Chap. 55: When love hurts like hate.
Les ennuis sont enfin là.

Remus ouvrit les portes de la grande salle et on fit un accueil triomphal à Harry. Les plus jeunes des élèves avaient été reconduit chez eux par le bourg de Pré-au-lard. Certains congratulaient chaleureusement Neville dans un des coins de la salle. Harry n'eut guère de temps pour détailler la scène mais il vit qu'il s'agissait d'adultes, de personnes parfois assez âgées. D'un éclair, il comprit que les parents de certains élèves avaient fait le choix de venir aider ceux qui restaient.

Tous ces nouveaux venus faisaient une ovation pour le « survivant ». Harry se sentit un instant mal à l'aise. Puis, porté par la vigueur de cette acclamation, il traversa la grande salle, tête haute, fier et conscient des espoirs qui pesaient sur ses épaules. Certains faisaient de petits signes auxquels il répondait d'un geste évasif et d'un sourire. Il ressemblait plus à un homme politique triomphant qu'à un sorcier se préparant au combat le plus important de sa vie. Mais cela était-il si différent ?

Au sein de la foule compacte, Harry aperçut Arthur et Molly Weasley. Il se tourna vers ses amis et constata qu'ils avaient déjà prit la direction de leur famille. De la fratrie il ne manquerait bientôt plus que Percy. Charlie et Bill faisaient de grands gestes dans la direction de Harry. Celui-ci répondit avant de constater que ses beaux-frères s'adressaient à Ginny et Ron.

Satisfait que ses amis et Ginny puissent trouver du réconfort dans leur famille, Harry continua sa progression. De part et d'autre, il entendait les sorciers lui affirmer vivement qu'ils se battraient à ses côtés, qu'ensembles ils pouvaient vaincre celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Rasséréné par tant de témoignages de confiance, Harry se sentait assez fort pour affronter Voldemort, ou tout au moins, Severus Rogue qui se dressait sur l'estrade principale à côté du professeur Mac Gonnagal. L'un manifestait la douceur et la générosité qui manquait tant à l'autre. On ne pouvait pas imaginer couple plus dissemblable. Heureusement que leur union se limitait à la direction de l'école Hogwarts. Parvenu à quelques pas seulement des deux enseignants, Harry s'arrêta.

- Vous avez réussi. Lança de abrupto Severus Rogue.

- Il me semble. Sourit Harry certain qu'il ne devait pas rester grand-chose dans la salle sur demande.

- Cela n'est pas suffisant. Reprit le directeur visiblement agacé. Je savais qu'il ne fallait pas vous faire confiance.

- Rien ne peut résister à un feudémon. Trancha durement Harry qui en avait assez de supporter les remontrances de son professeur de potion.

- Voilà une affaire définitivement classée. Sourit Mac Gonnagal. Á présent nous devons penser à ceux qui sont restés.

- Nous aurions dû faire évacuer l'école Minerva. Lança Rogue.

- Il nous attend dehors. Intervint Harry. Le plus sécurisant, c'est de lutter contre lui ici !

Les deux professeurs restèrent un instant surpris par le ton et le contenu de l'intervention du jeune homme. Contre toute attente, Severus Rogue le dévisagea sans aucune haine. Le professeur Mac Gonnagal quitta son habituel air pincé et strict pour un semblant de sourire affectueux.

- Vous ressemblez tant à votre père. S'amusa Mac Gonnagal.

Harry allait remercier son enseignante de cette évocation, bien qu'il l'eut entendue plus qu'il n'était nécessaire, mais Rogue intervint au préalable.

- Pourtant, c'est bien l'intelligence de votre mère que nous voyons poindre aujourd'hui. Il était temps.

Pour le coup, Harry resta interdit. Pour la première fois de sa vie probablement, Severus Rogue venait de faire un compliment. Á quelques pas de là, Sirius Black commentait à Hermione qu'il serrait doucement dans ses bras, les paroles du directeur.

- Je n'aurais jamais cru que cette vipère soit capable de gentillesse.

- Sirius, tu juges trop hâtivement les gens. Soupira Hermione.

- Parce qu'il n'est pas bêtement méchant cet imbécile peut-être. La question était rhétorique mais Hermione décida qu'il était bon d'y répondre. Définitivement.

- Je le connais bien mieux que quiconque. Et je peux t'affirmer que Severus est l'un des hommes les plus droits que je connaisse.

- Est-il possible que ma fille ait une attirance pour ce diable d'homme ? s'étrangla Sirius.

- Aucune chance. Je sais ce qu'il a fait, ce qu'il est et ceux qu'il aime. Elle marqua une pose. Et ce n'est pas du tout mon genre.

Sirius allait répliquer lorsque les battants de la porte s'ouvrirent à la volée. Perdu dans la lumière du hall qui inondait la grande salle maintenue dans la pénombre, Percy Weasley venait de franchir le seuil. Tous les visages se tournèrent vers le nouveau venu avec une inquiétude mêlée d'espoir. Devant le visage fermé du jeune homme, Certains sentirent que les nouvelles ne seraient pas bonnes.

- Le ministère est tombé. Clama-t-il.

Un silence de mort suivit sa déclaration. Dans l'entrefaite cependant, les Weasley trouvèrent moyen de fendre la foule pour rejoindre le dernier membre de leur famille maintenu au-dehors. Il les repoussa néanmoins un instant. Il avait encore des choses à dire.

- Le ministère est tombé, mais nous ne sommes pas seuls.

Á peine avait-il achevé sa phrase que la lumière extérieure fut à nouveau occultée par le passage d'un groupe. Hermione y distingua sans peine Kingsley, Maugrey Foloeil, Tonks, et une poignée d'aurors, tous membres de l'ordre du phénix. Les derniers renforts venaient donc d'arriver à l'école. La bataille devait être bien proche. Le groupe se dirigea non sans mal jusqu'au directeur et Kingsley, de sa voix chaude, fit un bilan de la situation.

- Les mange-morts encerclent presque totalement l'école. Seuls quelques passages secrets sont encore disponibles. Grâce au jeune Londubat, nous avons pu les sécuriser correctement.

- La haute hiérarchie du ministère a totalement été mise à l'écart. Reprit Percy. Mais j'ai réussi à dissimuler quelques uns de nos amis à des postes discrets.

- La presque totalité des aurors à décidé de quitter le ministère dès aujourd'hui. Continua Tonks. Percy nous avait prévenus de manœuvres louches.

Tous, y compris Harry et Sirius, se montraient très satisfaits de la tournure de la situation. L'école serait bien moins isolée que ne pouvait l'espérer Jedusor. Néanmoins, cela n'assurait pas pour autant la victoire de ce parti.

S'éloignant discrètement de son père, Hermione s'approcha du bord de l'estrade. Elle s'y assit en tailleur pour mieux observer la foule. Tous les visages qu'elle pouvait distinguer étaient ceux de gens qu'elle connaissait de nom. Pourtant, elle n'avait pas dû discuter avec plus du tiers d'entre eux. Ils étaient nombreux et avaient de grande chance de gagner. Ils étaient d'ailleurs galvanisés par la présence des aurors et du « survivant ». Une fois de plus, Hermione se sentait éperdument seule.

Soudain, des mains l'attrapèrent aux épaules. D'instinct, elle bondit et tira la baguette de sa poche. Pendant ce temps, on lui fit faire un demi-tour. Surprise, la jeune fille se trouva nez-à-nez avec Percy. Avant qu'elle n'eut pu esquisser le moindre geste, les lèvres du jeune homme se trouvèrent plaquées sur les siennes. Estomaquée, Hermione se laissa porter par la simplicité de l'instant[1].

- Je m'excuse. Tenta finalement Percy en la relâchant.

- Tu avais tes raisons. Sourit un peu contrite Hermione.

- Maintenant, nous resterons ensemble. Continua le jeune homme en la serrant un peu trop fort.

Hermione ne vit pas son père s'éloigner en bousculant un peu Remus et Maugrey Foloeil. Elle ne vit pas non plus l'ensemble de la famille Weasley se réunir autour d'eux. Tous se félicitaient de la voir réintégrer les rangs de la grande fratrie.

C'est alors que Rusard décida de passer à son tour le pas de la porte. En hurlant comme il se doit. Hurlant que les mange-morts venaient de pénétrer dans l'école.

- Imbécile. Coupa une voix fluette. Hermione reconnu instantanément Ellie Finnighan. Son cœur bondit dans sa poitrine. Malgré tout, l'irlandaise avait choisi de revenir.

Un groupe d'hommes émergèrent vivement de l'embrasure de la porte et s'avancèrent un peu vers l'estrade où se tenaient Hermione, Harry, ses amis et les professeurs.

- Je suis Sean O'Connell, voici mes amis, Brian Fitzham, Kelly O'Rourke, et Thomas O'Maley. Son regard fit le tour de la salle. Nous venons d'Irlande pour vaincre ceux qui vous assiègent.

- Vous arrivez exactement à l'heure. Remarqua Kingsley. Venez donc nous rejoindre.

Sans se faire prier, les irlandais, une demi-douzaine en plus des trois leaders, traversèrent la salle. Les anglais eurent un mouvement de recul en les regardant passer. Les relations avec leurs voisins n'étant pas toujours des plus simples. Mais, les irlandais ne firent aucun commentaire. Et lorsque les chefs se joignirent au groupe des enseignants et aurors sur l'estrade, les jeunes gens se dispersèrent allégrement. La plupart avait à peine une vingtaine d'année et même s'il s'agissait de sorciers entraînés, leur allure désinvolte n'engageait pas vraiment à leur faire confiance.

Parmi ces hommes en robes vertes se démarquait Thomas O'Maley. S'il revêtait une robe aux couleurs de son pays, il portait aussi un écu armé. Observateur, Tonks s'approcha de lui pour se présenter et lui demander des explications.

- Enchanté. Répondit Thomas O'Maley. Je n'ai jamais eu l'occasion de rencontrer un auror aussi agréable à regarder.

Tonks rougit un peu mais n'hésita pas à exhiber son alliance et à parler de son petit bébé qui l'attendait chez ses parents.

- Je ne voulais pas être déplaisant. S'offusqua sincèrement Thomas. Bien que Seagull, la vraie, savait à quel point il aimait les jeunes femmes.

- C'est de ma faute. Intervint Tonks. Je me méprends facilement. Je voulais savoir ce que représentait cet écu. Continua la jeune auror pour rompre la tension.

- C'est la marque de ma fonction de baillis de Derrycarna. Sourit l'homme visiblement fier de cette fonction particulièrement opaque pour Tonks.

- Vous n'êtes donc pas auror ? s'étonna la jeune femme.

- Pas exactement. C'est en plus de mes obligations. Sourit Thomas.

- Ne l'écoutez pas. Intervint Sean O'Connell. Thomas est l'un de nos haut-fonctionnaire les plus utiles. On l'entend peu, mais il travaille beaucoup.

L'intéressé rougit considérablement et Tonks trouva les irlandais gentils quoi qu'un peu superficiels. Voir l'adjoint du ministère de la magie irlandais plaisanter ouvertement avec une inconnue, sur les qualités de l'un de ses subordonnés qui plus était, ne lui inspirait pas tellement confiance sur la qualité des nouveaux venus.

- On dit que vous étiez au ministère cette fameuse nuit. Intervint Maugrey Fol Œil.

- Nous y étions tous les quatre. Acquiesça O'Connell en désignant ses amis. Tonks écarquilla les yeux incrédules.

- Et vous les avez entraînés. Reprit Maugrey.

- En effet, pratiquement uniquement dans l'optique de cette journée. Insista O'Connell. Tonks sursauta à nouveau, comment pouvaient-ils avoir anticipé le retour de Voldemort ?

- Á l'exception de cette jeune fille. Sourit Thomas O'Maley en désignant Ellie Finnighan qui s'approchait en les ignorant manifestement.

- Nous aurons donc avec nous le meilleur des aurors irlandais. Conclut Maugrey. C'est bien peu. Face à lui O'Connell se contenta de sourire.

En montant sur l'estrade, Ellie Finnighan s'aperçut instantanément qu'Hermione avait abandonné ses vêtements moldus pour une robe de sorcière des plus classiques. Seules concession, elle avait noué ses cheveux en chignon. Coiffure rapide et malhabile jugea par ailleurs l'irlandaise.

Sans hésitation, Ellie rejoignit Percy et Hermione et se présenta au jeune homme. Ce qu'elle venait d'entendre de la bouche de Thomas O'Maley l'avait particulièrement surprise. Elle-même était intervenue à la demande d'Hermione qui avait signé « Lady of Derricarna ». Il y avait quelque chose de surprenant dans cette affaire. Ellie ignorait simplement que Seagull et la titulaire viagère de Derrycarna était une seule personne. Pratiquement personne n'y prêtait attention d'ailleurs.

- Miss Finnighan nous a aidés contre les campagnes de presse du ministère. Expliqua Hermione.

- C'est donc vous qui avez convaincu Brian Fitzham de mettre ses journaux en action. Releva Percy, professionnel.

- Le Brian qui est ici ? interrogea Hermione surprise.

- Bien évidemment. Opina Ellie.

- Je le voyais plus jeune. Émit Hermione songeuse.

La situation devenait pour le moins étrange. Ellie expliqua tranquillement que les quatre leaders irlandais étaient des vétérans de la guerre civile et que leur déplacement devait certainement cacher quelque chose de plus important encore.

Pendant ces explications, l'un des battants de la porte s'ouvrit doucement. Une petite forme féminine entra tranquillement dans la salle pendant qu'une musique magique se rependait partout. Des clameurs s'élevèrent rapidement pour signifier que Miss Seagull venait d'entrer dans l'école. De nombreuses gorges reprirent les paroles de la chanson moldue qui servait d'hymne à Seagull depuis des années. Intriguée, Hermione leva le regard et ne vit que Benedict Dietrich. Elle soupira devant tant de crédulité.

La femme traversa à son tour la foule. Celle-ci fut d'ailleurs bien plus compacte que lors de l'entrée des irlandais ou de Harry lui-même. Devant autant de dévotion, Hermione pensa que Dietrich avait largement usé de son prestige. Sans complexes, celle qui se prétendait Seagull se plaça devant Rogue en bousculant un peu O'Connell. L'irlandais la regarda surpris mais laissa faire. Avant de prendre la parole, Seagull se tourna vers son public et demanda doucement le calme. Étonnement, le silence se fit presque instantanément.

- Je suis Seagull. Se présenta simplement la nouvelle venue.

- Enchantée. Répondit instantanément Mac Gonnagal dont le visage montrait que la remarque n'était pas nécessairement vraie.

- Mes maigres talents pourront certainement vous être utiles. Continua Seagull en se tournant à moitié vers la foule qui l'acclama un instant.

- Nous avons besoin de toutes les bonnes volontés. Coupa Rogue visiblement agacé.

Benedict Dietrich était manifestement consciente de l'importance de sa présence à l'école à ce moment précis. Hermione ne parvenait pas à distinguer la part d'opportunisme du réel volontarisme. Elle en était à ce point de sa réflexion lorsque que sa voisine prit la parole.

- Quelle plaie. Marmonna Ellie. Elle ne pouvait pas rester chez elle celle-là ? La jeune reporteur avait totalement oublié la conversation entre O'Maley et Tonks.

- Au contraire, nous aurons besoin de Seagull. Coupa Percy visiblement satisfait de l'arrivée de la quadragénaire.

- Encore faut-il qu'elle soit ce qu'elle prétend. Intervint Hermione.

- Qu'importe. Il suffit de croire. Glissa la voix de Maugrey Fol-Œil.

Hermione se retourna et vit le vieil auror. Comme pour Brian Fitzham, elle l'avait imaginé bien plus jeune. Cette pensée fut néanmoins chassée par l'irruption de Rusard hurlant une nouvelle fois que les mange-morts entraient dans l'école.

- C'est une manie. Cria Kingsley. Qui est-ce ?

Un géant blond traversait d'un pas alerte la salle, il était suivit de trois hommes et d'une femme d'un certain âge. Visiblement personne ne savait trop qui ils pouvaient être. Seule Hannah Abbott ne put contenir un « maman » qui venait droit du fond du cœur.

- Maria Abbott, Jack Longton, Rodrigue, John Vangard et Lord Roger Spencer. Murmura Hermione.

- Exactement. Convint Ellie. J'ignorais que vous les connaissiez.

- Je ne les connais pas. Trancha Hermione. Je sais leurs noms, c'est tout.

L'irlandaise regarda étrangement sa compatriote avant d'expliquer ce qu'ils étaient. Percy siffla d'admiration en découvrant le chef du « Special Commandement ».

- C'est une légende ce type là. Balbutia-t-il.

- Il est pourtant très gentil. Sourit Hermione en regardant le géant remonter vers eux. Personne ne releva le contenu de la remarque.

Jack Longton n'était plus le trentenaire qu'elle avait connu, mais il restait un très bel homme. Si ses cheveux blonds avaient perdu leur teinte pour se rapprocher doucement du blanc, il conservait une aura de majesté. Une courte barbe avait gagné son visage et il paraissait plus mûr. Pourtant, ce qui surprenait le plus était son regard vide. Cependant, cela ne semblait pas l'handicaper un instant. De ce fait, il devenait encore plus impressionnant.

- Vous direz à votre trublion que nous attendons encore la venue de quelques amis. Fit Longton à Rogue.

- Pardon ? s'étonna l'interpellé avant de comprendre qu'il s'agissait de Rusard.

- Nous ferons le nécessaire. Intervint Mac Gonnagal qui s'éloigna rapidement pour trouver le dit concierge.

- Soyez les bienvenus à mes côtés. Sourit habile, Seagull.

Surpris, Jack Longton tendit une de ses énormes mains vers Dietrich qui la saisit délicatement. Le géant présenta ses hommages en demandant à qui il avait affaire. Ellie et Hermione ne purent s'empêcher de pouffer devant le visage consterné de la pseudo-héroïne. De son côté Jack ne perçut pas ce mouvement d'humeur.

- Je suis Seagull. Prétendit à nouveau Dietrich.

- C'est un honneur. Répondit doucement Jack Longton qui semblait ne pas croire un instant aux mots qu'il prononçait.

- Voici messieurs O'Coddell, O'Galey, O'Brian et O'Kelly. Continua la fausse Seagull.

Chacun des annoncés restitua prestement son vrai nom et irlandais et nouveaux arrivants échangèrent quelques politesses.

- J'ai souvent entendu parler de vous. Fit Jack à destination de Sean O'Connell.

- Vous-même êtes une légende. Intervint Brian Fitzham.

- Si je ne m'abuse, vous êtes bien le fils de… commença Rodrigue.

- En effet. Coupa hilare Thomas O'Maley. Mais ne le dites pas trop fort, vous allez nous le vexer.

- Je ne suis plus un enfant. Trancha Brian déjà boudeur.

Toujours un peu à l'écart, Hermione trouvait étrange les politesses que se faisaient les irlandais et les nouveaux venus. Tout était comme s'ils ne se connaissaient pas. Ce qui devait être le cas lui disait sa raison. Mais une part d'elle-même trouvait cela anormal.

Tonks remarqua que Maugrey Fol-Œil adressait un sourire entendu avec O'Connell. L'arrivée des membres du « S-C » semblait valider quelque chose de prévu et surtout de prévisible. La jeune auror se sentait totalement dépassée par les événements. Elle avait fort peu entendu parler du « Sleeping Chess » et de ses actions.

Les aurors irlandais et anglais mettaient peu à peu en œuvre des stratégies de défenses pour l'école. Harry dirigeait tout cela d'une voix sûre et avec beaucoup de volonté. Il était assisté de Maugrey et Seagull. Celle-ci prenait de plus en plus d'ascendant sur les autres personnes présentes. Elle usait constamment de ses « souvenirs de guerre » pour justifier ses décisions. La plupart du temps, personne n'osait la reprendre. Pourtant, Hermione décelait dans les regards de Longton et O'Connell des indices de leurs désapprobations.

Un plan d'Hogwarts sur la table des professeurs permettait de rendre cohérentes leurs décisions. Toute cette activité laissait Hermione indifférente. Pour le moment, elle profitait pleinement des câlins de son nouvel-ex-petit-ami. Ellie, Ginny et Emma préparaient un hôpital de campagne sous la direction de Maria Abbott, pendant que Ron et Neville faisaient le tour des élèves pour les mettre en ordre. Tous s'affairaient sauf Hermione. Elle se sentait étrangère à tout cela. Sa mission était définitivement accomplie. Elle avait permis à Harry d'arriver entier jusqu'à cette confrontation finale.

Enfin, la porte de la grande salle s'ouvrit encore. Rusard s'affola un instant, mais tout le monde savait attendre les derniers renforts. Un groupe d'une douzaine d'hommes traversa la salle. Un silence pesant se fit à mesure qu'ils avançaient. En tête se trouvait un homme terriblement balafré. Derrière lui deux hommes dont l'un était tout aussi défiguré que leur chef. Et encore plus loin après eux, une dizaine d'hommes d'environ quarante ans rangés par deux. S'ils n'avaient pas porté des robes rouges barrées de deux lions d'or personne n'aurait fait attention à leur présence.

Les regards de l'assistance allaient des irlandais aux normands. Les sorciers en robes vertes avaient cessés de plaisanter avec les anglais et regardaient les nouveaux venus avec défiance. Depuis l'aide française au cours de la guerre civile, les relations entre les deux pays n'avaient cessés de se dégrader. La présence des normands paraissait donc être une provocation. Néanmoins, Sean O'Connell s'abstint de tout commentaire en voyant approcher les derniers retardataires.

Le chef normand se cala aussi bien qu'il le put devant Severus Rogue. Dans un ordre parfait ses hommes avaient maintenu leur colonne à six pas en arrière.

- Robert Hue de Mathan, commandant en chef du régiment Dauphin-cavalerie, pour vous servir. Il acheva sa tirade par une inclinaison impressionnante du buste. L'effroyable accent français de Robert déstabilisa la plupart des anglais.

- Je vous remercie. Intervint Benedict Dietrich dans un français approximatif. Je suis Seagull.

- Voici mes lieutenants, Thierry le Chapelet de Maillebois et Michel Renard. Continua Robert dans son mauvais anglais.

Hermione étouffa un cri. Évidemment, Adeline n'avait servit qu'à cela. C'est elle qui tenait informés les normands. Elle eut un sourire pour elle seule en pensant que Dumbledore avait largement anticipé les événements. Malgré toutes les tensions qui pouvaient exister entre eux, Hermione avait un profond respect pour l'ancien directeur.

De son côté, Benedict Dietrich semblait ne pas trouver à son goût la réaction de Robert de Mathan. Il avait totalement ignoré son intervention et ne quittait pas Severus Rogue des yeux. Son allégeance ne faisait, visiblement, pas de doute. De la même manière, il ignorait superbement Harry qui se trouvait aux côtés de Rogue.

- Vous avez un sens de la discipline très marqué. Releva Sean O'Connell.

- Dans une organisation comme la notre, cela est plus que nécessaire. Répliqua froidement Robert.

- Vous insinuez que nous sommes des imbéciles ? s'indigna Sean.

Constatant que les relations risquaient de s'envenimer, Minerva Mac Gonnagal intervint pour présenter les différentes personnes autour de la table en commençant par les irlandais et finissant par les aurors. Á chaque nouvelle présentation les français répondirent dans leur langue ou dans un anglais imparfait. D'ailleurs, au pied de l'estrade les cavaliers s'invectivaient en français, ce qui avait l'avantage d'être incompréhensible pour la plupart des personnes présentes.

- Je parle un peu de français. Intervint doucement Percy. Pourtant je ne comprends pas grand-chose de ce qu'ils se disent.

- Normal. Ricana Hermione. C'est du patois. Même moi je n'en comprends pas toutes les nuances.

- Tu parles français toi ? s'étonna Percy qui avait manifestement oublié que sa belle-sœur et sa petite amie conversaient uniquement dans cette langue.

Désespérée, Hermione laissa passer l'incongruité de l'intervention et lui vola un baiser. Au moins, comme cela il se tairait. Tout à côté, Maugrey Fol-Œil les dévisageait surpris.

- Ce n'est pas très sérieux comme attitude. Fit-il de sa voix rauque.

- Ça manque de « surveillance accrue ». sourit Hermione.

- C'est « vigilance constante ». souffla discrètement Percy.

La jeune fille s'empourpra un instant devant cette faute idiote. Elle aurait dû le savoir. Dans le même temps, Maugrey la regardait à présent avec une intensité particulière. Au point que la jeune fille se sentit mal à l'aise. Heureusement, la voix haute perchée de Seagull les interrompit.

- Je voulais remercier tous ces hommes, et femmes, pour l'aide précieuse qu'ils nous apportent.

Les irlandais, les normands et le groupe de Jack Longton eurent un moment de flottement avant de comprendre qu'elle s'adressait exclusivement à eux. Harry vint à son secours.

- Á mon tour je tiens à remercier messieurs Longton, O'Connell et Mathan d'être ici pour m'aider dans ma tâche. Tous ensembles nous allons faire de cette journée la dernière du règne de notre ennemi.

La foule des anglais applaudirent ardemment l'intervention du « survivant ». Percy lui-même relâcha son étreinte autour d'Hermione pour applaudir. Elle regarda ses anciens amis et se demanda si elle était la seule à voir la consternation sur leurs visages. Les applaudissements durèrent un peu. En tacticienne chevronnée, Hermione trouvait que cela faisait beaucoup de temps perdu. En même temps, elle n'était plus responsable de rien. Ils s'organisaient à leur loisir.

La voix du géant, magiquement augmentée, rompit le brouhaha.

- Je vous remercie de cette sollicitude, mais je ne suis pas venu pour vous monsieur Potter.

- Pour moi ? s'extasia Dietrich. Comme c'est charmant.

Derrière Longton, la plupart des « étrangers » retinrent un rire pourtant salvateur.

- Êtes-vous stupide à ce point ? s'étonna le géant ignorant les bruissements dans son dos.

- Nous sommes conscients des enjeux de cette journée. Coupa prestement Rogue. Nous comprenons aussi que vous êtes venus pour sauver le monde magique de la menace de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

- Voldemort m'indiffère. Répondit Jack Longton. Il pourrait tous vous tuer que je ne serais pas plus ennuyé.

Une longue rumeur circula dans l'assemblée. La plupart des gens supportaient mal que l'on prononça le nom du seigneur des ténèbres. Sur l'estrade la réaction fut sensiblement la même que dans la foule à quelques exceptions près. Harry, sur les recommandations d'Hermione, avait cessé de le craindre, mais nombre de gens ne parvenait pas à faire abstraction de la crainte que ce seul nom inspirait. Les irlandais et les normands, les membres du « S-C » ne tiquèrent pas un instant. Dans l'exaspération du moment, nul n'y fit attention, à part Hermione peut-être.

- Nous sommes là pour elle. Continua Jack une fois le calme revenu.

Le géant blond dirigea doucement sa main droite, paume ouverte, en direction d'Hermione qui resta tétanisée. Le geste de Jack longton l'invitait visiblement à le rejoindre. Elle ne s'en sentait pas capable. Tous les regards convergeaient vers elle. Tous les visages étaient marqués par la stupeur. S'il était un moment humiliant et stressant, Hermione le vivait à l'instant. Elle n'avait rien fait pour être mise en valeur. Depuis plusieurs semaines elle fuyait toutes responsabilités et, sortie de nulle part, une équipe de fous furieux affirmaient vouloir la suivre. C'en était trop.

- Je ne vous ai rien demandé. Fit Hermione, lapidaire.

- Ce n'était pas nécessaire. Sourit O'Connell.

- Je ne veux pas. Continua la jeune fille rouge écarlate.

- Des sorciers expérimentés se mettent sous votre direction et vous le refusez. Coupa Seagull. Elle marqua un silence et dévisagea Hermione avec méchanceté. Vous êtes vraiment une femme étrange.

Dans le public, Neville entendit distinctement l'irlandais qui se trouvait à ses côtés chantonner discrètement « strange kind of woman ». Un peu plus près de l'estrade, Ellie et les filles purent entendre Fitzham murmurer à ce même moment la même chanson. Si elles avaient questionné Ron, il aurait à son tour pu affirmer avoir entendu l'un des normands reprendre les paroles de cette chanson. Dilué dans la foule, « strange kind of woman » dépassa le statut du simple murmure. Les paroles volèrent dans la salle un laps de temps bref mais suffisant pour qu'une personne en particulier puisse l'entendre. Cela ne dura pas plus de quelques instants, mais cela suffit à Hermione pour pâlir d'une blancheur mortelle.

- Je ne peux pas. Balbutia-t-elle comme retournée jusqu'au plus profond de son âme. Après les premières paroles de la chanson, tout le reste défilait dans sa tête et réveillait des sentiments enfouis depuis longtemps.

La jeune fille porta la main sur son visage et commença à refluer vers l'une des sorties discrètes de la grande salle. Elle était nauséeuse. Elle n'avait pas soupçonné l'importance d'une si petite chanson. Tout dans son esprit semblait se troubler, se mélanger. Des sensations désagréables alternaient avec des souvenirs plus apaisants.

- Inutile de vous enfuir. Tonna Jack Longton. Hermione n'eut d'autre choix que de s'arrêter net.

- Que devrais-je faire à votre avis ? Tenta la jeune fille penaude.

- Ce que tu sais faire de mieux.

Hermione, interloquée concentra son regard sur Jack Longton.

- Pas de cela avec moi Miss Pansy Parkinson ! gronda à nouveau Longton en envoyant à la jeune fille un sort d'expelliarmus.

L'assemblée et Hermione restèrent un instant médusés. Les spectateurs les plus proches prirent comme mesure immédiate de se reculer à une distance respectueuse de Longton et d'Hermione. Une personne attentive aurait cependant remarqué que les chefs irlandais et les chefs normands formaient une ligne de sécurité délimitant le périmètre d'un ring de duel.

Un peu en retrait, Sirius et plus loin encore, Molly Weasley sursautèrent en entendant ce nom. Cela faisait plus de 15 ans qu'ils ne l'avaient plus entendu. Par ailleurs, Molly ne comprenait pas son usage. De son côté, Sirius craignait de voir éclater en mille morceaux la fausse identité de sa fille adoptive. Ils s'étaient donnés tant de mal à la préserver.

Á côté de Ron, lord Spencer souriait, visiblement satisfait de quelque chose. Hésitant un instant, le jeune homme dévisagea le vieux lord.

- Gamin, c'est moi qui lui ai appris la légilimentie. Fit-il finalement sans se tourner.

- Vous me parlez ? s'étonna Ron.

- Tu penses si fort que j'aurais du mal à ne pas t'entendre. Répliqua Roger se contentant d'hausser un sourcil.

- Ce Longton est vraiment impressionnant. Reprit Ron un peu mal à l'aise. Et c'est vous qui lui avez appris la légilimentie ?

- Pas à lui, à elle. Coupa Roger. Ron resta définitivement coi.

Déjà Hermione se relevait. Le sort l'avait certes projetée à quelques pas de sa station précédente, mais il n'avait pas pour finalité de la vaincre. Elle n'en avait pas la preuve évidemment, pourtant elle le sentait au fond d'elle-même. Ce Longton tentait de mesurer sa force. Il ne serait pas déçu pensa-t-elle.

- A quoi jouez-vous ? lança Hermione en tendant sa baguette en direction du géant.

- Moi ? Cette question c'est à toi qu'il faut la poser, non ?

Chaque phrase était ponctuée d'un sort offensif et défensif. Les deux interlocuteurs n'oubliaient pas qu'ils étaient surtout en train de mener un duel.

- J'ai fait mon travail. Coupa Hermione. Maintenant qu'ils se débrouillent.

- Crois-tu réellement qu'ils y arriveront ? grimaça Jack.

- Non ! se contenta de répondre la jeune fille.

Des murmures dans la salle indiquèrent que le public ne se satisfaisait guère de cette remarque. Si la jeune Black ne leur avait pas encore paru odieuse, c'était chose faite à présent. Mais elle-même se moquait éperdument de ce que ces gens pensaient.

- Pourquoi cet avis aussi tranché Miss Parkinson ? reprit Jack

- Ils s'en vont pour un pique-nique, une promenade. Fit Hermione en les toisant du regard. Ils ne savent pas ce qu'est la guerre. Soupira la jeune fille finalement.

- Parce que tu es mieux informée qu'eux, gamine ? S'amusa Jack.

Le géant avait lourdement insisté sur le dernier mot. Un mouvement dans la foule montrait que la majorité considérait qu'il avait largement raison. Pour qui pouvait-elle se prendre pour parler ainsi ? Elle n'était probablement qu'un bébé lors de la guerre précédente, même pour la guerre civile en Irlande.

- Serais-tu devenue lâche ? s'étonna Jack lorsque le calme fut revenu.

- Je n'ai jamais fui. Coupa Hermione écarlate de fureur qu'on puisse la mésestimer à ce point.

- Je sais. Continua Jack apaisant. Pourtant, tu ne veux pas intervenir.

- Je ne vais pas tuer Jedusor. Cracha la jeune fille. Un sourire éclaira le visage de Longton. Pas une seconde fois. Murmura-t-elle finalement.

Les spectateurs les plus proches furent les seuls à entendre la remarque d'Hermione. Parmi eux se comptaient Kingsley et Maugrey, et surtout Sirius. Le dernier des Black resta tétanisé devant l'annonce. S'il savait globalement ce qu'Hermione avait vécu, il ne s'attendait pas à de telles révélations. Harry et Seagull étaient, eux, bien trop loin.

- Nous sommes d'accord sur ce point. Releva Jack. Pourtant, tu es encore dans cette école. Que veux-tu vraiment ?

Hermione fit, du regard, un tour de la salle. Quelques larmes commençaient à poindre au coin de ses yeux et elle était trop fière pour les essuyer. Tout ce qu'elle vit ce fut des victimes en puissance, pas des inconnus ou des amis, simplement des gens en danger. Cette prise de conscience la soulagea autant qu'elle la terrifia.

Était-elle devenue à ce point une machine inhumaine ? Si c'était le cas, alors rien ne pourrait l'arrêter. Un vague réconfort surnageait de cette affirmation, elle s'en saisit.

- Je suis là pour éviter les morts. Affirma-t-elle de toute la force qui lui restait.

Le sort de bouclier qu'avait déployé Jack fut si résistant qu'il renvoya la totalité du sort sur la jeune fille. Mais elle le reçu sans broncher. Une énergie enfouie semblait se répandre jusqu'au bout de ses doigts. La sensation était agréable quoi qu'inquiétante.

- Cesse donc de mentir. Coupa Jack. Que veux-tu vraiment ! hurla-t-il.

Les sorts qui volaient entre eux devenaient de plus en plus rapides et de plus en plus dévastateurs. Dans un coin de la salle, Kingsley tentait de mettre un terme au duel craignant pour la vie de la frêle jeune fille.

- Calmez-vous. Coupa Robert de Mathan. On n'a jamais vu un maître tuer son disciple.

- Que voulez-vous dire ? s'étonna l'auror.

- Que ces deux-là ont un vieux contentieux à régler. En même temps, ça fait 15 ans que ça traîne. Ricana-t-il finalement.

- C'est impossible. Répliqua Kingsley stupéfait.

Robert haussa les épaules signifiant qu'il en avait vu d'autres, et que finalement, rien n'était totalement impossible. Au centre de l'estrade, l'altercation durait et se durcissait. Alors qu'à l'origine Hermione ne paraissait pas en situation de gagner, le temps qui passait l'avantageait toujours un peu plus.

- Ce que je veux vraiment ? répéta Hermione incrédule.

- Au fond de toi, je sais que tes motivations sont toutes autres. Grimaça Jack.

Aucun sort ne jaillit à cet instant. Ni Jack, ni Hermione ne fit de geste agressif. Les baguettes restèrent un moment suspendues dans le vide. Aucune des deux ne tremblait manifestant ainsi la parfaite maîtrise des deux opposants. La jeune fille paraissait tétanisée par une prise de conscience désagréable.

- Je veux me venger. Balbutia-t-elle.

- Pardon ? Je ne crois pas avoir entendu. S'amusa Jack. La jeune fille dut donc répéter plus fort et par trois fois son désir profond, hurlant presque la dernière mention.

- Je ne peux pas l'accepter. Finit-elle par affirmer au terme des répétitions fastidieuses.

- Et pourquoi ? ricana Jack.

- Parce que ce n'est pas bien. Cria la jeune fille.

- La vie est cruelle, surtout pour ceux qui ne doutent jamais. Se contenta de répondre Jack.

La remarque eut à nouveau pour effet de ralentir les réactions d'Hermione. Heureusement, elle garda assez de présence pour éloigner les sorts qui se remettaient à pleuvoir. Néanmoins cette phrase trouvait un écho profond dans son esprit. L'image d'un vieil homme qui n'était pas Dumbledore se fit.

- J'étais aveuglée de mes certitudes. Balbutia Hermione.

- Tu as refusé de voir ce que tu es vraiment.

- Je ne suis pas comme vous ! répondit-elle durement.

- Heureusement. Mais je sais qui tu es, et tu sais qui je suis. Sourit-il.

- Jack. Murmura Hermione finalement en baissant les bras.

Le temps qu'il s'approche d'elle, Hermione était retombée à genoux avant de s'effondrer inconsciente, visiblement épuisée. Le colosse avait franchit l'espace les séparant en quelques enjambées et il se penchait déjà sur elle lorsque Sirius arriva à son tour. Les deux hommes se jaugèrent un instant et Sirius ramassa la baguette d'Hermione pendant que Jack la soulevait avec une douceur proportionnelle à sa taille.

Les spectateurs encore un peu surpris de la tournure du duel ouvrirent un passage sans réellement y prêter attention. Pour tout le monde ce duel n'avait pas de sens. Que pouvait une jeune fille contre un colosse visiblement entraîné. Alors qu'ils s'éloignaient, Kingsley les regardaient avec une multitude de questions sans réponses qu'il n'oserait jamais poser. Á ses côtés, Robert de Mathan paraissait particulièrement satisfait.

- Voilà une bonne chose de faite. Murmura-t-il.

- Quoi donc ? s'enquit précipitamment Kingsley.

- « Elle » va nous revenir. Il laissa un blanc. Enfin. On ne peut pas dire que Dumbledore nous aura simplifié la tâche.

- Olaf non plus. Intervint sur la gauche Roger Spencer.

- Le principal étant qu'elle soit prête avant l'arrivée de vous-savez-qui. Continua Robert.

« §§§ »

Doucement, Jack déposa sa modeste charge sur l'un des lits de l'infirmerie. Sur le dernier qui n'avait pas été dépouillé au profit des l'installation de fortune de la grande salle. Il ne restait pratiquement rien à présent dans la coquille vide qu'était le lieu le plus rassurant de l'école. Le géant avait été suivi par Sirius, Ellie, Ron et Emma, mais aussi par Adeline et Sean O'Connell, Thomas O'Maley et Maugrey Foloeil. Le groupe paraissait déplacé au centre de l'espace vide. Visiblement chacun cherchait un moyen de rompre le silence qui durait.

- Qu'avez-vous fait à ma fille? Intervint soudain Sirius. La question obtint un rire joyeux de la part de Jack et un pouffement peu digne de Thomas.

- Soyez aimable et oubliez donc que cette demoiselle puisse être votre fille. conclut Jack.

- Pour qui vous prenez-vous ? coupa Emma à son tour, Ron tentant de la retenir de sauter sur le géant.

- Comme vous tous, je suis un ami de…

Les mots restèrent en suspens. Il regarda les jeunes gens puis Hermione assoupie. Pour une fois, la jeune fille paraissait apaisée. Dans une grimace, Jack comprit qu'il ne lui appartenait pas de trahir son identité. Par conséquent, il devrait précautionneusement utiliser le prénom de son amie et non tous ses noms et surnoms. Ce qui ne serait probablement pas une chose facile.

- Hermione a besoin de nous. Acheva Thomas.

- Depuis quand la connaissez-vous ? s'inquiéta Sirius.

- J'ai l'impression que c'était une autre vie. S'amusa Thomas. Mais elle vous racontera tout plus tard, si elle le souhaite.

- Pour l'heure, elle serait bien mieux seule. Intervint Ellie.

L'irlandaise signifia d'un mouvement de la tête que Sirius s'occupait déjà très consciencieusement de la jeune fille. Tous comprirent qu'il n'était pas nécessaire de rester. Ron tira Emma et Ellie vers l'extérieur pendant que Jack et Thomas semblaient se juger l'un l'autre, silencieusement. Finalement, n'ayant plus rien à faire dans l'infirmerie désertée, ils prirent aussi le chemin de la sortie. Il ne restait plus que Maugrey, Sirius et celle qu'il aimait comme sa fille.

- Mon ami. Commença Maugrey. J'ai à vous parler.

- Je sais de quoi vous voulez m'entretenir Maugrey. Répondit Sirius sans lâcher la main d'Hermione.

- Elle n'est pas ce que vous prétendez. Continua Maugrey.

- Pas du tout. Pourtant, vous ne pouvez savoir combien je tiens à elle. Sirius repensa au discours de Dumbledore des mois auparavant. Il leur avait demandé de taire l'identité d'Hermione. Jusqu'à preuve du contraire, il serait fidèle à cette position.

- Je l'imagine. Coupa l'auror. Elle a besoin de vous et nous d'elle.

- De quoi voulez-vous parler ? s'inquiéta Sirius.

- L'issue de la journée est liée à Harry et à celle qui a fait venir tous ces gens.

- Je ne vois pas ce qu'Hermione a à faire avec eux. Larmoya Sirius.

- Elle est quelqu'un d'autre. Coupa durement Maugrey. Et je compte sur vous pour nous l'apporter au plus vite !

Le vieil auror se pencha sur la jeune fille endormie et lui murmura quelques mots au creux de l'oreille. Ceci fait, il s'éloigna un sourire au coin des lèvres. Le silence s'installa pendant un petit moment. Sirius se retint de tout dévoiler lorsqu'il distingua dans les paroles de l'auror le nom de Seagull.

- Sirius. Fit une toute petite voix plusieurs minutes après leur départ.

- Yes my dear. Sourit Sirius heureux de la voir reprendre connaissance.

- J'ai froid. Continua-t-elle d'une voix presque inaudible.

- Ne t'inquiète pas. Il fouilla alentour pour trouver une couverture qu'il étala sur la jeune fille.

- Papa, Maman, je me suis perdue. Continua Hermione. Son père adoptif comprit qu'elle était en plein délire post-traumatique.

- Écoute ma voix, tu vas trouver la sortie. Tenta Sirius.

- Il fait trop sombre. Non, il va tomber ! hurla la jeune fille en se redressant, affolée. Pas le dragon !

- Calmes-toi. Continua Sirius en la recouchant doucement.

- Patmol. Fit doucement la jeune fille. Ses traits se détendirent. Visiblement, les souvenirs étaient plus agréables.

Le délire de la jeune fille dura plus d'une heure. Sirius avait eu l'envie de suivre avec attention le mélange des souvenirs qu'elle évoquait en une succession d'événements tragiques ininterrompus. Mais progressivement il s'embrouilla et se vit contraint d'arrêter. Il se contenta de lui apporter du réconfort chaque fois que cela se révélait nécessaire. Et, Merlin que le métier de garde-malade était difficile.

L'heure qui s'était écoulée avait été la plus dure des vies de Sirius et d'Hermione. Lui avait entendu les plus mystérieux secrets de la jeune fille sans pouvoir en comprendre le sens. Mais il percevait néanmoins la dureté des événements qu'elle avait vécus. Ce n'était qu'une longue litanie d'incidents violents et dangereux. Il espéra que l'intervention d'une hydre et d'un dragon fut seulement de l'ordre du fantasme et non de la réalité. Quand à Hermione, il serait difficile d'expliquer ce qu'elle avait ressenti. Lors qu'elle s'éveilla finalement, son regard avait changé. Stupéfait, Sirius y reconnu sans ambiguïté le regard de Pansy Parkinson. Hermione le dévisagea doucement avec un sourire au coin des lèvres.

- Tout va bien, merci. Fit-elle doucement en déposant un chaste baiser sur la joue de son garde-malade.

- Tu n'es plus la même ! se contenta de dire Sirius.

- Je suis moi. Fit-elle en haussant les épaules.

Elle se leva tranquillement et s'étira. D'un geste léger, elle détacha son chignon et le mince fil de cuir qui enserrait son poignet depuis qu'elle était arrivée à Londres. Par magie, le lien se noua dans ses cheveux en un catogan gracieux. Ceci fait, elle fit glisser sa robe jusqu'au sol. Pivoine, Sirius se tourna pour ne pas regarder. Ce qui amusa beaucoup la jeune fille. Elle s'extirpa du monceau de linges et se dirigea vers une armoire. En quelques sortilèges, elle transforma les draps en une tenue moldue seyante. Elle posa la pile de vêtements sur le lit et entreprit de se rhabiller.

- Peux-tu m'expliquer ? s'inquiéta enfin Sirius.

- Pourquoi ? Dumbledore t'a déjà tout dit il me semble.

Sirius n'avait qu'un souvenir très limité des explications de l'ancien directeur. Il avait vaguement compris qu'Hermione n'était pas du tout sa fille et qu'il devait faire attention à elle. Revenant vers Sirius, Hermione se débarrassa de ses lunettes et se colla tout contre lui.

- Souviens-toi de ses vœux. Sourit la jeune fille en le regardant droit dans les yeux.


[1] Pour ceux qui avaient un doute, ils s'embrassent. NDA.