Chap. 50 : Fuite en avant.
- Harry ! souffla une petite voix qui semblait résonner comme au centre d'une effrayante cathédrale.
L'interpelé dont on pouvait deviner les contours sous la pleine lune leva une main impérieuse. Il n'était pas nécessaire qu'on les entende. Déjà que le bruit étouffé de leurs pas lui semblait aussi audible qu'un concert de l'île de Wight. Une fois que le groupe eut fini de se trouver une posture confortable et que tous les bruissements se furent tus, Harry accepta d'écouter Emma. La jeune fille se pencha en avant en manquant de basculer faute de pouvoir déplacer ses pieds dans le lit de feuilles mortes.
- Je persiste à dire que nous aurions dû retrouver Hermione avant de nous lancer à l'assaut de la maison des Lestrange.
Le jeune homme avait distraitement écouté les remarques de son amie. D'abord parce qu'Emma lui exprimait ce reproche depuis qu'ils avaient pris la décision d'intervenir quatre jours plus tôt. Ensuite, et surtout, parce que son esprit se concentrait sur autre chose. Il avait dégagé son champ de vision pour observer tranquillement la silhouette massive et sombre d'un manoir Élisabéthain situé à moins de trente mètres d'eux. Cela n'avait pas été une mince affaire que de faire pénétrer Emma, Ron, Neville, Luna et Ginny dans l'enceinte de l'habitation désertée des Lestrange. En fait, il avait fallu six semaines à Emma pour trouver un sort de passe-partout suffisamment efficace pour leur permettre d'entrer discrètement dans la propriété surveillée à la fois par le ministère de la magie et les derniers mange-morts en liberté. Maintenant, ils se terraient littéralement entre les grilles encerclant le domaine et les haies laissées à l'abandon et sans entretien depuis presque 20 ans. Pour tout dire, la situation était aussi inconfortable qu'éprouvante pour les nerfs des jeunes gens. Pour la première fois de leur vie, ils avaient pris seuls la décision d'intervenir, et n'avaient aucun garde-fou pour les rassurer. C'était ça, la vraie vie. C'était amusé Ron en quittant l'école de sorcellerie par le passage secret de la cabane hurlante. Pour l'heure, son visage était moins marqué par l'euphorie de la situation. Néanmoins, Harry était très satisfait de leur comportement à tous. Même s'il se serait bien passé de la présence de Luna qui avait manqué mainte fois de les faire repérer.
- Tu sais bien que personne ne l'a revue depuis son départ de l'école. Murmura enfin le jeune homme à Emma. Pas même mon parrain. Acheva-t-il contrit.
- Je sais. Grimaça Emma. Elle n'est même pas venue à l'inhumation de son ami.
« §§§ »
Un matin de janvier, Harry traversa une plaine triste et venteuse. Dans un coin de sa tête, le jeune homme était convaincu que cet endroit devait être bien plus plaisant en été. Cependant, les raisons qui l'avaient conduites-là n'étaient guère joyeuses. Inhumer un inconnu pouvait paraitre stupide, mais Harry avait rencontré, brièvement, Albert Durillon. La principale motivation de sa présence, mais aussi de celles d'Emma, Ron et Ginny, était l'espoir un peu vain de retrouver Hermione.
Six jours auparavant, la jeune fille s'était littéralement désintégrée dans un couloir de l'école. Il n'y avait aucune explication cohérente pouvant expliquer sa disparition. Malgré tous ses efforts, Emma n'était pas parvenue à forcer la porte de son ancienne chambre privée. Ne pouvant trouver d'indice sur son départ directement dans l'école, Harry avait commencé à se comporter en chef.
Il avait intimé à Sirius de l'informer de tous les détails qu'il aurait pu avoir sur Hermione. Le compte-rendu du parrain du « survivant » ne lui plut qu'à moitié.
« Harry,
Je suis bien conscient que tu as beaucoup changé ces derniers mois. Je sais aussi ce que la présence d'Hermione a pu t'apporter. Je la considère d'ailleurs comme la principale responsable de ces changements, et je ne vois pas comment la remercier pour cela.
Néanmoins, je te trouve particulièrement mal venu de m'extorquer des informations de cette manière. Si tu tiens à ce que je t'explique tout ce qu'il existait entre nous, il te faudra venir me voir.
Par ailleurs, je ne sais pas où Hermione se trouve. Si je le savais, je ne suis pas certain de t'en informer.
Bon sang, Harry. Qu'avez-vous fait dans cette école ?
Tu sais combien je tiens à Hermione.
J'espère sincèrement que tu n'es pour rien dans sa fuite !
Ton inquiet mais affectueux parrain.
Sirius »
Dépité, le jeune homme s'était confondu d'excuses pour tenter d'amadouer un Sirius revêche. Si de ce côté, la nouvelle autorité d'Harry pêchait encore, ce n'était pas tout à fait la même chose à l'école de sorcellerie. Ron et Emma étaient ses principaux soutiens et organisaient une armée parallèle. Quoi qu'il ne puisse l'expliquer, Harry était persuadé que des événements graves et importants se préparaient et il se sentait le devoir de se préparer ainsi que son entourage. Il avait chargé Neville de préparer une intervention hors de l'école. Contre toutes attentes, le jeune homme que l'on considérait habituellement en retrait et vaguement incompétent, fit preuve d'efficacité et de pertinence au point de surprendre Emma elle-même. Pourtant, déjà sous la pression des entrainements d'Hermione, Neville avait commencé sa métamorphose. De son côté, Harry avait eu besoin que l'ombre de la jeune fille s'éloigne pour qu'il ose enfin s'imposer.
Par ailleurs, la fluette Luna laissait découvrir des trésors d'inventivité. Elle profitait de la présence de plus en plus régulière de Ginny. Dès le lendemain du départ d'Hermione, Harry avait pu assister à une scène de ménage entre la rouquine et Dean Thomas, son amoureux officiel depuis des mois. Après le repas du soir, le jeune homme trainait un peu, plongé dans ses pensées. Emma et Ron l'avaient lâchement abandonné pour répondre à leurs obligations de préfets. Il arriva silencieusement d'un coin sombre du couloir et vit deux silhouettes dans l'embrasure d'un passage menant sur le grand escalier.
- Dean, je ne suis pas un objet, j'exige que tu cesses de m'exhiber auprès de tes copains. S'époumonait une Ginny furieuse au teint aussi rubicond que ses cheveux.
- Que vas-tu croire ? fit le jeune homme en tentant de déposer un baiser dans le cou de la demoiselle.
- Rien ! je constate, c'est tout. Répondit-elle en le rejetant.
- Si nous passions à d'autres choses. Commença Dean avec un sourire peu engageant. Peut-être que je serais moins enclin à raconter n'importe quoi.
- C'est une menace ? ragea Ginny à présent éloignée de deux pas du garçon. Au bout de sa main droite sa baguette étincelait. Dean vacillait d'un pied sur l'autre, hésitant.
- Je veux juste te rappeler que je suis un homme qui a des besoins. Balbutia le jeune garçon.
- Des besoins ? ricana la rouquine. C'est surtout d'un cerveau dont tu as besoin ! la remarque porta. Son opposant s'étrangla à moitié et les mots qui suivirent ne furent pas totalement audibles.
Dans son coin, Harry se demandait comment il devait réagir. Son ami Dean était en mauvaise posture et il devait intervenir. Pourtant, à la réflexion, le comportement de son voisin de chambre ne le satisfaisait pas tellement non plus. Partout Dean se vantait de sa liaison avec la plus belle joueuse de Quidditch qui ait existé. Personne ne lui aurait contesté cette vérité pensait Harry à chaque occasion. Les frontières de leur relation étaient, dans les récits du jeune homme, très floues et vaguement malsaines. Pourtant, Dean Thomas ne portait qu'une attention modeste à son amie. D'ailleurs, depuis les rumeurs d'une possible relation entre Hermione et la rouquine, cette dernière s'était sensiblement éloignée de son amoureux. Il avait dû s'en rendre compte et tentait de se venger d'elle en laissant planer des rumeurs et des bruits de couloirs sur les soirées de la jolie poursuiveuse de l'équipe de Griffondor. Visiblement, ce soir-là, Ginny avait décidé de régler ses comptes.
- Je ne pourrais pas me battre avec une fille. Ricana Dean malappris.
- C'est vrai. Coupa Ginny. Tu aurais trop peur de perdre.
Dans son coin sombre, Harry étouffa un rire. Calé comme il l'était, l'espion ne pouvait pas distinctement détailler les traits de Dean mais il aurait parié que celui-ci devait avoir viré au cramoisi. La réaction d'Harry n'était pas très charitable, mais dans ce genre de circonstance, il est souvent difficile de ne pas prendre parti. Pour l'heure, le « survivant » soutenait Ginny de tout cœur.
- Je ne comprends pas comment je peux te supporter. Cracha Dean.
- Parce que tu crois être responsable de quoi que ce soit dans notre relation ? s'étonna gouailleuse la rouquine.
- Que veux-tu dire ? balbutia le jeune homme.
- Je t'ai choisi, je te garde ou je te jette. Souffla la cadette des Weasley. C'est toujours moi qui contrôle. Comme on dit, c'est l'apanage des femmes de têtes.
Sur cette remarque, Ginny s'éloigna de son petit-ami qui n'avait pas encore pleinement compris qu'il faisait déjà partie des histoires anciennes. Bien ennuyé dans l'ombre, le voyeur involontaire ne savait pas comment faire. D'instinct, Harry décida de sortir bien bruyamment de son coin, comme s'il ne faisait qu'arriver. Selon la réaction de Dean, il saurait comment se comporter. Revenant silencieusement de quelques pas en arrière avant de s'élancer, Harry espéra que son ami ne viendrait pas précisément à ce moment dans son dos. Il n'en fut heureusement rien et le jeune homme pu mettre en application son idée. Lorsqu'enfin il passa l'angle du couloir en sifflotant une chanson pour enfant, Harry ne vit plus personne. Il en resta un instant interdit. Toutes ces précautions n'avaient finalement trouvé aucune utilité. En se couchant, Harry hésita à s'arrêter pour discuter avec Dean. Essayer de lui remonter le moral aurait paru suspect, il s'en abstint donc.
Le lendemain, Ginny et Dean s'ignorèrent superbement. Au point que même Ron senti qu'il se passait des choses anormales. En contrepartie, Harry se montrait moins taciturne malgré le départ de son professeur particulier. Cela n'échappa à Emma. Mais, la meilleure amie d'Harry ne fit rien qui put mettre le jeune homme mal à l'aise avec Ron ou Ginny. Au cours des entrainements, Ginny qui ne faisait plus équipe avec Dean pu s'occuper de Luna. C'est par elle que la vérité éclata et que toute l'école fut informée de la rupture dans l'heure. Assurément, Harry se souviendrait toute sa vie de ce dialogue d'anthologie.
- Je sais pourquoi tu as rompu avec Dean. intervint à brule-pourpoint Loufoca. Il attirait trop de joncheruines n'est-ce pas ?
- Probablement. Ricana Ginny. En tout cas, il n'avait pas les idées claires.
- C'est normal lorsqu'on nait sous le signe des vers-taureaux. Continua l'éthérée en lançant un sort de bloque-jambe à Neville par le plus grand des hasards.
Toute l'attention du groupe se focalisa donc sur le couple Ginny-Luna. La rouquine cherchait essentiellement à faire comprendre qu'il ne fallait pas s'attarder et libéra prestement Neville. Ce qui ne fut pas une bonne idée. Harry qui surveillait de loin le couple détonnant, avait déjà rompu le sort. Le pauvre Longdubat trébucha sous le coup du second sort de libération et se brisa le nez sur le sol. Sans que personne ne puisse intervenir, Luna soigna le blessé. C'était probablement la première fois qu'elle réussissait aussi bien un sortilège.
- Mon père n'est pas un bon travailleur manuel. Fit-elle doucement. Je dois donc souvent le soigner.
- Merci. Balbutia Neville en s'essuyant le nez et le visage du sang qui se figeait.
- De rien. C'est à cause de Dean. Reprit Luna. Il supporte mal d'avoir été jeté par Ginny.
- Mais, ne dis pas ça ! s'étouffa la rouquine.
Le mal était fait. La situation non-officielle des deux amoureux venait d'être exposée à tous et il n'était plus possible de revenir en arrière. Un brusque claquement de porte fit comprendre à l'assemblée que Dean venait de quitter la pièce. Sans qu'il puisse l'admettre, Harry se trouvait très satisfait de la situation et aurait pu embrasser chaleureusement Luna pour son aide involontaire. D'un premier geste, Ginny avait commencé à reculer vers la sortie pour se raviser finalement.
- En tout cas, Luna, tu sais comment résoudre rapidement les problèmes épineux. Lança la jeune rousse.
- Tu veux dire que vous n'aviez pas rompu ? s'esclaffa Ron.
Un haussement d'épaule valida l'impression de Ron et tous les jeunes gens réunis dans la salle sur demande ne purent retenir leurs rires. L'entrainement prit fin sur cet événement, mais ils restèrent encore un moment à discuter, de Dean, de Ginny, d'Hermione. Harry prit la mesure de l'affection que chacun portait à leur ancien professeur. Certains l'avaient d'abord trouvée hautaine et froide avant de comprendre qu'elle était essentiellement inquiète pour eux et pour le « survivant ». Avec le temps, ils avaient pris du plaisir à subir ses enseignements un peu brutaux probablement. Ils sentaient tous que cette brutalité était le fruit de son expérience. Enfin, les plus flagorneurs se vantaient d'avoir pratiquement atteint son niveau. Seul Harry savait qu'Hermione les avait ménagés.
C'est en sortant de cet entrainement qu'Harry avait appris de la bouche de Ginny ce qui avait autant touché Hermione. La mort d'Albert Durillon l'avait tellement ébranlée qu'elle n'avait pas eu d'autre décision que de fuir. Sa décision fut rapide. Il prit la main de la rouquine et l'entraina vers le bureau de Dumbledore. Sans un mot, ils traversèrent précipitamment la moitié de l'école. C'est à peine s'ils marquèrent une pause devant la gargouille. Le vieux directeur reposait dans son lit.
En usant du témoignage de Ginny, Harry obtint extraordinairement rapidement l'autorisation de s'absenter trois jours plus tard pour assister aux obsèques de l'historien à Gisors, la ville d'où venait sa famille1.
- Choisit bien, cependant, les amis que tu veux voir à tes côtés. émit Dumbledore, visiblement à bout de souffle.
- S'ils le veulent bien, j'irais avec Ron et Emma et… commença Harry.
- Moi, bien évidemment. Coupa Ginny vivement, un peu rosie. Les deux hommes mirent poliment, et pour eux-mêmes, l'état de fait sur le compte de la course qu'ils avaient effectuée pour venir précipitamment.
- Je crois que monsieur Londubat serait le bienvenu. Ajouta Dumbledore qui fixait Harry de ses grands yeux bleus vifs.
Sans qu'il soit nécessaire de l'exprimer, Harry comprit combien Neville était impliqué dans les desseins du directeur. Il était à présent informé de la prophétie et malgré tout, il comprenait mal pourquoi le vénérable enseignant s'inquiétait autant. Jusqu'à preuve du contraire, lord Voldemort n'existait plus. De toutes manières, Harry ne doutait pas une seconde que Neville se serait proposé pour venir avec eux. Cette concession ne lui coûtait donc rien. Au contraire, elle l'aidait considérablement.
- J'aurais voulu qu'un préfet de chaque maison s'y rende. Coupa Severus Rogue du coin du bureau où il s'était dissimulé depuis l'arrivée des jeunes gens.
- C'est stupide ! interjeta Harry étonné de la requête.
- Vous êtes donc si intelligent Potter que vous pouvez juger aussi clairement les intentions de vos professeurs.
- Laissez Severus. Intervint douloureusement Dumbledore. Ils sont trop jeunes pour comprendre les subtilités de la politique.
- Monsieur, si vous me permettez de les expliquer à ce petit arrogant. Questionna le maitre des potions. Le directeur acquiesça d'un mouvement léger de la pointe de son nez aquilin.
En quelques remarques acides, Rogue détailla la cérémonie à laquelle ils se rendraient tous. Les jeunes gens furent très surpris de comprendre à quel point ce genre d'événements pouvait donner lieu à des manœuvres bassement politiques. Le défunt étant d'origine française, le ministère de la magie de ce pays voudrait démontrer l'estime acquise par l'historien auprès de ses pairs.
- C'est une manière, expliqua Dumbledore. De valoriser la formation issue de Beaubâtons contre celle d'Hogwarts.
- Mais notre école est la meilleure. Insista Harry. Ce qui fit beaucoup rire le professeur Rogue.
- C'est votre impression d'élève issu de cette école. Ricana-t-il. En montrant notre unité, nous répondons à la critique.
- S'il y a beaucoup d'anglais, les français comprendront que nous avons encore mieux compris l'importance de son travail. Intervint Ginny. Et donc que nous sommes encore plus brillants que les français.
- Je persiste. Déclara fermement Harry. C'est stupide comme considération.
- Pour votre crâne obtus certainement. Trancha Rogue.
- Parce que tu ne prends pas en compte les possibles inscriptions qui découlent de ces cérémonies. Reprit Ginny.
Le visage de Dumbledore s'éclaira d'un large sourire. Il félicita chaleureusement la cadette des Weasley pour sa brillante déduction. Péniblement, il compléta les informations. Harry qui avait grandi hors du monde magique ne pouvait comprendre la compétition qui existait entre les grandes écoles. Celle qui regrouperait les meilleurs éléments verrait ses diplômes dépasser en valeur, au moins symboliquement, ceux des autres écoles. Qui dit bonnes qualifications induit emplois flatteurs et carrière intéressante. Au contraire, si une école n'a plus assez de bons éléments, elle risque la fermeture.
- Compte-tenu de mon état de santé et de mes prises de position contre le ministère. Continua le directeur.
- Vous avez parfaitement raison de vous conduire ainsi. Coupa Harry.
Le vieil homme ne s'attarda pas sur l'intervention de son jeune élève et continua d'une voix plus ferme. Ginny tira son compagnon en arrière d'un geste ferme et d'une moue expressive, lui intima de se taire. Pour la jeune fille, il faisait pis que bien.
- Á cause de tout ceci, la réputation de l'école n'est pas très bonne. Et je crains pour les années à venir.
- Rassurez-vous, monsieur le directeur. Fit Rogue en se penchant sur Dumbledore. Si Potter gagne, nous aurons formé le sauveur du monde magique. S'il perd. Les yeux du maitre des potions brillèrent d'un éclair désagréable. Le seigneur des ténèbres ne saurait s'appuyer sur nulle autre institution.
- Il en rêve depuis toujours en effet. Concéda le directeur.
Passablement écœuré par l'attitude et les propos de Rogue, Harry commença à reculer vers la porte entrainant Ginny par la main. La jeune fille serra fermement sa main mais refusa de bouger.
- Monsieur. Reprit la jeune fille. Où est Hermione ?
Le ton de la rouquine n'était guère plaisant et Rogue ne manqua pas de marquer son opposition à un tel comportement. Harry, lui, était surpris de la voir se comporter ainsi. Dans son esprit, Ginny était surtout et uniquement, la cadette de Ron, son ami. Il la découvrait plus déterminée et sure d'elle qu'il ne l'aurait imaginé. L'outrance de la jeune fille se révéla relativement efficace. Dumbledore intima à son maitre des potions de cesser de la rabrouer. Avec douleur, le vieillard se redressa sur son lit.
- Notre amie me manque autant qu'à vous. Commença-t-il, cherchant visiblement comment il allait répondre.
- C'est à peine si vous la connaissez. S'étonna Harry. Une nouvelle fois, Ginny intervint silencieusement pour le faire taire.
- Je sais tout de ce qu'elle était et de ce qu'elle est. Remarqua sibyllin le directeur. Á présent, Hermione a des choses importantes à faire. Il marqua un silence trop long pour être une nécessité. Seule. Jamais un mot de deux syllabes ne parut si long aux oreilles d'Harry2.
- Vous ignorez autant que nous où elle se trouve. Conclu Ginny sagace. Un vague sourire de Dumbledore indiqua qu'elle avait raison.
- Mais je suis persuadé qu'elle va bien. Le sourire s'accentua lorsqu'il posa doucement sa main valide sur un exemplaire de la « Gazette du sorcier » de la veille. On y faisait état d'un spectaculaire cambriolage à la banque des gobelins.
Le silence se fit, pesant et gênant. Maintenant qu'ils avaient entendu des considérations rassurantes, Harry et Ginny ne savaient plus comment réagir. Alors que les mots du directeur lui tournaient encore dans la tête, Ginny sentit que l'on tirait son bras en arrière. La jeune fille se laissa guider hors du bureau. Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi son amie l'avait ainsi abandonnée. Pourquoi Hermione ne donnait pas signe de vie. Comme brisée de l'intérieur, la rouquine s'effondra sur l'épaule d'Harry dès que la gargouille se referma derrière eux. Les larmes amères coulèrent le long de ses joues pendant longtemps. La durée ne l'inquiétait plus, tout ce qui importait était l'impression de se sentir abandonnée. En peu de temps, elle avait tissé un lien si fort avec Hermione. Dès les premiers jours, les deux jeunes filles s'entendaient comme si elles avaient été amies depuis toujours. Cette relation était à la fois proche et différente de celle que Ginny entretenait avec Emma. Emma, c'était d'abord la petite amie de Ron, son frère. Hermione, elle était véritablement son amie à elle. Au creux de l'épaule d'Harry, Ginny savait qu'elle pouvait partager ses angoisses et ses ressentiments. Le « survivant » aussi était un proche de la disparue.
- Si Dumbledore dit qu'elle va bien, nous devons le croire. Finit par dire Harry en glissant sa main sous le menton de Ginny. Il esquissa un sourire qui dissimulait mal ses propres inquiétudes.
- Sur quoi se base-t-il ? renifla la jeune rouquine.
- Un article de la « Gazette » manifestement. Allons demander à Emma ce qu'elle sait de l'actualité.
L'affaire fut entendue. Sans qu'ils aient à le partager, Harry et Ginny savaient qu'ils iraient mieux en se mêlant à leurs amis et en se renseignant sur cette mystérieuse information. Hermione avait-elle dissimulé dans le journal sorcier un quelconque indice permettant de déduire qu'elle allait bien ?
« §§§ »
Alors que le pas était rapide à l'aller, Harry et Ginny revinrent bien plus tranquillement au retour. Ils devisèrent naturellement en vieux amis qu'ils étaient. De son côté, Ginny était apaisée par la présence du jeune homme. Ce qui se révélait être une nouveauté. Habituellement, elle était plutôt tétanisée dès qu'il entrait dans la même pièce qu'elle. Lorsqu'ils passèrent dans le passage derrière la grosse dame, leurs amis les rejoignirent prestement.
- Qu'a dit Dumbledore ? s'inquiéta instantanément Emma.
- Nous irons en France pour l'inhumation. Répliqua Harry qui se concentra sur l'origine de leur démarche.
- Et pour Hermione ? il sait quelque chose ? reprit Ron. Cela lui valut une œillade peu agréable de la part de son amie.
- D'après lui, elle va bien. Reprit Ginny. Il y a quelque chose à son sujet dans la « Gazette » d'aujourd'hui.
- Il l'a eu ? s'étonna Emma. Aucun élève n'a été livré aujourd'hui.
Cette situation était manifestement étonnante. Harry qui n'était pas à court d'idée proposa de contacter Sirius pour qu'il en envoie un exemplaire dès le lendemain. Neville qui écoutait distraitement, proposa plutôt d'appeler la journaliste irlandaise.
- Si le ministère veut empêcher la diffusion d'une information, je pense qu'elle saura mieux nous aider. Fit-il.
- Tu m'impressionne Neville. Remarqua Harry avec une virile accolade. Le jeune homme rougit un instant. Il avait parlé avec son cœur et son intuition. C'était la meilleure chose qu'il pouvait faire.
Ce qui fut proposé fut fait le soir même. Harry prévint son parrain et Neville prit contact avec Ellie Finnighan. Aucun membre du groupe d'ami ne put passer une nuit confortable. Ron, Harry et Neville discutèrent longtemps à propos de la cérémonie à laquelle ils s'étaient proposés de participer. Ni Ron, ni Neville n'avait de souvenir de l'individu dénommé Albert Durillon, Harry lui-même ne l'avait croisé qu'une unique fois. Seul l'espoir de revoir Hermione motivait leur démarche. Et ils s'endormirent finalement vaguement persuadés que dans trois jours au plus, ils en sauraient plus.
Dans le dortoir des filles l'ambiance était un peu différente. Emma chercha à savoir jusqu'où Ginny avait pu pousser son avantage auprès de Harry. Il était de notoriété publique chez les filles que la cadette des Weasley n'était pas insensible aux charmes du bellâtre. On commenta un moment aussi l'éviction de Dean Thomas. Mais son affaire étant réglée depuis un moment déjà, ce ne fut qu'anecdotique.
Au cours du déjeuner du lendemain, deux courriers furent déposés par les hiboux. L'un le fut devant Harry, l'autre devant Neville. Avec des regards interrogateurs et impatients, les filles et Ron attendirent que l'un des deux se décide à ouvrir le courrier. Ce fut finalement Harry qui agit le plus promptement.
« Harry,
Je ne sais pas ce que tu veux voir dans le journal. Depuis quelques semaines, le ministère censure tout. Je n'ai rien remarqué de particulier, néanmoins, si tu trouves un indice pouvant mener à Hermione, je t'en prie, ne me le cache pas.
Sirius. »
Un exemplaire de la « Gazette du sorcier » accompagnait la missive laconique de Sirius. Harry fut un peu blessé par le ton employé mais était reconnaissant de sa réponse rapide. Les jeunes gens se précipitèrent sur le malheureux journal. Ils se répartirent les cahiers pour gagner du temps, pourtant, malgré leurs efforts, ils ne trouvèrent rien de significatif. L'ombre d'un instant, Ron pensa avoir trouvé un détail important. Mais Emma lui signifia gentiment, mais fermement, que la salade irlandaise n'était rien d'autre qu'une recette de cuisine. Vaguement repoussante d'ailleurs. L'usage immodéré que les irlandais faisaient des bas-morceaux du mouton surprenait souvent les anglais.
Faute de trouver quoi que ce soit d'utile, le groupe en conclut qu'il devenait urgent de se concentrer sur l'autre paquet. Celui-ci recelait un exemplaire de cinq ou six revues imprimées en anglais, en allemand et en français. Devant la profusion des documents, les jeunes gens furent pris d'un moment de panique. Trouver des détails concernant Hermione relevait du défi insurmontable. C'était sans compter le travail de Miss Finnighan. Patiemment, la jeune journaliste avait inséré des marques-pages, avait entouré certains entrefilets. Tous concernaient une effraction faite à Gringotts. Rapidement, Emma retira des restes de la « Gazette » l'article correspondant.
« Rapacité et mauvaises intentions à Gringotts,
Par Rita Skeeter.
Dans la nuit du 3 au 4 janvier dernier, un voleur a tenté de s'introduire dans les coffres de la banque des gobelins dans le chemin de traverse. Nul n'ignore que la banque est protégée par les meilleurs sorts anti-intrusion, les meilleures solutions anti-dérobage. L'autorité de la banque n'a pas voulu communiquer sur le nom du propriétaire du coffre concerné par cette malheureuse tentative. Néanmoins, nous savons de source sure, qu'il s'agit d'un coffre lié à des mange-morts aujourd'hui incarcéré.
Selon les gobelins, personne n'est entré dans le coffre dont le contenu apparait intact. Pourtant, ils ont dû signaler au ministère la tentative. Aujourd'hui, Dolores Ombrage, porte-parole du ministère, insiste sur « la nécessité qu'auront à l'avenir les sorciers à prendre pleinement le contrôle de ces institutions pour éviter toutes nouvelles tentatives ».
En bons citoyens, nous souhaitons surtout que le vulgaire aigrefin, si peu doué, soit rapidement incarcéré à son tour. Les biens des sorciers doivent pouvoir être en sécurité. Le ministère se doit de réagir. »
Harry restait dans l'expectative. Il comprenait mal ce que cet article pouvait indiquer sur le devenir d'Hermione. Á son avis, il n'y avait là que la mauvaise restitution d'un fait divers relativement mineur. Il exposa sans hésitation ses conclusions. Emma manqua de s'étouffer.
- Tu ne comprends pas la portée de cet article ? Harry, tu te moques de moi ! s'exclama un peu brutalement la jeune fille.
- Un voleur se plante. Répliqua-t-il. En quoi cela est-il grave ?
- Le ministère fait entendre que les mange-morts sont des citoyens comme les autres. Cela ne te choque pas. Reprit Neville un peu fâché.
- Un voleur qui entre et sort sans rien prendre et surtout, sans se faire prendre. Continua Ron. Tu trouves cela anodin ?
Devant les arguments de ses amis, Harry dut reconnaitre que l'article de Skeeter n'était pas très éloquent et qu'il cachait certainement un grand nombre de détails. Ceci étant établit, ils purent se pencher sur les coupures sélectionnées par Ellie Finnighan. Neville se félicita de son idée et espérait pouvoir évoquer plus agréablement sa reconnaissance à la jeune journaliste dès que possible. On s'amusa un peu du regard vague qu'il eut en parlant de l'irlandaise.
Les articles choisis par Ellie étaient rangés de façon à faire progresser les lecteurs dans leur connaissance des événements. Le premier extrait était tiré d'un journal belge.
« L'Escaut.
La banque anglaise n'est plus sure. Depuis plusieurs semaines, des fonds issus d'Angleterre se dirigent vers les banques continentales. Les agents ont aujourd'hui une explication. Un intrus a réussi à voler des biens dans l'un des coffres des sections les plus profondes de Gringott's.
Le fait le plus étonnant étant que le voleur a su sortir sans être pris. Une chose inconcevable. »
Un second, Allemand qui, s'il n'évoquait pas la situation générale, était plus précis.
« Die Francfurtzeitung.
Gringott's vient de connaitre son premier vol en 2 siècles. Un coffre appartenant à une vieille famille sorcière et dont certains membres sont emprisonnés, a été fracturé.
Selon des témoins, les gobelins n'ont pas su réagir. Certains parlent de sortilège d'impérium et voient la main de celui-dont-on-ne-doit-pas-écrire-le-nom.»
D'un bref coup d'œil, les cinq amis surent qu'il s'agissait du coffre des Lestrange. Il ne saurait donc être question de personne d'autre qu'Hermione. La mission que Dumbledore leur avait confiée expliquait cette intervention à haut risque. Dès lors, le devenir de leur ami devint très incertain et aucun n'avait l'assurance du directeur. Du moins jusqu'à la lecture du journal imprimé par les irlandais.
« L'impartial,
Comme nous le laissions entendre dans nos éditions précédentes, l'Angleterre se prépare à résister à la main-mise des mange-morts. Un inconnu, ou dirions-nous, une inconnue, est entrée par effraction dans le coffre des Lestange. Cette famille honnie est aujourd'hui incarcérée pour avoir apporté son aide au seigneur des ténèbres vaincu par Harry Potter il y a maintenant 17 ans.
D'après nos informations, le voleur est entré le plus simplement du monde en réclamant l'accès à son propre coffre. Il semble que le voleur ait ensuite soumis le gobelin à l'imperium pour pénétrer dans le coffre des Oliver. Un trou béant a été remarqué entre les deux coffres mitoyens. Nous ne pouvons que regretter le manque de préparation des gobelins qui auraient dû se prémunir contre ce type de vols. Quoi qu'il en soit, un objet de grande valeur marchande a disparu. Il y a fort à parier que les pouvoirs magiques liés à cet objet auront leur importance dans les mois à venir.
Disons-le vivement, à bas Voldemort ! »
Les écoliers anglais restèrent estomaqués par la virulence et la profusion des détails de l'article irlandais. Harry fit remarquer que Finnighan prenait de gros risque à détailler aussi nettement l'intrusion d'Hermione. Car maintenant il ne faisait plus aucun doute qu'il s'agissait de leur amie. Elle avait simplement profité de la mitoyenneté des deux coffres pour agir. Peu de gens savaient que la jeune fille disposait légalement de tous les biens de la famille Oliver. Néanmoins, cette affirmation donnait aussi surement l'identité de la jeune fille que si Ellie l'avait écrit en caractère gras.
- C'est gonflé. Remarqua Emma.
- Et efficace. Continua Ginny.
- Heureusement, vous savez-qui ne doit pas lire ce genre de presse. Il est trop fier pour cela. Lança Luna derrière l'épaule de Neville. La pertinence de la remarque rassura un peu le groupe. Il fallait espérer en effet.
- Dans tous les cas, Hermione nous a montré la direction à suivre. Compléta Harry mystérieux.
Il comprenait qu'il ne pouvait retarder trop longtemps leur mission. Ce serait bientôt à eux de se lancer à l'attaque des horcruxes. Pour l'heure, ils devaient se préparer à aller en France pour l'inhumation d'un certain Albert Durillon.
« §§§ »
Le jour prévu pour l'inhumation, Harry rejoignit ses amis avec langueur. Hermione avait disparue depuis presque une semaine et déjà les choses avaient beaucoup changées. Un inconnu qui devait être leur amie avait fracturé un coffre de Gringott's. Le jeune homme en avait déduit qu'il devenait urgent de s'investir dans la mission que Dumbledore lui avait confié. Mais dans le même temps, il s'était empêtré dans cette cérémonie dans l'espoir vain de revoir Hermione. Si elle venait, ce dont Harry doutait, que pourrait-il faire ?
La veille, Mac Gonnagal leur avait fait passer des vêtements moldus afin qu'ils ne soient pas remarqués par ceux qu'ils seraient amenés à croiser. Harry avait l'habitude de ces tenues, ce qui n'était pas vraiment le cas pour Ron ou Neville. Il fallut beaucoup de patience pour parvenir à les vêtir correctement, du moins au goût de Harry. De son côté, Emma connaissait les mêmes difficultés avec Ginny. Finalement, Ron portait un ensemble des plus classiques, voire même un peu terne. Son costume anthracite foncé tranchait un peu avec la couleur de feu de ses cheveux, mais avec une telle coiffure, il est délicat de trouver des tenues parfaitement adaptées. Quelques sorts de retouchent mirent les manches et les cols à la bonne mesure. Le jeune rouquin était mieux bâtit que son ami et l'uniformité des costumes accroissait un peu cette disproportion. De son côté, Neville avait opté pour une tenue moins triste. Son costume noir à rayures blanches, cependant, évoquait sans conteste les mauvais malfrats des films moldus. N'ayant strictement aucune notion de filmographie, il n'en avait cure. Heureusement, pensa Harry, il n'a pas souhaité compléter sa tenue d'un borsalino. Enfin, Harry avait sélectionné un costume plus moderne qui s'il restait foncé, disposait d'un tissu plus fin. Le mélange des fibres rendait l'ensemble presque brillant. Tous trois étaient beaux dans leurs costumes, ils auraient pu être très satisfaits si les circonstances n'avaient pas été si morbides. Après s'être congratulé copieusement et alternativement, les trois jeunes hommes descendirent dans la salle commune de leur maison. Ils abandonnèrent Dean dans le dortoir. Depuis séparation d'avec Ginny, il ne participait plus guère à grand-chose les réunissant tous.
Les jeunes gens eurent encore à attendre Emma, Ginny et Parvati. Cette dernière avait insisté pour représenter la maison Griffondor en plus des cinq autres. De façon à équilibrer les groupes, Mac Gonnagal n'avait pas jugé inopportun d'accepter sa requête. L'indienne était véritablement radieuse dans sa tenue de cérémonie. Ne pouvant revêtir des vêtements traditionnels, l'hiver en France il ferait certainement trop froid pour une robe de son pays, la jeune fille avait ordonné des pièces plus occidentales. Ainsi, elle prit un chemisier parme sous une veste sombre pour compléter, elle ajouta une jupe à pans de tweed et coton. L'alternance des couleurs valorisait sa peau mate, dorée, pour tout dire à croquer. Pour sa part, Emma s'était contentée d'un ensemble tailleur sombre avec un chemisier clair. La touche personnelle portant essentiellement sur les chaussures, provenant d'une grande marque, et sur la coiffure. Tranchant avec ses habitudes, Emma avait discipliné ses longs cheveux, plus habituellement en broussaille, en une sculpture capillaire impressionnante sans être excentrique. S'ils avaient été plus blonds, la ressemblance avec Hermione aurait été pratiquement flagrante. Mais Ron, qui se précipita pour enlacer sa belle, ne laissa à personne le temps de le constater. Élégant et bon prince, le rouquin couvrit Emma de compliment autant que de baisers. Il fallait reconnaitre que l'ensemble était particulièrement réussi.
Juste derrière ses ainées, descendait Ginny. La première chose qu'en vit Harry fut ses chaussures, il n'avait jamais vu auparavant une jeune fille se percher si haut sur des talons. Bien qu'ils ne fussent pas excessifs, cela mettait Ginny au niveau du jeune homme. N'ayant d'autre alternative, Harry leva ses yeux le long des jambes fuselées de la jeune fille dont il releva la teinte brunie. Un œil expert lui aurait évidemment démenti un quelconque sortilège, à moins que les bas en soie ne puissent être considérés comme un artifice proprement magique. Sur les conseils d'Emma, la rouquine avait optée pour un ensemble long, sa jupe tombant en-deçà de ses mollets. Elle n'en était pas moins serrée et seyante. En guise de veste, Ginny avait choisi un cardigan encerclant ses hanches et dissimulant difficilement un décolleté un peu trop aguicheur pour ce genre d'occasion. Ron qui n'observait que rarement sa cadette remarqua néanmoins une amplitude de gorge anormale. La réflexion discrète qu'il fit à Emma lui valut un coup de coude volontaire et démonstratif. Ginny usait d'artifices et il valait mieux se taire. La longue chevelure rousse qui habituellement descendait le long du dos de la demoiselle était à présent nouée en une tresse serrée qui pendait alternativement à droite ou à gauche de son cou nu comme pour achever de l'habiller. La peau claire de la jeune fille avait reçue un traitement délicat mais remarquable. Peu d'élèves d'Hogwarts avait eu l'occasion de voir Ginny maquillée. En dehors de rares fêtes de famille, la joueuse de quidditch n'employait jamais de cosmétiques. Pour l'heure, elle portait un peu de fard sur les joues et les paupières et un rouge à lèvres qui valorisait agréablement sa bouche.
- Je n'ai pas trop l'air déguisée ? s'inquiéta la jeune fille devant l'immobilité de Harry.
- Tu es parfaite ! s'exclama Ron avant même que Harry eut l'occasion de bouger un muscle.
Emma dévisagea son petit-ami, il était plus que rarissime de l'entendre proférer des compliments à l'encontre de l'un de ses frères ou de sa sœur. Elle regretta de n'avoir pas de moyens d'enregistrer cette réplique pour les semaines, mois ou années à venir. Pendant que tous acquiesçaient devant les tenues des jeunes filles, Harry se précipita silencieusement dans son dortoir. Ginny le regarda s'éloigner, désespérée. Pour qui d'autre pouvait-elle avoir fait ces efforts ? Visiblement, ce n'était pas suffisant.
Il ne fallut que quelques instants au jeune homme pour revenir, triomphant, de son dortoir. De mauvaises langues affirmèrent par la suite qu'il était redescendu bien plus vite essentiellement parce qu'il avait raté l'une des marches. Quoi qu'il en soit, Harry se trouva planté devant Ginny, tremblant et hésitant, un antique et minuscule coffret dans les mains. Balbutiant, il leva sa main jusqu'au visage de Ginny et ouvrit le coffret. Sur un coussin de satin reposait une fine chaine d'argent ouvragée. Il s'agissait probablement d'une pièce ancienne. La jeune fille retint sa main au-dessus de la boite.
- Je peux le mettre ? murmura-t-elle.
- Je veux que tu le mettes. Répliqua Harry d'un souffle. Il était à ma mère, et je suis certain qu'il t'ira très bien.
Quelques sifflements entendus s'élevèrent du groupe des élèves de griffondors massés autour de l'étonnant couple. Un claquement de porte indiqua la réaction de Dean. Un fort rosissement, marqua celle de Harry. Il tenta de se défendre et expliqua qu'il n'y avait aucun sous-entendu.
- Je rends service à la sœur de mon meilleur ami. Insista le jeune héros.
- Et il va sans dire que je te restituerais l'objet ce soir. Coupa Ginny. Les regards qu'elle lançait alentour firent cesser toutes les insinuations.
Le fait était entendu. Ron remercia chaleureusement Harry tant pour le prêt que pour l'affirmation qui le plaçait au rang de meilleur ami. La seconde partie semblait le rendre extatique. Ginny prit finalement la chaine et sa surprise fut aussi grande que l'écarquillement de ses yeux lorsqu'elle aperçut le rubis gros comme une pièce de deux pence pendant au bout du bijou. Devant la valeur manifestement très élevée de l'objet, la rouquine refusa tout net de le porter. Harry dut insister et même ordonner pour qu'elle accepte de le laisser l'attacher.
Le petit groupe fut parmi les plus en retard au point de rassemblement dans le grand hall de l'école. Les serpentards et les pousouffles étaient s'impatientait déjà alors que les serdaigles arrivèrent en même temps que les griffondors. Ce retard valut, naturellement, de vives remarques de la part de Drago. Les comparaisons entre Harry et les gastéropodes communs étant les plus dignes de toutes. Le fait que Neville ait en réponse considéré ses opposants comme étant moins que des tentacules de pernacula antaris3 n'améliora pas la situation. Seule l'autorité de Mac Gonnagal put venir à bout des quolibets des élèves de serpentards. En moins de deux minutes, les groupes furent reformés, les baguettes rangées et les portoloins distribués.
La sensation désagréable du transport en portoloin gagna Harry et le décor alentour s'estompa rapidement. S'il n'y avait pas eu tout autour de lui la présence de ses amis, le jeune homme se serait senti perdu et inquiet. Le glissement sur le sol dur et froid de France se produisit sans heurts. Même s'il n'était pas coutumier de ce moyen de transport, Harry ne feignit pas de s'étaler de tout son long dans l'herbe du champ dans lequel ils venaient d'arriver. Ce ne fut pas le cas pour Goyle qui suivait d'un peu trop près son cher ami Crabbe. Les sorciers eurent quelques secondes de liberté et se moquèrent allégrement de la maladresse de leur condisciple. Cela ne dura pas et Severus Rogue reprit tout ce monde en main instantanément. Il tolérait mal que sa maison soit l'objet de railleries et Harry frissonna en pensant à ce qui risquait d'arriver à Goyle le soir même.
Une fois le calme revenu, les professeurs entreprirent de guider leurs élèves en direction du donjon de Gisors qu'ils pouvaient apercevoir droit devant eux. Par mesure de sécurité, les portoloins les avaient déposés en petits groupes autour de Courcelles-les-Gisors. Á proprement parler, au milieu de rien. Au loin se dégageait une voie rapide menant à Paris, en contrebas, se dessinait l'Epte. La frontière naturelle entre France et Normandie ressemblait à un vulgaire ruisseau. Mais les sorciers anglais n'étaient pas là pour profiter du paysage. Celui-ci manquait de toute façon de charme. Les cultures ne sortaient pas encore de terre et les champs se couvraient d'une herbe folle que les socs des engins retourneraient sans ménagement dans les prochaines semaines. Un vent froid et pénétrant traversait le plateau et malgré leurs vêtements chauds, les élèves regrettaient leurs capes de sorciers. Ils eurent largement le temps de les regretter, leur marche jusqu'au centre-ville dura presque une heure. Néanmoins, la vision qu'ils eurent de l'antique église locale les rétribuait de leurs efforts. Isolée dans un carcan de construction moderne, la construction ne bénéficiait de pratiquement aucun espace. Comme si un architecte malicieux avait voulu enfermer un monument dépassant pourtant tous les autres entre des rangées de maisons. Pourtant, l'ensemble était impressionnant et semblait écraser ceux qui venaient la visiter. Le gothique flamboyant, typique de la Normandie avait permis de construire un ensemble à la fois massif et élancé. Même si l'on manquait de recul pour en profiter4.
Une foule peu nombreuse se massait alentour et Harry n'eut aucune peine à y remarquer Sirirus. Les professeurs d'Hogwarts assurés que leurs élèves ne disparaitraient pas sans laisser de traces, les laissèrent s'égailler en attendant le début de la cérémonie. En progressant vers son parrain, Harry pu comprendre les inquiétudes de Dumbledore. Les représentants du ministère français de la magie faisaient figures de grands seigneurs, tout apprêtés et sereins qu'ils étaient. Les élèves de Beaubâtons eux-mêmes suivaient une discipline rigoureuse et aucun ne semblait impatient ou ne sortait du rang. Pourtant, le jeune homme ne porta qu'une attention toute relative à ces considérations politiques. Il n'en avait cure et laissait ces questions à d'autres. Tout ce qui lui importait était de mettre la main sur son parrain qui même s'il l'apercevait nettement, semblait ne pas s'intéresser à lui. En écartant quelques personnes, en évitant certains groupes, Harry, toujours accompagné de ses amis, parvint enfin à l'immédiate proximité de Sirius. Il le trouva en pleine conversation avec Ellie Finnighan.
- Je vous l'ai déjà dit monsieur Black. Répliquait la jeune journaliste. Je n'ai strictement aucune nouvelle de votre fille. Pour un peu qu'elle soit effectivement de votre famille.
- Cela n'est pas discutable. Coupa Sirius visiblement fâché.
- Quoi qu'il en soit, elle ne se trouve plus à Derrycarna. Reprit imperturbable Ellie.
- Et j'ai vérifié dans toutes les propriétés Oliver. Compléta Sirius. Si elle ne m'avait pas écrit d'Irlande, j'aurais cru qu'elle avait totalement disparue.
- Si elle est ce que je crois. Souffla Ellie. Il est normal qu'elle soit repassée par chez elle.
- Et que croyez-vous ? S'étonna Sirius.
- Rien qui puisse être évoqué devant ces jeunes gens. Répliqua la journaliste en indiquant Harry et ses amis.
Quoi que l'intervention ai coupé la conversation à laquelle Harry aurait beaucoup apprécié de participer, Ellie salua cordialement les nouveaux venus. Sirius lui-même embrassa son filleul avec beaucoup de chaleur avant de faire subir le même traitement aux autres membres du groupe.
- Je ne m'attendais pas à vous voir ici. S'inquiéta Harry à destination de la journaliste. Celle-ci prit une moue offensée.
- Monsieur Durillon était tout de même un vétéran de la guerre civile. Elle laissa un blanc. J'ajouterai qu'il en était l'un des héros.
Harry ne sut comment se faire pardonner sa bévue et balbutia ce qu'il put. L'irlandaise remercia Sirius des informations dont il lui avait fait part et prit congé des anglais. Elle s'éloigna d'un pas décidé et visiblement un peu fâché de l'attitude d'Harry. D'un geste compatissant qui n'ôtait rien au cuisant sentiment d'être un imbécile, Sirius posa sa main sur l'épaule de son filleul.
- Tu as encore pas mal à apprendre sur les femmes mon pauvre Harry. Sourit-il.
- Je n'ai rien dit de particulier. S'étonna l'interpelé.
- J'essaye de lui apprendre le minimum. Intervint Ginny. Surpris, et visiblement ne la reconnaissant pas, Sirius lui tendit une main amicale et un sourire cajoleur.
- Vous êtes miss ?
La restitution des états civils et l'intervention des autres griffondors firent rougir autant qu'il l'était possible le dernier membre de la famille Black. Heureusement, Harry qui n'avait pas tout oublié de la conversation précédente, décida de recentrer un peu le débat sur des choses qui lui importaient vraiment.
- Tu as des nouvelles d'Hermione. Coupa-t-il vivement.
- Lis donc. Cela m'évitera des palabres inutiles. Répondit son parrain.
« Sirius,
Je suis désolée. Quoi que je puisse dire ne pourra pas racheter ce que je viens de faire.
J'ai fui.
Je t'ai abandonné, toi la seule personne qui comptait pour moi. Si tu savais combien je t'aime. Pourtant, il y a encore tellement de choses que je doive faire. Seule. Toute ma vie n'aura été que cela. Être seule bien qu'accompagnée.
Ici, j'ai l'impression d'être utile, et pourtant, je ne vais pas y rester. Je ne sais même pas si je pourrais venir à l'enterrement de mon meilleur ami. Si tu pouvais, me remplacer.
Il me faudra aussi trouver un moyen d'expliquer à Harry qu'il doive suivre son instinct. Que, même si je le désire ardemment, je ne pourrais pas prendre sa place. Pas cette fois, pas plus que les autres d'ailleurs. Paradoxalement, ce n'est plus ma guerre. J'ai fait ma part du marché. Il doit se débrouiller. Mais lui. Il n'est pas seul. N'est-ce pas ?
Ton Hermione.
Derrycarna, Ireland. »
Harry resta atterré devant le contenu de la lettre. Il y ressentait toute la douleur informulée de la jeune fille. Il n'aurait jamais pu imaginer qu'elle se trouvait dans un état d'esprit aussi tourmenté. De plus, une certaine partie du texte lui restait totalement obscure. Après avoir demandé l'aide de Sirius, celle-ci resta tout aussi opaque.
- Prendre ta place ? s'étonna finalement Emma.
- Elle se prend pour qui ? ta mère ? lança Ron sans égard pour les événements auxquels il faisait référence. Harry tiqua et Ginny vint à son secours en remplaçant le joli rouge des cheveux de son frère par un vert bien moins accorte. Sirius fit cesser les échanges en rappelant qu'il y avait tout de même un grand nombre de moldus dispersés dans la foule.
- Je pense qu'elle a combattu vous-savez-qui au moins une fois. Coupa Luna. D'un geste léger de la main elle passa ses doigts le long de sa pommette. Tous les auditeurs comprirent l'allusion. Harry passa la main sur son propre front. L'affirmation surprenait, d'autant qu'elle venait de Luna, mais elle avait la valeur de sembler juste.
- J'espère qu'elle n'aura pas les mêmes séquelles que moi. Souffla Harry finalement.
- Je ne crois pas. Trancha Emma. Sinon, Dumbledore ne lui aurait pas fait confiance.
- Tout cela c'est le passé. Au sens littéral du terme. Acheva Sirius. L'important, c'est que je pars tout à l'heure pour lui mettre la main dessus.
Personne ne put faire démordre Sirius de son idée que tous trouvait sinon surprenante, totalement ubuesque. Il s'en allait à la recherche d'une jeune fille sans savoir où ni comment. De plus, Hermione était chez elle, elle n'aurait aucune difficulté à se perdre. Malgré tout, aucun argument ne parvint à le faire changer d'avis. D'ailleurs, les cloches signalaient le début de la cérémonie. Derrière Sirius avançaient des gens que Harry connaissait. Du moins, c'est l'impression qu'il avait. Devant son regard fixe et interrogateur, Emma vint au secours de son ami.
- C'est notre professeur, Miss Renard. J'imagine que le monsieur à son bras est son mari.
- Il a une sacré cicatrice. Remarqua Neville.
En effet, une grande marque barrait son visage de haut en bas. Relique dont ne savait trop quel coup, il semblait porter celle-ci comme un militaire une décoration. Les yeux amoureux de son épouse montraient à quel point elle avait de l'estime pour lui. Ginny et Luna déclarèrent qu'elles auraient beaucoup de mal à fréquenter un pareil estropié. Emma se retint de remarquer la cicatrice du « survivant », eut égard pour son amitié avec Ginny. D'ailleurs la petite marque en forme d'éclair était vraiment insignifiante en comparaison.
- Comme quoi, la beauté est surtout intérieure. Déclara doctement Ginny. Heureusement pour toi Ron. Acheva-t-elle avec un grand sourire.
Son frère n'eut pas le temps de répondre que Harry portait leur attention sur un homme en chaise roulante qui venait de s'arrêter au niveau du porche d'entrée de l'église. Un géant blond, visiblement aveugle discutait avec lui.
- Vous êtes vraiment incultes vous les anglais. S'étonna une petite voix.
Ils se retournèrent comme un seul homme et virent une Ellie Finnighan oscillant entre rires et larmes. En quelques phrases assassines, décidément, elle était remontée contre eux, miss Finnighan détailla les grandes personnalités présentes. L'homme en fauteuil était Josep Mac-Mahon, ancien auror, vétéran de la guerre et ministre de la justice irlandaise. Il venait d'être élu mais avait refusé de ne pas se rendre à l'inhumation. Celui qui discutait avec lui était une personnalité étrange et mystérieuse. D'après Ellie, il s'agissait du patron d'un groupe de sorciers engagés dans des opérations de « maintien de la sécurité magique ». Une sorte de casques bleus version sorcier, en avait déduit Emma fort justement. Dans tous les cas, il avait une influence très importante tant en Angleterre qu'en Irlande.
Derrière le fauteuil, sourit Ellie, se trouvait Thomas O'Maley, chef des aurors irlandais même si sa position ne le montrait pas. Quelqu'un de sympathique s'était-elle empressé d'ajouter en rosissant un peu. Ils seraient probablement les seuls officiels irlandais. La France et son pays n'ayant pas de très bonnes relations.
La journaliste continua de détailler quelques personnalités, en regrettant que Patrick Fitzham, ministre irlandais de la magie, ne soit pas venu ou n'ai envoyé ni son fils Brian ni Sean O'Connell son bras droit.
Les griffondors n'eurent cependant pas besoin qu'on leur présente Tonks qui passa rapidement près d'eux sans s'arrêter. L'auror faisait partie de l'escorte de Fudge l'inamovible ministre de la magie anglais. Il n'échappa à une acide remarque de l'irlandaise. Selon Ellie, Fudge profitait habilement de cette diversion pour ne pas avoir à s'expliquer sur sa politique ou sur les rumeurs concernant le retour de certains mange-morts à des postes clefs du ministère anglais. L'infondé de ces remarques laissa perplexe les jeunes gens, mais ils n'eurent pas l'audace de le signaler à la journaliste. Ils aperçurent enfin Percy Weasley qui, dès qu'il les vit, s'empressa de suivre son ministre, la tête basse semblant affairé dans ses dossiers. L'ex-petit-ami d'Hermione n'eut pas un comportement convenable, mais personne ne s'en soucia.
La messe moldue s'éternisa en recueillements solennels. Harry et ses amis qui n'avaient guère l'habitude des cérémonies moldues trouvèrent que le temps passait très doucement. Terriblement doucement. Enfin, l'homélie du prêtre céda la place aux interventions de personnalités civiles. Le premier, le ministre français de la magie s'exprima. Il regretta que personne ne puisse éclairer les circonstances du décès de l'un des plus éminent historien de sa génération dont le travail, portant sur les anciennes installations sorcières, avait permis de retrouver des endroits oubliés de tous. Les griffondors trouvèrent le discours pompeux et l'hagiographie revêtait un sens politique tellement prononcé qu'il en devenait insupportable. Après cette intervention il y eut quelques mots du géant blond.
- Albert était mon ami depuis des années. Grâce à Seagull. Tout comme elle, il me manquera pour les temps à venir. Il marqua un silence. Je n'ai pas de mots pour exprimer l'absence et restituer convenablement la douleur que je ressens. Á part. « Merci, Al »
L'immense personnage s'éloigna sans dire un mot de plus et sans se retourner quitta l'église. Quelques personnes installées dans le transept par lequel il sortit le suivirent. Le reste de l'auditoire resta un peu surpris par le ton de son intervention et hésitèrent entre les applaudissements et le silence. Les intervenants qui suivirent eurent quelques peines à faire oublier l'émotion précédente. On écouta distraitement un journaliste français, le directeur de Beaubâton et deux ministres qui, visiblement, ne connaissaient pas l'historien et ne transmirent que des impressions vagues et distantes.
Puis, Josep Mac-Mahon qui était installé immédiatement à droite de l'autel se leva de son fauteuil d'invalide. Péniblement, il se dirigea vers le centre de la nef, devant l'autel, refusant manifestement d'y prendre appuis. Tenant comme il pouvait, torse bien droit et visage déterminé, il prit la parole.
- Comme l'a dit Jack Longton, nous venons de perdre l'un des plus grand héros de notre génération. Sans lui, ce n'est pas mes jambes, mais ma vie que j'aurais perdu. Il était le plus proche des amis de Seagull. Le plus énergique de ses défenseurs après son départ. Il était, je crois, un de mes amis. En sa mémoire, nous continuerons ce qu'il avait commencé. Adieu, Albert.
Cette intervention marqua un peu plus les esprits. Tant à cause des efforts physiques fournis par leur auteur que par son contenu. Harry sentit son cœur se serrer. Hermione n'était-elle pas aussi importante à ses yeux ? Lui aussi avait des choses à finir sans la présence rassurante d'une amie plus douée, plus expérimentée, en un mot, plus forte. Pendant que Mac Mahon regagnait sa place, quelques murmures s'élevèrent. Beaucoup des spectateurs n'avaient pas imaginé les liens qui unissaient l'historien à la personnalité quasi-légendaire qu'était Seagull. Avant que les murmures ne prennent un trop important volume, un très bel homme d'une quarantaine d'année vint se planter là où se tenait l'invalide précédemment. Sans se présenter, il parla.
- Albert Durillon était intelligent et sensible, un grand musicien. Jamais il ne se mettait en avant même lorsqu'il le méritait. Quoi que volubile, il était surtout un grand introverti. Albert était l'âme de ma vie. Je ne sais pas ce que je vais devenir sans lui, sans sa présence, sa chaleur.
La voix de l'homme accusait d'importants trémolos et tous doutaient qu'il puisse continuer bien longtemps. Pourtant, alors qu'il semblait prêt à fondre en larmes, il entonna une chanson d'une voix claire, pratiquement cristalline. Emma se pencha vers ses voisins et annonça « You are not alone » d'un certain Mikael Jackson5. Lorsque la chanson s'interrompit, certains eurent le courage d'applaudir la prestation. Mais ils s'interrompirent rapidement. Le chanteur reprit par un « Ave Maria » celui de Verdi. Le second choix était bien plus impressionnant que le premier. La voix du ténor prenait toute son ampleur et sa force. L'homme était surement un professionnel et pas des plus mauvais. Cette fois, les personnes qui applaudirent furent majoritaire, nettement. Harry regretta cependant d'être installé dans le rang immédiatement après celui de Drago Malefoy. Il ne put faire autrement que d'entendre sa réflexion.
- C'était surtout un anormal ce macchabée. Raillait-il. Harry bouillait mais n'osait pas intervenir. De tout ce qui avait été dit de l'historien, il ne retenait que cette partie de sa personnalité. Pourtant, cela n'avait aucune importance.
- Albert était mon ami. Coupa une voix rauque. Un homme d'une cinquantaine d'année s'était retourné vers eux et dévisageait Drago de ses yeux marron presque noirs.
- Vous espérez me faire peur. Pavoisa l'intéressé.
- Je le crois en effet Malefoy. Reprit l'homme avec un rictus désagréable.
- Vous me connaissez ? balbutia Drago plus décontenancé qu'il n'aurait voulu l'admettre.
- Tu ressembles à ton père. Ricana son interlocuteur. En ce qui concerne Albert. Continua-t-il. C'est grâce à lui que ta cousine Lestrange est en prison.
- Encore un qui y était. Se moqua Drago. Si je devais en faire la liste, vous seriez au moins cinquante.
- Un peu que j'y étais. Ce jour-là, j'ai tué Parish6. Fit-il d'un souffle. Le nom du mange-mort qui avait été tué le jour de l'arrestation de Bellatrix Lestrange était peu connu du public. Que l'homme sache ce nom indiquait la véracité de son récit. Cela tétanisa Drago et le mit mal à l'aise.
- Á ta place, j'éviterais de l'ennuyer. Remarqua un sexagénaire assis aux côté du premier. Roger Spencer n'a pas l'habitude d'inventer et il pourrait te prouver ce qu'il avance.
Dans son coin, Harry s'amusait bien. Voir Drago remis à sa place, surtout dans un domaine qu'il connaissait relativement bien, n'était pas si fréquent. Il aurait bien aimé que l'échange dure encore un peu, mais les deux hommes se retournèrent alors qu'une femme prenait place devant l'autel. D'un rapide coup d'œil, Harry reconnut celle qui se faisait appeler « Seagull » et qu'il connaissait surtout sous le nom de Dietrich.
- Avec Al', j'ai parcouru l'Irlande. Ensemble nous avons libéré le pays. Je lui dédie donc cette chanson, mon hymne.
D'une voix bien moins agréable que celle du compagnon d'Albert Durillon, Dietrich entonna « New Year's day ». La chanson que tout le monde reprenait habituellement en hommage à Seagull car tous y voyait l'expression de sa personnalité. C'était surtout cette chanson que les vétérans de l'assaut du ministère irlandais de la magie l'avaient entendu chanter. Cette interprétation servit à clore la cérémonie. Devant Drago, Roger Spencer et son voisin se levèrent brutalement et sortirent. Mais pas par les travées comme le feraient des spectateurs discrets. Cette mise en scène surprit certains et des murmures se firent. Luna expliqua les raisons de cette réaction. Pour elle, les deux inconnus étaient des représentants de l'ordre occulte qu'avait crée Seagull.
- Comme ils considèrent que Dietrich n'est pas celle en qui ils croient, ils ne supportent pas ces interventions. Conclu la jeune fille.
L'explication laissa les Griffondor dubitatifs. Il y avait peut-être du vrai dans sa remarque, mais ils doutaient. L'ensemble des personnes venues rendre un dernier hommage à l'historien furent invité à rejoindre le cimetière proche. Harry suivit le mouvement dans un état un peu léthargique. Il trouvait qu'on parlait un peu trop de solitude et de mission aujourd'hui. Il n'avait jamais ressentit cette solitude en Hermione. Ginny et Emma qu'il appela à son secours eurent la même réaction. Pour tous, la jeune irlandaise était bien intégrée, il l'aurait accompagnée dans sa mission si elle en avait fait la demande. Sans même qu'elle le demande, remarqua Neville fort à propos.
- Je crois que nous ne pouvons pas remettre notre « promenade » longtemps. Lança Ron sur un ton badin qui dissimulait une profonde inquiétude.
- Je crois aussi. Acquiesça Ginny.
- Tu n'en seras pas. Coupèrent précipitamment et à l'unisson Ron et Harry.
- Essayez un peu de m'en empêcher ! cracha la rouquine furieuse.
Emma ramena rapidement le calme en insistant sur le fait qu'ils ne se trouvaient pas seuls, bien au contraire. Il n'était pas encore le moment de passer à l'action, pas même d'en parler. Pour le moment, ils devaient repérer Hermione si elle se trouvait dans la foule. Une fois parvenus au cimetière, le groupe éclata. Chacun partit à la recherche de la jeune irlandaise en espérant pouvoir la faire changer d'avis. Mais au bout d'un moment, ils durent se rendre à l'évidence. Rien qu'avec un sort de métamorphose, Hermione pouvait obtenir le meilleur des anonymats. Si elle ne voulait pas être trouvée, il serait difficile de le faire. D'ailleurs, estimait Emma, ils ne devaient pas être les seuls à tenter de la trouver. Elle avait entendu certains des aurors français prononcer des formules inhabituelles. Emma aurait pu jurer qu'il s'agissait de sorts anti-dissimulation. Harry et Neville firent la moue. Si ceux-là ne trouvaient rien, ils n'avaient aucune chance d'y parvenir. Prestement, Luna se plaça sous Ginny pour l'empêcher de s'effondrer, prise d'une crise de tremblements. Ses nerfs la lâchaient. Inconsciemment, elle avait mis trop d'espoirs dans cette journée pour considérer qu'il ne pouvait rien en sortir de bon.
Autour des Griffondor, les gens eurent des réactions d'une grande douceur. Une vieille dame, qui avait été rousse elle aussi, s'approcha et sortit doucement de son sac à main une petite fiole.
- Ce sont des sels. Fit-elle doucement. Les gens de mon âge en ont toujours sur eux. C'est désuet, mais ça marche toujours.
Elle accompagna sa remarque d'un gentil sourire et passa prestement le flacon sous les narines de Ginny qui commença par tousser. Les jeunes gens l'avaient laissé faire sans rien comprendre à ce que la française venait de dire dans sa propre langue.
- C'est bon signe. Sourit la dame. C'est que ça marche.
- Comment vous remercier ? s'inquiéta Harry.
- Vous êtes celui qu'on appelle le « survivant » ? demanda-t-elle dans un anglais parfait sans vraiment y mettre le ton. Harry ne put qu'opiner du chef. Faire sa publicité n'était pas dans ses manières.
- Et vous-même ? tenta Ron.
- Cécile Durillon. Je suis la maman du petit Albert. Malgré un large sourire, on pouvait ressentir la déchirure qui brisait intérieurement la vieille dame.
Les anglais ne surent pas trop comment s'en sortir. Ils n'étaient pas responsables du décès de son fils, mais ils connaissaient une jeune fille qui, elle, pouvait être liée à cette disparition. Bien qu'ils n'eurent pas dit un mot, la vieille dame sembla comprendre ce qui les agitait.
- Je sais ce qui s'est passé ce soir-là. Albert a toujours fait ce qu'il estimait juste. Il était très attaché à certaines personnes. Elle regarda dans le ciel un petit oiseau voleter. Votre amie lui avait sauvé la vie plusieurs fois, vous savez. Acheva-t-elle.
- Vous connaissez Hermione ? s'enquit prestement Harry.
- Si c'est comme cela qu'elle s'appelle. Je crois que oui. L'éternel sourire de la vieille dame la rendait attachante autant qu'agaçante. Elle est venue me voir.
Les Griffondor restèrent interdits. Depuis qu'ils étaient arrivés en France, deux personnes au moins avaient reçu la visite d'Hermione. Il n'y avait vraiment qu'eux pour croire qu'elle avait rencontré des difficultés.
- Elle était angoissée pour vous. Continua la vieille dame en attrapant Ron par le bras. Elle ne m'a pas tout dit, mais je crois qu'elle vous aimait beaucoup. Mais, rassurez-vous mademoiselle, cela, c'est du passé, très ancien. Cécile Durillon eut un clin d'œil à Emma qui ouvrait de grands yeux.
- Qu'a-t-elle dit d'autre. Tenta Neville.
- Monsieur Londubat, il faudra apprendre à être patient. Neville resta béat. Une femme qu'il n'avait jamais vue le reconnaissait. Une nouvelle fois, elle sourit. Je connais votre grand-mère, nous participons au même groupe de dentelle. Je vis en Angleterre vous savez. Acheva-t-elle comme excuse.
- Et pour Hermione ? Insista Harry.
- Mes enfants, si vous saviez combien elle était anéantie. Le visage de la vieille dame fut sérieux, pour la première fois. Elle se croyait responsable. La pauvre enfant, elle a vécu tellement de chose. Á son âge, elle a fait bien plus que la plupart des adultes qui pavanent ici. Elle eut un regard circulaire pour tous ceux qui régulièrement lui adressait un signe.
- Je ne voudrais pas être mal polie. Commença Emma. Elle regrettait instantanément sa remarque, la manière de tourner la phrase était exactement ce qu'elle voulait éviter.
- Vous ne l'êtes pas, vous êtes inquiète. C'est naturel. Acheva la mère d'Albert. Je l'ai rassuré, je ne la tiens pas pour responsable de ce qui est arrivé. Je crois que m'entendre le dire lui a fait du bien.
Harry qui ne participait pas à la conversation commençait à comprendre les motivations de son amie. En faisant passer sa mission avant toute chose, elle s'était coupée de toutes les réalités. Pour Hermione, il n'y avait rien d'autre que Sirius, eux et leur mission. La mort d'Albert Durillon avait ouvert le monde à son regard. Le choc avait dû être rude. Était-il, lui-même, à l'abri de ce phénomène ? Á l'avenir il aurait probablement à regarder derrière lui tout ce qu'il a accomplit ou pas. Un frisson anticipateur le traversa. Ce n'était pas un sentiment agréable. La mère de la victime les avait emmené doucement jusqu'à la fosse où l'on avait déjà descendu le cercueil. Ginny et Luna retinrent un cri en le constatant. Ils étaient à présent sous les regards de toute l'assistance. Seule Cécile Durillon ne semblait pas troublée. S'ils avaient eu le courage de regarder autour d'eux, plutôt que de tenter de se faire tout petits, Harry auraient pu apercevoir les marques d'approbation d'Adeline Renard et de deux ou trois inconnus, dont Roger Spencer et Thomas O'Maley. Ceux-là savaient probablement ce qu'ils représentaient pour Hermione et pour le monde magique. Un fossoyeur tendit une corbeille de roses au petit groupe. Pour être débarrassé au plus vite, Ron et Neville firent passer rapidement les fleurs aux filles.
Cécile tendit le bras pour faire tomber sa rose dans la fosse. Mais avec l'âge, la vitalité s'enfuit et la rose ne parvint pas jusqu'au fond, restant accrochée sur le rebord du sinistre trou. Avant que quiconque ait pu intervenir, un petit oiseau vint chercher la fleur par la tige, tenta de s'envoler avec mais ne put que la relaisser tomber sur le cercueil. Dans la foulée, Harry, d'instinct, donna la sienne à la mère du défunt. Celle-ci eut un nouveau large et franc sourire.
- Ne gaspillez pas tout ce qu'elle a fait pour vous. Fut sa seule remarque.
- La vieille dame eut un dernier geste amical pour chacun des jeunes gens et s'éloigna vers le ténor qui avait si bien chanté à la fin de la cérémonie.
- Mon pauvre Andreï. Fit-elle en s'approchant de lui et en passant sa main fripée sur la joue de l'ami de son fils.
- Mama. Venez, rentrons. Répondit-il. Elle acquiesça silencieusement et il lui donna son bras.
L'étrange couple partit doucement laissant à Harry un goût amer dans la bouche. Il avait encore plus de haine pour les mange-morts et celui-dont-il-n'est-pas-utile-de-dire-le-nom. Le contact d'une petite main dans la sienne le fit revenir dans la réalité. Sans y prendre garde, il la serra. Ce qu'il tenait à cette heure, c'était tout ce qui le différenciait du seigneur des ténèbres, et d'Hermione. Il déglutit et se retourna pour constater que Ginny le regardait les yeux pleins de larmes.
- Petite fille, il ne faut pas pleurer. Fit-il avec un sourire qui masquait à peine sa propre difficulté à se retenir.
- Tu peux parler ! Ceci dit, viens, on empêche les autres de rendre un dernier hommage.
- Harry constata que les gens derrière eux commençaient à trouver le temps long. Il s'excusa et se précipita à la suite de ses amis, sans lâcher la main de Ginny.
- Tu pensais à elle, n'est-ce pas ? questionna la rouquine. Le ton était un peu froid.
- Si tu parles d'Hermione. Grinça Harry. Pas vraiment.
Ils s'étaient éloignés plus que nécessaire. Leurs amis n'étaient pas en vue. D'une certaine manière, ils étaient seuls au milieu de la foule. Sans réfléchir, Harry attrapa Ginny par les épaules et plongea son regard dans les yeux noisette de la jeune fille. Un air de défiance contenue s'y lisait. Il pouvait aussi y voir tout l'amour qu'elle lui portait. Mais cela, il le savait déjà.
- Je ne peux pas faire ça. murmura-t-il.
- Moi je le peux.
Les lèvres de la jeune fille se plaquèrent contre sa bouche. Harry n'était pas vraiment surpris par ce qui arrivait. Pourtant, quelques heures plus tôt il n'aurait pas imaginé ce qui arriverait. L'instant était le plus doux de sa vie et il le fit durer. Il sentait battre le cœur de Ginny contre le sien. Sa vie prenait un sens. Il ne serait plus jamais seul, il le savait. Lorsqu'ils relâchèrent leur étreinte, Harry ne vit aucun de leurs amis. Même s'ils avaient été juste à côté de lui, il n'aurait vu que Ginny. Dans son fors intérieur, il savait qu'il ne voudrait plus jamais voir d'autre fille que celle qu'il venait d'embrasser.
- Enfin. S'exclama une voix un peu plus loin.
- Ron ! cria Emma offusquée. Tu peux avoir un peu de retenue.
- Depuis le temps qu'ils se courent après, il est temps non ? répondit le jeune homme.
Un peu plus loin, Neville et Luna étaient un peu gênés. S'ils avaient été dans la même situation quelques semaines auparavant, c'était fini, définitivement. Luna s'étonna de la présence d'un oiseau au-dessus d'eux. Elle pronostiqua de ce fait un temps pluvieux pour le lendemain. La réplique acheva de détendre Harry, Ron et Neville le félicitèrent un peu rudement, mais il préférait cela à l'animosité du rouquin. Emma embrassa fébrilement son amie et belle-sœur. Les deux jeunes filles en avaient tant parlé que cela paraissait juste simple, court et bête.
- Depuis ce jour, Ginny et Harry ne se quittaient plus guère.
« §§§ »
Ce soir-là, Harry ne savait pas pourquoi tous ces souvenirs lui revenaient mémoire. Alors qu'ils s'apprêtaient à mettre en application un plan longuement murit, il aurait pu douter. Pourtant, devant le danger il ne revoyait que les événements qui ont conduit au moment le plus heureux de sa vie. S'il avait été là, Dumbledore aurait certainement parlé de la grandeur de l'amour. Ce qui manquait tant à Jedusor. Penser à son professeur rassura Harry. Avant de partir, il n'avait pas pu s'empêcher de le faire prévenir. Au moins, s'il lui arrivait quelque chose les autres seraient protégés, et il l'espérait, sauvés.
Au-delà des buissons, Harry distinguait la masse pesante du manoir Lestrange. Maintenant qu'il était question d'y pénétrer, il se trouvait pris d'une grande angoisse. Il n'aurait pas dû accepter d'emmener Ginny. S'il lui arrivait quoi que ce soit, il s'en voudrait toute sa vie durant. Dans le même temps, elle ne lui avait pas véritablement laissé d'autre choix.
1 Ceci est une allusion totalement assumée et ouverte au décès d'un proche. Le professeur Jacques Dupâquier, membre de l'Institut, professeur à l'EHESS (école des hautes études en sciences sociales) et initiateur de la démographie historique. Ce qui n'est jamais qu'une partie de mon doctorat. Décédé le 23 juillet 2010, dont les obsèques ont eu lieu à Gisors. RIP.
2 Alone en anglais. Ça fait bien deux syllabes.
3 Ne me demandez ce que cela peut bien être. Je ne suis pas certain de vouloir le savoir…
4 Comment je le sais ? J'étais à l'inhumation de Dupâquier, bien sûr. Et ne comptez pas sur moi pour faire une campagne promotionnelle pour la ville.
5 Qui à l'époque de la rédaction n'était pas encore mort.
6 Je n'avais pas donné de nom au mange-mort à l'époque. Ce n'était pas utile. Á présent, je le regrette.
