur déjeuner. Prenant conscience de son erreur, la jeune fille lança un regard affolé à Ginny qui détourna méchamment les yeux et se précipita dans le giron de Dean. Elle se lova ostensiblement sur sa poitrine pendant que Ron s'empourprait de voir sa sœur se comporter ainsi. Les autres membres du groupe feignirent d'ignorer la scène. Il n'y eut qu'Harry pour soutenir son ami dans ses récriminations. Très galamment, le survivant estimait qu'il n'était pas digne d'une jeune fille de bonne famille de se conduire comme. Il laissa sa phrase en suspend, Emma et Hermione le dévisageait le regard noir. Sans s'en rendre compte, Harry critiquait ouvertement Emma, et par voie de conséquence, Hermione. L'ambiance fut fraiche jusqu'au départ pour Pré-au-lard, Emma ainsi que Ginny battant froid à Harry et Ron.
Les sécurités de l'école concernant le départ et l'entrée des élèves lors des sorties était bien moindre de ce qu'Hermione connaissait. Il n'y avait pas de risque immédiat de voir Jedusor se précipiter à Poudlard. Qu'y ferait-il d'ailleurs, pensait Hermione. Son principal ennemi étant proche de la fin de son existence sans qu'il y eut besoin de son intervention. Pour l'heure, le cas Harry Potter pouvait être négligé. Du moins c'est ce que l'Ordre du Phénix pensait, ce que Rogue avait confirmé. La jeune irlandaise n'avait pas les moyens de contredire ses alliés. Par ailleurs, ne plus ressentir la présence angoissante de Jedusor était diablement agréable, Hermione espérait que cela puisse durer encore longtemps. Même si intérieurement, elle en doutait.
Au cours de la descente qui menait à Pré-au-lard le groupe commença à se disloquer. Les couples progressaient à des allures très différentes. Ainsi, Ginny et Dean avaient fait le choix de laisser loin derrière Ron et Emma, alors que Neville et Luna discutaient à proximité d'Harry et Hermione. La jeune irlandaise ne prêtait qu'une attention distraite aux paroles qu'on lui adressait. Instinctivement, elle cherchait à désamorcer toutes les tentatives de piège que le chemin aurait pu receler. En vain, évidemment. Quoi qu'il en soit, Harry finit par se lasser de l'absence de réaction de sa camarade. Avec un dédain visible, il commença à s'éloigner en compagnie de Neville et Luna. Perdue dans ses pensées et ses angoisses, Hermione ne remarqua même pas que Ron et Emma la doublèrent quelques instants plus tard. Décidément, elle faisait une piètre garde du corps. Cette mission, elle le savait, ne servait que de couverture pour une autre plus essentielle. La destruction des horcruxes restants.
La jeune fille allait et venait dans la rue principale, sans but et sans compagnie. Elle avait vu Harry et les autres entrer aux « Trois Balais » et savait n'avoir pas à se préoccuper d'eux jusqu'à leur sortie. Elle aurait pu se joindre à eux, mais Hermione s'inquiétait de ne pas retrouver les talismans de Jedusor. Tant que cette préoccupation la tarauderait, elle ne pourrait se détendre en leur compagnie. De plus, elle savait pertinemment ce qu'ils étaient en train de préparer. Depuis que Harry savait qu'Hermione devrait leur servir d'entraineur, il cherchait par tous les moyens de constituer un groupe à l'image de qu'elle avait nommé dans son passé, « l'Armée de Dumbledore ». Cette fois comme la précédente, Hermione savait qu'ils risquaient gros. Le ministère ne serait guère enchanté d'apprendre l'existence d'un tel groupe au sein de l'école de sorcellerie. Hermione doutait que Severus Rogue puisse s'opposer au ministère si jamais il exigeait la dissolution de l'AD et le renvoi des élèves concernés. Mais, visiblement, une trentaine des élèves de trois maisons avaient déjà accepté, avec un enthousiasme limité, la proposition. Cette partie là de l'aventure dépendait de ses amis. D'une certaine manière, Hermione en était un peu vexée. Avoir un rôle passif n'était pas dans ses habitudes, du moins c'est ce qu'elle pensait être dans sa nature. Tous les détails intéressants de sa vie lui faisant défaut.
Alors qu'elle remontait la rue pour la énième fois, tout autant plongée dans ses pensées, Hermione fut surprise par un air de musique. « Don't take offence at my Innuendo ». fut suivi d'un long solo de guitare sèche avant que le chanteur ne reprenne.
- You can be anything you want to be, Just turn yourself into anything you think that you could ever be, Be free with your tempo, be free be free1.
Pendant cet exercice, Hermione eut largement le temps de détailler le musicien. L'homme encore jeune devait avoir au moins quarante ans et vieillissait visiblement bien, prenant soin de son apparence et de sa santé. Il portait des cheveux mi-longs qui masquaient en partie son visage fin et ses yeux clairs. Sans être beau, il pouvait avoir du charme, Hermione n'y était cependant guère sensible. Deux jeunes filles qui l'écoutaient le regard énamouré semblaient bien plus passionnées qu'elle ne l'était et cela la fit sourire. Rien que cette légèreté fugace justifiait sa venue à Pré-au-Lard. Devant le musicien s'étalait l'étui de son instrument, visiblement destiné à recevoir un peu d'argent que pourrait lui abandonner les passants. Après son morceau, le musicien fut assailli de remarque des jeunes filles et d'autres jeunes gens qui passaient par –là. Au bout de quelques minutes, il répondit évasif à une question.
- Laisse la musique s'épanouir dans ta tête. La vie c'est une partition, joue la sans fausse note
La phrase évoqua quelque chose à Hermione. Sa réplique résonnait avec la chanson2. Ce ne pouvait être le fruit du hasard. L'une justifiait la seconde. La jeune fille se demandait pourquoi elle y réagissait si vivement. Le musicien annonça qu'il prendrait une pause pendant la prochaine demi-heure mais qu'il continuerait après. Une manière polie somme toute de congédier ses auditeurs. Comme les autres, Hermione commença à s'éloigner, non sans s'être approchée pour déposer quelques pièces dans l'étui de sa guitare.
- Dites, Miss Granger, on ne reconnait pas ses amis ? fit-il détaché, en regardant les cordes de sa guitare et manipulant les clés pour tenter de l'accorder.
- Nous nous connaissons. Affirma la jeune fille. Mais je suis navrée, je ne me souviens pas de vous. Le musicien sourit en reposant sa guitare.
- Alors je me présente, Albert Durillon. Fit-il en tendant sa main fine vers la jeune fille qui s'en saisit sans hésitation.
Bien que le visage légèrement ridé et marqué par le temps du dit Albert se barra d'un accorte sourire, Hermione restait tendue. Les trous de sa mémoire étaient habituels et elle savait passer outre, mais parfois, l'instinct de conservation lui indiquait de se méfier. Heureusement, Albert ne sut jamais rien des inquiétudes de la jeune fille.
- Je doute d'avoir des musiciens des rues parmi mes connaissances. Infligea finalement la jeune fille.
- En fait, je suis historien. Ricana Albert en posant sa guitare. La musique, c'est pour m'occuper en t'attendant.
Hermione resta coi. Elle passa distraitement la main dans ses cheveux détachés et voletants selon les courants d'air qui étaient nombreux dans la rue principale de Pré-au-lard. Quand elle ramena une mèche folle derrière son oreille gauche, Albert sembla remarquer sa cicatrice pour la première fois. Son apparente bonhommie et sa bonne humeur s'évanouirent instantanément.
- Je suis navré d'être aussi léger. J'oublie tout ce que tu as dût endurer pour nous. acheva-t-il d'un souffle.
- Rassurez-vous, moi-même, je ne connais pas l'origine de cette marque. répliqua Hermione d'un ton détaché qui offusqua visiblement Albert.
La jeune fille profita de quelques atermoiements de son interlocuteur pour achever d'analyser le nouvel-ancien-ami. Pour l'instant, il s'était précipité dans l'étui de sa guitare, non pas pour y chercher ou y ranger quoi que ce soit, mais bien pour dissimuler son malaise. Les précautions rhétoriques qu'il prenait auraient suffit à indiquer à Hermione qu'il tenait profondément à elle. Cependant, la manière qu'il avait d'éluder les informations vitales ne permettait pas à la dite jeune-fille de comprendre à quel point ils avaient été proches. Ayant retourné quatre fois son étui, vidé et replacé consciencieusement le contenu de son sac à dos, Albert fut bien obligé de cesser d'ignorer Hermione qui l'observait avec une suspicion de plus en plus grande.
- Vous dites me connaitre, pourtant, vous n'avez pas grand-chose à me dire. S'énerva la jeune fille.
Non pas qu'elle perde son temps avec lui. Avant son intervention, elle errait sans but apparent dans les rues du bourg magique. Elle trouvait que les « adultes » la considéraient trop fréquemment comme une enfant que l'on maintenait dans l'ignorance pour ne pas l'affoler. Durement, Albert s'installa sur le banc, la petite monnaie qui trainait dans son étui tinta bruyamment. Le manque de dignité de la scène arracha un petit sourire à Hermione. Elle venait de gagner une bataille muette et pourtant essentielle.
- Selon Albus, je n'ai pas intérêt à te raconter tout ce que je sais de toi. soupira l'homme manifestement peu convaincu de cette idée.
- Pour Dumbledore, nous ne sommes que des enfants. coupa Hermione toujours fâchée lorsqu'on parlait révérencieusement de son directeur.
- Que sais-tu ? trancha finalement Albert.
La question nette, un peu sèche peut-être, rompait avec les manières doucereuses de tous les autres membres de l'Ordre du Phénix qu'elle était amenée à rencontrer. Il sembla à Hermione que l'historien avait vieilli brusquement. La clarté des yeux gris d'Albert sembla transpercer la jeune fille. Au travers des carreaux de ses lunettes, Hermione distinguait nettement les irisations de son regard. Á son grand étonnement, elle ne parvenait pas à imposer sa volonté à celle du quadragénaire.
- Inutile, single heart. Nous avons eu le même professeur dans cette matière. ricana-t-il comme s'il devinait ce qu'elle tentait de faire. La jeune fille n'eut d'autre possibilité que de rougir sous le coup de l'émotion. Il n'est jamais agréable de se faire prendre en faute.
- Nous nous somme rencontrés alors que je travaillais pour Olaf Thorsthon, c'est cela ? s'enquit Hermione pleine d'espoir.
L'historien admit la conclusion de son interlocutrice mais fit revenir la conversation sur son point de départ. Il voulait avant toute chose savoir ce qu'elle avait gardé de souvenirs de son passé. Le fait qu'Albert connaisse son vrai nom mettait Hermione en confiance et globalement, elle n'avait rien à perdre à se raconter.
Sur l'invitation d'Albert, ils se rendirent jusqu'à la "Tête de Sanglier". Le bar miteux et mal fréquenté de Pré-au-lard était, comme à son habitude, pratiquement vide de clientèle. Cette particularité avait motivé Hermione à y organiser la réunion de fondation de l'Armée de Dumbledore. Le lointain souvenir lui revint en mémoire au moment où ils s'installaient. La jeune fille se souvint dès lors qu'ils avaient été trahis par un individu les espionnant ce jour-là. Sa confiance dans l'intimité du troquet était donc passablement entamée, et elle en fit naturellement part à son compagnon. Amusé, l'historien héla le barman pour qu'il serve des boissons fraiches dans des verres vraiment propres.
L'homme leva la tête de son comptoir pour dévisager Albert et lui assener que ses boissons sont toujours fraiches et servies dans des contenants propres. Le barman déposa son torchon crasseux et le verre qu'il tentait d'essuyer avec. Se penchant vers la jeune fille, l'historien lui assura que leur conversation n'aurait pas d'espions. Distraitement, il lança un sort d'assurdatio. Un sortilège qu'Harry affectionnait particulièrement après qu'il eut découvert le manuel de potion du prince de sang-mêlé. Ainsi, toutes les personnes qui s'approcheraient des deux anciens alliés ne pourraient distinguer clairement le contenu de leur conversation. Poliment, Hermione fit remarquer l'excellence de l'idée. Albert s'en amusa beaucoup et lui annonça qu'une vieille amie lui avait appris ce tour à l'époque. Quoi que la formulation laissa à désirer, Hermione pris le compliment pour elle. Ils se connaissaient assez pour qu'elle lui apprenne des sortilèges utiles entre amis. Cette constatation la rassura bien plus que tout ce qu'il avait tenté de lui expliquer.
Sans rechigner davantage, Hermione raconta toute son histoire. Du moins, elle tenta de reconstituer ce qu'elle savait de son propre passé. Il semblait qu'elle ait utilisé un retourneur de temps pour revenir à l'année 1980 pour protéger Sirius Black de l'incarcération. Ensuite, elle aurait erré en Irlande plusieurs mois avant de rencontrer Olaf Thorsthon qui lui avait manifestement appris quantité de choses en arts magiques. Puis, Merlin savait pourquoi, elle était passée en France où elle avait croisé Adeline Renard et sa famille. Enfin, elle était revenue dans son époque. Tant de chose avaient changées qu'elle s'était retrouvée perdue. Faute de pouvoir reprendre sa place naturelle, Hermione avait échoué chez Sirius qui avait eu la gentillesse de l'accepter.
Pendant toute son explication, Albert était demeuré silencieux, analysant chaque détail et la possibilité qu'il avait de remettre les éléments dans le bon ordre sans pour autant perturber démesurément la jeune fille. Après un long silence entrecoupé des aboiements avinés des quelques consommateurs de l'établissement, Albert reprit la parole. Il expliqua doucement des éléments un peu délicats. Il commença par lui annoncer qu'elle n'avait pas employé un retourneur de temps.
- Ces petites machines-là sont trop fragiles. fit-il. Il faut un orbe céleste pour réussir à revenir 15 ans en arrière. Il laissa un blanc dont la jeune fille profita.
- Ce n'est pas de la magie noire ce genre de choses ? s'étonna-t-elle. Elle doutait d'avoir eut l'outrecuidance de tenter une expérience de ce genre. Pourtant, elle savait qu'Albert n'aurait pas menti. Qu'avait-il à y gagner ?
- Non seulement c'est de la magie noire, mais en plus, c'est extrêmement dangereux. Il inspira fort avant de finir sa diatribe. Tu aurais dû en mourir. Hermione se figea.
La jeune fille avait bien pris la mesure des risques qu'elle avait pris à perturber le passé. D'ailleurs elle en payait un prix très élevé. Cependant, Hermione n'imaginait pas qu'elle eut pu ne pas s'en sortir du tout. L'éventualité de leur propre disparition n'atteint jamais les jeunes gens, encore moins lorsqu'ils ont vingt ans. Néanmoins, Hermione avait vécu assez d'événements douloureux pour savoir que la mort n'est pas un vain concept et qu'elle touche indifféremment les individus. Voyant son amie pâlir, Albert lui tendit un verre d'un alcool un peu fort. Sans réfléchir, Hermione posa le verre contre ses lèvres et avala une grande gorgée d'un liquide ambré qui sembla lui déchirer la gorge. L'effet fut immédiat, elle retrouva des couleurs et de la voix. Hermione incendia copieusement son ami pour ne l'avoir pas prévenue. Albert se contenta de sourire.
Après cet interlude, l'historien reprit son œuvre de reconstruction des souvenirs de son amie. Il expliqua qu'elle devait avoir été très maline pour déjouer le piège de l'Orbe. Finalement, les inconvénients étaient très limités. Quelle valeur accorder à une personnalité et des souvenirs contre le prix d'une vie ? Bien que pertinente, la question d'Albert ne remonta pas vraiment le moral d'Hermione. Á choisir, elle aurait aimé avoir les souvenirs au moins.
- Je l'ai simplement détruit. ironisa la jeune fille. Ce n'était pas très malin, bien au contraire. La scène défilait devant ses yeux. Elle revoyait l'ordre brillant de sa lumière laiteuse heurter les roches dures d'une forêt épaisse.
- C'était probablement la seule chose à faire. la rassura Albert.
Le mystère du désordre de sa vie venait d'être éclairé en quelques instants. Devant cette apparente aisance, Hermione ne pouvait s'empêcher de penser que Dumbledore aurait pu lui annoncer bien avant les détails de son aventure. Pour le moment, elle ne ressentait aucunes séquelles des récits de l'historien. D'ailleurs, elle l'invita à poursuivre. Le peu qu'elle connaissait à présent lui rendait espoir de retrouver tous ces souvenirs, par elle-même ou racontés, cela n'avait pas d'importance à ses yeux. Sans se faire prier d'avantage, Albert lui expliqua que le point de départ de sa quête était de protéger Harry du sorcier-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Que le reste des événements étaient venus par hasard. Qu'elle avait fait preuve d'une grande abnégation pour aider les autres. Ainsi, lorsqu'elle avait demandé de l'aide à Olaf Thorsthon, celui-ci avait commencé par la conduire auprès de son équipe. Rapidement, expliqua Albert, la jeune fille était devenue un pion parmi les autres. Le capitaine Thorsthon avait quantité de mission à remplir pour la sécurité du monde magique et avait peu de considérations pour ses agents. Il expliqua que malgré les difficultés et les entrainements, elle avait fait preuve de courage et de volonté. Sans cela, Hermione n'aurait pas pu arrêter Bellatrix Lestrange. D'un geste vif de la tête, la jeune fille indiqua qu'elle se souvenait de cette partie de son histoire. Elle pensait que cela avait eu lieu plus tard dans son odyssée. Une nouvelle fois, Albert dût détromper son amie. Sa rencontre avec Olaf Thorsthon avait eu lieu pratiquement immédiatement après son arrivée en 1980.
- Tu es arrivée chez-nous dès janvier 1981. Fit-il. Et encore, tu avais passé Noël en mer avec le capitaine. s'amusa-t-il. Il faut reconnaitre que tu as fait impression en arrivant.
- Le pauvre Sherman avait été remis en place par Rodrigue, et John cuvait déjà son vin. Du moins c'est ce que je croyais. s'amusa Hermione en riant allégrement, comme si ces souvenirs étaient naturels. Pourtant, l'instant précédent elle n'avait pas l'once d'une image de cette époque. En face d'elle, Albert détailla un peu plus la scène. Il en avait une bonne mémoire même s'il était alors un peu loin d'eux.
D'autres détails de son séjour à Heuton-Pagnell furent partagés agréablement pendant les minutes qui suivirent. Au bout d'un moment, Hermione avait le sentiment d'avoir revécu tous les événements, y compris l'arrivée de Molly Weasley et des enfants. Elle se souvenait enfin de Jack, l'homme gigantesque qui était intervenu lors de son procès. Inquiète, elle dévisagea Albert qui l'interrogea sur son silence soudain.
- Je crois que Jack était amoureux de moi. murmura-t-elle enfin très ennuyée. Sa déclaration reçu un éclat de rire cristallin pour unique réponse.
- Crois-tu ? Le pauvre homme était dingue de toi. reprit-il enfin. D'ailleurs, je te déconseillerais de le croiser seule. Hermione fit semblant de ne pas comprendre. Il l'est encore. acheva-t-il avec un clin d'œil appuyé.
- C'était bien le seul ? s'enquit la jeune fille.
- Si tu penses à moi. ironisa Albert. Je tiens à conserver mon jardin secret.
Il refusa de répondre à la question d'Hermione, considérant que cela ne la regardait pas. Par ailleurs, si Hermione le voulait vraiment, elle pourrait trouver toute seule la réponse adéquate. Il souriait encore de sa réplique en portant son verre aux lèvres. De son côté, Hermione le regardait dubitative. Ils revinrent sans s'attarder sur l'arrestation de Lestrange, la jeune fille raconta rapidement son échange avec Roger Spencer dans la salle sur demande. L'historien fut très intéressé par les potentialités du système et invita la jeune fille à renouveler l'expérience si elle en avait l'occasion. Ses souvenirs reviendraient probablement plus vite de cette manière. Se tassant sur sa chaise, Hermione convint de l'intérêt de la chose mais insista sur le fait que cette méthode était particulièrement éprouvante pour les nerfs.
Ce sujet étant épuisé, Hermione chercha à faire parler l'historien sur les événements qui suivirent. Sans retenues apparentes, Albert raconta les semaines de navigation qui les avaient conduits en Islande pour détruire l'horcruxe d'Olaf Thorsthon. L'information laissa Hermione pantoise. Il était, pour elle, inconcevable qu'un autre sorcier ait jamais eu le courage de procéder à de telles manipulations. Pourtant, elle ne pouvait mettre en doute les souvenirs de son interlocuteur. Le fait qu'il sache parler de ces objets d'une magie des plus noires montrait qu'il ne trichait pas.
- C'est à ce moment que tu m'as demandé de chercher les cachettes des horcruxes. coupa Albert en la regardant droit dans les yeux. Hermione savait qu'il avait effectué ces recherches, Dumbledore le lui avait signalé. Cependant, elle ignorait qu'il l'avait fait à sa demande. Hermione ne put s'empêcher de pester contre le directeur de l'école. Albert laissa faire, il partageait manifestement les mêmes restrictions à l'égard du personnage.
- Et tu les as trouvés ? s'enquit enfin la jeune fille.
D'un geste naturel, Albert se moqua de la question et de son instigatrice. Avec un mouvement démesurément ample, il sorti une fiche bristol de la poche intérieur de sa cape de voyage. Griffonnés dessus se trouvait la liste des horcruxes que la jeune fille lui avait indiqué exister. La plupart étaient rayés. Il ne restait que le médaillon, la coupe et le diadème. Posant un doigt sur la fiche, Hermione signala qu'il pouvait barrer le médaillon. Avec Dumbledore, ils avaient pris la peine de le détruire.
- Je pense que l'un des horcruxes est caché dans le coffre des Lestrange. commença Albert. Bellatrix s'y est rendu quelques jours après la disparition de son maitre pour y déposer un objet.
Hermione fut subjuguée par les informations et se demanda par quels moyens l'historien avait pu les trouver. Bien évidemment, elle n'eut pas l'impertinence de demander. De plus, elle avait la certitude qu'il disait vrai. Lorsqu'elle était descendue avec Sirius et Bill Weasley, elle avait ressenti la présence de l'objet.
- Est-il normal que je puisse avoir conscience de la présence de l'âme de Jedusor ? interrogea-t-elle soudain. Albert garda la bouche entre-ouverte un instant. La question sembla déstabiliser son interlocuteur.
- Cela doit-être une conséquence de votre affrontement. grimaça-t-il finalement.
La jeune fille douta d'avoir eu un bon réflexe. Elle craignait à présent que son ami ne s'inquiète de sa santé mentale et de la possibilité d'un contrôle de Jedusor sur elle. Puis, elle repensa à sa réponse. Elle n'avait jamais évoqué le combat avec Voldemort et elle se demanda comment il pouvait le savoir. Sans aucune hésitation, il lui indiqua que la présence de la jeune fille dans cette époque était la preuve qu'elle avait réussi sa mission. Qui plus est, il était passé en Albanie après elle. Il avait trouvé Nagini seul et sans véritables défenses. Par conséquent, il en avait déduit qu'elle avait détruit Voldemort. Souriante, Hermione raconta le souvenir qu'elle avait déjà donné à Harry. Elle sourit encore un peu plus en expliquant qu'elle avait alors cru qu'elle transmettait le souvenir de sa mère et non le sien. Quoi que l'hilarité de la jeune fille soit communicative, Albert ne rit guère. Á ses yeux, cette absence de souvenir n'était pas amusante du tout.
Pour ne pas insister sur ces angoisses personnelles, Albert ramena la conversation sur la question essentielle des horcruxes. Ils venaient de s'accorder sur le fait que l'un d'eux se trouvait à Gringott's, ce qui posait de graves problèmes techniques. L'autre horcruxe se trouvant probablement chez les Lestrange eux-mêmes ou peut-être à Poudlard. Malgré les recherches d'Albert, les incertitudes demeuraient. Pour lui, il y avait une possibilité que Voldemort ait profité de son unique passage à Poudlard vingt ans auparavant pour dissimuler l'objet.
- Il n'est pas resté longtemps, mais trop pour un simple aller-retour chez Dumbledore. affirma Albert.
- Donc il savait exactement où il déposerait son horcruxe. continua Hermione.
- Je pense que la chambre des secrets est une bonne cliente. confirma-t-il.
- Non. coupa la jeune fille. C'eut été trop long, et dangereux. Nous y sommes passés.
- Cacher deux horcruxes dans le même univers n'aurait pas été brillant. reconnu l'historien.
- Et nous savons tous les deux que Jedusor a beaucoup de faiblesse, mais pas celle d'être un imbécile. La réplique de la jeune fille fit grimacer son ami.
Il s'inclinait, elle avait très certainement raison. Ce constat édicté, il y avait une nouvelle difficulté. Trouver la bonne cachette. De son côté, Hermione était plus confiante. Elle résidait dans l'école et il semblait qu'elle puisse sentir la proximité des objets magiques ensorcelés par Jedusor. Avec l'aide de la carte des maraudeurs, la jeune fille pourrait visiter tout le château au cours des prochaines semaines. Elle s'empressa d'expliquer la teneur de son plan à l'historien qui opina. Il n'avait rien d'autre à proposer étant lui-même extérieur à l'école. Pour le coup, Hermione pensa que le choix de retourner à Poudlard insufflé par Sirius était une très bonne idée. Elle se promit de féliciter son père dès en rentrant.
Les deux amis restèrent encore un moment à parler. Albert avait fini par avouer à Hermione que son passage en Irlande avait laissé quelques traces. Dont le cottage qu'elle avait occupé avec Sirius lors d'un séjour de villégiature. Depuis, la jeune fille recevait une trentaine de hiboux par semaine faisant état de la situation, demandant son intervention ou la remerciant de l'attention portée aux petits conflits entre voisins. L'historien reçu la description avec une mine taquine, de celles qui veulent signifier "je te l'avais bien dit". Cette partie de l'histoire échappait à la jeune fille mais elle présentait qu'elle avait dû crânement affirmer qu'elle ne serait jamais une lady. Les faits démontraient qu'elle assumait ces fonctions, de bon gré qui plus était.
- Tu n'es plus un bleu(3). lança finalement Albert. Si tu pense trouver, je ne crois pas que ma présence à Pré-au-lard soit encore nécessaire. Hermione dévisagea son ami. Qu'il lui signale ainsi qu'ils ne se reverraient pas avant un moment était un peu cavalier.
- J'ai besoin de toi pour finir de tout me raconter. s'exclama-t-elle.
- C'est trop tard pour aujourd'hui déjà. sourit-il. Il indiqua la porte d'un geste rapide de la tête.
La jeune Ginny Weasley venait de pousser l'huis et paraissait satisfaite de reconnaitre son amie assise à l'une des tables crasseuses de la « Tête de Sanglier ». La tranquillité était définitivement enterrée. En quelques pas chaloupés, la rouquine vint s'installer aux côtés d'Hermione et serra la main de l'homme qu'elle ne connaissait pas. Albert se présenta sans tergiverser.
- Je suis un ami de longue date de la famille Black. précisa-t-il devant l'étonnement de Ginny qui ne comprenait guère le sens de l'expression « vieil ami » autrement que par l'âge de l'intéressé.
- Nous ne nous étions pas vu depuis au moins 15 ans. ricana Hermione. Albert vira au cramoisi, l'allusion ne le faisait absolument pas rire. Comme il l'avait prédit à l'époque, il avait vieilli. Même s'il était encore bien conservé pour un quadragénaire, il n'avait plus l'énergie de ses vingt-ans.
Étrangement, Ginny n'insista pas pour qu'elles retournent auprès des autres membres de leur groupe. Aucun de leurs amis, Ron, Emma, Neville, Harry ou même Dean ne fut cité par la demoiselle. Hermione senti qu'il y avait eu quelques difficultés mais n'osa pas en parler en présence d'Albert. Par politesse envers la rouquine essentiellement. Au bout d'un moment, ce fut l'historien qui attaqua le problème de front.
- Dites-moi si je me trompe. coupa-t-il. Votre petit-ami n'est plus aussi charmant. Ginny sembla se décomposer. Elle balbutia quelques mots avant de fondre en larmes. Hermione se sentit obligée d'intervenir.
- Al'. Je ne crois pas que Dean soit à ton goût. s'exclama-t-elle. C'est inutile d'être désagréable.
Sans réfléchir, comme c'était chaque fois le cas, Hermione avait fait appel à ses souvenirs qui étaient revenus docilement. Albert riait franchement. Que son amie ait enfin compris ce détail montrait clairement que sa mémoire n'était pas effacée ou occultée par magie. Il s'en était largement ouvert à Dumbledore. Á son avis, c'était la jeune Hermione elle-même qui empêchait ses souvenirs de remonter au niveau de conscience nécessaire. Il était trop lourd pour sa psyché d'accepter toute la pression qui pesait sur ses épaules. Ceci dit, il comprenait aussi qu'il n'avait pas été spécialement délicat dans ses manières. Il entreprit de s'excuser auprès de Ginny. Il fallut de la patience et du temps pour rendre à la rouquine un sourire digne de ce nom. Les souvenirs des anecdotes amoureuses d'Albert racontés par l'intéressé et Hermione avaient l'effet d'un baume apaisant sur le cœur meurtri de la cadette des Weasley. D'après ce qu'ils comprirent, Ginny et Dean s'étaient une nouvelle fois emportés l'un contre l'autre. Le jeune homme reprochait à son amie de trop ouvertement soutenir les idées de Harry alors qu'il avait été si longtemps le mauvais garçon de Griffondor. Manquant de tact, elle l'avait en réponse traité de lâche.
- Ce n'est pas très sympathique. reconnu Albert.
- Je dirais plutôt que c'est méchant. murmura Hermione avant de se reprendre. Elle devait soutenir son amie, pas l'enfoncer un peu plus encore.
- Il l'a mérité. scanda Ginny entre deux sanglots.
- Maintenant, il va falloir changer d'homme. intervint l'historien goguenard, comme s'il se préparait à chasser. Je ne vois pas d'autre solution. Les deux jeunes filles le dévisagèrent un moment avant de pouffer de rire devant la mine réjouit de leur interlocuteur.
Considérant que certains avaient encore besoin de sa présence, Albert accepta de rester encore quelques semaines à Pré-au-lard. Ainsi, les deux jeunes filles pourraient venir le voir les prochains jours de sortie. Ils iraient en chasse tous les trois ensembles avait conclu Ginny qui se remettait finalement assez bien de sa mauvaise journée. Ils quittèrent le bar enchantés de s'être trouvés et s'embrassèrent copieusement sur le pas de la porte. Bien qu'il ait affirmé rester, l'historien avait malgré tout une quantité conséquente de travail à faire tout autour du pays.
- Je dois achever de répertorier tous les sites antiques. fit-il fièrement.
Dubitatives, les deux jeunes filles le félicitèrent et prirent le chemin des "Trois balais" pour voir où en étaient leurs amis de leur réunion préparatoire à la constitution d'un groupe illégal d'entrainement. L'historien transplana rapidement alors qu'elles s'éloignaient. Quand elles arrivèrent devant l'auberge leurs amis sortaient. Devant la mine réjouie d'Emma, Hermione en déduisit que l'assemblée avait porté ses fruits et que la liste devait être conséquente. L'irlandaise grimaça en pensant à tous ces élèves à qui elle devrait enseigner les bases du combat magique. Non pas qu'elle trouva cela inutile ou sans intérêt, mais parce que cela signifiait qu'elle préparerait des bleus pour le combat. Certainement le plus dur de leur vie.
1 Queen, Innuendo.
2 C'est un hasard, juré.
3 A Rookie.
