Coucou ! Vous êtes encore là ? Notre Drago hystérique ne vous saoule toujours pas ? XD Alors pour ce chapitre, un revirement total pour chacun de nos protagonistes.
Bonne lecture !
Chapitre 4 : La zen attitude c'est le bien
« Tu sais que t'es beau, toi ?
- Non, mais j'aime que tu me le répètes mon Drago chéri. »
Lentement, je dépose mon miroir sur ma table de chevet et me tourne vers le clown sans talent qu'est Sieur Blaise. Un sourire monstrueusement élargi par ce qu'il juge sans doute comme étant la réplique du siècle, il s'installe nonchalamment sur mon lit, un livre dans les mains. Son air ravi, son indolence, son impudence m'auraient en temps normal irrité au point d'en ébranler les murs. Mais ça, ça c'était le Drago Malefoy d'avant.
En ce jour nouveau, voici devant vous un être neuf, un être déterminé ! Un homme qui, face à l'adversité, a décidé de faire fi de ses faiblesses émotionnelles. Plus question de perdre mon énergie dans de futiles colères. Mes forces ainsi que mes émotions, positives comme négatives, sont désormais unis, au vu du combat sans merci que je m'apprête à mener contre mon adversaire. Et par Merlin, je le remporterai ! Pour cela, il me faut impérativement garder mon sang froid. C'est nécessaire, même vitale, contre Granger. Oui, la nuit m'ayant porté conseil, je suis un Serpentard nouveau.
Un sourire dédaigneux en coin, j'ajuste ma cravate, saisit ma robe de sorcier puis la balance sur mon épaule. D'un pas assuré, je prends la direction de la sortie.
« Drago.
- Quoi encore ?
- T'as oublié ton pantalon. »
Je manque de me tordre la cheville. Derrière moi, Blaise éclate de rire. Drago, calme-toi. Tu dois rester zen... Mais c'est trop pour moi ! Mon compagnon de dortoir n'arrête pas. Au lieu de taire son hilarité, celle-ci s'intensifie, se déploie, au point que quiconque près de lui verrait ses amygdales. Il rit à gorge déployée. Il rit à en larmoyer. Il rit à s'en étouffer. Surtout à s'en étouffer.
Taisant ma fierté pour le bien de sa survie, je m'élance vers lui et tente maladroitement de le secourir en le tapant violemment dans le dos.
« Mais ça va pas ! hoquette-t-il.
- Je te sauve la vie, je te préviens !
- Ne m'approche pas, assassin ! »
Petit à petit, Blaise retrouve ses couleurs, sa couleur, devrais-je dire. L'œil incendiaire, il ose m'intimider. Je balaie sa menace d'un geste de la main et m'en vais me vêtir plus décemment.
« Tu te sens bien ? s'enquiert mon camarade en m'étudiant, perplexe.
- On ne peut plus bien, certifiai-je, en passant l'une de mes jambes dans mon pantalon.
- Tu te sens vraiment bien ? réitère-t-il en appuyant sur le « vraiment ».
- C'est pas bientôt fini, oui ? hurlai-je.
- Ah ! Là c'est mieux.
- Espèce de... »
Calme Drago. Calme ou c'est un ramassis de gentillesses que tu vas vomir. Pense donc à ton véritable adversaire.
« Rien ne m'atteindra, assurai-je en remontant ma braguette. Toutes tes petites manigances pour me déstabiliser n'y feront rien. Je resterai im-per-tur-ba-ble.
- T'es malade ? T'as pas dormi ? T'as le cœur brisé ?
- BLAISE !
- Ca à l'air d'aller pourtant.
- J'aimerais que tu te préoccupes d'autre chose que des mon humeur !
- Mais Prince ! Ton humeur est pareille au soleil. Il régit notre maisonnée. Que ton bonheur apparaisse et, immanquablement, il illuminera ce sombre cachot. A contrario, que la colère ou la peine surviennent en toi, aussitôt ce lieu s'en trouvera bouleversé. Ton humeur est donc un sujet capital chez les Serpentard.
- Arrête de te foutre de moi et cesse de m'appeler « Prince ».
- Un rapport d'égalité ? Tu as raison, il n'y a rien de mieux. Entre « ami », nous devrions nous comprendre, nous épauler, et non nous imposer le fonctionnement d'une cours royale qui implique mensonge et coups bas.
- C'est quoi ces balivernes ?
- C'est tiré de mon livre, explique-t-il en regardant la couverture. « Les folies d'un prince solitaire » dans lequel on suit les affres d'un jeune homme tiraillé par...
En voyant mon dépit, il reprend sérieusement.
« Faisons un pacte. Tu m'expliques le pourquoi du comment de ce qui se passe dans ta tête depuis deux jours, et moi je te fiche la paix pendant dix... minutes. Bah quoi ? Tu sais que dix minutes c'est déjà l'éternité pour moi. »
Je soupire. Ainsi est Blaise Zabini, celui que j'ai élevé au rang de proches pour mon plus grand malheur. Je devais sûrement être désespéré ce jour là.
« Bon, OK. Mais avant... »
Méfiant, je referme la porte après avoir bien pris soin de vérifier qu'il ne se trouvait nul espion aux alentours.
« T'inquiète pas, chuchote Blaise avec la plus grande gravité, y'a que Pansy pour vouloir t'espionner.
- Stop ! Tu ne vois pas que je suis au bord de la dépression ? J'en ai pas dormi de la nuit. J'ai de l'urticaire rien qu'en pensant à ça... Non, des nausées plutôt. Et... »
Blaise se relève, s'approche de moi et, doucement, prend ma main dans la sienne.
« Je suis là maintenant. Toi et moi, on surmontera les obstacles et on l'aura ce bébé quoiqu'... »
Le coup est parti tout seul. Un coup bref, rapide, direct et... Je me tords tout en me massant la main. La violence est douloureuse.
« Bordel, ton crâne c'est du ciment ou quoi ?
- C'est moi qui devrais m'insurger, se défend-t-il en se frottant la tête.
- Tu vas m'écouter oui ou non ? »
La curiosité étant plus forte que la douleur, Blaise se rassoit et croise les bras.
« Je t'écoute.
- Donc, je disais...
- Non, on va changer. Mets-toi à ma place. »
Il se lève et m'invite à m'asseoir sur le lit.
« Allonge-toi plutôt.
- Pourquoi ?
- Ca libère l'esprit. »
Sans poser plus de questions, je m'exécute. Puis, sourcils froncés, je regarde Blaise sortir de la chambre pour en revenir avec une chaise qu'il place près de moi. Il s'y assoit et croise jambes et bras.
« Allez-y, monsieur.
- Je sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que tu te fous de moi.
- Au lieu de rechigner, parlez-moi de ce qui vous tracasse.
- C'est Granger ! dis-je en me redressant tel un fou furieux.
- Doucement, rallongez-vous.
- Cette... - garce, dis-le Drago - Cette fille au nom innommable a réussi à m'avoir. Personne avant elle n'avait osé mais elle, elle l'a fait ! Sans aucun remord, sans se préoccuper de ce que je pouvais ressentir, elle m'a brisé en m'ensorcelant !
- Alors, t'es sérieusement amoureux d'elle ?
- Mais ça va pas la tête ? hurlai-je en saisissant Blaise par son col.
- Du calme, seigneur Malefoy.
- Sois assuré d'une chose : il pleuvra des vers, le jour où je tomberai amoureux d'elle !
- Bon, et si tu commençais par le début ? En commençant par le commencement de votre histoire ? Ca fait beaucoup de commencement, non ? Je suis toute ouïe, ajoute-t-il rapidement après avoir croisé mon regard noir. »
Sans omettre le moindre détail, je relate les évènements passés jusqu'à ma résolution de ce matin, sans m'empêcher toutefois d'éprouver une certaine crainte. Blaise pourrait ne pas me croire et penser, comme Severus, que je suis effectivement épris de la Gryffondor. Je redoute tant cette éventualité, qu'une fois terminé, je scrute les traits de mon ami. Mais ce con, excusez-moi de l'expression, n'exprime aucune émotion. Impassible, il me fixe.
« Tu l'as mérité. »
J'en tombe à la renverse. C'est tout ce que cet idiot trouve à me dire en sachant mes souffrances ! Je pense qu'il est grand temps de revoir la liste de mes proches : plus de Blaise Zabini ni de Severus Rogue ! Rayés, éliminés de ma vie ces deux là ! Ils sont sensés me connaître. Quel leurre ! Ils ne savent rien de moi. Ô maudit soit le jour où un homme ne peut plus se fier à ses intimes.
« Tu pouvais me dire « t'inquiète Drago, on va lui faire payer à cette satanée Gryffondor » ou plus menaçant « je vais la griller sur l'autel de Voldemort, vite fait bien fait » ? Mais c'est quoi ce « tu l'as mérité » ? J'ai rien fait d'autre que me montrer en ennemi loyal, tout ce qu'il y a de plus normal. Vacheries, tromperies, haine, rien de bien méchant. Et elle, en contrepartie, devait user des armes conventionnelles : larmes, fuites et haine. A aucun moment dans le contrat, il n'est stipulé que le camp des gentils a la possibilité de recourir aux instruments perfides des méchants ! De toute ma vie de Serpentard, je n'ai jamais vu pareille irrévérence à l'égard des règles ancestrales qui régissent les rapports entre le Bien et le Mal. C'est honteux !
- Sans vouloir te vexer, mon Prince, c'est ta connerie qui est honteuse.
- Blaise !
- Le chasseur a cherché la lionne, il l'a trouvée. Et maintenant, il se révolte contre le fait qu'elle l'ait griffé. Assume, mon pote.
- Je te hais.
- Franchement, je lui dis bravo à cette petite. User d'un sort que même Rogue n'est pas parvenue à déceler... Chapeau !
- Tu peux me rappeler dans quel camp tu es ?
- Celui de l'intelligence. Avec un simple gloss, elle a réussi là où tous ont échoué : faire que tu te ridiculises par toi-même. Pour ça, elle mérite mon respect. Tiens, je devrais peut-être envisager l'idée de m'en faire une ennemie. Son intelligence et la mienne feraient des étincelles.
- Rêve ! C'est ma proie à moi ! Je lui ferai payer cet affront. Oh, ça... Quand j'en aurai fini avec elle, elle viendra me supplier à genoux...
- Bonne idée. Je n'avais jamais pensé à Granger à genoux et...
- La... - Bordel, j'en ai marre de cette censure. Tais-toi, Blaise !
- En tout cas, t'es bien plus aimable envers les autres depuis cette histoire. Comme quoi... »
Conclusion de cette début de matinée : la zen attitude et moi, ça fait deux. Surtout avec Blaise à mes côtés.
OoO
Savez-vous reconnaître les coupables ? Moi, oui. En cette belle matinée de cours, tout me prouve que miss Granger, ennemie redoutable mais prochainement morte, n'a rien d'une blanche colombe. Si ses crétins d'amis se sont attablés comme tous les matins pour le gargantuesque petit déjeuner, elle, elle a déserté ce rendez-vous convivial. Bien évidemment, en bon prince que je suis, je lui ai donné le bénéfice du doute. Une nuit difficile a pu causer son réveil tardif, l'obligeant à faire l'impasse sur le moment tant apprécié de son ami Weasley.
Bref, j'étais prêt à fermer les yeux sur cette absence. Mais l'absence a perduré les heures suivantes. Or, et c'est un immense « or », jamais au grand jamais, Granger n'aurait osé priver de sa présence le moindre cours, dût-elle y assister dans son lit de malade. Partant de ce constat, il est évident que son absence accrédite ma thèse selon laquelle la demoiselle est réellement et définitivement coupable du crime dont je la condamne.
« Alors, Malefoy, comment vas-tu ? »
J'offre mon plus beau sourire narquois à cet énième imbécile qui, conscient des rumeurs qui tapissent outrageusement les couloirs de cette école, veut se faire une idée de leur véracité. Mais, il n'est pas dit qu'un Malefoy se laissera ridiculiser aussi facilement. Ma zen attitude fermement liée à ma volonté, je ne cède pas. Je dédie à ces va-nu-pieds, un royal silence qui rendrait jaloux le plus fervent des moines muets, accentué par un regard noir dont j'ai le secret. Cela suffit à les faire déguerpir. Du moins, les gens normalement constitués. En ce qui concerne les Gryffondor et plus précisément Weasley, Thomas et Finnegan, c'est une autre paire de manche.
« J'irai mieux dès que la... - sang-de-bourbe, ça lui ferait tellement de mal et ça me ferait tellement de bien de le dire - plus spéciale des Gryffondor aura daigné montré sa... son adorable visage.
- Écoute, Malefoy, commence Weasley d'un ton qu'il voudrait menaçant, je ne sais pas ce que tu trames mais tu vas abandonner ton idée foireuse. »
A ces mots, ils m'entourent et m'acculent au mur. Autour de nous, le monde va et vient, tranquillement, comme si de rien n'était. Je m'écroule mentalement. J'ai l'air d'un pauvre élève menacé par de gros bras. Tout ça à cause de qui ? De cette garce !
« Lâchez-moi, bordel ! Vous croyez que je n'ai que ça à faire de courir après une... après une... une fille que j'ai toujours - haïe - insultée ? Je préfèrerai encore me faire éviscérer vivant plutôt que de lâcher ces mots rose guimauve à propos de Granger ! Si vous voulez savoir qui trame quoi, allez la voir au lieu de tous me regarder comme ça ! dis-je alors que les élèves se sont arrêtés depuis un moment devant mon coup d'éclat. Peu importe ce que je raconte, le premier qui ira répandre la rumeur selon laquelle je serais fou amoureux de cette... cet ange, je le tue ! Vous avez compris, je vous ferai frire avant de vous déguster avec une bierraubeurre ! Et toi, Weasley, dis à cette Granger qu'elle ne perd rien pour attendre. Si elle pense que je la supplierai à genoux, elle se trompe. Un Malefoy ne se soumet pas aussi facilement à une femme. Tu as saisi le message ? »
Hochant la tête, il me regarde avec des yeux ronds, la bouche limite grande ouverte. Agacé, je lui remonte légèrement la mâchoire.
« Je sais. Moi aussi, j'ai du mal à croire ce qu'il m'arrive mais l'évidence est là. Il faut admettre l'improbable et agir en conséquence. Si j'y arrive, vous le pouvez aussi. Je peux y aller ?
- Euh... Oui. Oui.
- Malefoy ?
- Quoi encore, Weasley ?
- Tu le sais depuis quand ?
- Je m'en suis rendu compte lors du match avec les Poufsouffle. Un coup terrible sur la tête.
- C'est la raison de ta... « gentillesse » ?
- Oui ! C'est lorsqu'elle m'a embrassé juste avant le match que tout est allé de travers dans ma vie. C'est là qu'elle m'a ensorcelé. Alors vous avez compris le « a + b » ? Me comporter aussi honnêtement et dire autant d'amabilités, ce n'est pas mon moi habituel. C'est que forcément, il y a eu un truc. Et le truc, c'est Granger. Même si je ne dirai pas « truc » car c'est plus que ça. Disons le bouleversement qu'a été Granger. Sans elle, sans ce baiser et surtout ce gloss à la framboise, je ne serais pas là à vous parler de ce qui me tracasse depuis que je m'en suis rendu compte. C'est inimaginable ! Et à vrai dire, je n'en ai pas dormi de la nuit. Et... »
Visiblement dépité, Weasley saisit le bras de ses deux amis et les entraine avec lui à travers la foule. Waouh ! Je suis fort quand même. Je suis parvenu à faire fuir des Gryffondor sans insultes et coup bas, rien qu'en disant la vérité sur leur monstrueuse amie Granger. Il fallait bien que son véritable visage se révèle au grand jour. En héros que je suis, je le leur ai montré ce désolant et triste spectacle. Innocences perdues, R.I.P.
« Et même pas un remerciement. Les Gryffondor, je vous jure. Y'a plus rien à voir ! » criai-je aux derniers curieux.
D'un pas léger, soulagé que le camp adverse ait pu avoir connaissance de mes véritables sentiments pour Granger, je m'en vais rejoindre le cours de potion. J'aurais tant aimé être une petite souris pour surprendre la discussion entre Weasley et Granger. Cela aurait sonné comme une agréable mélodie à mon oreille.
OoO
Je savais que le retour du boomerang serait douloureux mais j'ai agi. J'ai fait ce que je devais faire pour le bien de tous. Rabattre le caquet de Malefoy, quel bonheur ! J'ai exulté de joie en le voyant maladroitement s'expliquer devant Dumbledore et Rogue. Mais le summum a été de l'entendre me gratifier devant tous. Et savoir qu'il a dû se montrer sympathique envers tout Poudlard. Oh, oui, tu t'es frotté à plus fort que toi, maudite fouine !
Je dis ça mais en réalité, je redoute les représailles. Car celles-ci risquent d'être à la hauteur de l'affront que je lui ai fait subir ces deux derniers jours. Cela ne fait aucun doute.
Le point positif est que les effets du sort ont dû s'estomper ce matin. Du coup, il suffit que je me mette au vert ces quarante-huit heures prochaines. Le temps que la colère de Malefoy s'apaise et que cette histoire ne soit plus qu'un souvenir dans l'esprit des élèves - histoire remplacée par de plus croustillantes. Voilà pourquoi, alors que les cours ont débuté, je demeure dans ma chambre, recroquevillée au fond de mon lit, en espérant que la tempête se calme. Je ne pensais pas qu'un jour, je manquerais ne serait-ce qu'un cours alors même qu'aucune fièvre ni grippe ne m'accable.
« Tout ça c'est de sa faute, marmonnai-je en tirant davantage les draps sur moi. »
Mais attendez ! Pourquoi devrais-je me laisser intimider ? J'ai toujours su lui tenir tête, allant même jusqu'à lui envoyer un coup de poing en pleine figure ; ce que personne avant moi n'avait osé faire. C'était assez jouissif. Être la seule fille capable de le frapper là où la douleur est la plus cinglante. Avec moi, sa fierté en a vu des vertes et des pas mûres. Alors pourquoi cette peur ?
Je me redresse, déterminée. Je suis une grande fille, que diable ! Ce n'est pas un homme sans cervelle qui va m'intimider. C'est décidé, je vais affronter le mal en le regardant droit dans les yeux.
Je m'élance dans la salle de bain en vue de me préparer. J'en ressors dix minutes plus tard, jupe et chaussettes ajustées, chemise à moitié boutonnée et cravate pendante. Les cheveux dans un état désastreux. Je passe la main dans cette tignasse emmêlée, tentant par là de leur donner une meilleure apparence ; sans grand succès. Soupirant, je me chausse.
« Hermione ! »
La porte du dortoir s'ouvre avec fracas sur Lavande, essoufflée, le visage rouge. Derrière elle, j'entends des pas qui se hâtent.
« Oui ? »
Elle me saisit le poignet et m'entraine avec elle dans la salle commune. Et là, c'est l'incrédulité. Un parterre de Gryffondor aux allures de cour martiale. Le vaillant soldat que je suis en perd ses moyens.
« Un souci ? demandai-je mal à l'aise.
Et telles les eaux que Moïse écarta, la foule se scinde de chaque côté, laissant Seamus passer.
« C'est vrai ce que Malefoy dit ?
- Qui croirait cette fouine ? répliquai-je agacée. Chaque parole qu'il prononce est à l'image du venin qui s'extirpe des serpents. Y prêter foi, c'est se condamner.
- Tu l'as embrassé ! »
Le reproche est lâché comme un juron par celui qui traverse la foule.
« Qui est allé débiter pareille idiotie, Ron ?
- Malefoy. Il dit que tu l'as embrassé et que depuis ce baiser, il n'est plus lui même.
- Il en fait toujours des tonnes, tu le connais. Bon, je retourne...
- Réponds, Hermione ! Tu l'as embrassé oui ou non ?
- C'est à dire que... « Embrasser » est un bien grand mot. Disons que nos lèvres se sont juste légèrement mais très légèrement effleurées.
- Hermione !
- Tu pactises avec l'ennemi !
- T'avais pas le droit !
- Tu t'es désinfectée la bouche après ?
- C'est une insulte à notre maison ! »
Les remarques des uns et des autres me sidèrent. Personne pour s'apitoyer sur le sacrifice que j'ai dû faire pour leur bien.
« Vous sortez ensemble ?
- Hé ! coupai-je aussitôt. Personne ne sort avec personne.
- Tu l'as embrassé, non ?
- J'avais des circonstances atténuantes.
- Lesquelles ?
Leur dire la vérité ? Connaissant certains, ils iraient se vanter des capacités des Gryffondor et d'une manière ou d'une autre, Dumbledore en aurait un jour connaissance. Compromettre mes deux dernières années à Poudlard à cause de Malefoy ? Jamais ! Quant à Harry... Je devine que son silence est ma condamnation. Sa meilleure amie embrassant son pire ennemi. Il aurait de quoi me renier. Quant à Ron, son retrait vers la cheminée et son air mécontent sont assez éloquents. Il ne me parlera pas de sitôt, du moins tant que cette histoire avec Malefoy ne sera pas éclaircie. J'ai le cœur qui se serre à l'idée d'avoir blessé mes deux amis.
« J'étais... Je n'étais pas moi-même ?
- Je comprends mieux pourquoi avant-hier Malefoy s'est montré sympa envers Harry, raille Seamus.
- Ne commence pas, toi !
- Tu l'aimes ?
- J'ai une tête à aimer un Serpentard, qui plus est, Malefoy ?
- Il est amoureux de toi, lui. »
J'éclate de rire.
« Ah mais non ! Ne vous inquiétez pas. Ca lui passera. Je suis certaine que ce matin, il aura cessé sa petite plaisanterie. Car c'est forcément une mauvaise blague qu'il a voulu me faire. Vous imaginez Malefoy avouer devant tous qu'il m'aime ? C'est ridicule !
- Tu es cruelle, lâche Lavande.
- Quoi ?
- Tu te moques des sentiments d'un homme, renchérit Neville. Il est sincère au point d'avoir hurlé cette vérité ce matin et toi ? Toi, tu ris de son aveu.
- Stop ! Cinq minutes. Vous vous entendez là ? C'est moi la méchante et lui le gentil ? Y'a pas un problème pour vous ? On parle de Drago Malefoy ? Pas du Prince Charmant.
- Tu me déçois, Hermione. Je n'apprécie pas la fouine mais un homme amoureux c'est fragile. Je sais de quoi je parle, ajoute Dean. Je pensais que tu aurais plus de compassion au lieu de te montrer si... si froide et railleuse comme Malefoy l'était avant.
La tour de Babel n'aurait pas été assez haute pour me faire tomber d'aussi haut. C'est la première fois de toute ma carrière de Gryffondor que j'ai envie de les baffer. De un, comment peuvent-ils m'imaginer sortir avec Malefoy. De deux, comment peuvent-ils prendre la défense de notre ennemie légendaire. De trois, me connaissent-ils vraiment pour oser me coller une image de Serpentard ?
C'est le monde à l'envers ou c'est moi qui ai atterri dans la quatrième dimension. Et puis ce Malefoy ! Le sort ne faisant plus effet, il est évident qu'il s'est joué de mes camarades pour me nuire. Ca ne peut être que ça ! Lui et moi, on a des choses à se dire !
« Où est Malefoy ? Je vais le tuer ! »
Et telle une furie, me voilà partie à la recherche d'un Serpentard sur le point de perdre sa célèbre langue de vipère.
A suivre.
A tout' les gens !
