Bonjour à tous, voici le chapitre suivant qui dévoile le reste de la terrible histoire de Mokou. J'espère qu'il vous plaira et j'aimerais savoir ce que vous en avez pensé ... honnêtement.

Disclaimer : Touhou Project appartient à ZUN.


Chapitre 6 : La haine ne meurt jamais.

A mesure qu'elle ressassait ses douloureux souvenirs, Mokou laissait les larmes couler à flots sur ses joues rougies. Après avoir abattu un homme par derrière, elle s'était jadis emparée de l'élixir accordant l'immortalité. Dès qu'elle avait porté le liquide à sa bouche, le goût sucré et succulent avait eu raison des résistances de la jeune fille à boire quelque chose d'inconnu. Après avoir fini la dernière goutte, la suite des événements était moins présente dans son esprit. Ses souvenirs se faisaient alors plus flous et plus segmentés, comme si une brume occulte les recouvrait.

Mokou revoyait vaguement son corps zigzaguer sur le sentier de terre battue, avant qu'elle ne finisse par s'effondre dans un fossé, à moitié sciée par la douleur qui comprimait ses viscères. Elle avait ressentie la douleur, comme si de l'acide surgissait de chacune de ses pores. Tétanisée, les muscles de la mâchoire crispés, elle n'arrivait plus à faire un geste, alors qu'elle gémissait à l'agonie dans le caniveau. Après, elle ne se souvenait plus de rien, jusqu'à son réveil.

- Quand je me suis réveillée, poursuit-elle avec un léger sourire, j'étais chez un jeune garçon. Il a été tellement gentil avec moi, il est devenu comme un frère pour moi. Grâce à lui, j'ai pu lentement oublier mon passé et je voulais sincèrement refaire ma vie à ses côtés. J'étais même prête à t'oublier, à effacer ma haine contre toi … car je vivais en paix.

Le phénix sourit naïvement au ciel, se remémorant les jours heureux de sa vie. Rapidement, une profonde tristesse ternit son regard pétillant, alors que le sourire sur ses fines lèvres disparaissait.

- Je vivais en paix … enfin je le croyais naïvement. Aujourd'hui, j'ai oublié beaucoup de cet homme … jusqu'à son propre nom. A cause de la malédiction de l'élixir d'Hourai, je ne vieillissais pas, je ne subissait pas les affres du temps. Je l'ai vu grandir à mes côtés, murir, vieillir et puis mourir, alors que je n'avais pas pris un seul jour. Le temps s'est arrêté pour moi et après sa mort, j'ai du fuir, chassée de nouveau à cause des autres villageois. Une humaine qui ne vieillit pas, une personne qui reste jeune pour l'éternité, c'est un phénomène diabolique et monstrueux. Alors les autres habitants du village ont eu peur. Ils ont chassé le monstre, celle qu'ils appelaient la sorcière et j'ai du reprendre la route.

Avec ironie, Mokou pense que ces gens l'ont chassée comme une malpropre, alors qu'ils auraient eux-mêmes sauté sur l'élixir s'ils en avaient eu l'occasion. En fin de compte, les humains étaient tous pareils et elle n'avait plus sa place parmi eux.

- Depuis ce jour, continua t-elle d'une voix tremblante, j'ai erré sur les routes. Contrairement à vous qui êtes immortelles ensemble et par choix, j'étais seule et sans but. Je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas pourquoi je continuais à avancer et j'ai finalement essayé de me suicider. Parfois, je me dis que j'aurais du le faire avant, lorsque je n'avais pas encore été maudite. Pour ma plus grande horreur, j'ai vu que malgré la lame de mon katana fichée dans le cœur, je ne pouvais pas mourir. Je peux vous assurer que j'ai tout tenter, absolument toutes les mutilations, jusqu'à me lancer dans le cratère d'un volcan.

En repensant à ce moment, Mokou se souvient qu'elle avait pu donner une nouvelle définition au mot douleur. Même au milieu de la lave en fusion, elle n'avait pas eu la chance de pouvoir mourir. Chaque fois que son corps était attaqué par le magma bouillonnant, la malédiction de l'élixir d'Hourai la poursuivait. Son corps était affranchi des limites de la mort et de la destruction. Chaque dommage était immédiatement réparé et elle brûla sans cesse, longuement immolée pendant plus d'un mois. Un mois entier à être incinérée, à hurler de douleur à chaque seconde, sans espoir de s'en sortir, finissant par supplier qu'on l'achève. Mokou espérait presque pouvoir perdre la raison, afin d'arrêter sa souffrance.

- C'est à ce moment que j'ai obtenu mes pouvoirs. J'ignore ce qui s'est passé exactement, mais mon âme a comme fusionné avec les éléments m'entourant, m'offrant ces pouvoirs incomparables. Je suis devenue le phénix immortel, la maîtresse des flammes. Après ça, j'ai continué ma route pendant des siècles, seule, sans personne pour marcher avec moi.

L'immortelle releva le visage vers celui de la princesse qui tente de rester impassible, mais dont les pupilles essayaient de fuir le regard pénétrant de Mokou. Kaguya espérait échapper à ces orbes écarlates, qui la scrutaient avec une fixité effroyable.

- Est-ce que tu sais pourquoi j'ai du vivre toute seule ? interrogea la fille en salopette rouge et aux yeux éreintés.

Face au visage boursouflé par les larmes et dont le rouge des iris est désormais impossible à distinguer des vaisseaux sanguins dilatés sur le blanc, l'infirmière est totalement malade, ne sachant pas si elle devait prendre le phénix en pitié. Kaguya détourne légèrement le regard, n'ayant aucune idée de la réponse qu'elle devait apporter. Elle même ne sait pas si elle aurait pu supporter tout ça. Après quelques instants de silence gênant, Mokou reprit le cours de sa tirade.

- Je vais te le dire. C'est parce que j'ai beau être un monstre, j'ai beau être une abomination, je ne veux pas qu'une autre personne ne souffre pour m'avoir côtoyée. En plus, je ne veux pas revivre la mort de la personne que j'ai aimée et avec qui j'ai partagé une partie de mon existence. Alors j'ai continué à voyager dans le pays … mais je ne suis pas devenue un débris amorphe, gronda t-elle avec rage. Il y avait une chose qui m'a maintenue en vie. La seule chose qui me poussait à me lever chaque nouveau jour, la seule lumière que j'avais, c'était toi !

En finissant sa phrase, Mokou pointa du doigt la princesse de la lune qui commençait à reculer, vraisemblablement inquiète d'une éventuelle pulsion de colère de son ennemie. Visiblement, la rage et la souffrance que l'immortelle éprouvait et subissait ne semblait pas avoir beaucoup de conséquences sur Kaguya. Celle ci conservait son habituel petit sourire, signifiant clairement qu'elle ne se souciait que de sa confortable vie dorée.

- La seule chose que je désire, souffla Mokou, c'est des excuses. Chaque jour, je me bats pour que tu me demandes pardon. C'est tout ce que je désire. Je veux t'entendre demander ma clémence, je veux que tu t'excuses d'avoir détruit ma famille et de m'avoir condamnée à la vie !

- Jamais, rétorqua Kaguya avec détermination. Je ne suis pas responsable.

Mokou recula sous la surprise, avant de froncer les sourcils de colère. Ses articulations blanchirent, alors que ses dents crissaient. Si la garce ne donnait pas plus de détails d'ici quelques secondes, elle allait devoir en payer le prix, peu importe la présence d'Eirin qui avait son arc à portée de main.

- Je n'y suis pour rien. Ca ne me concerne pas, rétorqua la princesse aux cheveux noirs, puisque ce n'est pas ma faute. Ton père n'était qu'un crétin sans cervelle, à peine guidé par ce qu'il avait entre les jambes ! Le fait qu'il ne te désire pas n'était pas ma faute ! aboya t-elle, je n'étais même pas au courant de ton existence. Il a choisi de se suicider pour un concept désuet, de la même façon que ta mère t'a abandonnée et que ton oncle t'a chassé, obéissants à des règles archaïques.

L'égoïsme de Kaguya atteignait des sommets, puisque jamais elle ne reconnaîtrait ses erreurs. Alors imaginer qu'elle fasse preuve de compassion et qu'elle reconnaisse qu'elle était partiellement impliqué dans le processus ayant brisé une vie, c'était espérer un miracle.

- Je n'ai pas l'intention de m'excuser, renchérit la princesse avec fermeté, je n'ai rien à voir dans ta déchéance. Tu as été faible, tu n'as été qu'une putain et qu'une lâche. Tu as fui, tu as osé te décharger de ton fardeau en me calomniant et tu as souillé l'élixir d'Hourai, un trésor que j'avais offert à l'empereur.

Kaguya a continué son monologue, déchargeant sa faute sur l'immortelle qui sentait son sang bouillir, tandis que la colère menaçait d'éclater à chaque instant. Sa Spell Card ultime, Hourai, Fujiyama Volcano (Hourai, le volcan Fujiyama) la démangeait. Elle aurait bien aimé pouvoir déchaîner le feu interne de la terre contre Kaguya, au risque de tout incinérer autour d'elle et de brûler toute vie sur des kilomètres. A cet instant, sa haine était presque infinie, au point qu'elle aurait presque voulu faire souffrir le monde entier.

- Tu n'as personne au monde qui veut de toi, asséna l'égoïste princesse, tu es condamnée à être seule à cause de ta lâcheté. Même Keine ne reste avec toi que par pitié, siffla t-elle perfidement pour enfoncer davantage son interlocutrice tant méprisée.

A la mention du nom de l'historienne du village, la haine devient trop forte. Kaguya peut dire ce qu'elle veut sur Mokou. Elle peut la traiter de tous les noms, lui asséner les pires injures, sa rivale s'en fiche. Mais oser s'en prendre à son amie Keine, c'est un coup bas et déloyal. Mokou sait que c'est vexant de se voir critiquée pour ce qu'on est et c'est insultant de voir ses défauts rejetés en pleine face. Mais plus grave, pour l'immortelle aux cheveux d'acier, c'est ignoble de voir son amitié niée et c'est insupportable de voir critiquée la personne qu'elle aime.

Tandis que Kaguya savourait l'expression qu'elle fait naître sur le visage de son ennemie, une splendide combinaison de douleur et de rage obtenue encore plus facilement que lors du dernier combat ou elle avait arraché les tripes de l'immortelle à mains nues, Eirin recula. L'infirmière avait déjà assisté à ces combats proches de la boucherie, mais elle n'avait jamais vue Mokou aussi furieuse, ni même sa princesse aussi détestable.

-Ta gueule ! vociféra Mokou, je t'interdis de parler d'elle !

Kaguya ne vit pas le coup venir. Les stupéfiants réflexes de Mokou avaient toujours le dessus en début de combat, parce que la Lunarienne jouait la carte de l'endurance. Le coup de pied décroché par le phénix avait fait mouche, frappant sa Némésis en pleine mâchoire. Sous la force du coup, l'os se brisa, plusieurs dents se déchaussèrent et la brune fit un vol plané en direction d'un des meubles. Kaguya atterrit dans un fracas indescriptible, sa chute ayant au passage détruit un coffret finement ciselé ainsi que le vase d'une grande valeur historique posé dessus.

Eirin posa sa main sur l'épaule de Mokou, espérant la dissuader de poursuivre les hostilités, malgré la fureur qui déformait les traits de l'invincible femme aux cheveux d'argent. Pourtant, la rage affichée par le visage enragé se transforma en surprise lorsqu'un rire émergea des décombres. Kaguya riait, ne se souciant plus des blessures qui avaient presque toutes disparues. Elle pouvait se régénérer sans cesse puisque, à l'inverse de Mokou, elle avait bu l'élixir en toute connaissance de cause.

- Notre lutte ne finira jamais Mokou, tu m'entends ? Jamais ! glapit-elle avec une joie mauvaise.

Le ricanement de Kaguya résonna dans l'esprit de Mokou, faisant bouillir l'immortelle et lui martelant les tympans. La jeune femme savait désormais ce que ça faisait de se dire que c'est votre pire ennemi qui a raison. La haine, c'est comme un brasier qui la ronge de l'intérieur. Quand elle voit la personne haïe, quand elle pense à Kaguya, le feu se réveille et elle ne voit plus qu'elle. Chaque jour, elle rêve de se jeter sur cette personne, de la faire souffrir, de faire couler son sang, de lui arracher des hurlements de souffrance pour purger sa propre âme. Ça l'obsède, elle y pense constamment, ça lui pourrit la vie.

A chaque occasion de lui faire du mal, Mokou le fait, cherchant le bon mot, le geste, le coup pour blesser la princesse lunaire. Lorsqu'elle réussit à toucher sa cible, que le visage de la brune affiche une petite pointe de douleur, le phénix en tremble de plaisir, un rire hystérique lui monte à la gorge. C'est le plus violent, le plus délectable et le plus recherché de tous les orgasmes.

Mais d'un autre côté, l'être haï se mue en une obsession. Elle regarde toujours dans sa direction, Mokou est comme attirée vers Kaguya, la cherchant constamment des yeux et quand elle n'est pas devant sa cible, Mokou ne cesse de penser à elle. Elle veut toujours savoir ce que Kaguya fait et où elle est. C'est une obsession qui l'empêche de vivre, mais qui ne lui permet pas de mourir, tant que la garce lunaire ne sera pas détruite. En réalité, la vie de Mokou est entièrement tourné vers son ennemie, toujours focalisée sur cette chienne qui l'obsède et qui finit par être son unique centre d'intérêt, éclipsant tous les autres.

Cette brûlure, c'est la haine.

Mokou essaya de se calmer face à la réaction virulente de Kaguya, mais son effort ne récolta qu'un nouveau commentaire sarcastique. Dépitée et blasée par le fait que jamais son ennemie ne s'excuserait, l'immortelle tourna les talons et préféra quitter la demeure, avant de s'énerver encore.

-Eirin, dit elle en s'inclinant, merci de ta prévenance et prends bien soin de la patiente. Kaguya, au déplaisir de te revoir pour écraser ta sale gueule de salope contre un rocher.

Tandis que Mokou descendait les marches de bois et s'éloignait de la maison, elle fut soudainement apostrophée par Kaguya. Cette fois-ci, la brune n'avait glissé aucune intonation malveillante et aucun commentaire sarcastique dans sa phrase. Mokou se retourna et vit la princesse afficher un air gêné, ce qui n'était sûrement pas du au fait qu'elle était engoncée dans plusieurs kimonos.

-Je voudrais te faire une proposition, hasarda t-elle maladroitement et récupérant toute l'attention de son ennemie. Je voudrais que nous fassions une trêve.

Pour Mokou, le mot sembla aussi dur qu'une centaine de gifles en plein visage.

-Une trêve ? balbutia l'immortelle, comme si elle cherchait à assimiler l'information. Une trêve ? répéta t-elle, incrédule face à l'insultante proposition de la princesse.

-Oui, une trêve, affirma Kaguya avec une supériorité exaspérante clairement lisible sur ses traits.

Pour toute réponse, Mokou cracha au visage de son ennemie.

-Voilà ce que je pense de ta trêve, répliqua t-elle avec hargne. Je ne serais jamais en paix tant que tu ne te seras pas excusée.

Kaguya était mortifiée. Un fin filet de salive coulait de son front pour finir sur sa joue. Masquant sa colère d'avoir été aussi humiliée et injuriée, elle s'essuya calmement le visage d'un revers de manche et regarda son ennemie repartir dans la forêt de bambous, laissant de temps à autre une rafale de flammes illuminer les cieux azurés, éclairant l'horizon d'une traînée rougeoyante.