Chap. 51 : Œuvres obscures.

Début mars, Harry était arrivé très énervé à la salle commune. Le fougueux baiser de Ginny n'eut pas le résultat escompté. Il la délaissa pour discuter avec Emma. Si les jeunes filles n'avaient pas été aussi proches, la rouquine en eut été profondément vexée. En quelques mots, Harry expliqua à ses amis réunis ce qui l'inquiétait tant. Il revenait du bureau de Dumbledore. D'après Rogue, il ne restait plus que quelques jours à vivre au vieil homme. Emma grimaça.

- Nous ne sommes pas prêts. Fit-elle.

- Mais nous ne pouvons attendre. Répliqua Harry.

Tous savaient pertinemment qu'il avait raison. Sans Dumbledore ils n'auraient plus accès à l'épée de Griffondor et ne pourraient pas détruire l'horcruxe restant. Sa disparition signifiant l'irruption des mange-morts dans la gestion de l'école. Le professeur Rogue serait probablement promu au poste de directeur, mais il y avait toujours une mesure d'impondérable et ils ne souhaitaient pas prendre de risque. Quand bien même Rogue serait le nouveau directeur, Harry n'était pas pour autant assuré de sa pleine coopération. La haine que se vouaient les deux hommes étaient très profonde. Harry ne pouvait s'apercevoir des raisons qui poussaient son professeur de potion à être distant. Il ne bénéficiait pas des connaissances d'Hermione. Celle-ci faisait confiance à Rogue et avait fait part de son avis à ses amis, mais aucun ne l'avait vraiment compris, aucun n'avait révisé son opinion. La défiance primait encore. De plus, Harry qui correspondait activement avec son parrain en déplacement en Irlande recevait de celui-ci des éléments à charge contre Rogue. Sans s'en apercevoir, Harry héritait de la haine existant entre son parrain et son professeur. Lui qui avait évolué des années auprès des Serpentard devenait un irréductible adversaire de son ancien professeur préféré.

La tension qui régnait dans le groupe fut accrue lors de leur descente dans la salle commune. Ils retrouvèrent une Luna très pâle et pratiquement tétanisée au beau milieu d'une rangée. Au bout de ses bras ballants se trouvait un exemplaire du « Chicaneur. » Sincèrement inquiet, Neville se précipita pour faire assoir la jeune fille que la plupart des jeunes élèves regardaient, partagés entre amusements et moqueries. L'effet de son geste amical ne fut guère plus salvateur. Sans en prendre conscience, lui, un Griffondor, venait de s'assoir avec une Serdaigle à la table des Poufsouffles. Les quolibets surgirent alors de partout. De là où il se trouvait, Harry ne put entendre la réplique assassine de Drago qui fit tant rire ses voisins. Mais il en devinait la teneur, Louffouca Lovegood comme certains appelaient la jeune fille, faisait l'objet de plaisanteries incessantes.

Avant qu'Harry ait eu le temps de s'élancer auprès de ses amis, il vit qu'Emma et Ginny s'installaient à leur tour et écartant les oreilles indiscrètes. Pour sa part, Ron tirait doucement sur la manche de la robe de son ami pour l'inciter à ce joindre au mouvement. L'impression d'avoir des choses essentielles à entendre à la table de son ancien ami tourbillonnait encore dans la tête de Harry. Rien qu'à penser à la cape d'invisibilité de son père qui dormait dans le fond de sa malle, il se serait tapé la tête contre les murs. N'ayant d'autre alternative, Harry répondit à la pression de Ron et ils se mirent en route vers leurs amis attablés.

- Qu'y a-t-il ? s'entêtait à questionner Neville à une Luna prostrée.

Emma leva un visage inquiet vers Harry qui ne comprit pas instantanément les raisons de ce regard angoissé.

- Je ne suis pas médecin. Coupa le jeune homme avant de poursuivre sur un ton moins catégorique. Il serait plus utile de l'emmener voir Miss Pomfresh.

- Cela ne changera pas le contenu du journal. Intervint Ginny visiblement attristée.

Intrigué par l'attitude de sa petite-amie, Harry décida de jeter un œil sur le journal du père de Luna. Comme tous les élèves, il savait parfaitement que la presque totalité des informations qu'il détenait étaient fausses. Néanmoins, il sentait qu'entre les pages du journal devait se trouver des nouvelles terribles.

« Découverte macabre sur la côte de Cornouailles.
Grâce à l'aide des ronflaks cornus dressés par les polices magiques, un corps ayant séjourné un moment dans l'eau salée à été retrouvé le long de la côte, près du village moldu de Morthoe. La jeune personne était probablement une sorcière, les témoins moldus ayant retrouvé et jeté ce qui semblerait être sa baguette.

L'identité de la victime fut établie par la présence d'une fibule ensorcelée. Celle-ci servait à protéger sa propriétaire des attaques de scofire à ailettes et de maglis turbulents. Selon toutes probabilités, cette pièce magique était celle que le ministre Downings avait offerte à Seagull en 1984. »

Toute une explication concernant les applications magiques, pour le moins saugrenues, des fibules irlandaise suivait cet état des lieux. Harry leva un regard étonné vers Ron et Emma qui soutenait Ginny de leur mieux. Il ne voyait pas ce que ce triste événement avait à voir avec leur situation.

- Tu es un imbécile parfois. Soupira Ron.

C'est à la page suivante. Souffla Emma en retournant s'occuper de son amie.

« Avis du ministère.
Compte tenu de la situation exceptionnelle que connait notre pays, le ministère impose désormais des pages de publications de prévention destinées à tous les sorciers de notre pays. »

Harry passa ces désormais sempiternelles remarques plus inutiles les unes que les autres. Depuis la disparition d'Hermione, il semblait que celui-dont-il-n'est-pas-bien-de-prononcer-le-nom soit entré dans une phase plus active de son retour. Il avait probablement été informé de la disparition de la jeune fille par Rogue. Il avait alors lancé ses mange-morts à l'attaque des nés-moldus qui se promenaient trop tard, tous seuls, dans les rues. Les disparitions dont faisait état la une du Chicaneur était devenues, malheureusement, routinières.

En réaction à la panique qui risquait de se propager, le ministère avait pris en main les journaux sorciers. Sans les diriger littéralement, il obligeait à des publications lénifiantes. Qui pouvait croire, en effet, que se cacher sous un banc moldu pouvait protéger quiconque était poursuivit ?

Après ces rapides considérations, Harry reprit la lecture de l'article du Chicaneur.

« Hogwarts n'est plus à l'abri !
Le corps repêché à Morthoe a été identifié comme étant celui de Miss Hermione Black, héritière Oliver et élève de notre grande école. Compte-tenu de l'importance que cette disparition a pour la société magique, le ministère décide de remplacer immédiatement le professeur Dumbledore, souffrant, par Dolores Ombrage. Celle-ci sera la directrice administrative alors que le professeur Rogue assurera l'intérim et la transition.

Le ministère s'assurera de plus la participation de détraqueurs pour protéger l'école de sorcellerie. Ainsi, aucune disparition suspecte n'aura plus lieu à Hogwarts. »

Cette fois, Harry ne pouvait en croire ses yeux. Dans un même journal se trouvait deux nouvelles totalement contradictoires. Si les informations du ministère étaient vraies, il n'y avait plus aucun espoir de revoir un jour leur amie. Le jeune homme, trop fier pour l'admettre et faisant son possible pour refouler ses sentiments, ne pouvait admettre que ce soit possible.

- Ils se trompent. Affirma-t-il d'une voix plus forte qu'il ne l'eut voulu. Ce n'est pas elle. Lovegood dit que c'est quelqu'un d'autre. Continua-t-il pour essayer de se convaincre.

- Je ne crois pas que le ministère serait capable de cela. Trancha Emma.

- Et qui croira ce vieux Xénophilius ? Ajouta Ron sagace.

- Pour une fois, Ron réussit à clore un débat. La pertinence de sa réflexion ôtait tout doute. Même si le ministère se trompait, personne ne mettrait en doute ses affirmations.

- D'ailleurs, Hermione était irlandaise, c'est normal qu'elle ait eu des objets magiques de son pays. Releva Ginny au bord des larmes.

Harry trouva son amie encore plus belle au travers de cette épreuve. Pour une fois, il voyait Ginny sous toutes ses facettes et non plus seulement la jeune joueuse de Quidditch crâneuse dont elle faisait la constante représentation à ses côtés. Habitué à voir la rouquine comme une jeune fille forte et assurée, Harry frissonna devant ses faiblesses. Tout ce qui lui passait par l'esprit dans l'espoir de lui remonter le moral ne parvenait pas même à être crédible pour lui. Il aurait voulu croire que le ministère mentait, que le corps trouvé était celui de Dietrich et non celui d'Hermione. Pourtant, il doutait au fond de lui-même que cette version soit possible.

- Nous devons faire ce qu'elle voulait pour nous. Coupa soudain Luna.

La jeune serdaigle n'avait pas assisté à leur conciliabule précédent. Pour cause, celui-ci avait eut lieu dans la salle commune de Griffondor. Elle ignorait tout de la détermination qui les habitait lorsqu'ils l'avaient aperçu dans cet état catatonique.

- Surtout que Dumbledore est écarté de la direction de l'école. Ajouta Neville visiblement inquiété par la portée de cette décision ministérielle.

- Il faudra plusieurs jours pour qu'Ombrage prenne pleinement contrôle de l'école. Souffla Emma. Le ton employé montrait à quel point elle doutait de son affirmation.

D'ailleurs, à peine avait-elle achevé cette phrase qu'un grand bruit attira l'attention de toutes les personnes présentes dans la pièce. Une petite silhouette rondelette, tout de rose vêtue, au visage rond et au sourire de crapaud, passa le seuil de la grand salle.

- Elle a fait drôlement vite. Siffla Ron.

- Cela fait des semaines qu'elle attend cette nouvelle. Fit une voix derrière eux.

Le groupe se tourna vers l'importun et constata que Colin Crivey avait écouté toute leur conversation. Il fit un grand sourire à Harry qui était depuis toujours son héros, même lorsque celui-ci passait le plus clair de son temps à le brimer lui et tous les élèves plus jeunes. Un peu gêné, Harry essaya de lui faire dire à Colin ce qu'il voulait dire.

- Mon père travaille dans son service. Admit enfin le jeune garçon. Il nous a dit qu'elle piaffait littéralement devant ce poste.

- Cela ne m'étonne pas. Compléta Emma. Le ministère à besoin de maitriser l'école s'il veut tenir les parents.

Harry regarda son amie les yeux écarquillés. Il n'avait pas pensé que l'école pouvait avoir une fonction aussi politicienne. Il entrevit surtout les risques que cela induisait pour l'avenir.

- Lorsque celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom aura pris le contrôle du ministère. Balbutia-t-il.

Ron et les autres lui firent signe de se taire. Ils avaient tous la même idée. Si le ministère tombait, leur vie dans l'école serait pire que l'enfer. Emma fut surprise de constater que Harry n'avait pas encore compris les implications de leur mission.

- Vraiment, Harry, tu devrais faire attention. Soupira la jeune femme. Si Dumbledore et Hermione y consacrait autant d'énergie, c'est parce que ce qui nous attend est très grave.

Penaud, Harry admit qu'il s'était contenté de recevoir la mission comme une demande essentielle et incontournable, mais qu'il n'en avait pas mesuré la portée. Du coup, il se sentit mal à l'aise. Jamais il n'avait perçu avec autant d'acuité l'importance de sa mission. Tuer Voldemort, ce n'était pas uniquement sa vengeance. C'est aussi, et surtout, protéger tous ceux qu'il aime. Harry eut un regard pour Ginny et ne put s'empêcher de se rapprocher d'elle et la serrer très fort contre lui. La jeune fille qui avait réussi à contenir ses larmes jusque là mouilla longuement. Mais Harry n'avait que faire de sa chemise. Tout ce qui lui importait à présent, ce n'était plus sa mission ou sa vengeance. Il n'avait plus en tête que de protéger tous ceux qui l'entouraient à présent. Levant le nez de la chevelure rousse de Ginny, Harry remarqua les sourires aimables et entendus de Ron et Emma. De leur côté, Luna et Neville se chamaillaient un peu. Luna qui était décidément dans un autre monde, dans un autre mode de perception, cherchait à débarrasser, contre son avis, le jeune homme de ses joncheruines.

Hermione était partie pour tenter de remplir sa mission à lui, à sa place. Elle en avait payé le prix fort. Harry se jura que personne, jamais plus, ne tomberait à sa place. S'il devait mourir de la main de Voldemort, ce serait ainsi, mais il n'enverrait plus quiconque devant lui. Pour le moment, il devait détruire le dernier horcruxe. Le jour même, il sortirait d'Hogwarts et irait à Lestrange's mansion. Seul, évidemment. Il vola un dernier baiser à sa petite-amie, lui prononça quelques mots d'amour à l'oreille et se leva doucement, salua et s'esquiva prestement.

Harry n'avait pas fait une trentaine de pas qu'il se trouvait encadré de tous ses amis, Neville, Ron, Emma, Luna et Ginny. Aucun ne voulut écouter ses exhortations à le laisser accomplir cette opération seul.

- Si Dumbledore t'a autorisé à en parler, c'est parce qu'il pense que tu as besoin de nous. Affirma justement Emma.

- Et puis, sans nous, tu n'iras pas loin. Continua Ron.

- Nous avons tout préparé ensemble. Trancha Neville en se plaçant devant Harry. Tu crois que je te laisserais faire.

Le regard du jeune homme prouva à Harry qu'il savait aussi bien que lui qu'ils étaient tous deux concernés par la prophétie. Il ignorait cependant qu'il avait reçu l'ordre de Dumbledore de tuer Voldemort si Harry devait faillir.

Ne pouvant faire un pas sans bousculer l'un de ses amis, Harry répliqua d'un sourire. S'il en était ainsi, il acceptait sans rechigner l'aide précieuse de ses camarades. Ils ne seraient pas trop de six pour visiter rapidement la demeure familiale des Lestrange. Qui plus était, ils avaient tout préparé pour agir ensemble. Leur exigence était totalement justifiée et Harry se résolu à diriger le groupe vers la grande aventure. Celle qui fait peur et exalte tout à la fois.

« §§§ »

Tous les élèves de l'école de sorcellerie se dirigeaient vers les salles de classes. Pourtant, deux petits groupes se dirigeaient à contre courant. Dans le premier dominait Harry Potter. Autour de lui ses amis savaient qu'ils prenaient une direction sans retour. Ils allaient quitter définitivement l'école par l'un des passages secrets de la carte des maraudeurs.

Dans le second, la silhouette fluette de Drago Malefoy se trouvait plutôt enchâssée entre les masses qu'étaient Goyle et Crabbe. Ceux-là s'inquiétaient de savoir où se dirigeait les autres. Hermione aurait-elle pu prévoir que son intervention, éloigner Harry de Drago, pousserait ce dernier dans les griffes de Jedusor ? La probabilité était effectivement élevée. Dans l'esprit de la jeune fille, ce rapprochement était un fait, même si elle ignorait pourquoi. Mais dans cette réalité, la proximité qu'avaient tissés les deux jeunes hommes, tant dans le plaisir sadique de brimer les plus jeunes que dans les conquêtes féminines dont ils faisaient gorges chaudes, avait éloigné sensiblement Drago des idées du seigneur des ténèbres. Après le départ de son ami, le jeune Malefoy fut récupéré très rapidement par son père qui l'avait largement poussé à surveiller activement Harry.

Inconscients d'avoir dans leur sillage un groupe de futurs mange-morts, Harry et ses amis progressaient vers le quatrième étage. Ils devaient s'assurer que personne ne les verrait se glisser sous l'une des tentures du second. Pour cela, ils avaient repéré un parcours qui, par le biais de passages dissimulés, de chausse-trappes, permettait de semer tous indésirables. C'était sans compter sur le ressentiment de Drago. Quoi qu'ils eussent fait, les jeunes sorciers ne pouvaient s'éloigner durablement.

- Dis, Drago. Essaya Goyle qui malgré un esprit étroit se demandait comment son chef pouvait à coup sur retrouver l'objet de leur poursuite.

- Comment tu fais pour savoir où ils sont ? acheva Crabbe.

- Imbéciles. Trancha le jeune homme blond.

De près on pouvait nettement remarquer ses traits tirés, fatigués. Les dernières semaines avaient été difficiles pour lui. Son père, Lucius, étant l'un des plus fervent mange-mort connu, il avait eu à subir une éprouvante pression de la part de son maitre. Celle-ci rejaillissait sur Drago par effet de vases communicants.

- Vous vous souvenez, quand je suis sorti avec Weasley. Lança le jeune homme1.

Il s'interrompit. Les images heureuses lui revinrent. Les deux jeunes gens s'étaient fréquentés quelques jours seulement, dix-huit mois plus tôt. Á l'issue du championnat de l'année précédente, Drago avait été le seul joueur de l'école à faire confiance à la jeune rouquine. Ensembles, ils avaient volé des heures et s'étaient durement entrainés au quidditch. Aux yeux de Drago, la place de Ginny dans l'équipe de Griffondor était simplement le fruit de leurs efforts conjoints. Il enrageait du manque de reconnaissance dont celle-ci faisait preuve depuis qu'Harry était redevenu « le parfait petit griffondor ». Tous les jours, chaque fois qu'il croisait Ginny serrant dans sa main celle d'Harry, Drago sentait la colère et la haine monter en lui. Rien que cela aurait suffi à le conduire dans les bras de Voldemort.

- Je lui avais offert un bracelet portant son nom. Se reprit le jeune homme. Visiblement, elle ne s'en est pas défait.

Le visage de Drago oscillait entre contentement et exaspération. Qui pouvait conserver sur soi le souvenir de l'un de ses anciens petits amis ? Les événements des mois précédents finirent de lui revenir en mémoire. S'étaient-ils embrassé plus d'une fois ? Le doute s'insinuait. Ces jours heureux avaient-ils vraiment existés pour elle ? Drago se rassura en pensant que malgré tout, il restait très présent dans le cœur de la jeune fille. Un sourire crispé apparut lorsqu'il se prit à penser que Ginny pensait encore à lui lorsque le « survivant » la couvrait de baisers enflammés.

- Et, c'est quoi le rapport ? continua l'exaspérant Goyle.

- Je l'ai ensorcelé de façon à toujours savoir où il se trouve. Sourit Drago. Á l'époque, c'était pour que je puisse la retrouver, comme par hasard.

Un rire gras quitta la gorge des deux gorilles qui assuraient la garde rapprochée de Drago. Celui-ci les fit taire au plus vite. Il ne souhaitait surtout pas être repéré. Après quelques instants de doute, Drago vit qu'Harry et les autres continuaient leur route sans infléchir ou accélérer leur pas. Bientôt les poursuivants seraient sur leurs talons, et la bagarre tournerait sans discussion au profit des premiers.

Inconsciemment, Harry se rendait compte qu'un imprévu modifiait leur plan. Pourtant, il avait beau vérifier régulièrement, en laissant ses compagnons avancer un peu sans lui, il ne voyait aucun suiveur. Agacé par ce comportement, Neville proposa de scinder le groupe en deux. En laissant suffisamment de temps, ou en passant par deux trajets différents, ils pourraient déjouer les éventuels pièges. Mais aucun ne pensait sérieusement être suivi. Se ravisant, Harry proposa de continuer comme prévu.

Lorsqu'ils parvinrent finalement au second étage, après être repassés par les serres et la tour de divination, Harry et ses amis patientèrent un petit moment. L'heure des classes arrivait rapidement et dans quelques minutes, le couloir serait vide. C'était la meilleure solution pour enfin savoir s'ils étaient suivis. L'idée, simple mais efficace, venait évidemment d'Emma. Ses prédictions furent justes, après l'heure dite, tous les élèves désertèrent les couloirs, sauf Harry, Neville, Ron, Luna, Emma et Ginny. Neville se porta le long de la tenture qui les séparait encore de leur expédition.

- Personne ne veut reculer ? demanda-t-il pour la forme.

- Maintenant qu'on est là. Souffla Ron. Je crois que ma mère va me tuer.

- La remarque saugrenue et pourtant logique du jeune homme allégea l'ambiance d'une tension lourde qui s'était progressivement imposée.

- Comme dit le philosophe. Lança Luna. Le plus dur, c'est pas d'aller de Brussel à Pékin, mais de Vilvoorde à Brussel2.

- Pour changer. Sourit Harry. Luna, tu es la voix de la raison. Allons-y maintenant.

Il eut un regard circulaire pour ses amis. Au moment de franchir la dernière étape, il était normal de douter. Il n'en voulait pas à ceux-là d'hésiter à passer le seuil de la tenture. Pourtant, avec un sourire satisfait, Luna écarta le tissu et se glissa dans le passage. Instantanément, Neville la suivit, puis se furent Emma et Ron. Ginny s'approcha doucement d'Harry et se colla contre son cœur.

- Tu sais combien je t'aime. Murmura-t-elle.

- Et je ne saurais vivre sans toi. Répliqua doucement Harry. Il ne doutait pas une fraction de seconde de la véracité de cette affirmation. Les yeux de Ginny confirmèrent qu'elle serait avec lui pour toujours.

La rouquine vola un baiser et poussa Harry dans le passage. Harry commençait à s'y engager lorsqu'il sentit que la main qu'il tenait résistait. Quelque chose ou quelqu'un empêchait Ginny de le suivre. Son sang ne fit qu'un tour. Il arrêta instantanément sa progression. Néanmoins, le retour en arrière serait un peu plus compliqué. Le boyau ne permettait pas de faire demi-tour. Harry devait reculer prudemment. Il ne se passa pas plus de trente seconde avant qu'il ne se retrouve à nouveau dans le couloir. Les événements s'étaient cependant précipités. Crabbe saisit son poignet droit pendant que Goyle attrapa le gauche. Harry se trouvait impuissant aux mains de Drago et ses sbires. Ginny, elle, se débattait entre les bras trop puissants et trop serrés de Malefoy. Ce dernier savourait nettement son succès. Il avait mis la main sur ce que le « survivant » avait de plus cher, et sur le « survivant » lui-même.

- J'ignorais que tu étais aussi stupide que Goyle et Crabbe. Ricana Drago. Ginny se tortillait tant qu'elle pouvait pour se défaire de l'étreinte du jeune homme. Harry, lui, restait stoïque bien que son sang bouilla.

- Lâche-la. Furent les seules paroles cohérentes qu'il pouvait exprimer.

- Quelle rhétorique. S'esclaffa Goyle.

Tous les jeunes gens présents restèrent ébahis devant une phrase qui comportait un mot de plus de quatre syllabes.

- Ben quoi ? j'ai dit une bêtise. S'étonna Goyle.

- On n'a pas l'habitude, c'est tout. Ricana Harry.

Il tira son poignet vivement, profitant que je jeune gorille portait toute son attention sur son chef. Malheureusement, Harry n'avait pas la force physique suffisante pour se défaire de l'étreinte de Goyle. En réaction, Crabbe tira de son côté. Harry ressentit une douleur vive dans son épaule et pria pour qu'elle ne soit pas luxée. Sous l'effet de la douleur, ses genoux ployèrent, ce qui plu particulièrement à Drago. Il desserra son carcan autour de Ginny. Celle-ci entreprit de le gifler.

- C'est comme ça que tu le prends. Fit-il en ricanant.

Sans lâcher la main qui manquait de le frapper, Drago passa son autre main sur les hanches de la jeune fille, la cala contre lui avant de lui voler un long baiser. Harry qui souffrait encore de son épaule ne voyait pas distinctement ce qui se passait sous nez. Les gloussements de Crabbe et Goyle lui signifièrent pourtant que quelque chose de peu plaisant, pour lui, se déroulait juste devant lui. Avec difficulté, il releva la tête pour voir Drago embrasser une Ginny qui ne résistait pas. Elle ne le pouvait pas, Harry cru qu'elle ne le voulait pas. Son cœur sembla se briser en petits morceaux.

- Alors Potter, ça fait quoi de comprendre que ta copine est d'abord la mienne ? fanfaronna Drago qui avait remarqué du coin de l'œil la réaction d'Harry. Discrètement, il lança un sort informulé sur la rouquine pour l'empêcher de répliquer. Maintenue sous sa coupe, elle ne le gênerait pas dans ce qu'il voulait faire.

- Arrête, j'ai mal quand je rigole. Gouailla celui-ci.

- Comment crois-tu que nous vous avons retrouvé ? continua Drago.

L'argument portait. Si Harry savait que son ami et la rouquine avait été vaguement proches quelques temps, il n'y portait aucune attention. Drago oubliait qu'à l'époque, ils se racontaient tout ce qui les concernait, y compris cette affaire précisément.

- Elle t'avait planté comme une citrouille. Souviens-toi. Fit Harry d'une voix malheureusement mal assurée.

- Tu me sous-estime vieux. Continua Drago, toujours triomphant. Moi, je suis digne des enseignements du seigneur des ténèbres.

- Tu t'en vantes en plus ? lança Harry.

Au point où il en était, il n'avait rien de mieux à faire que de faire parler son adversaire. Il espérait que Neville et Ron reviendraient rapidement dès qu'ils verraient que Ginny et lui n'avaient pas suivis. Le problème étant que cela pouvait durer un peu. Tout était dans la nuance. Un peu, ou un peu longtemps. La douleur diminuait et Harry sentait que son cerveau devenait plus réactif. Finalement, sa posture, évoquant une soumission humiliante, lui permettait de faire levier avec Crabbe ou de rentrer tête-baissée dans l'estomac de Goyle. Harry regretta de ne pas être Hermione. Elle au moins n'avait pas besoin de chercher sa baguette. Il trouvait habituellement que la jeune fille abusait de cette particularité et y voyait un peu de vantardise. En finalité, il considéra que c'était un avantage utile à cultiver.

- Depuis des semaines, Ginny m'informe de tout ce que vous décidez. Fanfaronna encore Drago.

- Et, nous allons ? questionna naïvement Harry.

Le regard noir que lui adressa Drago signifiait bien qu'il ne goutait que modérément l'humour. Sur un signe, Crabbe tira un peu plus sur le bras de Harry qui ne put se retenir de grimacer de douleur. Cette fois, Ginny tenta à son tour d'intervenir. Ses mouvements pour se dégager de l'étreinte de Drago firent reculer le jeune homme qui n'échappa pas cette fois à une bonne gifle. Vexé plus que blessé, il projeta la rouquine contre le mur et lui lança froidement un sort de doloris. Ginny, foudroyée se recroquevilla sur le sol. Les événements qui suivirent n'eurent pas de témoins. Harry sombra dans l'inconscience parce que Drago s'occupa de lui après avoir réglé le cas de Ginny.

« §§§ »

- Soudain, Harry s'éveilla. Il vit devant lui le visage inquiet d'Emma, et celui, crispé de Ron. Comme totalement libéré, disposant de toutes ses capacités physiques, Harry se releva d'un bond.

- Où est Ginny ? hurla-t-il.

Il constata immédiatement que Neville et Luna s'occupaient consciencieusement de la jeune fille. Celle-ci lui adressa un sourire fatigué. Dans sa rage, Drago n'avait pas lésiné sur la force de son doloris. Emma rassura vivement Harry, son amie n'était pas en danger.

- Nous devrions annuler notre équipée. Lança la préfète en chef.

- Si nous reculons, nous n'aurons plus l'occasion de le faire. Murmura Harry.

- Devant lui, Neville et surtout, Ginny, acquiescèrent. Ils n'avaient pas le choix, ils devaient se lancer. Une question brula les lèvres de Ron. Et comme il n'avait guère de retenue, celle-ci fusa instantanément.

- Que s'est-il passé ? fit-il vivement.

- Drago et ses acolytes nous ont attrapés. Répondit simplement Harry avant de comprendre la portée de la question. Ils ne sont pas là ?

- Il n'y avait que vous lorsque nous sommes arrivés. Intervint Emma. Au bout d'un moment nous nous sommes inquiétés de ne pas vous voir arriver. Á part Ron, bien sur.

D'un rapide mouvement de menton, la jeune fille désigna Ron qui devint aussi rouge que ses cheveux. Harry n'eut pas besoin qu'on lui explique pour comprendre que Ron s'était imaginé un nombre conséquents d'éventualités déplacées.

- On a pas vraiment le temps pour ça. reprit Harry entre exaspération et regrets. Il aurait préféré.

- C'est ce que j'ai dit, mais il a fallu que Neville insiste pour qu'on revienne. Coupa Emma visiblement fâchée.

- Tout a bien fini. Lança Ginny en se relevant. Je suis désolé Harry. Acheva-t-elle en se précipitant dans les bras grands ouverts d'Harry.

Il n'était pas venu à l'esprit du jeune homme de reprocher à son amie les événements récents. Pourtant, quelque chose avait informée Drago de leur présence dans le passage secret. Instantanément, Emma prit la direction de la manœuvre. Elle se fit expliquer les circonstances, Harry et Ginny racontèrent ce dont ils se souvenaient des événements.

- Ginny. Trancha finalement la jeune fille. Tu as conservé un objet que Drago t'a donné.

- Non, bien entendu ! répondit la rouquine outrée.

Puis, elle se ravisa en posa la main sur son poignet. Elle arracha prestement le fin bracelet. Depuis le temps, elle s'était habituée à l'objet et n'y faisait absolument plus attention. C'était exactement ce que Drago avait espéré. La cadette des Weasley se sentait totalement coupable de ce qui leur était arrivé. Du mieux qu'il put, Harry la rassura, affirmant sans scrupule qu'elle n'y pouvait rien, que c'était imprévisible.

- Maintenant que ce problème est réglé. Lança Ron en regardant de part et d'autre du couloir. Et si on y allait fissa !

La réplique était tranchante, mais juste. Rapidement, tous s'élancèrent à nouveau dans le passage. Cette fois ce fut Harry qui ferma la marche. Il s'assura trois fois, à l'aide de la carte des maraudeurs, qu'il n'y avait personne. Ron lui avait pratiquement démis l'autre épaule lorsqu'Harry s'était souvenu qu'il avait l'objet dans sa poche.

Le trajet dans l'étroit boyau était long et sinueux. Humide aussi, fit remarquer Ron après avoir éternué. Il se prédit un bon rhume et Emma lui promis un traitement « à sa façon ». Harry se retint de s'esclaffer en imaginant la tête que pouvait avoir alors le rouquin.

Il leur fallu pratiquement vingt minutes pour arriver dans une grande salle souterraine. Malgré les sorts de Lumos il était difficile de distinguer toutes les parois tant l'espace était vaste. Emma expliqua qu'ils les avait attendus là un moment avant de rebrousser chemin. Dans le mur faisant face à la faille qu'ils venaient de quitter, il y avait deux grandes ouvertures.

- Felis, sed non regis et imperator, vincit3. Et Gloria satisfecit erat4. Releva Ron. L'incompréhension la plus totale se lisait sur son visage.

- C'est du latin, une ancienne langue moldue. Indiqua Emma.

- Cela ne nous aide pas énormément. Continua Harry.

Il s'attira les foudres d'Emma qui lui signala que cette langue était employée aussi par les sorciers. Et très couramment d'ailleurs. Toutes les potions employant en fait cette forme de langage. Par recoupement, Emma reconstitua les deux messages. Mais aucune des deux issues ne semblait plus attractive que l'autre. En désespoir de cause, Luna proposa de passer là où les empereurs échouaient. Mais Ron trouvait que la Gloire était plus attrayante. L'usage du passé inquiéta Emma, et le groupe décida de choisir la fortune.

- Arrêtez ! hurla presque Emma alors que Neville et Harry s'engageaient dans le passage.

- Pourquoi ? s'étonna Ron. Tu as peur ? s'inquiéta le jeune homme devant le visage blafard de sa fiancée.

- Félis, c'est aussi le chat. Scanda-t-elle.

L'idée de se trouver nez à truffe devant un chat n'inquiéta pas outre mesure Harry. Mais on lui fit comprendre que les lions n'étaient, finalement, que de gros félins. Dès cet instant, la seconde ouverture parut beaucoup plus agréable. Ils passèrent donc dans l'autre passage, en espérant qu'il n'y ait pas de piège dans ce boyau-ci.

L'issue de leur tortueuse expédition souterraine les surprit. Alors que selon ce qu'ils avaient pu lire, ils devaient ressortir au niveau de la cabane hurlante, ils émergèrent le long du lac, à proximité de la gare d'Hogwarts. Cette solution apportait de nouvelles opportunités. Ils pouvaient transplaner sans aucunes difficultés. Au signal d'Harry, ils prirent la direction de la banlieue de Londres où se trouvait Lestrange's mansion.

Moins de dix minutes plus tard, ils étaient devant la grille du parc qui enserrait l'hôtel particulier. Les haies, tout comme le bâtiment, n'avaient reçu aucun entretien depuis l'incarcération de ses légitimes propriétaires. De ce fait, il était difficile de voir à quoi ressemblait leur objectif. D'un ferme allohomora, Ron fit sauter les serrures du grand portail. Il crut recevoir de vives félicitations, mais ne reçut que les réprimandes de sa petite amie.

- C'est discret tient. Siffla-t-elle entre les dents. S'il y a un système d'alarme, tout le ministère sera sur nous dans trois minutes. Conclut la jeune fille.

- D'ailleurs, il y a une petite porte juste à côté. Ajouta Neville.

Vexé, Ron décréta qu'il ne fallait plus compter sur son aide. D'une pression de la main sur l'épaule, Harry lui témoigna néanmoins un peu de réconfort et de soutien. Le groupe s'élança dans le jardin. Derrière eux, Emma referma soigneusement la grille pour distraire l'attention d'éventuels gardiens. Par sécurité, Harry poussa ses amis entre les hauts murs et les haies. En se penchant un peu, ils seraient invisibles autant de la bâtisse que de la rue.

La progression dans ce fatras de branches mortes, de déchets végétaux et de saletés envoyés depuis la rue, était particulièrement délicate. D'autant qu'ils craignaient essentiellement d'être remarqués. Seule Luna s'enthousiasmait des bestioles qui sautaient de partout.

- Je persiste à dire que nous aurions dû retrouver Hermione avant de nous lancer à l'assaut de la maison des Lestrange.

- Tu sais bien que personne ne l'a revue depuis son départ de l'école. Murmura enfin le jeune homme à Emma. Pas même mon parrain. Acheva-t-il contrit.

- Je sais. Grimaça Emma. Elle n'est même pas venue à l'inhumation de son ami.

La situation était étrange. Pressés par le temps, ils avaient décidé de se lancer dans l'assaut de la maison inhabité des Lestrange. Ils espéraient y découvrir le dernier des horcruxes. Cette mission, Harry l'avait pleinement accepté. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'Hermione était le rouage essentiel de cette aventure. Son absence qui lui pesait habituellement était à ce moment encore plus difficile à supporter. La nuit allait tomber dans moins d'une heure, il devenait donc important de se dépêcher.

Ils tournèrent plusieurs fois tout autour de la bâtisse. Tant et si bien que leur circulation très ralentie par les ronces et autres herbages les premières fois devenait fluide. On distinguait à présent très nettement qu'une ou plusieurs personnes avaient déblayé les abords des murs d'enceinte. Cette situation avait pour conséquence de les mettre à nouveau en danger. En en faisant la constatation, Harry sut qu'il était plus que temps de se dépêcher. Tourner encore et encore ne leur apporterait rien de bon. Il avança prudemment au travers d'une brèche dans la haie, un arbuste était mort et laissait un trou vaguement recouvert des branches des voisins survivants. Harry se glissa doucement dans les herbes hautes qui avaient dût être une pelouse de gazon anglais parfaitement entretenue du temps du faste de la propriété. De là où il se dressait, on ne pouvait le voir de la rue, mais il avait un point de vue parfait sur le bâtiment. L'ensemble ressemblait à un gros cube élisabéthain. Au rez-de-jardin, de grandes ouvertures faisaient office de fenêtres et de portes. Celle qu'avait repérée Harry se trouvait dans l'ombre d'un grand sycomore. Personne ne pourrait voir qu'elle était forcée. De plus, fit remarquer Neville, leur progression ne serait pas entravée par l'ancien bassin japonais qui se trouvait plus sur leur gauche, et qui les aurait obligé à passer trop près de l'enceinte.

Ne pouvant plus hésiter, Harry donna le signal à ses amis de s'élancer alors même qu'il progressait dans les hautes herbes en essayant de repérer les pièges éventuels. Contre toutes attentes, ils ne rencontrèrent aucun écueil.

- Le temps a dût annuler les protections des Lestrange. Ne put s'empêcher d'affirmer Emma rompant brutalement le silence.

- Tu pouvais prévenir. Souffla son petit-ami livide. J'ai cru qu'on était repéré.

Harry proposa qu'ils se regroupent dans l'ancien bassin totalement vide d'eau. Sa profondeur pourrait leur permettre d'être invisible de la rue tout au moins.

- Penses aux fenêtres de l'étage. Murmura Neville agacé par cette proposition. Si la rue ne nous voit pas, ce n'est pas le cas pour ceux qui seraient là-haut. Il désigna de sa main gauche les fenêtres aveuglées qui se répartissaient sur la façade.

- Les planches empêchent de voir à l'intérieur. Remarqua Luna sagace.

- Mais pas ceux qui sont dedans de nous voir. Compléta Harry qui comprenait les inquiétudes de son ami.

La marche vers le sycomore reprit, doucement. Harry était en tête, Neville en ailier sur sa droite, Ron sur sa gauche, les trois filles en diamant entre eux. Ginny fermait la marche en se tenant à Luna. Ainsi, elle pouvait se concentrer sur ce qu'il y avait derrière eux.

Alors que la progression s'achevait, la pluie se mit à tomber. Une douce pluie de printemps, l'eau coulait doucement sur eux sans les transpercer. Du moins, au début. Les quelques mètres qui restaient à parcourir furent les plus rapides qu'ils connurent. L'herbe haute se gorgea abondamment d'eau, détrempant leurs robes et leurs capes, leurs cheveux semblaient dégouliner le long de leurs visages. Harry démolit la fenêtre d'un sort explosif sans trop prendre garde au bruit qu'il pouvait faire. Heureusement, seule Emma trouva les moyens employés excessifs. Une fois l'ouverture pratiquée, Harry fit entrer Ron qui alluma sa baguette d'un lumos et confirma que l'espace qu'il voyait était totalement vide de présence humaine. Neville s'élança à son tour. Puis Ron se tourna pour faire entrer Emma et Luna. En ce qui concernait Ginny, Harry ne voulait pas laisser cette opportunité à quiconque. Il s'en voulait encore pour l'incident précédent. Jamais plus, il ne la laisserait dans une situation dangereuse.

Harry se tourna vers Ginny et lui décocha un large sourire. La jeune fille avait les cheveux collés en tous sens sur le visage. Les efforts qu'elle faisait pour tenter de les en écarter étaient vains. Chaque fois, ils reprenaient place en travers de ses joues. Mais Harry trouvait cela agréable à regarder, son air mutin lorsqu'elle constatait qu'une mèche se déplaçait sous son nez. L'eau qui coulait sur ses joues emportait une partie conséquente de son rimmel. Un instant, le jeune homme crut qu'elle pleurait.

- Ça va ? s'étonna la jeune fille. J'ai du noir sur le nez ?

La remarque acheva de rendre à Harry toute sa contenance. Ils avaient à faire et ne pouvaient trainer plus longtemps. Mais Merlin savait combien il aurait voulu s'enfuir avec elle dès à présent. Partir loin pour vivre sans l'ombre constamment menaçante de Voldemort, de sa mission. Cela aurait été aussi de renier le sacrifice de ses parents, d'Hermione, et toutes les préparations qu'il avait reçu. Enfin, à son tour, il pénétra dans l'antre des cousins de Sirius.

Tout était couvert d'une lourde poussière. Aucun des meubles, certainement très beau lorsqu'ils étaient entretenus, n'avait reçu la protection d'une toile. Le parquet lui-même était couvert de ses tapis et de dépôts peu ragoutant. Ron constata avec effroi que de petits animaux avaient élu domicile dans la maison et y laissaient parfois les reliefs de leurs repas.

- Nous devons être dans la salle de dance. Remarqua Emma en sortant un plan sommaire de la maison.

- Tu avais trouvé un plan ? s'enthousiasma Luna.

Les limites du travail de la jeune née-moldu s'éloignaient un peu plus. Personne n'aurait cru possible de mettre la main sur ce genre de document. Emma devint écarlate et balbutia qu'elle s'était contenté de jeter un œil sur les archives du ministère de la magie pendant les vacances de Noël. Quoi qu'il en fut, elle avait réussi à faire une copie, illégale, des plans de la maison. D'après ceux-ci, ils devaient trouver derrière l'une des trois portes de la pièce, l'accès au hall principal.

La jeune fille leva le nez de son parchemin et fit, d'un regard, le tour de la pièce. La pièce rectangulaire, éclairée par les lumos de ses condisciples, comportait quatre portes. La première se trouvait à proximité d'une grande vitrine, la seconde après une console ancienne, la troisième sur le mur suivant, n'était pas de la même dimension que les autres, la quatrième était dans le dos d'Emma. On établit rapidement que la plus petite des portes devait être destinée à faire accès au personnel de maison et non aux visiteurs. On la négligea donc. Neville qui se trouvait derrière Emma poussa la quatrième porte qui donnait sur un escalier descendant.

- Ce doit être l'entrée de la cave. Frissonna le jeune homme.

- Je crains qu'il ne faille passer par là. Reprit Harry.

Ses compagnons l'observèrent avec un grand scepticisme. Ils ne parvenaient pas à comprendre les certitudes du jeune homme. Pourtant, Ginny n'avait pas omis de rapporter cet élément à ses amis. Hermione avait bien insisté sur la cave. Mais, à présent qu'ils étaient sur place, aucun ne semblait s'en souvenir.

- D'après Hermione, cet objet est très précieux. Fit-il gêné. Je ne vois que deux endroits pour le cacher.

- La chambre. Lança instantanément Ron qui cachait tout ce qui avait de l'importance à ses yeux sous son matelas.

- La cave. Osa, à l'unisson, Luna.

La jeune fille était constamment très pâle, mais cette fois, Ginny crut distinguer qu'elle l'était encore plus qu'habituellement.

- Je propose de faire deux groupes. Intervint Emma. L'un monte et l'autre descend.

- Cela ne me plait pas de nous diviser. Coupa Harry déterminé à ne pas porter le flanc à une attaque. Ginny vint se caler contre lui comme pour le soutenir.

- Nous devons faire vite. Intervint à son tour Neville.

La conversation s'échauffa un peu. Chacun souhaitait imposer son choix aux autres. Leur chef préférait qu'ils allassent ensemble à l'étage puis au sous-sol. Les autres ne voulaient pas entendre cette solution. Finalement, Harry céda. Il admit qu'il pouvait être utile de gagner du temps.

- D'ailleurs, si quelqu'un nous attendait, il serait déjà venu nous attaquer. Remarqua fort à propos Ron.

- Bien dit. Confirma Emma visiblement troublée par la sagacité de son petit-ami.

N'ayant plus que des considérations futiles à opposer, Harry baissa les armes. Il acceptait, contraint par la majorité, de séparer les assaillants. Mais cela ne lui plaisait pas du tout. Surtout que la partie la plus délicate de cette séparation était encore à venir. Harry ne concevait pas de se séparer de Ginny, mais ne voulait pas priver le second groupe de Neville. Car, s'il acceptait de garder à ses côtés sa petite amie, il obligeait Ron et Emma à s'associer dans le second groupe. Comme il y avait moins de garçons, le déséquilibre était patent. Regrouper Harry et Neville créait un groupe trop fort. Si Harry choisissait Luna, de la même manière, ils seraient désavantagés. Ce faisant, Harry prenait bien garde de ne pas dire expressément qu'il voulait protéger la rouquine. Ginny qui comprit les tentatives d'explications de son petit-ami entre les lignes finit par s'offusquer.

- Je suis grande, et je sais me défendre. Coupa-t-elle alors que Harry tentait une énième manière de se diviser.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Couina à moitié le jeune homme.

- Inutile de chercher à nous ménager. Trancha Ginny. Tu descends avec Ron et Emma, ce sont tes meilleurs amis.

La réponse était définitive, et semblait partagée par Neville et Luna. Le jeune Londubat avait souhaité rester aux côtés de celle qui, jusqu'à sa rencontre avec Ellie Evans, était sa petite amie. Il fut décidé que Luna ferait partie de l'équipe montant dans les chambres. L'angoisse qu'elle ressentait à l'évocation de la cave avait marqué durablement Harry. Celui-ci n'aurait pas voulu imposer un choix si contraire à ses aspirations.

- Neville, je te fais confiance pour veiller sur Ginny. Lança Harry avant de recevoir un coup de poing rageur de la jeune fille sur l'épaule en signe de désapprobation.

Une fois les répartitions achevées, un silence se fit, uniquement rompu par le bruit des goutes sur l'antique toiture de l'hôtel particulier. Chacun des membres du groupe était conscient qu'ils se trouvaient à un moment important de leurs vies. Ils ne risquaient rien dans l'immédiat, du moins semblait-il, mais Emma ne put s'empêcher d'affirmer qu'elle avait le sentiment d'être à la veille d'un rite initiatique.

- C'est ça, gouailla Ron, et tout à l'heure nous serons devenus des grands !

- Ce n'est pas stupide comme remarque. Nota cependant Ginny en serrant Emma dans ses bras pour marquer la solennité de l'instant. La jeune femme remercia chaleureusement sa belle sœur.

- Dites, je ne veux pas vous presser, mais si on veut retourner à Hogwarts, il serait sage de se presser. Releva Neville.

Harry ne prit pas la peine de préciser à son ami que lui, Ron et Emma avaient depuis longtemps pris la décision de ne pas retourner à l'école. Dès que Voldemort serait privé de ses horcruxes, ils s'en iraient à sa rencontre pour l'empêcher de nuire à nouveau. Cela impliquant de le trouver et de le détruire. Ce qui ne serait pas une mince affaire. C'est pourquoi Harry avait d'abord voulu partir seul. Ron avait cependant eut la préscience de cette idée et il avait, avec l'aide d'Emma, fait comprendre qu'il ne pourrait partir sans eux.

Harry eut un dernier mouvement vers Ginny lorsqu'elle suivit Neville dans le couloir attenant. Décidément, il aurait préféré rester auprès d'elle dans ces moments difficiles. Une bourrade de Ron et un large sourire du jeune homme voulurent le rassurer. Mais au fond de lui Harry savait que la partie ne serait pas facile. Déjà la chevelure rouge feu de sa petite amie avait disparu dans les méandres de la maison des Lestrange. S'ils s'étaient donné rendez-vous dans cette pièce d'ici à une heure, Harry doutait qu'ils eussent le temps de tout fouiller dans ce temps imparti. Soufflant doucement pour se donner contenance, Harry commença à traverser l'espace qui le séparait de la porte de la cave. Les lieux sombres ne l'angoissaient pas, il avait connu des situations plus périlleuses, notamment la fois où il était poursuivi par un basilic. Pourtant, cette fois, quelque chose alertait ses sens. De son côté, Emma semblait un peu perturbée. Ne pas respecter les règles n'était pas dans ses habitudes et elle se sentait mal à l'aise. Ron faisait preuve d'exubérance comme pour compenser les angoisses de ses amis.

- Au pire. Déclara-t-il doctement. Nous allons tomber sur une réunion de mange-morts. Il s'esclaffa comme pour démentir cette fausse crainte.

- Inutile de nous faire peur. Déclara Emma à présent livide. Elle avait pris très au sérieux la boutade de son compagnon.

Harry aurait voulu redresser le moral de ses amis, mais il ne s'en sentait guère capable. Ne trouvant d'autre solution, il ouvrit grand la porte de la cave et éclaira la descente du lumos de sa baguette. Seule une dizaine de marches était ainsi visible. Ce qui n'était pas pour accroitre leur assurance. Un souffle d'air poussiéreux leur vint du fond de l'ouverture. Visiblement, il n'y avait pas de vie, et ce depuis longtemps, dans ces caves. Cela rassura un peu Harry qui s'engagea doucement, manquant de glisser sur les marches de pierre un peu glissantes.

« §§§ »

D'autorité, Neville était passé le premier. Le couloir de distribution de l'hôtel particulier était un peu étroit et il regretta de n'avoir pas choisi de passer par le grand hall. Même si l'idée de se trouver dans un espace ouvert ne lui plaisait guère. Les couloirs avaient l'avantage d'être tortueux, exigües et de donner dans de petites pièces attenantes. En cas de mauvaises rencontres, ils pourraient entendre l'ennemi avant de le voir et auraient l'occasion de se cacher. Du moins, c'était ce qu'il espérait.

- Ils avançaient depuis une bonne quinzaine de minutes sans rencontrer qui ou quoi que ce soit et le groupe commençait à se détendre.

- Nous avons fait le tour des pièces du rez-de-jardin, il est peut-être temps de monter dans les chambres. S'enquit Ginny agacée par l'excès de prudence de Neville.

Le jeune homme ne l'aurait certes jamais reconnu, mais il n'osait pas prendre cette décision et l'appel que lui fit la rouquine le dégagea de cette responsabilité. Il s'en trouvait largement soulagé. Néanmoins, avoir l'intention n'est pas parvenir. Il leur fallut encore un certain temps avant de trouver la porte menant à l'escalier de service. Pour des raisons évidentes de sur-exposition, Neville avait refusé de prendre le grand escalier. Ginny et Luna raillèrent un peu son comportement excessivement protecteur bien qu'elles soient rassurées des précautions prises.

- Je pourrais confirmer que tu as bien pris soin de nous. Surtout de Ginny. Intervint doucement Luna.

- Dit sur ce ton là, Harry va nous faire une crise de jalousie. S'amusa l'intéressée.

- Nous ne sommes pas encore redescendus. Coupa Neville le visage tendu. Attendez donc avant de vous satisfaire.

Mais l'ascension les conduisit dans un couloir identique aux précédents. Les tapisseries fanées côtoyaient des meubles poussiéreux et des tapis élimés, mangés par toutes sortes de petites bestioles que Ginny espéra ne pas rencontrer mais qui paraissaient être hautement intrigantes pour Luna. Par à-coup, ils entendaient de coups sourds. Ce bruit ne les avait pas marqué au niveau inférieur mais semblait plus distinct à présent. Ils errèrent dans les couloirs pour retrouver l'origine du bruit et comprirent rapidement qu'il s'agissait de la porte menant au grenier. Dégondée, celle-ci pendait mollement et se refermait parfois violement lorsqu'un peu de vent pénétrait par la fenêtre sans carreaux située derrière. Ouverte, elle laissait passer la lumière venue d'un trou de la toiture.

Ils furent soulagés de cette constatation. Pourtant, Neville se raidit en constatant que l'escalier menant au grenier était manquant, laissant la place à un trou béant et sombre. D'instinct, le jeune homme ouvrit à la volée la porte sise en face et découvrit à nouveau un trou sombre.

- Je n'aime pas ça, mais alors pas du tout. Marmonna-t-il.

- C'est de la belle magie. S'extasia Luna en regardant à son tour l'absence de contenu de la pièce.

- Tu sais ce que cela veut dire ? s'étonna Ginny.

- Je pense qu'il s'agit d'un sort de confinement. Continua Luna en haussant les épaules comme si ce qu'elle annonçait n'avait pas d'importance.

Son explication fut interrompue par un nouveau claquement de la porte du grenier. Un instant dans le noir, les jeunes gens furent saisis d'effroi. Le volètement bruyant de chauves-souris compléta l'ambiance déjà angoissante. Heureusement, la porte reprit rapidement sa place et la lumière extérieure put revenir. Les trois amis se sentirent soulagés de revoir la lumière, pourtant ce qu'ils virent fut bien pire que tout ce qu'ils avaient craint.

Dos à une fenêtre brisée, coincés entre deux sortilèges de confinement, Neville, Luna et Ginny n'avaient plus d'issues libres. Devant eux se tenaient quatre ou cinq inferi. Malgré toute leur bonne volonté, il était difficile de trouver l'énergie de lutter contre cette vision d'horreur. Ginny sentit son cœur se serrer et les larmes couler sur son visage. Jamais elle ne reverrait Harry. Les inferi étaient ces corps ensorcelés destinés à assurer la garde d'un lieu, d'un objet, de la plus cruelle des façons. Les voleurs rejoignaient, après de longues souffrances, les rangs de cette armée morte et immortelle.

Dans un esprit de défi, la jeune rouquine décida de trépasser sans crier, dignement. Á moins qu'il soit possible de sauter par la fenêtre. Un coup d'œil derrière elle lui apprit que cette solution n'était pas non plus envisageable. En effet, la fenêtre donnait sur une dalle pavée deux niveaux plus bas. Ce piège avait été bien préparé. Les inferi sont silencieux, stoïques et patients. Ils ne sont actifs qu'à la condition d'aborder le fruit de leur mission. Neville qui se dressait devant les jeunes filles, faisant de son corps un rempart futile partit d'un rire.

- Au moins, on sait que nous sommes arrivés là où il fallait. Fit-il une fois son rire tari.

- Mais nous n'avons rien trouvé ! hurla presque Ginny qui commençait à faillir à sa promesse. Ils vont nous tuer Neville !

- Sauf si nous sautons dans le sortilège de confinement. S'étonna Luna pour qui cette réponse paraissait indubitablement logique et incontournable.

- Et nous y serons tout aussi certainement coincés. Cria Neville qui voyait ses adversaires s'approcher doucement mais surement. Encore quelques pas et ils seraient sur lui.

- Jusqu'à ce que Harry vienne nous sortir. Continua Luna tout aussi imperturbable.

La proposition était audacieuse et il était pratiquement impossible que leurs amis ne les retrouvent jamais. Pourtant, s'il restait un espoir de sortir vivant de ce piège, c'était là la seule opportunité. Sans hésiter plus longtemps, Ginny attrapa par le bras Luna et Neville et s'élança fermement dans le vide sombre.

La jeune fille se sentit tomber, glisser dans un vide sans fond. Un froid insupportable, étouffant, la gagna rapidement. Elle savait que cette sensation durerait longtemps. Jusqu'à ce qu'on les sorte de cette situation terrible. Rester conscient et immobile des heures, des jours, des mois ou des années, voilà qui était une prison ignoble. Á peine quelques instants s'étaient écoulés dans cet espace de confinement que Ginny regretta sa décision. Elle espérait pourtant que Harry saurait les retrouver rapidement.

La sensation de chute dura encore un moment. Ni Neville, ni Ginny ou Luna ne pourrait jamais estimer sa durer. Pour eux, cela fut bien trop long. Mais, au bout d'un moment, Ginny rencontra le sol durement. Tétanisée, endolorie, frissonnante, elle n'osa pas bouger. Mais elle savait que le sort venait d'être levé. Elle espérait en son for intérieur qu'ils n'avaient pas dérivés pendant des années. Surtout, elle tentait de remarquer le moindre bruit alentour. Ginny entendit des pas autour d'elle mais ne put ouvrir les yeux ou tourner la tête en direction du bruit. Le froid qui la transperçait la tétanisait totalement. Soudain, le bruissement d'un feu se fit entendre, la chaleur d'une cheminée se répandit et réchauffa les trois naufragés. Les pas firent le tour des trois corps inertes. La rouquine sentit des mains douces et fermes se porter sur elle, s'assurer de son état de santé. Quoi qu'elle frissonna au contact des gants que portait l'inconnu, Ginny sut que tout irait mieux dans les instants qui suivraient. Elle n'était pas encore en mesure de se mouvoir lorsque les pas se turent définitivement.

Le temps s'écoula à nouveau lentement, s'étira mollement, jusqu'à ce que de nouvelles mains la touchent enfin. Instantanément, Ginny sentit son corps se libérer. Elle put se redresser doucement avec l'aide précieuse de Neville qui venait de reprendre totalement le contrôle de son propre corps et qui s'assurait de ses amies. Un peu plus loin, Luna se frictionnait activement devant un feu enthousiasmant.

- Tout va bien ? s'enquit le jeune homme.

- Tu as vu qui c'était ? coupa Ginny en se précipitant pour se réchauffer devant la cheminée.

- Rien pu voir. Répondit Neville contrit.

De son côté, Luna confirma qu'elle n'avait pas eu l'occasion de détailler leur sauveur. Néanmoins, elle fit remarquer, non sans justesse, qu'elle avait bien eu raison de les pousser dans cette direction. Amusés, Neville et Ginny convinrent que leur sort était plus enviable à présent.

Reprenant la direction des opérations, Neville retourna vers la porte de la pièce pour s'assurer qu'il n'y avait plus de danger immédiat. De son côté, Ginny détailla la pièce. Ils se trouvaient dans une grandes chambre qui avait dut être luxueuse. Á en croire la présence d'un mobilier caractéristique, elle faisait probablement usage de bureau. Un gros bureau de chêne sombre malgré la couche de poussière semblait trôner au centre de la pièce. Quelques vieux fauteuils dont certains paraissaient avoir été confortables constituaient l'essentiel du reste du mobilier. Enfin, quelques armoires et vitrines occupaient les murs. Le regard de la rouquine fut attiré par l'une de ces étagères vitrées.

Au beau milieu des objets aux armes des Lestrange se trouvait une longue baguette. Déposée délicatement sur un coussin pourpre, elle ne pouvait être anodine.

- Ce doit être celle de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Lança mi-intéressée, mi-amusée Luna.

Ginny se raidit en pensant que son amie avait très probablement raison. Seule la baguette de leur maitre aurait pu causer autant de vile dévotion aux Lestrange. Prestement, Ginny brisa la vitrine d'un sort d'explosion et s'empara de la baguette qu'elle fourra dans la poche de sa robe. Ils ne pouvaient laisser cet objet à la portée de Voldemort, elle le savait pertinemment. Un peu surprise, Luna regarda faire son amie.

- Nous pourrions la détruire. S'enquit Luna doucement.

L'idée n'avait pas traversé l'esprit de Ginny. Cette solution était radicale et probablement un peu extrême. Mais en même temps, elle avait le mérite de priver définitivement leur ennemi de l'objet le plus précieux que pouvait avoir un sorcier. Doucement, la rouquine ressortit la baguette de sa poche, elle semblait luire d'un éclair pratiquement vivant. Cette impression l'angoissa un peu. Ce qu'elle s'apprêtait à faire était perçu comme un sacrilège. Elle chercha du soutient dans les yeux de Luna et de Neville. Le jeune homme revenait tranquillement vers les jeunes filles. Il avait suivi de loin ce que la rouquine et Luna avaient découvert. Sans ambages, il se proposa pour exécuter la sentence. Mais la jeune fille refusa de céder.

- Moi Ginevra Weasley je réduis solennellement Lord Voldemort à l'impuissance en détruisant sa baguette. Ainsi, il ne pourra plus jamais nuire à personne. Il ne tuera plus aucun de nos amis, plus aucun innocent.

Le discours n'était pas des plus parfaits, mais la jeune fille se sentit portée par une nouvelle légitimité. Elle n'aurait aucun remords à détruire la baguette. Lorsqu'elle se brisa, la baguette émit un peu d'étincelles comme pour exprimer sa désapprobation. Mais aucun des trois jeunes gens présent n'eut de regret pour l'objet qui avait pris tant de vie. Dont les parents de Harry.

- Comment ça se présente dehors ? lança Luna à Neville pour rompre le gênant silence qui s'installait.

- De petits tas de cendres semblent prouver que les inferi ont été détruits. Marmonna le jeune homme.

L'explication lui semblait un peu étrange. Il concevait mal que quelqu'un soit assez puissant pour anéantir un inferius et n'en laisser qu'un petit peu de braises. Pourtant, il avait distinctement remarqué cinq marques encore chaudes comme autant de leurs assaillants. Il ne pouvait guère douter qu'il s'agissait là des restes de ces pauvres innocents. Les deux jeunes filles furent, elles, bien plus heureuses de cette constatation. Ginny ne pouvait oublier qu'un inconnu leur était venu en aide, mais cet inconnu avait bien fait les choses.

- Si les cendres sont chaudes, cela veut dire que nous ne sommes pas restés très longtemps bloqués. S'extasia Ginny.

- Probablement. Pourquoi ? s'étonna Neville.

- Tu n'es vraiment pas à l'écoute du cœur des femmes. Nota Luna pragmatique. Neville rougit un peu. Il venait de comprendre l'allusion à Harry.

Sans plus attendre, Ginny s'élança, baguette en avant, dans l'encadrement de la porte. D'un geste vif, elle appela ses amis à la rejoindre. Maintenant qu'ils avaient détruit la baguette de Voldemort, l'horcruxe ne comptait plus guère. La jeune fille ne désirait plus que retrouver son petit ami, et vite.

« §§§ »

Inconscients des événements qui prenaient place loin au-dessus d'eux, Harry, Ron et Emma continuaient de descendre dans les profondeurs de la cave du Lestrange Mansion. Une vague rambarde avait été creusée dans le mur et leur permettait de ne pas glisser jusqu'en bas de l'interminable escalier.

En quelques minutes, le reste du monde devint un lointain souvenir. Le moindre bruit résonnait au-delà de toutes proportions naturelles. Emma soutint qu'il y avait là un quelconque sortilège destiné à faire fuir les importuns. Sans aucune mauvaise grâce, on lui donna raison. L'heure n'était pas à savoir comment tout cela fonctionnait, mais où se trouvait caché le dernier des horcruxes. Harry était persuadé, compte-tenu de l'aspect général des lieux, qu'il s'approchait de l'une des antres de Voldemort. Il ne pouvait pas imaginer de lieu plus proche de la chambre des secrets.

Enfin, Harry posa le pied sur une dalle plane marquant la fin de l'escalier. Il dressa haut au-dessus de lui sa baguette pour éclairer le nouvel espace sur lequel ils débouchaient. Une grande salle s'ouvrait devant eux. Mais la déception fut tout aussi grande. Ils ne virent que de longs rayonnages de bouteilles de vin toutes couvertes d'une fine pellicule de poussière. Emma s'accroupit, faisant raser la lumière de sa baguette contre le sol. Procédant par cercles concentriques, de plus en plus éloignés, la jeune fille sembla ausculter le dallage. Après quelques instants de ce manège, elle se redressa doucement, le visage dur.

- Quelqu'un est venu il n'y a pas longtemps. Murmura-t-elle.

- Tu es en certaine ? s'étonna Harry.

- Il n'y a pratiquement plus de poussière sur le sol des grandes allées. Fit-elle. Donc, oui, j'en suis certaine. Acheva-t-elle sur un ton de défi.

- On te croit. Coupa Ron visiblement penaud.

Harry tenta de percer la nuit qui les entourait pour déceler les traces imperceptibles d'une venue récente. Il ne pouvait rien remarquer évidemment, mais il aurait tant voulu que pour une fois les choses soient simples. Sans hésiter plus longtemps, il s'élança dans la travée centrale. En observant le sol, il remarqua à son tour les traces de déplacement nombreux en direction du fond de la pièce. Il ne fallut guère de temps pour parvenir à l'extrémité de l'espace. Une fois au fond, les trois jeunes gens furent largement déçus. Ils se trouvaient à présent devant une grande porte bardée de fers.

- Un poncif des romans de genre épique. S'amusa Ron.

- Seulement, nous ne sommes pas dans un de ces romans que tu aimes tant. Coupa Harry un rien trop durement.

- Ouvres-là au lieu de lancer de pareilles banalités. Se fâcha un peu Emma.

Un simple sort d'alohomora suffit à ouvrir la porte. Harry remarqua d'ailleurs qu'elle ne possédait pas de serrure. Elle ne pouvait donc pas être fermée. Tout cela ressemblait de plus en plus à un piège, et ils en étaient les conscientes victimes. Aucun d'entre eux ne doutait qu'ils allassent au-devant de graves inconvénients. Pourtant, il n'existait guère d'autres choix possibles. Sereinement, malgré le sentiment de se présenter sciemment devant le bourreau, les trois jeunes gens passèrent la porte.

Sans surprise, celle-ci se referma doucement derrière eux. Seule une chauve-souris eut le temps de sortir avant que le noir ne se fasse plus complet. Aidés de leurs baguettes, Harry et ses amis n'auraient cependant aucune peine à continuer leur progression. La porte fermée ne servait qu'à symboliser l'absence d'échappatoire. Comme aucun d'eux ne voulait s'enfuir, cela n'avait pas d'importance.

Le chemin ne présentait aucune difficulté. Tout au plus l'une ou l'autre chauve-souris voletait autour d'eux. Mais les petits chiroptères ne représentaient pas de dangers. Emma avait quelque peine à supporter leur passage. La jeune fille craignait tout de même que l'une d'elle ne se prennent involontairement dans ses cheveux. Ron apportait donc sa protection à son amie sous le regard attendrit d'Harry qui aurait donné tout ce qu'il avait pour avoir Ginny à ses côtés. Mais il savait qu'elle était plus en sécurité dans les étages. Il était peu probable que l'horcruxe se trouva dans des lieux trop aisés d'accès.

C'est avec cette pensée rassurante qu'il pénétra dans une rotonde. Six ou sept portes s'ouvraient devant eux. Sans indications, il aurait été dangereux d'entrer dans l'une ou l'autre de ces ouvertures. Mais parfois, on n'a pas vraiment le choix. Derrière eux une voix profonde, marquée d'un fort accent, s'éleva.

- Potter, enfin. Mon maitre attendait que tu viennes. Personnellement, j'aurais cru que tu trouverais bien plus vite.

- Voldemort envoie ses mange-morts, cela signifie que nous représentons un vrai danger. Je suis plutôt flatté. Flagorna Harry en poussant ses amis vers l'une des ouvertures.

- J'aurais préféré retrouver mon amie Seagull. Mais il semble que d'autres amis à moi aient réussi à s'en débarrasser. Désolé Potter, tu étais le second sur la liste des parasites. Un rire éraillé vint conclure la sentence.

- Tu ne nous tiens pas encore. Répondit Harry.

Sans que rien ne puisse le laisser prévoir, trois sorts de stupéfixion furent lancés par les jeunes gens. Mais le mange-morts parvint à se protéger sans trop de peine derrière un sort de bouclier. Les sorts de doloris qu'il envoya en réplique ne trouvèrent que les murs. Sans hésitations, les jeunes gens s'étaient élancés dans le dédale qui s'ouvrait devant eux. Certains de faire le mauvais choix, Harry et ses amis savaient n'avoir pas d'autre opportunité.

- Le rire éraillé les rejoignit dans le labyrinthe, répercuté par les murs de roche pleine.

- Courez tant que vous pouvez, je vous retrouverai tôt ou tard, morts ou vifs. Plutôt morts. Continua la voix dans un rire.

Harry ne sut pas combien de temps il courut ainsi droit devant lui. Ils avaient totalement perdu la notion de direction au fil des intersections et des voies sans issues. Parfois, un sort venait éclater sur l'une des parois, prouvant que le mange-mort ne peinait pas pour les retrouver. Il devait nécessairement bénéficier d'un plan et d'une aide magique. Harry pensa que la carte des maraudeurs pouvait avoir des applications hors d'Hogwarts.

Et bien que réconfortante, cette idée ne pouvait lui être d'aucune utilité. De Sirius, il avait appris qu'il n'existait aucun moyen de se dissimuler à cette carte. Dans tous les cas, leur agresseur finirait par les rejoindre, les acculer et les vaincre. D'ailleurs ils ne pourraient courir encore longtemps sans concertation, à l'aveuglette dans ces couloirs humides. Soudain, Emma trébucha et s'affala de tout son long. Sans hésiter, Harry vint se poster à l'angle du mur pour surveiller l'approche de l'adversaire et Ron porta toute son aide à son amie.

- Nous ne pouvons pas continuer indéfiniment à fuir. S'égosilla Harry tant les rires stridents de leur poursuivant étaient amplifiés par l'écho.

- Et tu veux attendre peut-être ? s'étonna Ron écarlate d'avoir trop couru.

- C'est probablement la seule solution. Émit Emma en se massant la cheville.

Après de rapides constatations, Ron établit que la jeune fille s'était foulé la cheville. Si la soigner ne serait pas un problème, la fragilité induite causerait prochainement, très rapidement même, de gros inconvénients. Emma se redressa comme elle put. Derrière la jeune fille, Harry lançait par instant des sorts d'entrave en espérant que cela pouvait ralentir leur adversaire invisible et pourtant féroce. Son ami prodigua les soins dont elle avait le besoin, et la jeune fille sentit une douce chaleur englober son articulation douloureuse. Cela irait mieux après quelques instants. Heureusement que Molly avait eu l'idée d'apprendre à ses rejetons, garçons et filles, les bases nécessaires pour se soigner au cours de leurs nombreuses bagarres, expéditions et autres aventures autour du Terrier.

En reposant sa cheville, Emma grimaça. Elle avait souhaité être discrète, mais le pouvait-elle sous le regard affectueux de Ron ? Le jeune homme perçut instantanément les désagréments vécus par son amie. Il passa son bras sous ses aisselles pour la supporter, la porter pratiquement. Bien qu'elle s'en défendît, Emma savait qu'il n'y aurait pas d'autre solution. Néanmoins, ils ne seraient pas pour autant tirés d'affaire. Malgré ses tentatives, Harry savait pertinemment qu'il ne pouvait arrêter la progression de leur hystérique adversaire.

- Harry. S'efforça de crier Emma sans laisser paraître la douleur. Inutile de lui montrer où nous sommes. La remarque était pertinente et Harry sembla hésiter un instant.

- Je suis certain qu'il n'a pas besoin de cela pour nous retrouver. Sourit-il faussement.

- Alors, ne restons pas là. Remarqua Ron en soulevant encore un peu plus la pauvre Emma.

Sans efforts apparents, Ron traina Emma le long des couloirs sombres et humides. Chaque fois que le groupe obliquait dans une direction ou dans l'autre, Harry craignait un peu plus de ne plus jamais revoir le jour. Sans qu'il eut à exprimer cette crainte, Emma tenta de le rassurer. En comptant les impacts sur les murs, ils sauraient se retrouver. L'image avait fait sourire le jeune homme bien qu'il percevait dans le ton de la voix de son amie les mêmes craintes. Plus prosaïque, Ron avait depuis longtemps admit qu'ils ne s'en sortiraient jamais. D'ailleurs, il ne cessait de le répéter dans une tragi-comique litanie.

Pourtant, sans que Harry ou Emma ne s'en prennent conscience, Ron commençait à présenter des signes de fatigue. Non pas que la jeune fille soit lourde à porter, ou le trajet difficile, le sol était nu et froid, glissant parfois, mais sans dangers. En fait, la durée de l'effort rapprochait le jeune homme de ses limites physiques. Et malgré cet effort pratiquement surhumain, leur situation ne s'était absolument pas améliorée. Les tours et détours avaient rendu leur ressenti du temps totalement en décalage. Aucun n'aurait pu exprimer la durée de leur course ou même simplement l'heure qu'il était. Une première fois, Ron butta sur les dalles du sol, manquant de s'effondrer sous Emma. Instinctivement, Harry apporta son aide et ils répartirent la charge entre eux deux sous les protestations de la jeune fille.

Ils courraient depuis tellement de temps qu'ils avaient perdu la notion de temps et de distance. Pourtant, alors qu'ils auraient du être en nage après des efforts aussi soutenus, Harry constatait qu'il avait plutôt froid. Cette sensation devenait progressivement plus vive. Les rires stridents s'approchant d'eux, l'impression de refroidissement de même.

- Des détraqueurs ! souffla Emma avec un nuage de brume s'échappant de sa bouche.

- Ils sont à Azkaban. S'étonna Ron incrédule.

- Comment expliques-tu ce froid ? ricana faussement son amie.

- Nous sommes perdus. Intervint Harry, tranchant avec son optimisme naturel.

Bien qu'Hermione les ait entrainés à employer le sort de Patronus, les trois jeunes gens doutaient de réussir à repousser des détraqueurs. Leur longue errance dans ces couloirs sombres et humides avait passablement émoussé toutes représentations agréables. Le moment venu ils seraient privés de tous moyens de résistance. C'était donc pour cela que leur agresseur faisait durer la course. La pratique paraissait à ce point ignoble qu'aucun n'avait d'abord voulu la croire.

Ils débouchèrent finalement sur une petite pièce. En son centre se trouvait une table de marbre vaguement ouvragée aux armes des Gaunts. Harry et Ron déposèrent Emme derrière la maigre protection de pierre. Ils basculèrent l'objet pour ne pas laisser d'ouvertures à leurs adversaires. Pourtant, cela n'aurait aucune influence sur la finalité de la poursuite. Ils se savaient perdus. Harry se dressa pour surveiller la porte en attendant l'irruption des détraqueurs qui ne devrait pas trop tarder, la température ambiante devenant proprement insupportable. Á ses pieds, Emma et Ron partageaient une étreinte qui serait peut-être la dernière.

Déjà un souffle glacé remplissait la pièce. Harry frissonna et pensa à la peur qu'avait dû ressentir ses parents ou Hermione lorsque la mort les avait rattrapés.


Toujours pas d'Hermione ?

Souvenez-vous de l'hirondelle au chapitre précédent. Elle était, discrètement, bien là.

Et, rassurez-vous, elle revient bientôt !

EPLT


1 Au travers de mes lectures récentes, j'ai cru comprendre que ce genre d'histoire plaisait beaucoup. Du coup. Why not ?

2 Je vous dis de qui c'est ? Si vous le demandez gentiment.

3 Mon latin est rouillé, mais ça doit signifier, « la fortune (ou félicité) vainc, mais pas le roi et l'empereur »

4 « La gloire était satisfaisante ». Celle-là n'est pas dure.