« Nécessairement, le hasard a beaucoup de pouvoir sur nous, puisque c'est par hasard que nous vivons. »

de Sénèque


Céleste :

J'aperçois parmi les spectateurs Kentin qui me regarde avec un grand sourire. Je le lui rends avant de lisser pour la énième fois ma robe. Elle est bleu ciel, et c'est ma mère qui me la spécialement acheter pour aujourd'hui, le jour de la moisson.

Dans notre district, je ne dirais pas que nos parents sont fiers quand nous partons dans l'arène, mais ils savent que nous avons plus de chances de revenir que les enfants des autres districts qui ne suivent pas d'entraînement.

Je dirais qu'ils ont de l'espoir et qu'ils savent que notre vie et la leur sera encore meilleure si l'on gagne.

C'est un peu comme un honneur, nous sommes les chasseurs, ceux qui suivent les entraînements, alors que les autres sont les brebis que l'on tue en premier, avant de nous entre-tuer entre chasseurs.

Je suis avec toutes les autres joueuses et je suis heureuse d'avoir à mes côtés ma meilleure amie. C'est une jeune fille avec des cheveux blonds onduler et un corps de rêve. Je l'enviais parfois, j'aurais aimé avoir sa poitrine pulpeuse.

Je sens que ses yeux ambrés pétilles à l'approche du tirage au sort, mais nous devons attendre que tout le monde ait signé le registre avec notre propre sang avant de commencer.

La place est éclairée par le soleil, les pierres blanches et légèrement dorées sur lesquelles nous marchons son parfaitement propres. Il y a une fontaine en son centre et l'eau qui coule fait un bruit délicieux.

Ambre, ma meilleure amie depuis longtemps ne sait pas si elle va se porter volontaire. Elle aussi c'est sa dernière année, et les entraînements l'ont rendue redoutable.

C'est vrai que la récompense si l'on gagne est assez alléchante, richesse et popularité nous attendent. Et comme nous sommes des carrières, nous avons trois fois plus de chances de gagner. Tout comme le district 2, et un peu le 4, car certain dans celui-ci, n'ont pas la chance de se préparer pour les Hunger Games.

Nous attendons quelques minutes, les filles sont d'un côté pendant que les garçons sont à notre gauche.

Tout le monde est bien vêtu, les filles sont généralement en robe, c'est un peu comme une tradition.

Une hôtesse vêtue avec de l'orange flashy et maquillé de la même couleurs tape dans le micro pour avoir notre attention.

Elle nous souhaite un Joyeux Hunger Games, et se présente.

Elle doit avoir une quarantaine d'années et à la peau sur les os, elle s'appelle Georgia, et un violet intense décors ses lèvres.

Le soleil nous réchauffe avec douceur, comme une promesse, celle où je ne participerais pas à ce jeu.

Je n'ai pas envie de risquer ma vie alors que j'ai déjà tout ce dont j'ai besoin et je n'ai pas envie de tuer.

L'hôtesse nous annonce qu'elle va commencer par les garçons, je crois que seul notre district commence par les hommes, je me demande bien pourquoi?

Elle pioche dans la grande boule en verre, et choisit méticuleusement un papier avec un grand sourire.

- Viktor Dilentis !

Je ne prends pas la peine de regarder le jeune homme qui ait désigné, car dans quelques instants un volontaire prendra sa place, c'est ce qui se passe à chaque fois.

Une voix forte et imposante déchire la foule pour surpasser tous ceux qui s'apprêtaient à se porter volontaire :

- Je me porte volontaire ! Déclare un jeune homme.

Tout le monde regarde notre premier tribut avec en premier lieu, un regard curieux.

L'hôtesse fait signe au jeune homme d'approcher de la scène à la place du fameux Viktor, que nous avons déjà oubliée.

Dès que je remarque sa couleur de cheveux, mon cœur balance entre le soulagement et la peur.

- Voici notre premier volontaire, comment t'appelles-tu? Dit l'hôtesse pendant qu'il se place face au public.

- Jade Cordel, répond celui-ci.

Jade a les yeux et les cheveux verts. Il a un visage fin et enfantin, alors que son corps, lui, est musclé.

Il est aussi connu dans le district pour un incident qui s'est passé l'année dernière.

Durant un entraînement il c'était quereller avec un camarade de notre groupe. Le lendemain, ils l'ont retrouvé mort. Tout le monde sait que c'est lui, même le capitole, mais comme il n'a pas encore dépassé l'âge des jeux de la faim, ils ne peuvent rien faire pour le punir pour l'instant, seul notre district connaît cette histoire.

Il se porte donc volontaire pour deux raisons, la première, pour fuir la punition du capitole, comme il a 18 ans. Et la deuxième, car sous ce sourire gentil et mignon, se cache un psychopathe, un tueur redoutable. Je les compris l'année dernière, lorsqu'il a jeté un dernier regard à sa victime avant de quitter l'entraînement.

J'espère de tout mon cœur qu'il mourra là-bas, dans l'arène. Je plains la fille qui va se porter volontaire. D'ailleurs, est-ce qu'une fille va vraiment se porter volontaire?

Georgia, l'hôtesse, procède maintenant au tirage au sort pour les filles.

- Céleste Priest ! Dit-elle ravie.

Je la regarde, interdite, et ma vue commence à se brouiller.

Elle a pioché mon prénom, et je n'arrive pas à le concevoir.

Mon corps refuse de bouger, et ma gorge est sèche.

Je n'entends pour l'instant personne crié "Je me porte volontaire", alors je remarque que beaucoup de personnes ont le regard rivé sur moi, attendant sûrement que je m'avance vers la scène.

C'est Ambre qui me sort de ma torpeur, en plaçant sa main entre mes omoplates pour me faire bouger.

Je reprends contenance et m'avance d'un pas léger vers l'hôtesse, mes oreilles bourdonnent, et le silence m'emprisonne.

Arrivé sur la scène, je me tourne vers la foule avec un grand sourire, un faux sourire pour cacher le cyclone qui circule dans mon cerveau.

- Comme c'est surprenant, déclare Georgia, pour une fois, personne ne se porte volontaire !

Moi je sais pourquoi, toutes les filles craignent Jade, dont moi, il est dangereux, fou et sans pitié.

Sauf que je n'ai pas le choix, je vais devoir rentrer avec lui dans l'arène et faire comme si, j'étais véritablement son allié.

J'arrive à apercevoir Kentin au loin, et je retiens les larmes qui menacent de me submerger.

- Jade Cordel et Céleste Priest seront donc nos deux tributs pour cette année !Déclare l'hôtesse ravie.

La foule applaudit, et, pour faire bonne figure devant les autres districts et le Capitole, je souris sous leurs regards et devant les caméras, avant de serrer la main de Jade, c'est la tradition.

Ce contact me donne un frisson de terreur, mais je ne laisse rien paraître.

La cérémonie terminée, on nous emmène dans une pièce où l'on doit faire adieu aux personnes qui nous sont chères.

La salle est assez basique, les murs sont blancs et il y a un canapé crème avec une table basse en bois sombre où trône quelques fruits.

Mes parents sont les premiers à venir me voir, ils arborent des regards inquiets et fiers à la fois.

- Tu as plus de chances de gagner que tous les autres, on croit en toi ! Dit-elle en me serrant dans ses bras.

Ma mère me ressemble en tout point physiquement, alors que mon père arbore déjà des cheveux gris et blond. Mais ses yeux verts confirment que je suis bien sa fille.

- Si tu gagnes, les parfums que tu créeras seront connus même dans le Capitole,dit-il en posant sa main sur mon épaule.

C'est dur pour les parents de carrière de pensée que leurs enfants, qui c'est entraîner depuis l'enfance, puisse mourir dans l'arène. Il se convainc que l'on sera sûrement les derniers survivants, parce que l'espoir les anime.

Je ne chancelle pas, et leurs lances un regard qui se veut déterminé.

Vient ensuite Ambre, elle me prend dans ses bras avant de me mettre en garde contre Jade :

- Ne te fie pas à lui, dit-elle, il risque de détruire l'alliance n'importe quand.
- Je sais, dis-je dans un souffle.

Je pense même qu'il en serait capable le premier jour, pour avoir plus de tributs à massacrer de ses propres mains. Les 3 minutes passées, elle part, mais j'arrive à voir sa main qui se dirige vers son œil.

Une larme a été versée et cela bouleverse mon cœur. Je ne voulais pas participer au Hunger Games, et il fallait que sa tombe l'année où personne ne se porte volontaire du côté des filles.

- Céleste, dit une voix que je reconnaîtrai entre mille.

Kentin s'avance vers moi, les bras ouverts et le regard brillant de peur. Je me réfugie dedans et mes larmes éclatent, c'est sûrement la seule fois où je pourrais me laisser aller, puisque par la suite, je vais me retrouver filmé, ou avec des inconnues. Et que je vais devoir soigner mon image pour attirer les sponsors.

- Promet-moi de faire tout ton possible pour me revenir, dit Kentin d'une voix éraillé.

je m'éloigne de sa poitrine pour le regarder avec le visage inonder de larmes.

- Je vais essayer... dis-je affaibli par cette adieu.
- N'essaye pas, fait-le ! Me défit-il.

Je lui lance un faible sourire avant d'encré sont visage et sont odeur dans ma mémoire.


Maceo :

La place sur laquelle je me trouve est éclairée par les lampes, car nous sommes dans la montagne, là où se trouvent la plupart des personnes du district.

Mais on voit comme en pleins jours, et en son centre, il y a une statue impressionnante qui représente notre district avec des pierres précieuses dans celle-ci, la place est plutôt ronde mais assez grande.

Je n'ai dit à personne que je participais au Hunger Games, même pas à mes amies et encore moins à mes parents.

On ne sait jamais, peut-être qu'un autre garçon va se porter volontaire avant moi.

Et puis cela n'aurait pas nécessairement plu à mes géniteurs. Même si j'en doute un peu, qui ne serais pas fier que son fils sacrifie sa vie pour leur donner une meilleure vie? Pour être, en plus, populaire par la suite dans le capitole.

L'hôtesse me coupe de mes pensées quand elle commence à remuer les papiers du côté des filles.

- Agatha Ariest !

Adelaïde, l'hôtesse, a à peine le temps de finir qu'une voix féminine se porte volontaire.

Je reconnais la fille qui se présente, mais elle ne fait pas partit de mon cercle d'amis.

Debrah Mery, avec ses tatouages en forme de papillon sur son bras, ses cheveux châtains dans tous les sens et ses yeux bleus, est d'une beauté magnifique. Mais ses yeux nous racontent une autre histoire, on dirait qu'elle vient de débarquer d'une bagarre dont elle a été triomphante.

Il émane d'elle une confiance sans limites, et cela ne m'étonne pas vraiment qu'elle se porte volontaire.

Je ne me laisse pas distraire et attends que l'on pioche le prénom du garçon, paré à crier que je suis volontaire avant n'importe qui.

Je ne retiens pas son prénom, il ne m'intéresse pas. A peine celui-ci est-il passé dans la bouche de l'hôtesse, que je n'hésite pas une seconde à prendre une voix plus grave que d'habitude et de dire :

- Je me porte volontaire !

Toutes les têtes se tournent vers moi, mais je préfère regarder la scène sur laquelle je m'avance avec un pas déterminé.

L'adrénaline coule dans mes veines, et je ne pense pas que cela va s'arrêter.

J'ai vécu une centaine de fois cet événement dans ma tête, moi qui monte sur scène, qui me présente, serre la main de la fille avec qui je vais participer au Hunger Games.

Et n'oublions pas les applaudissements de la foule, cette douce musique qui m'indique que ce que je vie est vraiment réelle.

Le plus durs sera ce qui va suivre, la confrontation avec les parents, comment vont-ils réagir?

On m'emmène dans le bâtiment, celui où l'on fait nos adieux. La salle dans laquelle je me trouve est assez élégante et décorer avec goût, c'est un mélange de vert et de marron chocolat au lait.

Je n'ai pas pu voire mon frère quand il a dû comprendre que je me portais volontaire.

Je me rends compte que je ne me suis jamais demandé ce qu'il en penserait, lui, que je me porte volontaire.

Je suis debout, mes yeux fixent la porte, je suis pressé de partir, de découvrir mes concurrents.

Mes parents rentrent, je vois en premier ma mère, petite mais musclée, avec ses cheveux bruns toujours attachés en chignon, et ses yeux d'un vert profond. Elle ne semble pas triste ou en colère, mais je vois de l'appréhension et de l'hésitation dans son regard. Mon père, à l'air dans le même état d'esprit que le sien, ses cheveux sont courts et bruns. Mais ses yeux chocolat ont l'air moins envahi par l'inquiétude que ceux de ma mère.

- Macéo, tu aurais dû nous le dire que tu voulais te porter volontaire, réplique la femme en face de moi.

- Je ne voulais pas que vous me fassiez changer d'avis, dis-je

Le regard de mon père se durcit un peu, juste avant de me répondre :

- Tu es grand maintenant, tu dois prendre tes propres décisions, si tu penses que pour réussir ta vie, il faut que tu participes au jeu, soit !
- Oui, je le pense, dis-je calmement et en ravalant ma colère.

Je ne veux pas rester un ouvrier comme lui toute ma vie, j'ai très envie de le lui dire, mais je ne veux pas m'engueuler avec mon père avant de partir.

Je regarde ma mère qui vient de poser ses mains sur mes épaules, juste avant de me prendre dans ses bras et de me serrer fort contre elle.

Venant d'elle, c'est une réaction vraiment surprenante, elle n'a jamais été très tactile, mais j'accepte cet élan d'affection.

- Je suis fière de toi, me dit-elle, tu es ambitieux et fort, tu as des chances de gagner. Ils t'ont entraîné pour ça !

Je m'attendais au pire avec eux, et avais inventé plein de scénario aussi catastrophique les uns que les autres. Je pensais qu'ils viendraient même pas me voir, ou qu'ils me gronderaient comme si j'avais 5 ans.

Pourtant, ce qui se passe devant mes yeux est ce que j'espérais tout au fond de moi.

Qu'ils acceptent ma décision. Tout simplement.

C'était ma seule peur, mon seul obstacle jusqu'à présent.

Et elle venait de s'effondrer sous mes yeux, et depuis longtemps une boule se forma au creux de mon estomac.

Une chaleur réconfortante m'enivra.

Ils avaient confiance en moi, et je ne sus rien leurs dirent à part leur adresser un sourire sincère.

On n'avait jamais vraiment été des sentimentales dans la famille, mais ils m'aimaient vraiment et moi aussi.

Quelque chose m'interpellai, où était Tim? Je demandai alors à mes parents :

- Il voulait te voir seul, il viendra après, répliqua mon père.

Tiens, pourquoi donc? Qu'a-t-il à me dire de si important pour ne pas le dire devant les parents?

Quand ils quittèrent la salle âpres 3 minutes, un autre sentiment s'insinua dans mes veines, de la tristesse.

Et si je ne les reverrais pas?

Mes amies vinrent me féliciter et me conseiller avec quelques astuces qu'ils avaient pu remarquer durant les années précédentes.

Ils me firent aussi remarquer qu'ils avaient été surpris quand je me suis porté volontaire, personne ne s'y attendait. Et cette remarque me fit sourire, car ça veut dire que je cache bien mon jeu, ce qui pourrait m'aider durant les Hunger Games.

Mon frère arriva enfin, je commençais à me demander s'il allait vraiment venir me voir avant que je parte.

Et ce fut sa réaction qui me surprit le plus, à vrai dire, je n'y avais même pas pensé.

- Tu n'avais pas le droit d'y participer ! Me dit-il avec colère, on aurait dû rester ensemble pour toujours, ne jamais être séparé ! Tu es mon grand frère, tu n'as pas le droit de me laisser tout seul, tu as encore beaucoup de choses à m'apprendre.

Des yeux brillant de rage. Jamais je ne l'avais vu dans un tel état, il n'y avait que moi qui me mettais dans ce genre de colère quand on se disputait avec les parents, chez nous.

Je restai pétrifier une seconde devant cette nouvelle vision de mon petit frère.

Je repris contenance et commençai à parler avec douceur :

- Tim, je...
- Tait-toi, je ne veux pas t'entendre ! Cria-t-il avec plus de force que nécessaire, de toute façon tu penses toujours qu'as toi !

A peine avait-il fini de parler qu'il partit en courant de la salle. Jamais je ne mettais senti aussi petit qu'a cet instant. Je me sentais coupable de ne pas l'avoir préparé à mon départ, il avait raison sur un point, pas un seul instant, je n'avais pensé à mon petit frère.


Albane :

- Albane Ambrose, répète l'hôtesse une deuxième fois.

Je sens toute l'attention sur moi, Valérie, l'hôtesse de notre district suit tous les regards jusqu'à moi.

Elle a les cheveux bruns, mais la pointe de sa chevelure est d'un rouge sanglant.

Est-ce que je viens vraiment d'être tiré au sort pour participer à ce massacre?

Est-ce que je vais vraiment participer au Hunger Games?

Est-ce la réalité ou suis-je en train de rêver?

Quand je vois les pacificateurs se demander s'ils devraient venir me chercher, mes pieds avancent automatiquement.

Je passe entre les filles qui me dévisagent avec tristesse.

Non, tout cela est bien réel, et cela me donne envie de pleurer. Je sens une ou deux larmes couler malencontreusement, je les essuie avec le dos de ma main.

Ce n'est pas le moment de me montrer faible, je suis filmé.

J'ai l'impression d'être complètement impuissante face à ce qui est en train de m'arriver.

Je monte l'escalier, et m'installe à côté de l'hôtesse, elle me sourit de ses dents blanche et lisse sa robe rouge et jaune avant de me féliciter.

- Bon et maintenant, passons au garçon, dit-elle toute guillerette.

Fait-elle semblant de ne pas comprendre qu'elle a pioché ma mort prochaine, ou est-elle réellement ignorante à ce point?

Tendit que sa main choisit un papier dans la boule de verre, j'observe la foule en prenant le soin d'éviter de regarder vers le fond, là où les personnes trop vieilles ou trop jeunes attendent.

J'ai peur de croiser le regard de ma mère et de craquer sur scène, où même les yeux de Nina, ma cousine.

Je ne le supporterais pas, étant une personne sensible et émotive, j'ai déjà du mal à retenir tout ce que je ressens en ce moment.

Je ne sais même pas comment j'y arrive. Le choque? L'adrénaline?

Le vent souffle et ma robe grise et bleu délavé, se colle à mes cuisses.

J'observe mécaniquement la place, elle est assez banale, et doit sûrement ressembler à un triangle vu d'en haut, d'où le bout de celui-ci est la mairie. Les dalles par terre sont un mélange de rouge et de terre et je peux presque entendre au loin l'eau du barrage qui est en colère contre l'obstacle qu'elle rencontre chaque jours.

Je sonde les visages apeurés des garçons, lesquels d'entre eux vont venir avec moi?

- Alexy Lindon ! Dit l'hôtesse, Valérie dans un souffle curieux.

Elle se demande sûrement à quoi il ressemble. Mais moi je le sais, il est plus vieux que moi, je l'ai déjà aperçu dans les couloirs du lycée.

Je le vois tout de suite, avec sa chevelure bleue. Son visage est crispé, de l'incompréhension est lisible sur celui-ci.

Il regarde la scène et s'avance vers celle-ci.

Je le vois regarder ses pieds en premier, et ensuite moi.

Ses yeux sont d'un violet intense, voire rose.

Je ne le connais pas, mais je comprends ce qu'il ressent, il sait comme moi ce qui nous attend, vers quoi nous allons.

Nous marchons vers notre mort prochaine, et il a peur, comme moi.

Nous sommes morts de peur, perdue, on n'arrive pas à assimiler entièrement ce qui nous arrive.

A-t-on réellement une chance de survivre, de gagner les jeux de la faim?

Après que nous nous soyons serré la main, on nous emmène dans une salle, celle où l'on doit dire adieu à notre famille.

Elle est terne, les murs sont gris, et il y a juste une chaise qui semble avoir au moins une bonne centaine d'années.

Les pacificateurs ferment la porte et je m'assieds sur la chaise pour vérifier qu'elle ne se cassera pas.

Quelques secondes âpres, j'éclate en sanglots, vaincu par cette dure réalité.

Je n'ai aucune chance de m'en sortir vivante.

Ma tante rentre avec ma cousine et elles me prennent dans leurs bras sans rien dire.

Cela ne fait qu'accentuer cette douleur sourde, cette promesse qui me dit que je vais bientôt mourir.

Elles ne disent rien au début, mais le temps nous manque, ma tante prend alors mon visage en coupe et elle m'oblige à la regarder dans les yeux.

Je sens Nina, accrocher à ma taille, ses cheveux blonds en désordre et son corps tressauté. Elle est sûrement en train de pleurer, et je sens dans le regard de ma tante qu'elle n'est pas loin de faire pareil.

Mais elle veut me parler, une dernière fois au moins, donc, elle essaye de rester forte.

- Ma puce, il faut que tu essayes au moins, commence-t-elle par dire.
- Je n'ai aucune chance, dis-je réaliste.

Les frêles bras de ma cousine me serrent un peu plus fort, et je sens mon visage inondé de larmes.

Ma tante craque devant moi, impuissante face à ce qui se passe.

Où son papa et maman? Pensais-je surprise qu'il ne soit pas venu en premier.

Peut-être que ma tante a insisté pour y aller avant eux?

- Maman et Papa vont venir âpres? Demandais-je à ma tante.

Ce que j'y lis dans son regard me transperce le cœur, elle a l'air vraiment désolé pour moi.

- Ils disent qu'il ne supporterait pas de venir, que cela serait trop dur, tu sais à quel point il t'aime... dit-elle pour essayer de les excuser.

Une boule de colère se forme dans ma gorge. Et peut-être que ce n'est pas dur pour moi? J'ai besoin de mes parents, j'ai besoin qu'ils me disent à quel point ils m'aiment, qu'ils ne m'oublieront jamais, qu'il vienne me réconforter et essayer de m'encourager.

- Je suis désolé, dit ma tante avant de m'embrasser sur le front.

Les larmes continuent de ruisseler sur mes joues tandis que ma tante prend les mains scotchées de ma cousine qui sont autour de ma taille pour la séparer de moi. Je l'entends sangloter de plus belle, juste avant de les voire partir.

Trop d'émotions parcourent mon corps, je m'écroule par terre anéanti.

C'est sûrement l'une des dernières fois où je pourrais exprimer à ce point tout ce que je ressens.

La dernière fois que je pourrais pleurer sans retenue.

Et cela aurait pu être la dernière fois où j'aurais pu voire mes parents, moi qui les aime tant, ils m'avaient abandonné alors que j'avais vraiment besoin d'eux.

Juste parce qu'ils ne supportaient pas de me dire adieu.

Est-ce qu'ils sont égoïstes à ce point-là? Est-ce que j'aurais la force de leur pardonner cette erreur avant que je ne meure dans cette arène?


Linael :

J'avais eu raison, pour la première fois depuis que ma mère était morte, j'avais eu raison.

J'avais été tiré au sort, l'hôtesse qui s'appelait Audrey avait pioché mon prénom.

Je me remémore ce moment, Audrey avec ses cheveux blonds en palmier et sa robe vert foncé avait dit mon prénom tout excité devant toute la foule.

Est-ce que j'avais été surpris? Non. Cela m'avait-il fait peur? Oui.

J'avais imaginé cette scène une bonne centaine de fois, mais jamais je n'aurais pensé que d'entendre mon prénom dans la réalité m'aurais assommé avec autant de violence.

Je me suis rendu compte que même si j'avais toujours pensé que j'aurais été tiré au sort, jamais cela serait devenu réel.

Imaginer le pire ne permet pas de l'éviter.

J'attends donc dans la salle, les personnes qui vont venir me dire adieu.

Et irrémédiablement je pense à Capucine, dans sa jolie robe rose qui lui va si bien.

Est-ce qu'elle va venir me voir? Est-ce que j'aurais l'audace de lui offrir le serre-tête que je lui ai confectionné en prévision de ma future participation?

Il était bien caché, entre la chemise marron terne et le pantalon noir délavé que je portais.

Est-elle triste que je participe au jeu de la faim? M'aime-t-elle comme moi je l'aime?

La jeune fille qui participe avec moi aux jeux n'est autre que Rosayla Wise.

C'est une jeune fille qui a un certain charme, et dont les cheveux sont d'un blanc lumineux. Je me suis toujours demandé à partir de quand sa chevelure commencerait à ternir comme toutes les choses qu'il y a dans ce district.

Je la connais, je trainais parfois avec elle, comme Capucine et elle sont des amies.

Elle sort avec un garçon qui s'appelle Leigh, grand, cheveu noir et inexpressif.

C'est une fille dynamique, bavarde et qui a un caractère plutôt bien trempé.

Pourtant, la fille qui c'est avancer sur la scène semblait tellement fragile que cela m'a fait mal au cœur de la voir comme ça.

Elle n'aurait pas dû participer à ces jeux, elle n'est pas faite pour y participer, elle mérite de vivre et d'avoir une belle histoire d'amour avec Leigh.

Même dans ce district, on peut au moins essayer d'être heureux, juste un peu.

Une quinte de toux me fait sortir de mes pensées.

La salle dans laquelle je me trouve ressemble à la place ou a lieu la moisson, petite, vide et grise.

Et je remarque que c'est ma famille qui s'avance vers moi d'un œil dévasté.

Ce n'est pas souvent que je vois mon frère et mon père de cette façon, la dernière fois c'était quand notre mère est morte.

Maman, grâce à elle, j'ai au moins appris une chose qui pourrait m'aider durant les Hunger Games.

Une scène s'impose dans mon esprit, elle en train de me soigner âpres mettre blesser comme un idiot, cela m'arrivait souvent avant qu'elle ne parte.

Elle était infirmière dans l'une des usines et ma donc apprit beaucoup de choses pour soigner et guérir.

J'ai toujours ce pincement au cœur quand je pense à elle.

- Si tu n'avais pas pris ses Tessarae, commence mon frère.
- C'est trop tard de toute façon et on en avait besoin, dis-je pour le déculpabiliser.

Il se masse la nuque en me regardant avec tristesse, je jette un coup d'œil à mon père avec appréhension. Que va-t-il me dire?

- Ne te jette pas dans la gueule du loup, et essaye au moins, dit-il sans grande conviction.

Il pose sa main sur mon épaule, et me donne coup, comme pour essayer de me réveiller, ou de me sortir de ma torpeur.

Nous ne sommes pas très sentimentalistes, et je ne sais pas vraiment quoi leur dirent de plus.

Mon frère me prend donc la main, comme pour me saluer et me donne une accolade en me prenant dans ces bras, ce geste d'affection ne dure qu'une seconde, pourtant il restera à jamais graver dans ma mémoire. Même lors de la mort de notre mère, il n'y a eu aucun contact, juste un silence emplit de tristesse.

Ils partent, et je soupire. J'espère qu'ils vont pouvoir se débrouiller sans moi, et qu'ils ne vont pas laisser la saleté envahir notre maison. D'habitude, c'est moi qui m'occupe de préparer à manger et de faire le ménage, j'ai plus de temps qu'eux pour ça, comme j'étais encore à l'école.

Quand je vois la couleur rose envahir mon champ de vision mon cœur bondi dans ma poitrine.

Capucine est là, devant moi, elle est venue, me voir une dernière fois.

Je souris malgré moi, cette vision me rend heureux et triste à la fois.

Jamais je ne pourrais aimer plus une autre fille qu'elle.

Pourtant quand j'aperçois ses yeux, ils brillent d'une lueur que je n'ai encore jamais vu.

Du chagrin, sur son visage magnifique y est peint du chagrin.

J'aimerais la prendre dans mes bras et la serrer tout contre moi, mais je n'ose pas.

A la place, je sors le serre-tête de sa cachette et le lui tend, timide.

De ses doigts délicats, elle tend sa main vers lui, et dans un geste prudent, elle le prend et l'observe. Je vois ses mains trembler légèrement, et sa voix d'habitude si douce, deviens plus aigu quand elle me pose la question :

- Pourquoi?
- Pour que tu puisses te souvenir de moi et que tu ne m'oublies pas, dis-je avec la voix la plus neutre possible.

Une fille normale, aurait pleuré, crié, démenti face à cette déclaration. Elle comprenait que c'était un véritable adieu, et qu'elle ne me reverrait jamais, pourtant elle a rigolé. Mais pas d'un rire moqueur, plutôt le genre de rire, désespérer, pour essayer d'enjoliver la situation plutôt que de l'empirer.

Elle m'a regardé droit dans les yeux en le mettant sur sa tête. A cet instant j'aurais aimé pouvoir caresser ses cheveux châtains pour enfin découvrir quelle texture ils avaient.

Puis elle enleva son collier qui était autour de son cou et s'approcha de moi.

Je ne comprenais pas très bien ce qui était en train de se passer, mais son odeur épicée emplit mes narines.

Ses mains frôlaient mon cou, tendit qu'elle attacha le collier.

Elle était plus petite que moi, par conséquent, son souffle arriva à ma clavicule et je sentis un frisson me parcourir.

Mais le pire, ce fut quand elle me serra contre elle avec une force que je ne lui connaissais pas.

Je lui rendis son étreinte en posant ma tête sur la sienne.

- Comme ça, toi non plus tu ne m'oublieras jamais, dit-elle dans un chuchotement.

Je crois bien, que ce moment serait sans aucun nul doute, le plus bel adieu que je ne revivrai jamais.