De retour après deux semaines de vacances. Désolé de l'interruption, surtout si près de la fin !


Chap. 60 : Duels.

Volant dans l'azur, Hermione se sentit libérée. Elle ignorait depuis combien de temps elle ne s'était pas sentit aussi bien. Chaque fois qu'elle se sentait oppressée à Heuton-Pagnell, elle s'envolait, petite hirondelle, pour s'éloigner de ses ennuis.

Aujourd'hui, Hermione se sentait plus mûre, et en réponse à cette certitude, son apparence avait évolué. Même si elle eut probablement préféré un animal moins agressif, Hermione était satisfaite que son corps n'ait pas décidé de se changer en mouette. Le cliché eut été trop énorme à avaler.

Son souci immédiat cependant, était de trouver un moyen de rejoindre la grande salle sans se faire arrêter. Partout autour du château on pouvait observer les traces des combats. Pourtant, il n'y avait plus aucun combattant. Dans son for intérieur, Hermione espéra que ces absences provenait d'un cessez-le-feu plutôt que d'une victoire de Jedusor.

Oscillant rapidement entre les toits de l'école, Hermione en fit le tour comme pour s'assurer que son domaine disposait encore de son intégrité. Dans les serres qui lui servaient de mains, la jeune femme sentait le cœur de la souris bondir chaque fois qu'elle frôlait d'un peu près une tour, un mur ou un toit. La jeune femme n'était pas pleinement maîtresse de ses mouvements. Parfois des sautes de vent la projetaient d'un sens dans l'autre. Mais jusque-là, elle avait évité de se cogner.

S'éloignant fermement de l'école, Hermione décida de survoler le terrain de Quidditch. Des détraqueurs assuraient la sécurité du ciel, mais en tant qu'oiseau, elle savait ne risquer rien.

Elle sentait que s'il y avait des choses particulières à voir, elle les verrait là-bas. Son instinct ne la trompait pas. Au centre du terrain trônait Jedusor. Á ses pieds, Hermione qui disposait de la vue perçante de l'animal pu reconnaître une forme humaine. Elle avait d'abord cru qu'il s'agissait d'Harry puis elle comprit son erreur.

Heureusement, ce n'était pas non plus Sirius. Son cœur ne l'eut probablement pas supporté. Pas après ce qu'ils avaient vécu ensemble. La jeune femme sentit la souris tressauter. Visiblement, Jérôme venait, à son tour, de reconnaitre la forme inerte. De deux coups d'ailes, Hermione s'éloigna du terrain.

Parvenue au-dessus de la cabane d'Hagrid, elle se posa doucement. Hermione eut la précaution de déposer doucement Jérôme avant d'atterrir à son tour. Lorsqu'elle le fit, le normand reprenait déjà forme humaine. Il semblait particulièrement touché par ce qu'il venait de voir. Hermione eut toutes les peines du monde à l'empêcher de s'élancer droit vers le terrain.

- C'est exactement ce que Jedusor attend de nous. Trancha la jeune femme.

- C'est facile à dire pour toi ! cria l'homme en furie.

- Pas vraiment. Coupa Hermione. C'est aussi mon ami, je lui dois trop pour le laisser là-bas.

- Allons le chercher alors ! s'écria Jérôme. Hermione tenta de tempérer l'énergie de son coéquipier.

- C'est un piège. Remarqua la jeune femme.

- Et alors ? Tu crois que j'ai peur de ce damné Voldemort ! Hermione tiqua en entendant le nom auto-accordé de Jedusor. Il était si rare de l'entendre employer dans la bouche d'un sorcier qu'elle en conclut que Jérôme était prêt à l'action.

- Laisse-moi finir. Trancha la jeune femme finalement. Comme je suis bien élevée, quand on me demande quelque chose, je le fais.

Jérôme resta un instant pantois. Elle avait l'intention de faire exactement ce qu'elle venait de lui interdire. Se tournant vers lui, Hermione eut un triste sourire. Aucun désespoir ne se lisait sur ses traits, seulement de la résignation.

- Á l'heure qu'il est, Harry doit être prêt à passer à l'action. Remarqua Hermione. Jérôme eut le bon goût de ne pas relever qu'il serait bien temps, en effet, que le « survivant » se manifeste.

- En attendant, nous devons continuer ce que nous avons commencé. Lança-t-il finalement.

- Je crois que je devrais y aller seule. Admit Hermione d'un souffle.

- Tu crois pouvoir te débarrasser de moi ? s'étonna Jérôme visiblement outré de la proposition implicite.

- Ce n'est pas cela. Se défendit instantanément la jeune femme. C'est juste que je vais avoir besoin de toute l'aide possible. Acheva-t-elle.

- Pour une fois, la réponse est crédible. Sourit Jérôme qui achevait de balayer la poussière et la boue qui maculaient sa robe de sorcier.

- Tu croyais encore que je n'avais plus confiance en toi. Scanda, narquoise, Hermione.

L'homme ne répondit pas, mais la fente mutine de ses yeux éclairait nettement ses positions. La jeune femme ne douta pas un instant qu'ils se comprenaient parfaitement. Pour la première fois depuis son « retour », elle avait demandé leur aide.

- J'espère seulement qu'ils accepteront de venir. Continua-t-elle.

- Pourquoi le refuseraient-ils ? s'étonna Jérôme. Ils sont bien venu jusqu'à toi en sachant que tu ne reconnaîtrais aucun d'entre nous.

La jeune femme le regarda longuement et passa pensivement l'extrémité de ses doigts le long de son estafilade. Chaque fois qu'elle doutait, Hermione avait eu tendance à se rappeler ce qui la motivait en caressant les restes de son voyage dans le temps.

- J'ai tant de choses à faire et si peu de place pour mes amis. Murmura-t-elle pensivement.

- Tu t'en sorts bien jusque-là. Répliqua doucement Jérôme. Allons-y, il ne va pas attendre la nuit, j'imagine.

Sans qu'il soit fait mention du personnage concerné, Hermione comprit que son ami voulait parler de Jedusor. Elle s'étonnait encore de l'incapacité qu'avait la plupart des sorciers de citer le nom auto-attribué de Jedusor. Les deux sorciers reprirent en silence le chemin du terrain de Quidditch. La boite à musique de Jérôme grésillait dans sa poche et aucune musique audible n'en sortait. Étant donné qu'ils ne pouvaient se permettre de se faire repérer par les mange-morts, Hermione en était soulagée. Pourtant, d'une certaine manière, elle aurait voulu avoir autour d'elle la protection factice des musiques moldues. En désespoir de cause, elle se mit à chantonner doucement.

- Hey you! Out there in the cold, getting lonely, getting old, can you feel me?[1]

Sans rien dire, Jérôme reprit la chanson en suivant scrupuleusement le rythme lancinant et un peu angoissant. Il n'était pas utile de parler, et Hermione se sentait rassurée d'avoir quelqu'un pour partager ses inquiétudes, même si cela se transmettait par les paroles d'une chanson.

Ils avancèrent sans faire de mauvaise rencontre. Hermione savait que des yeux habilement dissimulés relayaient sans tarder leur position au seigneur des ténèbres, le funeste Jedusor. Cela était sans intérêt. De la prochaine confrontation, elle n'avait pas à sortir vivante. Tout ce qui lui importait était de donner du temps à Harry. De son côté, Jérôme la regardait. Il peinait à reconnaitre la jeune femme qu'il avait accompagné en Italie. Certes, elle était déjà à l'époque une combattante chevronnée, mais elle n'avait pas une allure à ce point raidie. Il se souvenait d'une jeune fille riant aux mauvaises blagues des jeunes italiens, d'une jeune fille qui avait combattu avec tout son courage contre un dragon et qui l'avait vaincu et qui en riait !

Jérôme trouvait qu'Hermione, malgré toute sa dextérité et son efficacité, ressemblait moins à ce souvenir qu'à Seagull et il trouvait cela dommage. Élancée et affinée dans ses vêtements moldus, Hermione paraissait plus âgée, plus déterminée que jamais. Mais il ne se dégageait plus la même énergie, la même douceur. Seulement un profond désespoir.

Au sommet de la colline, Jérôme bifurqua vers l'école alors qu'Hermione continuait vers le terrain. Il ne l'admettrait que bien plus tard, mais l'aspect fantomatique que revêtait la jeune femme l'inquiétait.

Lorsqu'il s'éloigna, il l'entendit reprendre les paroles de la même chanson, continuellement. D'autant plus qu'elle ne parvenait pas à se souvenir de la dernière strophe. Et cela l'obsédait.

- Hey you! With your ear against the wall, waiting for someone to call out, would you touch me?

Serrant ses propres paupières, Jérôme s'éloignât en espérant qu'elle trouve enfin en elle-même ce qu'elle attendait des autres. Lui avait à rejoindre le reste des volontaires encore en vie pour les ramener jusqu'à elle. Il n'eut pas à remplir cette mission. Soudain, il sentit le froid le gagner avant de s'effondrer face contre le sol.

Tout va bien, je respire encore. Pensa-t-il avant de sombrer dans l'inconscience.

« §§§ »

Ignorante du fait que son seul ami au courant de sa situation et de ses besoins venait d'être mis hors d'état de combattre, Hermione continua à progresser en direction du terrain de sport. Bien que seule, elle se sentait ragaillardie par l'idée qu'ils se dresseraient bientôt tous ensemble contre Jedusor, illustrant de ce fait les croyances de Dumbledore. Seul l'amour peut vaincre à coup sûr.

Parvenue à une distance plus que raisonnable du terrain, Hermione estima qu'il était souhaitable de trouver une entrée plus discrète que celle qu'empruntent habituellement les joueurs. En obliquant sur sa gauche, la jeune femme savait pouvoir se dissimuler plus facilement dans les recoins escarpés. Les bois alentours, elle l'avait pressenti depuis longtemps, étaient infestés de mange-morts volontaires ou sous imperium. N'ayant qu'une main gauche valide, elle espérait ne pas en rencontrer trop.

Ayant trouvé un emplacement à l'abri des regards et d'où elle pouvait voir tranquillement, Hermione s'installa pour observer Jedusor. Elle se trouvait à moins de vingt-mètres de lui. Monter dans les gradins de Pousouffle n'avait pas été si facile, mais au moins, elle ne se sentait pas épiée.

Devant ses yeux, Hermione voyait Jedusor et quelques-uns de ses fidèles échanger des paroles qu'elle ne pouvait entendre. Mais visiblement, ni les uns, ni les autres ne paraissaient heureux de la situation. Cela ne pouvait signifier qu'une chose, Harry avait échappé aux griffes du seigneur des ténèbres. Soudain, le calme fut rompu par le sifflement magiquement amplifié de la voix de Jedusor.

- Black, je sais que tu es là. Mes fidèles t'ont vue.

De son perchoir, Hermione songea qu'elle pouvait encore fuir. Elle sourit à cette idée, elle avait avancé dans la vie pendant près d'une année pour cet instant. Elle ne pouvait décemment pas fuir. Jedusor en serait bien trop malheureux. Elle avait aussi bien trop sacrifié.

Elle se leva et se prépara à enjamber le rebord de l'estrade. C'est alors que les dernières paroles de la chanson virent, toutes seules, à sa bouche. Elle ne put s'empêcher de les chanter à pleine voix alors qu'elle chutait sur le terrain vide.

- Hey you! Would you help me to carry the stone…? Open your heart, I'm coming home!

Au moment où ses pieds touchaient enfin le sol, Hermione comprit le sens de son choix musical. Elle était rentrée chez elle. Elle y avait toujours été. Les mange-morts se précipitèrent sur elle. D'instinct, Hermione tendit sa main gauche tenant sa baguette. Puis elle la ramena vers elle. Comme étrangère aux évènements, Hermione regarda les mange-morts s'approcher d'elle. Tout semblait se dérouler au ralenti.

Alors que les plus proches étaient prêts à lui lancer des sorts offensifs, Hermione laissa tomber son écharpe et changea sa baguette de main. La vie semblait revenir au bout des doigts de sa main droite. Sa main fendit l'air et un souffle de vent magique propulsa ses assaillants loin en arrière.

Les quelques sorts qui furent envoyés d'une distance trop importante virent s'écraser littéralement contre le bouclier que la jeune femme déployait sans y faire attention. Complètement obnubilée par Jedusor et la forme humaine qui se traînait à ses pieds, Hermione progressait vers son adversaire.

L'homme vipérin semblait passablement surpris de la réaction de la jeune femme, mais il ne laissa pas transparaître plus que nécessaire son trouble. Plongeant son regard dans les fentes qui servaient d'yeux à Jedusor, Hermione pouvait ressentir l'ensemble de ses sentiments. Un sourire figé mais narquois se fit jour sur le visage balafré de la jeune femme. D'instinct, la suite des paroles de la chanson virent naître sur ses lèvres.

- But it was only fantasy. The wall was too high, as you can see. No matter how he tried he could not break free. And the worms ate into his brain.

Jedusor l'observa visiblement surpris du ton employé par la jeune femme. Il n'avait aucune culture moldue et ce genre de chanson le laissait indifférent faute de références. Il n'empêche qu'il avait ressenti toute la violence larvée des paroles. Et son penchant naturel n'allait pas laisser s'échapper la divine occasion.

- Que de virulence miss Black. Sourit-il lorsqu'elle fut parvenue à moins de dix pas.

- Je n'ai pas peur d'être comme toi. Trancha la jeune femme alors qu'elle se penchait pour s'assurer de l'état de santé de la victime de Jedusor.

- Et pourtant, nous nous ressemblons tant ! admit-il.

- C'est ce que tu crois Tom. Releva Hermione. Mais nous n'avons rien en commun.

Sans se laisser démonter par la situation, Hermione plongea son regard dans le sien, sans se redresser, laissant à Jedusor le sentiment de la supériorité. Elle savait qu'il ne résisterait pas à l'envie de tenter de la convaincre de force. Très rapidement des images s'imposèrent dans l'esprit de la jeune femme. Elle se voyait couverte d'ors et de gloire, puissante parmi les puissants, aux bras de Jedusor lui-même, triomphant des sorciers insignifiants et des moldus vulgaires.

D'un mouvement de tête, Hermione chassa ses idées et elle revint à la réalité. Se redressant, elle n'évita pas les yeux de Jedusor, mais plus rien ne se passait.

- Essaie tant que tu veux Tom, tu n'y arriveras plus. Coupa la jeune femme.

- Personne ne peut me résister ! siffla l'homme. Je suis le plus grand sorcier de tous les temps.

- Probablement, en effet. Admit Hermione. Et pourtant, tu n'as rien compris. Sourit-elle tristement.

La jeune femme savait qu'elle venait de dépasser une limite intangible mais réelle. Jusqu'à présent, imaginant pouvoir la convaincre, Jedusor n'avait pas tenté de la tuer. Maintenant, il n'aurait de cesse de la vaincre. Hermione grimaça devant ce constat, mais elle n'allait pas se laisser faire.

- C'est ma capacité à aimer qui m'a rendu puissante. Cracha la jeune femme.

- Revoilà le discours de ce cher Dumbledore. Railla Jedusor qui fit tournoyer sa baguette, celle-là que brandissait Albus de son vivant. Je peux t'assurer que je suis bien plus fort que toi. Acheva-t-il dans un rire dissonant.

- Je ne veux pas être plus grande, plus forte ou quoi que ce soit, Tom. Souffla Hermione désespérée. Je veux aimer et être aimée !

- Idée stupide et sans intérêt ! coupa l'interpelé.

Malgré tout, ces mots le gênaient, lui qui n'avait jamais aimé personne, et n'avait jamais été aimé de quiconque. Hermione comprenait sa souffrance. Son voyage dans le temps lui avait donné beaucoup d'amis et les lui avait pris. C'est d'ailleurs en cela qu'ils se ressemblaient, mais elle n'allait pas l'informer de sa propre faiblesse.

- C'est parce qu'il aimait Lilly Potter que Severus Rogue a pu devenir votre pire ennemi. Lâcha fermement Hermione.

- Crédule ! je sais parfaitement le double-jeu de ce brave Severus. Ricana Jedusor. Il agit sur ma demande.

Hermione ne répondit rien, elle imposa à son tour des images dans le cerveau de son adversaire. Tout ce que Severus lui avait transmis de ses souvenirs vint inonder le cœur sec de Jedusor. Constater que son meilleur allié l'avait réellement trahi le laissa pantois.

- Tu vois, je suis une légillimens encore plus redoutable que lui. Sourit Hermione. Crois-tu toujours être le sorcier le plus puissant ?

Cette fois, Jedusor ne tenta même pas de répliquer. Il leva sa baguette et lança le premier sortilège de leur duel. Hermione accueillit la provocation avec un large sourire. Elle allait bientôt savoir si elle était aussi puissante qu'elle l'imaginait. Elle allait découvrir ce que cela faisait de mourir.

Hermione évita le sort, non qu'elle fut incapable d'y riposter, mais parce qu'elle souhaitait mettre à l'abri son ami prisonnier avant de combattre pleinement. Le corps inanimé fut délicatement déposé à l'extérieur du terrain. Ce faisant, Hermione ne put se protéger d'un second sort et une brulure cuisante vint lui rappeler ce qui se passait autour d'elle.

Son adversaire avait mis de la distance entre eux. Elle se trouvait pratiquement seule au centre du terrain de Quidditch pendant que Jedusor reculait tranquillement dans les en-but.

Les mange-morts s'étaient regroupés et bientôt, si Jedusor était aussi lâche qu'elle le pensait, elle aurait une nuée d'adversaires. Et toujours par d'Harry Potter à l'horizon. Jedusor sembla percevoir cette idée et il ricana.

- J'ai laissé ce petit corps sans vie au milieu de la forêt interdite. La prophétie s'est exécutée.

La jeune femme leva un sourcil inquiet. Elle ne pouvait pas croire cette affirmation. Elle était persuadée qu'elle l'aurait ressenti si un tel évènement avait eu lieu. Il n'y avait aucune raison pour que cette affirmation soit fondée, néanmoins, elle en avait la certitude. N'avait-elle pas découvert des voies magiques dépassant l'entendement commun ?

Soudain, Jedusor recula. Hermione frissonna car un froid intense se fit. Sans avoir à lever la tête, la jeune femme savait ce qui approchait. Elle trouva Jedusor passablement ennuyeux, voire fâcheux. Laisser les détraqueurs s'occuper d'elle, c'était recourir à la solution de facilité.

Bientôt, Hermione se retrouva entourée d'une bonne trentaine de détraqueurs. La plupart des sorciers aurait été paniquée par cette présence. Pourtant, elle ressentait à peine le froid ambiant. Par-dessus les formes fantomatiques, elle apercevait les mange-morts qui refluaient un peu. Elle pensa que c'était plutôt une bonne chose. Seul Jedusor semblait prendre plaisir de la présence des anciens gardiens d'Azkaban.

- Spero Patronum ! murmura Hermione d'un souffle.

L'extrémité de sa baguette s'illumina d'une petite boule de lumière. Déjà les détraqueurs reculèrent un peu. Hermione ne ressentait plus aucune douleur dans son poignet.

- C'est tout ce que tu sais faire. Cria Jedusor par-dessus la mêlée.

Élevant sa baguette, Hermione décida de progresser dans sa direction. Les détraqueurs, paniqués par la lumière, s'écartèrent pour lui laisser le passage.

- Je n'avais pas envie de me fatiguer. Sourit Hermione en sortant de la masse de détraqueurs.

Laissant derrière-elle les détraqueurs, la jeune femme s'avança encore un peu vers son adversaire. Il ne restait pas plus d'une vingtaine de mètres entre eux. Pendant que les créatures se regroupaient docilement, prêtes à attaquer à nouveau, Hermione se détendit et fit craquer quelques articulations. Comme si le combat tardait encore à s'engager.

Soudain, elle se tourna vivement : « sepro patronum ».

Alors qu'elle n'avait pas prononcé la formule avec plus de conviction que la première fois, la petite boule de lumière fut remplacée par une forme animale. Un gigantesque chien argenté jaillit et se mis en tête de poursuivre tous les détraqueurs à sa portée. Les monstres furent radicalement écartés et prirent les airs pour ne plus revenir.

Des murmures s'élevèrent au sein des mange-morts. Certains semblaient douter de la pertinence de leur présence. D'autres exhortaient leur maître à vaincre au plus vite. Jedusor restait impassible devant tant de divergences. Ce qui étonnait Hermione tant il détestait les oppositions ou le moindre doute.

- Je suis prête. Remarqua Hermione qui avait cessé de s'approcher.

- Je réfléchis à la manière de te tuer. Répondit l'interpelé.

- Dépêches-toi, nous n'allons pas y passer la journée. Trancha Hermione qui rosit devant le ton injurieux qu'elle venait d'employer.

Soulagée, Hermione comprit que le duel commençait. De mémoire de sorcier, personne n'avait jamais assisté à un tel combat. Même ceux qui avaient entendu parler de la confrontation entre Dumbledore et Grindelvald surent que ce n'était pas comparable.

Les sortilèges dépassaient largement le niveau enseigné à Poudlard. Jedusor piochait dans sa magie noire des sorts très agressifs alors qu'Hermione employait toute sa science du combat acquise en Irlande ou en Normandie. Le mélange des provenances des sortilèges qu'elle pouvait employer déstabilisait visiblement Jedusor qui n'était pas habitué à de telles pratiques.

N'ayant rien à perdre, Hermione n'hésitait pas longtemps dans l'utilisation de ses pouvoirs. Sa baguette semblait d'une légèreté surprenante. Jamais elle ne s'était sentit aussi à l'aise. Les témoins de la scène dirent longtemps qu'elle semblait voleter comme un petit oiseau au-dessus du sol, évitant sans peine les coups.

Parfois, cependant, ses épaules ou son dos touchaient un peu rudement le sol. De son côté, Jedusor appréciait guère de recevoir des fragments de sortilèges offensifs que ses boucliers ne parvenaient pas à retenir. Il avait déjà le visage et les bras marqués de petites, mais profondes, lacérations.

L'intensité du duel avait conduit une partie des mange-morts à se cacher dans les gradins. Á présent, les deux combattants étaient totalement déchainés. Chaque fois qu'Hermione ou Jedusor bloquait un sort, le sol tremblait sur plusieurs centaines de mètres. Régulièrement, un vol d'oiseaux sortants des frondaisons de la forêt interdite annonçait clairement qu'un arbre avait été déraciné par les vibrations.

Le terrain de Quidditch ne ressemblait plus à rien. Dès les premiers sortilèges, les buts avaient été coupés à leurs bases. L'herbe n'était plus qu'un lointain souvenir et le sol paraissait comme labouré. Les jets lumineux que s'envoyaient Hermione et Jedusor étaient d'une telle violence que sans rencontrer le sol, ils étaient capables de soulever la terre sur plusieurs centimètres.

- Je ne voudrais pas être à sa place. Murmura un mange-mort à son voisin.

- Pas d'inquiétude. Répondit celui-là.

Soudain, un corps bascula par-dessus la rambarde de la tribune des Poufsouffle. Le bruit sourd que provoqua la chute interrompit le combat. Jedusor et Hermione tendaient encore leurs baguettes, mais ils se concentrèrent une seconde sur l'incident.

Puis, Hermione en profita pour détailler l'état de son adversaire. Il semblait un peu fatigué et les marques de brulure et les estafilades se multipliaient nettement. De son côté, la jeune femme ruisselait de sueur. Ses épaules et ses hanches n'étaient plus que d'intenses douleurs, des ecchymoses apparaissaient çà et là. Quoi qu'elle puisse espérer, Hermione savait qu'elle ne tiendrait plus très longtemps.

- Nott, qu'arrive-t-il ? s'étonna Jedusor.

Le mange-mort paru incapable de répondre. Et le masque tomba sans bruit. Hermione ne put retenir une exclamation.

- Jérôme ! l'homme se lança à son tour sur le terrain endommagé.

- Lui-même. Enchanté monsieur Jedusor. Fit-il en direction du mage noir. Désolé, je n'ai pas pu prévenir les autres.

- Comment avez-vous réussit à vous libérer ? questionna Jedusor avide de comprendre pourquoi rien ne fonctionnait comme il le voulait depuis près d'une heure.

- Un incarcerem n'entrave plus personne depuis longtemps. Ricana Hermione. On apprend les contre-sorts à tous les combattants du…

- Achève. Sourit Jérôme.

- …Dauphin-cavalerie. Termina Hermione avec stupeur.

Elle n'avait pas pris conscience que tout ce qu'elle savait venait d'endroit si différents. Il était normal qu'elle soit plus efficace que les mange-morts ou que Jedusor. Hermione avait capitalisé le meilleur de tous les pays qu'elle avait traversé.

- Vous êtes une jeune fille bien étrange. Remarqua Jedusor, mais vous êtes seuls contre moi et tous mes mange-morts.

- Pas exactement. Fit une voix magiquement amplifiée.

Les deux sorciers se tournèrent et comprirent pourquoi Jedusor venait de se figer. Á l'autre extrémité du terrain se dressait Robert de Mathan. Hermione sentit son cœur se gonfler de joie. Elle avait tenté de le mettre à l'abri en l'ôtant des griffes de Jedusor, mais elle n'était pas certaine d'avoir réussi. Maintenant, ils étaient trois, et pas des moindres.

Doucement, le commandant Bob s'avança vers eux. Malgré ses balafres hideuses, il ressemblait à ce qu'il était, une force de la nature. Il n'était pas aussi grand que Jack Longton, pourtant, il semblait résister à tout. Trapu et solide étaient deux mots qui le caractérisaient parfaitement.

Jérôme s'avança vers lui et l'étreignit rapidement. Il était, lui aussi, rassuré de l'état de santé de son chef.

- Á trois contre cent, vous pensez vous en sortir comment ? s'amusa Jedusor.

Hermione fut surprise d'entendre le rire grêle du mage noir. Cela n'augurait rien de bon pour eux. Personne ne savait qu'ils étaient sur le terrain. C'était à dire qu'ils ne pouvaient espérer aucune aide. Le réflexe d'Hermione fut donc de vouloir mettre ses amis en sécurité.

- Seuls nous ne pouvons vaincre. Affirma-t-elle sans vergogne. Filez, retrouvez Harry, c'est notre seule chance. Elle y avait mis toute sa conviction.

Les deux normands la regardèrent avec stupeur. Ils savaient qu'elle ne le repoussait que pour les sauver. Mais à la longue cette attitude finissait par les blesser. Jérôme avait tenté de lui faire comprendre.

- Nous sommes là par notre propre volonté, my lady. Releva justement Robert.

- Et qu'importe de mourir pour ceux qu'on aime. Acheva Jérôme.

- J'aurais une bien mauvaise idée que d'insister. Sourit tristement Hermione à la fois heureuse de pouvoir compter sur eux et triste de les emporter vers leurs fins.

Les trois sorciers s'unirent un bref instant avant de se dresser, stoïques, devant Jedusor. Le mage noir parut surpris de ne pas les voir profiter du sacrifice de la jeune femme. De la poche de la robe de Jérôme de la musique s'échappait toujours.

Hermione en reconnu instantanément le timbre et sut qu'il n'était pas question de hasard. Jérôme d'ailleurs en entamait le premier couplet.

- Here once was a woman, a strange kind of woman, the kind that gets written down in history. Scanda Hermione avec un large sourire. La chanson lui rappelait son voyage en Irlande, et beaucoup d'agréables souvenirs.

- Her name was Nancy, her face was nothing fancy, she left a trail of happiness and misery. Continua Robert qui engagea le combat contre les mange-morts situés dans les gradins à sa droite.

- I loved her! reprit Jérôme en se lançant à l'attaque des mange-morts les plus proches sur la gauche.

- Everybody loved her! Répondit une nouvelle voix.

Hermione n'eut pas à se retourner, elle savait qui avait une telle voix. Elle soupira pour se redonner contenance. Derrière elle se trouvait donc Jack Longton. La balance en faveur de Jedusor apparaissait de moins en moins stable.

- She loved everyone and gave them good return!

Un nouveau chanteur avait fait son apparition. L'accent vaguement gaëlique faisait sans nul doute référence à Sean. Cette fois, Hermione ne put s'empêcher de se tourner dans sa direction.

- I tried to take her, I even tried to break her, She said I ain't for takin' won't you ever learn!

Sirius lui-même participait à ce chorus décalé et étrange. Hermione sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Les irlandais et les normands s'avançaient doucement vers Jedusor et ses mange-morts. Mêlés à eux se trouvaient les sorciers anglais qui avaient fait le choix de rester. Ils étaient venus, alertés par les tremblements de terre et les jets de lumières colorées qui explosaient encore moins de trois minutes plus tôt.

Une effroyable mêlée s'engagea alors. Les mange-morts résistaient durement contre tous ces sorciers qui n'avaient plus rien à perdre. Des deux côtés on fit preuve de courage. Pourtant, l'usage de magie noire ternissait le mérite des alliés de Jedusor. Autant qu'elle le put, Hermione protégea ses amis et les défenseurs de l'école. Il lui semblait être revenu à la situation du matin.

- Tout ça pour rien. Souffla-t-elle après avoir expédié un mange-mort au loin.

- Comment peux-tu dire cela. Remarqua Molly Weasley. Tu es revenue parmi nous et pour cela cette journée méritait d'être vécue.

Hermione se tut, ne voulant pas exhumer la mort de l'un des fils de la fratrie Weasley. Elle comprenait qu'abandonner maintenant, ce serait tromper la mémoire de Fred. Rassérénée par ce bref échange, Hermione se lança dans le combat de plus belle. Il lui était impossible de s'approcher de Jedusor tant la foule était compacte. C'était à peine si elle voyait à trois mètres.

Néanmoins, elle savait qu'il manquait encore quelqu'un. Une personne, la seule capable de faire aboutir l'issue de la journée en leur faveur. Il manquait Harry Potter.

La jeune femme ne pouvait se résoudre à le croire mort comme l'avait affirmé Jedusor. Le temps lui donna raison. Cinq minutes plus tard, Hermione se trouvait dos à dos avec Sirius. Elle déposa un chaste baiser sur sa joue mal rasée et stupéfixa dans l'instant les deux adversaires de celui qui avait été son père adoptif pendant un an.

- Que ferais-tu sans moi ? ricana-t-elle.

- Pas grand-chose, je dois le reconnaitre. Répondit Sirius avant de l'embrasser.

- Pas maintenant ! fit Hermione en le repoussant vivement. Pas tant que nous ne savons pas où est Harry.

- Harry ? il arrive. Ron et Emma sont partis le chercher. Trancha Maugrey Fol'œil. Enfin. Fit-il à destination de Sirius, avec une grimace qui semblait être un sourire.

Hermione regarda alternativement les deux hommes et en conclu qu'il y avait des choses qu'il valait mieux ignorer. Rassurée, elle reprit le combat en plantant là Sirius. Compte tenu de leur situation, elle considérait qu'il était encore plus sûr de s'éloigner.

La jeune femme se faufila dans la masse en assommant de ci-delà des combattants adverses. Elle entendait rager Jedusor et hurler, hystérique, Bellatrix Lestrange. Elle utilisait ces repères comme guide en sachant pertinemment qu'Harry trouverait Jedusor dès qu'il viendrait.

Soudain, un silence se fit. Vaguement entrecoupé des rires hystériques de Bellatrix Lestrange. Un balai, non deux, fendaient l'éther. L'ensemble des sorciers présents, mange-morts et défenseurs, levèrent le nez vers ces nouveaux arrivants.

Le cœur d'Hermione se réjouit en reconnaissant Harry, Ron et Emma. La jeune alter-ego d'Hermione paraissait tétanisée sur le balai que guidait Ron. Elle enfonçait ses doigts dans les côtes du rouquin. De son côté Harry était poussiéreux, boueux et blême. Cependant, il semblait tout aussi confiant.

Les deux balais se posèrent à quelques mètres d'Hermione. Celle-ci profita de l'apathie générale pour s'approcher. Elle bouscula quelques-uns, piétina quelques pieds, joua des coudes pour finalement ressortir à cinq mètres de Harry et ses amis.

Le jeune homme s'élançait déjà en direction de Jedusor. En hurlant.

- Il en fallait un peu plus pour me tuer. Rageait Harry. Maintenant, nous avons des choses à finir.

- Approche avorton. Ricana Jedusor. Ton amie Black n'a pas réussi à me vaincre, je n'ai donc pas peur de toi.

Harry dévisagea Hermione rapidement et lui adressa un franc sourire et un clin d'œil malicieux. Sans hésiter, il se porta en avant pour affronter son adversaire. Celui que la prophétie lui avait désigné. Jédusor lui-même avait imposé cette solution, il n'allait pas faire faux-bond.

Alors qu'elle allait à sa suite, Hermione fut tirée en arrière par deux poignes fortes mais distinctes. Elle se tourna vivement pour voir les visages empoussiérés et crasseux de Ron et Emma. Ils lui adressèrent de larges sourires. Ils avaient plus de temps pour s'expliquer qu'Harry n'en avait et ils prirent le temps de raconter les derniers événements.

- Harry a réussi à s'échapper. Lâcha Emma, essoufflée et encore tremblante.

- Nous avons pu éliminer les mange-morts qui devaient le trouver. Poursuivit Ron visiblement amusé de la réaction de sa petite-amie.

- Avec un sort de confusion, Ron a fait croire qu'Harry était mort. Continua la jeune fille avec un regard noir pour Ron qui se moquait d'elle.

- Et Emma a soigné Harry. Fallait voir comment il était misérable et piteux. Elle a fait des miracles. Acheva-t-il en embrassant doucement Emma.

- Je vous remercie. Balbutia Hermione en sachant qu'ils n'avaient pas agis dans son intérêt à elle, mais pour tous.

Un bruit sourd ramena le petit groupe à la réalité. Harry affrontait Jedusor dans un duel homérique. D'instinct, Ron et Emma s'élancèrent pour l'aider. Hermione avança d'un pas avant de s'immobiliser. Elle n'avait pas à participer à ce combat. D'autres choses l'attendaient. Du coup de l'œil, distraitement, elle avait remarqué que Bellatrix Lestrange tentait de s'éloigner de la foule. Craignant quelques manœuvres peu orthodoxes, la jeune femme s'avança dans sa direction, à rebours de la plupart des sorciers qui s'approchaient du plus important des duels.

Hermione ignorait qu'elle n'était pas la seule à avoir remarqué cette manœuvre de la mange-mort. Au moment où elle allait intervenir, la jeune femme vit que Ginny se dressait sur le chemin de Bellatrix.

Affolée, Hermione se précipita pour franchir les derniers mètres. Déjà le duel avait commencé. La cousine de Sirius riait d'un rire hystérique et angoissant. Elle n'avait manifestement aucune crainte de mourir, bien qu'Hermione soupçonnât plutôt qu'elle n'imaginait pas perdre. D'ailleurs, Ginny était déjà en fâcheuse posture. Avant d'arriver sur place, Hermione fut bousculée par une Molly Weasley échevelée.

- Laisse ma fille tranquille. Hurlait-elle à Bellatrix.

- Je ne lui veux rien, c'est elle qui est venue me chercher pour mourir comme une grande fille. Ricana la mange-mort.

- Je suis un adversaire bien plus à ta taille. Affirma sans faillir Molly.

Juste en retrait, Hermione était très marquée par la détermination dont faisait preuve son amie. Elle n'avait jamais, heureusement, eu à la voir dans cet état. Mais, cette fois comme la précédente, elle devait s'occuper elle-même de Bellatrix.

- Molly, s'il vous plait. Martela Hermione. Laissez-moi régler ce différend avec ma cousine.

- « Ma cousine » répéta Bellatrix comme s'il s'agissait d'une grossièreté. Quelle présomptueuse ! cracha-t-elle.

Hermione la dévisagea de ses yeux délavés. Ginny y remarqua une profonde lassitude. Molly trépignait, impatiente d'en découdre.

- Molly, je ne voudrais pas que vous me priviez de ce combat. Continua Hermione.

- Elle menace ma fille, elle a tué mon fils ! répliqua Molly avec un certain à-propos.

J'ai une vengeance à accomplir pensa Hermione. Mais elle s'abstint de formuler cette position. Bien qu'il ne fût pas présent à ses côtés, la jeune femme ne voulait pas donner raison à Jack Longton.

- Elle sera punie, je vous le promets. Répondit finalement Hermione.

- Quelle insolente. Scanda Bellatrix. Venez me prendre, si vous en avez le courage.

Elle acheva sa remarque d'un rire fou et d'une démonstration sans équivoques de ses capacités magiques. Molly se précipita vivement pour protéger Ginny des jets lumineux tranchant tout autour de la mange-morts. Hermione ne bougea pas, ne se protégea pas. Quelques lacérations apparurent sur ses vêtements moldus, un peu de sang coula le long de ses cuisses et de ses bras. D'un tournemain, elle effaça cependant ces marques. Elle regardait Bellatrix avec le regard d'un professeur mécontent.

Du moins, c'est le sentiment qu'eurent Molly et Ginny. Dans son souvenir, Hermione cru longtemps éprouver simplement de la pitié pour l'arrogance vulgaire de sa cousine par alliance. Elle souffla longuement pour rétablir son rythme cardiaque qui avait eu tendance à s'emballer.

- C'est tout ce que tu as à proposer ? s'étonna-t-elle finalement. Il ne sera pas difficile de te remettre à ta place. Bellatrix mit quelques secondes à comprendre.

- Je ne retournerai pas à Azkaban ! hurla-t-elle de sa voix nerveuse.

- Je t'y ai envoyé une fois, pourquoi pas deux ? s'amusa Hermione.

- J'ai fait tuer le petit bonhomme qui m'a fait enfermer ! coupa Bellatrix. Hermione sentit son cœur se serrer. Elle avait devant elle celle qui avait commandité le meurtre de son meilleur ami.

- Albert était mon ami. Se contenta-t-elle de reprendre.

- Quel nom ridicule. Aussi ridicule que le personnage. Ricana Bellatrix. On dit qu'il a beaucoup pleuré avant de mourir. Dis, tu vas pleurer aussi Hermi ?

- Roger… se contenta de murmurer Hermione.

L'image du lord se fit clairement dans son esprit, elle n'avait pas eu à repenser à leur rencontre factice dans la salle sur demande. D'après Sirius, il y avait une part de réalité dans cette rencontre, lui-même avait rêvé l'événement. Pourtant, les bribes de cette conversation n'apportaient aucun réconfort à la jeune femme. Elle savait qu'elle serait incapable de franchir la ligne.

- Un autre de tes amants ? railla Bellatrix qui fixait de ses yeux fous la jeune femme.

- Je n'ai pas d'amant. Répliqua Hermione sans y penser. Mais beaucoup d'amis. En as-tu ? s'inquiéta-t-elle soudain.

La réplique porta. La mange-mort, sa cousine, sembla vaciller un instant. Elle fit deux pas en arrière avant de s'arrêter et de brandir à nouveau sa baguette.

- Finissons-en, mon maître va avoir besoin de moi ! tempêta Bellatrix.

- Je t'attends. Et je vais venger Albert. Pensa Hermione en déglutissant mal-à-l'aise.

Les sorts ne furent pas longs à pleuvoir. Bellatrix savait user de la magie noire presque aussi aisément que Jedusor. Mais cela n'était pas suffisant pour s'opposer à Hermione. Celle-ci se plaçait constamment devant Ginny et Molly pour les protéger et les empêcher d'intervenir. Ce faisant, elle limitait ses propres capacités de déplacement et d'action. Cependant, il n'y avait aucune comparaison possible entre les deux combattantes.

Hermione ne le perçut pas de suite, mais un silence étrange se fit autour d'elles. Les témoins de la scène restaient tétanisés par la violence de leur affrontement. Comme lorsqu'elle luttait contre Jedusor, Hermione employait toute sa magie, mais cette fois, son adversaire n'avait pas la force de résister.

Peu à peu, devant les coups, ne pouvant riposter efficacement, Bellatrix cédait du terrain. Insouciante de cette prééminence, doutant même de vaincre, Hermione, accentuait ses efforts. Son adversaire finit par mettre un genou en terre. Surprise cette situation, Hermione baissa sa garde.

- Acceptez votre défaite. Fit-elle avec calme.

- Vous ne comprenez pas que je ne connaîtrais jamais la défaite. Répondit Bellatrix avec morgue.

Avec une rapidité stupéfiante, Bellatrix lança un sort de doloris à Hermione qui le reçut en plein. Elle se senti comme déchirée de l'intérieur. La douleur était tellement cuisante qu'elle n'opposait plus de résistance. Sa baguette chut dans l'herbe foulée, écrasée et moribonde. Sa propriétaire, encore contrainte par le doloris suivit le même chemin. Tout ce qu'Hermione était encore capable de ressentir était le rire déséquilibré de Bellatrix.

Dans cette douleur, Hermione obtint une forme de réconfort en pensant que prochainement elle serait morte, ou folle. Dans tous les cas, elle n'aurait plus conscience de l'horreur du monde qui l'entourait. Comme une lumière vacillant dans le noir, son esprit se raccrocha pourtant à un petit rien. Le monde n'était affreux que parce qu'ils luttaient pour l'embellir. Grâce à Harry, ils seraient bientôt libérés. Il ne fallait pas gâcher tous ces efforts en laissant s'enfuir un monstre tout aussi dangereux que Jedusor. Personne ne saurait vaincre Bellatrix, à part elle.

La douleur sembla s'éteindre. Hermione sentait encore les impacts des sorts, mais ils ne lui faisaient plus rien. Elle ouvrit de grands yeux et compris qu'elle avait roulé sur le dos. Au-dessus d'elle se tenait Bellatrix. Et, plus loin encore, un soleil réconfortant brillait doucement. Elle le regarda comme s'il s'agissait d'une nouveauté éblouissante et lui sourit.

- Déjà folle ? s'étonna l'ombre qui ressemblait à Bellatrix. Les Londubat ont tenu plus lontemps…

Hermione ne répondit pas mais entreprit de se relever. Elle le fit, étrangement, sans effort. Bellatrix n'eut pas le temps de se reculer. Il n'y avait pas plus de dix centimètres entre les deux femmes. Hermione constata qu'elle était plus grande que sa cousine qui paraissait définitivement usée par les années passées à Azkaban.

Doucement, Hermione posa sa main sur la poitrine de Bellatrix. Celle-ci fut projetée loin en arrière. La jeune femme en fut la première surprise, son geste avait été naturel, sans volonté de violence. Elle ne sentait même pas la magie au bout de ses doigts.

Levant sa main doucement, Hermione fit revenir sa baguette comme s'il s'agissait d'un geste normal. Elle la tendit vers Bellatrix qui ne bougeait toujours pas, restant entre deux postures, dans une mimique étonnante.

Bellatrix porta la main sur le cœur et son visage sembla pâlir. Elle dévisagea tous les témoins silencieux avant de s'effondrer, morte.


[1] Pink Floyd « Hey You », The Wall