52ème semaine, cela fait donc un an que la publication a commencé.
Félicitation et merci à tous ceux qui ont réussi à tenir jusqu'ici.
EPLT
Chap. 52 : Une boucle est bouclée.
End Turn.
Ginny n'avait pas fait trois enjambées dans le couloir que des pas se firent entendre dans l'escalier. Le groupe se tétanisa. Neville passa prestement et galamment devant les jeunes filles et tendit sa baguette en direction du bruit. Ils avaient cru n'être que six dans cette maison. L'intervention des six inferi avait prouvé le contraire. Au moins une personne de plus était présent dans le Lestrange's Mansion. Ce qui n'était pas pour rassurer Ginny et Neville. Luna de son côté avait mis la destruction de leurs assaillants et la suppression du sort de confinement sur la présence de Ruggus Temporis. Les deux autres avaient fait le choix de ne pas la détromper. De toute manière toute tentative aurait été vouée à l'échec tant Luna était persuadée de son fait.
Toujours figée, Ginny écoutait les craquements provenant de l'escalier comme autant de menaces pour sa vie et celle de ses compagnons. Une personne inconnue, dangereuse probablement, s'approchait doucement d'eux. Il n'était pas douteux qu'il s'agisse d'un ennemi, aucun ami ne savait où les trouver.
Soudain, une forme humaine émergea. Ginny tressaillit. Elle vit une silhouette fluette, pas très grande ni imposante. Une jeune femme venait d'entrer dans leur champ de vision. La baguette de Neville trembla un peu d'hésitation. Ils ne distinguaient pas encore le visage de cette personne qui pouvait être. Qui devait être, Hermione. D'instinct, Ginny ouvrit la bouche pour crier le nom de son amie. Même Luna sembla être gagnée par cette espérance, ses yeux se firent ronds et son visage perdit toute mobilité. Sous la lumière lunaire, les cheveux au carré de la nouvelle venue paraissait presque blanc. Elle tenait une baguette dans sa main droite, du mauvais côté pour nos amis qui ne pouvait la remarquer. Une voix féminine au fort accent irlandais rompit le silence. Le cœur de Neville, de Luna et de Ginny firent des bonds. Était-il possible qu'Hermione soit venue les aider ?
Enfin, l'inconnue tourna sa tête vers le groupe. Le visage gracile, féminin, ne portait aucune marque. La balafre si caractéristique d'Hermione manquant, ce ne pouvait être elle. Ses amis en furent plus que déçus. Une vague de désespoir submergea Ginny. Non pas qu'elle n'était pas heureuse de voir arriver un nouvel allié, mais elle avait tant cru que sa meilleure amie était revenue du monde des morts qu'il ne pouvait en être autrement. Un grand cri de joie quitta leurs poumons lorsqu'ils reconnurent enfin la nouvelle venue.
- Ellie ! s'écria Neville au bord des larmes.
En quelques pas, il se trouva devant la jeune reportrice irlandaise. Il la serra dans ses bras puissants et la fit littéralement décoller du sol en une ronde instable. Ginny et Luna s'approchèrent à leurs tours et pleurèrent pratiquement de voir la jeune fille à leurs côtés. Un instant Ginny avait espéré revoir son amie. Mais l'apparition des vêtements sorciers avait immédiatement rompu tous ces rêves. Lors de son départ, Hermione avait clairement manifesté son désir de ne s'habiller qu'en moldue. Un fait qui avait surpris Ginny. Elle ne pouvait s'expliquer ce choix.
Enfin, Neville reposa la journaliste. Ce fut une jeune femme échevelée qui put s'extraire de son étreinte. L'un et l'autre était tout aussi écarlate. Quoi qu'elle n'eut pas l'occasion de formuler la question, Ginny se promit de s'intéresser à ce qui les unissait ces deux-là. Une fois l'émotion passée, ce fut le temps des questions. Elles fusèrent en tous sens et Ellie eut bien de la peine à répondre à toutes.
- J'étais dans un immeuble en face. Admit-elle finalement.
- Comment savais-tu que nous viendrions ? s'étonna Neville encore écarlate de plaisir d'avoir retrouvé la jeune femme. La réponse prit quelques instants. Ellie dévisagea les uns et les autres longuement avant de parler.
- On peut considérer qu'Hermione me l'avait dit. Acheva-t-elle tout simplement, consciente de la douleur que cette évocation pouvait provoquer.
- J'aurais dû m'en douter. Souffla Ginny. Ce n'était pas le genre d'Hermione de nous laisser sans aide.
- Je pense qu'elle aurait préféré être là avec vous. Remarqua Ellie avec un léger trémolo marquant un soupçon d'émotion.
- Merci de ton aide. Coupa Neville qui ne voulait pas se laisser dépasser par le souvenir de leur amie.
- Je n'ai pas fait grand-chose. Convint Ellie modestement.
Neville insista malgré tout pour la remercier plus que chaleureusement pour avoir détruit six inferi et brisé le sort de confinement. Dans un rire lorsque les chaudes lèvres du jeune homme se posèrent sur ses joues, Ellie releva qu'elle n'était pas responsable de cela. Elle avait été contrainte d'observer sans pouvoir agir.
- Lorsque vous vous êtes jetés dans la chambre, une grande lumière à tout brouillé. Même avec mes jumelles magiques, je n'ai rien pu voir.
- Le déploiement de magie à dût être terrible. Frissonna Ginny.
- Je dirais plutôt déchainement. Émit Luna en laissant les cendres d'un inferus glisser entre ses doigts. Il faut une grande quantité de magie pour détruire si vite et si proprement des monstres comme ceux-là.
- Probablement. Continua Neville. Cela ne me rassure pas, et vous ?
- Si celui qui nous a sauvés devait être notre ennemi, il ne nous aurait pas aidés. Remarqua pertinemment Ginny.
Après cette interruption, Ellie put achever son histoire. L'intervention l'avait passablement déstabilisée. Dès qu'elle en fut capable, elle avait décidé de venir à leur secours, quels que soient les risques. Se disant, elle avait glissé sa main sur le bras de Neville qui répondit en la couvrant de la sienne. Décidemment pensa Ginny, les sentiments ne sont jamais aussi forts qu'en période de crise. Sans hésitation, Ellie avait franchi la grille et s'était précipitée dans l'hôtel des Lestrange. Jusqu'à cet instant, elle n'avait pas pensé aux conséquences de ses actes. Un frisson la gagna quand elle s'aperçut qu'elle venait de jouer sa propre vie.
- Tu n'es donc pas responsable de l'arrêt du sort de confinement. Récapitula pour lui-même Neville.
- Alors, c'est quelqu'un d'autre. Lança Luna sur un ton neutre.
Elle ne semblait pas prendre la mesure de cette remarque. Qui pouvait être derrière leur sauvetage ? Les angoissent sourdes qui s'étaient enfuient devant l'apparition d'Ellie revenaient à grande vitesse.
- Il y a encore un inconnu dans la maison1. Conclut Neville.
- Très amusant, Neville. Ricana Ellie. Nous n'avions pas besoin de décryptage.
- Harry ! cria soudain Ginny.
Tous les membres du groupe sortirent de leur torpeur. Ils étaient à ce point satisfaits de se voir entiers et vivants, que le reste du monde était passé au second plan. Mais Ginny ne pouvait ignorer longtemps le devenir de son ami. D'un geste ferme, Neville l'empêcha de se précipiter dans les marches en direction de la cave.
- Nous ignorons ce qui nous attend là-dessous. Fit-il doucement. Nous devons être prudents.
Ginny ne put que reconnaitre la pertinence de la remarque de son ami. Néanmoins, Luna et Ellie intervinrent pour assurer qu'elles étaient prêtes à descendre elles-aussi.
- Nous ne pouvons pas laisser Harry, Ron et Emma dans un traquenard sans intervenir. Conclut Ellie.
La décision ne fut pas longue et encore moins difficile à prendre. Ils iraient leur venir en aide. Contrairement à leur situation antérieure, ils savaient qu'il y avait des risques et du danger.
- Comme on dit, « un sorcier averti en vaut deux ». termina Luna qui décidemment avait le sens de la petite phrase ces jours-ci.
- Alors allons-y. lança Ginny en se précipitant.
Cette fois, les quatre jeunes gens se sentaient prêts à intervenir et surtout, à ne pas se laisser déborder par surprise. S'il y avait des pièges encore actifs, ils sauraient les déjouer. Ils en étaient tous convaincus. Sans hésitations, le groupe se rendit dans la salle de bal, et de là, ils prirent la direction de la cave.
« §§§ »
Plus bas, la situation n'était guère brillante. Harry, resté seul à surveiller la porte contint difficilement un cri d'effroi lorsque les doigts décharnés d'un détraqueur virent se poser sur le chambranle de la porte. Plus rien ne sembla pouvoir bouger dans l'espace sombre qu'était la misérable pièce voutée. Les chauves-souris elles-mêmes avaient cessé de voleter en tous sens. Ce qui n'était pas pour rassurer Harry et ses compagnons.
Déjà trois formes fantomatiques s'engagèrent dans l'étroit espace. Au lieu de se diriger vers leurs victimes, elles se répartirent pour laisser entrer celui qui paraissait être leur chef. Un grand mangemort, un peu vouté, boitillant, entra et se cala devant Harry. Encadré par les détraqueurs, l'homme manifestement âgé et amoindrit n'était pas moins dangereux. Dans un sursaut de bravoure, Harry tenta de lancer un sort de Patronus.
Fièrement, le jeune homme se dressa de toute sa stature et se concentra sur les entrainements de vol, sur tout ce qu'avait amené de bon l'entrée d'Hermione dans leur vie. Et bien que ces souvenirs soient parmi les plus agréables qu'il eut, son patronus ne dépassa pas le stade d'une vague brume soyeuse.
- Alors Potter, vous n'avez rien de mieux à proposer ? Seagull aurait été déçue de voir ça. ricana-t-il. Si je ne l'avais pas tuée évidemment. Le rire strident se déploya à nouveau.
- Vous êtes un monstre ! s'époumona Harry.
- Pouvons-nous oublier les banalités, cher ami ? sourit l'inconnu. Nous sommes bien amis ? continua-t-il sur un ton mielleux à peine moins angoissant que le précédent.
- Je n'en suis pas certain, non. Coupa le jeune homme en déglutissant discrètement.
Harry n'était évidemment pas à l'aise face à trois détraqueurs et un mange-mort visiblement fou furieux. Un cinglé qui se vantait néanmoins d'avoir fait disparaitre l'héroïne irlandaise. Ce qui laissait présager de sa puissance magique. Quoi qu'il ait pu avoir d'espoirs de vaincre, Harry se sentait à présent démuni, seul et perdu. S'il restait debout, c'était surtout pour offrir à ses amis Ron et Emma le rempart de son propre corps. Frêle protection qui pouvait peut-être leur sauver la vie. Car, après tout, les mange-morts n'en voulaient qu'à lui.
- Fort bien, je voulais vous donner un peu de tranquillité avant votre. La phrase resta en suspens un instant. Le mange-mort cherchait visiblement à atténuer la dureté de sa réflexion. Harry ne sut lui en être gré.
- Disparition. Vînt-il achever avant que le mange-mort ne se décide.
- J'eu préféré extinction, mais cette version me plait aussi. S'amusa l'inconnu.
Le jeune homme eut un sourire crispé, son adversaire était visiblement totalement dingue. Et pourtant, il tenait leurs vies à tous les trois au bout de ses mains. Dans quelques secondes probablement, il lancerait les détraqueurs contre eux. Il n'y aurait alors plus rien à faire qu'attendre qu'ils se soient nourris de leurs âmes, abandonnant des coquilles vidées de toute humanité. L'idée fit trembler Harry comme jamais auparavant. Il était aujourd'hui devant la plus grande peur de sa vie. Surtout, il était incapable de faire quoi que ce soit. Ce détail l'énervait plus que tout autre chose. Contrairement à ce qu'il pouvait imaginer, Harry ne sombrait pas dans l'abattement, comme l'avaient déjà fait Ron et Emma à ses pieds. De son côté, Harry luttait pour rester lucide. Il s'en voulait de s'être fait piéger ainsi, il regrettait de n'avoir pas pris plus de temps pour dire adieu à Ginny. Vraiment, au-delà de la peur, tout son être se rebellait contre l'inévitable issue. Une dernière fois, il tenta de lancer un patronus en direction de ses adversaires.
Cette fois, fruit de sa colère contre lui-même et le reste du monde, Harry parvint à produire un patronus qui fit reculer les détraqueurs. Le mange-mort reçu cette prestation avec un sifflement flatteur.
- On dirait que Potter ne veut pas se laisser faire. Releva le mange-mort.
- Comme vous le voyez. Fanfaronna un peu le jeune homme.
- Félicitation gamin. Mais ce ne sera pas suffisant, j'en ai vu bien d'autre.
- Pourtant, Denis, cette fois, c'est fini. Fit une voix douce derrière Harry.
Le jeune homme n'eut pas le courage de se retourner. Il avait instantanément reconnu la voix de son amie. Derrière lui se dressait Hermione. Il se sentait soulagé et vidé à la fois. Jamais il n'aurait pu le croire. D'autant qu'il n'y avait aucune issue dans son dos, il avait vérifié.
- Seagull ? Je te croyais… Il n'eut pas le temps d'achever.
- Morte ? non, Denis, comme d'habitude, tu as négligé mes amis. Coupa Hermione d'un ton brutal que ne lui connaissait pas Harry.
- Cette fois, il n'est pas question que tu m'échappes. Fit le dénommé Denis en faisant signe aux détraqueurs de passer à l'attaque.
Une ombre se détacha du mur et un filet de lumière vint éclater sur la fibule qu'arborait Hermione depuis des mois. Á mesure qu'elle s'avançait, Denis pouvait détailler la jeune fille. Lorsque la fine cicatrice fut à son tour éclairée, il sut qu'il avait Seagull devant lui.
D'un geste sur, léger et souple, Hermione déchaina son propre patronus contre les assaillants. Un très grand chien apparut et courut après les funestes créatures. En quelques secondes, elles avaient disparu, préférant la fuite à toutes autres solutions. L'animal argenté revint, docile, tourner autour de Harry, Ron et Emma, réchauffant l'atmosphère autour d'eux. Bientôt, ils seraient à nouveau capables de se tenir debout. Harry profita de ces instants de calme pour regarder son amie. Elle portait encore ses lunettes de vue, avait ses cheveux détachés. L'éternelle ligne cicatricielle était toujours à sa place permettant une identification sûre. Pourtant, elle était aussi différente des souvenirs d'Harry. Elle paraissait plus grande, plus forte. Cela provenait probablement de ses vêtements moldus qui fuselaient agréablement ses jambes et moulaient un peu son buste, la rendant plus filiforme. Le fait qu'elle resta la mâchoire crispée, durement fermée ajoutait à l'impression de force qui se dégageait d'elle. Hermione était encore leur amie, et pourtant elle paraissait plus âgées, plus confiante, plus forte.
- Denis, en souvenir de la guerre, je t'en prie, laisses-toi faire. Reprit Hermione.
- Hermione, tu sais pourtant que je ne peux pas te laisser faire. Souffla Denis visiblement épuisé, vieilli.
- Nous avons combattu ensemble, expliques-toi, s'il te plait. Le ton de la jeune fille était pratiquement implorant.
- Il m'a volé le ministère ! hurla Denis.
- C'est tout ce qui t'importe ? alors il y a longtemps que nous t'avions perdu. Releva Hermione doucement.
Elle s'avança vers le mange-mort très doucement, sans crainte ni hésitation mais avec retenue. Harry l'entendit murmurer « que c'était un beau jour pour mourir ». Il comprit que son amie avait depuis longtemps déjà fait don de sa propre vie pour les leurs. Il se sentit dépassé par ce choix. De son côté, le dénommé Denis tremblait frénétiquement. Visiblement toutes traces de cohérence venaient de le quitter.
- Tues-moi ! cracha-t-il. C'est tout ce que je mérite.
- Pour tout ce que tu as fait, je serais tentée de le faire. Répliqua Hermione sans violence.
Le décalage de comportement était tout en faveur de la jeune fille. Elle apparaissait posée et ferme contre une loque humaine qui perdait progressivement les derniers lambeaux de sa personnalité.
- Que t'as promis Jedusor ? continua Hermione alors qu'elle se trouvait à moins de cinquante centimètres de Denis. Sa baguette pendante au bout de son bras. Denis passa plusieurs fois la main sur son visage avant de répondre. Il paraissait encore plus vieux.
- A ton avis ? fut sa seule réponse.
- Excuses-moi.
Prestement autant que brièvement, un jet de couleur bleue perça la pénombre. Denis fut projeté sur le mur opposé et ne se releva pas. Une larme coulait sur la joue d'Hermione. Même si elle savait n'avoir pas d'autre choix, être responsable de la mort d'un être humain n'était pas une bonne chose. Sa seule consolation était qu'elle ne porterait pas elle-même le coup. Mais elle savait que Jedusor ne pardonnerait plus à Denis son échec de ce jour.
Se détournant de Denis, Hermione se concentra sur Harry, Ron et Emma. Elle ne pouvait laisser ses amis plus longtemps dans cette situation délicate. Elle se rapprocha de la table renversée qu'elle projeta vivement à l'autre extrémité de la pièce. Derrière se cachaient les trois jeunes gens encore protégés par le patronus de la jeune fille. D'un geste nonchalant elle rappela le sortilège qui s'effaça doucement. Puis, elle s'accroupit auprès d'eux, vérifiant de ses mains gantées qu'ils se portaient bien. Elle se sentit soulagée de constater qu'ils étaient surtout épuisés par la longue course qu'ils avaient dû subir.
Dans un suprême effort, Harry tenta de se redresser avant de sentir ses jambes ployer sous son poids, comme privées de toute énergie.
- Harry, laisses-toi faire. Fit doucement Hermione avec un pâle sourire. Sa victoire, il le savait, ne l'enchantait pas du tout.
- Tu viens d'en faire beaucoup, je dois t'aider à les sortir de là. Répondit le jeune homme en désignant Ron et Emma.
Le regard de la jeune fille se posa sur le couple endormi, dans un état pratiquement comateux. Harry aurait pu jurer que ses yeux se brouillèrent en les regardant. Mais, les carreaux des fines lunettes d'Hermione lui dissimulaient la plus grande partie de cette partie de son visage. Lorsqu'elle vit Harry la dévisager, Hermione trouva un intérêt à ses verres. Elle se détourna prestement de Ron et invita Harry à la suivre. Le jeune homme protesta, ne voulant pas laisser ses amis seuls dans un piège aussi flagrant. Les détraqueurs pouvaient revenir, surement, ils reviendraient.
Á présent, Harry se tenait droit devant son amie. Toute faiblesse avait quitté ses jambes. Il avait trouvé en lui assez de colère pour se projeter devant son sauveur qui le regardait avec un sourire ironique. Sans un mot, elle tendit la main vers le coupe et d'un sort de Levicorpus, elle fit venir jusqu'à eux Ron et Emma encore inanimés.
- Je suis désolé. Balbutia Harry qui prenait conscience des limites de sa démarche.
- Pourquoi ? tu viens de prouver que tu avais autant de cœur que de courage. Coupa sèchement Hermione.
Harry resta interdit une seconde. Visiblement les événements qui s'étaient déroulés au cours des semaines précédentes n'avaient pas eu une bonne influence sur le comportement de la jeune fille qu'il trouva renfermée et taciturne. Malgré quelques tentatives d'adoucir l'atmosphère lorsqu'ils regagnèrent l'entrée du dédale, Hermione ne répondit que par des monosyllabes ou pas du tout. Une profonde fatigue se ressentait en elle, et Harry respectait trop la jeune fille pour la soumettre à la question. Des petits sourires doux qu'elle lui adressait, Harry sut qu'elle appréciait cette manière d'être.
Soudain, du bruit se fit entendre devant eux. Harry s'arrêta instantanément, tétanisé par la peur de voir surgir à nouveau les détraqueurs. Hermione s'avança encore de quelques pas avant de s'arrêter à son tour. Elle se tourna vers le jeune homme, un éclair d'incompréhension sur le visage.
- J'aurais cru que tu serais capable de reconnaître la voix de… commença-t-elle avant qu'Harry ne hurle plus fort qu'elle.
- Ginny !
Á ce cri répondit celui de la jeune fille qu'ils ne voyaient pas encore. Des bruits de course furent plus distincts et plus pressant. Puis, Ginny, Neville, Luna et Ellie franchirent l'angle du couloir. La rouquine se précipita sans un regard pour son frère, Emma ou Hermione, dans les bras de son amoureux. Neville et Luna restèrent immobiles, ayant visiblement beaucoup de peine à concevoir que ce qu'ils voyaient puisse être la réalité.
- My Lady. Fit Ellie en s'avançant devant Hermione.
- Miss Finnighan. Je suis heureuse de vous voir.
- Le professeur Rogue m'avait clairement indiqué où et quand me poster devant le manoir. Compléta Ellie avec fierté.
- Ce cher Severus m'étonnera toujours. Sourit Hermione.
Harry tiqua en entendant parler du maître des potions. Dans son esprit, ainsi que dans celui de ses camarades, il était essentiellement un allié de Voldemort et non l'un des leurs. Hermione eut quelques peines à leur faire comprendre que Rogue n'était, pas plus que les autres, informé de sa présence ici. Mais comme il était très doué en légilimentie, il avait amplement le temps de lire dans leurs pensées à eux. Les faces contrites de ses amis semblèrent amuser Hermione qui les dédouana de toutes erreurs.
- Il est très difficile de lui résister. Acheva Hermione.
- Mais toi, tu sais entrer dans son esprit. Coupa Harry. Le maigre sourire naît sur les lèvres de la jeune fille disparût instantanément.
- Nous devons sortir Ron et Emma d'ici. Lança Neville mal à l'aise.
Le petit groupe entreprit de regagner la sortie le plus rapidement possible. Aucun des jeunes gens ne se souvenait du trajet qu'ils avaient suivi en entrant et si Hermione n'avait paru connaître parfaitement le chemin, ils auraient erré sans espoir de sortir. Harry continuait de dévisager le visage de la jeune fille. Il ne parvenait pas à reconnaître son amie. Elle paraissait fatiguée, amaigrie, fragile. Mais d'un autre côté, elle paraissait plus déterminée, sûre d'elle. Finalement, ce qu'Harry supportait mal était qu'elle les traita comme des enfants qu'ils étaient pourtant. Les quatre ans qu'Hermione avait de plus faisaient sentir leurs différences. Surtout, la jeune fille semblait s'en être aperçut. Quoi que toujours agréable et aimable, elle laissait un peu de distance. Ainsi, lorsque Ginny vint lui sauter au cou, Hermione se contenta de sourire alors qu'à l'école elles auraient moitié dansé pendant quelques instants.
Définitivement, Harry senti que quelque chose s'était brisé dans le cœur de son amie. Á son bras, Ginny semblait parvenir à la même conclusion. Se mettant en retrait, les deux amoureux en discutèrent un peu, à mots couverts et en chuchotant.
- Il s'est passé quelque chose de grave. S'étonna Harry.
- Non, je crois qu'elle a compris plein de choses pendant qu'elle était partie. Coupa Ginny avec un sourire énigmatique.
- C'est-à-dire ? s'enquit le jeune homme qui lui, n'avait rien compris du tout.
- La mission, c'est la tienne, pas la sienne. Commença Ginny.
- Je le sais bien. Je ne lui ai jamais demandé de prendre ma place ! se fâcha Harry.
- Tu crois ? sourit la rouquine. Tu n'as pas beaucoup bougé cette année, tu l'as laissé tout préparer.
Le jeune homme regarda droit devant lui la silhouette de la jeune fille qui traînait doucement derrière elle les corps suspendus de Ron et Emma. Parfois elle se tournait vivement, visiblement inquiète des membres du groupe, comme si ceux qu'elle n'entendait plus avait disparu.
- Elle se comporte plus comme votre mère à tous que comme l'une de vos amis. Intervint soudain Ellie.
- C'est vrai. Confirma Harry un peu gêné de cette comparaison.
- Elle vous aime beaucoup, bien plus que je ne peux le comprendre. Continua Ellie. Elle ne vous connaît que depuis quelques mois et pourtant, j'ai l'impression qu'elle se comporte comme si vous aviez toujours été ensemble.
La remarque figea Ginny un instant. Les mouvements de têtes, les sourires, les gestes mesurés, les éclats de rire, tout cela lui évoquait des souvenirs profondément enfouis. Elle les comprenait mais ne parvenait pas à les identifier. La rouquine se dit qu'elle devrait demander au plus vite des informations cruciales à certains, ses frères entres autres. Sous la pression de la main de son ami, Ginny reprit sa marche. Ellie et Harry continuaient de converser sur l'attitude étrange d'Hermione.
Le trajet de retour fut considérablement plus court que la course qui avait conduit Harry, Ron et Emma tout au fond du labyrinthe. Ils ne décelèrent aucune trace des détraqueurs, ce qui soulagea les plus jeunes, mais laissa Hermione totalement indifférente. Parfois sa baguette étincelait comme si un danger s'approchait, mais il n'en fut rien. Harry reporta ce phénomène sur l'énervement du moment.
Pendant qu'elle marchait en tête du groupe de ses amis, Hermione avait eu largement le temps de réfléchir. Elle venait de leur sauver la vie, mais ce serait probablement la dernière étape avant le grand affrontement. Et devant Jedusor elle devrait s'effacer. La jeune fille considérait qu'elle aurait dût attendre un peu plus avant d'intervenir. Selon ses propres sentiments, Harry aurait pu les sauver tous. Mais la peur qu'elle avait de les perdre faussait son jugement. Hermione comprenait les attitudes protectrices de Dumbledore. Elle-même était touchée par ces gestes aimables. Pourtant, en agissant ainsi, elle les empêchait de grandir, de forger leurs expériences. Il était temps que tout cela cesse.
Entendre ce qu'Ellie, Harry et Ginny s'échangeaient dans son dos la terrassa. Ils avaient pleinement raison. Elle ne les regardait finalement plus comme des égaux mais comme des enfants qu'il faut protéger. Ses pensées errèrent un peu.
Qui pouvait-être à présent la personne la plus proche d'elle. Hermione avait perdu tant d'amis, Albert et Jane étaient morts de la main de Jedusor. Un sourire franc et une forte émotion la parcoururent lorsqu'elle visualisa son père adoptif, lorsqu'elle pensa à Molly, Arthur et Tonks. D'autres visages, inconnus, celui d'un petit brun ressemblant à l'avocat qu'elle avait vu lors du procès après la mort de Jane, d'un grand blond aux yeux bleus, d'un rouquin, d'un vieil homme au visage buriné, s'imposèrent ensuite. Elle se retourna, mais ce visage encadré de boucles rousses n'était pas Ron. Hermione se demandait qui pouvaient être tous ces gens. Néanmoins, elle se sentait rassurée en pensant à eux. Elle se sentait chez elle auprès d'eux.
Tous les moments agréables ayant une fin, la voix de Neville interpella Hermione. Dans son dos, Ron et Emma commençaient à revenir à eux. L'irlandaise les déposa doucement sur le sol froid et humide pendant que Harry, Ginny et Luna les aidèrent à se relever. De leur côté, Neville et Ellie devisaient tranquillement, comme s'ils avaient attendu longtemps le moment propice, celui où ils seraient seuls, ou simplement tranquilles.
Lorsque tous furent aptes à suivre, Hermione fit sortir les jeunes gens de l'hôtel particulier des Lestrange. Traverser la pelouse fut une promenade autrement plus agréable cette fois. La pluie avait cessé et ils ne craignaient plus l'intervention de visiteurs inopportuns.
1 « Les Inconnus dans la maison » film d'Henri-George Clouzot avec un Raimu magistral ou le roman de Simenon du même nom, ou le film avec Belmondo, moins impérieux.
