Bonjour à tous.

Voici la suite, livrée avec un peu d'avance. Zoom sur notre black & white favorie et son passé avec le personnage le plus charismatique de toute la série (selon moi, bien sûr). Mima reviens !

Bref, bonne lecture et review ?

Disclaimer : Touhou Project appartient à ZUN.


Chapitre 8 : La nostalgie de la sorcière kleptomane.

Même décorée par des bouquets de fleurs, une tombe reste un objet triste. En plus de se trouver face à une stèle aussi froide que le cadavre enterré dessous, le nom gravé dans la pierre fait toujours ressurgir des souvenirs du passé. L'absence d'un être cher qui vous a prodigué amour et affection, vous est rappelée d'une manière absolument brutale par ce simple bloc de marbre sculpté.

Pour la magicienne humaine Marisa Kirisame, revoir la tombe de sa maîtresse est comme un nouveau déchirement. Chaque fois qu'elle se rend à cet endroit, elle ne peut pas s'empêcher de pleurer. Elle rend régulièrement hommage à cet esprit, à cette femme à laquelle elle doit tout, pour se soulager. Mais malgré les prières, cela ne l'empêche pas d'avoir toujours en elle la sensation d'être incomplète. Lorsque la sorcière à la robe aussi noire que la nuit prie pour le salut de cette âme, c'est le seul moment ou on peut apercevoir la blonde afficher un faciès sérieux, si différent du visage candide habituel.

Lorsqu'elle murmure des mantras, lorsqu'elle place ses mains proches de son cœur, on sent que la sorcière à la robe noire est dans un état de concentration extrême. Elle est tellement appliquée à prier, que le seul autre moment ou elle est aussi minutieuse est celui lorsqu'elle travaille avec passion à la perfection d'une de ses cartes de charme.

Marisa n'en a jamais parlé à personne, pas même à son amante, mais elle ignore totalement ce que sont devenus ses parents biologiques. Lorsqu'elle a appris la mort de ses géniteurs, plusieurs mois après leur décès, elle a simplement haussé les épaules. Elle ne s'est jamais présentée à aucune cérémonie en l'honneur de leur mémoire et n'a jamais cherché à récupérer la boutique familiale. Pour dire à quel point elle n'a cure de ses parents, elle ignore totalement ou reposent ses géniteurs. Les yeux d'or de la sorcière ne montrent aucun intérêt à savoir la position du lieu du dernier repos de ses parents, puisque la seule personne qu'elle ait considéré comme une mère est enterrée devant elle.

Tenant fermement son chapeau pointu entre ses doigts, la sorcière repensa à la première rencontre avec celle qui deviendra ultérieurement sa mère spirituelle.

-Mima-sama, appela t-elle avec respect, espérant que quelque chose se produirait.

Marisa avait vécu pendant quelques années dans une famille de boutiquiers du village, vivant assez aisément. Elle avait toujours été bien traitée, mais n'avait jamais fait la fierté de sa famille. Comme pour toutes les filles, ses parents voulaient qu'elle soit casée le plus rapidement possible. La famille de commerçants aurait souhaitée avoir un garçon pour qu'il reprenne leur commerce, mais des complications lors de l'accouchement avaient rendu l'honorable Madame Kirisame stérile. La pauvre femme serait incapable de porter des enfants de nouveau et il arrivait parfois que la faute soit rejetée sur la jeune fille.

Marisa fut toujours correctement traitée, malgré quelques paroles désagréables, mais elle sentait parfaitement qu'on la considérait comme un fardeau pas toujours désiré. Dans son village, les rumeurs perfides allaient bon train sur cette enfant d'une beauté moyenne. Cette fillette était terriblement maladroite à cause de sa distraction, de son envie de comprendre ce qui l'entourait et qui faisait qu'elle ne regardait presque jamais devant elle. Les plus bornés des villageois n'hésitaient pas à la qualifier unanimement de stupide.

Pour tous les colporteurs de ragots, le regard de curieuse facilement égarée de Marisa renforçait la croyance générale en l'idiotie de la petite. L'obsession de savoir de la petite était sans cesse réfrénée, l'on considérait que la culture n'était pas utile pour une future femme au foyer. Pire encore, Marisa passait pour être terriblement ignorante, jamais intéressée par ce qui ferait sa future vie de femme au foyer.

Ce fut la rumeur qui lui fit le plus mal. Elle voulait savoir, mais on lui refusait l'accès à cette connaissance. Elle voulait être maîtresse de son destin, mais ses parents planifiaient de lui trouver un mari le plus rapidement possible.

Un soir, par une nuit plus fraîche que d'habitude, fatiguée des quolibets et du mépris de plus en plus affiché par ses propres parents, la petite fille préféra disparaître. Lorsqu'elle enjamba la fenêtre et qu'elle se retrouva dans le village désert, elle fut envahie par une extraordinaire sensation grisante de liberté.

Lorsqu'elle dépassa la dernière maison du village, ce fut un moment magique. Elle était allé plus loin que tout ce qu'elle avait vu du vaste monde. En inspirant profondément l'air, elle se rendit compte qu'elle avait dépassé la limite fixée par ses parents. Ce n'était pas grand-chose, mais la jeune fille savait que c'était une étape essentielle. Après tout, un voyage de plusieurs milliers de kilomètres commence toujours par un premier pas.

Quand Marisa pénétra dans la forêt et qu'elle perdit de vue les toits de chaume du village, elle sut au fond d'elle-même qu'elle avait bien fait. Enfin, elle pourrait savoir ce qu'il y a au-delà des barrières imposées par ses parents. Pour la première fois, elle se retrouva dans le monde. Sans ces limites fixées par ses parents, elle avait l'impression que la Terre entière lui était accessible, elle caressait l'illusion de pouvoir faire ce qu'elle voulait sans que personne ne l'entrave, ni ne la désapprouve. Elle avait un monde tellement vaste à explorer, mille fois plus intéressant à étudier et à comprendre.

La blonde avait un objectif caché au fond d'elle-même. Plus que d'accumuler le plus de savoir disponible, la future magicienne voulait simplement être la première à faire quelque chose. Accomplir ce qui n'avait jamais été fait par personne, n'importe quoi, pourvu que ça impressionne et que ça démontre qu'elle n'était pas l'idiote que la pensée commune des villageois décrivait.

Elle espérait pouvoir revenir un jour. Elle espérait marcher fièrement au milieu des habitants et regarder ses parents en leur disant ce qu'elle avait fait et elle espérait lire la fierté sur les visages des membres de sa famille.

Marisa ne le savait pas à cette époque, mais elle n'a jamais remis un pied dans cette petite communauté villageoise. Aujourd'hui, elle a mille fois mieux à faire que de prouver sa valeur à ces paysans arriérés.

En chemin, avançant dans les sentiers battus, l'enfant fit une rencontre à laquelle elle n'était absolument pas préparée. Elle la rencontra. Peu de gens normaux l'ont vu et encore moins ont pu se vanter de l'avoir aperçue.

Le diabolique esprit immatériel qui rodait généralement aux alentours du temple Hakurei était alors sorti pour chasser dans les ombres. Tapie dans un buisson, Marisa put admirer à loisir le stupéfiant charisme du démon charmeur, la légendaire Mima. Le corps fantomatique était revêtu d'une longue robe bleue ornée de motifs étoilés, surmontée d'une splendide cape de soie, fermée d'un nœud doré. La créature spectrale luisait dans les cieux, elle irradiait la puissance et la beauté. En même temps qu'elle faisait étalage de son charme, l'apparition combattait de puissantes hordes de yôkai avec une aisance déconcertante, agitant gracieusement un long sceptre entre ses doigts fins et agiles.

Marisa comprit rapidement que cette apparition n'était pas humaine, elle n'avait rien d'une personne classique. Des ailes de dragon aux reflets violacés dépassaient des vêtements de Mima et s'agitaient au gré des gracieux mouvements. Les jambes de cette forme avaient disparu, faisaient place à une étrange fumée bleue pâle qui émergeait sous les dentelles du bas de la robe. La créature combattait avec une violente élégance, ses longs cheveux d'un vert sombre et intense se balançaient à mesure qu'elle écrasait ses ennemis.

Lorsque le combat fut achevé, l'esprit errant allait poursuivre sa route, lorsque la voix enfantine de Marisa atteint ses oreilles. Instinctivement, le spectre agit avec des réflexes inhumains et pointa son arme en direction de la jeune fille. L'extrémité de son bâton doré était ornée d'un croissant de métal argenté, finement décoré de gemmes précieuses et de runes antiques. Le métal était extrêmement effilé, le tranchant étant encore maculé du sang des démons malchanceux ayant fait les frais de la colère de l'esprit.

- Qui es tu ? interrogea durement le fantôme. Qu'est ce que tu me veux ?

- Je m'appelle Marisa, répondit la fillette apeurée par la puissance de cet être surnaturel. Je ne vous veux aucun mal, gémit-elle, comme si elle pouvait faire quoi que ce soit à un mort. Je veux juste partir et comprendre le monde.

La gamine était visiblement effrayée, craignant que la lame près de sa gorge ne mette fin à sa vie, achevant d'un coup sa quête. Pourtant, la créature éloigna son arme de la gorge de la petite enfant. Cet acte était surprenant, Mima n'ayant jamais laissé en vie aucun de ceux qui pourrait l'avoir vue, sans parler de ceux qui l'ont croisée.

Pourquoi à t-elle laissé Marisa vivre ? Etait-ce à cause de la raison donnée par l'enfant qui prit au dépourvu le fantôme ? Etait-ce de la simple pitié ? Personne n'en sait rien, la créature spectrale n'étant même pas sûre des sentiments l'ayant traversée lors de cette rencontre.

- Tu as peur ? demanda Mima avec une voix doucereuse et aguichante.

- Bien sûr, répondit Marisa dont la crainte s'entendait poindre. Il faudrait être totalement idiot pour ne pas avoir peur.

Un sourire, si différent des rictus de cruauté habituels, s'afficha sur le visage de l'être décédée.

- Mon nom est Mima, répondit calmement l'esprit. Je suis l'esprit maléfique du sanctuaire Hakurei.

- Vous n'êtres pas méchante, affirma la jeune fille avec certitude.

Un des sourcils de Mima s'éleva fugacement, tandis que la curiosité naissait dans ses yeux brillants d'un vert intense.

-Dis moi ce qui te permet d'affirmer cette proposition, demanda t-elle.

Mima avait fait une demande, mais le timbre de sa voix et le regard qu'elle avait indiquait qu'il s'agissait plus d'un ordre que d'une demande.

- Vous ne m'avez pas tué alors que vous auriez parfaitement pu le faire, répondit avec détachement la jeune fille, un peu comme si elle parlait de la météo.

Mima poussa un petit rire amusé. Apparemment, cet enfant avait des traits d'esprit plutôt développés. Alliés à une curiosité scientifique et une soif de savoir intarissable, elle pourrait devenir un jour devenir une femme plein de talents.

- Je vais te ramener chez toi, annonça t-elle de sa voix calme.

L'esprit ne savait pas d'ou pouvait bien venir cette brusque montée d'humanité. Certainement pas de son cœur froid, puisque en temps normal, elle aurait abandonné l'humaine sur place. En pleine nuit et avec les yôkai en chasse, la gamine n'aurait pas survécu plus d'une dizaine de minutes.

Pourtant, la petite blonde n'avait pas l'air de vouloir bouger. Elle s'était raidie, comme si elle craignait de retourner au village.

- Je … est-ce que je peux rester avec vous ? implora Marisa d'une voix tremblante. Je ne veux pas retourner là-bas.

- Tu ne veux pas retourner chez ta famille ? questionna le fantôme, étonné par le regard suppliant de la jeune fille.

- S'il vous plait, répliqua t-elle avec insistance, ils ne me voient que comme un fardeau à marier et comme une idiote. Ne me forcez pas à y retourner, je vous en prie.

Mima fut frappée par cette demande. Pour la deuxième fois depuis longtemps, elle éprouva des sentiments agréables. Elle ressentait de bonnes émotions, des sentiments autres que la colère et la haine qui couvaient en elle depuis … depuis combien de temps, déjà ?

- Bien, soupira l'âme errante. J'accepte de te prendre comme disciple et de te former comme magicienne. Cependant, j'exige en contrepartie une obéissance sans faille et un travail sérieux. Acceptes tu ma proposition, Marisa ?

Tandis que le fantôme parlait de sa voix chatoyante et envoûtante, le visage de l'enfant se faisait des plus radieux. Marisa n'hésita pas une seule seconde.

-J'accepte … Mima-sama.