Désolé, un peu en retard
Chap. 49 : S'il était un jour...
Pendant le reste de la soirée de Noël, Hermione resta un peu songeuse, pratiquement boudeuse. Grâce à Sirius, son absence d'implication dans les conversations passa pour de la fatigue et un peu aussi, une réaction à la présence d'un certain Weasley. Percy qui était loin d'être stupide comprit évidemment qu'il n'était pas étranger au comportement de la jeune fille. Il ne pouvait savoir qu'Hermione tentait de percer les mystères de l'intervention d'Ellie Finnighan. Pour tenter de l'intéresser, Harry et Ginny lui proposèrent divers amusements, jeux ou farces. Hermione prit à peine le temps de répondre et semblait se désintéresser totalement de son univers. Le lendemain, elle fut un peu plus raisonnable et retrouva toute sa bonne humeur. Étrangement, Percy avait, lui, décidé de ne pas revenir chez ses parents. Probablement pour éviter de se trouver une nouvelle fois confronté aux réprimandes silencieuses de ses parents, et aux mauvais tours bruyants de ses jumeaux de frères. La jeune irlandaise passa la majeure partie de sa journée avec Fleur, Molly, et ses deux amies pendant que les garçons pataugeaient dans une neige rendue humide par un radoucissement de la température. Se dressant derrière les carreaux de la fenêtre de la cuisine, Hermione observait la nature environnante.
- Le Terrier est plus agréable au printemps, quand les bourgeons se multiplient avant de s'ouvrir en explosions de couleurs vives. Souffla Hermione en observant la blancheur du jardin.
- Moi. Reprit Fleur. Je suis très étonnée de cette neige. Comme mes parents habitent dans le sud de la France, nous en voyons rarement. Poursuivit-elle en guise d'excuses.
La française jouait aux cartes avec Ginny et Emma. Elle devait être particulièrement distraite car elle perdait systématiquement. Á leurs côtés, Molly brodait des tissus délicats et nombre de petits « W » sur de la layette. Vœux pieux ou annonce de l'imminence d'une nouvelle présence ? Hermione n'aurait su le dire. Enfin, Molly et Emma convinrent qu'elles aiment aussi tout particulièrement le printemps pour l'espoir que portait symboliquement la renaissance des jeunes plantes. Seule Ginny préférait l'été. Elle affirma trouver les odeurs des plantes séchées au soleil, les fruits muris avec lenteur bien plus agréables.
- C'est aussi le moment où Harry passe quelques jours avec nous. Sourit Molly sans quitter son ouvrage.
Ginny resta tétanisée. Que ses amies soient au fait de la situation n'était pas si évident à vivre. Elle savait pouvoir bénéficier de l'aide d'Hermione et s'en félicitait. Que sa belle-sœur en ait vaguement conscience n'était pas plaisant. La chanson que Fleur avait partagée avec Hermione la laissait dubitative et inquiète. Aucune des deux jeunes femmes n'ayant daigné lui expliquer de quoi il retournait. Que sa mère paraisse parfaitement informée était proprement angoissant. La rouquine balbutia et tenta de se justifier, d'insister sur la sincérité de ses affirmations.
- Ce n'est pas comme si tu devais en avoir honte ma chérie. Remarqua Molly doucement.
- C'est juste qu'il n'est pas très ouvert à la question. Lança Emma narquoise. Je crois qu'il a un faible pour l'assistante du professeur Lupin.
- On m'a dit qu'elle était très belle, et française aussi. Remarqua Fleur qui peinait à dissimuler sa contrariété. Qu'on puisse lui préférer une autre femme, française qui plus était, ne la satisfaisait pas du tout.
- Très mariée aussi. Continua Hermione en se détournant de la fenêtre. Elle appuya son dos contre le rebord de l'élément de cuisine et détendit ses muscles raidis par l'image d'un dragon crachant des flammes.
- Je crois que Ron aussi la trouve très « pédagogue » émit Ginny.
Il était vrai que Ron Weasley trouvait la jeune assistante très attirante, mais honnêtement, c'étaient essentiellement par ses qualités et ses prises de positions contre Seagull qu'il la trouvait si intéressante. Rapidement, Hermione rétablit la vérité du comportement de son roux d'ami. Cela rassura Emma, et fit un grand plaisir à Molly. Pour une fois, on donnait du crédit à ses affirmations concernant Hermione Parkinson.
- Toi aussi, tu dois être heureuse que l'on soutienne ta mère. Fit Molly. Hermione mit quelques instants à concevoir qu'elle était l'interlocutrice désignée. Le dragon continuait de s'imposer à son esprit.
- Je n'ai jamais douté de votre parole Molly. S'étonna finalement Hermione. La mère de famille sembla particulièrement heureuse de l'affirmation pourtant simplement honnête.
La jeune irlandaise n'avait jamais fait autrement que confirmer les récits de Molly Weasley. Elle avait vécu les événements en question. Grâce au voyage dans le temps, ses souvenirs étaient même plus nets que ceux de Molly. Hermione peinait parfois à les contrôler. De plus, elle devait toujours s'arranger pour tourner ses phrases de manière à faire croire qu'elle racontait ce que sa mère fictive lui avait appris. La conversation continua un moment sur la dite Seagull et spécifiquement sur son voyage en France. Ginny, quant à elle, était très heureuse que l'on oublie si vite ses soucis avec un certain balafré.
- Je n'avais jamais entendu parler d'une visite de Benedict Dietrich en France. Remarqua Emma.
- C'est exactement ce qu'à dit Adeline. Coupa Hermione. Dietrich n'est pas Seagull. L'affirmation laissa les autres femmes béates.
- Expliques toi. Trancha Ginny. En face d'elle Emma semblait plongée dans ses pensées pour comprendre ce qu'Hermione voulait dire.
- Le mythe n'est pas représenté par une seule personne. Donc, Seagull a très bien pu aller un peu partout en Europe. Il suffit que les gens y croient. Commenta Hermione en haussant les épaules.
Pour la jeune irlandaise les faits rapprochés de la mythologie de l'héroïne irlandaise étaient à ce point exceptionnels qu'ils ne pouvaient majoritairement pas être vrais. Ou bien, il s'agissait de l'accumulation sur une seule personne d'aventures dues à beaucoup d'autres. Cela était connu. D'ailleurs Gilderoy Lokart n'avait-il pas fait exactement la même chose ? Cette fois, Hermione retint l'allusion. Il lui restait de sa précédente tentative des cicatrices cuisantes pour son amour-propre.
- C'est ainsi que l'arrestation de Bellatrix Lestrange est devenue une partie du mythe héroïque. Intervint Emma qui avait compris. Hermione acquiesça.
- Je dirais que c'est flatteur pour ta mère. Coupa Molly. Même si j'aurais préféré qu'elle soit reconnue comme une héroïne à part entière.
- Maman n'aurait pas voulu. Menti à moitié Hermione. Elle-même ne le voulant pas.
Visiblement ragaillardie par ces conclusions, Molly proposa un thé et des biscuits aux jeunes femmes qui l'entouraient. Aucune n'eut à cœur de lui refuser bien qu'elles aient mangé au cours des journées précédentes bien plus que de raison.
« §§§ »
Le séjour au Terrier qui ne devait pas excéder une à deux journées dura tout le reste des vacances. Sirius et Hermione rentraient chaque soir au square pour se coucher, Harry, lui, avait trouvé une petite place dans la chambre de Ron. Hermione se félicitait de cette situation. Les deux compères devenaient jour après jour plus proches, plus semblables à ce que la jeune fille avait connu. Lorsque le temps de retourner à Poudlard vint, Ron et Harry étaient devenus pratiquement inséparables. Ce qu'Emma regrettait un peu car elle se sentait parfois exclue du duo. Doucement, Hermione la rassura. Elle avait connu cette situation, même si elle ne pouvait pas le lui dire explicitement.
- Le temps qu'il passe à plaisanter avec Harry, il ne le passe pas à dire des bêtises. Lança Hermione.
- Je ne sais pas si cela doit me rassurer. Grimaça Emma.
- Tu préférerais le voir pendu au cou de Lavande Brown ?
- De cette pimbêche ? s'étonna Emma. Qu'elle y vienne !
Hermione se contenta de rire. Il était particulièrement agréable de savourer cette revanche sur l'ex-petite-amie de Ron. Du moins du point de vue d'Hermione. Pour sa part, Emma ne pouvait pas imaginer son Ronald avec une autre fille qu'elle-même.
Le retour en train ne posa aucun problème cette fois-ci. En tant que préfets-en-chefs, Emma et Ron s'assurèrent consciencieusement que personne ne s'amuse aux dépends de plus faibles. Mais ils n'eurent pas à s'opposer à Malefoy qui se cacha avec ses amis et ne tenta pas de sortir de son compartiment. Le reste du groupe d'amis resta autour d'Harry pendant le trajet où chacun raconta ses vacances. Hermione apprit ainsi que Luna était restée auprès de son père qui ne pouvait guère s'offrir de vacances puisqu'il était éditeur et journaliste du « Chicaneur ». Néanmoins, elle avait mis à profit ses vacances pour s'informer sur les ronflaks cornus et les joncheruines. Après un grand éclat de rire, on s'intéressa aux vacances de Neville. Comme chaque année, sa grand-mère et lui étaient resté dans la demeure familiale.
- Ma grand-mère n'aime pas trop s'éloigner… fit-il.
- Il y a tout ce dont elle a besoin à Londres. Acheva Hermione. Je la comprends.
Son ami lui adressa un regard à la fois étonné et bienveillant. Il ne pouvait pas savoir qu'Hermione avait anticipé l'allusion au fait que les parents du jeune homme restaient soignés à Sainte-Mangouste. Mais il était reconnaissant qu'elle ait pensé à détourner la conversation. De son côté, Hermione était mal à l'aise. Quand elle avait mis en œuvre son voyage dans le temps pour protéger Harry, elle aurait pu imaginer de mettre Neville et ses parents à l'abri eux aussi. Cette erreur lui pesait un peu.
Enfin, on s'attaqua au cas de Dean. Hermione remarqua du coin de l'œil que Ginny n'était pas vraiment pressée de voir celui qui l'enlaçait pourtant, raconter ses vacances. Hermione écouta d'une oreille distraite une histoire où il était question de ski pour se concentrer sur les attitudes de la jeune rousse. Seule la crainte des ragots concernant leur possible relation conduisait Ginny à conserver auprès d'elle le jeune homme. Chaque fois que Dean tentait de se serrer un peu plus de son amie, celle-ci se décalait visiblement vers Harry qui rougissait chaque fois. Détail qu'Hermione reçut comme un signe positif. Malgré les affirmations du jeune homme lui-même, il paraissait sensible à la jeune rouquine. L'irlandaise sourit toute seule à cette évocation.
- Ça t'amuse que je me casse un tibia au ski ? s'étonna Dean d'une voix plus forte, un peu agacée.
- C'est pas comme si nous ne faisions pas de magie Dean. Répliqua instantanément Ginny. En cinq minutes tu n'avais plus rien, n'exagère pas non plus.
- Il n'empêche que ça fait mal sur le coup. Protesta encore le jeune homme sous les rires amusés des autres membres du groupe.
Heureusement, le trajet s'acheva sans autre incident notable que l'ego froissé de Dean. Comme à chaque fois, Hagrid vint accueillir les élèves sur le quai de la gare de Poudlard. Cette fois cependant, Hermione remarqua les aurors qui tentaient gauchement de se dissimuler dans l'ombre. Le ministère commençait son offensive contre Dumbledore. Bientôt, il imposerait leur présence dans l'enceinte de l'école, puis il ferait appel à des détraqueurs. Ainsi, l'école sera cernée et le « survivant », seul danger perçut par Voldemort, serait définitivement coincé entre quatre murs. En connaisseuse, Hermione trouva la démarche très cohérente et suffisamment discrète pour n'être décelée que trop tard.
Plongée dans ses réflexions pendant qu'ils marchaient vers le château, la jeune irlandaise ne remarqua pas la présence de Tonks. La jeune auror, qui devait finalement avoir son âge, tenta d'attirer son attention en vain. Harry fut obligé de tirer le bras de son amie pour qu'elle s'aperçoive de la situation. Après avoir vérifié qu'elle pourrait reprendre sans encombre le chemin de l'école, Hermione salua ses amis en leur disant de ne pas s'inquiéter pour elle. Ginny voulut s'arrêter à son tour, Dean refusa tout net en prétextant de ridicules dangers. Il n'obtint pour réponse qu'un regard dédaigneux. Harry intervint avant qu'Hermione ne le fasse, il proposa que tout le groupe attende quelques minutes. Ainsi, ils rentreraient en nombre peu après les derniers. Ils passeraient pour des trainards, de vagues retardataires. La proposition reçut un accord unanime. Ron ajouta même que la présence d'un préfet en chef parmi eux devrait simplifier la chose. Résignée, Emma continua seule la progression vers le château. Qu'un préfet soi manquant n'était pas très gênant, deux, qui se fréquentaient qui plus était, cela aurait été louche. En s'éloignant, Emma tenta de leur faire promettre de ne pas trop trainer. Précaution inutile et tentative absurde. Dès qu'Harry était dans un groupe, il fallait que la malchance soit avec eux. Tout les autres savaient qu'ils ne parviendraient pas jusqu'à la grande salle sans se faire attraper et punir. Quoi qu'il en fut, Hermione ne pouvait pas ignorer l'invite de Tonks et il n'était pas dans ses habitudes de contraindre ses amis. Elle accepta donc leur présence et se dirigea vers l'auror et néanmoins amie.
- Bonsoir Tonks. Fit-elle en arrivant à ses côtés, souriante. Qu'y a–t-il ?
- Un type qui dit te connaitre m'a remis ce papier pour toi. Répondit l'auror. Hermione attrapa un petit bout de parchemin replié sur lui-même. Elle l'ouvrit prestement pour en lire la signature.
- C'est un mot d'Albert. Sourit Hermione. Je te remercie Tonks. Continua-t-elle.
- Ce n'est rien. Seulement. L'auror hésita.
- Si tu veux nous prévenir des manœuvres du ministère. Coupa Hermione. J'avais deviné.
En observant les réactions des autres membres du groupe, la jeune irlandaise s'aperçut qu'elle était bien la seule. En quelques mots, elle exposa les conclusions qu'elle échafaudait quelques instants auparavant. Fermement, Tonks admit que toutes les opportunités auxquelles Hermione faisait référence risquaient de se trouver confirmer très prochainement.
- Dumbledore est au plus mal. Dès qu'il ne sera plus, le ministère nous obligera à prendre le contrôle de l'école.
- Moi, ça ne m'inquiète pas. Brava Ron.
- Tu devrais. Insista Neville. Tu crois qu'ils vont arriver juste pour nous regarder travailler ?
- Parce que tu penses qu'ils vont nous enfermer à la moindre incartade ? railla Dean qui rejoignait les certitudes de Ron.
Hermione se crispait un peu. Elle comprenait parfaitement que ses amis ne parviennent pas à prendre la mesure des risques encourus dès lors que le ministère contrôlerait l'école de Sorcellerie.
- Pourtant, si Rogue est le nouveau directeur, Jedusor devrait être rassuré. Tenta Hermione.
- Mais Lucius Malefoy n'a pas confiance en lui. Rétorqua Tonks.
- Toujours dans nos pattes celui-là. Cracha Harry. Ce qui lui valut les regards interrogateurs de tous ses amis. Le jeune homme raconta les difficultés que le patriarche avait causées à Harry et Drago lorsqu'ils étaient « amis ». Plus rigide que Lucius Malefoy. Conclut-il. Je ne pense pas que cela puisse exister.
- On est mal parti. Soupira Ginny.
- Pas nécessairement. Répliqua Hermione d'un air détaché. Les aurors ne sont pas des mange-morts, ils auront des réactions mesurées. Cela peut-être un avantage pour nous.
- Le ministère fera un tri. Coupa Tonks. Je ne suis pas certaine de conserver mon poste à cause de mon mariage, et j'ai Teddy à mettre en sécurité. Acheva-t-elle.
- Des aurors-mange-morts à Poudlard. Ricana Neville. Nous voilà frais.
- Les statues s'opposeront à eux. Remarqua Luna de sa voix éthérée.
L'attention de l'ensemble du groupe se focalisa sur la jeune fille aux cheveux blancs. L'incongruité de l'intervention fit sourire la plupart des jeunes gens. Seul Harry douta que ce soit une de ces nombreuses fulgurances sans portée ni conséquences. Lorsqu'ils prirent enfin le chemin de l'école, le jeune homme tira Hermione vers lui.
- Tu crois que Luna sait quelque chose d'important ? s'enquit Harry.
- Je suis sure qu'elle a raison. Sourit la jeune fille. Seulement, je ne vois pas comment cela se passerait. J'imagine que le directeur maitrise beaucoup de choses que nous ne saurions imaginer.
Harry reçut l'information avec stupeur. La jeune irlandaise se souvint qu'il n'était pas aussi expérimenté que le Harry de ses souvenirs. Pour elle qui avait tant vécu, même sans se souvenir de tout, il y avait moins de surprises. D'ailleurs, la dernière zone d'ombre de sa mémoire débutait avec son arrivée à Heuton-Pagnell. Elle en avait parfaitement conscience à présent. Des bribes revenaient néanmoins des périodes suivantes. Les noms, les lieux et les visages étaient plus ou moins flous. Pourtant, elle savait qu'elle avait été entrainée à être bien plus efficace que Tonks elle-même. Hermione sourit en pensant qu'elle n'aurait pas intérêt à la défier en duel de crainte de la vaincre trop facilement. Elle n'était plus la fragile petite fille perdue qui était arrivée chez Sirius pratiquement 8 mois plus tôt. Á défaut de toute sa mémoire, tous ses réflexes étaient revenus. Hermione prenait garde à ce que cela ne se remarque pas trop. Elle sursautait au moindre bruit, lançait des sorts informulés de défense avant même de s'en rendre compte, piégeait mécaniquement les entrées le soir. Tous ces réflexes qu'acquiert un combattant. Le doute la rongeait parfois la nuit. Elle priait de n'avoir causé la mort de personne[1]. La réponse évasive d'Hermione plongea Harry dans une profonde réflexion. Visiblement, il prenait la mesure de ce qu'il lui restait à accomplir et à apprendre.
- Mais rassures-toi. Intervint Hermione. Dumbledore veut que je t'apprenne tout ce qui te sera utile pour vaincre.
- Je ne m'en sens pas capable. Soupira le jeune homme.
Pour la première fois, Hermione fut placée devant les doutes de ses amis. Jusqu'à présent elle avait uniquement considéré la situation sous l'angle de ses propres perceptions. Intimement elle doutait, elle se savait forte mais fragile en même temps. Ce qu'elle avait vu dans ses souvenirs, la chute de Jedusor, les images venues de Rogue, tout cela la confortait dans la prise de conscience de ses limites. Mais avoir conscience de soi est très différent d'être informé des incertitudes de ses amis. Comme elle pu, Hermione partagea ses convictions avec Harry. Elle exprima par des mots simples toute la confiance qu'elle lui portait, toute l'amitié qu'elle avait pour lui.
- Ne te méprends pas. coupa Harry. Tu es probablement ma meilleure amie. Mais cela s'arrête là. il agitait les mains en mouvements mécaniques un peu forcés. Visiblement, ce qu'il affirmait n'avait pas été préparé mais nécessitait d'être exprimé. Nous ne pouvons continuer à combattre ensemble.
- Et tu es mon ami Harry. convint Hermione. Il me semblait avoir été claire, lorsque nous en avons déjà parlé, je viens ! le visage du jeune homme marqua sa stupeur.
- Nous avons discuté de pleins de choses. fit-il après un silence. Mais pas de cela.
Hermione rougit de confusion. Elle décida qu'ils ne pouvaient pas rester plus longtemps en arrière et pressa le pas pour rejoindre les autres membres de leur groupe. Le sang battait ses tempes, elle venait de laisser passer un gros lapsus. Cette discussion, elle l'avait eu dans son passé, avant leur voyage dans le temps. Lorsque Ron et Lavande se fréquentaient. La jeune irlandaise trouvait que ce genre d'erreur était devenu trop fréquent ses dernières semaines. Au cours des vacances au Terrier, elle avait manqué trois fois de raconter devant tout le monde des souvenirs de la fratrie Weasley. Elle aurait eu l'air maline en s'écriant, "qu'elle se rappelait sans mal le jour où Fred et George avaient caché les balais de Josy dans l'arrière cours du "sleepin' chess". Les moments d'intimités partagés avec Molly à cette époque revenaient souvent en mémoire et s'imposaient parfois aux conversations du moment. Hermione se demandait si elle devait en parler à Dumbledore.
Pour l'heure, Harry courut pour rattraper la jeune fille qui s'était vivement élancée vers Ginny qu'elle attrapa par le bras avant de s'intégrer à la conversation. Il était question de pratiques sportives auxquelles il était exceptionnel de convier des amis. Hermione rougit à devenir cramoisie et s'excusa de son intrusion. Mais Ginny semblait être ravigotée par sa présence et lança avec mépris une remarque qui fit bien comprendre à son petit ami qu'il pouvait encore s'entrainer tout seul.
Harry les rejoignit alors que Dean s'éloignait vaguement désagréable. Il prit sans y prêter attention la place du jeune homme qui s'éloignait. Il n'eut pas le temps de voir l'expression de grande félicité de Ginny qui inspira profondément pour se donner contenance. Comme tout jeune homme qui se respecte, et qui n'a qu'une culture livresque de la question, Harry ne perçu pas l'émoi de la jeune fille et ne prêta pas d'attention à la vigueur de la pression de ses doigts sur son bras. La conversation reprit là où Hermione l'avait laissé, ce qui ne l'arrangeait pas. La jeune irlandaise regretta d'avoir un ami qui avait un tant soit peu de mémoire et d'obstination.
- De qu'elle conversation voulais-tu parler ? s'étonna-t-il.
- Excuses-moi Harry. Je suis confuse parfois. se défendit Hermione. C'est probablement avec Ginny ou Tonks ou Sirius que j'ai parlé de cela. Les mots sonnaient terriblement faux et Harry semblait le percevoir.
Venant à la rescousse de son amie, Ginny s'informa sur les tenants et aboutissants de leur conversation. Lorsque la mention de la phrase d'Hermione arriva enfin, Ginny déclara sans hésitation qu'elle avait déjà entendu cette formulation. Elle affirma même qu'elle pensait qu'Hermione l'avait dit à Harry autour du lac après Halloween. Ils s'étaient retrouvés là-bas pour évoquer les premiers de leurs entrainements. Tous les jeunes gens regardaient alors Hermione comme si elle était différente d'eux. La jeune irlandaise avait eu besoin de toute sa persuasion pour leur faire comprendre qu'elle n'était rien d'autre qu'une jeune fille un peu plus expérimentée, envoyée par Dumbledore pour les former. Cette mission, elle se l'était attribuée des mois, et même des années, auparavant. Hermione ne pouvait plus supporter l'idée de perdre ses amis, qu'il s'agisse de Dumbledore ou Sirius, ce cher Sirius, son père adoptif.
- J'étais déterminée à m'assurer que vous ne seriez jamais vaincus par des mange-morts, je ne me dédirais pas. scanda Hermione au bord de l'hystérie.
- Et tu as fait beaucoup pour que nous soyons en mesure de leur résister. coupa Harry.
- Mais à présent, il va falloir que nous agissions par nous-mêmes. ajouta Neville. Le ton du jeune homme stupéfia Hermione.
D'un regard circulaire, la jeune irlandaise dévisagea chacun des visages de ses amis réunis autour d'eux. Elle ne vit que des masques contrits. Visiblement, ils avaient déjà préparé cette confrontation. Hermione resta estomaquée en pensant qu'ils arrivaient à un point de rupture simplement parce qu'elle avait manqué d'évoquer des souvenirs de son ancienne vie. Le groupe se dirigea en silence jusqu'à la porte de la grande salle. Ils y rejoignirent une Emma passablement stressée.
- Qu'avez-vous fait ? s'étonna-t-elle en dévisageant Hermione qui lui adressa un maigre sourire.
- Rien de particulier, ne t'inquiètes pas. finit par avouer la jeune irlandaise. Pourtant, ces quelques mots lui coutèrent bien plus qu'elle ne pourrait jamais l'admettre.
- Harry lui a confirmé que nous prenions en charge le reste de la mission. coupa Ron. Entendre "son" Ron évoquer sa raison d'être d'une manière aussi désinvolte blessa profondément Hermione. La jeune fille peina à réfréner des larmes de tristesse.
- Vous ne croyez pas qu'elle devrait venir avec nous ? s'enquit doucement Emma d'une voix qu'elle voulait inaudible mais qui perça les tympans de son amie.
Harry et Neville échangèrent un regard avant que ce dernier ne confirme la décision prise par le "survivant". Ils ne voulaient pas qu'Hermione les accompagne, sa mission se terminait. Malgré tout, ils lui étaient grandement reconnaissant des efforts qu'elle avait fournis pour les préparer. Au cœur de la conversation qui s'enflammait en sous-entendus et mots de codes, Hermione se sentait de plus en plus seule. Elle sentit soudain une petite main chaude se poser sur son épaule et se retourna pour voir Ginny qui lui souriait doucement.
- Moi aussi je suis exclue de cette "mission". Elle prononçait ce dernier mot avec un visible dédain. Ils se prennent pour des grands maintenant que tu leur as appris tout ce qu'ils devaient savoir.
- Je n'ai pas fini. soupira Hermione en baissant les yeux.
L'approche de Rusard, claudiquant et maugréant à haute voix contre les élèves, rappela aux membres du groupe qu'ils étaient encore attendus dans la grande salle. Fermement, Harry et Ron poussèrent les battants de la porte pour leur permettre de rejoindre le reste des élèves. Le brouhaha qui envahit le hall d'entrée ne s'interrompit pas un instant à cause de leur irruption. Personne ne prêta attention à leur arrivée, ils en furent tous soulagés. Le petit groupe se dirigea vers la table des griffondors, dans la portion qu'ils avaient l'habitude d'occuper. Mécaniquement, Hermione suivit le mouvement. Être évincée en quelques mots, sans franchise, lui portait sur le cœur. Quand ses amis, elle ne parvenait pas à les considérer autrement malgré le hiatus qui les opposait, s'installèrent, Hermione poursuivit sa progression entre les tables. Seule Ginny leva un regard étonné devant la conduite de son amie. Elle tenta d'arrêter Hermione, mais la main de Dean retint son geste en plaquant son poignet sur la table. La rouquine fusilla du regard son petit-ami. Celui-ci se rapprochait doucement de la porte à mesure qu'il accumulait les gaffes.
Doucement, tranquillement, sereine, Hermione se dirigea vers la table des professeurs. Parvenue devant Rogue qui faisait de plus en plus souvent office de directeur en fonction, elle se cala fermement en le fixant de ses grands yeux noisette.
- Inutile mademoiselle, je ferme mon esprit dès que je vous vois approcher. ricana Severus.
- Je ne cherche pas à entrer dans votre esprit professeur. sourit la jeune fille. Je dois vous parler.
- Je vous écoute.
- Ailleurs, c'est possible ? tenta-t-elle.
- Non. La réponse fut sèche, cassante, mais nullement blessante. Ces deux-là se connaissaient à présent assez pour savoir se comprendre.
- Notre protégé va faire des bêtises. fit-elle. Vous me comprenez ?
- Ce que j'aime chez vous miss Black. ricana encore Severus. C'est votre capacité à prendre les autres pour des imbéciles. Vous ne doutez donc jamais de rien ?
La réplique du maitre des potions surpris énormément Hermione. Le doute était, pour elle, un précepte élevé au rang de vertu. Depuis qu'Olaf Thorthon lui avait confié qu'elle ne devait jamais prendre les événements pour ce qu'ils paraissaient mais pour ce qu'ils étaient, et de toujours douter de ses propres émotions et convictions. Manifestement, elle avait perdu de vue cette posture intellectuelle. Depuis de longs mois, Hermione avait considéré que sa mission était de prendre en main la destruction des horcruxes et de détruire Jedusor définitivement. Finalement, c'était, cela avait toujours été, la mission de Harry. Elle, elle ne devait qu'accompagner ses amis, les protéger, rien d'autre. Devant la jeune irlandaise, en léger surplomb, Severus Rogue semblait ne pas s'apercevoir de la confusion qui s'instillait dans le cœur et l'âme de la jeune fille.
- Ce que vous évoquez probablement est mis en œuvre sur recommandation de Dumbledore lui-même. susurra-t-il avec un rictus mauvais. Il pouvait rabaisser la jeune fille, lui faire perdre de sa superbe et en profitait pleinement.
Elle planta néanmoins ses yeux encore plus fermement dans les siens. Hermione commençait à comprendre à quel jeu jouait Dumbledore. Depuis sa formation avec Olaf Thorsthon, la jeune fille s'inquiétait nettement des ambiguïtés du professeur Dumbledore. Quelque chose en lui ne lui paraissait pas totalement honnête. Sa quête des reliques de la mort, dont ils avaient un peu discuté, était la principale source de cette angoisse. Contrairement à Olaf Thorsthon, Dumbledore n'avait pas totalement exclu d'acquérir plus de puissance et peut-être l'immortalité.
- J'imagine que vous remettez en question le jugement de Dumbledore. sourit Rogue.
- En doutez-vous ? s'étonna faussement la jeune fille.
- Absolument pas. C'est même une évidence. coupa-t-il. Néanmoins, ce qui se prépare ne vous regarde plus. D'ailleurs, j'ai proposé au ministère de vous accorder vos diplômes dès à présent.
Le professeur bascula la partie gauche de son corps, la main tendue vers une poche invisible à la jeune fille. Au bout de quelques instants, le maitre des potions fit émerger un parchemin noué d'un cordon de velours bleu. Hermione distingua, pour sceller le document, le cachet du ministère anglais de la magie. D'une voix sardonique, Rogue expliqua, suffisamment fort pour que l'ensemble de la salle l'entende, que la dénommée Hermione Black était reçue par anticipation à tous ses examens de sixième et septième année. Le ministère considérait ses aptitudes biens trop développées pour être en adéquation avec le niveau des élèves de l'école. Par soucis d'éviter les accidents, il avait été décrété de lui accorder les distinctions académiques sur le postulat qu'elle devait être diplômée dans son propre pays. Hermione écouta l'ensemble du discours de Rogue en serrant les poings. Elle voyait parfaitement où ils voulaient en venir. Ainsi, elle serait contrainte de quitter l'école et donc d'abandonner la protection qu'elle devait apporter à ses amis.
Du côté de la table de Griffondor régnait la consternation. La jeune irlandaise ne dévia pas son regard du visage de Rogue et ne vit pas comment blêmirent Ginny et Emma, Ron et Harry. Visiblement, les événements commençaient à se bousculer. Hermione ne douta pas une seconde que l'influence de Jedusor était prépondérante dans ce choix. Le professeur avait probablement été contraint de lui expliquer combien cette élève était dangereuse. Lors de leur dernière rencontre cependant, Jedusor avait eu le beau rôle. Il semblait pourtant que le terrifiant sorcier ait pris ombrage des piètres capacités de la jeune fille. Cet aspect aurait pu remonter le moral d'Hermione, elle en avait grandement besoin, mais la défection de ses amis puis l'annonce officielle de son départ prochain ne pouvaient lui permettre de comprendre qu'aux yeux de Jedusor elle était le principal écueil sur son chemin. Malgré tout ce qu'elle savait, son entrainement et ses capacités visibles, Hermione doutait encore d'avoir les moyens d'arrêter Jedusor.
Maintenant dressé de toute sa hauteur de corbeau crasseux, Severus Rogue énonçait les prix que le ministère daignait offrir à cette élève méritante. Jamais des récompenses ne furent aussi mal accueillies. Le maitre des potions habituellement prompt à se moquer des élèves et à ôter des points aux maisons autres que la sienne paraissait particulièrement enthousiaste à remettre à Hermione Black, fille de son principal ennemi, les louanges de l'institution scolaire. Les yeux sombres du professeur brillaient d'une lueur de triomphe. Par esprit de résistance, Hermione ne rompit pas le lien visuel et soutint ce regard infiniment désagréable. Dès qu'elle serait partie, l'école tomberait entre les mains des mange-morts. Cela, Hermione ne pourrait le tolérer. Á cette constatation, la grande salle de Poudlard sembla s'estomper. Il ne restait dans le cœur de la jeune fille que cette effroyable angoisse.
- L'école est sous ma protection miss Granger. La voix de Dumbledore s'imposa à un bourdonnement inconsistant. Hermione ne sursauta pas.
Elle comprenait que finalement, Severus Rogue avait décidé de lui transmettre une pensée précise, les recommandations du directeur agonisant. En quelques mots, le directeur exposa la situation, sa croyance dans la fidélité du professeur Rogue. Surtout, il revenait sur la mission qu'il avait commandée à Harry Potter et ses amis. La jeune irlandaise n'avait pas progressé dans sa quête des horcruxes au cours des six derniers mois, et il ne resterait probablement plus que quelques semaines de vie à Dumbledore. Dans ces conditions, le vénérable professeur avait préféré transmettre l'objectif à quelqu'un d'autre.
- Pourquoi Harry ? s'étonna Hermione. Je devais m'occuper de cette question, vous le savez.
- Vous les avez formés au combat, ce qui est bien. Reprit la voix de Dumbledore.
- Mais ? achevez donc, énoncez vos reproches. Coupa impertinente la jeune fille.
- Mais vous en avez oublié les directions fondamentales.
La jeune irlandaise bouillait de se voir reprocher des insuffisances dans sa démarche alors qu'elle avait tenté de contenter toutes les parties. Tout le monde avait pu profiter de sa présence, de ses connaissances. Elle-même avait cherché à recoller les morceaux pour reconstruire autour d'elle une douce quiétude faite de certitudes et de convenances. Même à présent qu'on lui signifiait qu'elle devrait prochainement quitter l'école, Hermione ne doutait pas d'avoir eu raison. Elle ne doutait pas non plus de ses objectifs et de ses choix.
- Et c'est là que je me plante ! s'exclama-t-elle soudain.
Tout semblait redevenir clair. Le discours de Severus Rogue durait encore. Seule la jeune irlandaise avait pu entendre les réprimandes de Dumbledore. Les visages atterrés des Griffondors tranchaient avec l'apparente extase des Serpentards. Tous les élèves, et surtout ceux qui participaient aux entrainements de l'Armée de Dumbledore, savaient ce que signifiait cette promotion. Pourtant, depuis un instant, Hermione qui paraissait plus abattue que les autres laissait naitre un sourire sur son visage. Quelque chose avait changé. Quelque chose qu'ils ignoraient tous. La fin de la remise des prix fut accueillie par une nuée d'applaudissements que Rogue tenta de faire cesser en agitant virulemment ses longs bras noueux.
- Avez-vous quelques mots à partager avec vos anciens condisciples ? s'enquit mielleusement Severus.
- Pourquoi aujourd'hui ? questionna Hermione. Vous auriez pu me renvoyer avant la rentrée, ou attendre avant d'utiliser cet avantage. La jeune fille employa le même ton que son directeur par intérim. Toute la salle put entendre sa question. Et, alors que Rogue aurait pu avoir quantité de réaction, il choisit étonnement la franchise.
- Vous avez décidé vous-même de ce moment.
Hermione sourit largement cette fois. Rogue lui laissa le parchemin enroulé expédié par le ministère anglais de la magie et signifiant son éviction de l'école. Elle remercia son professeur, le ministère et, en se tournant vers la salle, tous les élèves pour leur accueil et leur aide au cours de cette année scolaire tronquée. Sur sa gauche, les Griffondors parmi lesquels ses amis, faisaient triste mine. Elle eut un sourire plus marquée à leur attention mais ne prononça plus un mot, salua et sortit d'un pas ferme de la grande salle. Le silence pesant s'imposa sur son passage. Personne ne savait plus bien s'il fallait se satisfaire ou se plaindre de son départ. Alors qu'elle était parvenue à moins de trois mètres avant la double porte, la voix perçante de Severus Rogue rompit l'étourdissante absence de son.
- Vous nous quitterez évidemment dès demain mademoiselle Black ? le ton laissait entendre une question, mais il s'agissait bien d'un ordre et la jeune fille ne s'y trompa pas un instant.
- Si tel est votre désir monsieur, alors je partirais demain. Bonne soirée monsieur. Scanda Hermione avant de reprendre son chemin.
Sans qu'elle ne fasse un geste pour relever ses mains, les battants de la lourde porte s'ouvrirent en grand sur son passage. Ils se refermèrent de même après elle. Lorsqu'elle fut enfin seule, Hermione serra à l'écraser son diplôme de fin d'année. Une boule désagréable paraissait peiner à glisser au fond de sa gorge. La jeune fille était soulagée par la constatation qu'elle avait faite quelques minutes auparavant, autant qu'elle s'angoissait de laisser Harry et ses amis remplir la mission qu'elle s'était fixé. Hermione prenait conscience qu'elle avait fait fausse route depuis de longs mois en s'entêtant à obéir à Dumbledore. Elle s'était bercée d'illusions et de douces certitudes trop longtemps. Et comme un bon ami à elle lui avait dit un jour, « il faut douter de ses certitudes, toujours ». Dès lors de nouvelles perspectives s'ouvraient devant elle. Libérée de l'école, Hermione pensait pouvoir mieux combattre Jedusor, et mieux organiser la sécurité de ses amis. Une petite voix au fond d'elle lui affirmait qu'elle trouverait de l'aide dans un petit bourg du nord de l'Angleterre. Un village de marins du nom d'Heuton-Pagnell. D'un pas étrangement léger, la jeune irlandaise regagna sa chambre dissimulée à part dans le couloir du dortoir des filles de Griffondors. Évidemment, la manière qu'avaient eue ses amis pour lui signifier qu'ils n'avaient plus besoin d'elle avait été douloureuse, mais elle ne les blâmait plus. Hermione avait compris qu'ils n'avaient fait que se conformer aux désidératas de Dumbledore. Quoi qu'elle eut pu faire, Hermione n'appartenait plus à ce monde, à cette école. Ce n'était pas triste ni douloureux, c'était simplement une constatation. Mais elle savait pouvoir compter sur la profonde amitié de Ginny, Harry, Ron et Emma, Neville et Luna. Ils divergeaient à présent et pour plusieurs mois peut-être, mais ils resteraient amis. Malgré ses convictions, Hermione conservait cette certitude.
L'idée d'une bonne douche éclipsa tous ses problèmes. Habituée à tout planifier, vérifier, assurer, Hermione se sentit légère en se laissant porter par ces envies de l'instant.
- Ne rien prévoir. Le comble du luxe et de la liberté. Soliloqua-t-elle. Quelques jours plus tôt elle se serait crue folle à agir ainsi. Cette nuit-là, cela faisait partie de la normalité.
Ses vêtements volèrent et s'entassèrent dans un coin de la chambre, négligemment oubliés. La douche fut chaude et rassurante. En sortant de l'eau, le jeune fille s'ébroua sans se sécher et fila dans le salon pour lire un peu. Pour une fois, elle dédaigna les courriers provenant de Derrycarna. Malgré tout le plaisir qu'elle prenait à se tenir informée du devenir de la petite communauté magique irlandaise qui lui était virtuellement attachée, elle savait que s'occuper de ces petits tracas lui permettait surtout de ne pas s'occuper de sa vie réelle. Cette nuit, Hermione avait décidé de laisser son égoïsme prendre le dessus. Elle attrapa distraitement quelques manuels dans la bibliothèque et s'installa dans un confortable fauteuil.
« §§§ »
Le lendemain, Hermione regarda par la fenêtre magique de son salon. Elle s'était endormie sur un traité de magie irlandaise avec la conviction de l'avoir déjà lu un grand nombre de fois. Au matin, elle s'aperçut que des annotations dans les marges confirmaient cette impression. Quand elle s'étira en observant les hauteurs de Cork, la serviette qui lui enserrait la taille depuis la sortie de sa douche, la veille, glissa jusqu'au sol. Maintenant qu'elle était prête, Hermione pensa qu'elle n'avait rien de mieux à faire que de s'habiller et de descendre déjeuner.
D'un pas nonchalant, Hermione se dirigea vers la chambre. Elle se sentait plus forte et plus énergique que la veille. Un poids qu'elle s'était habituée à porter venait de s'effacer, libérant son esprit autant que son corps. Paradoxalement, elle n'avait aucune crainte pour Harry et ses amis. Sans qu'ils ne le sachent, elle interviendrait pour éviter qu'ils se mettent en danger. Néanmoins, elle avait compris qu'elle devait les laisser construire leurs expériences. Car, après tout, c'est à Harry que revenait l'honneur de terrasser finalement Jedusor. Ou peut-être à Neville.
Hermione attrapa fermement ses vêtements de la veille. Sa robe de sorcière aux armes de Poudlard, l'uniforme de l'école. Elle les détailla longuement et se demanda si elle devait encore porter ces oripeaux. Les mains chargées, Hermione se redressa devant une psyché qui lui révéla combien elle avait grandi. Au-delà d'une ligne toujours aussi svelte, elle pouvait discerner les marques du temps passé à Hogwarts. Ses cheveux tombaient bien en deçà de ses épaules. Sans hésitation, elle devait reconnaitre qu'elle était devenue une jolie jeune femme. Et pourtant bien seule.
Mécaniquement, les doigts d'Hermione virent caresser la mince ligne écarlate qui lui barre le haut de la pommette gauche. Elle n'avait aucun souvenir de l'origine de cette cicatrice. D'ailleurs, celle-ci ne lui occasionnait pas de douleur spécifique. L'estafilade marquait essentiellement la fondamentale différence entre Hermione et son alter-ego. Quoi qu'elle puisse tenter, quels que soient les moyens mis en œuvre, Hermione ne pourrait jamais reprendre sa place auprès de ses amis. Ils étaient bien trop différents de ceux qu'elle avait connus. Qui plus était, Hermione elle-même n'était pas comparable à ce qu'elle était avant la fabrication de l'Orbe. Il avait fallu à la jeune fille une altercation et le sentiment d'abandon, voire de trahison, ressentit la veille pour ouvrir enfin les yeux. Elle courrait après une chimère : redevenir Hermione Granger.
Forte de cette certitude, Hermione Black se débarrassa prestement des effets scolaires d'une ombre qui ne prendra finalement jamais corps. Si elle en avait eu le cœur et l'esprit, Hermione aurait probablement goûté le sel de l'ironie de la situation. Elle avait tenté de se construire une mission, une personnalité, une coterie même. Tous ces éléments qui avaient conduit Jedusor à devenir le sinistre Voldemort. Lorsque les frusques atteignirent le fond de la poubelle, Hermione se sentit envahie d'une douce légèreté. Elle ignorait que la liberté puisse être à ce point sensible. Ceci fait, la question de son habillement se posait avec une nouvelle acuité. Dans ses armoires n'étaient disponibles que des robes traditionnelles, le plus souvent marquées du sceau d'Hogwarts. Quelques minutes furent nécessaires pour mettre la main sur des vêtements qui n'avaient aucun lien avec l'école. En fait, Hermione put trouver dans sa malle, proprement emballé, un jean moldu et un sweat-shirt un peu délavé. La jeune fille reconnu instantanément les affaires qu'elle portait le jour où elle arrivait chez Sirius. Sans hésitation, Hermione décida de troquer le costume d'écolière pour sa véritable identité.
Les cheveux dénoués, la démarche ondulante, Hermione traversa d'un pas raffermi la grande salle de l'école où les élèves commençaient à se masser pour déjeuner. Un murmure lancinant fit suite à un silence béat. L'apparence d'Hermione ne choquait guère, les élèves connaissaient les tenues moldues et en revêtaient parfois, la provocation surprenait bien plus. Á la table des professeurs, Flitwick et Hagrid restèrent cois à son arrivée. De mémoire, aucun élève n'avait jamais osé un tel manque de retenue. Hermione de son côté ne s'enthousiasmait guère, ne se perturbait pas des réactions. Á la fin de son déjeuner, la jeune irlandaise retournerait à Londres auprès de son père adoptif qui lui manquait finalement bien plus qu'elle ne saurait l'exprimer. Plus que tout, Hermione se sentait soulagée de quitter un milieu étouffant qui ne correspondait plus à ses aspirations. D'un geste sûr, la jeune fille s'installa auprès de ses amis. Ron et Harry mangeaient depuis un moment déjà si l'on considérait le relief de repas dans leurs assiettes. Ils furent un instant étonnés mais réagirent avec amitié au bonjour de leur ancienne condisciple. Quelques minutes plus tard, ce fut au tour de Ginny et Emma de s'installer. Les bises claquèrent chaudement sur les joues, comme si rien ne s'était produit la veille au soir. Cette capacité à oublier les moments fâcheux était probablement la meilleure preuve de leur amitié partagée. La conversation n'évita pas les objectifs prochains que le groupe demeurant à Hogwarts s'était imposé. Doctement, Hermione concéda ses dernières recommandations à ses amis. Leur sécurité lui importait beaucoup, et tous lui affirmèrent qu'ils seraient prudents. La jeune fille feignit de les croire bien qu'elle sache que les épreuves qu'ils auraient à surmonter ne seraient pas un simple loisir d'étudiants en fin de cycle.
Á mots couverts, les jeunes gens préparaient leur escapade. Distraitement, Hermione repoussa de son coude la carte des maraudeurs sous le nez d'un Harry qui demeura stupéfait. En quelques phrases soufflées à l'oreille du jeune homme, Hermione expliqua à quoi pouvait servir le morceau de parchemin. Harry rougit un peu en comprenant que son père et son parrain étaient, avec le professeur Lupin, les auteurs de cet objet bien pratique. Finalement, la jeune irlandaise mit la carte bien à plat devant ses amis et leur montra l'usage qu'ils pouvaient en faire. Instantanément, la carte de l'école apparut sous leurs yeux. Les regards ébahis surprirent un peu les élèves de Griffondor alentour, mais Neville et Ron surent détourner l'attention en déballant des farces des « Sorciers facétieux ». L'effet des feux d'artifice fut heureux, et des exclamations impressionnées naquirent un peu partout dans la grande salle.
- Fred et Georges m'ont fournis des produits en exclusivité. Fanfaronna Ron.
- Essentiellement pour que tu te fasses punir. Reprit sévèrement Emma qui n'aimait pas que son petit-ami se fasse ainsi remarquer.
- Il faut toujours que tu voies le mal partout. Trancha Ron en haussant dédaigneusement les épaules.
Le petit groupe, Ginny en tête, fut gagné d'une franche hilarité. Il n'y avait que Ron pour croire que les jumeaux se contentaient d'une démarche publicitaire. Tous les autres savaient que Fred ou Georges aurait trouvé très amusant d'être responsable de l'une ou l'autre punition infligée à leur jeune frère.
- Tu es leur souffre douleurs depuis que vous êtes petits. Ricana Hermione.
- Maintenant, c'est le mien. Coupa Ginny visiblement très amusée.
- Ce n'est pas vrai. Tenta de se défendre Ron, bien inutilement.
- Tu oublies le jour où ils t'ont fait retourner tout le jardin pour retrouver ton balai. Intervint Emma.
- J'avais entendu parler d'une poursuite à dos de goule. S'enquit Harry.
- Et moi, il me semblait que Fred t'avait décoloré les cheveux, et que George n'avait rien trouvé de mieux que de te raser la tête. Continua Neville.
Les souvenirs des avanies de Ron et de ses frères durèrent un peu. Hermione ajouta ses souvenirs de leur prime enfance. Notamment la fois où les jumeaux avaient tenté de vendre Ron à des visiteurs du « Sleepin' Chess ». Tous ces moments firent beaucoup rire les jeunes gens. Á l'exception de Ron, bien entendu. Heureusement, personne ne songea à demander à Hermione comment elle avait pu justement affirmer que Ron était le souffre-douleur de ses frères. Par contre, la jeune fille put remarquer comment Harry observait la rouquine assise en face de lui. Visiblement radieuse, Ginny ne boudait pas son plaisir et se moquait ardemment de son frère aîné. De son côté, Harry semblait rire un peu trop joyeusement de ses remarques. En quelques scansions, Hermione montra les passages secrets qui leur permettraient le cas échéant de sortir de l'école discrètement.
- Mais ce n'est qu'un cas d'école. Trancha Hermione avec un petit sourire.
- Nous nous informons pour le cas d'une situation hypothétique. Continua Harry avec le même sourire.
- Ce n'est qu'un devoir de défense contre les forces du mal. Acheva Ginny.
- Pour le coup, il vaudrait mieux que nous ayons tous un E. releva Neville un peu d'angoisse dans la voix. Le ton désespéré du jeune homme relança immédiatement l'hilarité du groupe.
Le ton de la conversation retomba nettement lorsque Dean Thomas, petit ami de la jeune Weasley vint rejoindre ses amis. La rouquine se ferma comme un mollusque bivalve[2], et Harry sembla se recroqueviller dans sa coquille. Négligemment, Dean déposa un baiser sonore sur les lèvres de Ginny, et un journal emballé sur l'assiette de sa petite amie, sans considérations pour le contenu de celle-ci. Ginny fusilla du regard l'importun qui expliqua, nonchalant, que son hibou la cherchait dans la salle commune. Pour gagner du temps, il avait décidé de le descendre.
Visiblement fâchée, Ginny se plongea dans son journal. En face d'elle, un peu gêné, Harry souhaita une bonne journée à Dean qui partageait son dortoir depuis leur première année de scolarité. Harry trouva qu'il n'avait, étrangement, pas grand-chose de gentil à dire à son ami. Emma et Hermione conversèrent tranquillement, insistant sur les malheurs du pauvre « petit ronnichounet ». Allusion qui fit sursauter le concerné qui tenta de faire oublier à la cantonade ce surnom un rien désuet. Faute de parvenir à calmer les ricanements, Ron expliqua à une Emma rougissante, qu'il aurait aimé que ce surnom ne quitte pas leur intimité. Á son tour fâché, Ron se leva en prétextant un devoir à achever. Il insista pour être accompagné de Neville et Harry. Les trois jeunes hommes embrassèrent chaleureusement leur amie sur le départ. Avec un grand sourire, elle leur accorda qu'ils se reverraient certainement bientôt, au Terrier ou à Londres. La promesse fut entendue, et tous entendaient bien la tenir.
Alors qu'elle allait suivre les garçons, Hermione fut retenue à sa place par une pression soutenue sur l'avant-bras. Intriguée, la jeune irlandaise se concentra sur l'origine du phénomène. Elle s'aperçut que Ginny avait crispé sa main gauche sur la manche de son amie. La rouquine paraissait livide sous sa tignasse rouge feu. D'un geste, Ginny fit glisser l'exemplaire de la « Gazette du Sorcier » devant Hermione qui détailla les titres de la une.
- Nous savons déjà que le ministère s'en prend à l'école. S'étonna Hermione.
En effet, sur la majeure partie de la page s'étalait un article de Rita Skeeter. La campagne visant à la déstabiliser ne parvenait pas à lui retirer de l'audience. Hermione trouvait même qu'elle lui donnait une nouvelle légitimité. Elle songea qu'il serait utile d'en faire part à Ellie Finnighan la prochaine fois qu'elles se verraient. En substance, la journaliste reprochait au ministère de ne pas assez s'impliquer dans la direction de l'établissement, et invitait les dirigeants à s'intéresser à la candidature de Dolores Ombrage comme future directrice de l'école de sorcellerie. Hermione ne put néanmoins pas s'empêcher de frissonner à l'évocation du nom de la sinistre inquisitrice qu'elle avait été contrainte de supporter au cours de sa cinquième année[3]. Hermione allait intervenir, prévenir ses amis, les mettre en garde contre l'horrible femme lorsqu'elle vit Ginny lui indiquer une autre page. La jeune irlandaise s'exécuta et froissa le papier en se précipitant, intriguée, jusqu'à la page indiquée. Du bout de son doigt, Ginny indiqua un entrefilet dans le coin inférieur de la page. Du genre de ces petits articles qui servent à boucher un trou et que personne ne prend véritablement la peine de lire. Il était signé par un journaliste inconnu. D'une certaine manière, Hermione en fut soulagée, elle n'aurait pas supporté de voir le nom de Skeeter associé à cette nouvelle.
« Mort énigmatique.
Les services du ministère de la magie ont signalé ce matin la découverte d'un corps dans un quartier moldu de Londres du nom de Square Grimaurd. Personne ne semble connaitre l'individu mortellement blessé par un sortilège comme l'atteste l'absence de séquelles corporelles. « Il s'agit très probablement d'une rixe entre bandes rivales » affirme-t-on au sein du ministère. Néanmoins, les papiers de la victime font état d'une profession des plus banales et fort peu encline aux échauffourées. En effet, le dit Albert Durillon était un historien mandaté par le ministère pour faire l'état des lieux magique dans notre pays.»
Quoi que l'article continua sur plusieurs lignes encore, Hermione ne put continuer. Sa main droite vint mécaniquement se poser en travers de sa bouche comme pour empêcher le moindre son de sortir d'un gosier desséché par la nouvelle. Son cœur se serra et des larmes montèrent. Pourtant, Hermione ne voulait pas laisser ses émotions transparaitre, pas dans ces conditions, pas ici dans cette grande salle entourée d'anonymes. Après un suprême effort, Hermione se mit debout et prit congé de ses amis encore présents. Ginny articula une demande muette à laquelle Hermione répondit par un signe de tête affirmatif. Le mort était bien celui qu'elles avaient rencontré plusieurs semaines auparavant à Pré-au-lard.
Hermione comprenait que son ami était tombé dans un piège alors qu'il tentait de la joindre. Le fait qu'elle soit à son tour en danger ne l'effleura même pas. L'effroyable nouvelle la tétanisait presque totalement. Sa progression vers la sortie de la grande salle était en conséquence mécanique. La pensée du message qu'elle avait reçu de lui la veille l'obsédait. La jeune irlandaise regrettait à présent de ne pas s'être précipitée plus tôt sur le bout de parchemin. Maintenant, elle ignorait pratiquement ce qu'elle avait pu en faire. Plongée dans ses pensées, Hermione ne s'aperçut pas que Drago Malefoy et ses acolytes se dressaient sur son chemin. C'est à peine si la jeune fille ne se précipita pas dans les bras du préfet des Serpentard.
- Alors, Black. Lâcha Drago mesquin. Prête à retrouver ton Papa. Il insista sur les deux dernières syllabes en mimant la moue d'un enfant prompt à pleurer.
- Oublies moi. Se contenta de répondre Hermione.
L'altercation chassa un peu ses sombres pensées. Les réflexes prirent le dessus instantanément. Les mines patibulaires de Goyle et Crabbe ne furent pas pour rassurer la jeune fille quant à l'issue de la confrontation. Drago avait une revanche à prendre. Ce matin-là serait probablement la dernière chance qu'il aurait de combattre, et vaincre espérait-il, sa cousine.
- Tu peux nous dire, à nous, combien ils t'ont coûtés. Railla Drago. Tes diplômes. Ajouta-t-il devant l'incompréhension de la jeune fille.
- Á ta place, je commencerais à économiser, les tiens seront encore plus onéreux. Gouailla Hermione en tentant de dépasser les jeunes gens.
Sans surprise, les deux gorilles qui escortaient le jeune Malefoy s'interposèrent pour empêcher Hermione de quitter la pièce. Autour d'eux, les élèves commençaient à se rendre compte de l'incongruité de la scène. Même si Hermione ne se retourna pas vers Emma et Ginny, elle savait que ses amies devaient se préparer à intervenir. Elle ne voulait surtout pas les mêler à cela et décida d'affronter Drago. D'un geste souple, Hermione sortit sa baguette de la poche arrière de son jean un rien serré.
- Tu veux te venger. Ânonna-t-elle d'un souffle.
- Depuis que tu es dans mon univers, rien ne marche comme je veux. Fit le jeune homme en se pressant contre Hermione.
- C'est idiot.
- Prépares-toi ! fut sa seule réponse.
Prestement, le jeune homme s'éloigna après s'être pratiquement collé à son adversaire au cours du bref échange. Comme si ce qu'il reprochait à Hermione n'était pas digne d'être entendu des autres élèves. L'extrémité de la baguette de Drago luisait d'une manière bien peu rassurante. La jeune irlandaise se sentit parcourue d'un frisson. Elle n'avait pas peur. Cependant, son adversaire se mépris.
- Tu commences à comprendre ! fanfaronna-t-il. Pour une fois tu vas perdre.
Distraitement, Hermione dévisagea Crabbe, puis Goyle et planta son regard dans celui de Drago. Enfin, elle se décida à répondre d'un pâle sourire sur les lèvres. Le bras d'Hermione se baissa et la baguette cessa de pointer ses adversaires.
- Goyle, un sort de stupéfixion ne m'arrêtera pas, toi Crabbe, il faudrait que tu apprennes que l'expelliarmus s'accentue sur la diphtongue et non sur la double consonne. Et toi, Drago, je ne crois pas que tu serais capable d'employer un doloris devant tout le monde.
Paradoxalement, Hermione se trouvait prise de pitié pour ces trois jeunes hommes. Ils tentaient de régler leurs différends par une violence inappropriée. La jeune fille trouva étonnante cette marque de maturité. Depuis des mois, Drago et ses amis la défiaient. Souvent elle avait retenu ses coups pour ne pas être chassée de l'école. Maintenant qu'elle pouvait pratiquement impunément se laisser aller à se venger d'eux, comme eux d'elle, Hermione ne goûtait plus le sel de la situation. Face à elle, les trois garçons étaient plus que prêt à passer à l'attaque. Ayant baissé sa garde, Hermione doutait de pouvoir résister.
Lorsque Goyle lança son stupéfix, Hermione se glissa de côté d'un geste léger et naturel. Le jet coloré frappa durement le sol avant de rebondir en direction de la table des Pouffsoufles. Personne, heureusement ne fut atteint, mais toute l'attention de la salle acheva de se diriger sur le petit groupe. Ensuite, la jeune fille ne prit même pas la peine de dresser sa baguette contre Crabbe dont le sort d'expelliarmus ne donna rien, comme prévu. Par contre, Hermione se précipita contre Drago pour attraper son poignet de sa main libre et planter sa baguette de séquoia dans les côtes du jeune homme.
- Venges toi. Cracha le jeune homme un rictus mauvais en travers du visage. Hermione recula sans lâcher le poignet de Drago.
- Rien ne vaut la peine de haïr comme tu le fais. Répondit la jeune fille atterrée par le comportement de son cousin adoptif.
- Tu ruines ma vie, bâtarde. Lança Drago haineux et désespéré.
Soudain, Hermione comprit l'origine de ce décalage. Elle venait de perdre son meilleur ami. Cet étranger qu'elle n'avait croisé qu'une fois à Pré-au-Lard était plus proche d'elle que ne le seraient finalement Ron ou Harry. La valeur de cette perte, le profond désespoir qui en résultait, rendait insignifiantes les petites considérations des adolescents qui l'entouraient. D'un geste dur, elle relâcha la main de son cousin qui pendit, inutile au bout d'un bras apparemment trop long. Sans se soucier de ce qu'il pensait, de ce qu'elle risquait, Hermione fit volte-face et se dirigea sans un mot supplémentaire en direction de la sortie. Autour d'elle, il n'y avait plus rien. Les contours des gens étaient flous, indistincts et sans intérêts. Tout ce qui avait un sens, à présent, était de remettre la main sur le dernier message que lui avait expédié Albert. Dans son sillage des élèves murmuraient. Si elle avait tendu l'oreille Hermione aurait entendu certains s'enthousiasmer de son courage. Personne n'avait osé défier Drago ainsi. D'autres la considéraient comme une couarde sorcière préférant s'enfuir plutôt que combattre pour son honneur, ses amis ou sa maison.
Indifférente, la jeune irlandaise parvint enfin dans le hall d'entrée. Une voix chaude bien que très affaiblie la tétanisa instantanément. Pour la première fois depuis des semaines, le directeur daignait se montrer. Il fallait reconnaitre que son état de santé n'était guère valorisant. Sa main gauche pendant misérable et brulée le long de son corps décharné. Mais malgré les affres de l'agonie, Dumbledore avait encore sa prestance naturelle et sa posture continuellement hiératique. Alors qu'Hermione avait appris à se méfier du grand homme, elle accueillit avec joie l'intervention du vieillard. Comme si son affaiblissement le rendait plus proche du simple mortel.
- Malgré mes mises en garde, Severus n'a pas su vous garder. Le ton du professeur était résigné et chagrin. Visiblement le départ programmé de la jeune irlandaise le troublait. Ce fait surpris énormément Hermione qui croyait que le directeur serait satisfait de l'écarter de sa chère école et de son Harry.
- Ce qui se passe ici n'a, en vérité, pas grande importance. Coupa Hermione décidée à retourner rapidement récupérer ses affaires et partir.
- En effet. Concéda sèchement Dumbledore. Ce qui se trame à l'extérieur mérite toute votre attention. Il inspira longuement. Non pas pour se donner contenance comme le ferait un comédien ou un arrogant, mais bien parce que son état de santé lui intimait ce besoin impérieux.
- C'est surtout de ma participation qu'il s'agit. Intervint Hermione vivement.
Un pâle sourire sur le visage usé du professeur montra à la jeune fille qu'elle venait de mettre l'accent sur ce qu'il était venu lui expliquer. Sans précautions, Hermione expliqua qu'elle comprenait les attentes de l'Ordre du Phénix mais qu'elle ne serait jamais leur créature. Elle ajouta que cette description valait bien mieux pour Harry. Un peu fâchée de ne pas pouvoir repartir aussi vite qu'elle le souhaitait, la jeune fille insista aussi sur le fait qu'elle s'était trop attardée et qu'elle avait à présent des choses importantes et urgentes à finir.
- N'oubliez pas. Fit Dumbledore alors que la jeune fille avait visiblement terminé de déballer ce qui lui restait sur le cœur depuis des semaines. Qu'à l'extrême limite, ce sera le rôle de l'élu.
Instantanément, Hermione retrouva le professeur autoritaire et retors qu'elle aimait si peu. Elle se recula et dévisagea le vieil homme. Si près de son terme, la vie d'un homme cesse donc d'être significative ? s'inquiéta-t-elle.
- Je fais ce que je dois faire. Manqua-t-elle d'hurler. Et si cela n'a rien à voir avec Harry, alors c'est encore mieux. La jeune fille articula posément ces derniers mots en ne quittant pas les yeux clairs du directeur.
Sans ajouter un mot, énervée par Dumbledore qui ne considérait finalement que le devenir d'Harry, Hermione partit d'un bon pas en direction des volées d'escaliers qui flottaient en l'air et changeait de disposition constamment. Ce que Harry devrait faire, Hermione ne voulait pas le savoir. Pas pour l'heure en tout cas. Elle comprenait que malgré toute l'affection qu'elle avait pour ses amis, ceux qu'elle avait perdu en même temps que sa mémoire n'avaient pas disparus. Dans les mois à venir, et jusque la défaite du seigneur des ténèbres, Hermione serait aux côtés de Harry de la manière qu'elle jugerait la plus utile. Dès à présent, elle cessait de suivre les prédications de Dumbledore. C'est d'un pas ferme, un peu trop énergique peut-être, que la jeune irlandaise grimpa les escaliers jusqu'à sa chambre. Les élèves s'écartaient précautionneusement sur son passage. Dans son esprit, il n'y avait plus que l'image d'Albert Durillon. Mais plus celle du quadragénaire qu'elle avait rencontré à Pré-au-lard. Hermione revoyait un trentenaire un peu gauche mais souriant, grattant les cordes d'une vielle guitare sous la brise marine. Cette image plus que toutes autres choses parvint à réconforter un peu la jeune fille. Si la douleur de la perte ne s'éteignait pas, la beauté du souvenir redonnait vie à Al'.
Hermione s'était accroupie au-dessus de la poubelle où elle avait, le matin même, jeté ses affaires d'école. D'un geste tremblant, elle retira un bout de parchemin de l'amas de linge sale et entreprit de le déplier.
« Salut Single Heart,
Je suis suivi. Je ne pense pas leur échapper cette fois. Essaye de ne pas trop m'en vouloir. Je ne serais pas là pour la grande victoire.
Au moins, j'aurais apporté ma pierre à l'édifice.
D'après ce que je sais, le dernier de nos objets dort chez ta tante.
Imagine le tas de poussière !
Manque de chance, je suis tombé sur des copains à tu sais qui en cherchant à entrer.
Pour entrer, c'est comme le soir où Mannings a été pris.
Á mon avis, il faut chercher dans l'affaire O'Tusckk.
Ciao, ton Sweet Heart ! »
Les surnoms et les codes employés laissèrent Hermione dubitative un moment. Jusqu'à ce qu'elle comprenne que son ami craignait que le message ne tombe entre les mains de ses poursuivants. En procédant ainsi, Albert avait admirablement masqué l'objet de ses recherches et le moyen d'attendre leur objectif. Sans prévenir, l'émotion gagna la jeune fille. Gorge nouée, lèvres sèches, ses yeux s'emplirent instantanément de larmes. L'humour décalé de l'historien, l'absence de remords ou de regrets alors qu'il se savait condamné rendait sa présence pratiquement palpable et sa disparition encore plus intolérable. Ils avaient tant de choses à se dire.
Soudain, le grincement caractéristique de la porte d'entrée se fit entendre. Sans hésitations, Hermione balaya ses larmes d'un revers de manche et pointa sa baguette vers l'entrée. Heureusement, l'importun n'était autre que Ginny qui paraissait anxieuse. Touchée par la moue dépitée de son amie, Hermione guida fraternellement la jeune fille jusque son lit. En quelques phrases la rouquine expliqua qu'elle craignait qu'Hermione ne s'enfuie sans saluer personne. L'irlandaise la rassura et lui expliqua que si leurs routes divergeaient, elles demeureraient amies.
- D'ailleurs, lorsque Harry aura vaincu tu-sais-qui, nous n'aurons rien de bien intéressant à faire. Sourit Hermione.
- Sauf parler chiffons et garçons. S'exclama Ginny rassurée et amusée.
Hermione embrassa chaleureusement son amie et entreprit de se lever. Elle comprit soudain le parti qu'elle pourrait prendre du courrier posthume d'Albert. Ne voulant pas informer Harry trop directement, Hermione raconta ce qui pouvait être utile à ses anciens élèves. D'expérience, la jeune irlandaise savait que Dumbledore les lancerait sur la piste des horcruxes. Si cela n'était pas déjà fait. Rassurée par le contenu du parchemin de l'historien, Hermione savait qu'elle avait sous la main l'un des deux derniers objets de magie noire maintenant Jedusor artificiellement en vie. Quitte à ce que les jeunes gens tentent de les trouver et les détruire, autant qu'ils aillent au plus vite à destination, pensait Hermione.
Elle fit répéter les informations à Ginny. Celles-ci étaient simples : maison de Bellattrix Lestrange, dans les sous-sols. Il fallait se méfier de la porte et entrer par une fenêtre.
Ces données bien ancrée dans la mémoire de la rouquine, Hermione attrapa un petit balluchon et abandonna le gros de ses affaires. Á part quelques livres, il n'y avait là rien qui soit cher à ses yeux. Lorsque la porte se referma derrière elles, Hermione scella magiquement l'ouverture sous le regard surpris de Ginny.
- Tu comptes revenir ? s'enthousiasma la jeune Weasley.
- Pas vraiment. S'étonna Hermione. C'est une habitude. Elle marqua un silence. Je crois.
- Au moins tes affaires sont en sécurité. Sourit son amie.
- C'est surtout vous. Se moqua l'irlandaise. Qui sait ce que j'ai enfermé là-dedans.
L'irlandaise éclata d'un rire franc en voyant les grands yeux inquiets de son amie. Elle ne prit pas la peine de la détromper. Ainsi, ses affaires resteraient pour longtemps sous la protection d'une légende d'Hogwarts, comme il y en a tant.
- Ginny. Tu les embrasse pour moi. Souffla Hermione. Je n'ai pas le courage de le faire.
- Tu n'y couperas pas. Taquina la rouquine. Ils sont dans la salle commune.
Ginny déboula agilement dans la salle commune et attira l'attention de ses amis. Pourtant, lorsqu'elle se retourna, elle ne vit plus qu'un couloir vide. Harry, Neville, Ron et Emma se demandèrent quel tour leur avait joué la cadette des Weasley. Mais à voir sa mine dépitée, ils comprirent qu'Hermione lui avait faussé compagnie bien rapidement.
- Peut-être qu'elle a une cape d'invisibilité comme la tienne. Proposa Ron.
Tous les autres l'observèrent vaguement convaincus.
- S'il était un jour où tu arrêterais de parler avant de réfléchir, je crois que je t'épouserai. Sourit Emma en l'enlaçant.
98 Pour ceux qui ne l'auraient pas encore compris. C'est là uniquement l'origine de son amnésie.
99 Une moule quoi !
100 Voir J.K. Rowling « Harry Potter et l'Ordre du Phénix ». Comment ça vous connaissez ?
