Lettre III: Miss Jane Bennet à Mrs. Darcy.
Longbourn, le 26 janvier 1814
Chère Lizzie,
Je viens à peine de recevoir ta lettre que déjà, j'y répond : tu voulais des nouvelles de Mr. Bingley ? Tu es voyante (tu dois tenir cela de Maman) : est venu hier, et -Oh, Lizzie- il m'a demandé en mariage, et j'ai accepté, et Papa a donné son consentement. Comme tu t'en doutes, Maman est folle de joie (« Deux filles mariées ! 5000 £ de rentes ! Mr. Bennet ! Certes ce ne sont pas les 10 000 que Lizzie a attrapé, mais quand même...un homme si beau, si riche, si charmant ! Oh ma chère Jane ! Deux filles bien mariées ! Dieu est si bon avec nous »). Oh, Lizzie, je suis tellement désolée que tu ne puisses pas être aussi heureuse que je le suis ! Mais je suis néanmoins contente d'apprendre que tu estimes ton mari et que tu t'entend bien avec ta belle-sœur. J'ai tout de même été très étonnée d'apprendre ce que tu m'a écrit au sujet de Mr. Wickham. Je veux dire, il est tellement charmant ! Il doit y avoir une erreur, un malentendu : il a l'air le meilleur du monde, et pourtant, ton époux ne peut pas mentir ! Il est vrai cependant que sa hargne à détruire la réputation de ton mari est suspecte, et les rumeurs qui courent sur ses dettes ne vont qu'en augmentant. J'ai toujours un peu de mal à croire son histoire : comment un homme aussi noir que celui qu'il décrit pourrait être le meilleur ami de mon cher Charles ? Oh, comme je voudrai que tu sois là : je ne serai pas obligée d'imaginer ce que tu me dirais ! J'imagine que tu m'affirmerais des choses comme l'un des deux a toutes les qualités tandis que l'autre n'a que l'air de les avoir, et notre raison et notre loyauté nous poussent à donner la palme à ton mari. J'espère vraiment que tu parviendras à aimer ton mari, et qu'il saura te rendre : je ne saurais l'être si tu ne l'es pas. Sache que s'il parvient à gagner ton affection, il sera troisième dans l'ordre de mes affections, après Charles (désolée, il t'a pris la première place) et toi.
Néanmoins, dans l'affaire W., je voudrais ton avis : dois-je divulguer son véritable caractère ? Certes, toutes les filles à marier se lamentent du départ prochain de la milice, mais ce ne sera guère avant le mois de mai, et il pourrait ruiner des réputations, mais cependant, peut-être a-t-il changé, peut-être n'est-il pas si mauvais ? Par ailleurs, cela détruirait la réputation de ta jeune belle-sœur, et ton mari ne t'a peut-être pas autorisé à en parler.
En attendant, la vie continue à Meryton : les Collins sont mariés, et sont partis vivre à Hunsford : heureusement que Mr. Darcy est un meilleur parti que Mr. Collins, sinon, Maman s'en lamenterait encore à longueur de journée : elle se contente de regretter qu'il n'ait pas remarqué « l'intelligence de cette chère Mary », et à l'occasion, elle récrimine contre toi qui ne l'a pas épousé mais alors Papa rappelle les 10 000£ de rentes, et tu redeviens aussitôt « cette chère Lizzie ». Mais mon mariage l'a détourne de ce sujet. Comme je te l'ai dit, la milice quitte la ville pour Brighton en avril ou en mai, et tout le monde ou presque s'en désole à l'avance : soyons honnêtes, leur présence aux bals est agréable quand on manque de cavaliers. Mais nous commençons déjà à nous habituer à leur absence car ils n'ont d'yeux que pour Mary King, qui vient d'hériter de 10 000£, et comme le dit si bien notre tante « voilà une grande qualité ».
Je dois désormais te laisser, chère sœur, Maman m'appelle. Porte-toi bien, et répond vite à ma lettre
Jane Bennet
P.S. : j'oubliais le plus important : le mariage est le 25 mai, et bien sur, toi et ton mari êtes nos témoins !
Lettre IV : Mr. Bingley à Mr. Darcy
Netherfield Park, le 26 janvier 1814
Darcy,
Je pense que Caroline va être terriblement déçue : non seulement elle n'a pas réussi à vous épouser, mais en plus elle ne pourra jamais vous appeler son beau-frère, mais tout au plus son allié. Qu'elle se réjouisse pour moi, qui pourrait quand même vous appeler beau-frère: Miss Jane Bennet m'a fait l'honneur d'accepter de devenir ma femme. Me voilà l'homme le plus heureux sur cette terre, car je suis sur le point de passer ma vie avec l'être le plus angélique de la création. Nous convolerons en justes noces le 25 mai, et si vous acceptez, vous êtes bien sûr mon témoin, de même que Mrs. Darcy pour ma chère Jane. Je compte sur vous.
J'espère que Mrs. Darcy et vous appréciez votre nouveau statut. Saluez-la de ma part, ainsi que Miss Darcy.
Sincèrement.
Charles Bingley
