Le titre en anglais est le titre d'une chanson. De qui ?


Chap. 56 : Pardons et vengeances.
In the end, the love you take is equal to the love you make.

Au cœur de la grande salle, les sorciers qui avaient décidé de résister à la domination de celui-dont-on-ne doit-pas-prononcer-le-nom attendaient qu'Harry donne le signal du combat. Au cours des dernières heures, les événements s'étaient enchaînés avec une rapidité certaine.

Harry et ses amis avaient annoncé que Voldemort allait prochainement s'en prendre à l'école. Les élèves avaient été partiellement évacués. Au cours de ces évacuations, des parents d'élèves avaient choisis de venir renforcer de leur présence la résistance d'Hogwarts. Plus tard, ce sont les aurors qui avaient fait ce choix. En même temps, le ministère tombait aux mains de leur ennemi, ce qui n'était pas une bonne nouvelle. Pourtant Harry, les aurors et les enseignants semblaient ne pas s'en soucier.

Plus tard au début de la matinée, ce furent des irlandais qui s'invitèrent dans la lutte. Grâce à Ellie Finnighan un petit groupe de sorciers en robe verte s'était joint aux anglais. L'euphorie n'était pas encore au rendez-vous, mais on se sentait tout de suite nettement mieux et plus en sécurité à l'école.

L'apogée de la matinée fut atteint avec l'arrivée triomphale de Seagull. Tous les cœurs ragaillardis par cette entrée ne pouvaient plus douter de la victoire finale.

Cette arrivée fuit rapidement suivie par ceux du « Sleeping Chess » et par un groupe de normands. Sans hésitation, Hermione avait compris qu'il fallait voir là l'intervention de son amie Adeline Renard. Les sorciers présents auraient dû se réjouir de l'arrivée de nouveaux alliés. Pourtant, l'ambiance était alors devenue nettement moins conviviale. Autant les irlandais étaient assez amusants, autant les normands étaient rigides. Déjà, ils refusaient de parler autre chose que le français ou alors un mauvais anglais teinté d'un accent insupportable. De plus, les relations entre normands et irlandais n'étaient pas des meilleures.

Le paroxysme des tensions étant apparu après le duel entre Hermione Black et Jack Longton. D'une manière totalement incompréhensible aux yeux du public, ils s'étaient opposés au cours d'un duel d'une violence extraordinaire. Finalement, le géant blond avait eu le dessus sur la frêle jeune fille. Cela, finalement, ne faisait aucun doute. Après que Jack Longton eut emporté la jeune fille jusqu'à l'infirmerie, irlandais et normands avaient commencé à s'affronter verbalement. Les uns accusant les autres de les mettre en danger, de les priver de la seule arme disponible.

C'est dans cette ambiance très tendue que Sirius et Hermione finirent par redescendre. La jeune femme était méconnaissable. Ses cheveux habituellement libres étaient enserrés dans un catogan parfaitement ajusté. De même, elle avait abandonné ses fines lunettes, ce qui affinait nettement son visage. Enfin, habillée en moldue, elle paraissait plus grande, plus svelte, pour tout dire plus forte et plus féminine.

En remontant l'allée centrale, Hermione distingua dans la travée deux personnes qu'elle connaissait. Mais de ces gens qui lui importait vraiment. Elle cessa donc sa progression pour se diriger vers eux. Visiblement, ils ne s'y attendaient guère.

- Bonjour, Robin. Fit la jeune femme. Bonjour Archibald.

Les deux frères Robin et Archie Cash lui répondirent plus que chaleureusement. Même s'ils se trouvaient au centre de toutes les attentions, ils appréciaient qu'elle vînt les voir expressément.

- Archie, tu ne devrais pas être chez toi ? s'étonna Hermione finalement.

- Robin est venu me chercher et il ne peut plus repartir. Balbutia le garçonnet.

- Nous trouverons une solution. Grimaça Robin.

- Nous ? s'étouffa la jeune femme.

- Moi, Archie, Dudley, Amanda et Allan. Répondit dans un murmure le jeune homme. Hermione ouvrit de grands yeux. Trois moldus avaient réussis à entrer à l'école de sorcellerie la mieux gardée du monde. Et cela par amitié.

Hermione oscillait entre consternation et un plaisir immense. Elle avait sous les yeux la matérialisation des valeurs portées par Dumbledore. La fidélité, l'amitié, en un mot, l'amour, parvenait à vaincre tous les obstacles. En regardant un peu mieux Dudley et Amanda qui se tenaient serrés l'un à l'autre, elle comprit que la notion d'amour n'était pas volée dans leur cas.

La jeune femme hésita un moment. Devait-elle dénoncer les jeunes moldus qui se trouvaient enfermés avec les sorciers parce qu'ils avaient dépassés les frontières de leur monde, mais surtout avaient appris à pardonner aux sorciers ce qu'ils leur faisaient subir ? Ou devait-elle les laisser se cacher au mieux dans cette école pleine de dangers pour ceux qui n'avaient aucun pouvoir ? La première solution était la seule crédible. Il fallait les mettre en sécurité au plus vite.

Sa décision prise, Hermione reprit le chemin de la table des professeurs. Elle n'était plus extérieure aux événements. Elle allait rapidement exprimer sa façon de penser à ces chefs qui ne percevaient pas l'étendue de la crise.

Sans plus d'hésitation, Hermione se dirigea vers la table des professeurs. Tous les chefs de la résistance s'y massaient, Seagull et Harry étaient constamment au centre des débats. Les murmures qui accompagnaient la progression de la jeune fille finirent par attirer leur attention.

- Vous voulez être massacrés sur place ou quoi ? s'étonna-t-elle à pleine voix.

- Pardon ? rugirent Kingsley, Seagull et Mac Gonnagal.

- Ils sont dehors et vous attendez qu'ils entrent ? Je connais un ministère qui est tombé pour moins que cela. Continua Hermione impassible au ton de reproche de ses aînés.

Un peu en retrait, O'Connell et Mathan s'amusaient visiblement de son intervention. Un vent de légèreté semblait parcourir les rangs des « étrangers ». Parmi les spectateurs, Neville, Ellie, Ginny, Ron et Emma furent surpris de reconnaître Hermione dans cette furie qui s'adressait à présent aux chefs de la résistance.

- Harry, tu devrais accorder un peu de temps à ton cousin. Aboya Hermione.

- Mon cousin ? balbutia l'interpellé surpris.

- Dudley et deux autres moldus sont entrés dans l'école. Il va falloir les protéger. Le ton de la jeune femme ne souffrait d'aucune contradiction.

- Je m'en occupe. Intervint immédiatement Michel Renard spécialement concerné puisque par son mariage il avait dans sa famille des non-sorciers.

Le second de Robert de Mathan demanda en quelques mots où se trouvaient les jeunes gens et s'éloigna rapidement en direction d'Adeline. Á eux deux, ils eurent tôt fait de récupérer les imprudents. Hermione savait pouvoir faire confiance à Michel et Adeline pour les protéger efficacement. Elle put donc à nouveau se concentrer sur l'essentiel.

- Quels sont vos plans ? Reprit la jeune femme.

- Cela ne vous regarde pas ! trancha Dietrich.

- Alors je m'en vais. Sourit Hermione. Avec mes hommes. Fit-elle ensuite en haussant les sourcils.

Kingsley, Maugrey Fol-Œil et Rogue comprirent instantanément l'allusion. Ils n'avaient pas envie de voir repartir leurs alliés providentiels. La trentaine de nouveaux venus apportaient une aide non négligeable, et même essentielle, ils étaient les seuls à être véritablement entraînés pour ce genre de situation. Ils insistèrent donc pour faire taire Dietrich-Seagull.

- Severus. Coupa Hermione. Je voulais vous remercier pour l'aide que vous avez fourni à Harry lorsque j'étais absente.

Le directeur tiqua et retint manifestement une grimace qui aurait pu passer pour un sourire contrit.

- Je n'ai pas fais grand-chose pourtant. Tenta-t-il.

- Attaquer Malefoy et ses acolytes pour permettre à Harry de quitter l'école discrètement, ce n'est pas rien. Ricana Hermione.

Harry blêmit sur l'instant. Son pire adversaire à l'école, le professeur de potion qu'il a tant haït était celui qui l'aidait le mieux. Sans Rogue, ils n'auraient probablement jamais pu se rendre chez les Lestrange. Cette constatation conduisit le jeune homme à regarder son directeur d'un œil neuf. Coupant le silence déplaisant qui s'installait, Kingsley intervin.

- Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom nous a signifié son ultimatum il y a plus d'une heure à présent. Fit-il.

- Et qu'exige-t-il ? demanda Hermione par pure forme.

- Il veut Harry et la reddition de l'école, sans négociations. Reprit Maugrey.

- Tout le monde s'y oppose naturellement. Conclut Seagull.

- Pourtant, il faudra bien que la confrontation ait lieu. Émit tranquillement la jeune femme. Elle ne lâcha pas du regard Harry qui sembla pâlir un peu plus.

- D'autant que l'ultimatum s'achève dans vingt minutes. Intervint Mac Gonnagal qui redescendait des étages.

Face à elle, Harry resta tétanisé et silencieux. Ce qu'elle venait de dire était simplement la réalité nue. Á un moment où un autre de cette journée, il devrait se battre avec Voldemort.

- De ce que je connais de Jedusor et des méthodes de combats des mange-morts. Reprit Hermione sans se soucier des ricanements des alliés à ses côtés. Ils vont tenter d'entrer de force et brutaliser par plaisir et sans raisons.

- Voilà un tableau particulièrement plaisant. Grimaça O'Maley. Rogue et Kingsley qui savaient à quoi s'en tenir restèrent cois. Il était inutile d'ajouter à l'évidente dureté des heures à venir.

- Votre « expérience » nous sera précieuse miss Black. Émit sournoisement Dietrich. Mais, je pense que j'en connais un peu plus long que vous dans ce domaine.

- Et vous pensez différemment ? coupa Rogue.

La fausse Seagull rougit et affirma qu'elle était bien obligée de s'accorder avec les paroles de bon sens d'Hermione. Le fait semblait lui couter plus qu'elle ne voulait l'admettre.

Rapidement, il fut décidé de répartir les aurors et les volontaires anglais entre les issues de l'école. Les plus jeunes seraient maintenus dans les étages d'où ils pourraient protéger l'établissement des intrusions par air et d'où ils pourraient observer les mouvements de l'adversaire. Cette connaissance revêtant un intérêt stratégique évidemment majeur. Hermione et les étrangers ne participèrent pas à cette répartition. O'Connell, Longton et Mathan précédemment volubiles et actifs restaient à présent en retrait des décisions. Cela surprit Kingsley qui avait l'esprit habile mais qui ne disposait pas de toutes les informations. Maugrey et Rogue, plus à même de savoir se taisaient en attendant de comprendre les réactions de la jeune femme.

De leurs côtés, Harry et Seagull étaient préoccupés par d'autres considérations. Le jeune homme sentait poindre l'angoisse du duel à venir et la pseudo-héroïne cherchait essentiellement à ménager son propre mythe.

Lorsque la répartition fut finalement admise par tous, les anglais commencèrent à quitter la grande salle. Il n'y restait pratiquement que ceux qui se sentaient inutiles ailleurs ou qui par leurs professions seraient utilisés comme infirmiers et médicomages. Au centre de ce petit monde se dressaient encore les irlandais d'un côté, les normands de l'autre, les membres du « sleeping chess » entre les deux. Ron, Emma et Ginny se demandaient ce qu'il allait advenir de ces alliés finalement bien peu actifs.

Avant le mouvement massif, Seagull avait insisté pour faire la représentation de « sa » chanson. De nombreuses gorges reprirent donc à nouveau « New Year's day ». Á l'exception notable des alliés.

Benedict Dietrich se tourna vers Hermione avec un regard désagréable. Elle retenait une réplique acide et Hermione le sentit nettement. Pourtant, elle ne souhaitait pas s'opposer à cette femme pour laquelle elle n'avait qu'indifférence. Hermione sourit à cette pensée, finalement, elle n'était pas très différente de Robert de Mathan. Á force de se prendre pour une lady, elle en avait les habitudes. Et si la noblesse n'était pas dans sa nature, elle avait fini par en acquérir quelques réflexes. Pas de haine, pas de crispations, juste de l'indifférence pour le « commun » qui tente de se hisser à son niveau, mais beaucoup d'indulgence pour les Hommes en général. Hermione chercha Robert du regard et constata que l'homme avait plus de dureté et de solennité lorsqu'on ne le regardait pas. Elle se sentit rassurée d'avoir à ses côtés un personnage aussi solide.

Cependant, Dietrich sembla mal interpréter le rictus de la jeune femme. Et les mots commencèrent à voler. Peu plaisant somme toute et nous ne les écouterons pas. Hermione ne se sentit pas blessée des remarques désobligeantes de son aînée. Il semblait que Dietrich reprocha à Hermione de lui voler la vedette d'une manière indue.

- Nous n'avons aucunes preuves que vous soyez véritablement de notre côté ! affirma Benedict d'une voix volontairement soutenue.

Dans le public, certains se rangèrent instantanément au point de vue de la pseudo-héroïne. Hermione resta tétanisée, elle aurait bien voulu lui hurler au visage ce qu'elle pensait d'elle, mais avait-elle le droit d'annoncer aussi rudement qu'elle était la vraie Seagull ? Qui l'aurait crue ?

De ce fait, Hermione décida de se taire et de supporter l'agression de Dietrich. La jeune femme savait qu'elle finirait par se calmer d'elle-même. D'ailleurs, quelques voix demandaient déjà à Benedict de cesser l'esclandre. Mais, la pseudo-Seagull semblait en être encore plus vexée et redoublait de virulence.

- Plutôt que te taire, pourrais-tu nous expliquer ce que tu fais ici, en réalité ! hurla Dietrich à quelques pas d'Hermione.

- Vous pourriez être aimable ! critiqua Robert de Mathan qui avait visiblement une réaction épidermique devant tant de malséance.

- La même chose que vous. Répondit doucement Hermione un peu agacée mais encore maîtresse de ses nerfs. Elle préféra pacifier la situation plutôt que de laisser son ami s'en prendre à « Seagull ».

- Voyez ces étrangers qui veulent nous voler notre victoire ! cria Dietrich en prenant le public à témoin.

Tous les alliés d'Hermione eurent un mouvement de recul et un bruissement parcouru la salle, signifiant nettement leur désapprobation devant cette critique. Hermione pensa que Jedusor savait bien agir, il avait réussi à monter les sorciers les uns contre les autres sans même se montrer. La jeune femme soupçonna les mange-morts d'avoir contacté depuis un moment déjà la fausse « Seagull » pour la récupérer dans leur camp. S'ils n'y avaient pas réussi, il s'en fallait de peu.

- Je suis irlandaise, et alors ? Trancha Hermione définitivement. Et ces gens sont mes amis. Un instant, elle avait eu l'envie de se déclarer anglaise, ce qu'elle était de par sa naissance. Mais, elle assumait pleinement ses actions en Irlande et elle se sentait bien plus proche d'eux que jamais.

- Quels amis ? gouailla Dietrich. Un ramassis de vieux croutons et des gens que tous considèrent comme des criminels.

Elle avait daigné donner un coup de menton en direction des membres du « Sleepin's Chess ». Hermione trouva cela déplacé et sourit en pensant que Jack n'allait certainement pas laisser dire. La jeune femme fut surprise de constater que si, Jack laisserait dire. Elle pensa bien fort qu'il s'empâtait. Une voix dans son esprit lui répondit qu'il n'allait pas gâcher de l'énergie contre une insignifiance magique.

- Tu as raison Jack, elle n'est pas bien puissante, mais tout de même. Répondit Hermione à voix haute avant de s'apercevoir du manque de tact dont elle faisait preuve.

Dépitée, Hermione écarquilla les yeux et se mordit la lèvre inférieure. La situation allait dégénérer cela ne faisait évidemment aucun doute, et c'était entièrement sa faute. Pourquoi avait-elle répondu à pleine voix aux sollicitations mentales de Jack ? Elle manquait tellement d'entrainement qu'elle avait commis une faute de débutante !

L'insulte avait porté et Dietrich qui était déjà écarlate devint cramoisi. Et cette fois, un certain nombre d'anglais trouvait qu'Hermione avait été trop loin. On ne pouvait pas être aussi désobligeant avec une dame de cet ordre. Des murmures s'élevèrent contre Hermione et ses amis. Dietrich semblait extatique. Finalement, comprit Hermione, elle cherchait ce moment.

- Vous souhaitez un duel de réparation ? proposa Hermione qui connaissait d'avance la réponse.

Dietrich ne répondit même pas mais brandit sa baguette fermement. Le public se préparait à son second duel fratricide de la journée. Cette fois encore, il s'attendait à voir Hermione chuter devant son adversaire. N'avait-elle pas plié devant ce colosse aveugle ?

Sans sommations, Dietrich engagea le duel. Un jet coloré rouge traversa l'espace libre en direction d'Hermione. D'un geste nonchalant, la jeune femme détourna le coup. Elle n'avait pas besoin de regarder son adversaire pour ressentir ses émotions et prévoir ses coups. Tous ses réflexes acquis pendant les mois de guerre et ses longs entrainements revenaient. Longtemps enfouis dans ses souvenirs, sa magie reprenait le dessus et c'était particulièrement agréable.

D'un geste décidée, Hermione répliqua à l'expelliarmus par un incarcerem. Elle ne souhaitait pas provoquer de blessures à son adversaire. Étonnamment, Dietrich parvint à l'éviter. Le public en fut très enthousiaste. Robert de Mathan et Jack Longton échangèrent un regard entendu. Hermione entendit l'un des irlandais proposer des paris sur le duel. Elle entendit même Brian lui demander de faire durer un peu l'affrontement. Histoire de s'échauffer ajoutait-il amusé. De son côté, Hermione ne s'amusait pas vraiment. Elle ne risquait rien contre cette femme, mais elle pouvait lui faire très mal…

Les coups commencèrent à pleuvoir. Rassérénée par ces premiers succès, Dietrich tentait de prendre le dessus en débordant les défenses d'Hermione. Mais la jeune femme ne bougeait pas d'un pouce là où son adversaire bondissait en tous sens pour éviter les retours de sortilèges ou les contre-sorts.

Une nouvelle fois, Hermione entendit la voix de Jack retentir dans sa tête.

- Alors, on s'ennuie ? s'étonnait-il.

- Elle n'a aucune valeur au combat, Harry ferait mieux les yeux bandés ! pensa Hermione en réponse.

- En même temps, c'est ton élève, je serais déçu si ce n'était pas le cas. Ricana Jack.

Hermione médita l'information. Elle s'était préparée à combattre Jedusor, elle avait aidé Harry à s'entrainer. Et puis, Dietrich se mettait sur son chemin. Hermione décida qu'elle n'avait pas que cela à faire.

La jeune femme passa le bout des doigts de sa main gauche sur son estafilade. Dans le même temps, elle dressa sa baguette qui frémissait d'agir. Hermione sentait dans la paume de sa main l'énergie et la volonté de l'os de sirène. Elle comprit les réserves d'Ollivander et sut qu'elle pouvait compter sur sa baguette.

Sans que rien ne le laissa prévoir, Dietrich fut projetée loin en arrière. Le sortilège de stupéfix avait été si puissant que la pseudo-Seagull ne put rien faire. Ceci fait, Hermione glissa sa baguette dans la poche de son jeans et balança la tête pour réajuster ses cheveux. D'un geste apparemment nonchalant, Hermione avait balayé son adversaire. Á peine Dietrich paraissait-elle aussi forte qu'un moucheron face à l'irlandaise. Le mythe de « Seagull » venait d'en prendre un coup. D'une certaine manière, Hermione en était satisfaite.

Hermione ne ferait aucun commentaire. Un silence de mort s'installa une fraction de seconde. Puis des irlandais hurlèrent de joie devant la victoire d'Hermione. L'un d'eux lui reprocha tout de même de n'avoir pas fait durer le duel quelques seconde de plus.

Dietrich fut relevée par des poignes généreuses mais son statut venait d'être sérieusement remis en question. Furieuse, l'ancienne héroïne se précipita vers la sortie, quelques anglais la suivirent.

Sans se retourner, Hermione se dirigea vers la table des professeurs. Elle fit comprendre qu'il était temps d'agir et non plus de se laisser distraire.

Penaud, Harry souhaita bonne chance à tous ceux qui restaient encore autour de la table des professeurs. Les chefs alliés lui rendirent amicalement ses vœux et l'agrémentèrent de quelques viriles bourrades. Cela ne lui rendit pas le sourire, mais visiblement le réconfortait. Il ignorait comment il pourrait affronter Voldemort, mais le combat qui approchait était si riche en incertitude qu'il savait que l'occasion se présenterait d'elle-même.

Il ne restait pratiquement plus qu'Hermione et ses anciens amis autour de la table. Sirius, Rogue et Hagrid n'étaient pas encore partis. En ce qui concernait le géant cela venait du fait qu'il ne pouvait encore être utile. Cela viendrait. Les deux autres coordonneraient en partie les événements à venir de cet endroit. Étrangère aux dernières tractations, la jeune femme détailla ce qu'il restait des vaillants combattants. Déjà sur les visages se lisaient un peu plus de doutes et d'inquiétudes.

- Tous ceux qui sont ici sont des importuns qu'il voudra balayer comme de vulgaires moucherons. Reprit soudain Hermione sur un ton qui laissait entendre qu'elle s'intégrait sans remords au reste des personnes présentes.

Les alliés présents autour d'elle suivirent son regard et contemplèrent à leur tour les personnes encore présentes dans la salle.

- Ils n'ont aucune valeur aux yeux de Jedusor. Reprit-elle. Cette fois Rogue tiqua. Cela vous déplaît Severus ? s'étonna Hermione.

- Nullement, vous avez parfaitement raison, je connais bien mon ancien maître, il sera intraitable et sans miséricorde.

- Je ne parlais pas de cela, Severus. L'interrompit la jeune femme.

- User du nom de baptême du seigneur des ténèbres, cela fait présomptueux mademoiselle Black.

Hermione se contenta de sourire. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait plus peur de lui. Depuis une nuit étrange passée au fin fond d'une forêt de la lointaine Albanie. De toute façon, elle n'était pas là pour le tuer mais pour empêcher le plus de pertes possibles, et accessoirement venger Al et tous ceux qui avaient combattus à ses côtés. Sortant de ses pensées, Hermione dévisagea soudain Robert de Mathan.

- Robert, je n'ai jamais eu l'occasion de vous remercier de m'avoir permis de m'enfuir. Fit-elle à brûle pourpoint.

- Ce n'est rien mademoiselle. Répondit l'intéressé en français.

- Tout de même, un dragon. Vous avez pris de très gros risques. Continua-t-elle dans la langue de Molière.

- Et nous avons payé le prix. Acquiesça le chef des normands. Et s'il fallait le refaire, nous recommencerions. Hermione se mordit la lèvre.

- Vous savez… elle laissa sa phrase en suspend.

Robert s'approcha d'elle en claudiquant un peu et ouvrit grand ses bras pour lui donner une accolade fraternelle. Une fois cela fait, il s'éloigna sans ôter les mains des épaules de la jeune femme.

- Nous allons recommencer. Et nous le savions en arrivant. C'est notre choix ! fit-il en lui souriant.

Bien plus touchée qu'elle n'aurait su l'avouer, Hermione retint des larmes et parvint à donner le change d'un sourire contrit. Elle savait parfaitement que tous ces alliés étaient venus en conscience des risques encourus. Pourtant, elle en était encore émue. Probablement plus encore à présent qu'elle avait récupéré tous ses souvenirs effacés.

Au pied de l'estrade, Ellie, Ginny et Adeline avaient entendu une partie importante de l'échange. Les deux jeunes filles restaient abasourdies pendant qu'Adeline paraissait redécouvrir Hermione.

- Miss Renard. Intervint Ginny. De quoi parlent-ils ?

- De l'accident qui a mis mon père dans cet état répondit doucement l'assistante de Remus.

- Mais que viens faire Hermione dans cette affaire ? continua Ellie qui trouvait que beaucoup trop d'éléments convergeaient vers sa compatriote.

- Cela, ce n'est pas à moi de vous le dévoiler. Sourit Adeline.

Sur l'estrade, l'instant de complicité entre Robert et Hermione s'achevait. Il lui avait pardonné depuis longtemps ses blessures. Á présent, elle aussi acceptait le sacrifice qu'ils avaient fait pour elle en 1983. Le moral de la jeune femme était à présent à son apogée.

- Hermione, il va falloir agir. Intervint Sean, brisant les dernières rêveries de la jeune femme.

- J'ai trop perdu de temps. Admit-elle instantanément. Robert, vous garderez les issues de la cours pavée. Sean, ce sera les accès par le débarcadère. Et vous Jack, vous resterez avec moi à proximité de l'entrée principale.

- Tu penses qu'il va passer par là. La remarque n'était pas une question et il le fit sentir.

- Il est suffisamment mégalomaniaque pour le faire. Convint Hermione sans ironie ni humour.

La légèreté dont elle faisait habituellement état s'était éteinte au moment où elle commençait à transmettre ses ordres. Sirius avait peine à reconnaître la jeune fille qu'il avait hébergé pendant près d'un an. Pourtant, sans nul doute il avait devant lui Pansy Parkinson, plus forte encore que dans ses souvenirs. Malgré cela il tremblait pour elle, les dangers seraient grands au cours de la journée.

Une fois les ordres donnés, Hermione s'attendait à ce que les différents protagonistes s'élancent pour accomplir les missions qu'elle venait d'attribuer.

Pourtant, pas uns ne bougea. Devant le rictus goguenard de Sean, elle finit par comprendre ce que son ancien équipier exigeait d'elle.

Après un soupir, et parce qu'elle détestait cette manière de fonctionner, Hermione se plia aux coutumes irlandaises.

- Seagull aux ordres. Prononça-t-elle doucement.

- Dauphin-cavalerie, compris. Fit Robert en se courbant avant de s'éloigner vers ses hommes.

- Aurors, compris. Continua Sean à son tour.

- « Sleepin' Chess », entendu. Acheva Jack avec un large sourire.

- Derrycarna, à vos ordres, my lady. Compléta Thomas avec une obséquiosité qui lui ressemblait peu et qui amusa les gaillards présents autant que la jeune femme concernée.

Devant eux, Hermione se retint difficilement d'éclater de rire tant la situation confinait au tragi-comique. Les différents chefs n'eurent qu'un geste à faire pour regrouper leurs hommes qui se tenaient prêts depuis un moment déjà. Sean et Jack furent les premiers à transmettre les ordres reçus de la jeune femme. Robert avait pris un peu plus de temps. Hermione avait mis cela sur le compte de ses infirmités qui paraissaient ralentir ses actions.

- Mes amis. Fit-il dans un anglais parfait dénué de tout accent. S'il est un grand jour, c'est bien aujourd'hui. Nous allons à nouveau nous battre aux côtés de nos frères.

L'ensemble des normands parurent instantanément ragaillardis et moins sévères. Sans que rien ne l'ai laissé prévoir, normands et irlandais échangèrent prestement poignées de mains et autres signes de fraternité. Les anglais en restèrent béats. Seuls les membres du « sleepin' chess » semblaient rassurés.

- Il était temps qu'ils arrêtent ces simagrées. Avait soupiré Maria Abbott qu'aidait Emma à dresser un lit de fortune.

- Vous saviez ? S'étonna la petite-amie de Ron visiblement très surprise.

- Nous l'attendions tous. Grimaça Maria. Mais cela ne simplifie pas les choses. Acheva-t-elle manifestement moins enthousiaste que ne pouvait l'être les mâles alentour.

Déjà les chefs alliés rejoignaient leurs hommes. D'un geste vif, Hermione attrapa Robert de Mathan. Il se retourna vers elle, un large sourire sur son visage balafré.

- Je savais bien que nous n'en avions pas fini. Commença-t-il.

- J'ai un service à vous demander. Lança Hermione sans ambages.

- Nous allons assurer la sécurité de Potter. Fit-il avec un éclair d'intelligence dans les yeux. En priorité.

- Non, je m'occupe de cela. Intervint la jeune femme. Je voudrais.

Le reste de la demande se perdit dans le bruissement de la grande salle. De son visage torturé, Robert de Mathan fit sortir un large sourire exprimant parfaitement qu'il accédait à la requête de la jeune femme. Hermione sembla se détendre et pu, librement, rejoindre Jack Longton dans la cour devant l'école.

« §§§ »

En passant la porte de l'école et en se dirigeant vers le pont couvert, Hermione profitait pleinement de la brise fraiche du matin. Au loin on entendait les oiseaux marins qui vivaient sur le lac docile de l'école. Tout respirait la légèreté et la douceur. Pourtant, dans quelques minutes les mange-morts de Jedusor passeraient à l'assaut.

En regardant les limites lointaines de l'école, Hermione et Jack Longton purent remarquer les positions des observateurs mange-morts. Cependant, ils ne virent aucune trace de Jedusor lui-même.

- Cela ne me rassure guère. Remarqua soudain le géant.

- Jedusor nous trouvera lorsqu'il le voudra vraiment. Répliqua Hermione qui savait n'avoir qu'à attendre le bon vouloir de l'ennemi.

- Ce n'est pas à lui que je pensais. Coupa Jack. Mais au petit Potter.

La jeune femme ne chercha pas à contenir un rire à cette évocation de son ami par l'immense Longton. Une fois que cet amusement s'évanouit, Hermione considéra qu'elle n'avait plus rit aussi naturellement depuis des semaines. Dès avant la mort d'Albert, tout lui paraissait au mieux neutre, au pire catastrophique. Elle avait cherché sans l'obtenir l'aide de ses amis, le décès de l'historien avait précipité l'éclatement du groupe. Á cet instant pourtant, elle se sentait à l'aise. Aussi loin qu'elle pouvait regarder elle trouvait des amis qui s'éparpillaient parmi les jeunes sorciers d'Hogwarts. La présence rassurante de Jack Longton accentuait le phénomène. Soudain, un raclement de gorge du géant attira son attention.

- Ils se décident. Se contenta-t-il de formuler.

- C'est à nous de jouer. Coupa Hermione sure d'elle.

D'un mouvement déterminé, elle se dégagea de l'étreinte de Jack et commença à dévaler la colline en direction des mange-morts qui franchissaient la ligne des arbres. De partout s'élevaient des clameurs de combats. Jedusor avait parfaitement préparé son action, ses sbires s'attaquaient à l'école de tous les côtés à la fois.

La jeune femme n'avait que faire de tous ces assauts. La seule chose qui lui importait était de protéger autant d'élèves que possible et permettre à Harry d'accomplir ce qu'on attendait de lui. Elle s'était donc élancée sans se prémunir ni attendre de l'aide. Mais elle sentait autour d'elle la présence de certains de ses amis. Jamais elle n'eut l'indécence de vérifier qui pouvaient être les courageux qui la suivaient. Hermione ne demandait rien et recevait comme une grâce toute l'aide qu'elle recevait.

Paradoxalement, Hermione se sentait bien plus vivante au milieu de la fureur et le bruit. Tout au long de la matinée, elle combattit avec Jack Longton en un duo terrifiant pour les mange-morts. La stature du chef du « sleepin's chess » autant que la précision dévastatrice de leurs sortilèges avaient garanti la sécurité de l'entrée principale de l'école. La présence de professeurs, de Rodrigue, de Thomas O'Maley et de Jean de Cussy avait ajouté à la panique au sein des mange-morts. Leur maître leur avait promis une victoire facile et ils se trouvaient face à forte partie.

Malgré de nombreux blessés et quelques morts, les défenseurs tenaient bon. Hermione regardait parfois en direction du château, guettant un signe indiquant qu'Harry était entré en action. Á ses côté, Jack Longton paraissait déchainé. Aucun de ses adversaires ne tenait plus de quelques secondes. Ainsi, il avait proprement assommé Lucius Malefoy d'un expelliarmus un peu raide. Hermione fit emporter le mange-mort solidement attaché jusque dans la Grande Salle. Là-bas, il ne serait plus une menace avait-elle affirmé. Les élèves de l'école semblaient moins convaincus.

Pendant qu'Hermione combattait aux côtés de Thomas O'Maley, elle reçu une nouvelle leçon. Elle venait de vaincre un jeune mange-mort et s'assurait qu'il allait bien lorsqu'un souffle lui signifia qu'un sortilège venait de la frôler en provenant de son angle gauche. Elle se mordit la lèvre en constatant qu'elle n'avait pas bien ménagé sa garde. En se redressant, la jeune femme constata qu'elle avait eu bien plus de chance qu'elle ne l'imaginait. L'ancien auror, O'Maley, secrétaire particulier du ministre de la magie irlandais, baillis de Derrycarna, son plus fidèle allié venait de recevoir le sort à sa place. Mais ce dernier n'avait pas été assez fort pour faire ployer l'auror qui se campait encore sur ses deux pieds.

Hermione se releva prestement et s'élança vers son ami. Se faisant, les larmes commençaient à perler. D'instinct, elle avait compris, qu'elle ne pourrait jamais le remercier. Un étrange silence se fit. Le mange-mort qui venait d'intervenir fut touché d'une demi-douzaine de sort. Tous les défenseurs, irlandais et normands venaient d'agir comme un seul homme. Le mythe affirmera longtemps qu'on ne trouva plus rien du pauvre homme. Rodrigue se précipita pour recevoir le corps de son allié pendant que Jean de Cussy attrapait Hermione.

- Il n'y a plus rien à faire. Murmura Jean en français.

- C'est ma faute. Pleurait Hermione profondément touchée de perdre déjà un ami qu'elle avait ignoré si longtemps.

- Il a choisit sa mort, rends-toi compte de la valeur de ce détail ! coupa Jean. Nous n'aurons pas tous cette chance. Acheva-t-il.

Il n'empêchait, Hermione n'était guère rassurée de ces mots de réconfort. Elle sentait la culpabilité de cet événement au plus profond d'elle-même. Elle aurait dû être capable de se défendre seule ou mourir seule, cracha-t-elle à Jean.

- Tu as trop de valeur. Asséna-t-il.

Quelle considération dérisoire, pensa la jeune femme. De la valeur pour qui et pour quoi était le corolaire de l'affirmation. Au tréfonds de son âme, elle comprenait ce que son ami disait, pourtant, elle ne voulait pas être une icône. D'une certaine manière, elle voulait être seule face à l'adversaire, le poids de la présence de ses amis en danger était bien trop lourd.

Le silence, vaguement rompu des bruits de bataille venant des autres entrées de l'école, accompagna Thomas O'Maley lorsque Rodrigue emporta son corps sans vie jusqu'au château. Tous les combattants lui rendirent un dernier hommage, les mange-morts en refluant rapidement vers l'orée de la forêt interdite, les défenseurs en le saluant.

Galvanisés par la chute de l'un des leurs, les irlandais restant, tous porteurs des armes de Derrycarna se regroupèrent autour d'Hermione. Le groupe resta fameux dans les mémoires des anglais. Vêtus de longues robes d'un vert soutenu, les armes ressortaient plus nettement. Le groupe compact bloqua l'accès principal de l'école de longues heures durant. Aux marges, quelques membres du Sleepin's Chess faisaient ce qu'ils savaient le mieux faire : aider et secourir. Avant midi, les mange-morts qui s'étaient regroupés devant l'école étaient soit morts, soit emprisonnés.

Si elle s'était écoutée, Hermione se serait précipité dans la forêt interdite, seule, pour retrouver Jedusor et le détruire. La présence rassurante mais contraignante des irlandais l'avait évidemment empêché d'agir. D'ailleurs, aurait-elle réussi à retrouver son adversaire ?

Aux dires de James Dewitt, qui était sur cet aspect, fort sage, entrer dans la forêt équivalait à un suicide. Avec un grand sourire, il avait considéré qu'à son avis, la jeune femme n'était pas suicidaire. Coincée, Hermione s'était rattrapée en éliminant un maximum de leurs adversaires. Contre toutes attentes, elle y avait pris un certain plaisir. Vaincre, finalement, était flatteur pour l'ego.

Si l'entrée d'Hogwarts était sécurisée, la situation n'était aussi favorable sur tous les fronts.