Chap. 54 : Un dernier tour de piste.
The show must go on!
Emportée par Severus Rogue, Hermione ne voyait plus véritablement ce qui l'entourait. Ses amis et les anciens élèves étaient autant de silhouettes sans consistance ni intérêt. Elle se laissait guider par les mouvements impérieux de l'ancien mange-mort. Il lui semblait qu'elle n'avait rien de mieux à faire. Depuis son retour, Hermione n'avait fait que cela, suivre les ordres d'autres personnes plus importantes. Son avis importait peu, seules ses actions avaient un sens. Pourtant, à l'instant où les portes se mettaient en mouvement, elle imposa un arrêt.
- Je dois parler à Ellie Finnighan. Trancha la jeune fille précipitamment.
- Cela ne me paraît pas nécessaire. Convint le directeur sans pour autant la retenir.
- S'il vous, plaît, je n'en ai que pour un instant. Larmoya-t-elle. Ce qui obtint un petit sourire cynique de la part de Rogue.
- Faites donc, comme à votre habitude, ce que vous souhaitez.
Forte de cette réponse, Hermione traversa le large vestibule jusqu'aux premières marches du perron en cherchant autour d'elle la présence d'Ellie Finnighan. Elle ignorait pourquoi il était si important de lui parler, elle ne savait d'ailleurs pas vraiment ce qu'elle allait lui dire, mais le fait était impérieux comme l'était beaucoup de ses réflexes. Ne parvenant pas à trouver la jeune irlandaise, seul lien avec ses origines, Hermione paniqua soudain.
- Où est-elle ? Questionna la jeune fille sans s'apercevoir qu'elle le faisait à voix haute.
- Qui donc ? S'étonna Ron qui se trouvait immédiatement sur sa droite.
- Ellie. As-tu vu Ellie. Reprit Hermione se tournant vers lui, une forte inquiétude dans la voix.
- Je crois qu'elle s'est éloignée avec Neville. Intervint Luna avec son habituel détachement des choses matérielles ou réalistes.
Hermione remercia chaudement son amie qui lui indiqua du bout de ses longs doigts effilés la direction prises par les deux jeunes gens. La scène qu'elle allait perturber, Hermione l'avait imaginé maintes fois, même si elle l'avait plutôt conçue entre elle-même et Ron. Elle les retrouverait sans doute dans une des petites clairières qui s'étendaient tout autour de l'école. Des éclats de voix, quelques rires incongrus à cette heure matinale lui signifièrent qu'elle faisait bonne route. Se dégageant de l'ombre des frondaisons, Hermione indiqua sa présence en s'éclaircissant la gorge.
- Mademoiselle. S'empourpra Ellie. Je suis navrée de ce spectacle.
- Je n'ai rien vu, ni rien entendu. Sourit Hermione. De toute façon, cela ne regarde que vous. Acheva-t-elle avec un clin d'œil à Neville.
- Il n'y aura rien à raconter. S'exclama Neville qui prit rapidement le chemin de l'école. Je vous salue. Ajouta-t-il en s'éloignant.
- J'ai interrompu quelque chose d'important. Balbutia Hermione mal à l'aise de voir son ami ainsi dépité.
- Rassurez-vous, je l'ai éconduit le plus doucement du monde. Coupa Ellie comme si elle ne voulait pas s'appesantir sur les derniers événements.
- Je le répète, ce ne sont pas mes affaires. Hermione s'étonnait de s'entendre être aussi dure avec sa compatriote. Et elle tenta de se rattraper bien que le mal semblait être fait, le visage de l'irlandaise se rembrunit.
- Que puis-je pour vous ? Questionna malgré tout la jeune journaliste.
- A vrai dire, je n'en sais rien. Murmura l'intéressée.
S'il était possible de mourir sous la dureté d'un regard, Hermione savait qu'elle aurait pu être terrassée à l'instant même. Pourtant, bien qu'elle n'eut rien à dire, elle ne pouvait s'empêcher de penser que quelque chose sortirait de cette confrontation. De son côté, Ellie Finnighan continuait de la dévisager visiblement perplexe. La jeune irlandaise réfléchissait à ce qu'elle devait annoncer à Hermione et cette dernière n'était pas très pressée de l'entendre.
- Je crois que je devrais rentrer chez moi. Affirma enfin la journaliste.
- C'est probablement le mieux à faire. Acquiesça Hermione satisfaite finalement du tour pris par les événements.
- Vous direz à Neville que je penserais à sa proposition. Elle laissa un silence. Si nous en avons le temps.
- Pour moi, je ne vois pas d'autre issue. Acheva Hermione.
- Il n'y a pas d'autre solution ? C'est bien ce que tu dis ? Je n'en suis pas aussi sure. Sourit Ellie, lançant un regard circulaire allentour.
- Il se passe quelque chose ? interrogea Hermione
- J'ai cru voir une mouette dans cet arbre. Répliqua Eliie avec un sourire forcé.
Hermione resta un instant dubitative. De mémoire, il lui semblait que les mouettes ne remontaient pas jusqu'à l'école. Il devait s'agir d'une simple hirondelle réveillée par les bruissements dans la forêt. Pour le moment, les derniers mots de la jeune irlandaise la laissaient interrogative. Il était évident qu'il ne pouvait pas y avoir d'autres alternative pour gagner cette prochaine bataille. Harry devait vaincre Jedusor, voila tout. Elle insista auprès d'Ellie.
- Excuses-moi si cela parait stupide. Mais je pense que tu devrais rester !
- Quelqu'un a dit que ce n'était plus ma guerre. Répliqua Ellie ennuyée.
Hermione resta seule, terrifiée par cette réponse. C'était exactement ce qu'elle avait dit à Rogue quelque temps plus tôt. Pour elle, personne n'avait entendu cette réplique. Ce fut difficile, mais elle retint la question suivante. Une autre vint à son esprit et fut articulée avant de pouvoir l'arrêter.
- Si tu es l'ami de Neville, tu dois rester !
- Si je dois, je le ferais. Continua de Sourire Ellie. Quelque chose échappait à Hermione et c'était un peu étrange.
- Ne les abantonne pas à cause de moi. Essaya encore la jeune fille.
- Tes erreurs ? Et les miennes ? Tu penses toujours que tu es seule, ou c'est juste pour aujourd'hui ? répondit Ellie en riant. Mais avec un rire étrange.
- Tu ne peux pas comprendre. Trancha Hermione. Tu ne sais pas ce que j'ai vécu.
- Je crois que j'en sais un peu. Intervient Ellie. Un jour, quelqu'un a sauvé ma mère. Bien après, elle a demandé de l'aide. J'ai fait ce que je pouvais. Et finalement, elle n'était pas la belle personne que je pensais qu'elle fut.
Les mots crus et simples de la journaliste tétanisèrent Hermione. Quelques heures auparavant, Denis Fein l'avait interpellée au nom de « Seagull ». Faute de mieux, et croyant à une erreur de sa part, la jeune fille avait choisi d'endosser cette personnalité. Et, étrangement, elle s'était sentie mieux, comme si elle avait été à sa vraie place. Á présent, c'était au tour d'Ellie de la confondre avec sa mère. Le mélange était tout aussi étrange. Pourtant, Ellie n'était pas en état de choc comme pouvait l'être Fein. Quelque chose de surprenant se passait autour d'Hermione. Elle se cramponnait à Harry et ses amis en attendant Merlin savait qu'elle reconnaissance. Et dans le même temps, des inconnus ou presque, lui témoignait une amitié profonde et blessée.
Penaude, Hermione ne voulut pas reprendre la conversation. D'ailleurs, Ellie ne semblait pas décidée à poursuivre plus avant l'échange. Elle maugréait dans son coin des imprécations à son encontre, visiblement, elle se trouvait naïve et stupide d'avoir cru à des histoires de grands-mères. Finalement, elle se tourna vers Hermione, un air de défi dans le regard.
- Je m'en vais, vous seule pouvez m'en empêcher. Qu'avez-vous à dire ? cracha violement la journaliste.
- Je m'excuse. Tenta Hermione avec un trémolo stupide dans la voix.
- Mauvaise idée. Acheva Ellie en passant à côté de la jeune fille.
- Je ne veux pas le faire. Marmonna Hermione lorsqu'Ellie la croisait. Mais je ne puis rester en dehors. N'est-ce-pas ?
Passant sans ralentir, Ellie ne broncha pas et s'éloigna sans un mot supplémentaire. Malgré tout, Hermione n'aurait pas réussi à retenir la journaliste. Elle ignorait pourquoi il lui fallait tenter cette issue, mais elle l'avait fait. Hermione avait joué et perdu. Désespérée, la jeune fille fit demi-tour et regagna l'école. Harry et ses amis la dévisagèrent un peu lorsqu'elle passa en feignant de ne pas les voir. Se sentant responsable du départ d'Ellie, elle ne voulait pas affronter leurs regards. Et de ce fait, elle validait l'image qu'Ellie avait brossée d'elle. Hermione était seule, toujours, malgré ses efforts et les gens qui l'entouraient.
Enfin, Hermione avait regagné le côté de Severus Rogue. Le directeur semblait s'amuser grandement de la situation. Mais, se demanda Hermione, était-ce la réalité ou bien jouait-il constamment un rôle ? Cette idée commença à tourner dans sa propre tête. Jouait-elle aussi un rôle ?
- Avez-vous réussi votre « mission » ? s'enquit Rogue sans manifester d'émotion particulière.
- Je ne crois pas, non. Répondit Hermione intérieurement très lasse.
- Voilà qui est bien dommage. Se contenta de compléter Severus, aucun sentiment n'affectait sa face cireuse.
Á nouveau, les portes de la grande salle commencèrent à s'entrouvrir. Cette fois, Hermione n'avait plus d'échappatoire. Harry et tous les autres l'avaient suivi lors de son retour étonnant. Et, dans la salle, le reste des élèves les attendait surement. La surprise n'en fut pas néanmoins importante. Devant elle se dressait Sirius, bras grands ouverts, un sourire franc et charmeur sur les lèvres. Hermione ne sut se retenir et se plongea dans l'étreinte réconfortante de son père adoptif.
Pendant cet instant magique, les élèves firent une ovation spectaculaire à Harry et ses amis. Comme Hermione l'avait supposé, la plupart des élèves s'étaient réunis dans la grande salle. Les bruits de lutte autant que les hurlements joyeux des nouveaux venus avaient réveillé la majorité des élèves de l'école. C'était alors un brouhaha incessant, des élèves circulaient allégrement entre les tables des différentes maisons. Un air de fête parait tous les visages alors que la journée à venir serait certainement bien moins amusante.
Les événements à venir promettaient d'être difficiles, et personne ne pouvait obliger quiconque à subir le choc de l'affrontement contre les mange-morts. D'ailleurs, assez rapidement les enseignants d'Hogwarts avaient décidé de renvoyer chez eux tous les élèves présents. Quelques voix s'étaient vainement élevées contre la décision visiblement mûrement réfléchie de Severus Rogue, mais toutes s'étaient éteintes très rapidement. A cette fin, il s'était entouré de ses professeurs et d'Hermione. Sans vraiment comprendre tout ce qui se passait autour d'elle, la jeune fille avait exposé ce qu'elle pensait être le plus juste.
Selon elle, nul ne devait prendre le risque de s'opposer à Jedusor. De houleuses dénégations, un peu d'agitation gagna les rangs des Poufsouffle, Serdaigle et Griffondor. Hermione l'avait dit avec simplicité, ne doutant pas que la plupart des bravaches réunis devant elle seraient bien heureux de pouvoir rentrer auprès de leurs parents. Totalement concentrée sur son intervention autant que sur la présence de Sirius, Hermione ne vit pas l'air consterné de ses amis.
Sans le savoir, elle portait un coup fatal à tout ce qu'elle avait patiemment organisé pendant l'année. Elle venait de renvoyer le plus durement du monde tous ceux qu'elle avait formés au combat. Et, surtout, elle ne livrait aucune explication pour cette décision. De son côté, Hermione ne s'en préoccupait guère. Elle dissimulait ses hésitations sous la direction imposée par Severus Rogue. Et puis, tout ce qu'elle voulait alors était de se réfugier dans l'ombre réconfortante de « son » Sirius.
Pendant qu'elle ânonnait les recommandations de sécurité que lui soufflait le nouveau directeur, Hermione n'eut pratiquement aucun regard pour ses amis. Elle se concentrait sur le visage fatigué de Sirius Black. Elle prenait la mesure de la souffrance qu'il avait pu ressentir en se retrouvant soudain totalement seul. Quoi qu'il ait passé la presque intégralité de sa vie d'adulte reclus et renfermé, Sirius s'était étonnamment très bien et très rapidement habitué à la présence de sa fille adoptive. Son départ précipité l'avait cruellement blessé. Pourtant, à présent qu'elle se trouvait devant lui, il ne pouvait lui en vouloir.
Hermione prononçait des mots que Sirius n'écoutait plus. Il était question de raison, de sécurité, de protection, d'avenir aussi. La jeune fille récitait docilement des principes de précaution que Dolores Ombrage elle-même n'aurait pas reniés. Pourtant, elle semblait extérieure à son environnement, comme perdue sur une autre planète. Il sourit à cette idée, et leurs regards se croisèrent à cet instant. Les yeux d'Hermione se mirent à pétiller de vitalité. Ses yeux, ceux qu'il avait vus pour la première fois dans une rue de Londres, avaient d'autres choses à raconter que ce que ses lèvres articulaient. Surpris et touché de l'apparente fragilité de la jeune fille, Sirius se prit à la regarder d'un œil neuf.
Il avait reçu au mois de mai précédent, un an plus tôt, déjà un an, une jeune fille forte mais épuisée. Hermione ressemblait alors bien plus à une folle furieuse qu'à une élève studieuse et effacée. Car finalement, c'est bien ce qu'elle avait été tout au long de sa dernière année à Hogwarts. Évidemment, elle avait achevé le cursus bien plus tôt que prévu, mais Hermione avait marqué durablement les esprits des élèves et des professeurs. Beaucoup de gens l'admirait et la craignait aussi. Sirius avait souvent entendu que sa « fille » était distante, froide et cassante. La connaissant bien mieux que quiconque, il avait toujours affirmé que c'était là sa manière à elle de se protéger. Alors qu'il la regardait discrètement dans son univers, il comprenait les motifs de crainte que ressentaient tous ces gens. Devant eux se dressait une jeune femme d'une vingtaine d'années, pourtant, elle dégageait une impression de force et de puissance très désagréable. Nul doute qu'au moindre bruit suspect cette véritable machine de guerre brandirait sa baguette pour stupéfixier tout ce qui passerait à sa portée.
Rien n'aurait pu être plus dissemblable d'Hermione qu'Hermione elle-même à cet instant précis. Sirius ne parvenait pas à la reconnaître. Pourtant, elle était toujours aussi jolie malgré son estafilade, ses cheveux mal peignés, ses fines lunettes et sa tenue moldue. Dès qu'elle cessait de parler pourtant, son visage se fermait, devenait dur.
- C'est pourquoi je vous demande de rentrer chez vous. Acheva Hermione après un discours interminable et glacial.
Personne ne bougea. Quelques-uns maugréèrent dans leur coin. Á la table des Serpentard, les visages se tournaient alternativement d'Hermione à Drago Malefoy. Visiblement, la majorité tenait à s'en remettre à la décision d'un seul et non des moindres.
- Black. Intervint finalement Drago. Tu nous propose de fuir le seigneur des ténèbres. Il se força à rire avant de reprendre. Comme si nous pouvions lui échapper.
- Tiens-tu à rejoindre ton père ? Répliqua Hermione cinglante sans relever la sagacité de sa question.
En son for intérieur, Hermione savait qu'il disait vrai. S'ils perdaient au cours du prochain combat, rien ne pourrait empêcher Jedusor de se venger sur chacun des élèves et sur toutes les familles. D'ailleurs, il avait probablement déjà planifié ces exécutions sommaires, ces violences étatiques. Comme Hermione avait éludé la question, d'autres tentèrent de faire entendre l'avis le plus « raisonnable ».
- Il faut fuir, ainsi, nos familles seront à l'abri. Tenta un Serpentard de première année.
- Nous ne sommes pas des lâches. Répondirent en chœur les Griffondor.
- Ce n'est pas de la lâcheté que d'admettre que nous ne serons utiles à rien. Constataient pertinemment des élèves de Serdaigle.
Le chaos s'installait. De ce fait, Severus Rogue fut contraint d'intervenir pour obtenir un semblant de silence. Il imposa définitivement ses options en une réplique lapidaire.
- Les enfants doivent rester à leur place ! se contenta-t-il d'argumenter.
Estomaquée, Hermione comprit pourtant la grandeur de la remarque. Ainsi, il offrait une porte de sortie décente pour tous ceux qui avaient le courage de se battre mais qui craignaient pour leur famille à l'extérieur de l'école. Les répercussions des actes de chacun des élèves motivés seraient incalculables en cas de défaite. Quoi que considéré par Harry comme un simple mange-mort, un être dépourvu de sentiments, Severus Rogue pensait surtout à la sécurité et à l'avenir de ses élèves.
Ayant visiblement achevé de parler, les professeurs s'apprêtaient à s'égailler. La plupart, en tant que chefs de maison ou simple enseignants iraient réconforter les élèves. Car s'ils affichaient tous la plus parfaite cohésion, s'ils semblaient tous prêts à se battre, certains, dont les plus jeunes, doutaient malgré tout. De son côté, Hermione avait compris la fin de l'allocution comme étant l'autorisation de rejoindre son « père adoptif ». D'ailleurs, Sirius avait déjà parcouru la moitié du chemin. Mais une main petite et forte interrompit Hermione dans son action. Le directeur la retenait fermement et lui indiqua le chemin de la sortie. Contrite, la jeune fille ne pouvait que s'exécuter. Sirius, nullement désemparé, s'engagea dans leur sillage. Au grand réconfort de la jeune fille.
Harry et les autres furent un moment surpris après le discours d'Hermione. Ron et Emma ne comprenaient pas qu'elle les écarte ainsi de tout ce qui allait se produire dans ce qui serait certainement la plus rude journée de l'histoire de la magie anglaise.
- Quelle bêcheuse ! Avait marmonné Ron pratiquement aussi rouge que sa tignasse.
- Elle fait ce qu'elle croit juste. Coupa Ginny qui restait la plus attachée à son amie.
- Peut-être que les joncheruines obère son jugement ? Proposa sur son ton habituel la lunatique Luna. Même si l'information évoquée avait de quoi soulager l'atmosphère pesante, aucun ne tenta de rire, à la grande déception de la jeune fille visiblement.
- Je donnerais cher pour savoir ce que lui a dit Rogue. Cracha Neville avec acuité.
- Nous avons à faire. Trancha Harry. Et moins il y aura de gens dans les couloirs, plus cela sera facile pour nous.
Le contenu de cette sentence surpris le groupe. Quelques oreilles qui traînaient saisirent une partie de cette remarque. Cela souleva quelques réprobations, notamment auprès des deux jumeaux Weasley.
- Tu veux te débarrasser de nous ? S'étonna Fred.
- Alors que nous vous avons sorti d'une situation pour le moins inconfortable. Continua Georges.
- Tu pourrais nous remercier autrement. Acheva Fred.
- De toute façon, nous ne pourrons pas vous empêcher de rester. Remarqua Emma sagace. Un large sourire de leur part à tous deux servit mieux que toute réponse.
Car, malgré les exigences des enseignants, aucun élève n'avait l'intention de quitter l'école. Cela, Hermione ne l'avait pas mesuré. Guidée par Severus Rogue, elle avait immédiatement quitté la grande salle, suivit de Sirius, Remus, et Hagrid. Quelques secondes plus tard, ce fut au tour d'Adeline Renard de sortir précipitamment.
Lorsque les portes se furent refermées derrière elle, Hermione perdit toute notion de ce qui pouvait se passer dans la grande salle entre des professeurs dépassés et des élèves plus qu'énervés. Harry et ses amis furent plongés dans la plus impressionnante des révoltes qu'il eut été donnée de voir. Du moins, c'était l'avis de Nick-quasi-sans-tête, fantôme de Griffondor. Contrairement à ce que voulaient Hermione et Severus Rogue, les élèves entendaient rester pour aider à vaincre le seigneur des ténèbres. Mais, pouvait-il en être autrement, tant les élèves détestaient celui qui servait effectivement de directeur depuis le décès de Dumbledore.
Les bruissements de voix rendirent rapidement impossible de suivre une quelconque conversation. De toute part, des groupes de jeunes gens se constituaient pour deviser de la conduite à tenir. Néanmoins, dans ce brouhaha informe, le professeur Mac Gonnagal parvint à se faire entendre.
- Chers enfants. Fit-elle en augmentant magiquement le volume de sa voix. Je ne puis tolérer cette rébellion.
- Madame. Coupa Fred. Nous ne sommes plus élèves, nous pouvons rester.
- Nous allons rester. Ponctua Georges. Pendant que tous les anciens élèves applaudissaient largement les deux jumeaux.
- Je concède qu'en effet, je ne puis exiger votre départ. Une nouvelle salve de huées accueillit cette déclaration.
- Ceci dit. Hurla à moitié Ron persuadé d'être devenu sourd. Qu'est-ce que l'on va faire contre Lui ? Á part être massacrés, évidemment. Acheva-t-il dans sa barbe.
- Sois un peu courageux. Répliqua Dean Thomas en le bousculant généreusement.
La longue et muette rivalité qui opposait Dean à Harry semblait voler en éclat. Tout autour des tables des différentes maisons, les groupes d'élèves se mêlaient, se réunissaient et s'échangeaient selon les sensibilités de chacun. Harry, en retrait des événements, concentré sur les choses qu'il restait à faire, était un peu indifférent à cette émotion. Pourtant, les doigts de la jeune rouquine se serrèrent contre son bras et le ramenèrent dans la réalité.
- Harry, regarde-les. Fit-elle doucement.
- Et bien ? Questionna-t-il surpris. Que devrais-je voir ?
- Tous nos amis sont en train de s'unir dans un objectif commun. Sourit Emma dans leurs dos.
- En effet. Admit Harry penaud.
Revenu parmi les élèves, le jeune homme remarqua instantanément que tous les élèves et les anciens élèves semblaient se préparer plus qu'activement à combattre. Il se sentit ému, mais aussi fragilisé.
- Dumbledore aurait-été si fier. Marmonna-t-il.
- Voir tous les élèves unis était le rêve de Dumbledore. Remarqua Ginny suffisamment fort pour que tous puissent l'entendre.
L'effet fut immédiat. Toute l'assemblée reprit comme un mot d'ordre le nom de leur ancien directeur. Seule, peut-être, la table des Serpentard était un peu moins volontaire. Le bruit était magnifique, réconfortant et inquiétant à la fois. Tous portaient leur désir d'intervenir, de faire partie de ce qui serait un tournant majeur de l'Histoire.
Pourtant, il n'était pas possible d'accorder à tous ce privilège. Malgré les tentatives pour l'empêcher de s'exprimer à nouveau, le professeur Mac Gonnagal parvint à reprendre la parole.
- Mes enfants, soyez raisonnables. Cria-t-elle par dessus le sort de volume. Que peuvent faire des élèves de première année contre des mange-morts ?
La pertinence de la remarque calma instantanément les invectives. Pourtant ces détails avaient été évoqués par Hermione et Severus Rogue. L'inimitié qu'inspirait l'un et le détachement de l'autre avait rendu inaudibles ces saines recommandations. Les aînés qui étaient à peine majeur n'avaient pas pensé à leurs cadets. Le fait qu'on les place devant cette objection mit mal à l'aise un grand nombre des grands gaillards qui exhibaient l'instant d'avant leurs baguettes, prêts à en découdre. Visiblement, le professeur Mac Gonnagal profitait pleinement de son avantage. Elle laissa passer un peu de temps avant de reprendre.
- Je ne puis m'opposer aux élèves majeurs. Commença-t-elle. Ni à ceux qui sont revenus pour repasser leurs examens. Acheva le professeur en direction des jumeaux Weasley.
- Vous dites que nous pouvons rester ? S'exclama une voix incrédule.
- C'est exactement ce que je viens d'affirmer monsieur Georges Weasley.
Les plus âgés des élèves exprimèrent bruyamment leur plaisir alors que Severus Rogue repassait, seul, la porte de la grande salle. En quelques pas il avait rejoint le professeur Mac Gonnagal qui lui expliqua, penchée sur son oreille, le contenu des derniers événements et sa décision. Manifestement un peu agacé, Rogue ne s'opposa néanmoins pas à la décision de sa subalterne. Bien au contraire, il prit la parole à son tour.
- Aujourd'hui, vous allez combattre les plus puissants des sorciers. Vous aurez besoin de courage, de force et de résistance. Grâce à vos professeurs je sais que vous avez le premier et le dernier de ces avantages.
- Hermione nous a donné l'autre. Coupa Neville juché sur une table comme pour défier le directeur.
- C'est exactement ce que je pensais monsieur Londubat. Reprit doucement Rogue. Cependant, je demanderais aux plus jeunes, à ceux qui n'ont pas suivis ces entraînements « secret ».
Un long murmure interrompit durablement la parole au directeur. Lui-même n'était pas dupe. Lorsqu'il avait cité ces entraînements, il avait lourdement insisté sur le caractère secret de l'affaire. Toute l'école était informée du fait et ceux qui ne venaient pas n'avaient pas moins eu accès à des résumés des séances. La principale intéressée n'était pas présente, mais il n'était pas dit qu'elle eut goûté à l'hommage.
- Les plus jeunes, donc. Reprit-il de sa voix désagréable. Seront évacués par les chefs de leurs maisons et les préfets jusqu'à Pré-au-Lard.
- Je connais un chemin discret et sûr. Reprit Neville qui se dirigea vers le directeur d'un pas souple.
- Il sera possible de se passer des enseignants ? Demanda instantanément Rogue.
- Je le crois oui. Acquiesça Neville fier de son intervention.
La réaction de Rogue surpris Harry, mais elle n'était pourtant que naturelle. Le directeur remercia Neville d'une poignée de main sincère et lui donna toute latitude nécessaire pour mettre à l'exécution ce plan de sauvetage.
- A présent, c'est à vous d'agir monsieur Potter. Fit la voix du directeur.
Tous les visages se tournèrent vers lui et Harry se sentit stupide et perdu. Il aurait voulu se cacher le plus vite et le plus loin possible. Tout ce temps, il était resté en simple spectateur d'événements étrangers. Pourtant, l'heure était enfin venue pour lui de devenir acteur de sa destinée. Ses premières pensées furent pour Hermione. Autant il l'avait trouvé gênante à toujours diriger, encadrer ou piloter leurs entrainements, autant il aurait voulu décharger sur elle cette mission.
- Tu sais qu'elle ne viendra pas t'aider. Souffla Ginny à un Harry rougissant.
- Et cela me fait peur. Balbutia-t-il péniblement.
- Cela montre au moins que tu es humain. Sourit la rouquine.
Touché par cette marque de considération, Harry se sentit plus fort. Il comprit aussi ce qui pouvait manquer à celle qui les avait tant aidé au cours de l'année écoulée. Hermione n'avait personne sur qui compter, personne pour se confier, personne qui ne la comprenne à demi-mots. Le poids de la solitude ne pèserait pas sur lui, il avait de la chance.
Ceci étant établit, Harry se précipita vers la double porte de la grande salle. Tous les regards le dévisageaient et il se sentit rougir malgré lui. D'autant que ce qu'il s'apprêtait à faire, c'est une autre qui l'avait largement préparé. Heureusement, le moment d'humiliation ne dura pas. Rapidement, Ginny, Ron et Emma se précipitèrent à sa poursuite. Le groupe franchit la porte d'un pas fier, uni et volontaire. Un murmure d'admiration parcourut la salle lorsque les portes se refermèrent sur eux. Les quatre jeunes gens ne purent s'empêcher de rire lorsqu'ils furent enfin hors de vue. Le grandiloquent de la scène les amusait, cela était bon signe pensa Harry.
- Sans un mot supplémentaire, il attira ses amis vers les escaliers. Alors que Ginny peinait à suivre son ascension, Ron posa la question fatidique.
- Jusqu'où monte-t-on ?
- La salle sur demande. Se contenta de répondre Harry sûr de son fait.
Bien qu'Hermione ne lui ait pas précisé le fond de sa pensée, le jeune homme avait pour une fois décidé de se charger seul de la direction à suivre. La jeune irlandaise paraissait particulièrement certaine du fait que le dernier des horcruxes était dissimulé dans l'école et non aux alentours. Dans ces conditions, il ne restait que deux directions. La chambre des secrets et la salle sur demande. La chambre des secrets avait été ouverte par Ginny lors de sa première année. Donc l'endroit était risqué pour Voldemort. Y cacher un horcruxe serait revenu à dissimuler deux objets dans la même cachette. Cela manquait incontestablement de recherche et de panache.
Dans ces conditions, Harry avait cherché quelle autre pièce du château disposait d'avantages aussi importants. Après maintes réflexions, il apparaissait que seule la salle sur demande pouvait cacher indéfiniment un objet. Tant qu'ils ignoraient ce qu'il y avait à prendre, il serait impossible d'y accéder. Mais à présent, ils savaient où chercher, et quoi chercher.
« §§§ »
Harry, aidé de ses amis et de la carte des maraudeurs qu'Hermione lui avait finalement confié, se dirigeait sans peine vers la salle sur demande. Il savait ce qu'il devrait demander à la salle pour faire apparaître l'endroit où le seigneur des ténèbres avait pu dissimuler son bien le plus précieux. La réponse avait été difficile à trouver tant elle était simple. Il suffisait d'exiger de la salle sur demande qu'elle s'ouvre sur "l'endroit où les élèves cachaient leurs secrets". Il fallait reconnaître que sans l'aide d'Emma, Harry chercherait encore. C'est en cherchant l'un des devoirs perdus de Ron que son intervention avait illuminé Harry.
L'Heure n'était pas encore à la congratulation mais bien à l'effort. Trouver l'horcruxe était une chose, le détruire, une autre. Quoi qu'il s'embla naturel à Harry de pouvoir finalement user de l'aide de Severus Rogue. En tant que directeur, il devait avoir dans son bureau l'épée de Griffondor. Une fois le diadème de Serdaigle en leur possession, ils devront passer derrière la gargouille qui cachait le bureau du directeur. Harry connaissait bien tous les chemins qui y menaient et il n'était pas trop inquiet de cette question.
A cet instant, l'ennemi prenait position autour d'Hogwarts. Ce que vit Voldemort en s'approchant de l'école de sorcellerie ne lui plût pas un instant. Au lieu de retrouver ses mange-morts gardiens de l'école, il fut repoussé par les défenses magiques. Dès qu'il avait pu reprendre la direction d'Hogwarts, Severus Rogue s'était empressé de demander à Mac Gonnagal et aux autres professeurs de renouveler tous les sortilèges de protection.
Avec une certaine célérité, l'ensemble du corps enseignant avait mis en œuvre toute une série de nouvelles sécurités. Certains élèves convoqués pour repasser leurs examens purent apporter une aide précieuse. Fred et Georges s'amusèrent beaucoup à parsemer les chemins et les accès des joyeusetés de leur boutique. Ainsi non seulement ils gêneraient la progression des mange-morts, mais en outre, les assaillants signaleraient d'eux-mêmes leurs positions.
D'autres anciens élèves devenus langue-de-plomb, aurors et même chercheurs pour le ministère, apportèrent leurs connaissances nouvelles pour améliorer encore les défenses. Cette situation n'avait pas été anticipée par Voldemort. Alors qu'il pensait s'emparer de l'école tel un fruit bien mûr, il se trouvait vertement repoussé par des défenses encore plus efficaces que par le passé. Il enrageait et écumait littéralement de colère. Quelques mange-morts eurent à souffrir dans leurs chairs de son exaspération. Mais, étrangement, il n'en tua aucun.
- Nott. hurla finalement Jedusor.
- Maître. balbutia une forme encapuchonnée et recroquevillée.
- Tu t'es occupé de soumettre les membres élevés du ministère. Á présent, il est temps de mettre en œuvre cet avantage.
Sans un mot, le dénommé Nott transplana, accompagné d'une poignée de mange-morts. Sans nul doute, ils allaient s'occuper du ministère et le faire tomber aux mains du seigneur des ténèbres.
"§§§"
Penchée à une fenêtre du second étage, Hermione soulignait d'un sourire cette ironie et pensait à cet ennemi invisible qu'il faudrait bientôt combattre. La situation, malgré l'entrain et l'élan de ses camarades n'était pas bien engagée. Il restait un horcruxe à détruire, et une armée de mange-morts se trouverait bientôt devant eux.
- Rassures-toi, nous nous battrons et nous gagnerons. Fit une voix chaude dans son dos.
- Hermione sourit mais ne put retenir sa remarque acide.
- Sirius, je ne serais pas aussi confiante. Ce ne sont que des enfants. Acheva-t-elle.
- Mais toi, tu es là. Reprit Sirius en posant fermement les mains sur les épaules de sa fille. Il la sentit frémir à son contact. Elle avait besoin de lui autant que lui d'elle.
- Ce n'est pas ma guerre. C'est celle d'Harry. Fit la jeune fille en se laissant aller dans les bras de son père adoptif. Je suis fatiguée, serre moi fort
Ne sachant trop quoi faire d'autre, Sirius ne put que s'exécuter. Il la tenait doucement dans ses bras chaleureux et réconfortant. Hermione laissa la tension accumulée éclater. Elle n'en pouvait plus. Tout ce qu'elle avait fait n'avait que ce matin pour objectif et elle ne savait plus quoi faire pour s'en sortir. Elle ignorait, finalement, comment sauver toutes ces vies.
Par des mots doux et des annonces calmes, Sirius entreprit de lui apporter son soutien. Peu à peu, Hermione reprenait le dessus. Á défaut de s'occuper du chef des agresseurs, elle pourrait aider à contenir les autres.
D'un soupir elle revécut la scène qui s'était déroulée quelques minutes auparavant. Severus Rogue avait ouvert la grande salle devant la jeune fille. Juste derrière se trouvait son père adoptif. Visiblement, Sirius était affaibli, amaigri et fatigué, mais il était là. Le cœur de la jeune fille sembla bondir hors de sa poitrine. Pourtant, elle avait retenu ses larmes et ne s'était approché de son père pour l'embrasser chastement qu'à pas mesurés.
De son côté, Sirius s'était contenté de lui ouvrir grand les bras pour l'accueillir sur son cœur. La sensation était tellement agréable que la jeune fille aurait voulu s'y blottir indéfiniment. Mais l'heure était au combat et les bruits alentours leurs signalèrent qu'ils ne pouvaient pas encore profiter de leurs retrouvailles. Tout cela serait pour plus tard.
Des bruits de pas dans le couloir chassèrent ces souvenirs de l'esprit de la jeune fille. Elle se redressa brusquement, quittant la chaleur protectrice des bras de Sirius. Harry s'approchait rapidement. Comme toujours à présent, il était entouré de Ginny, Ron et Emma. De son côté, Ellie Finnighan avait décidé de repartir en balai après l'altercation avec les mange-morts. Personne n'avait osé et même tenté de la retenir. Les bruits de la conversation, essentiellement en gaélique, avait largement découragé les plus audacieux. Ce départ avait même accru les tensions au sein des courageux qui défendaient l'école.
Pour beaucoup, la présence d'Hermione était indésirable. Ils venaient se battre auprès d'Harry, le "survivant", pour sauver le monde magique de la domination de Voldemort. C'était tout ce qu'ils savaient, tout ce qu'ils voulaient. La jeune irlandaise était naturellement exclue de ces considérations. Et quoi qu'ils l'ignoraient tous, elle en était largement satisfaite.
Depuis son intervention, tous ses amis évitaient Hermione. Ou bien, était-ce elle qui les évitait ? Le contenu de son allocution avait troublé la plupart des élèves qui avaient foi en elle. Et, dans tous les cas, croiser ainsi Harry, Ginny, Ron, et Emma dans un couloir lui semblait pratiquement irréel.
- Harry. Commença la jeune fille. Excusez-moi, je dois vous aider à trouver l'objet au plus vite. Nous devons le détruire. Scanda-t-elle pour se donner de l'énergie.
- Tu feras ce que tu voudras. Répondit sèchement l'intéressé. La rudesse du ton surpris la jeune irlandaise.
- Désolé Hermione. Fit Ginny en esquissant un pâle sourire.
Le reste du groupe tenta de petits gestes de sympathie mais aucun ne prit véritablement la parole. Hermione sentit tout ce qui les séparait et ne se montra pas offensée. Seulement profondément déçue. Il manquait quelque chose en elle, quelque chose entre eux. Et quoi qu'elle puisse faire, rien ne rétablirait un passé fantasmé.
- Tu ne veux pas du tout de mon aide ? Tenta-t-elle malgré tout.
- Je te remercie de tout ce que tu as fait. Répondit doucement Harry en s'approchant de la jeune fille. Mais maintenant, c'est à moi d'agir.
- Ce n'est plus ma guerre. Murmura Hermione.
- En effet, c'est ce que je crois. Acheva Harry en s'éloignant à pas mesuré, encadré de ses amis.
- Bonne chance. Se contenta d'ajouter la jeune fille sans se retourner vers ceux qu'elle aimait pourtant plus que sa propre vie.
Sirius vint à nouveau l'encadrer de ses bras puissants. Elle enfonça son visage dans le creux de son épaule pour mieux masquer les larmes qui coulaient abondamment sur ses joues. Le silence s'imposa entre eux. Sirius savait qu'il n'avait rien à dire pour soutenir la jeune fille. Il la savait aussi forte que fragile. Dumbledore les avait prévenus maintes fois. Ils savaient avoir des étapes difficiles à traverser. Il n'en demeurait pas moins que les affronter n'était pas plus agréable, même avisé.
« §§§ »
Le temps semblait s'écouler avec malice. Harry et ses amis continuaient de monter les étages de l'école comme si le fait d'avoir croisé Sirius et Hermione n'avait pas d'importance. Dans son cœur, Harry voyait les choses clairement. Elle était et resterait son amie, mais à ce moment de leurs vies, ils ne pouvaient rester ensemble. Chacun d'eux avait une mission à accomplir. Le simple fait qu'ils soient à la recherche du dernier horcruxe montrait qu'Hermione avait achevé son rôle. Même si ce n'était pas agréable à concevoir, sa place était celle d'une spectatrice des événements ultérieurs.
Enfin, ils arrivaient devant le mur nu du septième étage. Sans hésitation, Harry passa trois fois devant ce qui deviendrait la porte de la salle sur demande dès qu'il aurait réclamé la bonne localisation. Sans véritable surprise, une grande porte se dessina, comme dans un rêve d'abord, puis distinctement ensuite.
L'appréhension atteignait son apogée entre Harry et ses amis. S'ils s'étaient trompés, ils n'auraient pas tellement de temps pour réagir. Surtout, ils auraient mis tous ces gens restés ou venus les aider dans une situation périlleuse pour rien. La main légèrement tremblante, Harry repoussa le battant le plus proche.
Une grande salle emplie de nombre de vieux objets, la plupart inutiles ou cassés, s'étendait à perte de vue. Toute une éternité de dépôt, d'oublis, de petites dissimulations, s'étalaient sous leurs yeux. Aucun d'entre eux n'avait pensé à se servir ainsi de la salle sur demande. Mais tous convinrent que c'était une idée pleine de bon sens.
Ils se séparèrent pour quadriller une plus grande surface. Tout en se promettant de rester à une distance suffisante pour toujours s'entendre. Ron et Emma émirent quantité de petites remarques désobligeantes à destination de leurs prédécesseurs. Harry les écoutait sans trop y prendre garde. Ginny répondait de loin en loin. Entendre les voix de chaque membre du groupe permettait de se sentir moins seul dans cette espèce de musée des horreurs.
Harry se focalisait sur le diadème que Voldemort avait, des années auparavant, caché dans cette pièce sans limites. Au bout d'une demi-heure, Ron et Emma étaient parvenus au terme des clichés et blagues stupides. Tout ce qui les entourait était poussiéreux et sans intérêt. De son côté, Harry n'avait pas goûté au sel de leur humour et doutait de trouver un jour l'horcruxe. D'autant que le temps qui leur restait était déjà très largement entamé.
- Bon sang, il y a un truc qui a essayé de me mordre ! hurla soudain Emma.
- J'arrive. Répondirent en chœur Ron, Ginny et Harry.
- Si vous me trouvez ! répliqua la jeune femme avec une touche d'amusement dans la voix.
- Je détruirais tout ce tas de poussière s'il le fallait. Jura le jeune homme.
Harry resta tétanisé. Son meilleur ami venait de lui souffler la réponse sans même y prendre garde.
- Ron, si je pouvais, je t'embrasserais. Repris Harry dont le plaisir se distinguait dans la voix.
- Essaye un peu. Intervint la jeune femme. Tu auras affaire à moi d'abord.
- Et mon avis compte pour rien ? ricana Ron qui devait avoir rejoint son amie puisque sa réponse parvint étouffée jusqu'à Harry.
- Sortez de la salle au plus vite. Cria le jeune homme au couple et à Ginny. Je crois que j'ai trouvé une solution radicale.
- Je t'attends. Coupa Ginny. Harry sourit, il n'en attendait pas moins d'elle.
Des bruits de pas précipités montrèrent à Harry que ses amis avaient pleinement pris en compte ses recommandations et qu'ils se dirigeaient vers la sortie aussi rapidement que possible. Il leur emboîta le pas en n'omettant pas néanmoins de surveiller les différents rayonnages, au cas où.
Enfin, il déboucha sur un espace un peu plus ouvert et put se mettre à la recherche de la porte de la salle sur demande. Il avait beaucoup dérivé sur tribord, Ron et Emma étaient bien plus sur son bâbord qu'il ne l'avait cru. Ginny bondit d'une travée derrière lui et, dans sa course, faillit le percuter. Cela était anecdotique et l'occupa à peine le temps qu'il fallu pour les rejoindre. Lorsqu'ils l'avaient vu, les jeunes gens avaient décidé de l'attendre.
- Que veux-tu que nous fassions ? l'interrogea vivement Ron.
- La salle est bien trop grande pour pouvoir la visiter entièrement. Continua Emma. Surtout que…
- Vous-savez-qui va bientôt arriver. Coupa Ron.
- Dites, vous vous prenez pour Fred et Georges ? s'amusa Ginny devant l'alternance de leurs récriminations.
- Très amusant. Se rembrunit Ron. Emma décocha un regard fort peu aimable et Harry considéra qu'il ne fallait pas insister dans cette voie.
- Vous souvenez-vous, il y a quelques semaines, Hermione nous a dit qu'il n'y avait que deux choses pour détruire un horcruxe.
- L'acidité et la température. Répondit doctement Emma sans comprendre où son ami tentait de les conduire.
- Le sang du basilic sur l'épée devait nous aider. Reprit Harry. Mais nous n'avons pas pensé à l'autre solution.
- Achève. Trancha Ron. Harry ne releva pas la lassitude de son ami.
- Le feu. Tout simplement. Annonça Ginny comme une évidence.
Emma répondit à Ginny avec perplexité. Il lui semblait inutile et dangereux de mettre simplement le feu à tout ce qui les entourait. D'ailleurs, à son avis, un feu, même magique, n'aurait pas une température suffisante pour détruire un horcruxe. Elle fit part de ses conclusions à Harry qui tiqua. Pour lui, la solution la plus simple était, pour une fois, la meilleure.
- Un feu magique, peut-être pas. Tenta Ron. Mais un feudémon ?
- Un quoi ? s'étonna Harry.
- Un feudémon. C'est une forme de magie. La phrase resta en suspens, Ron ne voulait visiblement pas achever ce qu'il avait à dire.
- C'est de la magie noire. S'étrangla Ginny.
- Tu connais ? interrogea Harry avide de comprendre.
- C'est un sort interdit. Répondit Emma cassante.
- Et c'est très puissant. Reprit Ron.
Harry voyant que ses deux amis risquaient la scène de ménage tenta de couper au plus court la conversation. Il demanda à l'un et à l'autre ce qu'ils savaient du sortilège en question. Emma se cantonna d'évoquer des pages du lexique de magie avancée de niveau 7. Elle avait une culture livresque de la question mais ne voulait surtout pas entendre parler de son application.
De son côté Ron avait été confronté une fois à ce type de sortilège. Enfant, ses parents avaient été contraints de réduire en cendre le contenu du champ voisin. Celui-ci était tant infesté de plantes dangereuses qu'il n'était plus possible de lutter efficacement. Ils avaient fait appel à des professionnels du ministère. Pourtant, l'un des agents avait finalement été blessé par des flammèches éjectées du foyer principal. Dans tous les cas, ce sort paraissait particulièrement dangereux et Emma se contenta de camper sur ses positions. Elle était totalement et définitivement contre.
Ron et Harry étaient moins catégoriques. Malgré les mises en garde d'Emma et les souvenirs de Ron, Harry savait que ce sortilège pouvait largement simplifier la question de la destruction de l'horcruxe. Et d'ailleurs, s'il n'était pas détruit, il suffirait de repasser une fois le feu éteint. Contre l'avis de ses amis, Harry avait pris sa décision. Ils utiliseraient le sort de feudémon.
- Ron, Emma, Ginny, vous allez passer le pas de la porte. Surtout vous la gardez ouverte pour moi. Scanda Harry farouchement.
- Prend garde. Fit Ginny en embrassant son ami.
- Tu ne devrais pas. Insista Emma.
- Nous n'avons pas le temps d'attendre.
La remarque fit mouche. Emma se dirigea seule vers la porte. Ron resta quelques instants de plus pour expliquer la teneur du sort à Harry. Puis, il se précipita pour retrouver Emma. Après quelques hésitations et quelques essais infructueux, Harry parvint à allumer un jet de flamme plus que satisfaisant. Il le dirigea vers les étagères les plus proches et leur contenu s'enflamma pratiquement instantanément. Le feu gagna rapidement de proche en proche et en quelques secondes ce ne fut plus qu'un immense brasier.
Rassuré sur l'issue de son sortilège, Harry reflua à son tour vers la porte. La fumée acre et noire commençait à se répandre dans toutes la pièce, le gênant de plus en plus dans sa progression. Heureusement, la porte découpait un large rectangle lumineux qu'il était assez aisé de repérer. Non sans peine, Harry y parvint. Á l'instant où il posait la main sur le ventail brulant de la porte, une poigne ferme l'extirpa de la pièce et referma le second ventail. Devant lui se tenait Remus Lupin. Un peu plus loin, Ron, Emma et Ginny toussaient pour se dégager les poumons.
- Harry, tu prends trop de risques. Sourit Remus. Heureusement que je vous cherchais.
- Merci professeur. Répondit Harry. Devant le regard insistant que le jeune homme avait pour ses amis, Remus reprit.
- Ils vont bien, rassures-toi. J'ai dû les sortir de force, ils voulaient t'attendre dedans.
Harry se glaça en pensant aux risques inutiles qu'ils avaient pris. Il était plus sage d'attendre de ce côté-ci de la porte. Heureusement, Remus était intervenu à temps, et ils en serraient quitte pour quelques nausées dues à l'excès de monoxyde de carbone. Du moins, il le supposait.
- Venez, il y a du nouveau dans la grande salle. Reprit Remus lorsqu'ils cessèrent un peu de nettoyer leurs poumons de la suie ingérée dans la salle sur demande.
- Nous arrivons. Sourit Harry.
Il avait la fierté du devoir accompli. Il donna l'accolade à Ron et Emma et embrassa longuement Ginny. Á présent, il ne restait plus qu'un seul écueil. Et quel écueil. Á un moment ou un autre de la journée, il serait certainement obligé de se trouver seul face à son pire adversaire.
- Voldemort ne sait pas encore ce qui l'attend. Murmura Ginny à son oreille comme si elle se doutait de ce qui l'occupait.
- J'espère. Se contenta-t-il de grimacer.
Arrachés de leur étreinte par l'intervention de Remus, Harry et Ginny suivirent leur professeur jusqu'à la grande salle. Pour une fois, Harry laissa Ginny lui serrer la main aussi fort qu'elle le voulait. Il savait à quel point ces instants étaient importants. Dans quelques heures, moins peut-être, ils seraient probablement séparés pour la bataille ou pour toujours. Cette idée terrifiait Harry, mais il ne se chercherait pas d'échappatoire. Il était de sa responsabilité de tout faire pour éliminer Voldemort.
