La journaliste irlandaise n'avait pas menti. Á partir du 20 novembre de petits articles commencèrent à mettre en doute les prétendues révélation de Rita Skeeter. Depuis cinq ou six journaux des voix discordantes estimaient que la « Gazette du Sorcier » faisait fausse route en ce qui concernait Harry Potter et ses amis. Hermione savait qu'en réalité il n'y avait qu'un seul auteur pour toutes ses publications. Mais le point du nombre faisait vaciller les certitudes de certains, y compris parmi les élèves de Poudlard.
Pendant que la situation extérieure redevenait un peu plus favorable à Hermione et à Harry, les entrainements se poursuivaient avec un rythme soutenu. Une trentaine d'élèves venait pratiquement tous les deux jours pour apprendre et pratiquer des sorts de combats qui ne seraient pas enseignés à l'école en raison de l'interdiction du ministère. Á chaque séance Remus et Adeline prenaient le risque de se faire renvoyer. Mais il semblait que l'ensemble du corps enseignant ait décidé de les soutenir discrètement.
Sans qu'elle s'en rende compte, Hermione prenait régulièrement les rênes de la séance. Ce que les professeurs abordaient par la théorie, elle avait souvent eut l'occasion de le pratiquer. Néanmoins, Hermione conservait pour elle les sortilèges les plus offensifs, et donc potentiellement les plus dangereux. Surtout, avec ces entrainements naissait une forte cohésion de groupe qui dépassait les cadres habituels des maisons qui séparaient les élèves de l'école.
Un soir alors que les élèves commençaient à regagner leurs salles communes, la plupart épuisés des efforts consentis, le professeur Mac Gonnagal se dirigea droit sur les derniers qui sortaient de la salle sur demande. Elle informa Hermione que le directeur souhaitait la recevoir au plus vite dans son bureau. La jeune fille ne prit pas la peine de signifier à ses amis qu'elle leur raconterait tout à son retour. Elle avait déjà parcouru la moitié du couloir quand Neville la rattrapa. Lui aussi était convoqué. La jeune irlandaise était surprise de ce fait. En général, c'est avec Harry que Dumbledore la recevait. Cependant, Neville était tout autant concerné qu'Harry par la prophétie et il était normal que le directeur le tienne informé de ce qu'il risquait à son tour. Pour une fois, Hermione eut le temps de discuter avec le jeune homme. Elle découvrit qu'il avait fait d'importants progrès en botanique et en défense contre les forces du mal, et un peu en potion. La jeune fille remarqua surtout qu'il avait pris de l'assurance et qu'il avait nettement plus confiance en lui. Cela satisfaisait Hermione qui trouvait dommage que Neville soit toujours un peu en retrait, exclu.
Le trajet n'était pas long cependant et ils arrivèrent rapidement devant la gargouille qui barrait le passage menant au bureau de Dumbledore. D'un geste galant, le jeune homme laissa Hermione passer la première dans les marches. Ce n'est qu'une fois parvenue au sommet qu'elle réalisa ce que son geste avait d'inconvenant. Elle se tourna furieuse vers Neville qui bredouilla qu'il n'avait pas l'intention de profiter de la situation. Compte-tenu de la teinte cramoisie de ses oreilles, elle accepta les prétendues excuses. Néanmoins, elle le fit passer devant et c'est lui qui frappa à la porte du directeur.
Le passage s'ouvrit brusquement et laissa apparaitre le professeur Rogue. Il les invita à entrer. Comme tous les élèves, Hermione savait qu'il serait le prochain directeur, compte-tenu de l'état de santé de Dumbledore, sa présence n'était rien d'autre que naturelle. Ce qui n'empêchait pas qu'elle surprenne. Un peu mal à l'aise, Neville demanda où se trouvait le directeur. De sa voix trainante, Rogue qui refermait la porte, indiqua qu'il se reposait en les attendant. Il leur intima de s'installer le temps qu'il aille prévenir de leur arrivée.
- Comment va-t-il ? intervint pourtant Hermione.
- Voulez-vous que je le dise, ou irez-vous le chercher dans mon esprit ? ricana Rogue.
- Si jamais j'entrais dans votre tête, je craindrais trop d'y trouver la présence de Tom.
- Tom ? s'étonna Severus sincèrement. Vous n'avez pas assez de déférence pour le seigneur des ténèbres petite fille. Grinça-t-il finalement.
- Je l'ai déjà vaincu. Je crois avoir mérité le droit de le nommer par son vrai nom. Trancha Hermione en passant à ses côtés.
La jeune irlandaise avait décidé de se passer de l'intervention de Severus. Elle irait voir Dumbledore là où il se trouvait. Globalement, elle en avait assez d'être considérée comme une vulgaire élève. La rébellion commençait, elle-même ignorait jusqu'où cela la conduirait. Déjà, Neville la regardait étrangement. L'affirmation qu'elle avait eue semblait l'émouvoir énormément. Mais le maitre des potions n'était pas aussi facilement impressionnable. Bien qu'il ne tentât pas de s'interposer, Neville préféra rester dans le bureau à attendre la venue du directeur en titre. C'est seule qu'Hermione se rendit dans la petite pièce qui servait de chambre à Dumbledore. Elle y retrouva un homme très affaiblit, étonnamment maigre. Il tenta de se redresser pour accueillir la nouvelle venue, mais ses forces n'étaient pas suffisantes pour lui permettre cette simple action. Hermione comprit que ses jours étaient à présents comptés. Mais contrairement à ce qui avait motivé son choix, la jeune fille n'éprouvait pas de rancœur ni de tristesse. Non pas qu'elle n'aima pas sincèrement le vieil homme, mais parce qu'elle avait plus clairement compris le sens de la vie.
- Je suis navré miss Granger. Souffla Albus d'une voix blanche. Je ne tiendrais plus assez longtemps pour que vous acheviez de vous préparer.
- Monsieur. Coupa Hermione. Je suis prête depuis longtemps. Et mes amis le seront sous peu. Même si je répugne à penser que la guerre franchisse les murs de cette école.
- Merlin vous entende mon enfant. Reprit Dumbledore.
- Je ne suis plus une enfant depuis un moment déjà. Coupa la jeune fille.
- Pardonnez-moi, je vous vois encore telle que vous étiez lorsqu'Olaf m'a confié la tâche d'achever votre préparation.
La mention du nom de son mentor stupéfia Hermione. Elle savait depuis toujours, ou presque, que les deux hommes avaient été liés. Néanmoins, elle ignorait qu'ils s'étaient entendus sur sa mission. Ainsi, même après la mort d'Olaf Thorsthon, on continuait de veiller sur elle et on s'arrangeait pour aplanir les difficultés. Tout cela sans la tenir informée évidemment. Ce dernier détail l'agaçait plus que le reste. Elle ne se priva pas de le faire remarquer, manquant d'ailleurs de charité pour les efforts d'un homme au seuil de son existence.
- Que vouliez-vous de nous ? s'enquit soudain Hermione un peu cassante.
- De vous, que vous continuiez d'aider vos amis. De monsieur Londubat. Il soupira. Des choses qui ne vous regardent nullement.
- Souhaitez-vous que je vous laisse ? reprit la jeune fille passablement vexée à présent d'être écartée. Pourtant, elle ne méritait pas d'autre traitement comme paiement de son insolence.
- Rappelez-vous. C'est Harry qui doit agir. Lui seul en a la capacité. Scanda-t-il visiblement épuisé.
L'entretien était manifestement terminé. Le vieil homme ne prit pas la peine de remercier Hermione, mais la manière qu'il eut de se détourner montrait qu'il n'y avait rien à ajouter. La jeune fille restait dubitative. Pourquoi la faire venir pour simplement lui dire cela ?
L'irlandaise ressortit de la pièce en se gardant de souhaiter une bonne nuit ou quoique soit d'autre au vieil homme. Elle craignait de commettre un impair de plus en parlant d'avantage. En repoussant la porte, elle aperçut un paquet reposant sur un chevet. Grossièrement ficelé, l'emballage de papier gris portait une étiquette à son nom. Lançant un regard au vieil homme, Hermione vit qu'il l'observait. Lorsque sa main se posa sur le paquet, il esquissa un sourire. Voila la raison de sa venue. Mais une nouvelle question se posait. Pourquoi ne pas lui signifier clairement ? Á moins qu'il ne voulait en faire le moins de publicité possible sur cet objet. La présence de Severus Rogue compliquait décidemment tout. Elle fourra le paquet dans le fond de sa poche en espérant qu'il ne se remarqua pas trop de l'extérieur. D'un geste, elle plissa sa robe et fut rassurée, aucun replis n'indiquait la présence d'un objet gros comme un belle orange.
En revenant dans le bureau, Hermione se concentra sur la galerie de portraits des anciens directeurs. Elle voulait ainsi biaiser sa réflexion et empêcher le professeur Rogue de percer ses dernières pensées. Une sage précaution qu'elle tentait de mettre en pratique durant chacun des cours du maitre des potions. Jusqu'à présent cela avait été suffisant. Cette fois-ci comme les autres. Avec son habituel ton dédaigneux, Rogue tenta de savoir ce qui s'était dit dans la chambre de Dumbledore. La jeune fille se contenta de répliquer que le directeur attendait à présent Neville. L'intéressé eut quelque peine à concevoir qu'il ait le droit, l'obligation même, de se rendre dans la partie privée des appartements du directeur. D'une ferme poussée dans son dos, Hermione lui signifia qu'il était plus que temps qu'il s'y rende. Il disparut à leur vue, visiblement encore un peu soucieux. Rogue et Hermione étaient maintenant seuls.
- Le jeune Londubat n'a pas la carrure pour cette mission. Cracha le professeur.
- Nous avons besoin de toute l'aide possible Severus.
Le professeur ne releva pas l'utilisation étonnante de son prénom. Il dévisagea cependant la jeune fille. Il doutait manifestement qu'elle sache de quoi il était question.
- Ni vous, ni Potter ne pouvez accomplir cette tâche. C'est la seule certitude que j'aie. Lança-t-il mauvais.
- Je ne sais pas pourquoi ce manque de confiance ne m'étonne pas. Railla Hermione.
Malgré une apparente bonne humeur et un détachement feint quant au sujet de la conversation, la jeune fille avait espéré en apprendre un peu plus, plus simplement, sur cette fameuse mission. Elle devait être d'une importance cruciale pour que le directeur choisisse de se passer des deux victimes désignées de Jedusor. Pour l'irlandaise, faire appel à Neville était particulièrement malin. Sous des apparences peu flatteuses, le jeune homme n'en était pas moins intelligent et alerte. Il saurait accomplir des missions périlleuses. De plus, il n'attirerait pas autant l'attention que s'il s'agissait de Harry ou Hermione elle-même. La jeune fille exposa à son professeur le fruit de sa réflexion. Elle sut qu'elle prenait l'avantage sur Rogue. Son entrainement et son expérience, quoi qu'elle n'en eut que des bribes de souvenirs, jouaient en sa faveur.
- Je reconnais que cette analyse est pertinente miss Granger.
- Vous aussi vous connaissez mon nom ? s'étonna Hermione.
- En tant que futur directeur j'ai accès à nombre de choses qui doivent vous permettre de vaincre mon ancien maitre. Répliqua Rogue.
- Au moins, la situation a le mérite d'être claire.
Le maitre des potions la regarda de biais. Hermione sut qu'elle venait d'être un trop présomptueuse. Son interlocuteur ne paraissait pas totalement convaincu que la situation était aussi nette qu'elle l'affirmait. La jeune fille sentit que le regard de Rogue cherchait à entrer dans son esprit. Il n'y parviendrait qu'à la condition qu'elle l'y autorise et pour le moment, elle n'en avait guère envie. Pourtant, cela aurait pu faciliter la compréhension entre elle et le futur directeur. La crainte que Jedusor ne perce la mémoire de Rogue fut néanmoins la plus forte. Hermione se refusa à céder. Alors que l'image du square de l'enfance de Severus s'imposait comme au cours de l'expérience précédente, Hermione imposa des barrières. Elle ne parvenait pas à le chasser, mais il lui était impossible de s'approcher ou de communiquer avec elle. Soudain, la réalité reprit le dessus. Hermione s'aperçut qu'elle était couverte de sueur. Une impression très désagréable à vrai dire. Elle passa sa main sur son front pour en chasser les fines gouttelettes en se promettant de passer rapidement sous le jet salvateur d'une bonne douche. En face d'elle, Rogue ne semblait pas moins épuisé par sa vaine tentative.
- Vous avez beaucoup progressée jeune fille. Fit-il. Vous étiez déjà une adversaire redoutable. Il s'interrompit.
- Rassurez-vous, vous restez le meilleur de nous deux. Souffla la jeune fille.
- Je préfère néanmoins savoir que vous êtes du même côté que moi. Ricana-t-il.
- J'aimerais pouvoir en dire autant à votre sujet. Lança Hermione avec un petit rien de morgue.
Le professeur se contenta de sourire. Le doute qui pouvait subsister quant à son allégeance faisait partie du personnage. Il semblait prendre un grand plaisir à laisser planer autour de lui l'ombre d'un mystère. Ce qu'elle avait pu voir de ses souvenirs et de sa personnalité ne leurrait cependant pas plus d'une seconde la jeune irlandaise. Une fois ce constat établit, le professeur n'était pas plus agréable à vivre pour autant. Hermione commençait à trouver que Neville prenait beaucoup de temps pour une simple conversation. Heureusement, elle n'avait pas de montre bracelet car sinon, elle n'aurait cessé de vérifier l'écoulement du temps toutes les deux ou trois minutes.
Le jeune homme sortit enfin de la chambre le visage fermé, visiblement plongé dans de sombres réflexions. Il indiqua à Rogue que le directeur tenait à lui parler et continua sa route jusqu'à la porte sans prendre garde à la jeune fille. Le maitre des potions ne prit même pas la peine de les congédier et s'empressa de rejoindre Dumbledore. Ayant tiré la porte pour sortir, Neville s'intéressa enfin à son amie qu'il invectiva rudement. Hermione le regarda d'un œil neuf. Le jeune homme paraissait un peu plus mur, plus sur de lui encore qu'au moment de leur arrivée. Sans un mot, Hermione s'approcha et s'engagea dans l'entrebâillement de l'huis. C'est en passant à sa hauteur qu'elle rompit le silence pesant qui s'étirait mollement entre eux.
- Il t'a parlé de la prophétie. Ce n'était pas une question.
- Tu crois que c'est vrai. Soupira le jeune homme. Je veux dire, le retour de tu-sais-qui, le rôle de Harry et le mien ?
- J'ai déjà vu Jedusor. Grimaça Hermione. Á cause de lui, j'étais presque jetée en prison.
- Alors, nous sommes perdus.
- Je pensais que tu serais plus fort que ça. Railla la jeune fille. La prestance de son ami ne cadrait pas avec ses paroles.
Visiblement, Neville était tiraillé entre l'envie de tout raconter à son amie et l'exigence de silence qu'avait dû imposer Dumbledore. Elle lui posa la main sur le torse et affirma qu'elle n'avait pas besoin de connaitre les mots du directeur. Jusqu'à présent, elle avait rempli sa mission auprès d'eux sans s'appesantir dessus. Ils avaient tous leur rôle à jouer dans cette grande farce et il n'était pas utile de se raconter trop tôt. L'absence de curiosité de la jeune fille surpris son ami. Par ricochet, il était à son tour intrigué par sa mission à elle. C'est pratiquement en silence qu'ils redescendirent jusqu'à leur salle commune. Seul le concierge les croisa. Il eut quelques mots désagréables pour signifier sa réprobation de voir deux jeunes gens déambuler si tard dans les couloirs. Mais comme ils avaient un billet signé de la main de Rogue, ils ne furent pas ennuyés. Hermione songea que cette prévenance n'était pas dans les habitudes du maitre des potions. Il y avait tout de même un grand nombre de petits détails très différents entre ses souvenirs et cette réalité. La plus flagrante étant la discrétion du préfet-en-chef des serpentards. En effet, Drago Malefoy qui ne ratait pourtant pas souvent une occasion de signifier ce qu'il pensait de sa cousine, était bien moins virulent que dans les souvenirs de la jeune fille. Il fallait reconnaitre que le fait d'avoir encore son père Lucius, à la réputation sans tâches, aidait à le maintenir dans une apparente légalité.
Quand ils arrivèrent finalement à la salle commune, tous les élèves s'étaient déjà couchés. Hermione ne doutait pas un instant que Harry et Ron attendissent leur ami fermement dans leur dortoir. Il était possible d'ailleurs qu'il se montre plus loquace avec eux. La jeune irlandaise s'étira et salua son compagnon. Elle espérait que personne ne l'attende dans sa propre chambre.
De fait, l'appartement était vide de toute présence humaine et animale. Hermione vérifiait chaque soir que Rita Skeeter n'essayait pas de se cacher dans un recoin. Rassurée, la jeune fille enfila une tenue de nuit et s'allongea sur son lit. C'est à ce moment que le souvenir du paquet que lui avait confié Dumbledore lui revint à l'esprit. L'implication nouvelle de Neville dans cette aventure changeait notablement les choses. Le nombre de cibles offertes à la vindicte de Jedusor s'augmentait considérablement. En quelques pas précipités, la jeune fille alla récupérer le gros objet sommairement emballé qu'elle avait oublié dans le fond de sa poche. Hermione ne dissimula pas sa surprise quand elle vit apparaitre une petite boite délicatement ornée de décors d'inspiration scandinave. Le coffret octogonal avait le bordeaux comme couleur dominante, ses glyphes se détachaient par leur couleur bleue pastel. L'objet avait l'air particulièrement ancien, pourtant, les premiers mots s'adressaient à une « jeune fille perdue dans les arcanes du temps. » Intriguée par la correspondance, Hermione décrypta laborieusement chaque mot qui couvrait la petite boite.
« Petite fille perdue, les songes ont la valeur du vrai. Au-delà du regard se dresse la vérité de ta mission. Ne fuit plus tes démons, ils sauront te vaincre pour ton triomphe. En ton cœur se trouve l'objet du désir. Point d'amour, nul malheur. »
Plus obscur que ces mots, décidemment, Hermione ne trouvait pas. Néanmoins, les sentences n'étaient anodines. Il devait se dissimuler une question derrière l'enchevêtrement de mots. La jeune fille le comprit dès qu'elle tenta d'ouvrir le coffret. Un sort devait en sceller l'ouverture car elle reçut à chaque tentative une courte décharge électrique. Elle n'eut d'autre choix que de se concentrer sur l'essence du texte. Elle crut un moment qu'elle avait mélangé les phrases et relu tout le texte, cette fois face par face. Ce qui n'arrangea strictement rien. Á moins que « fille mission désir vaincre » ait un sens. Au bout d'une heure passée à tourner et retourner la boite sous ses yeux, la jeune fille se sentit lasse mais exaspérée. Aucune idée un temps soit peu intelligente n'émergeait. Cela l'agaçait terriblement et se montrait essentiellement contre-productif. En désespoir de cause, elle finit par se décider pour une douche réparatrice. Elle avait lu que certains auteurs trouvaient l'inspiration en se détendant dans l'eau tiède et rassurante. Une psychanalyste en avait d'ailleurs déduit qu'il s'agissait d'une régression à la période fœtale et qu'ainsi l'esprit se plaçait hors des contraintes de la vie quotidienne puisqu'il revivait sous la responsabilité maternelle. Du moins fictivement[1]. L'eau coulant le long de son corps éveilla en Hermione une série de pensées qui n'avaient pourtant aucun rapport avec le problème qui la préoccupait le plus. Elle décida d'évacuer une à une ces idées en trouvant des réponses aux problèmes qui se posaient. Hermione s'étonnait un peu d'avoir à penser à cette heure aux affaires de cœur de Ginny et Harry, aux avances de Dean. Elle trouva d'ailleurs de bons arguments à lui opposer. Dans la foulée, ce fut le statut d'animagus de Skeeter qui lui traversa l'esprit. Elle en vint à penser à Sirius. L'image de son père fut celle qui resta la plus persistante. Enfin, elle se débarrassa de toutes ses réflexions connexes et comprit le sens des mystères de la boite.
- C'est vraiment digne d'Olaf. S'écria-t-elle en sortant de la douche, se séchant sommairement.
Elle reposa sa serviette humide sur le rebord du lavabo et se précipita sur la boite qu'elle avait abandonnée sur son lit. Hermione se laissa choir durement sur le matelas, l'objet de sa convoitise rebondit selon les ondulations de son support. La jeune fille rattrapa le coffret du bout des doigts alors qu'il menaçait de tomber sur la descente de lit. Elle sentit les draps achever de sécher les perles d'humidité au creux de sa poitrine, le long de son ventre[2]. Elle reporta l'objet à portée de ses lèvres et murmura que « vivre, c'est mourir, et mourir c'est vivre ». Une réflexion qui ne serait jamais sortie de la bouche de Jedusor tant il craignait la fin de son existence terrestre. Avec un petit grincement, les gonds de la boite firent entendre qu'ils acceptaient de s'ouvrir. La jeune fille glissa un ongle dans la fente et fit levier. Sans résistance particulière, le coffret fit apparaitre son contenu. Une délicate fibule d'or ouvragé y était glissée. Délicatement, Hermione la prit et la fit tourner entre ses doigts. C'était celle qu'Olaf avait ensorcelée. Hermione ne douta pas un instant que cet objet fut celui qu'elle avait aidé à détruire. Elle ne comprenait pas comment on avait pu lui donner. Hermione se concentra sur l'objet et ne ressenti aucune présence. Elle en conclu qu'il était totalement inerte et que le morceau d'âme d'Olaf Thorsthon l'avait quitté depuis longtemps. Néanmoins, en mémoire de son mentor, la jeune fille décida de l'arborer le plus fièrement possible.
Cette décision prise, Hermione posa l'objet sur son chevet, plaça la boite octogonale à son côté et se glissa entre les draps, rattrapée par l'épuisement. En quelques secondes elle rencontra les bras de Morphée. Mais la nuit fut très courte.
« §§§ »
Le lendemain et les jours suivants, Hermione et Neville ne prirent pas le temps de discuter. La jeune fille commençait à s'inquiéter de ce que le directeur avait pu dire à son ami. Néanmoins, il ne se montrait ni agressif ni distant à son égard. Ils n'avaient rien de particulier à se dire, voilà tout.
En contre-partie, Hermione put discuter plus à son aise avec Emma et Ginny. Les relations entre la rouquine et son petit-ami prenaient un tour un peu inquiétant. Profitant du fait qu'il ne risquait pas de se faire renvoyer, Dean avait des prétentions un peu agressives à son encontre. Emma qui était plus expérimentée soutenait Ginny dans son refus et Hermione qui n'avait pas même l'expérience de la cadette des Weasley se conformait au discours dominant. Les filles avaient tenu les garçons du groupe étrangers à cette question, mais le comportement protecteur de Ron et Harry pour Ginny montrait qu'ils n'étaient pas totalement dupes de la situation. D'une certaine manière, elles leur en étaient reconnaissantes
Dans ces conditions, Hermione avait préféré séparer Dean de son amie au cours des séances d'entrainement. Cela lui semblait moins risqué. Surtout pour le jeune homme en fait. La jeune irlandaise se souvenait parfaitement de la maitrise du sort de chauffe-furies dont faisait preuve Ginny. Hermione, optant pour la paix des ménages, considéra que les écarter l'un de l'autre n'était pas une mauvaise idée. Dès ce moment, les entrainements furent un peu plus pacifiques, même s'il y avait parfois des sorts qui fusaient d'un bout à l'autre de la salle sur demande sans raisons apparentes.
Pour le dernier cours avant les vacances de noël, Hermione avait voulu apporter une touche plus amusante dans son planning. Avec l'aide de Remus Lupin, elle envisageait d'aborder les patronus. De son évaluation avec Tonks, Hermione savait qu'elle maitrisait partiellement le sortilège. Donc elle s'appuierait essentiellement sur la technicité de l'enseignant. C'était lui déjà qui avait mis la main sur un épouvantard. Il serait probablement un peu délicat de l'obliger à se changer en détraqueur. Hermione comptait sur le fait qu'Harry devait avoir les mêmes phobies dans les diverses réalités. C'était bien mince, mais elle n'avait pas le choix. Il n'était pas question de produire un vague nuage de lumière blanche, mais bien un patronus complet. Pour la jeune irlandaise, se mettre face à un danger potentiel était une solution expéditive mais efficace.
Le matin de l'entrainement prévu pour la démonstration et l'acquisition du patronus, Hermione reçu une petite lettre, très courte. Il n'y avait même pas de signature.
« Ai vu ces jours-ci les trois volumes du Seigneur des Anneaux de l'australien Baz Lurhmann, ou je ne sais quoi. Tu avais raison. C'est plus impressionnant que l'Evjafjöll, »
Hermione sourit. Que l'on confonde le trublion du cinéma australien avec le super-producteur Jackson l'amusait. Elle se promit de procurer à Albert l'un ou l'autre des titres de Lurhmann, elle devait avoir les films qui trainaient chez ses parents. Naturellement, la jeune fille s'était référée à son ancienne vie. Ce rendre compte de tout ce qu'elle avait perdu n'était pas un sentiment agréable. Cependant, elle avait gagné l'affection de Sirius qu'elle aimait. Ron, Harry et Emma qui s'étaient penchés sur son courrier la regardaient avec étonnement. D'abord parce que Ron ignorait évidemment de quoi il pouvait être question, ensuite parce la mention du volcan islandais laissait Emma dubitative, enfin parce que Harry s'inquiétait de l'expéditeur. Hermione les dévisagea avant de répondre aux questions silencieuses.
- Ce sont des films moldus, un volcan où je suis allé, mon ami Albert. Elle croisa les bras fermement en attendant la suite.
- Tu es allée en Islande ? s'enthousiasma Emma. Il parait que c'est un pays splendide. Ron couina en pensant que son voyage de noces pourrait se dérouler dans ce froid pays.
- Ton ami, c'est celui que tu avais vu avec Ginny ? s'enquit ensuite Harry encore suspicieux.
- Oui et oui. Se contenta de répondre Hermione avec un sourire et en se resservant de son déjeuner.
La conversation obliqua ensuite sur les résultats du tournois de Quidditch. Malgré une belle résistance des autres maisons, Serpentard prenait de plus en plus d'avance au score. Harry ne tarissait pourtant pas d'éloges pour Ron et surtout pour Ginny. La plus belle poursuiveuse qu'il avait jamais vu, affirma-t-il avant de rougir et se taire. Le frère de l'intéressée ne sembla pas entendre mais vérifia que la rouquine n'était pas à proximité.
- Recommence ça en présence de Ginny ou de Dean et je ne donne pas cher de ta peau. Susurra Ron à son ami.
- C'est-à-dire ? s'étonna Harry.
- L'un va te casser deux dents, l'autre se moquer de toi pendant des semaines.
- Arrête Ron. Coupa Emma. Ta sœur n'est pas assez forte pour casser deux dents à Harry.
La réplique de la jeune fille désarma totalement les deux garçons qui la regardèrent ébahis. L'hilarité du groupe mit fin à la conversation. Hermione fit remarquer qu'il était largement temps de se rendre en cours. Ils continueraient le soir même, en présence de Ginny et Dean. C'était à eux qu'il fallait demander l'avis remarqua l'irlandaise non sans humour.
Le soir, Hermione retrouva tous ses élèves dans la salle sur demande. Pour cette séance, Adeline Renard avait préféré ne pas se retrouver devant un épouvantard. D'une certaine manière, Hermione comprenait ce qu'elle pouvait ressentir. Elle-même ignorait ce qui l'affolerait le plus. Des murmures bruissaient dans la pièce. Hermione se sentit très mal à l'aise devant la masse de ses camarades. Ce qu'ils s'apprêtaient à faire n'était pas si simple, mais à ses yeux essentiel. Pour le moment, Jedusor n'avait pas encore obtenu le ralliement des détraqueurs, mais le risque était grand qu'ils ne le rejoignent très prochainement. Posséder un moyen de combattre ces monstres encapuchonnés n'était pas un atout insignifiant. Du moins c'était la conviction de la jeune irlandaise.
Pendant la première partie de la séance, Hermione et Remus firent des démonstrations et aidèrent leurs élèves à apprendre à leur tour. Trouver des souvenirs heureux n'était pas si facile pour la majeure partie des élèves. Mais Harry sembla trouver très rapidement et au troisième essai un cerf traversa la pièce en secouant majestueusement ces bois.
- Un patronus exactement comme celui de ton père. Remarqua Remus en serrant Harry dans ses bras.
- Je l'ignorais. Balbutia le jeune homme.
- Le patronus reflète ce que tu es, ce que tu ressens. Remarqua Hermione doctement.
Une fois que le survivant eut réussi l'expérience, le nombre de patronus à apparaitre fut plus important. L'exemple autant que l'enthousiasme soulevé par le patronus d'Harry aidait beaucoup. Très rapidement, Emma parvint à faire naitre une belette argentée. De son côté, Hermione ne parvenait pas à dépasser le stade d'une vague forme animale, pas assez claire pour pouvoir déterminer de quoi il s'agissait. Elle fut heureuse de constater qu'elle ne produisait pas à son tour une belette. La conformité avec Emma aurait été légèrement embarrassante pour la jeune fille. Par ailleurs, elle ne trouvait pas de souvenir assez fort pour maintenir durablement son sortilège. Remus et Harry avaient beau déclarer que cela n'avait guère d'importance compte-tenu de ses capacités dans tant d'autres domaines, Hermione n'était pas satisfaite. Cette persévérance l'avait conduite au travers de tous les écueils jusqu'à ce jour, elle n'allait pas abandonner à présent. Mais ne voulant pas insister sur son propre échec, surtout sous les yeux des autres élèves de l'école, Hermione proposa que l'entrainement se fasse devant un détraqueur.
D'un geste souple de sa baguette, Remus fit s'ouvrir la malle contenant l'épouvantard. Hermione était la personne la plus proche et la créature prit instantanément l'apparence d'une hydre à cinq têtes. Tous les élèves, et Remus lui-même, reculèrent apeurés. Fièrement, Hermione resta devant le monstre, le bras ballant, sa baguette inerte dans sa main. Son visage resta impassible lorsque l'une des monstrueuses gueules s'approcha. Un rictus amusé naquit quelques instants plus tard.
- Trinitas ! Un triple jet violacé jaillit de la baguette que la jeune fille venait de brandir. L'hydre fut touchée en plein et se réfugia précipitamment dans sa malle.
Les spectateurs eurent une réaction à la hauteur de leurs peurs. Des applaudissements à tout rompre envahirent, sonores, toute la pièce. Les élèves étaient visiblement très impressionnés par la réaction, le calme de leur enseignante improvisée. Hermione qui n'aimait pas trop que l'on s'attarde sur les compliments, fit rapidement revenir le calme.
- Je crois qu'il serait mieux vu de ne pas me laisser trop près de la malle. Intervint Hermione.
- Excuses-moi. Je n'avais pas remarqué que tu étais là. Scanda Remus. Je n'avais aperçu qu'Harry.
- Vous êtes certains que je verrais un détraqueur ? s'inquiéta l'intéressé.
- Au pire, ce sera Jedusor. S'amusa Hermione.
- Te connaissant, ce n'est pas cela qui t'arrêtera. Releva Remus hilare.
Hermione reconnut qu'elle ne craignait pas Voldemort, l'intervention de l'hydre en était la preuve. Néanmoins, elle espéra que la mise en condition que venait de faire Harry ne modifierait pas ce qu'il ressentait et ne ferait pas jaillir tout autre chose qu'un détraqueur. Heureusement, les craintes d'Hermione étaient injustifiées. Lorsque Remus fit ouvrit la malle à nouveau, devant le survivant cette fois, l'épouvantard se transforma bien en détraqueur. Sans difficulté apparente, Harry se débarrassa de l'importun. Puis ce fut le tour de tous les autres élèves. Harry se tenait chaque fois le plus proche de la malle de façon à faire ressortir constamment un détraqueur. Finalement, ce fut le moment de faire passer Hermione. Elle doutait encore de pouvoir produire un patronus complet, et cette faiblesse la tétanisait. Elle demanda un peu de temps pour se préparer. De toutes ses forces, la jeune irlandaise se concentra sur ces plus heureux souvenirs. Depuis le début de la séance, c'était son cottage qui lui servait de base. De ce qui lui restait de mémoire, c'était le moment le plus satisfaisant. Á l'exception peut-être de la chaleur qu'elle avait ressentie le jour où Sirius l'avait accueillit chez lui. La douceur de sa voix, de ses bras, emplissait la jeune fille de plaisir et de félicité. Hermione se sentit prête. Lorsque l'épouvantard intervint, changé en détraqueur, il fut chassé par un superbe chien argenté qui courut de part et d'autre de la salle pendant de longs instants.
- Home sweet home. Articula Hermione avec un grand sourire satisfait.
- La prochaine fois que tu nous monte un bateau pour ta propre gloire, tu nous préviens.
- Pardon ? s'enquit Hermione que le terme « gloire » avait fait tiquer.
- Tu savais très bien exécuter un patronus complet. reprit Remus.
- Comme beaucoup de choses, j'avais oublié. Admit la jeune fille.
C'est un peu fâché que Remus mit fin à l'entrainement. Il ne parvenait pas à reconnaitre les progrès des ses élèves tant il était remonté contre l'irlandaise. Les deux surprises qu'elle lui avait réservées involontairement avaient passablement entamé ses réserves d'humour. Heureusement, le lendemain aurait lieu le départ en vacances.
« §§§ »
Contrairement à ses habitudes, Harry quittait l'école pour les fêtes de noël. Habituellement, les Dursley n'obtenaient aucune nouvelle de lui jusqu'à la fin de l'année scolaire. Mais à l'aune de son changement de comportement généralisé, le jeune homme se montrait plus agréable envers ces gens. Il fallait reconnaitre que ceux-ci s'étaient, cette fois, bien occupés de lui depuis que Dumbledore l'avait confié à eux. Il avait parcouru un beau bout de chemin depuis la rentrée. Du statut d'élève odieux et indiscipliné, petite frappe aurait dit John Vangard, il était revenu à celui de survivant. Par ses paroles et ses actions il inspirait plus de bienveillance que de crainte. Hermione était très fière de ce qu'ils avaient réussi à faire de Harry.
Pour l'heure, tous les griffondors achevaient de se préparer à partir. Ron et Emma passeraient le début des vacances chez les parents de cette dernière pendant que Ginny, Dean et Neville, rentraient sagement chez eux. De son côté, Harry partagerait son temps entre la famille Dursley et le square Grimaurd. Cette répartition du temps plaisait particulièrement à Hermione qui craignait de se retrouver toute seule dans cette grande maison. Elle n'attendait pas spécialement à voir son Sirius rester à ses côtés, il avait toujours des choses en cours de droite et de gauche. Avec un grand sourire, Ginny l'avait soutenue et s'était engagée à venir la voir aussi souvent que possible. La promesse n'allait pas être oubliée et Hermione l'avait plusieurs fois fait remarquer.
Á l'heure prévue, tous les élèves de l'école commencèrent à se diriger vers les quais du Poudlard Express. De grands coups de sifflets très atténués par l'air hivernal montraient que la locomotive était à pied d'œuvre, n'attendant plus que sa cargaison humaine. Les partants saluèrent vivement ceux qui devaient rester. Il était inutile d'attrister d'avantage des jeunes gens qui ne reverraient pas leurs familles avant les grandes vacances. Quoi que certains semblaient plutôt ravis de n'avoir pas à s'enfoncer dans la neige pour traverser le parc. Le vent d'hiver était comme souvent glacial à Poudlard.
Contrairement au trajet qui les avait conduit tous à l'école, le groupe ne se dispersa pas. Dès leur arrivée, ils choisirent un compartiment pour s'installer tranquillement. Les atermoiements, les hésitations de l'aller étaient dissipés. Ils appartenaient tous au même groupe d'amis à présent. Certains élèves saluèrent Hermione en passant et la gratifièrent de félicitations ou de clins d'œil. La jeune fille ne parvint pas à comprendre jusqu'à ce qu'elle entende parler d'un « professeur un peu particulier ». Les visages qui lui souriaient correspondaient à ceux qu'elle voyait presque quotidiennement lors des entrainements dans la salle sur demande. Hermione s'en voulu de ne pas parvenir à les reconnaitre. Elle en était encore à ce point de sa réflexion qu'un bruit inhabituel retentit dans le couloir. Le train était parti depuis moins d'une heure et il n'y avait pas d'arrêts prévus. Par conséquent, le tintamarre n'était pas naturel. Comme un seul homme tous les membres du groupe se levèrent pour se diriger vers la porte. Ce qui ne fut pas une chose simple étant donné que le passage est trop étroit pour laisser passer deux personnes de front. Quand il y en a huit, c'est encore pire. Après quelques pieds écrasés, diverses bousculades et des mains promeneuses, on parvint malgré tout à faire sortir les jeunes gens dans le couloir. Emma et Ron profitaient de leurs statuts de préfets-en-chefs pour intervenir les premiers. Un peu plus loin dans le couloir de la fumée grise et des cris indiquait que des élèves se battaient. Sans ménagement, Hermione écarta ses amis et s'élança dans la mêlée, baguette tendue en avant.
Sans surprise, le principal fauteur de trouble n'était autre que Drago Malefoy. Avec ses amis Crabbe et Goyle, il prenait un malin plaisir à maltraiter, martyriser, enquiquiner, et tous ce genre de choses, les autres élèves de l'école. Il le faisait avec d'autant plus de conscience qu'il ne risquait pas de se faire attraper. D'après les derniers articles de la « Gazette du Sorcier », Lucius Malefoy était un « consultant extérieur » nommé par le ministère pour encadrer les réformes de l'éducation en partenariat avec Dolores Ombrage. Détails qui avaient évoqués de bien tristes souvenirs à Hermione. La jeune fille se dressa devant son cousin par alliance en le défiant de sa baguette.
- Drago, tu pourrais avoir la décence de t'attaquer à des gens à ta mesure.
- C'est pour cela que tu es venue ? pour m'écraser comme un avorton ! railla-t-il.
- Je ne suis pas certaine de comprendre ton esprit retord Drago. Répliqua Hermione un peu tendue. Elle entrevoyait une raison et priait pour qu'il n'ose pas.
- Tout le monde sait que tu es la plus forte de l'école. Fit-il en cassant le poignet qui tenait mollement sa baguette d'un air badin.
- S'qui veut dire. Commença Goyle.
- C'est k't'oseras pas t'bat' contre lui. Acheva Crabbe. Hermione trouva qu'elle avait largement surestimée la valeur des deux imbéciles.
- Je n'ai pas peur de vous trois. Clama Hermione, tentant par là de pousser les trois jeunes hommes à un combat inégal en théorie, mais pourtant en sa faveur. Drago avait eu raison, Hermione n'attaquerait pas une cible aussi facile.
- Mais tu ne ternirais pas ta gloire à m'attaquer moi seul. Ironisa Drago un sourire conquérant sur les lèvres.
La mâchoire de la jeune fille se crispa. Il venait de l'écarter de sa route de la plus désagréable des manières. Il avait compris qu'elle ne s'abaisserait pas à l'écraser comme un vulgaire cloporte qu'il était pourtant. Hermione baissa sa baguette, le visage blême et inexpressif. En face d'elle ses vainqueurs ricanaient de la voir abandonner un combat d'abord psychologique. Il était surprenant que Drago ait eu tout seul l'idée de ce piège aussi subtil. D'ailleurs, il ne faudrait pas grand-chose pour qu'il échoue. Le jeune homme blond savait manifestement les limites de son plan. Il empêcha Goyle de reprendre ses exactions de crainte que les résolutions d'Hermione ne cèdent devant l'urgence de la situation.
- Alors cousine ? Tu ne veux pas m'arrêter ? railla Drago alors qu'Hermione sentait son cœur se serrer.
- Tu sais parfaitement que je n'hésiterais pas Drago.
- Qu'attends-tu alors. S'amusa le jeune homme en pivotant sur lui-même appelant ainsi les autres élèves à être témoins de l'impuissance de la jeune fille.
- Tu n'as pas d'honneur. Murmura Hermione. Son cousin s'approcha un sourire narquois aux lèvres. Il se plaça tout contre la jeune fille en enfonçant sa baguette dans ses abdominaux.
- Et toi, beaucoup trop. Souffla-t-il au creux de son oreille. Attends que j'atteigne ton niveau, je n'aurais aucune pitié.
Fier de sa réplique, Drago expédia un discret sort de brulure de sa baguette. La jeune fille parvint à retenir une grimace de douleur. Elle ne voulait surtout pas lui donner la satisfaction de montrer qu'il parvenait à faire mal.
- C'est tout ce que tu as Drago ? s'enquit-elle d'une voix blanche.
Drago reflua de quelques pas. Il s'attendait à une réaction, qu'importe laquelle, il serait toujours victorieux quelque soit la réplique d'Hermione. Il l'avait placé dans une situation où si elle agissait, il serait victimisé, et donc vainqueur. Il avait sous estimé l'intelligence de la jeune fille, l'élève la plus brillante de Poudlard depuis Dumbledore lui-même. Passablement vexé, le jeune homme adressa un sort de découpage à une élève qui avait eu la mauvaise idée de passer la tête par la porte de son compartiment. Il lui apprit que la curiosité était un bien mauvais défaut d'une manière des plus déplorables. D'instinct, Hermione serra ses doigts sur sa baguette, les jointures de ses phalanges devinrent plus blanches. S'il continuait, elle ne donnerait plus le change.
Satisfait, Drago se tourna à nouveau vers sa cousine. Aucun élève ne paraissait vouloir s'interposer entre eux. Les attentistes rejoignaient les terrorisés dans une commune immobilité. Puis un jet lumineux accompagné d'un « expelliarmus » sonore vint frapper Drago en plein. D'un pas ferme, Harry s'avançait finalement dans leur direction. Pendant toute la première partie de l'affrontement, il avait observé la fille de son parrain. Il ne comprenait pas son inaction. Elle avait les moyens d'affronter Malefoy mais ne trouvait rien de mieux que de négocier. En s'approchant, il s'écria.
- Hermione, parfois, il faut penser à agir !
- C'est pour cela que tu étais le chef, et pas moi. Murmura Hermione pour elle-seule.
D'un rapide coup de pied, Harry envoya la baguette de Drago dans les pieds de Crabbe et Goyle en leur intimant de la ramasser ainsi que leur ami. Et surtout, il leur intima de retourner s'installer dans un coin sombre du train et de n'en sortir qu'arrivés à King Cross Station. Les deux molosses serpentards prirent acte des ordres du jeune homme, s'emparèrent de Malefoy et de sa baguette avant de s'enfuir précipitamment dans l'autre direction. Dans l'entrefaite, Ron et Emma intervinrent pour calmer les élèves présents à chaque extrémité du couloir et dans les compartiments. Ils purent compter sur l'aide précieuse de Ginny, Dean et Neville qui discrètement avaient empêché d'autres serpentards d'intervenir dans cette scène digne de la Comedia del arte.
Écœurée d'elle-même, Hermione reflua dans le compartiment qu'elle occupait auparavant avec ses amis. Elle croisa le regard d'Emma qui lui sourit avec une grande franchise et beaucoup de gentillesse. Son alter-ego ne lui reprochait pas d'être restée fidèle à ses propres principes. Cela la soulagea un peu. Hermione n'était pas installée depuis très longtemps lorsque ses amis vinrent la rejoindre. Une conversation volubile s'installa entre eux très rapidement. La jeune irlandaise préféra néanmoins rester étrangère à la discussion. Elle écouta tout de même ce qu'ils avaient à dire de Drago et ses amis. Pour sa part, Emma était persuadée qu'elle pourrait obtenir la destitution du jeune homme de son poste de préfet-en-chef. Il donnait selon elle, une très mauvaise image de la fonction. Tout le monde admit sans peine qu'il n'était pas très brillant de la part d'un préfet-en-chef de martyriser ses condisciples.
- Moi ce qui m'étonne le plus, c'est qu'Hermione ne l'ait pas renvoyé directement dans son compartiment d'un sort de lévicorpus. Lança soudain Ron.
La conversation resta suspendue. Les visages et les regards se tournèrent alternativement de Ron vers Hermione. Visiblement, tous se posaient cette question. Très gênée de cette attention autant que par les réponses qu'elle devrait fournir, Hermione déglutit et tenta de trouver les bons mots.
- Aurais-tu combattu en duel un gamin de première année ? s'étonna Emma à destination de Ron.
- Pourquoi cette question ? reprit-il. Bien sur que non !
- C'est pareil pour Hermione. Conclu Harry. Nous ne sommes rien comparés à ses pouvoirs.
- Je n'irais pas jusque là. S'offusqua Hermione sincèrement.
- Pourtant, je le crois. Lança Neville. Tu es bien plus forte.
- Mais nous avons tous nos forces et nos faiblesses. Coupa fermement l'irlandaise. C'est ça une équipe.
L'idée qu'ils puissent être autre chose que des amis n'avait pas été formulée. Ce fut une grande nouveauté pour tous. Même pour Hermione. C'était évidemment la volonté de Dumbledore, mais pouvait-elle le formuler ou même le conceptualiser ? Elle craignit que cette expression n'offense ces amis et que ses efforts se révèlent, in fine, vains. Pourtant, ils semblèrent très heureux d'être portés au niveau de la jeune fille. Ron se pavana comme un paon pendant de longues minutes en s'affirmant être l'égal de Miss Black. Ce qui provoqua évidemment l'hilarité générale. Ni Emma, ni Neville et encore moins Harry, n'ignoraient ce que cette prise de conscience pouvait avoir d'implications. Ils iraient combattre ensembles.
Lorsque le train s'immobilisa en gare de King Cross, Dean embrassa vivement sa petite-amie et se précipita sur le quai. Il avait été informé que ses parents souhaitaient partir rapidement en voyage en Espagne et il n'avait pas le temps de procéder à des adieux plus adaptés. Hermione remarqua que Ginny n'était pas froissée par ce manque de considérations. Elle plaignit sincèrement le pauvre Dean qui ne s'apercevait pas de la précarité de sa position. Emma et Ron agirent en bons préfets-en-chefs et guidèrent les élèves vers les sorties en assurant au maximum la sécurité et le calme. Neville et Luna discutaient comme si le train continuait de rouler. De quoi parlaient-ils d'ailleurs ? L'un expliquait les distinctions entre bobulbes et botrucs-à-pinces, ce à quoi l'autre répliquait qu'il était plus facile de faire pousser des Asparagus-longilis que des Aster-pigaciencis. Un véritable dialogue de sourds qui semblait leur convenir. Hermione écouta la conversation sans queue ni tête s'éloigner d'elle, remontant le quai, pendant qu'elle attendait son père. De son côté, Harry avait rapidement remarqué les masses imposantes de Vernon et Dudley. Après un vague salut, il s'était dirigé vers eux. Parvenu à leur côté, il adressa un dernier signe à Hermione qui lui répondit avec un sourire crispé. Dudley se joignit à lui et obtint un sourire plus naturel. La jeune fille était touchée de voir le jeune moldu aussi charmant et attaché à son cousin.
Pour l'heure, elle restait seule sur le quai. Seule au milieu des familles venues récupérer leurs chérubins. Elle aurait pu se rapprocher de Ginny mais au milieu des têtes rousses de la famille Weasley, Hermione avait remarqué celle de Percy. Depuis leur affligeante rupture, elle n'avait plus envie de se trouver face à lui. Heureusement, il lui tournait le dos. Ainsi, elle put déverser silencieusement toute son ressentiment à son égard sans avoir à faire semblant de l'ignorer. Les rangs des familles commençaient doucement à s'éclaircir et Hermione n'avait toujours pas retrouvé son père. Cela la fâchait autant que l'ennuyait. Un frôlement le long de ses jambes affola la jeune fille. Sa baguette bondit hors de sa poche avant qu'elle ait pris conscience de la réalité du danger encouru. Un gros chien noir, visiblement très aimable tournait autour de la jeune fille en remuant vaillamment sa longue queue. Hermione se mit à genoux et posa la gueule de l'animal sur son épaule pendant qu'elle caressait son flanc de sa main gauche.
- Merci d'être là Patmol. Murmura-t-elle au gros animal qui frétilla un peu plus encore.
L'étreinte dura plus longtemps que nécessaire et Hermione eut du mal à se redresser sans vaciller. Il n'y avait pratiquement plus personne sur le quai à présent. Le gros chien s'enfuit vers les toilettes publiques avant de disparaitre dans les commodités. Quelques instants plus tard, Sirius sortit à son tour. Hermione l'attendait fermement, installée bras croisés tout à côté de sa lourde malle.
- Désolé, il a fallu que j'attende que mon prédécesseur ait fini. S'excusa-t-il vivement.
- Tout ça pour avoir un gros câlin. Papa, tu es incorrigible. s'esclaffa Hermione.
- C'était amusant non ? s'empourpra Sirius.
- Évidemment. Convint la jeune fille. Mais guère pratique.
- Si on ne devait faire que de l'utile, il n'y aurait plus de beau en ce monde. Coupa l'homme.
Hermione médita la remarque. Elle douta de l'absolu de la réplique. L'art n'avait pas nécessité à être inutile, au contraire. Le beau aussi était dans l'utilitaire. Disposant d'un sujet de controverse, les deux derniers membres de la famille Black cheminèrent tranquillement jusqu'au square Grimaurd. Sirius avait demandé à Kreatur d'emporter la malle de sa jeune maitresse, ils n'avaient donc aucune préoccupation particulière. Avant de passer le mur magique menant à la gare moldue, Hermione et son père changèrent leurs vêtements en tenues moldues plus adaptées. Comme la matinée s'achevait, ils dinèrent dans une échoppe à proximité de la gare. Affamé, Sirius se laissa convaincre par le menu du jour comportant hareng saur, rognons frits, pomme de terre sautées, salade, fromage, dessert et café. Rien qu'à voir son père ingurgiter une si grande quantité de nourriture, lui fit passer à Hermione l'envie de se goinfrer. Elle se laissa tenter par une salade composée avec un fruit. Le repas fut agréable. Sans rechigner, Hermione raconta les événements de la matinée. Son père émit un sifflement impressionné. Non pas en réaction à la maitrise dont fit preuve sa fille, ni même pour marquer l'intervention véritablement déterminante de Harry, mais à cause des sorts employés par Drago.
- Crois-moi. Fit-il. Ce gamin est déjà sous l'influence de tu-sais-qui.
- Qu'y-a-t-il pour te faire croire cela. Bafouilla Hermione la bouche encore pleine de salade. Son père évita de se moquer et répondit du ton le plus détaché possible.
- Pourquoi faire mal à cet élève plutôt que stupéfixier tout simplement ? remarqua Sirius.
- C'est en effet plus proche des manies de Jedusor. Convint Hermione.
- Ceci dit. Coupa Patmol. Nous n'allons pas passer nos vacances à parler de cette andouille[3].
Abandonnant la discussion qui conduisait à leur « cher » ennemi, Sirius présenta tous les préparatifs de la fête de Noël. Pour dire simple avait-il précisé, ils partageraient leur temps entre le square et le Terrier. Ils recevraient Harry le lendemain de Noël quand ils se rendraient chez les Weasley. Mais ils passeraient le réveillon avec Remus, Tonks et le petit Teddy. Hermione avait entendu parler de la naissance du fils de Remus, mais elle ne l'avait pas encore vu. Elle se réjouissait de passer cette fête au sein de ce qui ressemblerait beaucoup à une vraie famille.
« §§§ »
Hermione passa les jours qui les séparaient de Noël à courir en tous sens pour achever les préparatifs de la fête organisée chez Sirius. Avec l'aide de Kreatur, tout fut fin prêt deux jours avant. Ils tournaient en rond améliorant les choses qu'ils venaient d'améliorer l'heure précédente. De son côté, Sirius s'était bien gardé de se mêler en quoi que ce soit de l'organisation. Il profitait pleinement de l'énergie de la jeune fille, de sa présence sous son toit simplement. Il se sentait le plus heureux des pères. Le soir, Hermione jouait longuement au piano ses morceaux préférés. Elle avait reçu d'Albert de nouvelles partitions et déchiffraient laborieusement « Bitter Sweet Symphonie[4] ». Pendant ce temps, Sirius se détendait en caressant sa chatte. L'animal avait fait une fête à sa maitresse lorsqu'Hermione était revenue de l'école de sorcellerie. Depuis, elle ne quittait jamais la jeune fille de plus de quelques mètres, s'arrangeant pour être toujours dans la même pièce. D'abord surpris, Sirius s'en amusait à présent beaucoup.
Le soir de Noël, Hermione choisit de s'habiller selon ses goûts les plus intimes. Elle enfila une robe moldue réalisée sur mesure. Il s'agissait d'une robe de soirée en tulle extrêmement légère et décolleté plus que nécessaire. L'agrémenta d'un châle coordonné et de chaussures à talons correspondant à l'ensemble. Elle fit un effort pour sa coiffure. Les mèches qui dépassaient étaient artistiquement organisées. En se regardant dans sa glace, Hermione considéra qu'elle était tout de même une belle jeune fille de 22 ans. Satisfaite, elle descendit rejoindre son père qui attendait ses amis au salon. Lui-même avait fait des concessions aux traditions. Il portait un costume trois-pièces moldu d'une coupe parfaite. Il portait cette tenue d'une manière naturelle sans prêter une attention démesurée aux plis, à sa cravate ou son gilet. Il avait même fait tailler ses cheveux, lui qui se vantait de sa touffe désordonnée et hirsute.
- Tu es superbe. Fit-il simplement en voyant sa fille descendre. Il la serra contre lui et l'embrassa doucement sur la joue.
- Tu n'es pas mal non plus. S'amusa la jeune fille en se reculant et faisant semblant de le détailler de pied en cap. Ce qu'elle avait fait bien avant de s'approcher de lui.
Ils restèrent tous les deux un bon moment seuls dans le salon. Quelques bruits provenant de la cuisine indiquaient que Kreatur s'activait pour préparer le souper.
Ils se racontèrent mutuellement les événements, les anecdotes qu'ils avaient pu glaner depuis leur dernière rencontre. Ils s'imprégnaient tant l'un de l'autre qu'ils furent surpris de voir jaillir soudain Tonks et Remus. Leurs invités venaient avec le petit Teddy confortablement installé dans son couffin. L'adorable bébé faisait, pour l'heure, la sieste avant de réclamer à nouveau le confort du sein maternel. Hermione en idéale jeune fille s'extasia devant l'enfant. Pour ne pas le réveiller, elle n'osa pas le materner à son tour dès leur arrivée, mais Hermione en eut l'occasion plus tard dans la soirée lorsque Teddy voulu se rassasier un peu. D'ailleurs, il refusa de quitter les bras douillets d'Hermione pour retourner dans son couffin, froid et isolé.
- Tu feras une mère parfaite. S'extasia Sirius.
- Merci. Sourit Hermione. Ce ne sera pas pour tout de suite. Le ton oscillait entre assurance et regrets.
- Tu es encore jeune pour ça. ajouta Tonks convaincue.
- Et il faut un homme pour cela. S'amusa Sirius manifestement taquin après quelques verres.
- Je croyais qu'il y avait Percy Weasley. S'étonna Remus. Celui-ci comprit instantanément son erreur quand il vit la jeune fille plonger dans son assiette.
On parla un peu du jeune homme pour en dire pis que pendre et le vouer aux gémonies. Quoi qu'elle ne fût pas dupe, Hermione trouva très sympathique le mouvement des amis de son père pour atténuer la désagréable impression de vide qu'elle ressentait. Finalement, Percy ne lui manquait pas trop. Se retrouver seule était plus pesant.
Les convives firent durer le plaisir longtemps après les heures raisonnables. Sirius et Remus ne se tenaient plus debout. Par soucis de sécurité, et comme ils devaient partager le repas du lendemain, Hermione offrit une chambre à Tonks et Teddy, estimant que Remus serait tout aussi bien sur un canapé. Elle laisserait aussi son père récupérer allongé sur le divan. Á leur âge, ils pouvaient apprendre à éviter les abus de boisson. Néanmoins, au moment de monter, elle déposa un baiser sur la joue de son père et une boite d'aspirine moldu sur la table. Elle demanderait le lendemain à Kreatur de préparer ce breuvage infâme qui sert parfois à dessaouler les ivrognes. Une punition supplémentaire n'était pas contre ses principes.
« §§§ »
Le lendemain, Hermione descendit assez tard. Elle retrouva pour le déjeuner Tonks et Teddy qui étaient frais et dispos. Le nourrisson profitant pleinement du fait que sa mère n'était pas assez éveillée pour lui refuser des attentions qu'il ne méritait plus. Les deux mâles étaient partis se réfugier sous des douches salvatrices. Ce qui n'était évidemment pas inutile.
Quand ils descendirent, Hermione se précipita dans les bras de son père pour lui souhaiter un joyeux noël. Puis embrassa Remus qui rougit un peu. La tenue d'Hermione étant largement plus proche d'un déshabillé que d'une tenue de nuit. Elle ne portait en tout et pour tout qu'une longue tunique grise et une paire de chaussettes. Remus n'osa pas vérifier sous le tissu sombre ce qui s'y trouvait, ou non.
On déballa prestement les cadeaux. Sans surprise, Hermione qui n'avait pas grand-chose à elle, fut spécialement gâtée par ses amis et son père. Elle vint s'installer sur ses genoux pour regarder Remus et Tonks ouvrir leurs propres paquets. La jeune fille passa son bras dans le cou de son père posa sa tête contre la sienne et laissa glisser ses longs cheveux le long de son torse. Leurs invités eurent le souffle coupé en voyant les ensembles de vêtements et de décoration choisis par leurs hôtes en l'honneur du nouveau né. Ils avaient fait longuement les magasins moldus et sorciers pour trouver le meilleur dans le domaine. Ils s'étaient donné beaucoup de peine pour que le petit Teddy dispose de bien plus qu'il n'était nécessaire et pour montrer combien ils tenaient à Remus et Tonks. Au cours de la journée qui suivit, après l'échange de remerciements, Remus parvint à prendre Sirius à part. Hermione et Tonks étant parties s'occuper du bain du petit Teddy.
- Dis mon vieux. Commença Remus. Ce ne sont pas mes affaires.
- Achève vite s'il te plait. Coupa Sirius.
- Tu devrais faire attention avec ta fille.
- Expliques-toi au lieu de prendre des précautions rhétoriques. S'inquiéta Sirius le visage un peu assombri.
- Vous vous comportez comme un couple et non comme des parents. Lâcha difficilement Remus.
- Très intéressante vision, Lunar. S'esclaffa Sirius. J'en parlerai à Hermione.
Ce qu'il fit sans retenue lorsque les deux jeunes femmes descendirent enfin, Hermione portant dans ses bras le bébé. Elle reçu avec la même surprise l'affirmation de Remus et stipula sans hésitation qu'il n'y avait rien de douteux entre eux. N'avait-elle pas revêtu une tenue plus descente dès que les paquets avaient été ouverts ? Comprenant que ses conclusions ne seraient pas prises au sérieux, Remus s'accorda à dire qu'il avait probablement mésestimé la situation. Lors de la venue de Harry, personne ne fit plus allusion à l'affaire.
Une fois que le jeune filleul de Sirius retrouva son parrain, ses amis, sa cousine par alliance, le petit Teddy dont il était lui-même le parrain, le groupe tout entier se laissa aller à une nouvelle cérémonie d'ouverture de paquets. En manière de défi, Hermione reprit la place qu'elle occupait le matin même sur les genoux de son père. Cette fois, personne ne releva l'incongruité de la position. Cette proximité entre les deux derniers Black, tous s'en étaient habitué. Sauf Remus visiblement.
Le soir, on se prépara à passer au Terrier pour une nouvelle séance de ripaille, libation et autre arrachage de papiers colorés. Pour la première fois depuis longtemps, Harry était prévu à cette réunion. Hermione ne put s'empêcher de sourire en pensant qu'il aurait probablement droit à un des immanquables pulls tricotés par Molly. Elle en riait encore en passant dans la cheminée.
Pourtant, Hermione rit moins en émergeant au Terrier. La première personne qu'elle vit n'étant autre que Percy. Celui-ci lui tendit une main aimable mais ne se proposa pas de l'embrasser, même amicalement. La tension devait être palpable car Molly se précipita pour étreindre la jeune irlandaise en lui souhaitant tout un tas de bonnes choses pour l'année à venir. Hermione ne releva pas le fait que son amie se trompait de fête et fut plutôt satisfaite de voir Percy s'éloigner. Le lien qui la rapprochait de Percy était définitivement rompu, ceci probablement depuis des semaines ou des mois, mais elle en avait la confirmation nette et incontestable.
En dehors de cet incident mineur, qui fut résolu en plaçant Percy le plus loin possible d'Hermione, le repas de Noël se déroula admirablement bien. La bonne humeur était partagée par tous sans aucune restriction. La chère était bonne et on en profita largement. Seule Ginny paraissait un peu en retrait. Il fallait dire qu'Harry ne lui prêta pas beaucoup d'attention malgré les tentatives de la jeune fille de créer une conversation entre eux. Les jumeaux n'avaient pas été d'un grand secours, torpillant plutôt les essais de leur cadette. Même Hermione ne parvint pas à porter l'accent sur son amie. Harry lui montrait un intérêt limité, restreint aux quelques mots qu'il consentait à prononcer avec Ginny.
Après le repas, les mâles de la maison se comportèrent en parfait machos et se rendirent sans remords dans le salon en laissant les dames ranger ce qu'il restait du somptueux repas de Molly. Ginny fulminait littéralement en essuyant les couverts pendant que Fleur et Hermione rangeait les affaires en piles biens structurées, prêtes à retourner en planant dans les placards.
- "en ce temps là (…) je m'inventais un monde rempli de femmes aux cheveux roux, j'ai dit de femmes, pas de jeunes filles[5]" murmura Hermione sans y prendre garde.
- Tu devrais faire attention. Reprit Fleur en français.
- Parce qu'elle pourrait entendre ? s'étonna Hermione. Elle ne parle pas un mot de français.
- Elle est suffisamment maligne pour comprendre que c'est d'elle qu'il s'agit.
- Moi je pensais à Harry. Se défendit l'irlandaise. Fleur la regarda avant de ricaner.
- Ce n'est pas la même chose ?
Les deux jeunes filles se retinrent à peine de rire et se promirent de s'excuser si jamais Ginny s'offusquait un tant soit peu. Pourtant, la rouquine qui continuait de s'énerver sur l'ingrat-qui-ne-la regardait-même-pas, n'avait pas écouté un mot de cet échange.
- J'ignorais ce genre de détail. Fit une petite voix dans le dos d'Hermione. Fleur se retourna vivement et demanda à ce qu'on répète cette phrase qu'elle n'avait pas comprise.
- Miss Finnighan. S'étonna Hermione. Que faites-vous ici ?
- Je venais faire mon compte-rendu. Répondit la jeune fille sur le ton de la normalité. Comme s'il n'était pas surprenant de la voir ainsi débarquer en pleine réunion familiale.
- Pourquoi aujourd'hui ? continua de s'étonner Hermione.
- C'est important. Coupa Ellie.
La journaliste irlandaise demanda à discuter en privée avec son commanditaire. Devant les regards effarés de Ginny et de Fleur, les deux irlandaises commencèrent à s'éloigner en discutant en gaëlique. Langue qui plus encore que le français garantissait une totale impunité. Pendant un long moment, Ellie expliqua que la campagne de presse contre les rumeurs insistantes concernant Harry et elle fonctionnait mieux que bien. Ce qui était un problème. Les oppositions du ministère devenaient plus dures et plus insistantes. Il y avait désormais un risque que certaines publications sous le contrôle de Brian Fitzham soient interrompues par les mange-morts qui contrôlaient le ministère anglais de la magie. Pourtant, ce n'était pas ce qui inquiétait le plus Fitzham. Selon Ellie, il en avait vu d'autres et trouvait très amusant de combattre les alliés de Voldemort autrement qu'en duel. La crainte principale des irlandais qui avaient rallié Hermione était que les opposants au ministère en général n'en viennent à radicaliser leurs actions en se croyant soutenus par les articles sibyllins de la presse. Un peu perdue, Hermione ne voyait pas vraiment ce que cela changerait.
- Imaginez que des gens mal préparés essayent d'attaquer le ministère. Remarqua Ellie. Que se passera-t-il selon vous ?
- Certainement rien de bon. Convint Hermione.
- Ce qui n'est pas le plus grave. Reprit l'irlandaise. Les mange-morts auront alors de bonnes excuses pour sortir de l'ombre ou procéder à des représailles à l'encontre de leurs opposants.
- Cela met en danger l'Ordre du phénix plus que tout autre. Grimaça Hermione qui ne souhaitait surtout pas voir la plupart de ses amis pris dans une machine de répression probablement implacable.
- Le quoi ? s'étonna Ellie. Je pensais à d'autres. Mais je vois que vous êtes déjà intégrée dans un mouvement de résistance. Ce qui est très bien. Se défendit la jeune fille. Plus nous serons nombreux, plus grandes seront nos chances.
- Vous admettez que les irlandais sont prêts à intervenir. Lança Hermione sagace.
- Pas tous, mais certains, en effet. Convint la jeune fille.
Elles avaient marché un moment dans le jardin sans faire attention à leur direction. Á présent, les deux irlandaises se trouvaient à la limite de la propriété et firent demi-tour pour rentrer. Comme il avait cessé de neiger la veille, leurs marques étaient clairement visibles dans le manteau neigeux et elles retrouvèrent rapidement la maison dans l'obscurité de la nuit. Devant la porte, Ellie s'excusa de ne pas rester plus longtemps et souhaita à Hermione de retrouver rapidement la mémoire.
- Tant que vous serez limitée par ce que les anglais veulent que vous sachiez, vous ne parviendrez pas à vaincre.
- Alors, si c'est ainsi, racontez-moi ! s'écria Hermione fâchée de cette affirmation stupide.
Avec un grand sourire, Ellie poussa la porte et entra dans la cuisine. Elle salua toutes les personnes présentes avant de s'élancer vers la cheminée. Moyen de transport qui demeurait le plus aisé en cette saison.
- Vous comprendrez toute seule. Fit-elle avec un clignement d'œil. Vous êtes une grande fille.
Elle salua d'un dernier geste de la main avant de disparaitre définitivement.
93 Rigolez pas. C'est vrai.
94 Comment-ça il n'y a qu'un mâle pour décrire ainsi la scène. Une jeune fille, étirée, nue sur un lit n'a pas le même impact sur tout le monde. Je le reconnais.
95 De Vire, Guéménée, ou Charlieu. Au choix. Je l'ai déjà faite ? Désolé.
96 Celui qui croit que le titre est un hasard est un idiot. Non mais !
97 Michel Sardou, « Le surveillant général ». Je sais, ce n'est pas tout neuf. Mais il me fallait une chanson du début des années 80.
